Tag: urgences

  • Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Ce 29 septembre, les cortèges ont fait le plein dans l’Hérault et le Gard
    à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (la CGT, FO,
    la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP). Un coup de pression à la veille des arbitrages du gouvernement pour le prochain budget – dont la présentation avait lieu le 1er octobre – afin de protester contre le recul du pouvoir d’achat et demander davantage de moyens.
    À Montpellier, 7 000 personnes ont défilé selon les syndicats, 4 500 selon la police. La manifestation nîmoise, elle, a rassemblé 2 500 manifestants selon les syndicats. Des cortèges denses qui ont réuni des agents des trois fonctions publiques (État, collectivités, hôpital), auxquels se sont joints
    de nombreux jeunes, étudiants mais aussi lycéens, mobilisés dès le début de la journée avec le blocage de leurs établissements.

    Philippe Enjelmann, Infirmier aux urgences psychiatriques du CHU de Montpellier :
    « J’ai des collègues à l’hôpital qui dorment dans leur voiture »

    L’hôpital est attaqué et déconstruit méthodiquement depuis des années par le gouvernement main dans la main avec la direction de l’hôpital, si bien qu’on a de moins en moins de budget pour prendre en charge les patients. En psychiatrie, où je travaille, deux unités entières ont fermé ces 7 dernières années. Ce qui conduit à des situations comme samedi dernier [26 septembre, NDLR] : aux urgences, on avait un patient qui devait être hospitalisé rapidement, mais sa prise en charge a tardé faute de place et un collègue infirmier a été victime d’une agression qui lui a valu 10 jours d’ITT.

    C’est catastrophique en premier lieu pour les patients, qui voient leur prise en charge dégradée et sont accueillis dans des locaux qui ne sont pas adaptés, avec des personnels pas formés comme il faudrait. Et nous, en tant que travailleurs, non seulement on perd le sens de notre travail mais on se demande comment on va rentrer le soir… Quelle est la prochaine étape ? Se faire tuer au travail ? Tout ça pour un salaire qui fait que le 10 du mois, j’en suis déjà à attendre ma paie ? Et encore, je ne suis pas le plus mal loti : j’ai des collègues à l’hôpital qui n’ont pas un salaire assez important pour payer un loyer, si bien qu’ils dorment dans leur voiture et se douchent discrètement dans les vestiaires… On en est là. La réalité de l’hôpital aujourd’hui, c’est que les gens qui vous soignent galèrent à vivre. C’est cet avenir de précarité et de déconstruction du service public qu’on combat. »

    Audrey Amiel, Sapeur-pompier à Lunel
    « On n’a pas les moyens de faire bien le travail qu’on devrait faire »

    On n’a pas les moyens de bien faire le travail qu’on devrait faire. Ça m’attriste car c’est la population qui est touchée en premier. Manque de moyens financiers, humains, matériels : tout est imbriqué. Il y a une espèce d’étouffement général de la fonction publique, qui se ressent au quotidien.

    Je suis sapeur-pompier professionnel depuis 2010. Les conditions de travail ont beaucoup évolué, notamment avec ces départs de carence d’ambulances privées, qui se sont multipliés. Ce sont des interventions qui, normalement, ne font pas partie de notre travail. Mais quand vous avez un problème en France et que personne ne peut y répondre, on envoie les pompiers. Donc quand il n’y a plus d’ambulanciers privés pour emmener quelqu’un à l’hôpital, c’est nous qu’on sollicite. Or quand on fait ça, on ne peut pas faire une vraie urgence derrière. On nous sollicite tellement qu’on se retrouve en manque d’effectifs, parce qu’on ne peut pas faire le travail des autres et le nôtre. On a juste envie de revenir aux fondements de notre métier : faire du secours, de l’urgence. Pas du transport.

    Outre des recrutements, on voudrait également avoir des outils de travail qui permettent de protéger notre santé. Depuis des années, on intervient sur des feux de forêt sans se protéger… Enfin, s’agissant des salaires, le dégel du point d’indice des fonctionnaires est un des mots d’ordre de la mobilisation auquel nous nous associons en tant que fonctionnaires territoriaux. »

    Corinne Place, Enseignante dans le 1er degré à Nîmes

    « On encaisse, on encaisse, mais là ce n’est plus possible »

    Je suis enseignante dans le premier degré, avec une classe de CP, CE1 et CE2 dans le nord du Gard. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour défendre le service public, mais aussi nos conditions de travail et notre pouvoir d’achat. Cela fait des années que nos rémunérations stagnent et que notre niveau de vie se dégrade. On encaisse, on encaisse, mais à un moment, ce n’est plus possible.

    Dans les écoles, ce manque de moyens se voit partout. Le symbole qui parle pour tous les autres, c’est les AESH, indispensables pour accompagner les élèves en situation de handicap mais qui restent dans une très grande précarité. Nous demandons qu’elles aient enfin un véritable statut, qu’elles soient formées, reconnues et suffisamment nombreuses.

    Et puis il y a l’état des bâtiments. Cette année encore, avec les fortes chaleurs dès le mois de mai, certaines classes sont devenues très difficiles à supporter. On sait depuis des années qu’il faut adapter les écoles au réchauffement climatique. Parfois, il suffirait déjà de choses simples : des stores, des volets, des brasseurs d’air, la possibilité d’aérer les bâtiments tôt le matin. Les collectivités font avec leurs moyens, mais ils sont limités. Au bout du compte, ce sont les personnels et surtout les élèves qui subissent. Défendre une école publique forte, cela suppose de lui donner réellement les moyens de fonctionner. »

    Francis Foussard, Ingénieur hydraulique au CD30 à Nîmes.
    « Par ces chaleurs, c’est surtout le point d’indice qu’il faut dégeler »

    Nous sommes là pour défendre le service public, les conditions de travail de ses agents et leurs rémunérations. Ce qui nous inquiète aujourd’hui, c’est la perspective d’un nouveau budget d’austérité qui viendrait encore réduire les moyens de la fonction publique. Mais cet été a aussi montré très concrètement ce que signifie le manque de moyens face au dérèglement climatique. Au Conseil départemental, on le voit notamment pour les collègues qui travaillent sur les routes. Lors des épisodes de canicule, certains se retrouvent exposés à des températures très importantes et nous demandons encore qu’un véritable plan de travail adapté soit mis en place. On ne peut pas demander aux agents d’assurer leurs missions en mettant leur santé en danger.

    Même constat pour les services d’incendie et de secours. Cet été a montré jusqu’où peut aller cette impréparation : en Gironde, les incendies ont entraîné le plus grand déplacement de population depuis la seconde guerre mondiale, tandis que plusieurs agents ont perdu la vie et que des dizaines d’autres ont été blessés lors des interventions. On demande des moyens humains, des conditions de travail dignes et, évidemment, une revalorisation salariale. Le dégel du point d’indice est indispensable. Et par ces fortes chaleurs, c’est peut-être bien le dégel que les fonctionnaires attendent le plus ! »

  • Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Manon Magagnosc, hospitalière
    CGT Toulon

    « C’est 20 ans de gel du point d’indice. Quand on nous annonce un budget avec 54 milliards d’économie… Responsable de l’UD CGT Var, je travaille à l’hôpital de Sainte-Musse. On nous demande encore de faire plus avec moins. Les gens ne font pas le lien avec l’austérité alors que les effets sont concrets, comme la fermeture des urgences. L’été quand ça brûle ou quand il y a le Covid, là on se rappelle qu’on a des fonctionnaires. Le mépris, il n’y a rien de pire. À la CGT, on dit qu’il faut un appel massif à la grève, qu’on mesure ce que c’est un jour sans eux. »

    Sophien Abid, technicien territorial FO
    Marseille

    « Le point d’indice est gelé depuis bien trop longtemps. Tout a augmenté de façon exponentielle mais pas notre salaire. Le 10 du mois, beaucoup de mes collègues fonctionnaires sont à zéro sur le compte. On subit aussi le manque de moyens humains : des départs à la retraite ne sont pas remplacés, les recrutements ne sont pas réalisés… On charge toujours plus les personnels mais sans mettre les bras avec. Ça vaut aussi pour les moyens techniques : on a un service espace vert qui n’a plus de tronçonneuse pour couper des arbres ! On en est là ! On n’a plus les moyens d’assurer nos missions comme il le faudrait. »

    Mélanie Saïsse, professeure des écoles
    CGT Educ’action Vaucluse

    « Jeudi dernier, notre syndicat a tenu son assemblée générale. Le bilan dressé confirme la nécessité de la mobilisation de ce mardi. Elle doit permettre de faire entendre une exigence simple : l’école publique ne peut plus reposer sur la capacité des personnels à compenser indéfiniment le manque de moyens alors que les besoins augmentent et que les personnels se sentent abandonnés par leur hiérarchie. Des élèves sans accompagnement, des enseignants qui travaillent dans des salles à 40 °C, des postes non pourvus, des personnels en souffrance, des établissements qui bricolent pour tenir. Une école qui tient uniquement parce que ses personnels la tiennent à bout de bras, ce n’est pas une école qui fonctionne. »

    Christelle Brotons, agent du Sdis
    Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels
    Digne

    « Nous sommes des fonctionnaires mais un peu différents. Au Sdis 04 [Service départemental d’incendie et de secours], je fais partie des personnels administratifs, techniques et spécialisés (Pats), on a le même rythme de travail que les autres, mais s’il y a une grosse intervention, on nous rappelle. Sans Pats pas de pompiers et inversement. Nous demandons des moyens matériels et humains parce qu’il y a les incendies mais aussi le secours à la personne. Si l’État ne revoit pas sa copie sur le financement des Sdis… On continuera. »

    Philippe Angelleli, agent territorial CFTC
    Marseille

    « Cela fait des années que le point d’indice n’a pas été revu, et on se rend bien compte de l’augmentation du coût de la vie, au point que les gens ne peuvent plus s’alimenter correctement sans compter les prix à la pompe, le prêt immobilier quand ils ont pu acheter. La plupart des territoriaux de Marseille sont des agents de catégorie C, au Smic. Face à des administrés en demande, dans les écoles, les crèches, les bureaux de proximité, on manque de postes. Les dossiers prennent plus de temps. Même si les agents assurent leur mission. On est en survie administrative. Il s’agit de l’avenir du service public. »

    Cécile Braca, enseignante d’anglais Snes-FSU
    Miramas

    « La principale revendication, c’est la revalorisation du point d’indice, indexé sur l’inflation. On en a marre que nos salaires soient bloqués. Ça a été le cas pendant dix ans. Ils l’ont un peu débloqué pour finalement le geler de nouveau dans le budget 2027. Le métier n’est plus attractif. C’est pas un métier facile, si en plus l’Éducation nationale paye mal les enseignants en début de carrière alors qu’ils ont fait un bac+5, ça n’aide pas. Pour compenser, et parce qu’il y a des matières où c’est vraiment la pénurie, comme les maths, le français ou les lettres modernes, leur solution consiste à recruter un peu plus tôt ou à embaucher des contractuels, qui sont encore moins payés que les autres. Ce n’est pas non plus optimal pour les élèves. »

  • À Istres, les enseignants du lycée Rimbaud font bloc après une agression

    À Istres, les enseignants du lycée Rimbaud font bloc après une agression

    Le lycée Arthur-Rimbaud était vidé de ses élèves, ce jeudi 24 septembre. Les enseignants ont voté l’arrêt des cours et exercé leur droit de retrait suite à l’agression d’une professeure le matin même. Rachel Véran, représentante syndicale Snes-FSU, raconte : « Un étudiant avait son téléphone à la main dans le lycée à 8h du matin. C’est interdit pour les lycéens comme pour les BTS par le règlement intérieur depuis juin dernier. Un encadrant lui a fait la remarque, l’élève n’en a pas tenu compte, et ma collègue a donc insisté. Elle a reçu un coup de poing très violent, est tombée au sol, puis a été prise en charge par les pompiers avant d’être transportée aux urgences. » Elle y était encore en fin d’après-midi, dans l’attente de réponse à ses examens.

    Pour l’équipe enseignante, cet incident reflète « l’insécurité croissante » au sein de l’établissement. Cyril Belmonte professeur d’histoire géographie et représentant Snes-FSU, l’affirme : « La violence physique de ce matin est le point d’orgue d’une dégradation des relations entre certains élèves, certains parents et la communauté éducative, avec un certain nombre d’altercations agressives. En mars dernier, une collègue a été menacée de mort sur les réseaux sociaux ». Une plainte a été déposée et est en cours d’instruction.

    Un manque d’encadrants

    Devant le lycée, Adam et Romain sont adossés à un muret. Pour ces deux terminales, l’agression survenue le matin même était « un événement ponctuel ». « En tant qu’élèves, on a pas l’impression qu’il y ait une montée de l’insécurité », assurent-ils. Eux y décèlent plutôt la conséquence d’un manque d’effectif. « On est plus de 1 300, pour très peu de surveillants », confient les deux amis. Selon l’équipe pédagogique, il y aurait six assistants d’éducation (AED) en équivalent temps plein dans l’établissement.

    Rachel Véran confirme : « Notre lycée est plein comme un œuf avec 1 350 élèves alors qu’il n’est pas dimensionné pour ça et qu’on a des moyens constants : on n’a pas d’AED, ni de professeurs supplémentaires. » La représentante syndicale s’agace : « On a pourtant de bons résultats, avec 99% d’élèves qui fonctionnent correctement. Mais avec cet accroissement des effectifs et le manque flagrant de moyens humains, on se retrouve dans des situations ingérables et intolérables ».

    Réunie en assemblée tout l’après-midi, la communauté éducative demande des AED supplémentaires, la mise en place de protocoles de prévention pour être mieux armée face à ce type de situations, et un meilleur accompagnement du ministère de l’Éducation national et du rectorat pour faire appliquer les nouvelles règles, à l’instar de l’interdiction des portables.

    L’adjoint du Directeur académique et le maire (LR) d’Istres, Robin Prétot, sont venus apporter leur soutien aux enseignants. Les cours doivent reprendre ce vendredi. Une cellule psychologique va être mise en place.

  • Grève le 15 septembre : la CGT énergie se joint à la santé

    Grève le 15 septembre : la CGT énergie se joint à la santé

    La situation dans la santé, à l’hôpital ou en Ehpad, ne fait plus la une de l’actualité. Pourtant, la situation reste critique dans ces structures. Encore plus après l’été que les agents ont enduré, devant faire face à un afflux de patients à cause des canicules à répétition. « Il y a une journée où on a dépassé les 230 passages aux urgences, ce qui n’était jamais arrivé », confirme Romain Sabran, le secrétaire général de la CGT du centre hospitalier Alès-Cévennes.

    Mardi 15 septembre, il accompagnera une délégation d’Alès et des alentours à Montpellier pour manifester devant la préfecture. « On a toujours un absentéisme élevé, notamment dans les maisons de retraite. On est à 15-16% d’absentéisme, ce qui est bien au-dessus de la moyenne nationale. Quelques structures ont fonctionné tout l’été en sous-effectifs. Des lits ont été fermés durant l’été, notamment des lits d’ambulatoire et d’hospitalisation de jour. Des lits en pédopsychiatrie ont aussi été fermés temporairement », décrit Romain Sabran.

    Face à cette situation loin d’être isolée, la CGT appelle à se rassembler devant la préfecture entre 12h et 14h. Une délégation doit d’ailleurs être reçue par la préfète. Les agents souhaitent ainsi continuer d’alerter sur leur situation mais aussi peser dans le débat à venir sur le financement du budget de la sécurité sociale. « On a besoin d’un renfort de personnel. On demande aussi des hausses de salaires car avec le tassement des grilles, des agents se retrouvent aujourd’hui en dessous du Smic et reçoivent donc une indemnité compensatrice. Il y a aussi la question de la formation du personnel car on emploie de plus en plus de gens non qualifiés, notamment dans les Ehpad. On demande aussi l’abrogation de la fameuse taxe sur les salaires, qui est en grande partie responsable des difficultés financières des hôpitaux », liste Romain Sabran.

    Les énergéticiens

    en colère

    Les acteurs de la santé ne seront pas les seuls en grève mardi 15 septembre. Quatre organisations syndicales de l’énergie, dont la CGT, appellent également à la mobilisation. C’est un rapport de la Cour des comptes préconisant de revenir sur le tarif agent qui a mis le feu aux poudres. « Le tarif agent permet de payer 10% de l’électricité », explique la secrétaire générale de la CGT Énergie du Gard, Élodie Constantin. « Mais en contrepartie, on a des salaires qui sont inférieurs au salaire du commun des mortels. C’est un droit hérité de la création du statut de 1946. »

    Les agents sont donc appelés à se rassembler devant les préfectures. 300 d’entre eux sont ainsi attendus devant la préfecture du Gard à Nîmes. « Il y a de la colère parce qu’il n’y a pas que le tarif agent. Ils remettent aussi en question les heures supplémentaires et les astreintes alors qu’on ne peut pas s’en passer car on n’a pas assez d’agents. Si on veut supprimer les heures supplémentaires, il faut doubler les effectifs. Il y a aussi un problème de formation. On demande aussi le retour à un prix garanti car l’énergie est un bien commun », détaille Élodie Constantin.

    Une situation d’autant plus compliquée que les agents de l’énergie ont également été particulièrement sollicités face aux canicules et aux incendies. « Déjà en décembre, il y avait eu une tempête puis en janvier des inondations. Avec les canicules, nos ouvrages souffrent et il faut des agents sur le terrain. En ville, des agents vont travailler en soute et quand il fait 40 degrés dehors, il fait 60 dans la soute », conclut Élodie Constantin.

  • [Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d’Arles

    [Portrait] Christoph Wiesner, directeur des Rencontres Photographiques d’Arles

    Pour fendre les conventions et l’armure d’une conversation, obtenir des détails un tant soit peu inédits, la tâche de l’intervieweur-portraitiste est quelquefois laborieuse. Les appartenances profondes de ce profil franco-allemand échappent aux définitions. Le personnage public de Christoph Weisner affiche la robustesse et la bonne humeur d’un cycliste d’autrefois, par exemple Rudi Altig ; il incarne tout aussi bien le retrait et l’élégance d’un cousin de Max Ernst. L’impeccable culture de cet ancien étudiant de l’École du Louvre qui cite dans ses éditoriaux Edouard Glissant, Didi-Hubermann ou Pasolini, n’est pas intimidante. Il ne reçoit pas dans son bureau de directeur, préfère retrouver ses interlocuteurs sous les platanes, rue du Docteur Fanton, dans la cour intérieure du bâtiment des Rencontres.

    À côté des thématiques des récentes années – écologie, minorités sexuelles, post-colonialisme – et des noms déjà connus, souvent féminins, mis à l’honneur pendant les Rencontres qu’il a dirigées
    – Berenice Abbott, Sophie Calle, Nan Goldin, Lee Miller, Sabine Weiss – quelques indices singuliers surviennent quand il évoque ses expériences arlésiennes les plus marquantes. En sus des joies qu’il vient d’éprouver en demandant à Harry Gruyaert de redistribuer autrement la magie de ses vues urbaines ou bien en convainquant, au terme de trois séjours à New York, une photographe de 93 ans, Martine Barrat pour qu’elle réalise ce qui risque d’être son ultime grande exposition, Christoph Wiesner pointe parmi ses plus vives émotions une soirée de juillet 2024 pendant laquelle la photographe japonaise Ishiuchi Miyako recevait le Prix Women in motion. 77 ans sobrement assumés, cette dame s’était habillée avec le kimono traditionnel d’une amie de sa mère, victime de l’explosion atomique d’Hiroshima. Tandis qu’en bande passante, on apercevait les lumineuses polychromies de ses photos qui remémorent les empreintes et les plis des vêtements déposés au Mémorial de la Paix, une interprète traduisait ses commentaires. Avec la force de ses images, Miyako faisait comprendre que le présent d’une photographie révèle souvent les deuils et l’irréversible distance qui nous séparent du passé. Simultanément l’infime tremblement ou bien la surface d’une photo rendent visible la remontée de traces et d’indices proches de l’invisible.

    Les charges de travail de cet homme-orchestre sont complexes. Avec un simple claquement de doigts, on ne peut pas demander à Christoph Wiesner d’avoir la capacité d’invention du beaucoup plus jeune Festival du Dessin d’Arles de Fréderic Pajak dont l’équipe vient d’enregistrer en avril-mai, loin des chaleurs de l’été, à l’occasion de sa quatrième édition, un merveilleux et fervent succès. Dans une institution comme les Rencontres d’Arles, les héritages sont contraignants, le comptage des billets d’entrée (175 000 visiteurs, l’an dernier) est déterminant. Les recettes du Festival équilibrent la moitié du budget: la seconde moitié, ce sont pour 20% les mécènes, et puis 30% de subventions. Depuis 2013, les voies tracées par l’ancien directeur François Hébel et son scénographe Olivier Etcheverry sont reconduites; la juxtaposition des 47 expositions d’une programmation polyphonique susceptible de cocher la plupart des cases de l’air du temps, n’est pas foncièrement cohérente.

    Des Rencontres qui n’oublient pas les urgences du présent

    La cible principale reste le maintien d’une plate-forme qui, depuis les miracles survenus dès 1970 grâce aux tenaces intuitions de Lucien Clergue, Jean-Maurice Rouquette et Michel Tournier, aura fait d’une sous-préfecture de 52 000 habitants la capitale mondiale de la photo. Le pôle d’attraction majeur, ce sont les Rencontres professionnelles de la première semaine qui dénombrent cette année grand public compris, les passages de 22 000 passionnés, artistes, collectionneurs ou bien éditeurs. Qu’ils reviennent et se renouvellent est l’espoir de l’équipe des Rencontres qui ne pourra pas offrir en 2027 à la curiosité d’un public averti uniquement quelques lucioles, des relectures ainsi que la restitution d’un incontournable Bicentenaire de la Photographie. La guerre en Ukraine et le génocide de Gaza pourraient révéler une nouvelle génération de photographes. Sans trop d’illusions on forme des vœux pour que surgissent des créateurs qu’Arles découvrirait: ils seraient les équivalents inattendus d’Edward Weston, de Duane Michaels ou bien de Martin Parr.

  • La canicule a provoqué 48 décès en juillet

    La canicule a provoqué 48 décès en juillet

    Deux canicules pour le prix d’une et des données qui font froid dans le dos. Santé Publique France, l’agence nationale de santé publique, a dévoilé, ce mercredi et ce jeudi, une série d’études sur les canicules estivales et leurs conséquences sanitaires.

    La première est « relative à l’excès de mortalité observé durant l’épisode de canicule du 3 au 22 juillet 2026 ». Un épisode qui était « exceptionnel de par sa durée et son étendue géographique », rappelle l’organisme, citant notamment les 78 départements concernés pour 78,5% de la population française. D’autant que cette canicule a duré la majeure partie du mois, lequel est donc devenu « le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900 », selon Météo France cette fois. Reste que la mortalité lors de cette canicule a été en « augmentation de 9,2% » par rapport à ce qui était prévu. « 1 243 décès en excès ont été estimés : 14 713 décès observés contre 13 470 décès attendus », développe Santé Publique France, qui s’appuie sur les données de l’Insee.

    Précisons tout de même que son étude s’attarde sur la mortalité « toutes causes », et donc pas directement reliée à la canicule. Concrètement, on décompte plus de 1 200 morts de plus que ce que les analyses prévoyaient pour un mois de juillet classique. D’où le terme « excès de mortalité » utilisé par l’organisme.

    Concernant le profil des décédés, le point de Santé Publique France précise que ce sont « les personnes âgées de 75 ans et plus constituent les trois quarts des décès de ce bilan provisoire avec au moins 917 décès en excès ».

    1 397 décès observés

    Et côté géographique, « toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité toutes causes à l’exception de la Corse ». En Région Paca, le nombre de décès attendus était de 1 339 mais il y a eu 1 397 décès observés. D’où 48 décès en excès décomptés, plaçant la région parmi les moins touchées sur ce plan. Elle est bien loin des 236 morts excédentaires du Pays de la Loire.

    Les départements de la Région Sud s’en sortent bien : Les Bouches-du-Rhône, le Var, le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence ont une « surmortalité relative » qui oscille entre 0 et 10%, le niveau le plus faible. Le département des Hautes-Alpes n’a pas été considéré comme en canicule sur toute la période et celui des Alpes-Maritimes comme n’ayant pas de surmortalité.

    Enfin, l’organisme public a sorti une autre étude, sur la canicule qui a officiellement pris fin en début de semaine, dédiée à la région Paca et notamment aux recours aux soins sur la période. « L’analyse au niveau régional des recours aux soins d’urgence indique une stabilité des passages aux urgences, des hospitalisations et des actes SOS Médecins », explique Santé Publique France. Avec tout de même « une activité en hausse » pour SOS Médecins sur le week-end du 15 août. Là encore pour des motifs « toutes causes » donc pas forcément en lien direct avec la chaleur.

  • [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    La Marseillaise : La maternité d’Apt a fermé en 2016, celle de la clinique Urbain V à Avignon en 2024. Quelles conséquences ont pu avoir ces fermetures ?

    Patrick Bourdillon : La baisse de la natalité considérable dans notre département a fait que l’absorption de l’activité d’Urbain V n’a pas eu pour conséquence une explosion des naissances sur le centre hospitalier d’Avignon. Mais la fermeture de l’hôpital d’Apt a amené beaucoup plus de naissances à Cavaillon, d’autant plus que la distance est importante depuis Apt. Et il y avait eu avant les fermetures à Vaison-la-Romaine et Pertuis. Si les chiffres de difficultés dans la naissance n’ont pas forcément augmenté, leur pourcentage par rapport au nombre de femmes qui accouchent lui augmente. On s’aperçoit surtout que c’est le nombre de professionnels en capacité de prendre en charge l’enfant, et la durée notamment de l’hospitalisation en post-partum, qui vont compter.

    Le rapport de l’Igas pointe le manque de places en réanimation en néonatalogie dans la région, quels constats faites-vous ?

    P.B. : Sur un centre hospitalier de la taille de celui d’Avignon, le service de néonatalogie n’est pas suffisant puisque c’est une maternité de niveau 2, donc nous n’avons pas de réanimation en pédiatrie. La plus proche est à Marseille, à pratiquement une heure de trajet. Un bébé en difficulté à Orange aura donc moins de chances qu’un bébé à la Timone. Mais les difficultés sur la réanimation existent aussi pour les adultes.

    Quelles sont les conditions de travail en néonatalogie ?

    P.B. : Elles sont plutôt bonnes dans la mesure où il y a un encadrement suffisant, même si parfois il y a des nécessités plus fortes. La néonatalogie est relativement préservée, mais nous ne sommes pas capables de gérer si beaucoup d’enfants ont des nécessités de soins, essentiellement pour les enfants prématurés ou pour ceux qui ont des complexités métaboliques ou des problématiques d’organes.

    Le travail de prévention est-il suffisant ?

    P.B. : Quand on voit les suppressions de subventions au Planning familial, on s’interroge… Ils ont dû faire appel à des dons en urgence ! D’autres préventions relèvent de la médecine de ville, mais le nombre de médecins est de moins en moins important. Cela a des conséquences, avant la naissance mais aussi après la grossesse. Il y a beaucoup d’arrivées aux urgences pédiatriques de jeunes mamans totalement perdues. L’ancien programme d’accompagnement du retour à domicile encourageait les jeunes mamans à rentrer le lendemain de l’accouchement, on a voulu faire de l’ambulatoire avec pour limite une prise en charge de l’individu qui échoit aux familles, et pas aux professionnels de santé. Alors il y a des incompréhensions sur la perception des symptômes de l’enfant, alors qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des médecins, ne parlons même pas des pédiatres, pour voir si l’enfant est en danger ou pas. Le quadrillage médical ne se joue pas seulement sur les hôpitaux et maternités.

  • Un nouveau centre médical a ouvert ses portes à Béziers

    Un nouveau centre médical a ouvert ses portes à Béziers

    « Nous nous sommes rendu compte que nous avions de plus en plus de patients sans médecins traitants. À peu près 18 000 sur 185 000 habitants. L’idée nous est donc venue de créer ce centre en lien avec l’hôpital de Béziers, dont les urgences explosent. Les gens qui n’ont pas de médecin traitant se rendent aux urgences. On s’est dit qu’il fallait les urgences de ces patients qui ont simplement besoin d’une consultation médicale », explique Laurence Safont, pneumologue et présidente de la CPTS Ouest Hérault, structure porteuse du projet qui couvre un territoire allant « d’Olonzac à Saint-Pons, jusqu’à la mer ».

    Ce nouveau centre territorial médical du Biterrois (CTMB), inauguré le 3 août, propose donc, en journée (du lundi au vendredi de 9h à 13h et de 14h à 19h), des consultations au sein de la maison médicale de garde située face à l’hôpital et gérée par lui, laquelle fonctionne de nuit et les week-ends. « L’hôpital de Béziers a été tout à fait favorable à nous la mettre à disposition gratuitement en journée », rapporte Laurence Safont.

    Un accès sur régulation via le 15

    La structure s’appuie sur une rotation de médecins libéraux. « Sur les 90 médecins actuellement présents sur le territoire, 30 ont déjà adhéré au principe de ce centre. Et il est probable que d’autres se manifestent en septembre, car certains confrères sont en vacances ou en effectifs réduits à cette période », indique la présidente de la CPTS Ouest Hérault. « Dans 80% des cas, les consultations auront lieu en présentiel. 20% des médecins, qui sont un peu éloignés sur le territoire, préfèrent opter pour la téléconsultation assistée par un infirmier libéral, qui aide le patient dans la démarche. La CPTS s’est donc équipée d’une valise de téléconsultation assistée avec stockage des données des patients, pour qu’ils puissent revenir pour le suivi en cas de prescription d’imagerie ou de biologie. »

    Chose importante : l’accès au CTMB se fait uniquement sur régulation via le 15. « Les patients appellent le 15, d’où ils sont basculés sur le SAS (service d’accès aux soins) qui prend rendez-vous sur notre agenda. On s’est engagé à répondre à la demande sous 48h », précise Laurence Safont. Des patients se trouvant aux urgences de l’hôpital de Béziers ou de la polyclinique Saint-Privat peuvent également être adressés au SAS par l’infirmier d’orientation. De quoi offrir une bonne bouffée d’oxygène aux services d’urgences.

    Les médecins généralistes du territoire devraient, en outre, recevoir dès novembre le renfort de 12 « docteurs juniors » : « Des 4e année d’internat de médecine spécialisés en médecine générale, qui vont travailler en autonomie. Ils seront là pour 6 mois à un an et j’espère que nous serons assez attractifs pour leur donner envie de s’installer. »

  • Un plan d’économies pour l’hôpital de Manosque sur la table

    Un plan d’économies pour l’hôpital de Manosque sur la table

    « Comme dans tous les hôpitaux de France, la période du Covid a été terrible », reconnaît le maire de Manosque après sa réélection à la présidence du Conseil de surveillance du Centre Hospitalier de Manosque ce vendredi. En 2020, La déprogrammation massive d’hospitalisations et de chirurgies avait fait chuter l’activité de l’établissement. « La problématique sur Manosque, c’est qu’en 2023/2024 il n’y a pas eu de reprise d’activité normale, contrairement aux autres [hôpitaux] », rappelle-t-il, pointant la fréquentation des urgences, « passée de 35 000 à 25 000 » passages annuels depuis la crise sanitaire.

    Face à la chute des recettes, alourdie par la dette héritée de la construction du nouvel hôpital en 2007, Camille Galtier plaide pour un « plan annuel et structurel pour accompagner les hôpitaux de proximité ». Selon lui, l’établissement manosquin, associé à celui de Digne-les-Bains, ne pourra jamais rivaliser avec des hôpitaux « rattachés à des locomotives » comme Toulon ou Avignon. « On a besoin de plus d’aide que les autres, d’une aide structurelle et non conjoncturelle. »

    En 2024, Camille Galtier avait démissionné de la présidence du Conseil de surveillance, un geste qu’il présente comme un « cri d’alerte » sur l’impuissance des élus locaux face à l’Agence régionale de santé. Le ton est aujourd’hui à l’apaisement : « Le message est enfin compris à l’échelle régionale, cette collaboration fait du bien. »

    « Il n’y aura pas

    de plan de licenciements »

    Pour redresser la situation, Camille Galtier s’appuie sur un plan élaboré par la Nappe, cabinet d’audit, avec l’ambition d’économiser près de 5 millions d’euros en un an, « sans toucher au personnel », assure-t-il. L’objectif est d’« optimiser l’organisation fonctionnelle de l’hôpital via un redéploiement du personnel vers les services sous-dotés ».

    L’épineuse question

    des urgences

    « Les urgences, c’est la vitrine de l’hôpital. La vitrine d’un hôpital ne peut pas se permettre d’être fermée six heures par jour », lance Camille Galtier. Fermé la nuit depuis deux ans faute d’effectifs – 7 urgentistes disponibles sur les 14 nécessaires – il espère voir le service rouvrir sur ce créneau grâce à l’arrivée de nouveaux praticiens, qui portent désormais l’équipe à 10. Le président appelle, « avec bienveillance », la direction et le personnel médical, à « trouver une solution dans les trois mois ». Il s’oppose en revanche à toute régulation stricte de l’accès aux urgences, y voyant une atteinte au service public. « Même si nous ouvrions 24h/24, sans régulation, on ne ferait pas 100 patients par jour comme en 2020. »

    Fortement appuyé par le rapport de la Nappe, le projet de gouvernance de l’hôpital sera présenté par la direction en octobre. « On a de la marge entre ce qu’on nous propose et ce que la direction va proposer », se félicite Camille Galtier, qui souhaite rencontrer les syndicats avant la rentrée pour en discuter. Confiant, il conclut : « Je sais qu’il y a du personnel dévoué. Tout le monde a pris conscience qu’à Manosque, on peut basculer sur quelque chose de vertueux. »

    Andréa Goyard de Castro

  • Aux urgences, des hommes et femmes en première ligne

    Aux urgences, des hommes et femmes en première ligne

    L’une des blouses blanches qualifiera le lieu de véritable « fourmilière ». Même le temps d’une après-midi d’apparence calme. Aux urgences du Centre hospitalier d’Aix-en-Provence Pertuis, ce sont en moyenne « cent, deux cents passages par jour » qui sont enregistrés, lorsque le flux se veut plus ou moins habituel. En coulisse de ces passages aux urgences, le personnel évoque adaptation constante, prise en charge d’urgences vitales, bobologie, humeurs variées des patients et des familles… « On a un personnel ici habitué à s’adapter en permanence, quelle que soit la situation, comparé à d’autres services de soins, c’est facilitant. C’est des personnels engagés, on n’a pas de difficulté à recruter ici sur Aix. (…) Généralement, les professionnels restent ici », pose d’entrée Nicole Blanc-Hautain, cadre de santé aux urgences. En poste depuis 13 ans sur Aix, elle est en charge de l’encadrement des équipes. « À la louche », de jour comme de nuit, 9 infirmiers, 6 aides soignants, un brancardier dont l’effectif peut être augmenté la nuit, se relaient pour faire tourner un service qui ne dort jamais. « Il n’y a pas de saisonnalité au niveau de l’accueil des urgences. Le seul changement qu’on a, ce sont plus de patients qui arrivent sur la période de nuit ou sur la permanence des soins. Mais on se retrouve un peu plus en difficulté pour hospitaliser les patients. Comme vous l’entendez de partout, il y a des problèmes d’hospitalisation par manque de lit. Alors on négocie, on s’organise pour garder les patients dans les urgences dans des conditions plus acceptables en termes de confort. » Pour répondre au flux du bassin aixois, des travaux ont d’ailleurs été lancés au sein des urgences. « Tout est en travaux, les conditions pas optimales pour l’entrée des urgences et le stress que ça engendre quand on arrive, pour les patients mais aussi pour les familles. Mais ce sera mieux après », pointe Cécile Mintoff, médiatrice. Elle est le « premier visage » que l’on voit en arrivant aux urgences. « On est des caméléons, parce que tout dépend de comment arrivent les personnes. L’écoute est primordiale », déroule la médiatrice. Ce, malgré les différents états, parfois agressifs, des patients et familles. « Mais les urgences, ce sont le reflet de la société. Il y a de tout. Il y a de tout et il faut qu’on soit alignés sur tout. L’hôpital public, sa priorité, c’est de garder nos valeurs, que tout le monde ait droit aux soins en même temps et de la même façon. » Un peu plus loin dans le parcours, Vincent, infirmier d’accueil (IAO). « On fait tout pour éviter l’embolie du service, ce n’est pas évident car il n’y a pas que les moyens humains. On est dans de vieux locaux qui n’ont pas grandi avec la population du bassin d’Aix, que reçoit l’hôpital. Il y a des jours de flux tendu. On aura beau être 10 infirmiers, le service sera bouché (…). Certains jours, l’entonnoir se remplit et la porte de sortie est toujours plus petite que la porte d’entrée », contextualise l’infirmier. Si cet après-midi de mi-juillet, le flux semble calme, dans les autres services des urgences – pédiatriques, psychiatriques – le quotidien ne connaît pourtant pas de répit, rythmé d’arrivées, du bruit des machines et des constantes en évaluation, des allers-retours des brancards et des interpellations de patients dans les couloirs. Au SAUV (service d’accueil des urgences vitales), la plupart des box sont occupés. Un cardiologue vient d’arriver dans le service. « Il y a un patient qui fait un gros infarctus », a-t-il le temps de préciser. De retour au poste médical, plusieurs soignants acceptent de parler de leur vision du métier. « Oui, les gens se plaignent beaucoup de l’attente. Mais il faut savoir que ce qu’on fait en une journée aux urgences – analyses, imagerie – on le fait en trois jours en dehors », explique un infirmier. Symptôme d’une « génération Uber Eats, estime Marceau Caradec, docteur aux urgences. Mais on travaille par choix aux urgences. » Le docteur Elodie Canault rappelle pourtant, « on ne s’est pas arrêtés en 2020 [au moment du Covid]. Les problématiques on a continué à les avoir. »