Tag: travail

  • [Entretien] Michel Ficetola, historien : « L’affaire a été classée sans suite à juste titre »

    [Entretien] Michel Ficetola, historien : « L’affaire a été classée sans suite à juste titre »

    La Marseillaise : quel sentiment vous vient aujourd’hui ?

    Michel Ficetola : C’est une reconnaissance importante car les victimes obtiennent satisfaction et que mes travaux d’historien ont quelque part servi, mais ce n’est pas un moment historique dans le sens où on savait dès mai 2019 que c’était un crime contre l’Humanité reconnu dès lors que le ministère public acceptait d’ouvrir une enquête préliminaire. C’est une rafle-évacuation, un crime contre l’Humanité non génocidaire, dans le but d’expulser la population de Saint-Jean pour pouvoir raser le quartier. Cela avait été décidé dès la fin 1940 par Pétain et mission avait été donnée à l’architecte-urbaniste Eugène Beaudouin de réaliser un plan d’aménagement. À la différence de la rafle de l’Opéra du 22 janvier qui est un crime génocidaire où l’on vise une religion, les Juifs et une ethnie, les Tziganes, qualifiés de vagabonds.

    Il n’y aura pas de procès, est-ce une déception ?

    M.F. : L’affaire a été classée sans suite à juste titre car les responsables que l’on connaissait ont été jugés en 1955 avec des peines qui nous laissent pantois car des condamnations à mort ont été commuées en travaux forcés et des peines de prison n’ont pas été exécutées. Il y a eu des non-lieux scandaleux pour les principaux dirigeants français, c’est-à-dire René Bousquet, chef de la police de Vichy qui venait de commettre la rafle du Vél d’Hiv, le préfet de région Antoine Lemoine et Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de la ville de Marseille. On n’allait pas juger un policier de 105 ans.

    Quelle leçon tirer pour le présent
    de ces crimes
     ?

    M.F. : Traiter un groupe de personnes de façon inhumaine, cruelle ou même dégradante est un crime contre l’Humanité. Quand je vois comme on tient les Roms dans l’humiliation et la dégradation des conditions de vie, les Tziganes aujourd’hui sont encore discriminés et persécutés.

  • À Nimes, deux nouvelles expos chez Negpos

    À Nimes, deux nouvelles expos chez Negpos

    La galerie présente d’abord « La vie défigurée », un travail d’Erent Lock (gravure) et Jean-Pierre Hercourt (textes) qui traite de portraits d’hommes revenus mutilés de la guerre. « C’est le cri sans voix de ceux que l’on a sacrifiés, les “Gueules cassées”, soldats du peuple envoyés à l’abattoir. L’admirable travail d’Erent Lock est dessiné et gravé, les cisaillements de sa pointe sont autant de scarifications sur des visages ravagés par la violence du conflit », présente Eric Roth, historien de l’art.

    En parallèle, Patrice Loubon, qui est également président et fondateur de l’association NegPos, propose un travail photographique sur la Jeune Fille au Chevreau, œuvre du sculpteur Marcel Courbier, qui était présente aux Jardins de la Fontaine à Nîmes et dont les vestiges ont disparu après 1944. Patrice Loubon « passe par une collecte de pièces à conviction, d’images, de courriers et par une autre tendance vers une rhizomisation à la Perec, où les histoires surgissent les unes après les autres, les unes dans les autres, se connectant entre elles, ne faisant s’éloigner que davantage l’artiste de son point de départ mais nourrissant une épopée du siècle, des années 1920 aux années 1970 », précise Eric Roth.

    Les deux expositions sont à découvrir jusqu’au 9 octobre.

  • Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Sur le camion garé devant la préfecture de région à Marseille, ce sont les clowns Tak tak et Tik Tik qui mettent l’ambiance. «Un plan d’urgence climatique, écoutez les scientifiques», reprend après eux la foule rassemblée. Ce samedi matin à Marseille, ils étaient environ 2 000 selon les organisateurs (500 selon la préfecture de police) à marcher jusqu’à la porte d’Aix, pour «le climat, le vivant, la paix et la justice sociale», à l’appel d’une large coalition de plus de 1 200 organisations, dont Alternatiba et Greenpeace, Attac, la Confédération paysanne, la FSU, la CGT…

    «La séquence de cet été illustre les enjeux pour la Provence : des suites de vagues de chaleurs, de canicules, de feux de forêts, qui seront bientôt suivis par des épisodes méditerranéens», témoignait avant la manifestation Joël Guiot, le coprésident du groupe régional d’experts sur le climat en région Sud (Grec Sud). «Le pire reste à venir, explique-t-il.

    D’ores et déjà, les conséquences de cet été sont connues, avec une surmortalité de 8 000 décès. «J’en connaissais un, il s’appelait Denis, il avait 67 ans, et c’était mon père », témoigne, particulièrement émue, Laure, qui se présente comme citoyenne marseillaise engagée. «Il arrosait son jardin, pour réguler sa température son cœur a battu plus fort, trop fort. Il s’est arrêté.» D’autres ont connu les conséquences des feux, comme Coralie Mirguet, dont la maison à l’Estaque a entièrement brûlé le 8 juillet 2025. «Plus d’un an après l’incendie, nous commençons tout juste à entrevoir une possible reconstruction, mais pour nous, plus rien ne sera comme avant», souffle-t-elle. Au-delà du déploiement des pompiers et des Canadair, «le véritable coupable est notre inadaptation».

    Plan d’urgence

    «La question que vous avez tous au bout des lèvres et la seule qui vaille, c’est que faire ? », pose parmi les organisateurs la militante Margot Jacq. «La protection des salariés devrait être une priorité», répond la secrétaire départementale de la FSU, Virginie Akliouat. «Nos organisations syndicales s’emparent de ces questions, et ont déjà mené campagne pour adapter le bâti scolaire, pour le développement des transports publics», explique-t-elle. Et d’énumérer les revendications d’un seuil maximal de températures pour travailler, le renforcement de la médecine du travail, un chômage canicule pris en charge à 100%. «Le progrès social et environnemental sont intimement liés», complète Alice Richard, porte-parole de Solidaires dans les Bouches-du-Rhône.

    Le constat est le même pour la Confédération paysanne, d’autant que les agriculteurs sont en première ligne. «Les canicule ont tué deux paysans dans les Bouches-du-Rhône cet été», atteste le syndicat qui alerte sur la disparition des exploitations face à la perte de rendements et appelle à un autre modèle agricole, une autre gestion de l’eau.

    «Nous exigeons un plan d’urgence climatique», relaie parmi les organisateurs l’écologiste Jean-Christophe Agnel. Un plan sur trois piliers, d’adaptation, d’atténuation et d’arrêt des énergies fossiles. «Nous avons besoin d’un budget dans une logique de justice sociale», complète Margot Jacq, tandis que les militants d’Attac se lancent dans un «fiscal fitness» pour «taxer les riches».

    «Les candidats à la présidentielle doivent s‘emparer du sujet, arrêter de proposer des mesures obsolètes», réclame pour sa part le vice-président du Grec Sud. Mais si plusieurs élus sont présents, les drapeaux restent rares au milieu des pancartes, tandis que les organisateurs reconnaissent qu’ils s’attendaient à une meilleure affluence.

  • Quand le Crédit Mutuel de La Ciotat fait peau neuve

    Quand le Crédit Mutuel de La Ciotat fait peau neuve

    Pas de double sas à l’entrée, juste une porte, un peu lourde pour pénétrer dans l’agence bancaire située, rue Bouronne. Puis un premier espace doté d’automates donnant sur le bureau de réception, savamment éclairée, et des « salons », pour les rendez-vous avec les clients. « Les conseillers n’ont plus de bureau attitré », indique d’emblée Emmanuelle Ragoni, la directrice de l’agence à l’occasion de cette semaine « portes ouvertes » mise en place pour présenter les nouveaux locaux aux clients et sociétaires. Forcément, « on avait de l’appréhension lors des travaux », confie Christelle Auvré, l’une des conseillères de l’agence.

    Des aménagements « cosy »

    Le personnel travaille désormais dans un vaste « espace collaboratif ». « Plus de photos de famille sur le bureau, on le rend le soir comme on l’a trouvé le matin ! », décrit sa collègue, Caroline Chauvel. Après quelques mois de pratique, le bilan semble positif : « on ne se retrouve plus seul, cela permet d’échanger, de partager des pratiques, de voir ce que font les autres, comment ils travaillent », décrivent les deux conseillères. Les rencontres avec les clients se déroulent dans lesdits salons de différents formats, selon. Une petite révolution dans le monde feutré de la banque qui a été globalement « très bien accueillie » par l’équipe, et témoigne « de métiers en pleine évolution », souligne la directrice de l’établissement.

    Le Crédit Mutuel Méditerranée regroupe les agences de La Ciotat et de Saint-Cyr et une quinzaine de collaborateurs pour plus de 9 500 clients sur l’ensemble de la zone dont près de 8 000 particuliers, 1 200 professionnels et quelque 500 associations. L’agence de La Ciotat est un site « pilote », dans le Sud, concernant ces aménagements et ces nouvelles pratiques professionnelles.

  • À Manosque, des salariés en insertion sublimés par une artiste

    À Manosque, des salariés en insertion sublimés par une artiste

    Dans son exposition visible jusqu’à dimanche au centre Carzou, la photographe Marie Calmes raconte le parcours de travailleurs en réinsertion professionnelle, qu’ils soient en situation de handicap, immigrés ou trop âgés pour être embauchés. « La ressourcerie rassemble de nombreux sujets de société », explique l’artiste : intégration, marché du travail, « difficultés à trouver un emploi pour des publics étrangers, en rupture sociale, familiale ou professionnelle, sans papiers, à la rue ». Dans la salle d’exposition, un enregistrement audio donne la parole aux salariés en réinsertion, qui y racontent leur parcours semé d’embûches, que ce soit lié au handicap, à la migration ou encore à des problèmes familiaux. « Parfois, c’est la boîte pour laquelle ils travaillaient qui a fermé et ils n’ont pas retrouvé de travail après, ou c’est un burn-out, une dépression, un deuil… », cite par exemple l’artiste. « C’est des gens qui ont totalement perdu confiance en eux », ajoute-t-elle. À travers son travail, elle souhaite « interroger les regards qu’on peut porter sur ce genre de publics, qui sont souvent stigmatisés ».

    « Il y a des gens qui viennent de pays en guerre, ou même des Français, qui ne trouvent pas de travail. C’est pas en traversant la rue qu’on trouve du boulot. La plupart de ces gens veulent travailler, s’intégrer, mais ce n’est pas simple », déplore Marie Calmes. « Ces gens m’ont touchée, j’ai vu leurs difficultés, et je me suis dit qu’il fallait le partager, parce qu’il y a des gens qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils vivent au quotidien. Je voulais les mettre en lumière.»

    « Un pied de nez

    à la hiérarchie sociale »

    Les portraits des salariés en réinsertion sont présentés dans des cadres d’époque dorés, tous trouvés à la ressourcerie. « Je trouvais que c’était un bon moyen de faire un pied de nez à la hiérarchie sociale, en mettant les salariés en valeur dans des cadres issus de castes bourgeoises », lance Marie Calmes.

    Pour la photographe, la ressourcerie est « un lieu de résilience, de transition, où chacun peut retrouver une place », ou encore « une famille pour retrouver le chemin vers le travail ». « On y prend en considération le handicap, les difficultés, cela permet de remettre le pied à l’étrier », avance-t-elle.

    L’exposition a également un aspect écologique, mettant en avant le travail de recyclage et de récupération de la ressourcerie, et dénonçant la pollution au travers de photos de machine à laver et de fauteuils jetés en pleine nature aux alentours de la ressourcerie.

    La photographe a réalisé ce travail dans le cadre d’une résidence au sein de la ressourcerie, à Sainte-Tulle, où elle est restée deux semaines en octobre 2024. Elle a même pensé à faire un livre où elle raconterait les histoires de toutes les personnes en réinsertion rencontrées.

    Une dizaine de salariés étaient présents au vernissage samedi, et certains reviendront lire leurs témoignages ce jeudi à 14h et samedi à 11h. « Je voulais les remercier publiquement de la confiance qu’ils m’ont accordée et du courage de raconter son histoire, d’avouer ses fragilités, parce qu’il y en a qui m’ont confié des choses intimes qui ne sont pas faciles à regarder en face », explique Marie Calmes. Une salariée a par exemple raconté à la photographe avoir été interpellée à son arrivée à la gare de Marseille, accusée de « venir en France pour voler le pain des Français parce qu’ici il y a des aides », alors qu’elle avait fui son mari qui menaçait de l’assassiner et avait dû « laisser ses enfants au pays ».

    D’autres textes faisant écho aux thématiques de l’exposition seront lus dans le cadre des Correspondances de Manosque.

  • [Prix des carburants] « Se déplacer est un droit essentiel », selon les syndicats

    [Prix des carburants] « Se déplacer est un droit essentiel », selon les syndicats

    « Il faut bloquer les prix des carburants tout de suite, mais aussi créer les conditions pour que ces guerres s’arrêtent, sans quoi ce sera sans fin », prévient Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’Union départementale CGT. « Augmenter les salaires n’est plus non plus une option », insiste-t-il. Et de poursuivre : « On ne peut pas continuer. Les gens n’arrivent plus à se loger, à se nourrir, à se vêtir. Et maintenant, avec le prix de l’essence, ils doivent payer pour aller travailler. »

    Même son de cloche pour Alain Tournay (FSU) qui souligne que la hausse du prix des carburants vient se lier au gel du point d’indice. « Pendant que les agents des services publics s’appauvrissent, les prix continuent de monter », dénonce-t-il, en constatant que « tout augmente, sauf nos salaires ». Et de préciser : « Nous sommes bien évidemment pour le blocage des prix des carburants, et taxer les super profits, pour pouvoir récupérer l’argent là où il est. » Mais aussi, tout aussi clairement, pour l’augmentation des salaires.

    Le responsable syndical rappelant que 860 000 agents de la fonction publique aujourd’hui sont sous le seuil de pauvreté. La communauté éducative n’étant pas épargnée par l’hécatombe, en particulier, insiste-t-il, « les AESH qui démarre à 900 euros et qui terminent, au bout de 30 ans de carrière, à 1 100 euros ». Des personnels amenés à accompagner des élèves dans plusieurs établissements étant plus que concernées par l’explosion des prix. « Se déplacer est un besoin essentiel, comme se nourrir et se loger », conclut-il.

    Blocage des prix

    « Ce que l’on demande, renchérit Zoé Desmoulins (Solidaires), c’est une augmentation des salaires avec une indexation de ces salaires sur l’inflation, et un blocage des prix du carburant. » La militante insistant sur l’urgence qu’il y a à sortir les prix de l’énergie du marché spéculatif.

    Sur les moyens dont dispose le gouvernement, la syndicaliste rappelle entre autres que Total, sur le premier trimestre 2026 a réalisé 5 milliards de bénéfices. Pas question donc de laisser les actionnaires s’enrichir sur le dos de la population.

    « Depuis 25 ans, les fonctionnaires ont perdu 30% de pouvoir d’achat », insiste Marc Dalmasso, le secrétaire départemental de la CFDT. « Donc, au-delà des conditions de travail, du sous-effectif chronique, et des politiques publiques hostiles aux fonctions publiques qui les stigmatisent, on a un véritable problème de pouvoir d’achat », tempête-t-il.

    Pas question pour autant de nier les contraintes budgétaires, assure le syndicaliste. Et d’ajouter : « On ne peut pas se satisfaire d’une dette publique à 120% du PIB, qui va monter à 122% en 2027. Par contre, de l’argent, il y en a, alors il faut arrêter de taper toujours sur les mêmes. »

    L’occasion aussi de mettre en avant l’obligation parfois pour se loger décemment, pénurie oblige, de s’éloigner de 20, 30, voire 50 km de son lieu de travail. Une double peine depuis l’explosion des prix à la pompe.

    « Les fonctionnaires ne doivent pas travailler pour survivre. Ils doivent travailler pour vivre », dénonce Sophie Dégeilh, secrétaire générale adjointe de l’UD FO du Var. « À présent ça suffit de taper toujours sur les fonctionnaires, sur les salariés, les retraités, les jeunes et les chômeurs », conclut-elle en appelant à une mobilisation massive le 29 septembre.

    Un refus qui va s’exprimer mardi prochain dans l’unité.

  • Promesses au rabais face aux prix records des carburants

    Promesses au rabais face aux prix records des carburants

    De nouveau, les prix des carburants battent des records en France. Moins d’une semaine après l’essence, c’est le gazole qui a atteint un niveau historique ce dimanche, avec 2,41 euros par litre à la pompe. De quoi battre le pic atteint au mois d’avril, deux mois après le déclenchement de la guerre par Israël et les États-Unis contre l’Iran.

    Face à cette situation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué deux réunions ce lundi à Matignon, avec les directions des administrations centrales en matinée, puis dans l’après-midi avec le gouvernement, pour se pencher sur « l’accompagnement à court et moyen termes » des Français. Mais à l’issue des échanges, les annonces ont été encore repoussées, avec un rendez-vous donné ce mardi à 17h pour présenter de « nouveaux dispositifs d’aide et de soutien ». Emmanuel Macron de son côté s’exprimera à son tour jeudi à 20h, sur TF1 et France 2.

    Des tentatives de reprendre politiquement la main, au moment où la crise géopolitique percute de plein fouet la crise sociale. Face aux spéculations boursières qui nourrissent la flambée, les pénuries se sont en effet répandues dans les stations-service, principalement celles du groupe Total. Ce lundi matin, plus d’une station sur sept était en pénurie en France hexagonale selon les données de Bercy, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur faisant à peine mieux que la moyenne. « Pour les deux mois qui viennent, on n’a pas d’inquiétude », rassurait cependant le ministre de l’Économie Roland Lescure ce lundi matin, indiquant que les stocks stratégiques étaient pleins.

    « Cadre budgétaire »

    Comme lui, les membres du gouvernement se sont multipliés en matinée sur les chaînes de radio et télévision pour jouer les pompiers. « On voit bien qu’il faut réfléchir à une aide supplémentaire pour accompagner les gros rouleurs et les salariés modestes », assurait le ministre du Travail. Qui faute de mieux pour l’instant « encourage l’usage du télétravail » pour faire des économies. « Toutes les pistes sont sur la table, à condition que ça reste des aides ciblées et que ce soit respectueux du cadre budgétaire », indiquait de son côté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Car quoi qu’il en soit, Bercy avait déjà indiqué refuser toute mesure structurelle, qu’il s’agisse d’une baisse des taxes ou un plafonnement des prix. « Ça coûte énormément d’argent », justifiait la porte-parole du gouvernement. Et d’assurer, très sérieusement, qu’elle préfère « viser les plus précaires ». Reste à savoir si les annonces de ce mardi sauront davantage viser la colère sociale, au moment où les mouvements, sans être pour l’instant massifs, commencent à se multiplier.

  • Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    En grève, mais au travail quand même. Le collège médical de l’hôpital psychiatrique de Montfavet n’est pas à un paradoxe près, ce jeudi. Répondant à l’appel d’un mouvement national de la psychiatrie publique, les professionnels alertent sur la crise profonde qui secoue leur discipline et s’aggrave d’années en années. Pour autant, pas question de cesser réellement le travail afin de ne pas pénaliser encore plus les malades. « Pour la première fois, j’ai fait le choix extrêmement difficile de déprogrammer des patients », relève toutefois Audrey Vanel, psychiatre cheffe de pôle.

    C’est dire le degré de malaise atteint. « La société est en crise et on sait que cette crise a des conséquences très importantes sur la santé mentale des gens, pose le docteur Didier Bourgeois. On nous dit en 2025 et en 2026 que la santé mentale est une grande cause nationale et on s’aperçoit qu’il y a de moins en moins de postes. » « Ce qui met beaucoup en colère la communauté médicale », embraye Samia Lahya, psychiatre et membre du collège médical, « c’est ce décalage entre les discours politiques, ces effets d’annonce, mais qui ne sont pas du tout corrélées à une amélioration des moyens ». Voire pire, une nouvelle dégradation puisqu’environ 50 postes de soignants sont amenés à être supprimés d’ici à deux ans, selon les médecins.

    La moitié des postes

    sont vacants

    Alors que déjà « 50% de postes sont vacants à Montfavet », chiffre Marie-Noëlle Petit, présidente de la commission médicale d’établissement. La professionnelle se souvient de l’époque où « il y avait dix candidats pour un poste et aujourd’hui, on a beaucoup de postes d’internes qui ne sont pas pourvus ». Tout cela car « la psychiatrie est une discipline qui est depuis très longtemps malmenée sur le plan financier, a de fortes contraintes médico-légales et manque donc d’attractivité », poursuit-elle. La psychiatrie publique subit aussi la concurrence du libéral et du privé, dont les salaires et le rythme de travail attirent davantage, sans parler des ponts d’or venus de Suisse ou du Canada.

    « Nous sommes très en colère face à ce cynisme qui fait que non seulement on travaille trop, et on ne fait plus assez bien son travail car nous ne sommes pas assez nombreux », peste le Dr Bourgeois. Dans le centre médico-psychologique où il exerce à Avignon, le nombre de patients suivis a presque doublé en 10 ans, passant de 900 à 1 600 par an. « À un moment donné, le masochisme, ce n’est plus d’actualité », image Samia Lahya, décrivant la triste norme de devoir déployer des lits de camp, faute de places suffisantes. Les médecins s’indignent de la dégradation des services rendus, avec par exemple une durée d’hospitalisation de 15 jours après une tentative de suicide contre un mois auparavant.

    Les revendications ? « Cela fait 20 ans que l’on porte les mêmes, renforcer les centres de consultation de proximité, augmenter à nouveau le nombre de lits d’hospitalisation et geler immédiatement les suppressions de postes », énumère Audrey Vanel, particulièrement inquiète de la hausse des troubles chez les plus jeunes, qui « seront les adultes de demain ». « Et qui en parle dans le débat de la présidentielle ? », conclut-elle.

  • Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Le rectorat prépare la restructuration du 31, boulevard d’Athènes, siège du centre régional de documentation pédagogique et son réseau Canopée. L’objectif est de transformer cet ancien hôtel de luxe de la fin du XIXe siècle en un espace tertiaire moderne pour des entités du rectorat. Il s’agit d’optimiser une superstructure de 150 pièces sur sept niveaux et 4 200 m² de surfaces habitables, d’améliorer les performances énergétiques et de le mettre aux normes de sécurité et d’accessibilité. Un chantier à 7 millions d’euros étalé sur 2027-2029.

    Pour cette lourde opération pilotée par l’agence d’architecture Poissonnier Ferran et afin de « favoriser une approche avisée du site dans ses aspects patrimoniaux », le rectorat, son propriétaire depuis juin 1979, a commandé une étude historique de l’immeuble qui fut d’abord le Grand Hôtel de Russie et d’Angleterre, ouvert en 1893 au pied de la nouvelle gare Saint-Charles et à côté duquel s’installera en 1912-1914 l’Hôtel Splendide qui l’a ensuite absorbé.

    L’étude réalisée par Nathalie Banel, historienne de l’architecture et de l’urbanisme, est passionnante. Ses recherches qui relèvent de l’archéologie du bâti à l’échelle d’un îlot, révèlent la densité historique de ce foncier depuis la confiscation sous la Révolution du domaine religieux des Petites Maries et son démembrement qu’elle documente. Sur la longue façade actuelle, on lit encore les vestiges d’un immeuble à trois fenêtres de 1832.

    « Sa place dans l’histoire autant que son ampleur architecturale en font un lieu d’intérêt nécessitant de porter une attention particulière à son évolution », montre la chercheuse, qui réserve de longs développements sur « cet ancien hôtel de luxe principalement connu pour avoir été le lieu de séjour et de travail de Varian Fry, journaliste américain ayant contribué à sauver plusieurs milliers de réfugiés juifs ou antinazis entre 1940 et 1941 ». « Les réfugiés commencent à défiler dans ma chambre. Je leur donne de l’argent et des conseils, et j’essaie de leur soutenir le moral jusqu’à minuit ou une heure du matin », écrit Varian Fry, qui reçoit dans sa chambre n°324 au second étage, puis dans la 307. Tournée en partie sur place, la série Transatlantique de Netflix, rend hommage à son rôle éminent et à celui de Mary Jayne Gold, pour aider plus de 2 000 réfugiés à fuir le régime nazi.

    D’autres hôtes célèbres sont évoqués comme le cinéaste Abel Gance, les écrivains Paul Valéry et André Gide. Au début de la Seconde Guerre mondiale, des spectacles y sont donnés, permettant à de nombreux musiciens repliés à Marseille dans la débâcle de survivre. Les salons du Splendide ont reçu des chanteurs d’opéra, la cantatrice Madeleine Grey et le violoniste polonais Stanislas Dymek ou encore le pianiste Eugène Reuchsel. La comédienne Eve Francis y récita son Ode à la France meurtrie, avant que les bottes nazies ne claquent en novembre 1942 dans le vestibule. L’avocat et homme politique Vincent de Moro-Giafferri s’y était réfugié, craignant la vindicte des nazis pour avoir défendu Herschel Grynszpan, ce juif allemand réfugié en France qui, en novembre 1938, avait abattu un diplomate allemand à Paris, un assassinat qui déclencha la « Nuit de Cristal » et le pogrom contre les juifs d’Allemagne.

    Dans son roman Transit paru en 1944, Anna Seghers décrit l’Hôtel Splendide, nid d’espions et de mouchards, où logent tout à la fois ceux qui volent au secours des réfugiés traqués par les nazis et des membres de la commission chargée de l’application de la convention d’armistice de juin 1940. Le 3 janvier 1943, Hélène Taich, résistante FTP-MOI y jette une bombe sur les autorités allemandes qui y logent. L’attentat sera le prétexte aux rafles et à la destruction du quartier Saint-Jean.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que vous retenez de votre visite en Espagne ?

    Serge Ragazzacci : On a visité un chantier et un entrepôt, nous avons discuté avec la ministre du Travail espagnole, nos homologues d’autres syndicats espagnols… Et le constat est clair : Ils sont en avance, voire très en avance, sur la réglementation et la prise en compte de la santé des travailleurs dans le cadre d’événements climatiques anormaux. Leur gouvernement est ouvertement engagé sur le sujet, il sait prendre ses responsabilités pour obtenir de vrais résultats. Plus globalement, les commissions ouvrières espagnoles travaillent depuis près de 15 ans sur ce type d’événements. Par exemple, il y a un système d’alerte pour les phénomènes météorologiques avec des plans d’actions dans les entreprises. Ces plans sont négociés dans les entreprises et dans les conventions collectives. L’inspection du travail joue un rôle de prévention… Cet été, quand la CGT a demandé des mesures sur les fortes chaleurs, le patronat, certains politiques et une certaine presse, l’ont pris à la rigolade. Mais dès lors qu’il y a eu des morts, ça a commencé à être pris au sérieux. En France, on dénombre 7 000 morts sur cette période, alors qu’on en recense 5 000 en Espagne et qu’ils ont des zones où il fait beaucoup plus chaud que nous.

    Concrètement, quelles différences entre l’Espagne et la France sur cette prise en compte ?

    S.R. : Par exemple, sur la prévention, ils distinguent travail extérieur et intérieur, travail physique ou léger, selon les conventions collectives et les saisons. À l’entrepôt que nous avons visité, ils avaient un niveau de prévention qui allait jusqu’aux salariés qui avaient des problèmes de santé et susceptibles de souffrir de la chaleur. Autre exemple parlant : À partir de 27 degrés dans les bureaux, ils ne travaillent plus. Si un endroit dans l’entreprise dépasse ces degrés, ils ont des appareils pour refroidir la zone et les salariés travaillent dans un autre endroit, mieux tempéré. Pour le travail en extérieur, il y a plus de pauses, un système de récupération, mise en place de points d’eau… Cela va même jusqu’à la prise en compte du degré d’humidité. En clair, ils ont un cadre national fort et un travail de prévention et d’organisation qui est fait dans les conventions collectives et les entreprises. Dernier exemple très concret : partout où nous sommes allés, les mesures se discutaient en comité d’hygiène et sécurité… Qui a été supprimé en France !