Tag: travail

  • À Manosque, des salariés en insertion sublimés par une artiste

    À Manosque, des salariés en insertion sublimés par une artiste

    Dans son exposition visible jusqu’à dimanche au centre Carzou, la photographe Marie Calmes raconte le parcours de travailleurs en réinsertion professionnelle, qu’ils soient en situation de handicap, immigrés ou trop âgés pour être embauchés. « La ressourcerie rassemble de nombreux sujets de société », explique l’artiste : intégration, marché du travail, « difficultés à trouver un emploi pour des publics étrangers, en rupture sociale, familiale ou professionnelle, sans papiers, à la rue ». Dans la salle d’exposition, un enregistrement audio donne la parole aux salariés en réinsertion, qui y racontent leur parcours semé d’embûches, que ce soit lié au handicap, à la migration ou encore à des problèmes familiaux. « Parfois, c’est la boîte pour laquelle ils travaillaient qui a fermé et ils n’ont pas retrouvé de travail après, ou c’est un burn-out, une dépression, un deuil… », cite par exemple l’artiste. « C’est des gens qui ont totalement perdu confiance en eux », ajoute-t-elle. À travers son travail, elle souhaite « interroger les regards qu’on peut porter sur ce genre de publics, qui sont souvent stigmatisés ».

    « Il y a des gens qui viennent de pays en guerre, ou même des Français, qui ne trouvent pas de travail. C’est pas en traversant la rue qu’on trouve du boulot. La plupart de ces gens veulent travailler, s’intégrer, mais ce n’est pas simple », déplore Marie Calmes. « Ces gens m’ont touchée, j’ai vu leurs difficultés, et je me suis dit qu’il fallait le partager, parce qu’il y a des gens qui ne se rendent pas compte de ce qu’ils vivent au quotidien. Je voulais les mettre en lumière.»

    « Un pied de nez

    à la hiérarchie sociale »

    Les portraits des salariés en réinsertion sont présentés dans des cadres d’époque dorés, tous trouvés à la ressourcerie. « Je trouvais que c’était un bon moyen de faire un pied de nez à la hiérarchie sociale, en mettant les salariés en valeur dans des cadres issus de castes bourgeoises », lance Marie Calmes.

    Pour la photographe, la ressourcerie est « un lieu de résilience, de transition, où chacun peut retrouver une place », ou encore « une famille pour retrouver le chemin vers le travail ». « On y prend en considération le handicap, les difficultés, cela permet de remettre le pied à l’étrier », avance-t-elle.

    L’exposition a également un aspect écologique, mettant en avant le travail de recyclage et de récupération de la ressourcerie, et dénonçant la pollution au travers de photos de machine à laver et de fauteuils jetés en pleine nature aux alentours de la ressourcerie.

    La photographe a réalisé ce travail dans le cadre d’une résidence au sein de la ressourcerie, à Sainte-Tulle, où elle est restée deux semaines en octobre 2024. Elle a même pensé à faire un livre où elle raconterait les histoires de toutes les personnes en réinsertion rencontrées.

    Une dizaine de salariés étaient présents au vernissage samedi, et certains reviendront lire leurs témoignages ce jeudi à 14h et samedi à 11h. « Je voulais les remercier publiquement de la confiance qu’ils m’ont accordée et du courage de raconter son histoire, d’avouer ses fragilités, parce qu’il y en a qui m’ont confié des choses intimes qui ne sont pas faciles à regarder en face », explique Marie Calmes. Une salariée a par exemple raconté à la photographe avoir été interpellée à son arrivée à la gare de Marseille, accusée de « venir en France pour voler le pain des Français parce qu’ici il y a des aides », alors qu’elle avait fui son mari qui menaçait de l’assassiner et avait dû « laisser ses enfants au pays ».

    D’autres textes faisant écho aux thématiques de l’exposition seront lus dans le cadre des Correspondances de Manosque.

  • [Prix des carburants] « Se déplacer est un droit essentiel », selon les syndicats

    [Prix des carburants] « Se déplacer est un droit essentiel », selon les syndicats

    « Il faut bloquer les prix des carburants tout de suite, mais aussi créer les conditions pour que ces guerres s’arrêtent, sans quoi ce sera sans fin », prévient Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’Union départementale CGT. « Augmenter les salaires n’est plus non plus une option », insiste-t-il. Et de poursuivre : « On ne peut pas continuer. Les gens n’arrivent plus à se loger, à se nourrir, à se vêtir. Et maintenant, avec le prix de l’essence, ils doivent payer pour aller travailler. »

    Même son de cloche pour Alain Tournay (FSU) qui souligne que la hausse du prix des carburants vient se lier au gel du point d’indice. « Pendant que les agents des services publics s’appauvrissent, les prix continuent de monter », dénonce-t-il, en constatant que « tout augmente, sauf nos salaires ». Et de préciser : « Nous sommes bien évidemment pour le blocage des prix des carburants, et taxer les super profits, pour pouvoir récupérer l’argent là où il est. » Mais aussi, tout aussi clairement, pour l’augmentation des salaires.

    Le responsable syndical rappelant que 860 000 agents de la fonction publique aujourd’hui sont sous le seuil de pauvreté. La communauté éducative n’étant pas épargnée par l’hécatombe, en particulier, insiste-t-il, « les AESH qui démarre à 900 euros et qui terminent, au bout de 30 ans de carrière, à 1 100 euros ». Des personnels amenés à accompagner des élèves dans plusieurs établissements étant plus que concernées par l’explosion des prix. « Se déplacer est un besoin essentiel, comme se nourrir et se loger », conclut-il.

    Blocage des prix

    « Ce que l’on demande, renchérit Zoé Desmoulins (Solidaires), c’est une augmentation des salaires avec une indexation de ces salaires sur l’inflation, et un blocage des prix du carburant. » La militante insistant sur l’urgence qu’il y a à sortir les prix de l’énergie du marché spéculatif.

    Sur les moyens dont dispose le gouvernement, la syndicaliste rappelle entre autres que Total, sur le premier trimestre 2026 a réalisé 5 milliards de bénéfices. Pas question donc de laisser les actionnaires s’enrichir sur le dos de la population.

    « Depuis 25 ans, les fonctionnaires ont perdu 30% de pouvoir d’achat », insiste Marc Dalmasso, le secrétaire départemental de la CFDT. « Donc, au-delà des conditions de travail, du sous-effectif chronique, et des politiques publiques hostiles aux fonctions publiques qui les stigmatisent, on a un véritable problème de pouvoir d’achat », tempête-t-il.

    Pas question pour autant de nier les contraintes budgétaires, assure le syndicaliste. Et d’ajouter : « On ne peut pas se satisfaire d’une dette publique à 120% du PIB, qui va monter à 122% en 2027. Par contre, de l’argent, il y en a, alors il faut arrêter de taper toujours sur les mêmes. »

    L’occasion aussi de mettre en avant l’obligation parfois pour se loger décemment, pénurie oblige, de s’éloigner de 20, 30, voire 50 km de son lieu de travail. Une double peine depuis l’explosion des prix à la pompe.

    « Les fonctionnaires ne doivent pas travailler pour survivre. Ils doivent travailler pour vivre », dénonce Sophie Dégeilh, secrétaire générale adjointe de l’UD FO du Var. « À présent ça suffit de taper toujours sur les fonctionnaires, sur les salariés, les retraités, les jeunes et les chômeurs », conclut-elle en appelant à une mobilisation massive le 29 septembre.

    Un refus qui va s’exprimer mardi prochain dans l’unité.

  • Promesses au rabais face aux prix records des carburants

    Promesses au rabais face aux prix records des carburants

    De nouveau, les prix des carburants battent des records en France. Moins d’une semaine après l’essence, c’est le gazole qui a atteint un niveau historique ce dimanche, avec 2,41 euros par litre à la pompe. De quoi battre le pic atteint au mois d’avril, deux mois après le déclenchement de la guerre par Israël et les États-Unis contre l’Iran.

    Face à cette situation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué deux réunions ce lundi à Matignon, avec les directions des administrations centrales en matinée, puis dans l’après-midi avec le gouvernement, pour se pencher sur « l’accompagnement à court et moyen termes » des Français. Mais à l’issue des échanges, les annonces ont été encore repoussées, avec un rendez-vous donné ce mardi à 17h pour présenter de « nouveaux dispositifs d’aide et de soutien ». Emmanuel Macron de son côté s’exprimera à son tour jeudi à 20h, sur TF1 et France 2.

    Des tentatives de reprendre politiquement la main, au moment où la crise géopolitique percute de plein fouet la crise sociale. Face aux spéculations boursières qui nourrissent la flambée, les pénuries se sont en effet répandues dans les stations-service, principalement celles du groupe Total. Ce lundi matin, plus d’une station sur sept était en pénurie en France hexagonale selon les données de Bercy, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur faisant à peine mieux que la moyenne. « Pour les deux mois qui viennent, on n’a pas d’inquiétude », rassurait cependant le ministre de l’Économie Roland Lescure ce lundi matin, indiquant que les stocks stratégiques étaient pleins.

    « Cadre budgétaire »

    Comme lui, les membres du gouvernement se sont multipliés en matinée sur les chaînes de radio et télévision pour jouer les pompiers. « On voit bien qu’il faut réfléchir à une aide supplémentaire pour accompagner les gros rouleurs et les salariés modestes », assurait le ministre du Travail. Qui faute de mieux pour l’instant « encourage l’usage du télétravail » pour faire des économies. « Toutes les pistes sont sur la table, à condition que ça reste des aides ciblées et que ce soit respectueux du cadre budgétaire », indiquait de son côté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Car quoi qu’il en soit, Bercy avait déjà indiqué refuser toute mesure structurelle, qu’il s’agisse d’une baisse des taxes ou un plafonnement des prix. « Ça coûte énormément d’argent », justifiait la porte-parole du gouvernement. Et d’assurer, très sérieusement, qu’elle préfère « viser les plus précaires ». Reste à savoir si les annonces de ce mardi sauront davantage viser la colère sociale, au moment où les mouvements, sans être pour l’instant massifs, commencent à se multiplier.

  • Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    En grève, mais au travail quand même. Le collège médical de l’hôpital psychiatrique de Montfavet n’est pas à un paradoxe près, ce jeudi. Répondant à l’appel d’un mouvement national de la psychiatrie publique, les professionnels alertent sur la crise profonde qui secoue leur discipline et s’aggrave d’années en années. Pour autant, pas question de cesser réellement le travail afin de ne pas pénaliser encore plus les malades. « Pour la première fois, j’ai fait le choix extrêmement difficile de déprogrammer des patients », relève toutefois Audrey Vanel, psychiatre cheffe de pôle.

    C’est dire le degré de malaise atteint. « La société est en crise et on sait que cette crise a des conséquences très importantes sur la santé mentale des gens, pose le docteur Didier Bourgeois. On nous dit en 2025 et en 2026 que la santé mentale est une grande cause nationale et on s’aperçoit qu’il y a de moins en moins de postes. » « Ce qui met beaucoup en colère la communauté médicale », embraye Samia Lahya, psychiatre et membre du collège médical, « c’est ce décalage entre les discours politiques, ces effets d’annonce, mais qui ne sont pas du tout corrélées à une amélioration des moyens ». Voire pire, une nouvelle dégradation puisqu’environ 50 postes de soignants sont amenés à être supprimés d’ici à deux ans, selon les médecins.

    La moitié des postes

    sont vacants

    Alors que déjà « 50% de postes sont vacants à Montfavet », chiffre Marie-Noëlle Petit, présidente de la commission médicale d’établissement. La professionnelle se souvient de l’époque où « il y avait dix candidats pour un poste et aujourd’hui, on a beaucoup de postes d’internes qui ne sont pas pourvus ». Tout cela car « la psychiatrie est une discipline qui est depuis très longtemps malmenée sur le plan financier, a de fortes contraintes médico-légales et manque donc d’attractivité », poursuit-elle. La psychiatrie publique subit aussi la concurrence du libéral et du privé, dont les salaires et le rythme de travail attirent davantage, sans parler des ponts d’or venus de Suisse ou du Canada.

    « Nous sommes très en colère face à ce cynisme qui fait que non seulement on travaille trop, et on ne fait plus assez bien son travail car nous ne sommes pas assez nombreux », peste le Dr Bourgeois. Dans le centre médico-psychologique où il exerce à Avignon, le nombre de patients suivis a presque doublé en 10 ans, passant de 900 à 1 600 par an. « À un moment donné, le masochisme, ce n’est plus d’actualité », image Samia Lahya, décrivant la triste norme de devoir déployer des lits de camp, faute de places suffisantes. Les médecins s’indignent de la dégradation des services rendus, avec par exemple une durée d’hospitalisation de 15 jours après une tentative de suicide contre un mois auparavant.

    Les revendications ? « Cela fait 20 ans que l’on porte les mêmes, renforcer les centres de consultation de proximité, augmenter à nouveau le nombre de lits d’hospitalisation et geler immédiatement les suppressions de postes », énumère Audrey Vanel, particulièrement inquiète de la hausse des troubles chez les plus jeunes, qui « seront les adultes de demain ». « Et qui en parle dans le débat de la présidentielle ? », conclut-elle.

  • Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Le rectorat prépare la restructuration du 31, boulevard d’Athènes, siège du centre régional de documentation pédagogique et son réseau Canopée. L’objectif est de transformer cet ancien hôtel de luxe de la fin du XIXe siècle en un espace tertiaire moderne pour des entités du rectorat. Il s’agit d’optimiser une superstructure de 150 pièces sur sept niveaux et 4 200 m² de surfaces habitables, d’améliorer les performances énergétiques et de le mettre aux normes de sécurité et d’accessibilité. Un chantier à 7 millions d’euros étalé sur 2027-2029.

    Pour cette lourde opération pilotée par l’agence d’architecture Poissonnier Ferran et afin de « favoriser une approche avisée du site dans ses aspects patrimoniaux », le rectorat, son propriétaire depuis juin 1979, a commandé une étude historique de l’immeuble qui fut d’abord le Grand Hôtel de Russie et d’Angleterre, ouvert en 1893 au pied de la nouvelle gare Saint-Charles et à côté duquel s’installera en 1912-1914 l’Hôtel Splendide qui l’a ensuite absorbé.

    L’étude réalisée par Nathalie Banel, historienne de l’architecture et de l’urbanisme, est passionnante. Ses recherches qui relèvent de l’archéologie du bâti à l’échelle d’un îlot, révèlent la densité historique de ce foncier depuis la confiscation sous la Révolution du domaine religieux des Petites Maries et son démembrement qu’elle documente. Sur la longue façade actuelle, on lit encore les vestiges d’un immeuble à trois fenêtres de 1832.

    « Sa place dans l’histoire autant que son ampleur architecturale en font un lieu d’intérêt nécessitant de porter une attention particulière à son évolution », montre la chercheuse, qui réserve de longs développements sur « cet ancien hôtel de luxe principalement connu pour avoir été le lieu de séjour et de travail de Varian Fry, journaliste américain ayant contribué à sauver plusieurs milliers de réfugiés juifs ou antinazis entre 1940 et 1941 ». « Les réfugiés commencent à défiler dans ma chambre. Je leur donne de l’argent et des conseils, et j’essaie de leur soutenir le moral jusqu’à minuit ou une heure du matin », écrit Varian Fry, qui reçoit dans sa chambre n°324 au second étage, puis dans la 307. Tournée en partie sur place, la série Transatlantique de Netflix, rend hommage à son rôle éminent et à celui de Mary Jayne Gold, pour aider plus de 2 000 réfugiés à fuir le régime nazi.

    D’autres hôtes célèbres sont évoqués comme le cinéaste Abel Gance, les écrivains Paul Valéry et André Gide. Au début de la Seconde Guerre mondiale, des spectacles y sont donnés, permettant à de nombreux musiciens repliés à Marseille dans la débâcle de survivre. Les salons du Splendide ont reçu des chanteurs d’opéra, la cantatrice Madeleine Grey et le violoniste polonais Stanislas Dymek ou encore le pianiste Eugène Reuchsel. La comédienne Eve Francis y récita son Ode à la France meurtrie, avant que les bottes nazies ne claquent en novembre 1942 dans le vestibule. L’avocat et homme politique Vincent de Moro-Giafferri s’y était réfugié, craignant la vindicte des nazis pour avoir défendu Herschel Grynszpan, ce juif allemand réfugié en France qui, en novembre 1938, avait abattu un diplomate allemand à Paris, un assassinat qui déclencha la « Nuit de Cristal » et le pogrom contre les juifs d’Allemagne.

    Dans son roman Transit paru en 1944, Anna Seghers décrit l’Hôtel Splendide, nid d’espions et de mouchards, où logent tout à la fois ceux qui volent au secours des réfugiés traqués par les nazis et des membres de la commission chargée de l’application de la convention d’armistice de juin 1940. Le 3 janvier 1943, Hélène Taich, résistante FTP-MOI y jette une bombe sur les autorités allemandes qui y logent. L’attentat sera le prétexte aux rafles et à la destruction du quartier Saint-Jean.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que vous retenez de votre visite en Espagne ?

    Serge Ragazzacci : On a visité un chantier et un entrepôt, nous avons discuté avec la ministre du Travail espagnole, nos homologues d’autres syndicats espagnols… Et le constat est clair : Ils sont en avance, voire très en avance, sur la réglementation et la prise en compte de la santé des travailleurs dans le cadre d’événements climatiques anormaux. Leur gouvernement est ouvertement engagé sur le sujet, il sait prendre ses responsabilités pour obtenir de vrais résultats. Plus globalement, les commissions ouvrières espagnoles travaillent depuis près de 15 ans sur ce type d’événements. Par exemple, il y a un système d’alerte pour les phénomènes météorologiques avec des plans d’actions dans les entreprises. Ces plans sont négociés dans les entreprises et dans les conventions collectives. L’inspection du travail joue un rôle de prévention… Cet été, quand la CGT a demandé des mesures sur les fortes chaleurs, le patronat, certains politiques et une certaine presse, l’ont pris à la rigolade. Mais dès lors qu’il y a eu des morts, ça a commencé à être pris au sérieux. En France, on dénombre 7 000 morts sur cette période, alors qu’on en recense 5 000 en Espagne et qu’ils ont des zones où il fait beaucoup plus chaud que nous.

    Concrètement, quelles différences entre l’Espagne et la France sur cette prise en compte ?

    S.R. : Par exemple, sur la prévention, ils distinguent travail extérieur et intérieur, travail physique ou léger, selon les conventions collectives et les saisons. À l’entrepôt que nous avons visité, ils avaient un niveau de prévention qui allait jusqu’aux salariés qui avaient des problèmes de santé et susceptibles de souffrir de la chaleur. Autre exemple parlant : À partir de 27 degrés dans les bureaux, ils ne travaillent plus. Si un endroit dans l’entreprise dépasse ces degrés, ils ont des appareils pour refroidir la zone et les salariés travaillent dans un autre endroit, mieux tempéré. Pour le travail en extérieur, il y a plus de pauses, un système de récupération, mise en place de points d’eau… Cela va même jusqu’à la prise en compte du degré d’humidité. En clair, ils ont un cadre national fort et un travail de prévention et d’organisation qui est fait dans les conventions collectives et les entreprises. Dernier exemple très concret : partout où nous sommes allés, les mesures se discutaient en comité d’hygiène et sécurité… Qui a été supprimé en France !

  • Des cahiers de doléances pour les postiers alpins

    Des cahiers de doléances pour les postiers alpins

    « Tout est parti d’un constat, explique Alexandra Pourroy de la CGT FAPT 05 (Fédération des salariés du secteur des activités postales et de télécommunications). Celui d’une très mauvaise gestion, par La Poste entre autres, du travail en période de canicule. »

    Cet été, le syndicat a relayé une enquête lancée par la CGT au niveau national sur l’impact réel des fortes chaleurs sur les conditions de travail. 11 000 travailleurs y ont répondu. « Les résultats sont sans appel, précise la CGT. Les mesures prises par les employeurs sont restées largement insuffisantes. »

    À la Poste, les facteurs étaient particulièrement impactés : « Le parc automobile est vieillissant, les véhicules ne sont pas forcément climatisés, regrette Alexandra Pourroy. Certains sont à vélo pendant les heures les plus chaudes, et les agents n’avaient pas partout de l’eau à disposition ».

    La CGT FAPT 05 a décidé « d’agir concrètement plutôt que d’attendre des annonces qui tardent toujours à venir ». Elle a mis à disposition dans les bureaux de poste du département des cahiers pour que les postiers puissent s’exprimer librement sur la manière dont ils souhaiteraient organiser leur travail pendant les vagues de chaleur.

    « Sur le terrain, nous constatons que les mesures prises par les employeurs sont décidées sans les salariés concernés, et parfois à leur détriment, précise un communiqué du syndicat. Plutôt que d’adapter l’organisation du travail, on renvoie aux travailleurs la charge de s’adapter eux-mêmes à des conditions toujours plus difficiles. »

    La CGT FAPT 05 invite par ailleurs tous les salariés à participer à l’enquête « canicule ».

    Agathe Di Lenardo

  • À Digne-les-Bains, la CGT refuse de payer pour se rendre au travail

    À Digne-les-Bains, la CGT refuse de payer pour se rendre au travail

    Seuls 3% des travailleurs du département utilisent les transports en commun pour se rendre au travail, et le déplacement moyen pour aller sur son lieu de travail est de 36 km : le constat est édifiant pour la CGT, qui exige un accord avec le patronat pour prendre en charge les frais de transport de tous les salariés.

    « On est dans un département rural où la question du transport est majeure pour l’ensemble des salariés. Et malheureusement, quand on fait l’état des lieux de ce qui se passe sur le département, mis à part dans quelques très grosses entreprises où on a des indemnités de transport, pour la plupart des salariés, il n’y a rien qui existe », déplore Sylvain Moretti, secrétaire général de l’union départementale CGT. Une problématique accentuée par l’augmentation des prix des carburants. Le syndicat a engagé des discussions avec le patronat local à ce sujet. « Ce qu’on souhaite, à partir de ces discussions, c’est de couvrir, par un accord interprofessionnel, les frais de transport de tous les salariés du département, pour sortir de la situation où, aujourd’hui, il faut payer très cher pour aller travailler », a martelé Sylvain Moretti.

    Les organisations représentatives employeurs UDE (Medef, CPME), U2P et les organisations syndicales représentatives CFDT, CFE CGC, CGT, FO et Solidaire ont abordé ensemble cette question des transports pour les salariés, et en sont arrivées à un même constat : « on ne peut pas commencer sa journée en payant pour aller travailler », déplorent-elles dans un communiqué commun. « On insiste sur le fait que ce soit un accord qui a conduit à ce qu’il y ait une signature de tous. C’est intéressant en soi. Cela montre qu’il y a bien un problème perçu par tout le monde », a souligné Philippe Antoine, responsable TPE et membre de la direction de l’union départementale de la CGT. « Il y a un consensus très large sur la nécessité de trouver des solutions », a abondé Sylvain Moretti.

    Des transports en commun inadaptés

    « Les transports collectifs sont prévus pour le tourisme et le scolaire, pas pour les salariés », a expliqué Stéphane Sansano, qui siège au bureau de l’union départementale de la CGT. « 36 kilomètres, ça fait 18 euros par jour. Sur 20 jours de travail, ça fait 360 euros. Quand on voit aujourd’hui le niveau auquel est le Smic, une fois que le salarié a payé son carburant et son loyer, il lui reste pas grand-chose, ou il lui reste rien », a regretté Sylvain Moretti.

    Pour la CGT, le télétravail n’est « pas une solution pérenne » pour réduire les coûts de transport. « Le télétravail génère aussi des frais. Quand on télétravaille à la maison, le prix de l’énergie a fortement augmenté, il faut chauffer soi-même son domicile. Ce que pourrait faire gagner le télétravail d’un côté, ça le fait perdre de l’autre dans le portefeuille des salariés. L’idée, c’est vraiment d’arriver à une solution où il y a une indemnisation qui permet de se rendre sur le lieu de travail », a détaillé Sylvain Moretti.

    L’indemnisation des frais de transport est « la première revendication des salariés des TPE », selon la CGT. Les frais de transport peuvent souvent dissuader un salarié d’accepter un emploi ; ou un employeur de recruter un salarié qui habiterait trop loin du lieu de travail. La CGT compte aussi interpeller les communautés de communes et la Région à ce sujet.

  • [Week-end] Sentinelles de Provence : 418 trésors révélés

    [Week-end] Sentinelles de Provence : 418 trésors révélés

    La Région Sud monte au créneau. Elle vient d’achever l’inventaire thématique du patrimoine fortifié en Provence-Alpes-Côte d’Azur, un vaste travail scientifique lancé il y a quarante ans et désormais en ligne à la disposition de tous.

    Cette étude exhaustive et richement illustrée a démarré en 1986 dans le Briançonnais à l’occasion de l’étude topographique de ce territoire au moment où ces ouvrages historiques étaient devenus sans intérêt pour l’armée. « La thématique de l’enquête s’est centrée sur l’architecture fortifiée du pouvoir royal, puis national, entre le XVIe et le XXe siècles, en excluant du corpus les ouvrages de l’époque féodale et en y englobant les constructions italiennes devenues françaises au gré des fluctuations de la frontière alpine », décrit Marceline Brunet, conservateur du Patrimoine, chef de l’Inventaire général de PACA, un service qui s’est entouré de trois experts : Philippe Truttmann, Christian Corvisier et Bernard Cros.

    418 dossiers d’inventaire ont ainsi été constitués. Dans les Hautes-Alpes, on retient la place forte de Briançon, l’ensemble fortifié italien à Névache et Montgenèvre, les places fortes d’Embrun et de Mont-Dauphin, Fort-Queyras. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’ensemble fortifié de l’Ubaye, les places fortes de Colmars, Seyne, Sisteron et Entrevaux. Chaque ouvrage a sa fiche explicative détaillée.

    Dans les Alpes-Maritimes, les positions de l’Authion et du Mont-Ours, les places fortes de Nice, Antibes, Saint-Paul-de-Vence, Sainte-Marguerite, les fortifications italiennes du Vallo Alpino, la redoute de Menton, etc.

    Dans le Var, l’ensemble fortifié des îles d’Hyères, la citadelle de Saint-Tropez, l’ensemble des ouvrages côtiers de Carqueiranne, du Pradet et La Seyne-sur-Mer, de Toulon. Pour des raisons de sécurité, l’accès a été refusé au fort présidentiel de Brégançon et au fort sensible de Six-Fours.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les internautes apprécieront de redécouvrir la place de Marseille, ses batteries côtières avec tous les ouvrages du Südwall, ceux du Frioul, de Cassis, de La Ciotat et tout au long de la Côte bleue jusqu’à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

    Ce patrimoine militaire est analysé comme « probablement le plus varié en termes de typologies et de périodes de construction, mêlant architecture frontalière de montagne et du littoral, du début du 16e siècle à 1944 ». Il a aussi la particularité de recéler des « ouvrages très remarquables dus aux ingénieurs italiens, depuis les forteresses du duché de Savoie au XVIe siècle jusqu’aux lignes fortifiées édifiées dans l’Entre-Deux-Guerres par le gouvernement de Mussolini ».

  • [Les métiers de la Sécurité civile 5/6] Thierry, pilote, assurance tous risques

    [Les métiers de la Sécurité civile 5/6] Thierry, pilote, assurance tous risques

    Ce vendredi, rencontre avec Thierry Cacherat, pilote et chef de base de Marignane et de la zone Sud.

    Outre celle de Marignane, il dirige aussi les 5 autres bases hélicoptères de la zone Sud de Perpignan jusqu’en Corse mais pas question de se faire mousser. Thierry Cacherat, pilote, insiste d’entrée sur le travail « interservices » où se mélangent « des personnes qui n’ont pas les mêmes fonctions » et doivent « trouver un terrain d’entente ». « Le métier de chacun aura une interaction sur le métier de l’autre et c’est vraiment notre particularité, ce mélange des genres » insiste-t-il. Des spécificités qui influencent forcément les missions. « Il faut le prendre en compte dans la stratégie qu’on va mettre en place pour secourir les personnes. C’est balèze. D’autant que nous, on est au bout de la chaîne, on va là où plus personne peut aller. Et la nature va nous imposer de faire des choix », développe-t-il.

    Mais le pilote reste « le maître à bord, le capitaine du navire qui va élaborer la stratégie du secours, et va prendre la décision finale ». Une stratégie qui « contrairement à beaucoup de métiers, peut très bien varier en cours de route », rappelle Thierry Cacherat, qui demande « beaucoup d’écoute des partenaires » et surtout de soupeser en permanence la prise de risque des uns et des autres. « On va chercher là où est la sécurité la plus importante », précise-t-il. Par exemple, illustre-t-il, « si j’ai un secours dans la Sainte-Victoire, ma manière de m’affranchir des turbulences, c’est de treuiller haut. Le problème, c’est que c’est un pendule et si je diminue la précision, et c’est le secouriste qui risque de frapper la falaise, d’être mal déposé, ou de se faire une cheville. Alors je vais descendre plus bas, je vais diminuer ma sécurité pour augmenter la sienne, parce que je juge ça tolérable ». Et d’asséner : « on ne doit pas échouer. On a une obligation de réussite et pour ce faire, il faut être très rigoureux, avoir de la méthode ».

    Raison pour laquelle les compétences en matière de pilotage sont pointues. Le recrutement, « ce sont uniquement des pilotes qui viennent de l’armée de terre, de l’air, de la marine ou de la gendarmerie », explique Thierry Cacherat, « on demande un niveau d’expérience minimum à l’entrée qui est de 2 500 heures de vol, c’est énorme pour de l’hélicoptère. Cela représente entre 12 et 15 ans d’armée ». Dans une école à Nîmes, le militaire habitué à travailler dans un cadre rigide, apprend à devenir pilote civil de secours, lui très autonome et capable de tenir compte de son environnement.

    La détresse humaine insupportable

    « On travaille à 50 centimètres du rocher, il y a des techniques très particulières. Et puis le treuillage, un câble de 90 mètres dehors avec un être humain au bout, qu’il faut aller poser sur un point qui fait la taille d’une feuille de papier, dans les arbres ou dans des rochers, c’est une science compliquée », précise le chef de base. Il faudra un an pour être « opérationnel de jour », encore deux pour être capable d’assurer la nuit.

    Autre indispensable : savoir mettre de côté l’adrénaline. « Au contraire, plus c’est la crise dehors, plus il faut être calme dans l’hélicoptère. Contre le rocher, la bêtise ne pardonne pas… » confie Thierry Cacherat. Heureux néanmoins de disposer d’un « hélicoptère qui est un outil de travail fabuleux ». « Cela nous a ouvert des domaines de vol, parce qu’on peut voler beaucoup la nuit avec des jumelles de vision nocturne », se réjouit-il, « et puis on a la capacité aussi de pouvoir travailler par des conditions météorologiques défavorables, beaucoup plus qu’avant. D’aller très très loin, qu’on ne touche aux commandes, avec un pilotage automatique. L’hélico va tenir une trajectoire », détaille-t-il. Un « sacré progrès » pour celui qui a connu l’Alouette, « ils donnaient des noms d’oiseaux à l’époque, c’était sympa… ».

    Originaire d’Annecy, il se souvient de sa passion pour l’engin qu’il voyait passer au-dessus de sa tête régulièrement. « En classe de 6e, je suis allé voir la base de la Sécurité civile et je leur ai demandé : “Comment on fait pour faire ça ?” Ils m’ont dit : “Il faut que tu aies le bac, après bah il faut que tu rentres dans l’armée“. Je l’ai eu, j’ai été pris dans l’armée en 1981 dans la foulée », raconte-t-il. Il rentrera dans la Sécurité civile en 1998, deviendra instructeur deux ans plus tard avant de passer chef pilote instructeur en 2002, suite à une « batterie de tests à Paris par les psys de l’Armée de l’air, là où on évalue les gens qui vont dans l’espace », se marre-t-il.

    Une passion, donc, au point que, comme la plupart de ses collègues, il n’arrive pas à lâcher. « Cinq ans que je pourrais être à la retraite et je n’y suis pas. Je pars le 31 décembre, ça va être dur », nous confie-t-il, « on a le plus beau métier du monde. C’est l’aventure un peu tous les jours. En fait là, je peux me retrouver à faire une avalanche en montagne à Briançon, et puis l’après-midi, faire un secours à 50 nautiques en mer… » Tout ça sans être jamais blasé.

    Quand on lui demande s’il a des anecdotes, il affirme oublier « beaucoup de choses ». Avant de reconnaître : « ce qui me marque le plus, c’est la détresse humaine. Je peux récupérer un bras sectionné ou une jambe, les mettre dans un truc, ça ne me pose aucun problème, mais la détresse humaine… Comme quand la famille arrive après l’accident, et qu’il y a le gamin qui est décédé. J’ai du mal à supporter ». Le pire mais aussi le meilleur. « Un des plus beaux secours que j’ai faits, cela a été de retrouver une petite fille qui était perdue depuis deux jours sur le plateau de Valensole, il y a une bonne vingtaine d’années. Pourtant les hélicos étaient passés dix fois. On l’a ramenée à ses parents, c’était génial », se souvient-il, encore ému.

    « On ne doit pas échouer,
    parce que derrière, il n’y a personne »