Tag: Vaucluse

  • Un nouvel appel contre les expulsions locatives à Avignon

    Un nouvel appel contre les expulsions locatives à Avignon

    « Avec la CNL, zéro expulsion en 2026. » Sur les grilles de la préfecture, la banderole de l’association est accrochée pour une année supplémentaire, le chiffre 6 recouvrant le 5, qui lui-même recouvrait le 4 etc. Ce lundi soir, la confédération nationale du logement en Vaucluse (CNL) organisait un nouveau rassemblement contre les expulsions locatives, quelques jours après la fin de la trêve hivernale. Et si les militants ne baissent pas la garde, c’est que, en France, « 2025 a été une année record ou plus de 30 500 familles ont été jetées à la rue, contre 24 000 en 2024 », chiffre Michel Mus, l’inoxydable président de la CNL 84.

    En Vaucluse, l’association déplore ne pas avoir eu de données de la part de la préfecture. « On a demandé une audience pour aujourd’hui [lundi], mais on n’a même pas eu de réponse », se désole Michel Mus. La CNL illustre la situation locale par le biais du bailleur social, Grand delta habitat, qui a « réalisé 64 expulsions en 2025 contre 25 l’an dernier » tout en procédant chaque année à des augmentations de loyer de plus de 3%. « La CNL le répète haut et fort, aucune expulsion ne doit avoir lieu sans solution de relogement », martèle Michel Mus.

    Et d’accuser l’État, par ces diverses récentes lois ou celle à venir sur « les impayés de loyer, un tour de vis sur les locataires qui va devenir un passage au karcher social », d’être « responsable de cette situation inacceptable ». Tout en appelant « à construire massivement du logement social partout », l’association remet sur la table « la création d’une sécurité sociale du logement pour prévenir les impayés, sécuriser les bailleurs et locataires ». Elle enjoint aussi les communes à mettre en place « l’encadrement des loyers, permis de louer et rénovation énergétique ».

  • Pays de Sorgues : le collectif amiante change de tête

    Pays de Sorgues : le collectif amiante change de tête

    C’est assurément une page qui se tourne au sein du collectif amiante Pays des Sorgues 84. Après 14 ans comme président, Christian Arena a passé la main à Guy de Zordi, jeudi dernier lors d’une assemblée générale au parc de la SEPR. « L’amiante n’est pas seulement un scandale du passé, c’est une injustice qui continue de tuer tous les jours », a rappelé le président sur le départ, après avoir fait respecter une minute de silence en hommage aux disparus. Le collectif continue d’alerter sur l’ampleur du fléau : près de 90 000 personnes meurent chaque année dans le monde de maladies liées à l’amiante, tandis que 125 millions de travailleurs restent exposés, dont 2 millions en France, où plus de 300 000 tonnes de déchets amiantés sont encore traitées chaque année. Face à cette situation, les associations de victimes réunies notamment au sein de la Cavam (coordination des associations de victimes de l’amiante et des maladies professionnelles), poursuivent leur mobilisation. Présent, Alain Guéret, président de la Cavam, a redéfendu la création d’un pôle public dédié à l’élimination de l’amiante, ainsi qu’une évolution des méthodes de traitement.

    Le Caps 84 est aussi soutenu par la Ville de Sorgues. « Depuis de nombreuses années, votre collectif agit avec constance, courage et détermination, vous êtes de véritables sentinelles de la santé publique », a salué Jean-François Laporte, adjoint à l’urbanisme, au nom du maire LR Thierry Lagneau, en assurant l’association « du soutien financier ou institutionnel » de la municipalité.

  • À Paris, Galzi et Tabarot déterrent la LEO

    À Paris, Galzi et Tabarot déterrent la LEO

    Il y a une semaine, à peine élu président du Grand Avignon, Olivier Galzi érigeait la résurrection de la liaison Est-Ouest (LEO) en priorité et annonçait « des rendez-vous à Paris la semaine prochaine » (notre édition de vendredi). Chose faite ce mardi, où le maire (DVD) a déjeuné avec Philippe Tabarot, ministre des Transports. « Il a été acté que le dossier est rouvert et tout sera fait pour récupérer les crédits », savoure Olivier Galzi.

    S’il sait que le tracé de la phase 2 (Rognonas / carrefour de l’Amandier), validé en 2003, est « loin d’être optimal », le maire préfère un contournement routier imparfait à rien du tout. « Cela reste un projet structurant pour désengorger le bassin de vie et réduire les problématiques sanitaires sur la rocade », martèle-t-il, arguant auprès du ministre « du consensus politique » local désormais.

    Ancien vice-président de la Région délégué aux transports, Philippe Tabarot connaît bien le dossier pour avoir, en novembre, réorienter les crédits ou, à la Région, les avoir inscrits dans le budget. « Il semble que les planètes soient de nouveau alignées, indiquait le ministre, lundi, à La Provence. Je ne dis pas que cela va être simple, parce qu’il y a des procédures qui ont dû s’arrêter, des financements qui sont partis. »

    D’après Olivier Galzi, décision a été prise pour pousser la LEO sur une ligne budgétaire du projet de loi de finances 2027. Il a aussi plaidé en ce sens, lundi soir, auprès d’un conseiller du président de la République « pour mettre toutes nos forces dans la bagarre pour que l’état prenne conscience que c’est quelque chose d’indispensable pour l’avenir du territoire », appuie-t-il.

    L’un des premiers signaux attendus est la prolongation de la déclaration d’utilité publique qui s’achève à la fin de l’année. Le financement restera le chantier majeur. Estimée à 150 millions d’euros en 2014, la tranche 2 coûterait près du double aujourd’hui, dont 40% assurés par l’État, mais aussi la Région, les Départements 84 et 13 et le Grand Avignon.

  • Fermeture du foyer à Avignon : Coallia dénonce un contrôle à charge, le Département assume

    Fermeture du foyer à Avignon : Coallia dénonce un contrôle à charge, le Département assume

    Cosignataire de l’arrêté suspendant l’activité de la Mecs Le Regain, le Département, contacté, estime avoir « marqué de très près » son délégataire qui « a manqué à toutes ses obligations ». En ce sens, « au regard des dysfonctionnements graves, il y avait une atteinte à la sécurité physique affective et psychique des mineurs », que justifie donc la fermeture du foyer pour une demi-année. « Depuis le début, il y a eu tout un travail de suivi collectif avec la PJJ, un accompagnement gradué et des mises en demeure régulières », décrit le conseil départemental. Néanmoins, « malgré les courriers, les injonctions et la surveillance, la situation s’est aggravée ». Dans le détail, le Département et la PJJ ont adressé 5 injonctions et 53 préconisations lors d’un plan d’actions l’an passé. En vain donc.

    Coallia, le gestionnaire, est un mastodonte associatif (5 000 salariés, plus de 700 établissements), spécialisé dans l’accompagnement de publics fragilisés. Il y a deux ans, la Cour des comptes épinglait « l’accumulation de nombreux dysfonctionnements en matière d’organisation » du groupe. Sollicitée, la direction régionale comprend l’émoi que suscite l’arrêté si l’on se fie « à une seule version ». « Si j’étais préfet ou présidente du Département, je prendrai peut-être la même décision, mais celle-ci se fonde sur un contrôle à charge, où on paye nos mauvaises relations avec la PJJ, avec une visite de 20 minutes d’un côté et d’une heure de l’autre », se défend le groupe qui emploie 14 éducateurs au Regain. « Nous considérons cette suspension comme une arme nucléaire totalement irraisonnée, nous sommes en train de constituer un dossier avec des éléments contradictoires sur tous les points évoqués », nous indique la direction, qui sans nier « des dysfonctionnements, conteste la mise en danger réelle des enfants qu’on a déraciné en 48 heures sans jamais les interroger. » Coallia doit rencontrer ce vendredi et lundi le Département et la PJJ et se réserve « la possibilité de saisir la justice ».

  • Un foyer pour enfants fermé suite à de graves dysfonctionnements

    Un foyer pour enfants fermé suite à de graves dysfonctionnements

    Il y a deux semaines en séance du conseil départemental, Dominique Santoni confiait : « Depuis que je suis sur les délégations de l’enfance, je vois des choses terribles. » La présidente LR évoquait aussi « le traumatisme profond » d’enfants placés par l’aide sociale à l’enfance (ASE), au moment où le Département actait la création d’un centre d’appui à l’enfance, pour avoir une « montée en gamme de la qualité de l’accompagnement proposé aux jeunes placés ». Une structure en devenir d’une brûlante actualité à la lecture d’un arrêté conjoint préfecture-Département du 9 avril.

    Cosignée par Dominique Santoni, la décision vient suspendre pour six mois l’activité de la maison d’enfants à caractère social (Mecs) Le Regain, à Avignon, dont la gestion a été confiée en 2023 par le conseil départemental à l’immense groupe associatif Coallia, qui récuse la gravité des faits reprochés (lire ci-dessous). Cette suspension totale concerne les dix places d’internat, où des filles et garçons de 10 à 21 ans sont susceptibles d’être accueillis. L’arrêté précise que la seconde activité, de 19 appartements diffus, est « conservée dans l’attente d’un contrôle à venir ». Bien souvent ces enfants placés en Mecs ont été victimes de lourdes violences familiales et peuvent eux-mêmes avoir des problèmes comportementaux.

    Nourriture insuffisante et partage de lit entre mineurs

    Au Regain, ce ne serait visiblement pas là qu’ils ont trouvé le cadre idéal pour se (re)construire. Ce lundi, le lieu était bien désert en tout cas, avec aucun signe d’activité. Les premières alertes, remontées il y a deux ans, « mettent en évidence une désorganisation structurelle, une défaillance de pilotage de l’opérateur, un climat social délétère, des atteintes à la qualité de la prise en charge et des non-conformités réglementaires multiples ». La fermeture a été motivée par « un contrôle inopiné », mené le 2 avril, par la direction territoriale de la protection de la jeunesse (PJJ). Le rapport qui en a suivi, le 7 avril, fait froid dans le dos quant aux multiples dysfonctionnements, « révélant une persistance évidente de la gravité de la situation et de nouveaux constats alarmants ». Y sont notamment dénoncés, pêle-mêle : une absence totale d’encadrement, un turn-over massif des équipes avec un recours important à l’intérim, des activités éducatives limitées voire inexistantes, une inadéquation des moyens humains, des conditions matérielles d’accueil dégradées (accumulation de déchets et de linge sale, odeurs d’urine), présence d’objets dangereux (débris de verre), d’alcool et de produits stupéfiants dans certaines chambres. Mais encore « des manquements dans les besoins alimentaires ». Le rapport fait état d’une « une cohabitation dans une même chambre entre une mineure de 15 ans [16 d’après Coallia] et un mineur de 17 ans avec partage du même lit ».

    Cet état des lieux vient donc conclure deux ans de chaotiques procédures et d’échanges entre Coallia et les services du Département et de la PJJ. L’arrêté mentionne que « l’association n’a jamais répondu sur l’intégralité des sujets ». Et ils sont nombreux, au-delà déjà des faits évoqués. L’année 2025 a été émaillée « d’alertes récurrentes issues du voisinage révélant des agitations et des violences fréquentes au sein de la structure » ou « des sollicitations directes des voisins par des mineurs en difficulté ». Pire, des mineurs ont relayé aux services de l’ASE « des violences éducatives et des propos injurieux et à connotation sexuelle ». Cela signifie donc que si les faits sont avérés, le lieu censé protéger les enfants des violences les pratique aussi. Fin janvier, un incident est signalé pour des « faits allégués de maltraitance à l’égard d’une jeune fille » par une professionnelle. Le Département déclenchant derrière un signalement à la justice.

    Contactée, la collectivité (lire aussi ci-dessous) indique que les jeunes des foyers ont été relogés et suivis par leur référent ou éducateur. Dix mineurs « ont tous été réorientés vers d’autres opérateurs [dont 5 au centre enfance-famille 84] » quand « 2 autres faisant l’objet d’une mesure de placement pénale ont été accueillis sur une autre structure de la PJJ ». « Cela montre que quand on confie la gestion à un groupe privé lucratif, ça ne fonctionne pas », grince un agent des services de l’enfance, syndiqué CGT. À l’heure où la présidente du Département érige ce sujet en priorité, les futurs choix de gestion et moyens déployés seront scrutés de près.

  • Décès de Christine Ruiz Picasso à Viens

    Décès de Christine Ruiz Picasso à Viens

    Elle était la femme du fils aîné du peintre. Elle a participé à des initiatives culturelles de la mairie du village. Elle venait durant un temps faire ses courses à Apt, et, notamment à la boucherie chevaline Roux (fermée depuis quelques années). Les propriétaires nous avaient confié qu’ils avaient des relations amicales avec elle et confirmé sa discrétion. La Marseillaise avait eu la chance de la rencontrer à une exposition à la chapelle Saint-Ferréol située au bas de la route de Viens. Elle s’était impliquée dans sa restauration. Nous saluons sa famille, ses amis, et les gens du village qui la connaissaient. Voilà une figure emblématique qui disparaît et qui laissera un souvenir indélébile dans la mémoire locale.

    José Vincentelli

  • [Travailleur de demain] Tao Dupland, la mécanique moto dans la peau

    [Travailleur de demain] Tao Dupland, la mécanique moto dans la peau

    En se promenant entre les bécanes du CMA Formation de Fontcouverte, Tao Durand, 18 ans et tout juste médaillé d’or aux WorldSkills en « Technologie motocycle », enchaîne les références sur chaque modèle et ses spécificités. « Ça, c’est italien, ça marche bien mais ce n’est pas les plus fiables », lâche-t-il devant une moto de la marque Aprilia, devant laquelle il choisit de taper la pose parmi la dizaine de véhicules.

    Apprenti en mécanique moto, c’est en Ardèche, à Vinezac, que Tao a fait ses premières gammes, ou plutôt démonté ses premiers moteurs. S’il a commencé avec des vélos, la moto de son oncle l’a poussé à s’intéresser aux deux-roues motorisés. « J’ai eu une Dirt 125 à mes 10 ans. Et je l’ai un peu grattée », glisse-t-il avec un regard nostalgique. S’ensuit une succession d’achats et de reventes, en passant par des réparations plus ou moins poussées. Au total, il a eu pas moins d’une vingtaine de motos en sa possession avant d’atteindre la majorité. Le sens de la mécanique mais aussi du business. Un système qui lui permettra peut-être un jour de posséder l’un de ses bolides de rêve, entre Honda 500 CR et CBX 6, ou encore les Kawasaki H2 et 490 YZ, « mythiques qui ont des moteurs magnifiques », lâche-t-il.

    Progrès dans la difficulté

    Il s’est donc logiquement dirigé, à la sortie du collège, vers un CAP, qu’il a obtenu avec la mention très bien. Puis il se dirige vers Avignon pour intégrer le CMA Formation. C’est là que l’un de ses enseignants, Michel, évoque à la classe de cinq apprentis l’existence du concours auquel toute la classe s’est inscrite, forte de 20 heures de cours de mécanique chaque semaine, ce qui est évidemment sa matière préférée.

    Une formation qu’il suit également du côté d’une entreprise plusieurs semaines par mois. Et celle-ci, Classic Motos, qui se trouve à Aubenas, en Ardèche, n’a pas joué un petit rôle dans ses connaissances en mécanique moto. Il y travaille comme seul employé de l’entreprise en dehors du patron. « On reçoit de tout, des BMW comme des Harley. Et je dois faire toutes sortes de tâches qui demandent tout de même pas mal de compétences. Et le patron me laisse me débrouiller. Quand je bloque, il ne m’aide que quand je suis allé au bout et que je n’ai pas avancé. C’est là que j’ai l’impression d’apprendre », glisse Tao, qui explique qu’il avait ainsi un avantage sur certains de ses camarades « qui ne font que de la révision ou des pneus chez des concessionnaires ». Il avait également été dans une entreprise proche de chez lui pendant environ un an et demi. Mais celle-ci ne lui convenait pas, donc il l’avait finalement quittée. « Ce n’était pas toujours intéressant. Si j’ai un conseil à donner, c’est de ne pas se laisser marcher dessus et de changer d’air si on n’est pas bien là où on est », se permet le jeune homme tout en expliquant à quoi sert chaque partie d’un moteur qu’il démonte et remonte machinalement.

    Désormais, place à l’avenir. Et c’est toujours du côté de Classic Motos que cela devrait commencer. « Plus tard, je ne sais pas encore quoi faire mais il y a plein de possibilités. J’ai le temps », conclut-il avant de retourner en classe pour préparer son bac, ce qui ne devrait pas poser trop de soucis.

  • Vaucluse : du changement à la tête du club de la presse

    Vaucluse : du changement à la tête du club de la presse

    La présidente Frédérique Poret ayant choisi de passer la main, Dominique Ghidoni a été élue pour lui succéder. Journaliste à Vaucluse matin et Vaucluse hebdo, elle sera toutefois accompagnée par Frédérique Poret, qui devient vice-présidente. Côté communicants, Michaël Videment assure l’autre vice-présidence. Affichant de saines finances, refusant par choix les subventions publiques, le club de la presse est en recherche permanente d’adhérents pour animer le dispositif Reporters en herbe ou ses prix coups de cœur lors du Festival off.

  • Pétrarque, Mont Ventoux et Peste Noire

    Pétrarque, Mont Ventoux et Peste Noire

    Pétrarque est né à Arezzo en 1304. Ses parents quittent les abords de Florence et s’expatrient pour s’établir à Carpentras en 1312. Notaire de son métier, son père voulut qu’avec son frère Gherardo, François Pétrarque suive des études de droit à Montpellier et puis à Bologne.

    Deux deuils marquent son adolescence et sa jeunesse en Vaucluse. Pétrarque perd sa mère quand il a 14 ans, son père décède en 1326. Il abandonne brutalement le droit, revient à Avignon, donne un élan neuf à la poésie et à la connaissance des Antiques. Simultanément et c’est moins glorieux, c’est un habile courtisan, un idéologue dévoué à la puissance de la riche famille des Colonna. Sa trajectoire n’est pas rectiligne. Quand il raconte son ascension du Mont Ventoux, il se différencie de son frère qui n’a pas souhaité s’intégrer aux cercles du pouvoir et qui devint un moine chez les Chartreux. Pour atteindre le sommet du Ventoux, Gherardo ne change jamais son cap. Par contre, Pétrarque louvoie, emprunte des détours.

    Désireux de construire un monument pour sa gloire posthume, le poète maquille continuellement ses conditions de vie. Il réécrit ses manuscrits et sa correspondance, embellit ses souvenirs, élimine sans vergogne ce qu’il doit aux femmes de sa vie. Pétrarque occulte, n’évoque jamais les deux mères de ses deux enfants. Tout porte à croire qu’il n’a jamais approché Laure, la jeune femme dont il se serait épris, lors d’une sortie de messe à la chapelle Sainte-Claire, dans la proximité de la rue des Teinturiers.

    « Les ombres sont ténues » disait Virgile, les chercheurs n’ont jamais établi l’identité de Laure. On évoque Lacan et le cinéma hollywoodien pour écrire que sa fiction serait simplement l’expression d’un désir masculin. Cette éphémère apparition engendra pourtant un chef-d’œuvre de la lyrique amoureuse. Le Canzoniere inspira de nombreux auteurs italiens, Ronsard, Maurice Scève, Jean-Jacques Rousseau, Lamartine et Hugo. Ce prototype prit curieusement son essor autour d’une absence ainsi que de la catastrophe de 1348, la Peste Noire qui provoqua le décès de Laure et d’un tiers de la population d’Avignon.

    Avignon XIVe siècle, nouvelle Babylone ?

    Pour mesurer la réussite de cette poésie, l’écart qui sépare ce sommet de la littérature européenne et son peu d’insertion et de vérité parmi les grandeurs, les dédoublements et les misères de la biographie de Pétrarque, les découvertes et réflexions de l‘ouvrage d’Étienne Anheim sont cruciales. Né en 1953, cet historien proche de Patrick Boucheron et de Valérie Theis, auteur d’un livre coécrit avec Paul Pasquali à propos de Panofsky et Bourdieu, a soutenu en 2004 une thèse « La forge de Babylone » qui rappelle que sous le règne d’un pape né en Corrèze, Clément VI, Avignon ville cosmopolite, fut la capitale de l’Europe : son rôle fut considérable du point de vue des finances, de la théologie et de la création, entre autres grâce aux fresques de Matteo Giovanetti peintes au Palais et grâce à Pétrarque. L’ouvrage est quelquefois aiguisé par des anachronismes de belle facture : dans son argumentaire, l’historien convoque des modernes comme Samuel Beckett, Albert Cohen, Pierre Michon et Monique Wittig, la « machine du désir » et les « transfuges de classe ».

    Pour donner plus de chair et d’incarnation à ce Pétrarque en manuscrits et parchemins et pour compléter cette savante confrontation avec un poète-stratège truqueur et carriériste, soucieux d’échafauder des coups afin de devenir immortel, on lira volontiers une seconde parution, le récit d’un écrivain nantais familier de L’Isle-sur-la-Sorgue et de Ménerbes, Jean-Pierre Suaudeau.

    Partiellement autobiographique, hanté par la chimère d’un amour qui peut ressembler à l’emprise de Laure, le roman de Suaudeau emprunte quant à lui des chemins fictionnels qui ne peuvent pas faire douter de sa sincérité. En début de récit, en contrepoint aux paysages de la Fontaine du Vaucluse, on entrevoit les affrontements et les débauches d’Avignon, les embourbements de « l’antre papal ». On rencontre aussi la figure intransigeante du père de Pétrarque, capable de brûler une grande partie des livres de son fils. Tout en fabulant, par exemple en imaginant que Simone Martini ait composé pour Pétrarque un portrait de Laure, Jean-Pierre Suaudeau évoque des dimensions manquantes dans le livre de grande érudition d’Étienne Anheim, la lumière et le vent du Sud ou bien la beauté des « petits blocs de marbre » des sonnets de Pétrarque, magistralement retraduits par Yves Bonnefoy.

    Étienne Anheim : « Pétrarque, portrait de famille », éditions de Minuit. Jean-Pierre Suaudeau, « Courir à ce qui me brûle » éd, Joca Séria, Nantes.

  • En Vaucluse, la carte scolaire revue ne passe toujours pas

    En Vaucluse, la carte scolaire revue ne passe toujours pas

    La trêve de deux semaines qui démarre avec les vacances risque d’être provisoire sur le front de la carte scolaire de septembre. Car, ce jeudi, après un comité social d’administration puis un comité départemental de l’Éducation nationale (CDEN), l’insatisfaction domine toujours au sein des syndicats. « 43 fermetures de classes, seulement 21 ouvertures, aucun poste de remplaçant créé alors qu’il en faudrait 50 a minima…, c’est toujours inacceptable », peste FO Éducation dans un communiqué. Le CDEN a massivement rejeté la nouvelle mouture de carte scolaire par 10 voix contre (représentants du personnel) et 3 abstentions (2 conseillers départementaux et la Ligue de l’enseignement).

    Pour rappel, la première version du projet présentée par l’inspection académique prévoyait la fermeture de 44 classes dans le département contre 19 ouvertures. Mercredi, une soixantaine de personnes avaient manifesté devant la direction académique à Avignon. Parmi les avancées saluées, l’annulation de la fermeture à l’école primaire du village de Rasteau, l’ouverture d’une classe à l’école élémentaire Saint-Saturnin-lès-Avignon mais aussi la non-fermeture d’une classe à l’école Pierre-de-Coubertin à Avignon. L’inspection académique « propose une mesure neutre l’ouverture d’1 CE1 dédoublé et une fermeture d’un CP dédoublé. L’école gardera donc le même nombre de classes à la rentrée prochaine », précise FO.

    Unsa Éducation juge aussi que « les moyens attribués restent insuffisants face aux besoins réels des élèves et des équipes », bien que le Vaucluse perde à la rentrée 1 260 élèves. FO prévient déjà que « ce n’est pas la fin de la mobilisation » et enjoint à signer une pétition ayant recueilli quelque 500 signatures.