Tag: Sophie Binet

  • Canicule, l’exemple espagnol à la loupe

    Canicule, l’exemple espagnol à la loupe

    En Espagne, Eloy Martinez Monegal

    En Espagne, pendant les épisodes de canicule, les entreprises ont l’obligation de protéger la santé des travailleurs. Adapter les horaires de travail, reporter les travaux les plus durs, réduire ou interrompre l’activité si nécessaire notamment dans l’agriculture ou la construction… Des mesures encadrées par la loi que le ministre français du Travail, Jean-Pierre Farandou, est allé observer lors d’un voyage, mercredi et jeudi, accompagné de leaders syndicaux et du patronat.

    Les mesures gouvernementales concernant la protection des travailleurs sont globalement prises en compte, ce qui constitue une avancée majeure dans le domaine de la santé au travail. Cependant, certaines entreprises tardent à les mettre en œuvre ou font preuve de mauvaise volonté. Dans la région de Castilla-La Mancha, par exemple, dans le centre du pays, quatre personnes sur dix sont exposées aux fortes chaleurs. Cela concerne 317 000 travailleurs et 264 décès liés à la canicule ont été recensés en 2025. Les syndicats sont donc particulièrement attentifs et exigent davantage de contrôles afin de faire respecter les mesures prescrites par le gouvernement.

    Certes, les journées, dans certaines professions, commencent à 6 ou 7 heures, les pauses sont plus nombreuses, les travaux les plus durs sont réalisés aux heures les plus fraîches et davantage de distributeurs d’eau potable sont installés. Mais les syndicats constatent souvent que, si les mesures existent bien sur le papier, de nombreux travailleurs continuent à exercer leur activité pendant les heures les plus chaudes.

    Carlos, 55 ans, conduit une bétonnière pour une entreprise de travaux publics à Cuenca. Pour lui, certaines journées sont insupportables : « Je me mouille la tête, je bois souvent de l’eau. L’entreprise applique bien la journée intensive, on est censé finir plus tôt, mais souvent, on travaille plus longtemps. Dans mon métier, je ne peux pas prendre trop de pauses : le béton n’attend pas ».

    Demande d’inspections

    Toujours à Cuenca, Elena est serveuse dans un bar. Elle dit ne « résister qu’en buvant énormément d’eau. Le patron a pourtant fait installer des asperseurs et laisse la climatisation en continu ». Si, globalement, les entreprises font le nécessaire pour améliorer les conditions de travail, les syndicats constatent souvent, soit une mauvaise application des mesures, soit une absence totale de celles-ci.

    Le syndicat Commissions ouvrières (CCOO) de la région Castilla-La Mancha réclame, pour sa part, un renforcement de la prévention face au stress thermique et davantage d’inspections sur les chantiers et dans les exploitations agricoles.

    Raquel Payo, secrétaire des CCOO, chargée de la santé au travail, explique : « Nous engageons les entreprises à évaluer les risques dérivés de la chaleur et qu’elles incorporent le stress thermique, souvent cause de mortalité, dans leurs plans de prévention. Il ne suffit pas de garder dans un tiroir les consignes imposées par la loi, il faut agir concrètement. La chaleur extrême est un risque grave qui peut provoquer déshydratation, fatigue, perte de connaissance et conduire au décès ».

    Le syndicat entend également attirer l’attention sur l’arrivée de nouveaux salariés dans l’entreprise. « Plus de 70% des accidents graves et mortels liés aux coups de chaleur surviennent au cours de la première semaine de travail, précisément en raison de l’absence d’une période d’adaptation progressive aux conditions environnementales. Faire entrer de nouveaux salariés dans l’effectif de l’entreprise au plus fort de la chaleur, sans protocole d’acclimatation progressive, ni suivi médical spécifique, revient à les exposer à un risque d’effondrement physique ou de coup de chaleur », a expliqué de son côté Valle Cervantes, secrétaire à la formation de CCOO Castilla-La Mancha.

  • Fibre Excellence : à Tarascon, la CGT alerte sur 400 000 litres d’eau contaminée dans le Rhône

    Fibre Excellence : à Tarascon, la CGT alerte sur 400 000 litres d’eau contaminée dans le Rhône

    Alors que les administrateurs judiciaires contestent, ce jeudi 10 septembre, devant le tribunal administratif de Marseille, l’arrêté de réquisition du préfet de région visant à assurer la mise en sécurité du site classé Seveso, le délégué CGT de l’usine a enfin pu accéder de nouveau aux données techniques. « Elles sont sans appel : de l’eau non traitée est déversée dans le Rhône », affirme-t-il.

    Les relevés dont dispose l’ancien salarié feraient d’ores et déjà état de « 400 000 litres d’eau contaminée » déversés directement dans le Rhône entre le 3 et le 6 septembre.

    Pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, « une catastrophe environnementale menace le Rhône à la papeterie de Tarascon, site Seveso en liquidation judiciaire, abandonné par l’Etat. Pourtant, le liquidateur judiciaire refuse d’exécuter la réquisition du préfet. L’Etat doit immédiatement mettre le site sous protection ».

  • Avignon: la lutte des salariés du cloître Saint-Louis est payante

    Avignon: la lutte des salariés du cloître Saint-Louis est payante

    Un mouvement de grève dans le secteur qui va faire date. Deux semaines après l’annonce de la fin de la grève des salariés de l’hôtel de luxe avignonnais, le syndicat CGT fait le point sur ce qu’a apporté la mobilisation et la victoire des travailleurs.

    Pour rappel, après presque un mois de grève, les salariés ont obtenu une prime de 1 100 euros pour 2026, le remboursement de 100 euros en tenue professionnelle par année et par salarié, la montée d’un échelon pour les plongeurs et commis de salle, une semaine de congés en août et l’anticipation de la hausse des salaires prévue initialement en septembre, conforme à la grille salariale du secteur. Soit une hausse globale de 5 %. Les employés se plaignaient également de conditions difficiles, notamment liées à la chaleur dans des locaux inadaptés.

    Reste la question des travaux envisagés dans les prochaines années par la direction. Ceux-ci, assez conséquents, devraient durer plus d’un an. Ils demandent à connaître la date exacte prévue pour le début du chantier et également que leur salaire soit maintenu à 100 % pendant leur durée.

    Secteur difficile

    « Ce n’est certes pas ce que l’on demandait de base, mais c’est une avancée rare dans le secteur. C’est dur de faire se lever les employés, avec beaucoup de saisonniers et de turnover », se réjouit Laurent, qui travaille dans le service du petit-déjeuner et dont le contrat à durée déterminée s’achève dans les prochains mois. C’est en effet là que se situe, pour l’union locale de la CGT, qui soutenait le mouvement, l’essentiel. L’organisation tente de transformer le collectif syndical du secteur en véritable syndicat afin de coordonner les employés de l’hôtellerie et de la restauration. « Il faut mettre en lumière les difficultés dans ce travail. S’ils ne connaissent pas leurs droits, il faut les aider afin d’arrêter d’être exploités », pointe Carlos Acha-Moreton, secrétaire général de l’union locale CGT du pays d’Avignon. Il met en avant la participation des saisonniers dans le mouvement. Ce qui implique de revoir le fonctionnement du syndicat. « On a l’habitude de militer avec des personnes installées dans les entreprises. Là, c’est différent car sans les travailleurs saisonniers, il n’y aurait pas eu de mouvement. Tout comme les hôtels qui ont besoin d’eux pour faire fonctionner les établissements. C’est eux la clé », développe le responsable syndical. « Après la Covid, beaucoup de personnes du secteur ont arrêté. Les bons patrons ont compris qu’il fallait améliorer les conditions et les salaires pour attirer. L’ancienne école n’a elle pas évolué et risque de se manger des mouvements comme celui-ci à nouveau », appuie Laurent. « On va tracter. On espère monter le syndicat pour 2027 », conclut Laetitia Pancuvilier, représentante CGT du cloître Saint-Louis, également au service petit-déjeuner.

  • Avignon, victoire et fin de la grève au cloître Saint-Louis

    Avignon, victoire et fin de la grève au cloître Saint-Louis

    Victoire au cloître Saint-Louis », affiche fièrement l’Union locale CGT d’Avignon sur ses réseaux sociaux. Après quatre semaines de mobilisation, les salariés ont mis fin à leur grève après avoir obtenu plusieurs avancées.

    À l’issue des négociations avec leur direction, la trentaine d’employés du complexe hôtelier, situé en plein centre de la Cité des papes, va ainsi bénéficier d’une prime de saison de 1 100 euros, de congés en août, de l’anticipation de l’augmentation de la grille conventionnelle, d’une augmentation d’échelon pour les plongeurs et les commis de salle, ainsi que du remboursement des frais liés à la tenue professionnelle.

    « Pionnier »

    Des « avancées inédites, se réjouit l’UL CGT d’Avignon, dans un secteur de l’hôtellerie-restauration avignonnaise où le patronat est bien trop habitué à régner en maître sur des travailleuses et travailleurs atomisés ». L’organisation syndicale a en effet mis en place, depuis plusieurs mois, un collectif réunissant des employés de l’hôtellerie et de la restauration. Cette nouvelle structure vise à limiter les abus et à améliorer les conditions de travail du personnel. « Avec leur mouvement exemplaire, ils démontrent que l’organisation des travailleurs et travailleuses dans l’hôtellerie-restauration n’est pas seulement possible, mais nécessaire pour des salariés précarisés, exsangues, saison après saison », poursuit l’UL CGT.

    Un mouvement « pionnier » à Avignon qui pourrait donc en inspirer d’autres sur le territoire. D’autant qu’il a largement fait parler de lui ces dernières semaines, notamment avec la venue de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, le 16 juillet. D’après nos informations, ce mouvement fait aussi hérisser les poils à plusieurs patrons de commerces locaux. Un autre objectif atteint pour la CGT.

  • Fibre Excellence : « Ni fermeture ni abandon » pour la CGT

    Fibre Excellence : « Ni fermeture ni abandon » pour la CGT

    « Si la liquidation du site de Tarascon devait être confirmée, une lourde responsabilité politique reste incontournable : celle d’un État qui refuse d’assumer son rôle de stratège industriel alors même qu’une solution de reprise existe » : le message de la CGT alors que le tribunal de commerce doit rendre sa décision ce mardi.

    L’audience de lundi, qui a retoqué la proposition de reprise portée par Matthieu Pigasse et affirmé qu’aucune offre existait pour le site de Tarascon, avant de vouloir examiner une nouvelle offre pour Saint-Gaudens, a provoqué une « profonde inquiétude et révolte » de la CGT.

    « Depuis des mois, les salariés et leurs représentants ont accompli un travail considérable pour préserver l’activité et ils ont contribué à bâtir un projet industriel crédible, à identifier un repreneur français solide, à élaborer un plan de diversification de l’activité et à sécuriser des engagements financiers », martèle le syndicat avant d’asséner : « Là où l’État aurait dû être moteur, ce sont une nouvelle fois les salariés qui ont pris leurs responsabilités ».

    Pour la CGT, l’affaire dépasse le seul cas de Fibre Excellence. Elle y voit un « abandon préoccupant » de l’État face aux fermetures industrielles et aux délocalisations des productions à l’étranger et souligne l’importance de la filière bois-papier-carton, « tant du point de vue industriel qu’environnemental ».

    Elle appelle donc l’État à utiliser le délai accordé pour le site de Saint-Gaudens « pour rechercher toutes les solutions permettant de consolider le projet industriel » et « d’empêcher la disparition du site de Tarascon ». Sans quoi, le syndicat prévoit de soutenir pleinement les mobilisations à venir.

    Andréa Goyard-de Castro

  • Les salariés de Fibre Excellence occupent l’usine

    Les salariés de Fibre Excellence occupent l’usine

    Ils ne lâcheront rien. Après Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, les salariés de Fibre Excellence de l’usine de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, ont débuté, jeudi, l’occupation de leur site « à durée indéterminée ». « Notre mobilisation se poursuivra aussi longtemps que la situation l’exigera, jusqu’à ce que de véritables réponses soient apportées », prévient la Filpac CGT Fibre Excellence Provence, dans un communiqué.

    Les travailleurs du groupe de pâte à papier placé en redressement judiciaire, en avril dernier, entendent ainsi maintenir la pression avant l’examen lundi, par le tribunal de commerce de Toulouse, de l’offre de reprise portée par le financier Matthieu Pigasse. Ce projet est le seul qui garantissait la reprise de la totalité des salariés, soit 660 personnes, auxquels s’ajoutent les 228 de la papeterie de la Chapelle-Darblay – dont Fibre Excellence est repreneur – et plus de 10 000 emplois indirects. Sur les banderoles déployées sur les sites, le ton est accusateur : « Macron va-t-il tuer 10 000 emplois ? », interrogent les protestataires.

    « Quels sont les engagements de l’État pour rééquilibrer le marché du bois et garantir la viabilité du projet de reprise ? », écrivent dans un courrier adressé au couple exécutif Carole Delga, présidente (PS) de la Région Occitanie, Renaud Muselier, président (Ren) de la Région Sud, et les numéros un de la CGT, Sophie Binet, de la CFDT, Marylise Léon, et de FO, Frédéric Souillot. Ces derniers se sont prononcés en faveur du projet du banquier d’affaires dit « de gauche » avec Combat Holding.

    Mais le gouvernement se montre très critique. Interrogé lors de l’ultime séance de questions au gouvernement, mardi, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, estime que « l’offre de reprise (…), à ce stade, n’est pas au niveau parce qu’elle demande une aide supplémentaire de l’État ». Si l’on suit les calculs du locataire de Bercy, l’État, qui a déjà engagé plus de 90 millions d’euros dans le sauvetage du groupe et se dit prêt à ajouter 100 millions d’euros supplémentaires, devrait mettre 100 millions d’euros de plus pour suivre le plan de Matthieu Pigasse. Tandis que ce dernier alignerait « cinq misérables millions d’euros », dixit le ministre, « ça me rappelle non pas Robin des bois, mais le shérif de Nottingham qui fait des actions avec l’argent des autres », tacle-t-il. Sur franceinfo ce jeudi matin, il accuse le patron auquel on prête des ambitions élyséennes de « faire de la politique sur le dos des salariés ».

    Le temps presse. L’État doit se positionner et vite. « S’il y a liquidation, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas sur la disparition de près de 80% de la capacité française de production de pâte marchande, de 660 emplois directs, de plusieurs milliers d’emplois indirects et d’un outil industriel stratégique qu’il sera pratiquement impossible de reconstruire », préviennent les syndicats et les collectivités.

  • Avignon : la grève se poursuit au cloître Saint-Louis

    Avignon : la grève se poursuit au cloître Saint-Louis

    Les murs du cloître Saint-Louis, siège du In à Avignon, ont tremblé, ce mercredi 22 juillet, en plein Festival. Les grévistes de l’établissement hôtelier ont en effet donné de la voix pour rappeler la grève lancée le 3 juillet dernier.

    Une dizaine de salariés ont initié ce mouvement afin d’obtenir une amélioration de leurs conditions de travail. « En été, à la réception, il fait plus de 40 degrés. Et en hiver, il fait parfois 8 degrés. Ce n’est pas tenable », confie l’un d’entre eux. « Ce n’est que le début. On ne va rien lâcher », s’égosille, micro en main, Laetitia Pancuvilier, déléguée CGT.

    Les salariés réclament également une augmentation salariale de 5%. « Ils sont quasiment tous tout en bas de la grille salariale. Il faut qu’ils soient augmentés à la hauteur de leurs efforts », demande Carlos Acha Moreno, secrétaire de l’UL CGT Avignon. Une dizaine de personnes, soit près de la moitié des employés d’après le syndicat, débrayent plusieurs jours par semaine « car cela nous coûte cher », rappellent-ils. Sans oublier la fermeture annoncée d’un ou deux sites pour des travaux. Période durant laquelle une perte de rémunération de 28% est prévue.

    Appel à la direction

    Des « Direction démission ! » ont fusé pendant plus d’une heure dans l’enceinte de l’établissement, où se promènent quelques festivaliers curieux. Car le dialogue entre les représentants syndicaux et la direction est quasiment au point mort. « On est là et on restera jusqu’au bout ! Sortez pour venir nous parler », lance Laetitia Pancuvilier. Peine perdue. La direction n’a également pas répondu aux sollicitations de La Marseillaise. « Bientôt trois semaines de conflit, mais il n’est pas trop tard pour arrêter l’hémorragie. Nous ne lâcherons pas. Vous serez tenus responsables de toutes les conséquences que le mouvement aura sur vos équipes », insiste l’Union locale du syndicat. Un autre employé évoque un « pseudo-dialogue » qui n’en est pas un. « Il y a même une forme de discrimination mise en place. Comme des pauses où on nous laisse seuls ou des moments sans nous », glisse-t-il.

    Les soutiens se multiplient et les modalités de poursuite de la mobilisation sont actuellement en discussion. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, s’était rendue sur place il y a une semaine.

  • Sophie Binet en soutien des grévistes du Cloître à Avignon

    Sophie Binet en soutien des grévistes du Cloître à Avignon

    En démarrant leur grève il y a près de deux semaines, les salariés de l’hôtel du Cloître Saint-Louis comptaient bien sur l’effet festival pour booster leur mobilisation. On a vu la semaine dernière Jean-Luc Mélenchon venir les soutenir puis, ce jeudi, Sophie Binet. La secrétaire générale de la CGT est restée près de 45 minutes à s’entretenir avec quelques-uns de la dizaine de grévistes de l’établissement 4 étoiles mitoyen du siège du festival In. Et ce quelques heures avant une réunion à la demande de l’inspection du travail, tenue en début d’après midi avec la direction *, qui n’a pas débouché sur des mesures suffisantes aux yeux des salariés, qui maintiennent leur mouvement. « Il y a eu des propositions pour augmenter les salaires de maximum 2% uniquement pour juillet et août en avançant la hausse prévue en septembre par les grilles de convention collective », relate Carlos Acha Moreno, secrétaire de l’UL CGT d’Avignon.

    « Plus la grève dure, plus ça va se voir, je commence à être expérimentée pour conseiller les patrons, sourit Sophie Binet. Tant que le dialogue n’est pas ouvert, les revendications se durcissent, pour la direction comme pour les salariés, il vaut mieux que le travail reprenne le plus vite possible. » « Personne ne veut la mort de l’hôtel », reprend-elle sous l’approbation des salariés, se disant « choquée » que les grévistes aient à réclamer des frigos ou des machines. « La CGT est bien implantée dans des hôtels de luxe à Cannes ou Paris où les salariés ont eu droit à 100% de leur rémunération en chômage partiel, on peut vous mettre en contact avec les camarades », propose Sophie Binet.

    Car parmi les inquiétudes des grévistes figure la fermeture de l’hôtel pour travaux sans réel calendrier ni rémunération complète, et sans réponse lors de la réunion ce jeudi avec l’inspection du travail. « On nous a déjà interdit d’aller travailler à la concurrence », glisse Anna, commis de petits-déjeuners, qui, plus globalement, « n’a jamais connu un tel dédain en 20 ans ». « On n’a eu aucune augmentation autre que le cadre légal, il n’y a pas de 13e mois non plus », peste Ali, plongeur, à cheval aussi sur le Grand hôtel, autre établissement du groupe. Pour lutter contre les fortes chaleurs, des petits ventilateurs portatifs ont été reçus. « On doit les tenir d’une main, c’est très pratique pour travailler », préfère en sourire un salarié.

    * Qui n’a toujours pas répondu
    à nos sollicitations

  • La CGT veut une riposte culturelle face au RN

    La CGT veut une riposte culturelle face au RN

    Des États généraux face à un État toujours moins généreux. Un an après l’appel lancé par le PCF à la tenue de nouveaux États généraux de la culture, le sujet était, ce jeudi matin, au cœur d’échanges en plein festival d’Avignon. Avant une table ronde de représentants politiques de gauche sur le dossier, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, est montée sur scène au côté de Tiago Rodrigues, directeur du festival d’Avignon. Pour rappel, en toile de fond de cette 80e édition, les acteurs du spectacle vivant multiplient les alertes et mobilisations face au gel des dotations décrété par le gouvernement, laissant de nombreuses structures dans la panade. Une grande manifestation nationale est dans les tuyaux le 26 septembre.

    « Il y a beaucoup de travail pour relancer l’idée d’une culture populaire de qualité qui est aujourd’hui considérée au rabais car de masse », pose Sophie Binet en faisant écho au fait que l’ADN du festival est étroitement lié à l’avènement des congés payés et l’idée de proposer des spectacles accessibles à tous. À ses côtés, Tiago Rodrigues défend sa « mission de service public avec un accès à la création ». Portugais, le directeur du festival ne cesse de vanter le modèle culturel français, si envié à l’international. « Quand j’étais directeur du théâtre national de Lisbonne, j’ai réussi à faire passer la création d’un statut d’intermittent du spectacle au Portugal calqué sur celui qui existe en France », rappelle-t-il.

    Face au fascisme,

    « il faut faire rempart »

    Or, « les mâchoires des politiques d’austérité » sont là « avec des coupes budgétaires en cours d’année », dénonce Sophie Binet. En parallèle, s’ajoutent « le projet idéologique de l’extrême droite qui investit dans la culture » et « les attaques contre la liberté de création avec des discours populistes comme quoi la culture défendrait son petit entre soi bobo », alerte la dirigeante syndicale. Tiago Rodrigues se fait offensif. « On crée une atmosphère pour qu’un directeur ne pratique plus son droit à la liberté de création qui est inscrite dans la loi, il n’y a pas de neutralité, on est un festival progressiste, féministe, antiraciste… mais avec les baisses de subventions et les injonctions idéologiques, on prépare le terrain au fascisme, il faut faire rempart », monte-t-il au créneau, très applaudi.

    « Le plus grand danger est l’autocensure silencieuse, il y a besoin de jouer collectif », exhorte Sophie Binet. Manière de s’adresser aux représentants politiques de gauche qui ont pris la suite sur scène de ne pas (trop) se désunir car « même si l’extrême droite ne gagne pas, elle sera la première force d’opposition ». Une façon de faire passer le message aux représentants de gauche présents dans l’assistance de ne pas partir (trop) désuni à la présidentielle. Et à entendre Pierre Dharréville (PCF), Emma Rafowicz (PS), Sophie Taillé-Polian (Debout), Clémentine Autain (L’Après), Sarah Legrain (LFI) et même Raphaël Glucksmann (Place publique), croisé à l’extérieur du débat, on s’aperçoit que la culture est un dénominateur commun à gauche avec un même constat partagé et des réponses très partagées. « Dans nos aspirations à faire face au danger de l’extrême droite, il y a peu de domaines dans lesquels les discussions que nous avons se déroulent avec ce type d’initiatives communes », apprécie l’ex-député PCF Pierre Dharréville, un des instigateurs de ces États généraux. Et d’appeler à « ne pas regardez ailleurs, ça brûle ici ».

  • Adapter les conditions de travail au climat

    Adapter les conditions de travail au climat

    « Quand on parle de fortes chaleurs, on parle d’un enjeu de vie ou de mort pour de nombreux travailleurs et travailleuses », martèle d’emblée Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. La centrale syndicale a présenté jeudi lors d’une conférence de presse, un plan de lutte pour l’adaptation des conditions de travail au changement climatique. Hasard du calendrier (ou pas), dans son 8e rapport annuel publié quelques heures plus tôt, le Haut Conseil pour le climat (HCC) pointe « les impacts du changement climatique [qui] deviennent de plus en plus dangereux ». La France « n’est pas prête », estime l’organisme indépendant créé en 2018, jugeant « impératif » qu’elle « change d’échelle dans l’ampleur, la portée et la vitesse de mise en œuvre des actions d’adaptation ». Parmi les 82 recommandations formulées – auxquelles le gouvernement a six mois pour répondre – le HCC réclame le renforcement du « cadre réglementaire en santé au travail ».

    La CGT a pris les devants et tiré la sonnette d’alarme. À l’issue d’une réunion avec les différentes fédérations, au moins dix morts au travail sur ces trois épisodes caniculaires, ont été recensés. Sophie Binet intime le ministre du Travail de publier « immédiatement » les chiffres officiels des accidents mortels liés à la chaleur. À ces drames s’ajoutent des « centaines de malaises » et « d’accidents » : « des travailleurs et des travailleuses qui poursuivent leurs journées malgré les vertiges, la déshydratation, les nausées ou l’épuisement, parce que les objectifs de production fixés par les patrons, eux, ne connaissent pas la canicule », pousse la numéro 1 de la CGT.

    La centrale a mis en ligne le 4 juillet dernier sur son site internet un « calculateur de chaleur »*. Cette grande enquête nationale élaborée par les statisticiennes de la CGT, la Dares et la Drees vise à recueillir des témoignages de salariés et recenser leurs revendications. Les premiers résultats sont édifiants. Sur les 5 000 personnes ayant répondu en cinq jours seulement, 9 salariés sur 10 jugent les dernières canicules « pénible », « très pénible » ou « insupportable ».

    Au moins 10 morts

    au travail

    Dans ce plan, l’une des mesures principales est l’interdiction systématique du travail en extérieur au soleil, ou entre midi et 18h à partir des alertes orange et rouge, y compris pour les travailleurs micro-entrepreneurs ou abusivement considérés comme tels (livreurs à vélo liés aux plateformes numériques), en prévoyant le maintien des rémunérations, sans report des heures de travail, écrit le syndicat. Météo France a placé en vigilance rouge neuf départements de l’Ouest et 76 départements en orange pour la journée de vendredi. Dans le BTP, « on en est à une bonne grosse douzaine d’hyperthermies sévères, ce qui veut dire qu’il y aura potentiellement des séquelles permanentes », gronde Frédéric Mau, de la Fédération nationale des salariés de la construction, bois et ameublement CGT.

    Le syndicat réclame par ailleurs la création d’un système de congé intempéries avec maintien du salaire à 100 %, qui peut être activé en cas d’alerte orange ou rouge, sur validation du CSE et financé par une cotisation des plus grosses entreprises. « Il y a besoin (de) mesures pour l’ensemble des travailleurs et des travailleuses et que ces mesures soient prévues par le Code du travail pour garantir l’égalité des droits », poursuit Sophie Binet, refusant que le sujet soit renvoyé « au bon vouloir des employeurs ».

    Le Premier ministre présidera ce vendredi une cellule interministérielle de crise consacrée à la canicule. Face à cela, le système de santé est, une nouvelle fois, en première ligne. « Il y a des morts à l’hôpital, dans les Ehpad et à domicile (…) On sait que bilan va être terrible », s’alarme Barbara Filhol, secrétaire générale de la CGT Santé et Action sociale. La fédération prévoit une minute de silence le 8 septembre « pour celles et ceux qu’on n’aura pas pu sauver » et une journée de mobilisation le 15 septembre. Toutes les professions sont en tension. « L’hôpital n’a pas de climatiseurs donc il en demande aux pompiers », souffle Sébastien Delavoux, animateur réseau CGT Sdis. Déshabiller Pierre pour habiller Paul. Pendant ce temps, la saison des feux est déclarée, plus violente que jamais. « D’année en année les interventions augmentent et les moyens diminuent », grince le sapeur-pompier, « l’été ne fait que commencer ».