Tag: syndicats

  • À Eurenco, à Sorgues, les négociations au point mort, pas la grogne

    À Eurenco, à Sorgues, les négociations au point mort, pas la grogne

    « Ce troisième rassemblement n’est pas un simple point d’étape, mais une nouvelle vague plus massive et déterminée », lance avec hargne Jérémy Caillé, secrétaire général central d’Eurenco, devant environ 150 grévistes, ce mercredi 11 février, lors d’un troisième rassemblement en quatre semaines devant la poudrerie, pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires.

    Alors que, depuis le début du mouvement, avec une première grève enclenchée le 21 janvier, les échanges avec la direction n’avancent pas, la CGT et FO portent toujours les mêmes revendications. Ils demandent une revalorisation générale des salaires de 130 euros bruts pour chaque employé, la revalorisation de la prime d’ancienneté, une prise en charge plus importante de la mutuelle et de la prévoyance par l’entreprise, ainsi que la transformation des contrats d’intérim en CDI.

    Influence interne

    Des augmentations « calculées en fonction du coût de la vie et des bons résultats de l’entreprise », assure Nicolas Maroncelli, représentant FO et employé à Eurenco depuis 25 ans. « La direction ne nous donne aucun signe de vie. On a même l’impression qu’elle fait de la communication pour essayer d’influencer les salariés. Mais le mouvement prend de l’ampleur, donc cela montre bien que les revendications tiennent la route », regrette-t-il. « On n’est pas écoutés, donc il va falloir amplifier le mouvement », ajoute Jérémy Caillé. Le responsable syndical CGT estime que les grèves, à chaque fois fortement suivies et de plus de 24 heures, « ont coûté plus cher que s’ils avaient simplement accepté de discuter avec nous ».

    Les deux organisations syndicales assurent qu’il y aurait des « pressions sur les salariés ». « Des employés grévistes entendent de la part de responsables que ce sont eux qui vont couler la boîte. Ils veulent nous diviser, mais le rapport de force est de notre côté contre l’injustice et le mépris », affirme Jérémy Caillé.

  • Benzène, amiante… Le combat continue

    Benzène, amiante… Le combat continue

    « On a vu beaucoup de copains mourir de maladie, et on en voit encore aujourd’hui. » Devant l’entrée du conseil de prud’hommes de Martigues, Julien Granato, secrétaire général adjoint du syndicat CGT de la plateforme TotalEnergies de La Mède, illustre par ces mots le combat mené par les travailleurs de ce site pétrochimique pour faire reconnaître l’angoisse suscitée par la perte de ses collègues de travail. Mercredi matin, 180 salariés et sous-traitants ont déposé leur requête individuelle avec le cabinet d’avocats TTLA et associés, représentant syndicats et travailleurs anciens comme actuels.

    Car sur cette plateforme industrielle ayant abrité une raffinerie de pétrole pendant 80 ans, l’exposition à des substances toxiques comme l’amiante et le benzène est quotidienne, selon le syndicaliste. « Quand je rentre chez moi je sens encore le pétrole », détaille Julien Granato, qui souhaite « obtenir la même reconnaissance que les mineurs et les travailleurs de l’amiante », par cette procédure collective aux Prud’hommes pour faire reconnaître un préjudice d’anxiété (lire ci-dessous). À défaut de pouvoir solutionner en interne : « la situation est dénoncée à chaque fois en CSE et il n’y a pas un jour sans incident », tance le responsable.

    « Pour tous les travailleurs »

    Les interrogations ne sont pas qu’internes. « L’actualité récente fait encore parler de nous avec de fortes odeurs sur le site », reprend Julien Granato, pour qui cette procédure « est importante pour tous les travailleurs, car elle bénéficiera aussi aux intérimaires et sous traitants qui sont les premiers exposés et qui ne le font souvent pas reconnaître ». L’Union locale CGT ainsi que la Fédération nationale des industries chimiques (Fnic-CGT) sont associées à la procédure comme équivalent de parties civiles.

    La procédure prud’homale découle de la plainte déposée au pénal par le syndicat début février 2025 en raison de l’exposition avancée par le syndicat au benzène, réputé cancérigène, mutagène et reprotoxique (CMR) et ce en dépit du démantèlement des anciennes installations de raffinage en 2019. « L’inspection du travail a relevé de nombreux manquements de Total dans la protection individuelle et collective des travailleurs » ainsi que « dans la mise en œuvre des règles de prévention en matière d’exposition aux CMR », argue le syndicat dans son communiqué de lundi. La maladie, elle, sévit souvent plus tard. « L’exposition à l’amiante génère une maladie souvent 20 ou 30 ans après, et il est parfois déjà trop tard » indique Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, du cabinet TTLA. Alors qu’« avec 15,2 milliards d’euros de bénéfice net en 2024, Total a largement les moyens de protéger les salariés. [On] protégera l’environnement en même temps », affirmait Fabien Cros, secrétaire du syndicat CGT de la Mède à ce propos en février 2025.

    Contactée, la direction de TotalEnergies n’a pas répondu à nos sollicitations dans nos délais. Les requêtes passeront en Bureau de conciliation et d’orientation prud’homal dans entre six mois et un an, selon les avocats.

    Le préjudice : « l’angoisse de développer une maladie grave »

    Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, avocat du cabinet TTLA associés, explique le principe juridique du préjudice d’anxiété. « Lorsqu’on a été exposé à des substances nocives, associées à un risque élevé de développer une pathologie, on a le droit de solliciter une indemnisation par peur de la développer. » Il s’agit d’une « jurisprudence, issue d’un arrêt de la Cour de cassation de 2010 », reconnaissant le préjudice des travailleurs de l’amiante au départ, puis étendue substances nocives autres que l’amiante par un arrêt du 11 septembre 2019. Selon l’avocat, la notion est restrictive : « Si l’on connaît la substance, il faut démontrer une exposition importante en intensité et en durée. » De même pour « caractériser l’anxiété des requérants », les travailleurs.

    Et aussi

    L’amiante dans le bâti scolaire visé

    Le collectif « Stop amiante éducation », qui réunit une dizaine d’organisations, syndicats, associations de parents d’élèves et de victimes de l’amiante, a déposé une plainte contre X pour mise en danger d’autrui en novembre dernier. Et pointe notamment le « scandale sanitaire » de la présence « de l’amiante dans le bâti scolaire », écoles comme collèges et lycées dans le département.

    Alerte dans l’éducation

    Ce jeudi 12 février, les organisations syndicales FO de l’enseignement du Vaucluse font une conférence de presse, également sur la présence d’amiante dans les établissements scolaires. Et expliquent que, comme dans les Bouches-du-Rhône, « des milliers d’élèves de Vaucluse continuent d’être exposés quotidiennement ! ».

    25 ans de combat ouvrier

    Le Comité amiante « prévenir et réparer » (Caper 04) et sa cheville ouvrière, René Villard (PCF), devenu maire de la ville Château-Arnoux-Saint-Auban, s’est mobilisé pour l’indemnisation des travailleurs face à l’exposition à l’amiante. Et a notamment obtenu celle de 650 salariés d’Arkema.

    L’État jugé coupable

    Comme pour les chantiers navals de La Ciotat, l’État a été jugé coupable de ne pas avoir contrôlé ceux de la Seyne-sur-Mer dans le Var. Dans un arrêt d’avril 2019, la Cour de Cassation a permis l’indemnisation du préjudice d’anxiété pour les travailleurs, sous certaines conditions. Et notamment suite à une procédure d’un ancien contremaître de la Normed (Société des chantiers du Nord de la Méditerranée) qui y a travaillé de 1964 à 1987.

  • Une réforme de la police au cœur du scrutin

    Une réforme de la police au cœur du scrutin

    Une procédure accélérée pour une adoption avant les municipales, afin de permettre aux futurs maires de disposer d’une toute nouvelle « boîte à outils ». Voilà comment le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a vendu le projet de loi sur la réforme de la police municipale dont l’examen a démarré le 3 février au Sénat, le vote devant avoir lieu ce mardi 10 février. En fait d’outil, c’est la boîte de Pandore qui a été ouverte, renforçant une « municipalisation de la sécurité », au détriment de l’État de droit, analyse dans une note circonstanciée la CGT Intérieur Police.

    Concrètement, le texte soumis au Parlement s’appuie sur une mission d’information de la commission des lois, pilotée en 2024 par le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur d’alors, François-Noël Buffet (LR), en parallèle d’un « Beauvau de la police municipale ». Dont les syndicats ont dénoncé au passage l’absence de mesures sociales… Mais, au nom du fameux « continuum de sécurité », policiers municipaux et gardes champêtres se verraient attribuer des compétences judiciaires élargies. Outre la possibilité de relever une identité, ils seraient à même de dresser des amendes forfaitaires délictuelles (AFD) – dont le taux de recouvrement atteint péniblement les 31% – pour au moins neuf délits « de l’insécurité du quotidien ». Les membres de la majorité de droite, pris dans un enthousiasme tout sécuritaire, en ont rajouté. Sous certaines conditions, les agents pourraient procéder à des fouilles, utiliser des drones « à titre expérimental », auraient accès à de nouveaux fichiers. Tout ça restant au bon vouloir des maires, se prévaut le gouvernement.

    Pas de doctrine nationale

    « C’est tout simplement une atteinte à la démocratie », résume Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT-Intérieur Police. Avec ce « ballon d’essai » de transfert d’une compétence régalienne au local, il estime le risque constitutionnel « sérieux » et alerte sur l’absence de doctrine nationale sur la municipale. « Comment on les arme ? Comment doivent-ils rendre des comptes ? À qui ? Quelles sont leurs missions ? » interroge-t-il. Pour lui, la mise en place d’une mission de contrôle des polices municipales, commune aux inspections générales du ministère de l’Intérieur prévue dans le texte, reste insuffisante. Au nom de la libre administration territoriale, le droit des citoyens est mis à mal, dans un contexte de « montée des discriminations », estime la CGT. Sur les AFD, le syndicaliste rappelle que le droit est déjà bafoué, le policier se faisant juge : « C’est une inscription au casier, direct, alors qu’un délit, c’est une enquête à charge et à décharge, un droit à la défense… »

    La CGT craint une « pénalisation territorialisée », avec un maire qui peut utiliser sa police sur des zones « à forte mobilisation électorale ». À l’inverse, le pouvoir de la police municipale sur l’édile s’en trouverait renforcé. « On l’a vu à Bordeaux, où le maire écologiste ne voulait pas les armer », illustre-t-il. Résultat : une police municipale équipée de semi-automatique, cet été, « après trois semaines de grève ».

    Sans attendre la fin de la navette parlementaire, la CGT a fait parvenir sa note « à tous les députés et sénateurs, sauf le RN ».

    Repères

    Des prérogatives élargies

    Vente à la sauvette, vol, usage de stupéfiants, occupation illicite de halls d’immeuble, vente d’alcool aux mineurs… Au moins neuf nouveaux délits pourraient être sanctionnés par la police municipale d’une amende forfaitaire délictuelle. Les sénateurs ont déjà proposé d’ajouter la conduite sans permis, sans assurance ou encore le port d’armes blanches.

    45%

    de hausse. Le nombre de policiers municipaux est passé de 19 405 en 2012 à 28161 en 2023. En 2026, 11000 agents devaient être recrutés, selon le Centre national de la fonction publique territoriale.

    Drones et caméras embarquées

    La police municipale pourrait être autorisée à utiliser des drones à titre expérimental durant 5 ans sur cinq segments précis, des grands rassemblements à la protection des bâtiments communaux.

    Sur 5 ans aussi, des caméras embarquées équiperaient les véhicules.

  • La CGT place « le droit à la communication » au cœur du débat

    La CGT place « le droit à la communication » au cœur du débat

    Un candidat sans projet pour le droit à la communication est un candidat déjà dépassé. » Le message est passé. Le syndicat CGT des Activités postales et de télécommunications (CGT Fapt) et l’Union syndicale des retraités (USR) des Hautes-Alpes lancent une campagne pour interpeller les candidats aux municipales sur l’absence de mesures destinées à réduire la fracture numérique. La fermeture progressive d’infrastructures du service public menace l’inclusion de chaque citoyen. Avec seulement 29 bureaux de Poste pour les 162 communes dans le département (), le droit à la communication représente un enjeu territorial. La cosecrétaire de la CGT 05, Alexandra Pourroy, juge que les programmes électoraux portent « peu » sur cette thématique : « C’est l’étincelle qui a fait démarrer cette campagne. »

    Un kit pour les citoyens

    La CGT Fapt et l’USR 05 s’engagent à interpeller les candidats lors des réunions de campagne des grandes communes. Ces syndicats, qui « ne peuvent pas être présents sur toutes les communes », proposent un kit d’interpellation aux citoyens. Lettre type, argumentaire, chiffres-clés… Ce kit présente « le nécessaire pour pouvoir se faire l’émissaire de cette campagne ».

    La représentante syndicale renchérit : « Le but est de permettre à Monsieur-tout-le-monde de pouvoir intervenir dans cette campagne. »

    Le droit à la communication est menacé lorsque le numérique devient l’unique moyen d’accès aux services. Cela concerne particulièrement les habitants des zones blanches – 20% du territoire départemental – ainsi que les personnes âgées. À titre d’exemple, 33% des usagers déclarent avoir déjà abandonné une démarche administrative en ligne par manque d’accompagnement.

    « Le droit à la communication est un service public. Par définition, c’est plus un impensé de la droite et quelque chose qui doit infuser dans les listes de gauche », note Alexandra Pourroy. Ces revendications s’adressent à tous les candidats du cercle républicain, à l’exception du RN, qui propose « une politique générale complètement opposée à ce que [le syndicat] porte ». La CGT Fapt et l’USR 05 attendent un sursaut de la part des candidats pour réduire cette fracture numérique.

  • Les offres de reprise d’Alinea sabrent dans les effectifs

    Les offres de reprise d’Alinea sabrent dans les effectifs

    Une énorme claque. Alors que la société Néomarché, maison-mère de l’enseigne de décoration et mobilier, est en redressement judiciaire depuis le 20 novembre dernier, les repreneurs potentiels avaient jusqu’au 26 janvier pour faire connaître leur offre auprès du tribunal des affaires économiques de Marseille. Sur les 6 à 7 offres reçues, le repreneur le mieux disant « ne reprendrait que 575 salariés sur les 1 172 au niveau national », observe une salariée, qui souhaite garder l’anonymat. Ce promoteur immobilier « a fait la proposition de reprendre plusieurs magasins, dont une partie du siège social de Napollon », indique-t-elle. Sur les 184 salariés de Napollon, 89 perdraient leur emploi… La météo sociale est tout aussi sombre pour le magasin Alinea de la zone des Paluds à Aubagne. Une autre offre, détaille la salariée, celle de Centrakor, du groupe Cargo, également propriété (comme Alinea, Kiabi, Norauto, Midas…) de la richissime famille Mulliez « voudrait n’occuper qu’un étage du magasin, et ne reprendre que six salariés sur les 65 actuels… Encore faudrait-il que le bailleur accepte ». Les repreneurs ont jusqu’au 2 mars pour améliorer leur offre.

    Round social

    Pour les organisations syndicales, une autre bataille commence. Le 19 février est la date butoir fixée pour négocier, avec la direction, les mesures d’accompagnement de ce plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Et le premier round, auxquels participent les syndicats CGC-CFE-Sega, FO, CFTC, CFDT débute dès ce vendredi. « On va se mobiliser pour obtenir quelque chose de décent, honnête par rapport à l’investissement qu’a eu chaque salarié. Certains ont plus de 40, 50 ou même 60 ans, cela va être compliqué pour eux de retrouver du travail. La conjoncture économique est compliquée, le coût de la vie a augmenté », plaide la salariée. Alors que la direction doit présenter aux organisations syndicales ce vendredi 6 février « son enveloppe, avec par exemple le budget de départs anticipés à la retraite, les mesures supra-légales ; si ce n’est pas raisonnable, on ne pourra pas accepter l’inacceptable. Et il faudra absolument maintenir le mouvement de mobilisation prévu samedi à Aubagne ». Dans un climat pesant, la direction fait en effet pression sur syndicats et salariés pour que celle-ci n’ait pas lieu, « pour ne pas nuire à la reprise », évoquerait-elle. Contactée depuis mercredi, elle n’a jamais répondu à nos sollicitations. Pour la salariée interrogée, Alinea aurait fait de « mauvais choix », et n’aurait pas su s’adapter aux nouveaux modes de consommation, mais aussi au pouvoir d’achat, en baisse, des clients.

  • À l’hôpital d’Aubagne, le dialogue social se fige comme la glace

    À l’hôpital d’Aubagne, le dialogue social se fige comme la glace

    « C’est un plan social », lâche Christel Migliaccio, secrétaire générale de la CFDT à Edmond-Garcin. Après avoir découvert le 19 janvier que la direction de l’hôpital, qui emploie 800 agents, avait signé un « contrat d’efficience » avec l’Agence régionale de santé Paca, les syndicats se sont vus adresser par la direction « un nouveau contrat pour avis ».

    L’intersyndicale (CFDT, Unsa, FAFHP, FO, CGT) y a découvert que l’ARS s’engage à verser 3 millions d’euros d’aides en exploitation par an entre 2026 et 2030. En contrepartie, « l’hôpital doit faire un gain de 11 millions d’euros, dont 70% de dépenses en moins, et 30% de gain d’activité », cite Rachide Hadjali (FO) « Déjà, il est paradoxal d’augmenter l’activité, en faisant des économies sur le personnel », observe Christel Migliaccio. « D’autant plus que pas mal de services sont déjà en souffrance », assure Houria (CFDT). L’intersyndicale n’accepte pas de donner un avis sur un document qui ne détaille pas quelles seront les répercussions concrètes de ces économies à faire « sur les effectifs, les organisations de travail et conditions de travail ». Le rapport avance notamment la suppression de 54 équivalents temps plein. Sollicitée mardi, la direction a répondu : « Ce chiffre ne correspond pas à la réalité. Il est exact qu’un effort est attendu sur les dépenses de personnel, qui représentent plus de 60% des charges de l’établissement. Toutefois, il s’agit d’un objectif financier et non d’un nombre cible de suppressions de postes. Cet effort pourra se traduire par des réorganisations de travail, la limitation de certains remplacements, une meilleure maîtrise des heures supplémentaires, une optimisation des organisations existantes. »

  • Nicolas Koukas face aux lecteurs à Arles

    Nicolas Koukas face aux lecteurs à Arles

    Après six ans d’une mandature Patrick De Carolis caractérisée par une adhésion surprise au parti de droite Horizons, l’expulsion de la Ligue des droits de l’Homme de la Maison de la vie associative ou encore la menace de déloger l’Union locale CGT de la Bourse du travail, Nicolas Koukas répond aux lecteurs de « La Marseillaise », depuis son local de campagne.

    Bouchra Nait : Il s’est passé quelque chose d’extraordinaire, l’été dernier, avec l’Appel d’Arles. Extraordinaire, car les Arlésiens se sont organisés et ont appelé à une candidature unique à gauche, et les partis se sont saisis de l’appel. Mais une fois élu, comment faire vivre la démocratie, faire en sorte que les citoyens soient au centre et parties prenantes de la politique municipale, et comment respecter les avis contradictoires et son opposition ?

    Nicolas Koukas : Lorsque Patrick De Carolis a été élu, il nous a donné, à l’opposition, des locaux dans une cave sans fenêtre. Bien évidemment, on a demandé à déménager et on s’est retrouvé à côté des pompes funèbres. Cela a tout de suite donné le caractère du personnage et sa façon d’envisager ses rapports avec l’opposition. Ce n’est pas la manière de faire que je porterai. Il y a une crise de vocation des élus, des candidats aux municipales qui n’arrivent pas à boucler leurs listes, faire confiance à des élus est de plus en plus compliqué et les élus locaux, qui étaient protégés jusqu’alors, ne le sont plus. Il est important, dans ce contexte, de respecter son opposition et de lui donner les moyens de travailler. Jusqu’alors, nous n’avions qu’une seule réunion commune par mois, annoncée cinq jours avant. Nous mettrons en œuvre de vrais outils pour bosser avec tous les élus, majorité et opposition comprise, dans des commissions de travail plénières revisitées, pour que tous les élus aient accès aux documents préparatoires. Cela inclut les commissions techniques préparatoires et la plus grosse de l’année, celle dédiée au budget, pour qu’on puisse le coconstruire avec les habitants. Alors oui, ça demandera du temps et de l’énergie à consacrer à tous ceux qui ont signé l’Appel d’Arles, qui viennent de quartiers différents et sont en attente de faire les choses différemment. Ça demande une organisation particulière et, bien sûr, une volonté politique, mais il faut que cela se traduise par des effets concrets derrière. Il faut une organisation du fonctionnement municipal qui va de pair avec ce qui est porté par les élus. On ne peut plus faire la chose publique comme on faisait avant. Les habitants sont en attente d’autre chose et pas de pseudo-conseils de quartier mis en place par Patrick De Carolis, où il a placé quasiment partout ses amis, pour les tenir et qu’il n’y ait finalement pas de débat. C’est une attente d’autant plus forte que, depuis les législatives, on a vu tout le peuple de gauche demander à se rassembler dans une union la plus large possible. Ça n’a pas totalement marché, ce n’est pas grave. Il y a plusieurs gauches, mais ce n’est pas elle notre adversaire : c’est le RN et la macronie sortante.

    Sébastien Ali : Quel est votre positionnement sur le projet de déménagement de la Bourse du travail initié par le maire actuel ? Cette place est occupée depuis 126 ans par l’Union locale CGT.

    Nicolas Koukas : On a été clairs depuis le début sur cette volonté de Patrick de Carolis de museler la CGT. C’est une décision irresponsable qui ne va pas dans le sens de l’histoire. On a besoin des syndicats dans leur lieu symbolique, où ils sont implantés depuis 126 ans. Des centaines d’Arlésiens ont été syndiquées, engagés, y compris dans la Résistance. Je ne crois pas qu’on puisse lutter contre la xénophobie et le racisme en fermant une Bourse du travail. Au contraire. Pour nous, il est hors de question de faire déménager la Bourse et on sait très bien que le bâtiment ne peut pas accueillir l’Office du tourisme car il est n’est pas accessible, c’est un leurre. Je crois qu’il surfe sur ce sujet pour récupérer un électorat plus obscur. Ma conviction, c’est qu’il faut être fier de ce bâtiment, on fera tout pour le conserver et qu’il continue à vivre. Car c’est bien sûr un lieu de réunions syndicales, mais qui rayonne aussi sur les activités culturelles, permet des expositions d’associations et d’étudiants en juin, au moment de la feria. Je ne peux vraiment pas imaginer qu’on enlève le fronton « Bourse du travail » quand on se rappelle qu’Arles s’est construite avec les syndiqués. On oublie que beaucoup de syndicalistes arlésiens des champs, dans les années 30, étaient à la CGT et se sont levés face au patronat. Pendant la guerre aussi, seul Pétain voulait fermer la Bourse du travail, le parallèle n’est pas très flatteur pour le 1er magistrat. Alors oui, on observe un discours national et international qui n’incite peut-être pas le maire à défendre ce projet pour la Bourse du travail, mais moi je m’en fiche : on a besoin de porter nos valeurs d’engagement politique, syndical et associatif. La CGT à la Bourse du travail, elle y est, elle y reste.

    Martine Charrière : Souvent, la moitié de la population est oubliée dans les discours. Est-ce qu’il y aura une délégation dédiée aux droits des femmes et un partage équitable et non genré des délégations ? Pour éviter d’avoir la petite enfance confiée aux femmes et l’économie aux hommes…

    Nicolas Koukas : Je vous rassure Martine, vous m’aviez fait remarquer cet oubli lorsqu’on a appelé notre groupe Le Parti des Arlésiens et tu avais raison. Oui, je crois qu’aujourd’hui, ça fait partie de l’histoire. Moi, je mise sur l’expérience. Sur notre liste, il va y avoir une énorme partie dédiée à la société civile, à plus de 60% ne faisant pas partie d’un parti politique, mais ayant une expérience significative dans un domaine particulier. On veillera à ce qu’elles ou ils puissent occuper des délégations qui ne laissent pas penser à du saupoudrage. On aura aussi une commission extra-municipale dédiée pour travailler avec toutes les associations qui gravitent autour de ce sujet, comme le centre d’information sur les droits des femmes et des familles [CIDFF, Ndlr], afin d’être au plus près des attentes des Arlésiennes. Et pas qu’au niveau des élus, y compris au niveau de l’administration, où des postes à responsabilité ont trop souvent été occupés par des hommes. Comme la direction générale des services, exclusivement occupée par des hommes, la direction de cabinet ou des ressources humaines, qui sont trois postes clés dans le fonctionnement de la commune. Il y aura une conseillère municipale ou une adjointe chargée de ces questions-là, qui aura une feuille de route construite non pas verticalement, mais horizontalement pour avoir une évaluation des politiques publiques et pour répondre aux attentes des associations.

    Jean-François Ruiz : Concernant les équipements sportifs de la ville, notamment les piscines, les gens se plaignent qu’elles ne sont pas en bon état. Les écoliers doivent composer avec une seule piscine à l’année, car l’autre est souvent fermée. Comment faire ?

    Nicolas Koukas : Sur ces sujets anciens, je vois que la majorité en place s’est aussi cassé les dents par rapport aux promesses qu’ils avaient pu faire. Arles n’a pas les équipements sportifs ni les piscines adaptées pour une ville comme la nôtre. Je vois deux pistes. D’abord, une réflexion portée à l’échelle intercommunale, car on sait que ça peut se jouer à ce niveau. Le maire est censé être président de la communauté d’Agglomération. Le bilan de Patrick de Carolis est fondé sur la Ville, mais il y a zéro bilan en termes d’attractivité sur son mandat à la présidence de la communauté d’Agglomération Arles Crau Camargue Montagnette [ACCM, Ndlr]. Notre spécificité à Arles, avec ses villages et ses quartiers, fait que nos équipements sont particulièrement vétustes. On ne va pas proposer de tout raser et reconstruire gratuitement. Il y a cette envie dans les associations que je rencontre de réaliser un complexe autour de l’eau, mais d’un point de vue budgétaire, on n’a pas les moyens de le porter aujourd’hui. Alors, il faut être pragmatique sur ces sujets de grands équipements : on peut tout à fait avoir des partenariats avec du privé, et pas n’importe lequel, lorsque l’objet est bien défini. Faire croire que le public peut répondre à toutes les attentes d’un territoire est faux, c’est un communiste qui le dit. On vit dans une société où on voit que des Villes ont porté des projets similaires qui ont permis la réalisation de l’équipement. Sur la piscine, je pars de cette réflexion-là. Il y a un sujet au croisement des trois intercommunalités d’Arles, de Saint-Martin et de Tarascon, qui devraient fusionner, mais ça n’est pas encore réglé. Je pense qu’à l’ouest du département, il devrait y avoir une intercommunalité qui puisse répondre aux besoins du territoire. Il faudra hiérarchiser les priorités et ce n’est pas simple. L’histoire d’Arles fait qu’aujourd’hui, on doit aller chercher la reconnaissance qu’elle n’a pas. Le maire doit aller voir les finances de l’État tous les mois pour dire qu’il y a une spécificité arlésienne, car on ne gère pas 50 000 habitants sur 759 km2 avec les mêmes dotations qu’une autre moins étendue. Cette proposition est inscrite dans le programme. D’autres communes ont cette même difficulté et les recettes doivent être différentes, car sinon, on ne répond pas aux exigences dans le temps, on fait que du saupoudrage et on obtient de la colère.

    Savéria Herrati : Le Covid a servi de prétexte à l’Europe et à la commune pour réduire les subventions et ne plus écouter les besoins de la ville en matière historique, sachant qu’on marche sur des vestiges médiévaux et romains. Prévoyez-vous des mesures en termes de préservation et de valorisation du patrimoine ?

    Nicolas Koukas : Dans les années 1970-1980, tous les maires qui se sont succédé ont fait le choix de faire de la culture, du tourisme et du patrimoine les leviers du développement économique. C’est encore le cas aujourd’hui. Depuis 6 ans, la mandature De Carolis n’a pas répondu avec efficacité aux attentes et à la réalité de ce territoire. Quand le Pôle culture patrimoine a une baisse de 100 000 euros de sa subvention, la majorité met en difficulté la réalité d’une entreprise, de ses activités qui permettent dans ce bâtiment de rassembler des acteurs spécifiques et, surtout, elle nie la réalité. En 1997, on a eu la chance d’avoir un contrat état-Région pour rénover beaucoup de monuments, dont les arènes, et jusqu’en 2020, on avait des budgets d’urgence pour intervenir dès que le bâti était en difficulté. Ces budgets n’existent plus. Maintenant, allez dans les arènes, les murs tombent à côté de la billetterie. Il est urgent de réenclencher cette volonté politique. On a un ancien directeur du service patrimoine avec nous, qui a connaissance des acteurs et financeurs pour répondre le plus vite possible à ces exigences. Comme je l’ai fait avant, je porterai également la classification du territoire de Camargue au patrimoine mondial de l’Unesco : c’est une chance pour la ville, mais aussi pour la Camargue menacée par la montée des eaux. On ne fait rien : pas de plan local d’urbanisme, pas de réflexion avec les autres maires. Le danger serait d’opposer les différents acteurs économiques, environnementaux et les manadiers alors qu’il faut les rassembler et faire communauté autour du patrimoine. On n’aurait pas nos monuments à Arles, ce serait plus compliqué.

    Lucile Venet : Quel est votre projet pour la culture ? À Arles, certaines cultures s’effacent.

    Nicolas Koukas : Il faut répondre à la demande de culture pour tous. On nous avait critiqués « Le drôle de Noël », où l’on trouvait tout le monde : c’était une vraie feria avec tous les Arlésiens. Mais il faut réimaginer et remettre de la culture à d’autres périodes de l’année. L’équipe en place a fait des choses, mais il y a d’autres projets à sortir avec des acteurs culturels pour proposer des moments importants dans l’année. Avec de la culture populaire, pas que la tradition ou le folklore. Ma mère s’appelle peut-être Mistral, mais je pense que trop de tradition tue la tradition. On voit les Arlésiennes partout, tout le temps. Il faut réunir les acteurs culturels arlésiens pour envisager de monter des initiatives importantes, je pense à Luma et les associations de quartier. Il y a besoin de se rencontrer pour éviter les malentendus et que des murs de glace se créent. On aura plusieurs élus en charge des cultures pour avoir des perspectives et des évaluations des politiques culturelles publiques.

    Bouchra Nait : Arles est riche en patrimoine, mais s’appuie trop sur le tourisme ; il y a trop de chômage. Comment rééquilibrer et encourager plus d’entreprises à s’installer pour générer plus d’emplois ?

    Nicolas Koukas : On a la chance d’avoir cette ville très focalisée sur le tourisme. Mais les transports ne vont pas avec, on n’a pas pensé les besoins de travailler ni de s’amuser pour les habitants. On n’a imaginé Arles que comme une petite ville de Provence, belle, mais pas forcément pour y vivre. Il y a besoin de diversifier les activités. Je tacle souvent De Carolis qui parlait de venir avec son carnet d’adresses, de faire venir plein d’acteurs économiques… Mais il est venu sans. C’est aussi méconnaître l’histoire d’Arles que de penser que le plan local d’urbanisme (PLU) permettrait d’avoir des terrains au nord et à Trinquetaille pour l’activité économique, ce n’est pas entièrement le cas. Je ne vais pas promettre 1 000 emplois comme il l’a fait, car le sujet est bien plus complexe que ça, on ne fait pas des slogans qu’on ne peut pas tenir. L’idée est plutôt de prendre son bâton de pèlerin pour inciter les acteurs économiques à venir ici. On avait modifié le PLU en zone nord pour installer Shopping promenades. Il reste du foncier pour accueillir des activités qu’il faut adapter au territoire arlésien, pas comme à Saint-Martin, où ils vont installer un grand centre logistique Vinted où l’on paye les gens une misère. S’appuyer uniquement sur le tourisme ne permet pas de résoudre les problèmes de logement avec le phénomène Airbnb, ni ceux des rues commerçantes malmenées par les fermetures. Je suis très heureux de voir Patrick De Carolis reprendre notre proposition « soviétique » de 2020 de créer une société coopérative foncière pour permettre à la Ville de disposer d’un outil de préemption. Nous avons un label « métier d’Art », mais il n’y a pas de portage, pas de schéma, ni de ligne directrice. Je n’ai rien contre les épiceries de nuit, mais je sais que le local de campagne de De Carolis en deviendra une, ce qui fragilisera le quartier. Ce schéma doit être porté au sein de l’Intercommunalité.

    Jean-François Ruiz : Les agriculteurs aussi ont des difficultés face à la montée des eaux et à la salinité, notamment les riziculteurs et les céréaliers. Comment les aider ?

    Nicolas Koukas : Ce n’est pas une compétence municipale, mais il faut y être attentif. Pour en avoir discuté avec le directeur de la Tour du Valat, on voit en Camargue une explosion des extensions agricoles, un positionnement porté par le syndicat des riziculteurs. D’autres ont des réflexions plus scientifiques, disant qu’il faut retourner sur une proximité et une forme d’expérimentation pour faire évoluer les productions. On sait qu’on va dans le mur avec la chute du riz. La montée des eaux et la remontée du sel vont mettre en difficulté des dizaines d’agriculteurs. C’est pour ça que j’en reviens à faire classer la Camargue, qu’il y ait une prise de conscience de certains élus qui ne veulent pas regarder la réalité en face. Le trait de côte évolue. Comment y répondre ? C’est en tout cas le rôle d’un maire de faire connaître ce qui ne fait pas plaisir.

    Savéria Herrati : On a parlé des emplois : il faut permettre l’arrivée de nouveaux habitants, jeunes, étudiants, travailleurs et familles. Mais l’accès au logement est pitoyable. Quelles sont les solutions et quel est le poids de la municipalité dans ce sujet ?

    Nicolas Koukas : La question se pose dans beaucoup de villes. Airbnb a bouleversé les communes touristiques comme la nôtre, avec un nombre de locations passé de 1 800 en 2020 à plus de 3 000 aujourd’hui et des rues complètement fermées. Il y a la volonté très claire de notre part de réguler les nuitées et d’instaurer un système de quotas par quartiers, comme à La Roquette et l’Hauture, qui sont ravagés par ce phénomène. Il faut permettre aux familles de revenir vivre dans le centre-ville et aux propriétaires de rénover leurs logements. J’en reviens à la société foncière, je souhaite que, demain, les bâtiments libérés ne soient pas vendus, mais d’en faire du logement pour les familles. L’idée est d’enrayer la spirale de réduction d’habitations depuis 2020.

    Lucile Venet : Les jeunes n’ont pas de lieux où se rencontrer, entre villages et quartiers, qui soient intergénérationnels avec des adultes référents. Il serait intéressant de discuter d’une maison des jeunes avec eux.

    Nicolas Koukas : Il y avait une maison des jeunes avant sur le boulevard des Lices, qu’un maire de droite avait fermée. C’est une question centrale remontée de beaucoup d’ateliers de l’Appel d’Arles. Les centres sociaux sont aussi en difficulté. Dès notre élection, nous devons programmer des Assises des jeunesses de tous les quartiers et villages, car ils ont des histoires et des parcours différents. Il leur faut un lieu d’accompagnement avec des animateurs qui savent faire. Je pense à l’auberge de jeunesse, un lieu pas loin de la piscine Cabassud. On pourrait y accueillir des activités à l’année avec un espace tiers-lieu dédié à la jeunesse. Pour les hameaux, pourquoi ne pas expérimenter la maison de la jeunesse itinérante ? On a un bibliobus, mais on peut imaginer aussi d’ouvrir des activés l’été dans les écoles.

    Nicolas Juan : J’attends de la Ville qu’elle passe à une autre phase pour son littoral, notamment la plage de Piémanson. Il faudrait la valoriser, avec un parking par exemple, non ?

    Nicolas Koukas : Il faut aborder à la fois la question de la plage et le développement de Salin-de-Giraud, en portant un projet touristique écoresponsable, car on a évolué en termes de sécurité et de protection du patrimoine : on n’ira plus y camper comme avant. Mais il y a une discussion à mener avec les habitants et l’État pour savoir comment utiliser au mieux cet espace-là en respectant le littoral. Faire un parking sera très compliqué : l’État se protège par rapport au risque d’accidents.

    Nicolas Juan : Il faut pour ça pérenniser la traversée du Rhône. Les Saliniers sont pour la construction d’un pont, mais en attendant il faut rehausser le service du bac. Beaucoup de Saliniers travaillent sur le Port ou vont chez le médecin en traversant.

    Nicolas Koukas : Il faut un service public qui fonctionne sur des horaires élargis pour permettre à ceux qui travaillent à Fos de rentrer en évitant le grand tour. On se battra au Département pour ça. On a aussi besoin de cette mobilité pour se soigner. La question se pose à Salin, pour que les plus âgés puissent rester à domicile le plus longtemps possible, alors que le nombre de services de soins à domicile a baissé en 6 ans. Pour les plus jeunes aussi, il y a des problèmes de garderie. Sans oublier le besoin des médecins. Pour tous les hameaux, on propose de dérouler le tapis rouge aux médecins qui veulent s’installer sur Arles, avec une convention sur plusieurs années. Nous aurons dix personnes dans notre équipe venant de ce secteur-là. Car c’est la préoccupation numéro 1 des Arlésiens. Il nous faut, dans notre équipe, des expériences et des métiers pour nous rendre le plus opérationnels possible. Le rôle du maire est aussi d’assister au conseil d’administration de l’hôpital, en crise avec la menace de fermeture de la maternité et des lits dans les services de cardiologie et de gastro-entérologie, qui sont passés de 36 à 18. L’hôpital est menacé : nous avons besoin de ce service public de santé fort, avec des spécialistes disponibles.

    Focus sur les lecteurs

    Bouchra Nait, présidente de CIQ

    Sébastien Ali, ouvrier plasturgiste et militant CGT

    Martine Charrière, ancienne responsable de centre de formation

    Jean-François Ruiz, régisseur à la fondation Luma

    Savéria Herrati, ingénieure géophysicienne

    Lucile Venet, professeure de SVT en lycée

    Nicolas Juan, habitant de Salin-de-Giraud, ancien élu

  • Aix, ils se mobilisent pour dire « non ! » aux guerres dans le monde

    Aix, ils se mobilisent pour dire « non ! » aux guerres dans le monde

    Si les collectifs, partis politiques, associations et syndicats ont plutôt pour habitude de répondre aux appels nationaux à manifester – ou de rejoindre les cortèges marseillais – l’initiative est, cette fois, entièrement organisée par les figures locales. Ce samedi 31 janvier, ils seront bon nombre à se mobiliser pour dire « Non à la guerre ! ».

    L’appel à défiler est conjointement lancé par le collectif contre l’extrême droite et nombre d’associations, en passant par la Cimade, le collectif Aixois Palestine en passant par la Ligue des droits Humains (LDH), Aix Solidarité ou le Comité de soutien antifasciste, rejoint par les forces de gauches locales (Parti communiste, Parti socialiste, la France insoumise, la Gauche écosocialiste, la gauche républicaine et socialiste, Génération.s, Place publique, Partit occitan…), les déclinaisons « jeunes » de plusieurs de ces partis et les forces écologistes (Génération écologie, les Écologistes et les jeunes). Aux partis et forces politiques s’ajoutent les syndicats, parmi lesquelles la CGT, la FSU aixoise, mais aussi le Syndicat des avocats de France.

    Non « à l’impérialisme »

    La décision de manifester, annoncée et expliquée au cours des cérémonies de vœux tenues par les participants, est le résultat d’un constat : « Partout, les impérialismes veulent faire la loi au mépris du droit international », expliquent les organisateurs, dans un communiqué conjoint. Ensemble, ils appellent à « réagir et agir pour montrer à nos gouvernants que nous voulons la justice, garante de la paix, refusons la loi du plus fort et exigeons la préservation et le respect du droit international, patiemment construit par la société tout entière ». La guerre en Ukraine qui approche de sa quatrième année, « l’offensive génocidaire » en cours en Palestine depuis plus de deux ans, la « démonstration de force brutale et l’enlèvement du président » au Venezuela, plus largement, la politique de Donald Trump, président des États-Unis… Autant de constats qui poussent les organisateurs à dire « Non à l’impérialisme, au colonialisme, sous toutes ses formes, non à la guerre », mais « oui au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, oui à la justice et à la paix ! » « Nous ne sommes pas à l’origine de la mobilisation, mais notre responsabilité est grande, sans paix, il n’y a ni liberté, ni progrès social. La guerre, ça n’a jamais profité aux travailleurs », estime de son côté François Canu, secrétaire de l’Union CGT locale. Le départ du cortège est prévu à 16h, de la place de la Rotonde, jusqu’à la mairie.

  • Les travailleuses sociales en quête de reconnaissance à Marseille

    Les travailleuses sociales en quête de reconnaissance à Marseille

    « Ce mouvement est inédit. » Ce jeudi, devant la préfecture des Bouches-du-Rhône à Marseille, les travailleuses sociales de la région mettent les bouchées doubles pour se faire entendre des pouvoirs publics. La sono du camion de la CGT pousse les décibels à fond et elles redoublent de slogans autour d’une demande unanime : « La reconnaissance de nos métiers. »

    La mobilisation est en effet inédite à plusieurs titres. D’abord, elle rassemble des assistantes sociales, éducateurs spécialisés ou conseillers de plusieurs organismes sociaux, des caisses d’allocations familiales (CAF), des caisses d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) et des mutualités sociales agricoles (MSA). Ensuite, car elle est à l’initiative « des agents » réunis en collectifs pour une grève nationale, appuyée par les syndicats, CGT et FO localement. Enfin, puisque « le mouvement est particulièrement bien suivi avec des services en grève à 100% », comme le résume Béatriz Marques, responsable régionale de la fédération CGT des organismes sociaux. Il faut dire que les travailleuses sociales ont de quoi revendiquer. « Elles ont des Bac+3, mais sont reconnues comme des Bac+2 dans la classification professionnelle, ça a un impact négatif sur le niveau de rémunération qui ne correspond pas à leur diplôme », explique la syndicaliste.

    Des centaines d’euros de manque à gagner

    Selon les calculs syndicaux, le manque à gagner de cette mauvaise reconnaissance dépasse les 600 euros mensuels, a minima, en comparaison avec des travailleurs sociaux de collectivités territoriales. « On a une différence de presque 1 000 euros avec nos homologues de la fonction publique territoriale ou hospitalière pour une ancienneté similaire », abonde Isabelle Becchere, secrétaire générale de la CGT cadres et employés à la Carsat Sud-Est. De quoi pointer « un double discours » : « D’un côté, on nous dit que les travailleurs sociaux sont l’entrée essentielle dans la vie sociale pour les assurés précaires. Mais de l’autre, les budgets sont réduits. » Et surtout, c’est l’illustration d’un manque global de reconnaissance de leur métier. L’exemple de la « prime Ségur », résume à leurs yeux le manque de considération auxquelles elles font face. « Elle a été étendue aux métiers du social et du médicosocial suite à la deuxième version du Ségur. Mais les travailleurs sociaux de nos organismes en sont exclus », pointe Adeline Constantino, assistante sociale et représentante de la CGT CAF 13. Une situation ubuesque alors que des travailleurs sociaux de certaines collectivités y ont droit. « Il y a une fin de non-recevoir de nos ministères de tutelles pour nous y inclure », rajoute Sabrina Jorda, toujours pour la CGT CAF 13.

    Forcément, le refus de la revalorisation unanimement demandée est vécu comme « une injustice ». « On fait pas un métier anodin, on a des missions difficiles avec de l’épuisement professionnel », insiste Florence, du service social de la Carsat d’Aubagne. Sabrina Jorda conclut : « Au-delà de nous et de nos salaires, c’est une question de choix de société. Au travers du manque de reconnaissance de nos métiers et du manque de reconnaissance, c’est la rupture avec le système de solidarité voulu par le Conseil national de la Résistance dont sont issus nos organismes. »

  • À Eurenco, à Sorgues, la colère monte malgré des résultats record

    À Eurenco, à Sorgues, la colère monte malgré des résultats record

    « Plus ils font du chiffre, moins on est augmentés alors qu’on bosse de plus en plus », glisse, amer, un employé du site Eurenco Sorgues, mardi 27 janvier. Un rassemblement était organisé conjointement par la CGT et Force ouvrière, accompagné d’une grève de 20h, la veille, jusqu’à 4 heures du matin, ce mercredi, afin de revendiquer de meilleures conditions de travail.

    Ils étaient ainsi plus d’une centaine à se rassembler devant le site de production d’explosifs à l’appel des deux syndicats, après avoir refusé de signer les négociations annuelles obligatoires avec la direction. Une centaine de personnes se sont également réunies sur le site Eurenco de Bergerac (Dordogne). De 11h à 13h, les entrées de camions sur le site ont été bloquées par les salariés. Contactée, la direction d’Eurenco n’a pas répondu aux sollicitations de La Marseillaise. Le contact entre syndicats et direction n’a pas encore été rétabli.

    Parmi les revendications communes figure une revalorisation générale des salaires de 130 euros bruts pour chaque employé. « C’est en lien avec les excellents résultats de l’entreprise. Les augmentations ne suivent pas », regrette Jérémy Caillé, secrétaire général central CGT Eurenco. « Ce n’est pas cohérent avec la santé de l’entreprise », abonde Jérémy Durou, son homologue chez Force ouvrière. Ils avancent comme preuves un carnet de commandes « complet jusqu’en 2040 » et un objectif de « 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2030 », citant les propos du PDG, Thierry Francou, dans le média spécialisé La Lettre. Une ouverture du capital de l’entreprise était même envisagée.

    « On sait très bien ce que l’on fabrique. Mais il ne faut pas que l’argent remonte uniquement dans les poches de nos actionnaires. Ils vont se faire de l’argent sur notre travail. Et ça, c’est inacceptable où que ce soit », souligne le responsable syndical CGT. Il est également reproché au PDG de s’être augmenté de 12% dernièrement, soit bien plus que les 1,4% proposés aux ouvriers, en décembre. Devant les grilles ornées de drapeaux syndicaux, Jean-Louis, chef d’équipe salarié depuis huit ans, réclame « un effort », alors « qu’on n’arrête pas le travail en 3/8 ». « On aimerait être reconnus à notre juste valeur », appuie l’un de ses collègues.

    Prime d’ancienneté

    Au total, quatre revendications ont été construites conjointement. La seconde concerne la revalorisation de la prime d’ancienneté, qui passerait de 15% à 20%. « Ils sont sur le minimum. Le but est de valoriser l’expérience car ce que l’on fait ici ne s’apprend que sur place. Ce n’est pas un privilège, ce n’est que justice », affirme Jérémy Caillé.

    Les syndicats demandent aussi une prise en charge plus importante de la mutuelle et de la prévoyance par l’entreprise. « Passer la prise en charge de 60 à 70% ne ferait que compenser les augmentations du coût de la vie. Il faut rappeler que des produits dangereux sont manipulés quotidiennement », assure le délégué FO.

    Enfin, ils réclament la transformation des contrats d’intérim en CDI. « Certaines équipes sont constituées à 30% d’intérimaires. Ce sont des gens que l’on maintient volontairement dans la précarité », déplorent les responsables syndicaux.