Tag: Viticulture

  • Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    C’est fait ! Au bout d’un marathon administratif de 2 ans coordonné par le Département de l’Hérault, cette belle idée que des chercheurs et associations avaient fait germer il y a 10 ans est désormais une réalité. Les Terres d’Hérault, composées de 111 communes réparties sur 2 046 km² forment officiellement un Géoparc de renommée mondiale, comme 229 autres Géoparcs dans 50 pays. C’est-à-dire une zone géographique protégée qui possède une richesse géologique de valeur internationale, avec une importance scientifique, éducative et culturelle.

    Au titre de ses 540 millions d’années d’histoire et des trésors qu’il abrite, ce territoire a reçu jeudi 23 avril le sésame de l’Unesco : le label de Géoparc mondial, seulement le 10e décerné en France. « C’est la concrétisation d’un travail collectif avec les élus, les habitants et tous les acteurs locaux [178 partenaires, Ndlr]. Ce label est l’accomplissement d’une ambition forte mais aussi le commencement d’une nouvelle étape de ce projet qui fera rayonner notre territoire pour de nombreuses années à venir », se félicite le président héraultais, Kléber Mesquida (divers gauche).

    Les richesses à découvrir

    Tandis que la cérémonie officielle aura lieu lundi 27 avril à Paris, il faut rappeler que ce label est décerné au moins pour 4 ans. Et que le travail des équipes pour se montrer à la hauteur des attentes de l’Unesco ne fait donc que commencer. « Nous allons nous appuyer sur nos 67 géopartenaires pour faire vivres ces sites », promet Gaëlle Levêque, l’élue héraultaise qui a piloté le dossier (lire ci-dessous).

    Au nombre de 58, les géosites sont répartis dans 4 principales Communautés de communes (Lodévois/Larzac, Clermontais, Vallée de l’Hérault, Grand Orb) ainsi que quelques communes avoisinantes. Les diverses roches (ruffe, basalte, calcaire, granite, gneiss, schiste, grès…) qu’on retrouve sur ces géosites sont les témoins des grandes ères géologiques qui ont façonné nos paysages à travers les millénaires. Datant de l’ère paléozoïque (la plus ancienne), les massifs du Caroux et de l’Espinouse (granites et gneiss) racontent l’histoire de la chaîne Hercynienne. La fragmentation des schistes a permis des sols favorables à la viticulture dans les Avants-Monts. La carrière de marbre rouge de Coumiac est le résultat de la transformation de calcaires en marbres. Puis, en s’érodant, cette chaîne de montagnes a donné naissance au bassin charbonnier de Graissessac et au bassin permien de Lodève. Les mines du pays d’Orb témoignent aussi des dépôts de charbon d’il y a 305 millions d’années.

    La submersion due à la formation de l’océan Téthys Ligure entraîne le dépôt de sédiments qui donnent lieu aux calcaires des Causses du Lodévois Larzac dont le Cirque de Navacelles est la pépite la plus connue. Les Gorges de l’Hérault ou les dolomies du Cirque de Mourèze sont d’autres héritages de cette période (160 millions d’années).

    Les volcans apparus il y a 2 millions d’années laissent des terrains fertiles et des roches basaltiques noires dont le Neck de la Roque, près du lac du Salagou est un témoin. En les enrichissant de minéraux, les basaltes donnent aux sols une grande fertilité propice aux cultures. À l’instar du Pont du Diable, la Méditerranée avancera jusqu’au pied des reliefs calcaires.

    Le centre Hérault (Soumont, Lodévois) abrite aussi des vestiges archéologiques. Les eaux thermales d’Avène ou Lamalou-les-Bains tirent leurs propriétés médicales de leurs interactions avec les roches. Enfin, sur les grands Causses du nord, les activités pastorales de l’Homme ont façonné les paysages. C’est ce patrimoine que veut faire fructifier K. Mesquida grâce au Géoparc. « Nous construisons aujourd’hui ensemble l’héritage précieux qui sera confié aux générations futures. »

    Infos : geoparc.herault.fr

  • Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Le mois de mars a été marqué par de fortes précipitations dans l’Hérault, excédentaire à 50% selon le dernier bulletin de Météo France. Conséquences pour les viticulteurs ? Des vignes inondées et inaccessibles, pouvant favoriser l’apparition de mildiou. Alors, la FDSEA34 avait demandé une dérogation pour traiter les vignes par drone. Demande reçue cinq sur cinq puisque le 26 mars, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, autorisait « l’épandage par drone de cuivre dans les zones géographiques impactées de l’Aude, de l’Hérault, du Gard et des Pyrénées-Orientales où les traitements à pied ne sont pas réalisables » jusqu’au 30 avril.

    Sauf que le vent a commencé à souffler, rendant l’utilisation de drones impossible tout en diminuant les risques d’apparition du mildiou. « Mais on risque d’avoir de plus en plus des hivers et des débuts de printemps très pluvieux puis des périodes sèches. Sauf que les vignes avec des chaleurs et une forte pluviométrie débourrent plus tôt donc si on n’intervient pas pour protéger le végétal des maladies, on risque d’avoir des attaques de mildiou conséquentes », souligne Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l’Hérault. Pour le moment, la loi autorise l’épandage dans des cas spécifiques, notamment pour les cultures situées sur des pentes de plus de 20 %. « Pour éviter de faire chaque année une demande de dérogation, des discussions sont en cours pour mettre en place un décret, il y a une consultation publique jusqu’au 23 avril. Nous souhaitons obtenir un décret d’application du traitement aérien de façon pérenne », poursuit Jérôme Despey.

    La Conf’ vent debout

    De plus, le viticulteur met en avant le fait que le traitement aérien est plus précis que l’épandage classique, « permettant une meilleure sécurité pour les agriculteurs et les riverains ». Un constat qui n’est pas partagé par tous les agriculteurs. Dénonçant « un pansement sur une jambe de bois », Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne, fait valoir des « études sur la qualité de l’air montrant des produits phytosanitaires pulvérisés au sol se retrouvant dans l’air. » L’agricultrice estime « avoir besoin d’une réflexion plus large que l’immédiateté en changeant notre approche agricole : au lieu d’être destructrice, elle devrait être constructrice. » Deux visions qui rappellent à quel point le monde agricole est fracturé.

  • [Entretien] Laurent Bouby : « Le Sud de la France est le berceaude la viticulture dans le pays »

    [Entretien] Laurent Bouby : « Le Sud de la France est le berceaude la viticulture dans le pays »

    La Marseillaise : La vigne domestique arrive en France par Marseille il y a 2 600 ans. En quoi est-ce une étape importante pour la viticulture ?

    Laurent Bouby : C’est véritablement le début d’une viticulture d’importance en France. Avant, les gens ont pu cultiver de la vigne sauvage, mais avec des résultats assez aléatoires. La vigne sauvage et la vigne domestique sont très proches biologiquement. Ce sont deux sous-espèces interfertiles qui se croisent facilement. Mais pour un vigneron, ce sont des plantes très différentes.

    Pourquoi ?

    L.B. : Les formes domestiques ont été sélectionnées pour leurs caractéristiques propices à la viticulture et la production de vin. Les fruits sont plus gros et plus juteux que ceux des vignes sauvages – qui sont eux remplis de pépins. Et les fleurs des vignes domestiques sont hermaphrodites : elles peuvent s’auto-féconder, ce qui rend la fécondation plus sûre et maximise la production de fruits. Pour la vigne sauvage, c’est plus aléatoire.

    Quelle place occupe le Sud de la France dans l’émergence de la viticulture dans le pays ?

    L.B. : C’est le berceau de la viticulture en France. Après son arrivée à Marseille, la culture de la vigne domestique se répand très vite sur le pourtour méditerranéen français. Nous en retrouvons des traces à Saint-Maximin il y a 2 500 ans, puis à Martigues, Lattes, Nîmes, Antibes… À la différence des Marseillais, ils ne vendent pas leur vin au début. Le commerce arrive à l’époque romaine, vers le Ier siècle de notre ère. La région méditerranéenne se couvre alors de vignobles.

    Propos recueillis par X.B.

  • 4 000 ans d’histoire de viticulture française dans une poignée de pépins

    4 000 ans d’histoire de viticulture française dans une poignée de pépins

    Dans les années 1990 à Marseille, des archéologues mènent des fouilles sur la rive nord du Vieux-Port. Ils y découvrent des pépins de raisin particulièrement bien conservés. Leur âge ? Environ 2 600 ans. Soit la date à laquelle remonte l’arrivée de la viticulture en France via Marseille, sous l’influence des Grecs, selon les écrits historiques et l’archéologie. « Nous connaissions beaucoup de choses sur la production du vin et les échanges, mais très peu sur la nature des vignes utilisées, précise Laurent Bouby, ingénieur de recherche CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Nous avons maintenant des outils paléogénomiques puissants ». Et les réponses commencent à tomber, notamment grâce à l’ADN ancien contenu dans ces pépins marseillais et d’autres découverts sur des sites archéologiques français. « Cela permet de retracer l’arbre généalogique de la vigne en France et l’origine des cépages actuels », résume le chercheur, coauteur d’une étude parue dans Nature Communications.

    L’étude confirme des éléments connus. Par exemple que les plus vieux pépins découverts en France, à Nîmes et âgés de 4 000 ans, sont bien issus de plantes sauvages. « Des populations similaires à celles que nous connaissons aujourd’hui », précise Laurent Bouby. Les habitants utilisaient et consommaient les baies. « Nous ne savons pas s’ils la cultivaient », nuance-t-il. La culture arrive avec l’introduction de vignes domestiques, il y a 2 600 ans à Marseille. « Cela marque vraiment le début de la viticulture », souligne le chercheur. Et l’étude montre que ces premières vignes domestiques ont des liens de parenté avec des cépages d’aujourd’hui.

    Clonage

    Comme cela avait déjà été observé en Italie, il y a eu des croisements entre vignes sauvages et domestiques. « Cela a été un moteur important pour l’évolution de la vigne cultivée au cours de sa diffusion en Méditerranée et en Europe », résume Laurent Bouby. Peut-être pour faire émerger des variétés adaptées à certaines conditions écologiques et climatiques. Et ainsi permettre à la viticulture de se répandre vers le nord de la France, dès le Ier siècle de notre ère, jusqu’à Valenciennes.

    Enfin, l’étude montre la maîtrise des techniques de clonage et de greffe, probablement dès l’arrivée de la vigne domestique, il y a 2 600 ans. « C’est important pour reproduire des individus à l’identique, souligne Laurent Bouby. Nous nous doutions que ces techniques étaient maîtrisées car les textes antiques en parlent. Nous l’attestons ici avec la paléogénomique ».

    À quoi ressemblaient ces vignes ? Étaient-elles précoces ou tardives ? Les baies étaient-elles blanches ou noires ? Grosses ou petites ? « Ce sont les questions qui nous occupent maintenant », glisse Laurent Bouby. L’ADN ancien contenu dans les pépins a encore des choses à dire quant aux pratiques et aux choix des premiers viticulteurs en France.

  • L’œnotourisme, une priorité pour les Vignerons Indépendants

    L’œnotourisme, une priorité pour les Vignerons Indépendants

    Pour son assemblée générale, la Fédération des Vignerons indépendants Var Alpes Corse avait l’embarras du choix parmi les sublimes domaines viticoles qui jalonnent ses départements d’appartenance (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Corse-du-Sud, Haute-Corse et Var). Elle a choisi celui de Bunan, jonché dans les premières pentes de la Sainte-Baume, à la Cadière-d’Azur.

    Créée en 1979 au niveau national, la Fédération accompagne au quotidien ses 7 000 vignerons-adhérents dans la défense de leur métier, en tant qu’organisation syndicale, s’appuyant à cet égard sur 33 fédérations départementales, et fait remonter leurs demandes au niveau national. Elle contribue à améliorer les compétences des vignerons dans tous les aspects de leur activité à travers de nombreux services : conseils, notamment juridiques, conditions d’achats privilégiées, formations, informations… Elle constitue un relais entre l’adhérent et la Confédération nationale, les douanes, les fraudes, la Chambre d’Agriculture, l’interprofession, les Organismes de défense et de gestion (ODG), et de manière générale tous les organismes professionnels agricoles et institutions publiques.

    À l’heure de dresser le bilan 2025, un petit contraste apparaît de prime abord : malgré un chiffre d’affaires en hausse (+8,3%, de 625 000 à 677 000 euros), la Fédération des Vignerons indépendants Var Alpes Corse enregistre un déficit de 73 000 euros. « Il était budgété », rassure son trésorier Pierre Boyer, qui avance une trésorerie de plus de 400 000 euros et des capitaux dépassant les 1,1 million d’euros.

    Entre communication

    et simplification

    En cause : l’augmentation du budget communication (+78 000 euros). « La communication devient importante par la force des choses. Exister ne suffit pas, il faut le faire savoir », martèle Ludovic Walbaum, secrétaire général de la Fédération des Vignerons indépendants de France, qui avait fait le déplacement. Cela passe par le développement des packagings, mais surtout, de l’œnotourisme, « un aspect économique important », alors qu’il « paraissait inconcevable de faire payer les visites de nos exploitations il y a quelques années », soutient Ludovic Walbaum. Dans cette optique, la Fédération locale a lancé la plateforme « Passez au domaine », une sorte d’appli de rencontres avec les domaines viticoles, basé sur un faux questionnaire de personnalité, qui fonctionne en réalité par géolocalisation pour drainer de potentiels clients chez le vigneron le plus proche d’eux. Celle-ci recense plus de 3 000 visites depuis son lancement l’été dernier.

    Autre cheval de bataille pour l’œnotourisme : la simplification. « Nous vivons une crise profonde marquée par des charges toujours plus lourdes », déplore Nathalie Roubaud, présidente des Vignerons indépendants Var Alpes Corse. « Et il n’y a toujours pas d’assouplissement des règles, ni de clarification fiscale. » Un certain nombre de freins sont relevés : règles d’urbanisme inadaptées, cadre fiscal, délais de traitement… Des obstacles que la mission interministérielle sur l’agritourisme, à laquelle a participé la Fédération, et dont le rapport a été déposé fin mars, doit participer à assouplir, bien qu’aucune mesure n’ait encore vu le jour. « Mais désormais, les mondes de l’agriculture et du tourisme se parlent », positive Ludovic Walbaum. Toujours dans une visée de simplification, ce dernier milite pour la création d’un guichet unique européen des droits d’accises (impôts indirects frappant certains produits, dont le vin), pour faciliter la vente aux particuliers européens, qui demeure bien souvent un casse-tête fiscal.

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?

  • Vaucluse : dans « une crise sans précédent », l’agriculture croit en son avenir

    Vaucluse : dans « une crise sans précédent », l’agriculture croit en son avenir

    L’intitulé de l’invitation presse de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, ce vendredi matin, sur « les perspectives 2026 pour l’agriculture vauclusienne » n’incitait guère aux réjouissances. Il a effectivement fallu attendre les dernières minutes pour distiller un peu « d’espérance et d’optimisme et pas que la sinistrose », livre Christian Mounier. Le vice-président (DVD) du Département, en charge de l’eau et de l’agriculture, était associé à son homologue à la Région, Bénédicte Martin, mais aussi Sophie Vache, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, et Thierry Vaute, président du syndicat des vignerons indépendants de Vaucluse.

    « L’agriculture a toujours connu des crises et a rebondi, on espère que le soleil reviendra rapidement », poursuit Christian Mounier. Bénédicte Martin a déjà en ligne de mire la vitrine des JO d’hiver 2030, dans les Alpes, et s’attelle déjà à faire en sorte que les produits locaux s’exportent dans les Alpes aussi bien auprès des athlètes que du reste du public attendu. Mais quatre ans, c’est long, surtout quand « le sujet de crise du moment, c’est la viticulture, je crois que personne ne mesure vraiment ce qui est en train de se passer », alerte la vice-présidente de la Région. Il y a à peine dix jours encore, une mobilisation de viticulteurs s’est tenue à Orange contre des grossistes et négociants, accusés de tirer les prix vers le bas pour les viticulteurs. « Déconsommation, baisse des exportations, la crise est sans précédent et multifactorielle. Le point commun, c’est le partage de la valeur et le prix de revient pour le viticulteur », constate Sophie Vache.

    56% de l’agriculture concerne la vigne

    Il est bon d’avoir en tête que 56% de la surface agricole en Vaucluse concerne la viticulture, soit 47 500 hectares cultivés par 2 500 exploitations. Une surface vouée à se réduire avec les campagnes d’arrachages de vignes. De 1 000 hectares en moins il y a deux ans, on est passé à 2 000 ha l’an dernier et les projections sont de 5 000 ha à arracher cette année. Le tout dans le cadre d’un plan national du gouvernement doté de 130 millions, dont les principales aides iront aux viticulteurs qui mettent leur activité totalement à l’arrêt. « La génération de boomers qui boit à tous les repas disparaît et les nouvelles générations ne boivent qu’occasionnellement. Si on ne veut pas des territoires en friche, mais des cultures pérennes, il faut une diversification structurée avec des filières en aval pour ne pas envoyer les gens au casse-pipe et dans une impasse », avertit Thierry Vaute.

    Amandes, olives, pistache, grenades, kiwis… Autant de secteurs qui auraient aujourd’hui le vent en poupe, sans non plus incarner la panacée. « On vient d’embaucher une chargée de mission qui va auditionner les viticulteurs pour évaluer et recenser les besoins », fait valoir Thierry Vaute, qui ne veut pas baisser les bras : « Il faut retenir que 80% d’entre eux veulent rebondir avec un nouveau projet. »

    « Si la viticulture tombe, le château de cartes s’écroule »

    La Chambre d’agriculture met aussi en place des ateliers dédiés à la diversification. En décembre, le Département a acté la création d’une aide de 100 000 euros pour aider aussi à la diversification (notre édition du 5 janvier). Un dispositif qui devrait être opérationnel d’ici à cet été et destiné aux Jeunes agriculteurs, « pour que ce soit significatif, sinon chacun aurait des miettes », précise Christian Mounier.

    Sauf que cette transformation met plusieurs années à maturer et que les viticulteurs sont dans une situation d’urgence. « On souhaite des aides et accompagnement de l’État, de nos mutuelles sociales agricoles pour soulager nos entreprises, si on passe à la trappe, c’est toute l’économie de Vaucluse qui sera touchée car le département vit par l’agriculture et le tourisme qui en découle, si la viticulture tombe, le château de cartes s’écroule aussi », prévient Thierry Vaute.

  • Le plan B de la Région pour sauver Sud de France

    Le plan B de la Région pour sauver Sud de France

    Non, Sud de France n’est pas morte ! » Contrairement au bruit qui court, la marque ombrelle imaginée par Georges Frêche en 2006, à l’origine pour soutenir la seule filière viticole régionale, va continuer à exister et à se développer en Occitanie.

    En décembre 2025, le Conseil d’État a pourtant rejeté le dernier recours des défenseurs de Sud de France, qui regroupe désormais 27 filières et plus de 12 000 produits d’Occitanie. Avortée, cette tentative de la dernière chance en justice concernait uniquement les bouteilles de vin. Et le souhait de la Région de continuer à pouvoir y accoler sa marque fétiche reconnue à l’international. « On voulait conserver une double appellation : à la fois le terroir et la marque Sud de France. On a plaidé le contexte international compliqué, demandé une dérogation de quelques années », rappelle Patrice Canayer. En vain.

    Pas de quoi se lamenter pour l’élu régional en charge des marques. « On se serait bien passé de cette décision du Conseil d’État. Mais on ne va pas passer notre temps à pleurer, on avance ». En réalité, voilà près de deux ans que la collectivité, qui craignait cette éventualité, travaille en coulisses à un plan B. « On a créé un nouveau logo qui montre une indication géographique, une carte de France stylisée avec une pastille qui représente l’Occitanie, que les viticulteurs peuvent placer sur les bouteilles sans le nom de la marque », résume Patrice Canayer.

    Les grands salons viticoles en ligne de mire

    Laquelle marque est devenue un « bloc marques » qui se nomme désormais « Occitanie Sud de France » ou « Sud de France Occitanie ». Elle reste autorisée sur les linéaires dans les salons par exemple. « On en a fait une première présentation au Sitevi. On fera la seconde au salon Millésime bio (26-28 janvier à Montpellier), puis au salon Wine Paris (9 au 11 février) ». En attendant le salon de l’agriculture (21 février-1er mars)…

    Voilà pour le vin. Quant aux 26 autres filières, tout continue comme avant. « On peut apposer le logo sur un paquet de pâtes, une bourriche d’huîtres ou de l’huile d’olive avec Occitanie Sud de France ». Vingt ans après sa création, la marque ombrelle figure parmi les premières sur la scène nationale française. 50% est constituée par la viticulture et se révèle très utile à l’export. Pour la présidente Carole Delga (PS) et Patrice Canayer, il est important de développer la marque. « Vu la conjoncture mondiale, les interprofessions n’ont pas intérêt à y aller seules de leur côté mais à se fédérer sous une même bannière ». Celle de « Sud de France Occitanie », toujours debout malgré les remous.

  • [Municipales] A Roquefort-la-Bédoule, Marc del Grazia : « Nous allons terminer ce que nous avons commencé »

    [Municipales] A Roquefort-la-Bédoule, Marc del Grazia : « Nous allons terminer ce que nous avons commencé »

    En 2020, il avait remporté l’hôtel de ville de cette commune d’environ 6 000 habitants grâce à 30 voix en sa faveur par rapport à la liste de Jérôme Orgeas (DVD), l’ex édile.

    La Marseillaise : Pourquoi vous présenter à nouveau ?

    Marc del Grazia : Sur le premier mandat, nous avons commencé d’importantes réalisations comme la construction d’une école primaire de 16 classes, dont le chantier est en cours. L’actuelle école était trop petite, et n’était plus aux normes. Elle devrait être livrée en 2027. Nous avons aussi lancé, en 2022, avec la Ville et le bailleur social Erilia, le projet d’une maison intergénérationnelle sociale qui permet aux personnes âgées de bénéficier d’appartements, 59 logements adaptés, et 30 logements pour les jeunes, avec une crèche à l’intérieur. En dépit de concertations, le permis a été attaqué par les voisins. La Ville a gagné en première instance au tribunal administratif mais les opposants ont souhaité aller en appel. Je ne me présente pas sous une étiquette politique. Je suis là pour rassembler le plus large possible, simplement des gens qui ont envie de travailler pour la commune.

    Comment concevez-vous votre rôle de maire ?

    M.d.G. : Travailler, travailler, toujours travailler, essayer de comprendre les habitants et être attentif aux besoins de la population. Je me déplace souvent à pied dans la commune pour rentrer chez moi, donc ça fait que je suis en contact permanent avec la population.

    Que vous demandent les habitants ?

    M.d.G. : Un des problèmes est celui des transports. On les a pas mal améliorés, mais on pourrait mieux faire, avec par exemple des rapprochements avec Aubagne ou La Ciotat. Et puis la sécurité. Les habitants souhaitent que les moyens soient mis en place pour qu’ils se sentent en sécurité. Nous avons beaucoup de pavillonnaire, des maisons relativement isolées, sujettes à des cambriolages, par périodes. D’autres communes des environs, comme Cassis, Carnoux, jusqu’à Ceyreste connaissent cela. Depuis que je suis élu, les caméras de vidéosurveillance sont passées d’une vingtaine à 55. Cela aide à la résolution des affaires.

    Quels thèmes allez-vous privilégier durant cette campagne ?

    M.d.G. : Surtout, terminer ce qu’on a commencé, éviter de faire du suréquipement, améliorer les équipements qu’on a. Par exemple, aménager les espaces autour de la future école. Nous avons quand même un grand projet en collaboration avec la Métropole Aix-Marseille, celui de créer une médiathèque.

    Quels sont les défis à relever dans votre commune ?

    M.d.G. : C’est déjà préserver notre environnement. Le deuxième défi, c’est développer notre viticulture puisque Roquefort-la-Bédoule a une place privilégiée dans le monde du vin. Dans le prochain Plan local d’urbanisme (PLU), que l’on doit commencer à réviser fin 2026, on veut pouvoir donner des espaces aux viticulteurs pour planter des vignes.