Tag: Tribunal de commerce

  • Le site de Tarascon presque condamné, Saint-Gaudens en sursis

    Le site de Tarascon presque condamné, Saint-Gaudens en sursis

    Le tribunal de commerce de Toulouse a tranché lundi : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse pour l’entreprise de pâte à papier Fibre Excellence est rejetée. Un coup de massue pour les 670 salariés de l’enseigne, placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier. C’est le maintien des « conditions suspensives », qui rendent, d’après la juridiction, « l’offre irrecevable », a rapporté Christophe Clerc, avocat du Comité social et économique (CSE) de la société.

    La proposition de l’homme d’affaires était en effet subordonnée à plusieurs conditions adressées à l’État. Parmi elles : le rachat à meilleur prix de l’électricité produite par les turbines de l’entreprise et la réintégration du fabricant dans le système européen des quotas carbone. Des exigences que le gouvernement ne lui a pas accordé, comme le suggéraient les récentes déclarations de Roland Lescure, ministre de l’Économie, qui assurait, mardi dernier à l’Assemblée, que « l’offre [n’était] pas au niveau ». « L’offre demande une aide supplémentaire de l’État, sans doute de plus de 100 millions d’euros : donc au-delà des 100 millions que nous sommes déjà prêts à mettre et des 90 millions d’euros qui ont été apportés à cette entreprise, contre un investissement du repreneur [Matthieu Pigasse, Ndlr] de 5 misérables millions d’euros. (…) Aujourd’hui, le compte n’y est pas », avait souligné le ministre. « Cette déclaration est indigne de la part du ministre, qui s’acharne à décrédibiliser cette offre par pur calcul politicien », s’était alors indigné la CGT, dans un communiqué.

    Le tribunal a requis la liquidation du site de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, qui emploie environ 275 personnes. Le site de Saint-Gaudens a lui obtenu un sursis inespéré de deux jours, un nouvel industriel s’étant manifesté pour sa reprise.

    Une offre à « consolider »

    Le nouveau candidat, qui souhaite rester anonyme, doit désormais consolider son dossier avant la prochaine audience, mercredi 29 juillet. « Il y a un nouvel industriel qui a fait une lettre d’intention qui donne une caution de deux millions d’euros pour gagner du temps. Mais rien n’est fait », a souligné Sébastien Oustric, représentant CGT des salariés de Saint-Gaudens, à l’issue de l’audience, lundi matin. Sébastien Martin, ministre délégué en charge de l’Industrie, a confirmé l’existence dudit repreneur, qu’il assure avoir rencontré, ce week-end, aux côtés de Carole Delga, présidente (PS) du conseil régional d’Occitanie. « Mes services, en lien avec la Région, vont se mobiliser pour voir de quelle manière cette offre peut être consolidée », a-t-il ajouté.

    Dernière usine de pâte à papier française, Fibre Excellence représente, en plus de ses 675 salariés, près de 10 000 emplois indirects d’après la CGT. « Si l’État ne suit pas, c’est lui seul qui condamne la filière et les milliers d’emplois qui en découlent », concluait le syndicat dans un communiqué, la semaine dernière.

  • Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté ce lundi matin l’offre de reprise des deux usine de pâte à papier Fibre Excellence portée par le financier Matthieu Pigasse, dont « les conditions suspensives ne sont pas levées » d’après une source syndicale. Une offre de reprise du site de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a été déposée, tandis que le site de Tarascon et ses 270 emplois directs reste à ce stade menacé de liquidation judiciaire. Rassemblés devant la sous-préfecture d’Arles au même moment lundi matin, l’intersyndicale FO-CGT du site de Tarascon a renouvelé sa volonté de défendre les emplois et les outils industriels, notamment par l’occupation de l’usine depuis jeudi dernier.

  • Fibre Excellence : un rapport étaye les conditions de la reprise

    Fibre Excellence : un rapport étaye les conditions de la reprise

    « Il appartient désormais à la puissance publique de prendre les décisions permettant que ce risque repose sur l’économie du projet, et non sur les déséquilibres qu’elle peut elle-même corriger », estime un cabinet d’expertise indépendant, dont le nom n’a pas été communiqué, dans la conclusion d’un rapport commandé par les organisations représentatives des salariés de Fibre Excellence à propos de l’offre de reprise formulée par Combat Holding, dirigée par le milliardaire Matthieu Pigasse. Pour rappel, le lundi 27 juillet, elle sera examinée par le tribunal de commerce de Toulouse.

    Des données qui confirment donc les demandes formulées par les repreneurs et les représentants syndicaux, ces dernières semaines. « Tout est dans les mains de l’État », confiaient-ils lors de la dernière assemblée générale, le mardi 7 juillet dernier, sur le site de Tarascon. Leurs revendications portent sur une revalorisation du prix de l’électricité, un meilleur accès au bois utilisé pour fabriquer la pâte à papier, ainsi que sur la réintégration des quotas carbone.

    Dans les dernières pages du document, que La Marseillaise a pu en partie consulter, ce besoin est même chiffré. L’Ebitda, indicateur financier qui mesure la rentabilité du cycle d’exploitation d’une entreprise, serait déficitaire de 45,8 millions d’euros, avec le modèle actuel, sur une période de 2026 à 2030, sans projet de reprise. Le seul apport du projet industriel, avec « des produits à plus haute valeur ajoutée » pour 9,5 millions d’euros, « l’amélioration du bilan énergétique » pour 1,8 million d’euros, ainsi que la « réduction des coûts de maintenance et de fonctionnement » pour 9 millions d’euros, permet d’apporter 20,3 millions d’euros. Pas suffisant donc.

    « Conditions essentielles »

    Restent donc les « conditions essentielles à la réussite de l’offre de reprise », comme elles sont évoquées dans le rapport. La « réintégration et proratisation aux quotas CO2 » permettraient de dégager 30,2 millions d’euros. Pour la valorisation de l’électricité, le bénéfice estimé est de 25,5 millions d’euros. Mais surtout, le cabinet estime que « le différentiel lié au coût du bois constitue désormais le principal facteur de fragilité du projet de reprise ». Une aide temporaire sur cette question, une mise en œuvre de recherches « afin de rétablir la hiérarchie des usages du bois et de limiter la concurrence entre bois industrie et bois-énergie », ainsi que l’augmentation progressive des volumes de bois issus de forêts publiques permettraient, à elles seules, de dégager pas moins de 56,3 millions d’euros. Si toutes les conditions sont réunies, l’Ebitda final serait ainsi positif de 86,5 millions d’euros.

    « Les décisions restant à prendre ne visent pas à créer artificiellement de la rentabilité, mais à restaurer un environnement concurrentiel compatible avec la réalité économique de la filière », pointe le rapport, qui rappelle que « à défaut, le juge prononcera la liquidation judiciaire ».

  • Entre espoir et inquiétudes à Fibre Excellence après l’ultime report

    Entre espoir et inquiétudes à Fibre Excellence après l’ultime report

    « Hier au tribunal, ça n’a pas non plus été la joie », résume Frédéric Sanchez, secrétaire général CFDT de Fibre Excellence Tarascon, lors de l’assemblée générale des syndicats qui s’est tenue sur le parking de l’entreprise ce mardi 7 juillet. La veille, le tribunal de commerce de Toulouse a en effet repoussé jusqu’au lundi 27 juillet prochain l’examen de l’offre de reprise déposée par le financier Matthieu Pigasse (notre édition de ce mardi 7 juillet).

    Un report qui a été expliqué par les représentants syndicaux à la centaine de salariés présents, à l’ombre du garage à vélos et à motos, certains en tenue de travail, l’usine étant en service minimum, d’autres en claquettes ou en habits de ville, une partie des employés ayant été mise au chômage partiel. « Ils ne comprennent pas qu’il y a les mêmes conditions suspensives que dans l’offre précédente. Alors que sans elles, il ne peut pas y avoir de rentabilité dans un premier temps. Mais ils ont reconnu que le plan de financement est OK. Ça va être difficile, mais les juges font tout pour qu’on s’en sorte, donc on garde espoir », poursuit Frédéric Sanchez.

    En effet, dans son offre, le milliardaire demande à l’État une revalorisation du prix de l’électricité, un meilleur accès au bois qui sert à fabriquer la pâte à papier ainsi que la réintégration des quotas carbone. « Ces choses ne sont vraiment pas infaisables. Si l’État veut, l’État peut », insiste Jean-Michel Bulinge, secrétaire CGT du site.

    À l’AFP, le bras droit de l’investisseur, Mathieu Levieille, assurait ce lundi 6 juillet, en sortie d’audience, que le délai servirait à « demander à l’État des ajustements techniques pour sauver toute une filière, deux usines et des emplois ». S’il confirme que des discussions ont bien eu lieu autour de cette offre de plus de 100 millions d’euros, il ajoutait qu’il avait « obtenu des temps de parole qui ont été assez limités avec le ministère à Bercy ». Pour rappel, l’entreprise a été placée en redressement judiciaire en avril dernier. L’actionnaire principal, un homme d’affaires indonésien, s’était retiré. 10 000 emplois directs et indirects sont en jeu entre le site de Tarascon et celui de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

    « On pourra reprendre quand ? »

    « Tout est désormais dans les mains du gouvernement », confirme Jean-Michel Bulinge. Il interroge les personnes présentes pour savoir si elles sont prêtes à « se mobiliser pour mettre la pression à l’État afin qu’il fasse le nécessaire ». Et de confirmer que la prochaine échéance au tribunal « sera bien la dernière », qu’il faut qu’ils « se montrent de plus en plus » et qu’« il y a de nombreux soutiens, notamment les sous-traitants et les fournisseurs qui en pâtiraient aussi ». Une mobilisation dans une ville de la région est envisagée pour les semaines à venir. Tandis que le responsable syndical FO, Florian Berthon, plaide à nouveau pour une nationalisation au moins temporaire « pour reprendre au plus vite, car chaque jour, tout le monde perd de l’argent ».

    Après ces quelques minutes de rappel de la situation, les quelques dizaines de salariés présents n’ont pas hésité à interroger leurs représentants syndicaux sur l’avenir que laisse entrevoir ce projet, qui prévoit aussi une diversification. « Pour l’heure, c’est un plan en quatre phases. Avec des modifications vers 2028, car il faut des études, notamment pour modifier les lignes de production », précise le responsable CGT.

    Des interrogations aussi sur le court terme. « Je dois savoir si je peux garder mes enfants en août ou non. Il faut que je sache, si jamais le tribunal donne son accord, on pourra reprendre quand ? », demande une salariée. « Je dois donner les plannings à la crèche à l’avance », ajoute un autre. « Pour moi, pas avant octobre. Il devrait, si c’est bon, y avoir une reprise progressive », répond le responsable CGT. D’ici là, les salariés vont donc devoir attendre au moins trois semaines. La décision ne sera sans doute pas rendue le 27 juillet. Le tribunal aura, à partir de cette audience, au maximum 15 jours pour rendre sa décision.

  • [Entretien] Sophie Binet : « La capitalisation, c’est la triple peine »

    [Entretien] Sophie Binet : « La capitalisation, c’est la triple peine »

    La Marseillaise : L’offre de reprise pour Fibre Excellence portée par Matthieu Pigasse et les salariés est examinée, ce lundi, au tribunal de commerce. Quel est votre état d’esprit ?

    Sophie Binet : On a réussi à trouver un investisseur grâce aux salariés, à la CGT et aux élus locaux, mais pour l’instant l’État n’est pas au rendez-vous. Il fait 2 milliards d’euros de chèque pour STMicroelectronics qui licencie, mais rien pour Fibre Excellence, alors que leurs difficultés sont liées à une désorganisation du marché du bois. Le chauffage à la biomasse s’amplifie, la demande explose, faisant augmenter le prix du bois de 50%. La France devrait mettre en place une directive européenne pour prioriser les usages industriels, chose qu’elle ne fait pas. Le préjudice est évalué par un expert indépendant à 28 millions d’euros par an pour fibre excellence. La réévaluation à minima du prix de revente de l’électricité fait seulement rentrer 8 millions d’euros. Le compte n’y est donc pas du tout, il faut que l’Etat trouve 20 millions supplémentaires pour rééquilibrer l’équation! Sur ce point ce n’est pas Fibre Excellence qui peut répondre, c’est l’État. On a fait une série de propositions techniques au gouvernement, qui fait la sourde oreille et l’autruche. S’il ne répond pas il sera seul responsable de la liquidation et ce serait une honte ! Il faut qu’il se réveille et qu’il réponde à ces exigences.

    Fibre Excellence c’est Saint-Gaudens, Tarascon et Chapelle Darblay. Il faut que le projet de reprise sécurise ces trois sites. On est inquiets pour Tarason, parce qu’on sait que certains au gouvernement, ou ailleurs, parient soit sur la liquidation, soit sur la reprise de seulement Saint-Gaudens. Il n’est pas question de séparer Saint-Gaudens de Tarascon. L’équilibre économique dépend de la complémentarité des deux sites. Pouvoir relancer la papeterie de Chapelle Darblay donne toute la cohérence au projet. Aujourd’hui un quart de nos papiers usagers partent à l’étranger, certains en Allemagne d’autres jusqu’en Asie, pour être recyclés. C’est un non sens environnemental. Avec Chapelle Darblay, on recyclerait le papier jeté en France en France et on sécuriserait une part de marché pour Saint-Gaudens et Tarascon, puisqu’il y a besoin d’une part de papier neuf. On développerait l’économie circulaire, des circuits courts.

    L’optimisme que suscitait au départ le mouvement de décarbonation dans l’ouest des Bouches-du-Rhône laisse place à l’inquiétude : certains projets, comme Carbon, ne verront finalement pas le jour. L’avenir d’industries historiques, comme Arcelor, semble incertain. Comment sauvegarder les emplois existants ?

    S.B. : Il faut investir dans les usines existantes. J’ai échangé avec les camarades d’Arcelor à Fos, qui m’ont dit qu’il y a eu un nouvel accident alors qu’ils relançaient le four dans la nuit de vendredi à samedi. La dernière fois que je les avais vus, au printemps, il y venait juste d’y avoir un accident. À cause de Mittal, qui n’investit plus depuis 20 ans, l’outil industriel est vétuste. C’est dangereux pour les ouvriers et les ouvrières, qui n’arrivent même pas à le relancer. Il y a besoin qu’il y ait des investissements. Ce que prépare Mittal, c’est le départ de la France. Il faut que l’État nationalise Arcelor pour protéger notre sidérurgie. Sinon, à l’image de ce qui se passe à Fos, on va sur la fin des hauts-fourneaux en France.

    La ligne très haute tension entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer cristallise les oppositions. Comment concilier avenir industriel et écologie ?

    S.B. : Il faut mettre sur la table les problèmes concrets et regarder les solutions pour y répondre. On a besoin de cette ligne haute tension pour pouvoir électrifier notre industrie. Après, il ne faut pas la faire au mépris de l’environnement et donc il faut adapter le cahier des charges. Le problème, aujourd’hui, c’est que l’objectif est de la faire au moindre coût et donc au mépris des contraintes environnementales, qui ne peuvent pas être une variable d’ajustement.

    La Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne (CPMM) revendique l’obtention d’aides à la distribution de la presse. Pensez-vous que les pouvoirs publics doivent s’intéresser à cette question ?

    S.B. : Oui, c’est un enjeu démocratique. S’il n’y a pas de système équitable de distribution de la presse, ce sont les milliardaires qui vont distribuer leurs propre presse et la presse des travailleurs et travailleuses, comme La Marseillaise, ne sera plus distribuée. Je suis très fière que la CGT ait été au rendez-vous et ait réussi à créer CPMM pour garder un système mutualisé et solidaire de distribution. On a fait la même chose dans la région du Rhône. Mais malgré les montagnes qu’ont déplacées les camarades, on voit bien que le système n’est pas financé, donc il faut construire un nouveau modèle. On a fait des propositions très concrètes, notamment faciliter la diversification pour que en même temps qu’on distribue la presse, qu’on puisse distribuer des médicaments par exemple. Il faut que le gouvernement réponde là-dessus.

    Vous avez débattu avec Patrick Martin, patron du Medef, lors des Rencontres économiques d’Aix. Qu’en est-il ressorti ?

    S.B. : J’ai débattu avec Patrick Martin, le patron du Medef, autour du thème de l’industrie. Sa première proposition a été de développer la capitalisation et l’épargne retraite, de récupérer nos retraites par répartition pour les financiariser. Ils osent expliquer que la difficulté de l’industrie en France, c’est qu’elle n’est pas assez financée. On sait que c’est un énorme mensonge, qu’il n’y a jamais eu autant d’épargne qu’aujourd’hui en France. La question c’est comment utiliser l’épargne actuelle, notamment celle des milliardaires. L’assurance vie représente des milliards d’euros qui ne sont pas investis dans l’économie réelle. On pourrait commencer par mobiliser ces fonds. La capitalisation, c’est la triple peine pour les travailleurs et les travailleuses : ça coûte plus cher que la répartition, c’est nous qui payons ; on n’a aucune assurance de récupérer notre retraite au bout ; et ces fonds financiarisent nos entreprises et dégradent nos conditions de travail. Ambroise Croizat, premier et dernier ministre du Travail ouvrier, avait l’habitude de dire : « Rien n’est jamais acquis, parlez de conqui » Le patronat n’a jamais supporté la création de la sécurité sociale. Là, il y a une offensive en règle contre notre système par répartition organisée par le patronat et l’extrême droite. Leur point commun et la bataille idéologique centrale c’est d’un côté la solidarité, qui est notre choix, et de l’autre le chacun pour soi. Sur la question de la défense de notre système social, il y a besoin que tous les syndicats soient unis. La capitalisation, c’est le loup qui rentre dans la bergerie. Chaque année 250 milliards d’euros de la sécurité sociale échappent à la finance et financent nos retraites et notre santé. C’est ce que le capital ne supporte pas. Le développement de la retraite par capitalisation ferait un seul gagnant : la finance, les assureurs et les banquiers.

  • Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Sauramps liquidée, la dernière page d’une institution

    Le silence a remplacé le bruissement des pages. Ce vendredi 3 juillet, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation judiciaire du groupe Sauramps, refermant une histoire commencée en 1946 et transmise de génération en génération de lecteurs. Dans les couloirs du tribunal, comme devant les vitrines désormais figées, la stupeur avait pourtant quelque chose d’attendu : depuis des mois, la grande librairie du Triangle se vidait, ses rayons se clairsemaient, ses salariés travaillaient dans l’incertitude et les clients cherchaient en vain les nouveautés qui ne pouvaient plus être commandées.

    Placée en redressement judiciaire à la mi-juin, l’enseigne n’aura bénéficié que d’un court sursis. Aucun repreneur crédible ne s’est manifesté. Les pertes, évaluées autour de 4 millions d’euros, ont emporté les derniers espoirs d’un plan de continuation. À Montpellier, 48 salariés sont concernés. À Alès, six autres voient disparaître une librairie ouverte depuis vingt-quatre ans. Derrière le mot froid de « liquidation », il y a des métiers, des visages, des conseils donnés entre deux étagères, des paquets cadeaux de fin d’année, des livres glissés entre deux générations.

    Dans un message d’adieu publié par les équipes, l’émotion affleure à chaque ligne. « Après 80 ans d’existence au cœur de Montpellier et 24 ans au cœur d’Alès, les librairies Sauramps tournent une page avec beaucoup d’émotions », écrivent les salariés, remerciant « lectrices, lecteurs de tous âges, de tous horizons » pour leur fidélité, et saluant « le travail formidable des libraires » qui ont partagé leurs coups de cœur « avec passion ».

    Un gâchis social et culturel

    Sauramps n’était pas seulement un commerce. C’était une adresse populaire du livre, un lieu où l’on venait flâner, choisir un roman, chercher un manuel, discuter d’un auteur, croiser la ville. Sa disparition dit quelque chose de la fragilité d’une culture de proximité quand les charges explosent, quand les locaux vieillissent, quand les grandes plateformes imposent leur rythme et quand les pouvoirs économiques laissent les salariés porter seuls l’angoisse de l’effondrement.

    Après la décision du tribunal, la Région Occitanie et Montpellier Méditerranée Métropole ont assuré rester « plus que jamais mobilisées pour l’avenir de Sauramps ». Carole Delga, Michaël Delafosse et Christian Assaf disent apporter leur « soutien renouvelé » à la direction comme aux salariés « durement touchés ». Surtout, les collectivités veulent maintenir une perspective : « l’histoire de Sauramps n’est pas terminée », affirment-elles, en indiquant travailler depuis plusieurs semaines à un nouveau projet porté par David Lafarge, directeur général du groupe, en lien avec l’actionnaire principal François Fontès.

    L’enjeu est désormais de construire, « dans les prochaines semaines », une offre de reprise autour d’un projet « largement repensé et économiquement viable ». Plusieurs scénarios seraient en cours. La Région et la Métropole promettent d’accompagner cette reprise si elle se concrétise, au nom d’une marque jugée « emblématique » de la politique du livre à Montpellier et du rayonnement culturel régional. Une lueur, donc, mais qui ne doit pas masquer la violence du jour : 54 salariés se retrouvent au bord du vide.

    Le commerce fragile des idées

    La chute n’est pas née d’hier. Déjà sauvée en 2017 après un précédent redressement judiciaire, la librairie avait été reprise par l’architecte montpelliérain François Fontès, via Amétis. Depuis, plusieurs tentatives de relance n’ont pas suffi. Ces derniers mois, l’absence de trésorerie, les difficultés d’approvisionnement, le poids du magasin du Triangle et la perte progressive de confiance ont transformé l’institution en navire à quai. Même la Comédie du livre, rendez-vous historique du paysage littéraire montpelliérain, s’est déroulée sans elle cette année : un symbole de trop.

    Cette liquidation s’inscrit dans un secteur déjà secoué : Gibert, Furet du Nord, Decitre… les grandes enseignes du livre physique traversent une zone de tempête. Mais à Montpellier comme à Alès, la blessure est singulière. Sauramps faisait partie du décor mental des villes, de ces lieux où la culture se feuillette sans rendez-vous. Une librairie n’est jamais seulement une caisse enregistreuse : c’est un service public sans statut, tenu par des salariés passionnés, souvent peu payés, mais essentiels à la circulation des idées.

    Ce vendredi de juillet, l’année des 80 ans de Sauramps s’achève donc sur une liquidation. Peut-être pas sur une disparition totale, si le projet de reprise annoncé par les collectivités aboutit. Mais la page qui se tourne aujourd’hui, elle, est bien réelle : écrite non par les lecteurs, mais par les comptes, les loyers, les choix de gestion et l’impuissance collective à préserver, à temps, un bien commun. À Sauramps, les livres n’ont jamais manqué d’histoires. En espérant que la sienne puisse encore trouver une fin heureuse.

  • Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Un gros risque de clap de fin pour la librairie Sauramps

    Après avoir été sauvée, en 2017, d’un premier placement en redressement judiciaire, la librairie historique de Montpellier, en proie depuis plusieurs mois à une lente agonie, pourrait bien, cette fois, ne pas en réchapper.

    Placée en redressement judiciaire le 15 juin à la demande de son propriétaire, l’architecte François Fontès, Sauramps, qui emploie 54 salariés (47 à Montpellier et 7 à Alès), a rendez-vous avec son avenir ce 3 juillet au tribunal de commerce de Montpellier, au terme d’une période d’observation de 3 semaines.

    « L’administrateur n’a pas communiqué grand-chose, mais il confirme que la situation financière est catastrophique. Vu que nous n’avons plus d’actifs, plus de stocks, geler la dette ne suffira pas à relancer l’entreprise s’il n’y a pas de réinvestissement. Comme M.Fontès ne réinjecte pas et que personne, à ma connaissance, ne s’est manifesté de l’extérieur pour investir dans la boîte, on court tout droit à la liquidation », assure un salarié qui a souhaité rester anonyme. « Il y a 95% de chances qu’elle soit demandée à l’audience ce 3 juillet au matin. Si elle est prononcée, ça va être violent dans le timing : le magasin n’ouvrira pas, les salariés seront priés de rentrer chez eux et c’est fini », confie-t-il.

    La Métropole

    et la Région en soutien

    « Dans le projet présenté au tribunal de commerce, François Fontès avait fait une demande de redressement judiciaire en parlant d’un projet de relance avec uniquement 15 employés [sur 54 Ndlr], sur la partie basse du magasin. Mais je crois qu’il est revenu dessus, qu’il ne demandera pas la prolongation de la période de redressement et qu’il prendra acte de la situation », livre le salarié.

    Sauramps disparaîtrait alors bel et bien du paysage du livre à Montpellier comme à Alès. Implantée depuis 1946, cette librairie indépendante, qui fête cette année ses 80 ans, était pourtant devenue un repère, une institution à Montpellier. Elle n’échappe hélas pas à une crise plus large qui frappe le secteur, à l’instar des enseignes les plus illustres de la librairie en France, comme Gibert, Decitre ou Le Furet du Nord, elles aussi placées en redressement judiciaire.

    Il n’est toutefois pas interdit d’espérer encore. D’autant que dès l’annonce du placement en redressement judiciaire, la Métropole de Montpellier comme la Région Occitanie ont fait savoir qu’elles étaient « pleinement engagées » pour la sauvegarde de Sauramps. « Plus que jamais, face aux assauts des populismes et des dogmatismes aveugles, nous avons besoin dans nos villes de ces véritables “commerces des pensées” que sont les librairies indépendantes », déclarent dans un communiqué commun les deux collectivités, qui « travaillent de concert avec l’actionnaire et la direction pour sauvegarder cette librairie et faire émerger un projet viable ». Si seulement…

    Amélie Goursaud

  • Journée cruciale au tribunal pour Fibre Excellence

    Journée cruciale au tribunal pour Fibre Excellence

    « En quelques jours, chacun a accepté de faire évoluer sa position. Des investisseurs se sont engagés, d’autres sont en train de le faire. Les Régions se sont mobilisées. Les organisations syndicales ont contribué activement à la construction du projet », écrivent dans une lettre commune, adressée dimanche au ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, Matthieu Pigasse, les deux présidents des Régions Sud et Occitanie, et les responsables des syndicats CGT, CFDT et FO. Et de presser le gouvernement à prendre ses « responsabilités » avec « la mobilisation effective de tous les leviers dont dispose l’État afin de donner toutes les chances à ce projet désormais profondément consolidé ». Gouvernement qui reste pour l’heure dans l’attente d’un « projet crédible », répond-il.

    L’offre de reprise de l’entreprise Fibre Excellence et de ses deux usines, situées à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et à Tarascon, par l’homme d’affaires doit être déposée ce jeudi, au tribunal de commerce de Toulouse. L’audience pour l’examen de l’offre a été reportée au 6 juillet.

    Cette offre pourrait donner un second souffle au fabricant de pâte à papier et sauver les quelque 10 000 emplois directs et indirects que génère l’activité. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire, fin avril, tandis que son actionnaire indonésien, Jackson Wijaya, a refusé tout net de remettre de l’argent dans la société, qui souffre d’un déséquilibre structurel. Pour y remédier, outre l’apurement du passif, les salariés ont rappelé la nécessité d’un relèvement du tarif de rachat de l’électricité produite par l’usine. Une promesse du gouvernement.

  • [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    La Marseillaise : L’arrivée de Matthieu Pigasse est une première victoire mais il y a toujours urgence ?

    Carlos Tunon : Il va falloir approfondir pour transformer cette lettre d’intention en reprise ferme. Mais on a déjoué le scénario prévu, qui était la mise en liquidation des entités, ça nous a été confirmé. « Prévu » par un certain nombre de personnes, dont le Ciri, le comité interministériel de restructuration industrielle.

    Sophie Binet explique que le Ciri
    a soufflé le chaud et le froid, comment analysez-vous la position du gouvernement ?

    C.T. : Depuis un certain temps, quand on fait des rencontres à Bercy, ils essaient de nous rassurer. Mais le lendemain, il y a des déclarations où il est dit quasiment l’inverse de ce qui était raconté la veille. C’est forcément difficile d’avancer avec cette façon de faire.

    Ça reflète la politique industrielle menée depuis deux mandats ?

    C.T. : Tout à fait. L’impression qu’on a, c’est que le Ciri n’est pas en capacité de prendre de certaines décisions alors qu’il devrait. Idem pour le Premier ministre et le ministre de l’industrie. Un exemple : la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans les quotas carbone [Marché des quotas carbone européens, ndlr]. C’est une décision qui dépend de l’État mais elle n’est pas prise. Alors que c’est seulement une application des textes de loi et qu’il n’y a pas de difficultés particulières.

    Outre les quotas carbone, il y a d’autres « conditions suspensives » qui dépendent de l’État…

    C.T : L’État doit s’engager clairement et lever de ces conditions suspensives. Outre les quotas carbone, il y a la fameuse question du prix de revente du mégawatheure. Aujourd’hui, la formule de calcul n’est pas très claire et il faut que l’État éclaircisse cette question. Pour l’approvisionnement en bois, autre condition suspensive, c’est pareil : il n’y a pas l’application d’une directive européenne qui permettrait une restructuration de la filière avec une priorisation des utilisations des bois pour ainsi fournir plus de volumes pour les fabricants de pâte à papier. On voit là l’échec de la politique de soi-disant réindustrialisation de l’État. À une époque, l’État nous avait assuré que si l’on trouvait un investisseur fiable, il mettrait tout en place pour aider à la reprise. Il va devoir passer des paroles aux actes. Surtout au regard des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises qui profitent beaucoup aux multinationales et aux grands groupes.

    Justement, l’ancien actionnaire indonésien de Fibre Excellence
    a eu un soutien financier public…

    C.T. : Il a largement bénéficié d’argent public et il a bénéficié d’effacements de dettes, notamment en 2022 quand il avait mis Tarascon en redressement judiciaire. De mémoire, on était autour des 170 millions d’euros, payés par l’état et donc les contribuables.

    Vous portiez l’idée d’une nationalisation, comment passe-t-on de cette proposition à un soutien d’un investisseur privé ?

    C.T. : On portait l’idée d’une nationalisation temporaire pour avoir du temps pour trouver des investisseurs et pouvoir travailler avec eux, sur un projet pérenne. Avec l’arrivée de Matthieu Pigasse, on peut s’exonérer de ce sujet là pour l’instant. Mais si l’État souhaite entrer au capital, pourquoi pas ? Il y a déjà les régions.

    Quel impact sur la filière si Fibre Excellence disparaît ?

    C.T. : En France, on dépense 1 milliard d’euros pour acheter de la pâte à papier dans d’autres pays, en comptant la production de Fibre Excellence. Cela veut bien dire qu’il y a un marché pour ce produit sur le territoire. Si l’entreprise disparaît, on doublerait cette somme pour acheter ailleurs. Le déficit serait énorme, la balance commerciale ne s’arrangerait pas et cela poserait des questions de dépendance. Quand on voit la situation géopolitique actuelle, en cas de blocage, on peut se retrouver sans pâte à papier. Reconstruire une capacité industrielle comme celle de Fibre Excellence, c’est un coût astronomique et prendrait des dizaines d’années. Refaire l’usine de Saint-Gaudens, c’est environ 1 milliard d’euros.

  • Investisseur béton pour Fibre Excellence

    Investisseur béton pour Fibre Excellence

    Face aux grandes cheminées de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, dont presque plus aucune fumée ne sort depuis le placement en redressement judiciaire de l’entreprise de pâte à papier, fin avril par le tribunal de commerce de Toulouse, une bonne partie des plus de 300 salariés étaient présents avec le sourire, ce jeudi 18 juin. Et pour cause, ils ont appris l’entrée, ce mercredi, d’un investisseur de taille dans l’unique offre de reprise : Matthieu Pigasse.

    En conséquence, l’audience devant le tribunal de commerce, qui devait statuer sur l’avenir de la structure et était initialement prévue le mercredi 17 juin, a été reportée au 6 juillet, le temps d’étoffer le dossier. L’entreprise risquait notamment la liquidation judiciaire après le retrait de son actionnaire principal indonésien, il y a bientôt deux mois.

    La plupart des salariés ont ainsi suivi en visioconférence la conférence de presse organisée sur l’autre site de l’entreprise, à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, en présence de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, et de la présidente du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga (PS). Depuis le parking de l’usine, une télévision avait été installée pour l’occasion. Les élus locaux et les représentants syndicaux, quant à eux, ont suivi l’événement depuis le réfectoire de l’entreprise.

    « Il y a 48 heures, on a appris qu’un investisseur français allait essayer de sauver 10 700 emplois directs et indirects. Le ministre avait des réserves avant, car les investisseurs étaient Indonésiens. Maintenant que c’est un Français, il faut y aller. C’est une très bonne chose pour nous, mais le combat n’est pas fini. Si ça se réalise, c’est comme si le père Noël était passé en juin », se réjouit, sous les applaudissements, Laurent Quinto, salarié du site de Tarascon et représentant de la Filpac-CGT. « Il ne faut plus traîner », lance de son côté Florent Bertaud, secrétaire FO du site. Il dénonce le « blocage du gouvernement » qui selon lui « a l’entière responsabilité » de la situation, tout en appelant à « passer par une nationalisation temporaire si nécessaire ». « Ce matin, on a la banane avec cette petite lueur d’espoir », conclut Frédéric Sanchez, représentant de la CFDT, qui donne rendez-vous le 6 juillet. En espérant une bonne nouvelle.

    Table ronde

    L’occasion, également, pour les responsables politiques de réaffirmer leur soutien. Si les Régions Occitanie et Sud ont mis la main à la poche (lire ci-dessous), les différents maires et présidents d’intercommunalités alentour rappellent l’importance de Fibre Excellence pour le territoire. Le maire d’extrême droite de Tarascon, Alexandre Ducouret (RN), n’a pas été convié à la conférence de presse, la CGT rappelant son opposition aux idées de son parti. L’édile aurait menacé de porter plainte avant de publier un communiqué sur les réseaux sociaux de la commune.

    C’est son prédécesseur et vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Lucien Limousin (DVD), qui a pu s’exprimer aux côtés des maires d’Arles et de Maussane-les-Alpilles. « L’intersyndicale réalise quelque chose d’énorme. On espère que l’État va se réveiller », lance-t-il.

    « On ne peut pas claironner haut et fort être en faveur de la réindustrialisation de la France et ne pas s’occuper des sites industriels », abonde l’édile arlésien Patrick de Carolis (Horizons), avec l’approbation de ses voisins. Comme la plupart des acteurs autour de la table, il attend une position claire de l’État sur l’avenir du site, alors que de nombreuses lettres adressées aux ministères sont restées sans réponse jusqu’ici. « Le plus important, c’est le rapport de force que vous avez su créer. C’est vous les experts de l’outil de travail et la suite doit être créée avec vous. C’est pour cela qu’il faut désormais impérativement organiser une table ronde », plaide Camille Di Falco, attaché parlementaire du sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi, qui n’a pas pu être présent ce jeudi.

    Après ces moments intenses, place au barbecue, avec merguez et saucisses sous le barnum installé à côté du parking à motos. Un moment de répit après des mois de stress. « Une petite heure de décompression qui va faire du bien à tout le monde », lance joyeusement au micro Laurent Quinto.

    Le rôle déterminant des Régions

    Pour sauver Fibre Excellence, Région Occitanie comme Région Sud ont « mouillé le maillot », confie Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Et pour cause : elles appuient à hauteur de 8 millions d’euros (5 pour Occitanie, 3 pour Sud) l’unique offre de reprise présentée par la direction actuelle de Fibre Excellence. « Sa disparition serait la signature de l’arrêt de mort pour nos territoires », a expliqué Cyril Juglaret, représentant du président (Ren.) de Région Sud, Renaud Muselier, ce mercredi. Avant de se réjouir : « On va rentrer au capital, c’est exceptionnel ! ». Quand Carole Delga, présidente (PS) de Région Occitanie, a souligné avoir « remué ciel et terre » dans la recherche d’un investisseur et avoir « pensé à Matthieu Pigasse ». « La France a besoin de cette production, il y a un débouché, un marché pour la pâte à papier », a-t-elle martelé. A.B.

    TÉMOIGNAGES DE SALARIÉS DE FIBRE EXCELLENCE

    Philippe Verdiere, Opérateur service régénération

    « J’ai grandi ici et j’ai toujours connu l’usine. Même si elle a connu des périodes de bien et de moins bien, il y a beaucoup de peur liée à la précarité de la situation. Pas mal d’entre nous étaient au chômage partiel. Ça fait mal au niveau du salaire et, pour certains, c’était dur de joindre les deux bouts. Cette bonne nouvelle nous donne un espoir qu’on était en train de perdre.

    Cette possible issue favorable, c’est un coup de boost. »

    Martine Barbier, Comptable

    « C’est une société importante et on aimerait tous qu’elle reste en vie. Il y a quand même 600 salariés concernés. Il faut que l’État réagisse. Je suis fatiguée après des mois de «ça va fermer» et de «ça ne va pas fermer». Et encore plus avec les collègues mis au chômage partiel. Cela fait très bizarre de se promener dans une si grande entreprise, où nous sommes généralement très nombreux, et qui est désormais quasiment vide. On se sent seuls. »

    Muriel Sanchez, Assistante de direction

    « Je travaille ici depuis 30 ans, depuis l’obtention de mes diplômes. Quasiment toute ma famille y travaille et j’y ai même rencontré mon époux.

    À l’annonce de la mise au chômage partiel, j’ai mis quinze jours à m’en remettre.

    Et là, je ressens enfin une lueur d’espoir et je croise les doigts, car une fermeture ferait énormément de malheureux. Toute cette solidarité que l’on voit permet en tout cas d’y croire. »

    Recueillis par M.S.