Tag: Sophie Binet

  • Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée

    Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée

    « J’ai appris vendredi que j’étais mise en examen suite au fait que j’ai dénoncé la répression syndicale qui sévit à Tefal », a expliqué Sophie Binet, lundi sur France 2.

    Cela fait suite « à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal contre les propos de Sophie Binet : “la CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente” tenus lors d’un débat à la Fête de l’Humanité en septembre 2025 », a précisé la CGT dans un communiqué. Si la mise en examen est quasi-automatique en cas de plainte pour diffamation, les poursuites engagées par l’entreprise témoignent de la criminalisation des actions syndicales en France. Sollicité par l’AFP, Tefal a confirmé « avoir engagé une procédure judiciaire contre Madame Binet et ses co-auteurs » à savoir le directeur du journal l’Humanité et sénateur communiste Fabien Gay, lui aussi mis en examen. « Cette procédure concerne des accusations publiques graves et erronées visant l’entreprise, que Tefal conteste fermement », indique l’entreprise, en précisant que la mise en examen « lui a été notifiée le 12 mars ».

    Alerte sur la dangerosité des PFAS

    Sophie Binet a expliqué que « la CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des PFAS, un composant chimique qui est utilisé pour les poêles de Tefal ». La coordinatrice CGT du groupe SEB (détenant la marque Tefal) et membre de la direction confédérale de la CGT a été sanctionnée en interne par le groupe pour avoir demandé des précisions sur ces composants, une sanction qu’elle contestera le 4 juin aux prud’hommes, selon la CGT. Pour Sophie Binet, Tefal « essaie de bâillonner les syndicalistes qui s’expriment sur les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions ». Les propos de Sophie Binet tenus lors d’un débat au Forum social, samedi 13 septembre 2025 lors de la Fête de l’Humanité, sont les suivants : « Les luttes environnementales sont maintenant parmi les plus réprimées, avec le plus de violence. À Tefal, je suis très fière que la CGT ait eu la force de dénoncer les PFAS et d’expliquer qu’il ne fallait pas céder au chantage à l’emploi mais qu’il fallait transformer le modèle productif de l’entreprise pour défendre l’emploi à moyen et long terme ». Sophie Binet ajoutait : « J’étais à Tefal la semaine dernière avec mes camarades pour soutenir la CGT, qui fait face à une répression patronale violente, puisque notre camarade Ouria Belaziz, coordonnatrice de la CGT Tefal, a été sanctionnée par la direction. » Tefal de son côté affirme qu’« il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté syndicale, le droit de critique ou le débat public » mais estime que « la liberté d’expression ne permet pas d’imputer à une entreprise des faits inexacts ». « Tefal réfute toute accusation de répression syndicale », ajoute l’entreprise.

    « Une loi pour protéger

    la liberté d’expression »

    La CGT, estimant « anodins » les propos pour lesquels Sophie Binet est poursuivie, affirme, elle, que « sur cette base, la quasi-totalité des syndicalistes du pays pourraient être poursuivis ». La leader de la CGT a appelé les parlementaires et le gouvernement « à enfin mettre sur le tapis une loi pour protéger la liberté d’expression et la liberté syndicale qui aujourd’hui est en danger ». Sophie Binet avait déjà été mise en examen en décembre pour « injure publique » après avoir qualifié en janvier à la radio les patrons de « rats qui quittent le navire » dont « le seul objectif, est l’appât du gain ». Selon l’Humanité, « depuis le 1er avril 2023, la CGT dénombre plus de 1 000 militants et cadres inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires ».

  • Le brin de muguet fait plier le gouvernement

    Le brin de muguet fait plier le gouvernement

    Victoire ! Le 1er-Mai restera, cette année au moins, férié, chômé et payé, comme le veut la loi depuis 1948. C’est la conclusion que tirent les syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) à l’issue de leur rencontre avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, organisée à la suite d’une lettre cosignée par huit dirigeants syndicaux au total (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU, Solidaires). Envoyé dimanche, le courrier demandait au Premier ministre, Sébastien Lecornu (Ren.), de pas convoquer de commission mixte paritaire (CMP) pour la proposition de la loi (PPL) sur le 1er-Mai, rendue possible par un vote tactique de ses défenseurs vendredi. Une demande à laquelle le Premier ministre a décidé d’accéder. « C’est la journée des travailleurs et des travailleuses, c’est le seul jour férié, chômé et payé, a déclaré lundi soir Jean-Pierre Farandou. Ce principe général doit continuer à prévaloir même si certaines dérogations sont possibles », a-t-il estimé, renvoyant la question du travail ce jour-là au 1er mai 2027.

    « Tour de passe-passe parlementaire »

    « Permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er-Mai », c’est là l’intention de la proposition de loi (PPL) déposée au Sénat en avril 2025 et adoptée dans la foulée par la chambre haute, en juillet 2025. Car il est bien question, selon les défenseurs de la loi, de « permettre », et non d’habilement contraindre, bien sûr. Une bien étonnante conception unanimement dénoncée chez les syndicats et élus de gauche.

    Alors que la PPL devait être débattue vendredi à l’assemblée, le vote d’une motion de rejet tactique par ses propres défenseurs (allant des macronistes au Rassemblement national), devait lui permettre de sauter cette étape. En effet, en cas de désaccord entre le Parlement et le Sénat, le gouvernement a la possibilité de convoquer une Commission mixte paritaire, comprenant 7 députés et 7 sénateurs, chargés de trouver, ensemble, un compromis. Une réunion dans le cas présent favorable au vote de la PPL sur le 1er-Mai, le Sénat s’étant déjà prononcé en sa faveur. Un « tour de passe-passe parlementaire », a dénoncé lundi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT sur RTL. « Ce qu’il s’est passé vendredi est inacceptable. On vit un choc pétrolier plus grave que celui de 1973 et aujourd’hui ce que veut faire Gabriel Attal [Ren, Ndlr] en alliance avec la droite et l’extrême droite, c’est nous voler le 1er-Mai, le fruit de 140 ans de luttes sociales et de luttes ouvrières ! », s’est-elle indignée sur la même antenne. L’objectif de cette tentative de procédure accélérée : permettre au texte, s’il était voté, d’être appliqué dès le 1er mai de cette année. Une option que le Premier ministre a donc lundi écartée, refusant de convoquer cette commission.

    Étendre l’exception

    Concrètement, en l’état, la proposition de loi visait à autoriser le travail des salariés le 1er-Mai, dans des commerces de bouche de proximité comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes, mais aussi dans des établissements culturels (cinémas, théâtres). Seul jour férié obligatoirement chômé et payé depuis 1948, le 1er-Mai, journée internationale des travailleurs, empêche donc aux patrons de la majorité des secteurs de faire travailler leurs employés, au risque d’une amende de 750 euros par salarié concerné. Font exception les « établissements et services pour lesquels la continuité de l’activité est indispensable », parmi lesquels figurent actuellement les hôpitaux, les transports, les forces de l’ordre ou encore l’hôtellerie et la restauration. L’ambition était donc bien d’étendre l’exception. Une volonté revenue l’an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s’étaient émus de contrôles inopinés suivis d’amendes pour avoir fait travailler des employés le 1er mai 2024. Selon les syndicats, le grand danger à terme est qu’une telle proposition de loi « étende la dérogation d’ouverture » le 1er-Mai « à de nombreux secteurs professionnels et pour de grandes entreprises, aux dépens des salariés mais aussi des petits commerces indépendants de proximité ».

    Le symbole politique du muguet

    Alors que certains fleuristes réclament la possibilité de faire travailler leurs employés le 1er-Mai, date de vente du muguet, Ariane Lombardi, membre de la direction nationale du PCF et élue de Marignane, rappelle le symbole de cette vente pour les communistes : « C’est une tradition qu’on a toujours portée. On fait vivre la solidarité, la présence dans les quartiers. On fait vivre concrètement cette histoire et ces luttes sociales, ouvrières, populaires, souligne-t-elle. Et pour les sections, c’est aussi un moyen de gagner une autonomie financière pour mener les luttes aux côtés de la population et des salariés. »

  • 1er-Mai : RN et droites s’unissent contre les salariés

    1er-Mai : RN et droites s’unissent contre les salariés

    C’est un déni de démocratie qui s’est déroulé vendredi à l’Assemblée nationale. Pour éviter le débat parlementaire sur le texte déposé par le macroniste Gabriel Attal, visant à faire travailler certains salariés le 1er-Mai, les députés favorables à ce texte ont pourtant voté une motion de rejet de ce même texte. La manœuvre est grossière mais elle permet d’empêcher le débat et de renvoyer la discussion au sein d’une commission mixte paritaire. Le but est de passer en force dès la semaine prochaine et d’imposer cette régression sociale dès le 1er-Mai 2026. Avec le soutien du gouvernement.

    Amendements à la trappe

    Déposée par le groupe présidé par Gabriel Attal (Ensemble pour la République), la motion de rejet tactique a été adoptée par 120 voix contre 105. Les quatre groupes de gauche s’y opposant tout comme le MoDem, hostile à la manœuvre plus qu’au fond du texte. Insuffisant toutefois contre le reste de l’hémicycle, des macronistes jusqu’au Rassemblement national, dans une alliance de la honte. Exit donc les quelque 140 amendements à discuter avant la fin des débats qui était prévu à 17h30, vendredi, le camp gouvernemental s’attendant ce que la gauche enlise à dessein les débats. Les quatre groupes de gauche se sont en effet insurgés, tentant de retarder le vote de la motion pour rameuter les troupes, demandant des interruptions de séance. Des députés allant de LFI jusqu’au PS ont même entonné debout La Marseillaise, puis L’Internationale. Le monde syndical est aussi vent debout. Devant l’Assemblée nationale, plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblées dans la matinée. Le 1er-Mai n’est pas un jour férié « comme les autres », c’est « historiquement le jour où on célèbre les travailleurs et les travailleuses », a rappelé vendredi sur TF1 Marylise Léon (CFDT). Si le Code du travail établit que « le 1er-Mai est jour férié et chômé », il admet qu’un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là… mais seul ou presque. Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non-salariés, mais pas sur ses employés. La proposition de loi doit clarifier les règles et « permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler », en l’espèce « des commerces de bouche de proximité » comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres)… Mais exclut la grande distribution ou les magasins d’outillage et travaux, par exemple. « Le volontariat ça n’existe pas », a critiqué près de l’Assemblée Natalie Huyghe, employée en jardinerie de 57 ans, et syndiquée CGT. « Si ça marche, ça va s’étendre à tous les corps de métier », s’est aussi alarmée Hadjia Djebbar, militante de 62 ans. « Nous assistons ici à (…) une négation du Parlement, parce que déposer des amendements, (…) se donner les moyens d’avoir un temps de débat approfondi sur une proposition de loi aussi inique que celle qui vise à supprimer le 1er-Mai, ce sont les droits du Parlement », a dénoncé le président du groupe GDR, le communiste Stéphane Peu. Son groupe propose de déposer une motion de censure, lundi.

  • Comment répondre à la flambée des prix ?

    Comment répondre à la flambée des prix ?

    « Le doigt sur la gâchette. » C’est l’avertissement des Gardiens de la Révolution en Iran à l’adresse du président américain, Donald Trump, après l’annonce, mercredi 8 avril d’un cessez-le-feu de deux semaines alors que la guerre déclarée le 28 février par Israël et les États-Unis à l’Iran embrase le Proche et le Moyen Orient. Une guerre suspendue ? Pas vraiment. Au Liban, au prétexte d’éradiquer le Hezbollah, allié du régime iranien, l’armée israélienne bombarde toujours. La journée de mercredi a été sanglante pour le pays du Cèdre : au moins 254 personnes sont mortes lors de cette seule journée selon la défense civile libanaise. Le régime iranien a le pied sur la jugulaire du monde : le détroit d’Ormuz où transite l’essentiel des flux énergétiques mondiaux.

    Cette guerre tue, paralyse l’économie mondiale et a donc des répercussions sur la vie quotidienne à des milliers de kilomètres comme en témoignent les salariés et artisans interrogés par La Marseillaise. C’est le cas des aides à domicile (page 7) contraintes de cesser de travailler faute de moyens pour faire le plein de leur véhicule.

    92% des artisans

    du bâtiment pris à la gorge

    Idem dans le secteur de la pêche : avec le prix des carburants, pas la peine de sortir en mer, déplore un marin pêcheur de la région (lire ci-contre).

    Les artisans du bâtiment et des travaux publics sont impactés à 92% par la hausse des prix de l’énergie s depuis le début du conflit en Iran, selon une consultation menée par la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) auprès de 2 600 entreprises (lire page 6).

    Les syndicats de salariés ont interpellé le gouvernement e le patronat. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a dénoncé les « marges énormes » et les « bénéfices records » de TotalEnergies. La responsable syndicale milite aussi pour une TVA modulée à 5,5% sur tous les produits de première nécessité. « On peut imaginer que ces entreprises qui vont automatiquement profiter de l’envolée des prix soient mises à contribution par l’État via une taxe spéciale, en vue d’une redistribution de ces bénéfices aux consommateurs, en premier lieu les publics les plus impactés », suggère pour sa part Claude Gaubert de l’association UFC-Que Choisir Montpellier (lire page 6).

    Alors que la campagne de collecte de l’impôt sur le revenu débute auprès des ménages, la question de la taxation des multinationales se pose à nouveau avec acuité face à cette flambée des prix provoquée par la guerre insensée menée par Trump et Netanyahu. Au Sénat, le groupe communiste a déposé une proposition de loi pour bloquer les prix du gaz et des carburants. « Lorsque les marchés deviennent instables et spéculatifs, l’intervention publique n’est pas seulement légitime, elle est nécessaire pour protéger les ménages et garantir l’intérêt général », expliquent les sénateurs communistes. Ils ajoutent que « pendant que les ménages paient la facture, de grandes compagnies pétrolières comme Total, Shell ou Exxon engrangent des surprofits considérables, alimentés par la spéculation, tandis que leurs cours boursiers progressent au bénéfice d’une minorité d’actionnaires parmi les plus favorisés ». Dans la même veine, l’association Attac a lancé une pétition pour une taxation des superprofits : « La taxe unitaire sur les superprofits peut être mise en place en France pour imposer les profits mondiaux de Total qui devraient être déclarés en France, selon des critères objectifs, tels que la part de la production et des ventes qui y sont réalisées, comme le suggèrent Gabriel Zucman et l’Observatoire international de la fiscalité », détaille l’association. Des options pour l’heure rejetées par le gouvernement. Ce qui fait dire à Attac que « les solutions existent, l’argent aussi. Il ne manque que la volonté politique ! » Et sans doute la pression populaire pour exiger la justice fiscale.

  • Sophie Binet réclame le « blocage » des prix

    Sophie Binet réclame le « blocage » des prix

    Dans un entretien publié lundi soir par Ouest‑France, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, plaide pour « un blocage des prix de l’énergie ». « Il faudrait fixer un prix maximum à la pompe, de 1,70 € par exemple, en limitant les prix de vente des pétroliers », affirme-t-elle. Une prise de position exprimée à la veille de la réunion des syndicats représentatifs – CFDT, CGT, FO, CFE‑CGC et CFTC – avec le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure. Le rendez-vous, prévu ce mardi à 17h30, est consacré aux prix des carburants et à l’inflation.

    « Ils font des marges énormes et des bénéfices records. En mars, les traders de TotalEnergies ont spéculé sur la crise et fait un milliard de bénéfices », a également dénoncé Sophie Binet. Elle ajoute : « Les taxes devraient être modulées, en fonction des prix de l’énergie et, à moyen terme, la TVA devrait être à 5,5% sur tous les produits de première nécessité y compris l’énergie. Nous militons pour le retour des tarifs réglementés sur les prix du gaz et de l’électricité, fixés en fonction des coûts de production et non du marché ».

    « Taxer profits, dividendes et très hauts revenus »

    Interrogée sur l’hypothèse d’une taxe sur les surprofits des pétroliers, Sophie Binet a plaidé pour « taxer les profits, les dividendes et les très hauts revenus ». « Il est aussi nécessaire de mettre en place de vraies mesures pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles : une planification dans laquelle par exemple, on exige des constructeurs automobiles français qu’ils produisent en France un petit véhicule électrique bon marché », a-t-elle complété dans les colonnes de Ouest France.

    Le pétrole s’est installé, lundi, autour des 110 dollars le baril, dans un marché suspendu au conflit au Moyen-Orient où Donald Trump menace de s’en prendre aux infrastructures vitales iraniennes, et guettant de possibles négociations.

    Le ministère de l’Économie a annoncé, vendredi soir, le lancement prochain d’un « prêt flash carburant » avec Bpifrance, pour soutenir la trésorerie des petites entreprises les plus exposées à la flambée des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient.

    Des sommes de 5 000 à 50 000 euros pourront être prêtées au taux de 3,80%, sans garanties, aux TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises) des secteurs éligibles : transports, agriculture, pêche, dont les dépenses de carburant représentent « au minimum 5% du chiffre d’affaires », a précisé Bercy.

    Des mesures pour compenser la hausse

    Les prêts seront « distribués via un canal 100% numérique par Bpifrance », la banque publique d’investissement, avec une « mise à disposition des fonds sous 7 jours », a indiqué le ministère dans un communiqué.

    Les entreprises devront cependant répondre à un certain nombre de critères pour éviter les effets d’aubaine : avoir été créées il y a plus d’un an, et accepter de donner accès à Bpifrance à leurs derniers mois de relevés de compte bancaire.

    La durée de ces prêts sera de 36 mois, « incluant un différé d’amortissement du capital de 12 mois », selon le communiqué. Ils seront disponibles dans l’Hexagone ainsi que dans les départements et régions d’outre-mer.

    Ces mesures pour compenser la hausse des prix des carburants due à la guerre au Moyen-Orient avaient été promises par le Premier ministre Sébastien Lecornu.

  • [Entretien croisé] Gaëtan Lecoq et Stéphane Martins de Araujo : « On soutient la nationalisation d’ArcelorMittal »

    [Entretien croisé] Gaëtan Lecoq et Stéphane Martins de Araujo : « On soutient la nationalisation d’ArcelorMittal »

    La proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal est inscrite à l’ordre du jour de l’espace réservé du groupe communiste républicain citoyen et écologiste – Kanaky (CRCE-K), ce mercredi après-midi. Le texte, adopté lors de la niche parlementaire des députés insoumis en novembre 2025, risque cependant de se heurter à l’opposition du Sénat, dominé par une majorité de droite. C’est pourtant l’ultime espoir des salariés qui seront présents, par centaines, venus de la France entière, devant la chambre haute du Parlement. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, est également annoncée sur place. Si le texte est rejeté, les communistes prévoient déjà de le présenter une nouvelle fois dès le mois de juin, à l’Assemblée nationale. Cette bataille sera menée aux côtés des salariés pour sauver l’acier français.

    La Marseillaise : Quelle est la situation sur vos sites respectifs ?

    Gaëtan Lecoq : On a eu la visite d’Emmanuel Macron le 10 février dernier, où il a « annoncé » l’investissement dans un four électrique avec une capacité de production de 2 millions de tonnes pour un total de 1,2 milliard d’euros. Il y a des incohérences dans tout ça, parce que cette « annonce » a déjà été faite en mai 2025, donc ce n’est pas une surprise. Ils nous avaient alors signalé que le lancement des travaux débuterait au troisième trimestre 2025, rien n’a été fait. Le projet initial c’était deux fours électriques avec un haut-fourneau vert pour un montant de 1,8 milliard d’euros, donc trois nouvelles installations qui devaient assurer la pérennité du site de Dunkerque.

    Désormais, il s’agit seulement d’un four électrique pour un montant de 1,2 milliard d’euros. Il y a un problème dans les chiffres ! D’autant que la moitié  – 650 millions d’euros – sera subventionnée via EDF, donc l’État. Ils devaient créer une nouvelle ligne haute tension entre la centrale nucléaire de Gravelines et le site de Dunkerque, parce qu’un four électrique consomme énormément d’énergie électrique. Mais cette ligne est finalement suspendue, la direction assure que ce four fonctionnera avec les lignes actuelles. Une fois de plus, c’est incohérent. Depuis quatre ans ils nous mènent en bateau. Dans le premier PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) annoncé, à peu près un tiers des personnes qui travaillent sur les dossiers de décarbonation seront virées de même que les cinq personnes qui travaillent sur la ligne haute tension. Et même si on arrive à produire 2 millions de tonnes « vertes », vu la taille de notre site et nos installations, on ne sera pas rentable économiquement. Je pense que c’est pour calmer un peu la tension sociale. On a fait quinze jours de grève au mois de décembre, les salariés ne cherchent qu’à se barrer, nos installations sont de plus en plus dangereuses. C’est une catastrophe. Même nos dirigeants, nos RH et hauts cadres quittent le bateau, c’est un signe…

    Stéphane Martins de Araujo : Pour Dunkerque, qui est notre vaisseau mère, l’annonce faite ne concerne même pas 35 à 40% de la capacité du site. La question qu’on peut se poser c’est quid des autres hauts-fourneaux ? Quid des salariés, des sous-traitants ? On fait vivre pas mal d’entreprises autour. Macron y est allé pour fanfaronner, en faisant croire que c’était le sauveur mais ce qu’il annonce en réalité c’est un PSE de plusieurs milliers de personnes. C’est ce qui se passera si on ne garantit que 2 millions de tonnes. À Fos-sur-Mer il n’y a rien de prévu sur la décarbonation, il n’y a aucune avancée, la réalité c’est celle-là. On craint de ne garder que le laminage, le finissage et les expéditions, donc ça veut dire la mort complète de la phase à chaud, ce qui impacterait des milliers d’emplois. On voit ça arriver puisqu’il n’y a rien d’avancé au niveau de leur projet de décarbonation. Le four poche [petit four mis en service en 2024, Ndlr.] peut sortir au maximum 200 000 tonnes d’acier à l’année, ce n’est même pas 10% de la capacité d’un haut-fourneau.

    Ils vendent de la poudre aux yeux à l’extérieur de l’usine en faisant croire qu’ils ont décarboné à Fos, c’est du pipeau ! Ça réduit juste les émissions de 30% et pour une capacité minime. On comprend que la stratégie de Mittal, c’est de se désengager petit à petit. Sept salariés sur 10 qui nous quittent sont des mainteneurs, on perd leur savoir. Pour Fos, on a été les premiers à faire une annonce, bien avant le PSE de Dunkerque, avec les 308 emplois supprimés durant l’année 2025. Comme à Dunkerque, tout le monde quitte le bateau. On ne voit pas d’avenir, c’est pour cela qu’on soutient le projet de nationalisation, qu’on porte en parallèle de notre projet alternatif.

    Une nationalisation pourrait unifier les deux sociétés distinctes auxquelles vous appartenez, protéger les brevets et empêcher les licenciements ?

    S.MdA. : À chaque fois qu’il y a eu une nationalisation dans notre pays, c’est que les outils étaient en fin de vie. Dans les années 1940, après guerre et dans les années 1980. Et, à chaque fois, l’État a remis plusieurs milliards pour refaire ses hauts fourneaux, refaire ses aciéries. Cet investissement public a été revendu à Mittal pour un euro symbolique. Ça a du mal à passer quand on voit que nos deux sites sont en fin de vie. Il faut investir des centaines de millions d’euros pour pouvoir les refaire redémarrer dans les 15 prochaines années, ce qu’il ne le fera pas.

    C’est au niveau national, que toutes les entités d’ArcelorMittal doivent être nationalisées. L’État verse entre 200 et 300 millions d’euros d’aide publique, sans contrepartie, pour ce multimilliardaire. Le président de la République, vient nous faire croire à une excellente nouvelle en disant qu’on va décarboner l’ArcelorMittal France – parce que lui ne fait pas la distinction entre les deux sites – à hauteur d’un seul four électrique de 2 millions de tonnes. Avec nos deux sites, en marge nominale, on peut monter jusqu’à 10 millions de tonnes. C’est 20% de la capacité, qu’est-ce qui va advenir des 80% restants ? À partir de 2030, les quotas vont être de plus en plus chers et ce sera impossible pour un site de tourner avec un seul four à charbon ! Ça coûtera des centaines de millions d’euros pour faire 2 millions de tonnes de fonte. Ce n’est pas viable. Ce n’est pas possible. Les experts nous l’ont tous dit : si vous ne mettez pas les premières pierres d’un four électrique à l’horizon de 2026, c’est mort. Voilà pourquoi il faut nationaliser. L’acier, on en a partout, il faut qu’on soit souverain là-dessus.

    G.L. : Si on ne trouve pas une solution dans les prochaines semaines et les quelques mois qui restent, c’est fini. C’est mort. Pour faire les constructions de décarbonation, il faut trois ans de travaux et un an de process. On est en 2026. Là, ils sont en train de délocaliser toute notre matière grise en Inde. ArcelorMittal produit 6 millions de tonnes d’acier en Inde, son objectif à horizon 2030 c’est d’augmenter sa production à 30 millions de tonnes, Dunkerque et Fos, c’est à peine 10 millions. Il est en train de lancer ses constructions de hauts fourneaux à charbon, là on ne parle pas de décarbonation… Le centre de recherche et de développement (R&D) de Mézières est inclus dans le premier plan de nationalisation donc on va récupérer nos brevets, en sachant que beaucoup sont tombés dans le domaine public. Le chantier naval de Saint-Nazaire a été nationalisé il y a 5 ans et ça fonctionne très bien. Notre principal client dans l’automobile, c’est Toyota, à Valenciennes. Vous pensez sérieusement qu’il va se faire chier (sic) à aller chercher des bobines ailleurs alors qu’on a déjà le savoir-faire et la qualité ? Ce n’est plus une question d’années.

    Concernant les délocalisations des fonctions support prévues. Quel sera leur impact dans l’immédiat ?

    S.MdA. : Elles concerneraient un périmètre de 5 500 personnes en Europe, ce qui ne veut pas dire qu’elles vont toutes être touchées. Au niveau de la France, on parle de 1 650 personnes.

    G.L. : Gandrange fera partie des sites qui vont prendre cher. Ils commencent à taper dans le centre de Mézières, et là, ça va faire très mal. Mittal est en train de mettre en place son plan. Il délocalise tous les cerveaux, toute la matière grise. Pendant ce temps-là, ailleurs, les usines poussent comme des champignons. Des Indiens sont arrivés sur Dunkerque pour six mois pour piller le savoir-faire de nos informaticiens et les former en Inde. Des Chinois vont aussi arriver. En fin de compte, ils vont récupérer nos brevets, nos savoir-faire. Il ne faut pas mentir, on est rentable. Mais si Mittal produit en Inde ou au Brésil, il sera beaucoup plus rentable. Les marchés financiers l’ont très bien compris parce que l’action, il y a un an de ça, elle était à 23 euros. Aujourd’hui, elle est à 55 euros. Son plan est lancé. Il sait exactement ce qu’il va faire : essayer de piller le maximum d’argent public jusqu’au moment où il aura délocalisé totalement sa production hors d’Europe. Comment on peut licencier des personnes si on gagne de l’argent ?

    Pour décrédibiliser le projet, le gouvernement met en avant son coût, estimé entre 3 et 4 milliards d’euros. Que répondez-vous à cela ?

    S.MdA. : Dans notre projet alternatif, il y a trois étapes. La première évalue le coût de la décarbonation à 4,6 milliards d’euros pour 50% de la capacité. Un désengagement total de Mittal coûterait 7,7 milliards d’euros par an, avec tout ce que ça implique : les plans de formation, le reclassement des salariés, France Travail, les PSE qui arrivent. On est à l’origine de 3% des emplois totaux des Bouches-du-Rhône et 19% des emplois industrialo-portuaires. L’arrêt de la production d’acier neuf en France entraînerait la perte de 33 000 emplois totaux entre Fos-sur-Mer et Dunkerque. C’est catastrophique. Si on investit entre 10 et 20 euros pour une tonne, c’est rentabilisé. C’est bien moins que les 40 euros/tonnes distribuées en dividendes par ArcelorMittal. Décarboner, ça coûterait quatre fois moins que ce qui est donné à ses actionnaires. C’est tout simplement un choix financier, validé par l’État qui verse près de 300 millions d’euros d’aides publiques sans contrepartie chaque année. Les premiers qui vont en pâtir ce sont les salariés et leurs familles. Sur deux bassins aussi importants que Dunkerque et Fos-sur-Mer, c’est une catastrophe industrielle et sociale qui se prépare.

    G.L. : À Dunkerque on a travaillé deux économistes avec lesquels on a monté un rapport. Si Mittal se désengageait complètement de la France, ça aura un impact sur les sous-traitants, les commerçants, sur des territoires entiers et plus de 80 000 emplois au total. De nombreuses usines dépendent entièrement de nous. La cimenterie de Lumbres, dans le Pas-de-Calais, vit avec les déchets de nos hauts-fourneaux. S’il n’y en a plus, c’est 300 emplois qui disparaissent uniquement sur ce site.

    Vos deux sites sont confrontés à des problèmes liés à l’amiante, en dit long sur le sous-investissement consacré à l’outil de travail ?

    S.MdA. : En l’espace d’un an et demi, on a eu trois incidents très graves sur le site, dont le dernier le 8 octobre avec le black-out total de l’aciérie, on aurait pu avoir des morts sur le site. C’est directement lié au manque d’investissement, ils font des économies de bout de chandelle. L’amiante c’est interdit depuis 1997 donc bientôt 30 ans. Et pourtant, on en trouve tous les jours. Nos sites ont à peu près les mêmes années de construction, ce qu’il se passe à Fos-sur-Mer, ça se passe à Dunkerque. Depuis les années 2018, sept maladies professionnelles sur 10, sont en lien direct avec l’amiante, avec des cancers MP30 [affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante ndlr] et MP30bis [cancers broncho-pulmonaires provoqués par l’inhalation de poussières d’amiante]. C’est un scandale sanitaire qui est en train d’exploser ! Et rien n’est fait, la cartographie commence à peine parce qu’on met une pression énorme.

    Le dossier est monté jusqu’au ministère du Travail où on a été reçu en novembre. Comme pour la nationalisation, ils jouent la montre, en ne nous donnant pas de réponses, pour essayer de faire tomber la pression médiatique. Ce sont des voyous et des criminels ! (sic) À Fos, ArcelorMittal a été mis en examen pour faux et usage de faux et mise en danger de la vie d’autrui, sur une plainte qui avait été déposée en 2018 concernant des émanations à l’atmosphère. ArcelorMittal et deux anciens directeurs du site sont cités en leur nom propre donc ils vont devoir rendre des comptes. Comme la nationalisation, la pression médiatique les gêne énormément. La force qu’on a c’est de toucher des parlementaires qui prennent à bras-le-corps ce dossier-là en particulier LFI, les communistes et les écolos. La lutte n’est que meilleure quand elle converge.

    G.L. : En avril 2023, on avait eu un gros incident sur le haut-fourneau n°4 qui a pété. On aurait pu avoir des dizaines de morts, on a eu une chance folle. Ce haut-fourneau est le plus gros d’ArcelorMittal en Europe et il s’est éventré à cause d’un manque de maintenance, d’investissement. Seule la CGT a alerté sur les risques d’amiante, ce qui a déclenché une enquête pendant deux ans de l’inspection du travail. La direction savait que beaucoup d’amiante avait cramé lors de l’incendie quand il a eu lieu mais elle a tout caché pour faire des économies sur les réparations. Quelque 400 salariés ont été exposés aux risques de l’amiante, des procédures ont été lancées et sont en cours. Il y a trois semaines de ça, on a déposé un danger grave et imminent car des salariés qui ne sont même pas dans la maintenance mais opérateurs de cabine ont attrapé des plaques pleurales, ce qui est dû à l’amiante. C’est un scandale et une vraie bombe à retardement ce dossier amiante. Comme nos camarades de Fos, on est la seule organisation syndicale à se battre sur tous les fronts, que ce soit pour la santé et la sécurité des salariés, la maintenance ainsi que l’avenir de nos sites. Les sous-traitants ne veulent même plus venir travailler chez nous parce qu’on ne les paye pas. Notre député local a dû intervenir parce que ces boîtes sont en train de crever. Ce sont des factures de centaines voire de millions d’euros.

    Ce qui est dur à comprendre quand on regarde les résultats d’ArcelorMittal…

    S.MdA. : En interne, quand on parle de NAO, d’augmentations de salaire, on nous dit qu’on n’est pas rentable, qu’on ne fait que perdre de l’argent. Mais, in fine, la filiale et la holding, elles se gavent. Mittal va investir près d’un milliard de dollars dans une entreprise d’acier électrique aux États-Unis et se déploie massivement au Brésil et en Inde. Le groupe est en train de se délocaliser de l’Union européenne et de fermer petit à petit ses entités pour pouvoir aller exploser la planète, parce que là-bas, on ne parle pas de CO2.

    Quel regard portez-vous sur le plan acier présenté par l’Union européenne ?

    G.L. : J’ai travaillé en coulisses sur le sujet. Ce plan acier a été écrit quasiment mot pour mot par Mittal. C’est pas moi qui le dis mais Xavier Bertrand [président LR de la région Hauts-de-France Ndlr.] qui a pété un plomb auprès de la direction à Dunkerque en leur disant : « C’est vous qui avez écrit le plan acier. Vous avez eu tout ce que vous demandiez et ça ne va pas ? ». Tout ce que Mittal a demandé, il l’a eu. Et maintenant, il en veut encore plus.

  • Nationaliser pour sauver l’acier français

    Nationaliser pour sauver l’acier français

    Un « espoir pour les salariés » : la proposition de loi de nationalisation d’ArcelorMittal sera débattue mercredi 25 février à 16h30 au Sénat, durant la journée réservée du groupe communiste républicain citoyen et écologiste – Kanaky (CRCE-K). « Si on ne nationalise pas, Arcelor va partir et la filière acier va s’effondrer », alerte la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi, « c’est un enjeu de souveraineté nationale qui doit dépasser les clivages partisans ». Adopté in extremis à quelques minutes de la fin de la niche parlementaire des députés insoumis en novembre dernier, le texte risque cependant de se heurter à la réticence d’une chambre haute du Parlement dominée par la droite.

    Le 30 octobre dernier, les sénateurs communistes avaient déjà tenté de porter cette proposition de loi auprès de leurs collègues qui l’avaient alors rejetée… « La démocratie, elle se fait au grand jour et chacun doit assumer ses votes », prévient la cheffe du groupe PCF au Sénat Cécile Cukierman. « Chaque sénatrice et chaque sénateur verra en face de son nom ce qu’il a voté. Pour faire de la démocratie, on a besoin d’avoir de la transparence puisque sinon, on a parfois des parlementaires qui oublient ce qu’ils font à Paris quand ils redescendent dans leur département », glisse-t-elle.

    La direction d’ArcelorMittal a annoncé en avril 2025 la suppression de plus de 600 postes en France. Puis, le 29 janvier dernier, la direction Europe du groupe dit envisager de délocaliser ses fonctions support en Inde, ce qui concerne « plus de 5 600 salariés » en Europe, « dont 1 650 pour la France », selon le comité d’entreprise européen. Les conséquences d’un départ de l’aciériste du territoire national seraient dévastatrices. « Derrière tout ça, il y a des familles. Si on prend le seul exemple de Dunkerque c’est 3 200 emplois directs », appuie Gaëtan Lecoq, secrétaire général de la CGT ArcelorMittal sur ce site du Nord, avant d’ajouter : « On a fait une estimation, si demain Dunkerque tombe, c’est, à peu près, 20 000 emplois directs et indirects qui vont tomber. »

    « Il n’y a pas d’avenir pour un pays sans industrie »

    Face à cela, l’entreprise a doublé son bénéfice net en 2025 pour atteindre plus de 3 milliards de dollars en 2025. Au même moment, elle continue à verser à ses actionnaires des dividendes de 300 à 400 millions de dollars. « Arcelor c’est aussi devenu un triste symbole, celui de la démission de l’État face à la financiarisation de l’industrie et de tous ces responsables politiques et économiques qui ont laissé en 2006 Mittal faire sa sinistre OPA sur notre fleuron national qu’était Arcelor », fait remarquer Sophie Binet.

    Le gouvernement s’oppose à la nationalisation d’Arcelor, invoquant, entre autres, son coût estimé entre 1 et 2 milliards d’euros. Stéphane Peu, coprésident du groupe PCF à l’Assemblée nationale renvoie le président de la République à ses incohérences : « En 2017, quand il est arrivé au pouvoir, il y avait 13% du PIB de la France qui était produit par de l’industrie et aujourd’hui, on est tombé à 9%. Il y a un abaissement de l’industrie dans notre pays et tout ça est gravissime ! », déplore le député.

    La cheffe de la CGT pointe une échéance : 2030. « Tout ce qui n’est pas décarboné en 2030 sera soumis à des quotas carbone rédhibitoires. L’heure est cruciale. Soit on décarbone maintenant, soit l’acier français ne sera plus compétitif (…) Il n’y a pas d’avenir pour un pays sans industrie », martèle-t-elle. À ce stade, sur les 40 sites que compte le groupe en France, le projet de décarbonation ne concerne qu’un seul des deux fours à Dunkerque à hauteur de 1,3 milliard d’euros, dont 650 millions sous forme de dettes publiques.

    Parlementaires et syndicalistes entendent maintenir la pression. Des centaines de salariés ont prévu de se rassembler le 25 février aux abords du Sénat. « Depuis juin 2024 on est sur le dossier à la CGT, on se bat comme des acharnés (…) On s’en prend plein la gueule, la répression syndicale on se la mange, mais on continuera à se battre pour les salariés », avertit Gaëtan Lecoq. Les députés communistes prévoient déjà l’inscription du texte à sa niche parlementaire du 15 juin prochain en cas de rejet mercredi. « On sera opiniâtres et on ne lâchera rien », pousse Stéphane Peu.

    « Si on ne nationalise pas, Arcelor va partir et la filière acier va s’effondrer. »

  • Une industrie sauvée par ses salariés

    Une industrie sauvée par ses salariés

    La lutte des salariés de la centrale de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, est exemplaire et doit servir de modèle. Oui, l’industrie a de l’avenir et peut s’émanciper des logiques capitalistes mortifères et destructrices d’emplois. Oui, organisés, déterminés, les salariés peuvent et doivent avoir la main sur leur avenir. C’est la démonstration de ces salariés d’une industrie en pleine bifurcation, liée à la politique énergétique. Elles et ils ont bâti un projet de pointe, novateur de production de biogaz et de biocharbon dans un secteur stratégique où dominent tant de prédateurs.

    Projet de pointe et novateur

    Près d’une décennie aura été nécessaire pour que les emplois de la centrale de Gardanne restent au pays. Près de dix ans d’un travail acharné des salariés et leur syndicat, la CGT. Sauver l’emploi, fut la priorité des priorités. Développer l’outil de travail et lui donner du sens dans un environnement sans foi ni loi, fut également le but de cette mobilisation de longue haleine.

    La solidarité a joué à plein avec les portuaires et les énergéticiens de la CGT notamment. Bien au-delà aussi. Sophie Binet, tout juste élue secrétaire générale de la CGT avait fait son premier meeting à Gardanne. Vendredi, sa venue pour fêter « la victoire » des salariés ne clôt pas l’aventure. Plus que jamais, le salarié ne peut plus être « un roi dans la cité, mais un serf dans l’entreprise », comme l’écrivait Jean Jaurès au début du XXe siècle.

    Avoir la main sur les outils de production et penser le travail de demain. Faire en sorte que l’industrie soit au service de l’intérêt général : c’est la grande leçon de la « victoire » à Gardanne.

  • Sophie Binet enflamme la centrale thermique de Gardanne

    Sophie Binet enflamme la centrale thermique de Gardanne

    « Nous le montrons au quotidien dans les Bouches-du-Rhône : nous n’avons pas besoin de patrons pour faire tourner nos usines ! » Ce vendredi, sous les cheminées de la centrale thermique de Gardanne et devant plus de 500 militants venus des Alpes au Vaucluse en passant par Arles ou Istres, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, n’a cessé de louer « la pertinence de la gestion ouvrière ».

    Une gestion qui prend tout sens à l’occasion du « meeting de victoire » qui venait fêter « la réussite emblématique » des travailleurs du site. « Cette victoire est magnifique, elle a été arrachée grâce à votre détermination : 7 ans de lutte, de grève, de manifestations, d’ascenseurs émotionnels, de travail sur les dossiers, de gouvernements qui disparaissent avant des signatures promises », lance Sophie Binet, aux côtés du secrétaire général de la fédération Mines-Énergie, Fabrice Coudour, et l’adjoint de celle des Ports et docks, Serge Coutouris. Une victoire symbolisée par la réembauche progressive de travailleurs licenciés lors du dernier plan de licenciement sur le site, via une société créée par les salariés (voir ci-dessous). Et en vue « de la mise en œuvre concrète du projet BioMéthane Provence, porté et développé par les travailleurs et la CGT », comme le rappelle Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT de la centrale de Gardanne. Un projet « novateur de production de biogaz et de biocharbon à base de bois en fin de vie ».

    Autant dire que depuis la fin du charbon, les salariés reviennent de loin. « C’est une victoire emblématique sur tous les aspects. Elle montre ce qu’il faut faire pour réindustrialiser le pays. Nous voulons reprendre le pouvoir dans les entreprises et votre lutte en montre le chemin », martèle Sophie Binet. De quoi mettre en avant une proposition phare de la CGT : « Le maintien des emplois pour décarboner l’industrie passe par un moratoire sur les plans de licenciement. » Et d’appeler à refuser « l’opposition mortifère entre le social et l’environnemental ».

    L’histoire industrielle du bassin minier se poursuit

    Elle vante surtout « une grande victoire de plus dans les Bouches-du-Rhône, un département précurseur, le département des 1336, des CPMM [Coopérative de presse et de messagerie Méditerranéenne, Ndlr.] ». Cette dernière, coopérative née sur les cendres de l’ex-Sad, filiale de la messagerie de presse Presstalis à Marseille liquidée judiciairement, fête d’ailleurs son 5e anniversaire, jour pour jour. « Nous n’avons rien inventé », reconnaît Jean-Michel Roccasalva. Pas d’invention peut-être, mais beaucoup de détermination. « Il était hors de question de perdre nos emplois, notre statut des Industries électriques et gazières, un statut pionnier mis en l’œuvre à l’après-guerre, par Marcel Paul et Ambroise Croizat [ministres communistes, Ndlr.] », insiste le secrétaire général. Car les embauches se font bien à ce statut si cher aux énergéticiens. « C’est avant tout la victoire des travailleurs. On a un bijou entre les mains, il faut en tirer le meilleur », abonde le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi. Marina Mesure, députée européenne insoumise était également présente.

    Ce rapport à l’histoire a sans doute nourri la réflexion collective pour l’avenir industriel de tout un territoire. « J’ai connu le départ des mineurs, le plan de départs de 2013, le plan de licenciement de 2020. Aujourd’hui, les copains licenciés ont retrouvé un emploi. Aujourd’hui, on montre que nos idées se concrétisent », explique, entre fierté et soulagement, Joël Capra, salarié de la centrale depuis bientôt 26 ans. « L’industrie dans le département n’appartient pas au passé. Nous avons besoin d’activités tournées vers l’avenir », abonde Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT 13. Un avenir qui s’écrit à partir de ce « vendredi 13 qui restera dans les annales », conclut Sophie Binet.

    Historique et avenir

    7 décembre 2018 : fin du charbon et début de la lutte

    La date du 7 décembre 2018 marque le début de la lutte des salariés de la centrale de Gardanne. Ils commencent une grève reconductible en réponse au refus d’un moratoire sur l’arrêt du charbon par le gouvernement. Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, repreneur de la centrale, lancera plus tard un plan de licenciement.

    Octobre 2020 : création de l’Association des Travailleurs

    Les salariés et la CGT lancent l’Association des Travailleurs de la Centrale de Gardanne. « En quelques semaines, il y a une énorme solidarité financière qui permet le

    financement de deux études de faisabilité pour notre projet », développe Jean-Michel Roccasalva.

    12 octobre 2021 : mise sous protection du site

    Face au blocage du dossier, les travailleurs enclenchent la « reprise en main de l’outil de travail » et mettent « le site sous protection ». Concrètement, l’usine est sous leur contrôle et un bras de fer inédit s’enclenche avec GazelEnergie.

    20 avril 2023 : déplacement de Sophie Binet

    Les dispositifs d’accompagnement des salariés dans le cadre des licenciements, en lien avec la fin du charbon, prennent bientôt fin. Sophie Binet fait son premier déplacement sur site. « Nous gagnons ensuite le prolongement des dispositifs », se félicite Jean-Michel Roccasalva.

    31 juillet 2025 : accord inédit

    Un accord est arraché avec GazelEnergie et l’État pour le lancement concret du projet des salariés, BioMéthane Provence. La création d’une société est actée en ce sens et va permettre l’embauche des salariés licenciés. L’Association des Travailleurs y est présente.

    26 novembre 2025 : premières embauches

    Les 3 premiers contrats de la société, créée par les salariés et leur association, sont signés. Au total, 14 travailleurs licenciés le sont à cette date. 9 autres vont l’être en 2026.

    2026-2028 : permis et construction

    Les salariés prévoient le dépôt du permis de construire et permis d’exploiter à l’été, pour un démarrage des travaux en 2027. S’ensuit un an et demi de construction prévue, puis 6 mois de tests. Le démarrage de la phase commerciale est dans le viseur pour 2028.

  • [Entretien] Sophie Binet : « La lutte des salariés de la centrale est exemplaire »

    [Entretien] Sophie Binet : « La lutte des salariés de la centrale est exemplaire »

    La Marseillaise : Pourquoi faire un « meeting de victoire » à la centrale de Gardanne ?

    Sophie Binet : Mon premier déplacement en tant que secrétaire générale était à Gardanne, pour une grande initiative dans le cadre de la mobilisation des travailleurs. Évidemment qu’il fallait que je sois à nouveau présente. C’est une magnifique lutte, une magnifique victoire après 10 ans de combat. Alors qu’il y avait une fermeture sèche et violente mise en place par le gouvernement, sans reconversion du site prévue, on a réussi à maintenir tous les salariés, qui reprennent une production, qui sont réembauchés. C’est un exemple de ce qui devrait être généralisé pour organiser la transformation environnementale des entreprises. Un exemple de ce qui doit être fait pour éviter le chantage entre l’emploi et l’environnement. En face de nous, les théories libérales classiques disent « destruction créatrice ». Elles disent que des usines ferment, mais que d’autres se créent et que donc tout va bien. Mais ça ne concerne pas les mêmes travailleurs, ce ne sont pas les mêmes types d’emplois qui sont créés quand on en supprime. On ferme des usines dans le périurbain, dans les zones rurales, avec des territoires sinistrés par ces fermetures, et l’on recrée des emplois dans les métropoles. Des emplois qui ne sont pas du même type : plus précaires, avec des salaires plus faibles, dans le tertiaire, la logistique ou des entrepôts… D’où ce que porte la CGT : une sécurité sociale professionnelle environnementale. Avec la création de fonds mutualisés au niveau des branches, dans les secteurs qui doivent être transformés, en vue de faire évoluer l’outil de production et former les ouvriers, pour les réembaucher. On le voit dans l’automobile : passer du thermique à l’électrique est un prétexte pour amplifier les délocalisations. La question environnementale est un prétexte pour optimiser les coûts et supprimer des emplois. Ces pratiques patronales conduisent à obliger les ouvriers à faire un choix entre l’environnement et l’emploi. Ce choix est délétère.

    Face aux politiques libérales
    des gouvernements successifs,
    la réappropriation des outils de travail par les salariés s’impose
     ?

    S.B. : Cette lutte, si elle est victorieuse, c’est parce que les ouvriers ont pris les choses en main. Ils se sont approprié les enjeux de gestion, comme pour 1336 et Scop-ti. Ce sont eux qui ont organisé les études économiques, ont construit le projet, sont allés chercher les industriels et les fonds pour le faire aboutir. Nous avons tout fait. Il a fallu des années, un rapport de force énorme et un savoir-faire militant incroyable. Tout cela était possible car la CGT est forte dans l’usine, forte chez les portuaires et dockers qui étaient solidaires, forte sur le territoire qui s’est entièrement mobilisé pour la centrale de Gardanne. En bref, un syndicat fort, des fédérations fortes, celles de l’Énergie et des Ports, et une Union départementale qui est l’une des plus grosses de la CGT. Tout cela s’est cumulé pour une réussite, mais malgré ce contexte, ça a duré dix ans. Et tout le monde n’a pas ce savoir-faire, ce rapport de force. Il y a peu d’endroits où on aurait pu avoir une telle victoire. Gardanne montre qu’il n’est plus possible que les salariés soient les passagers clandestins des stratégies des entreprises. Nous devons avoir des droits d’interventions sur les orientations, pouvoir siéger dans les tribunaux de commerce, avoir accès aux données, aux financements. Cela nécessite des outils législatifs et financiers. Dans banque publique d’investissement, il y a le mot « public ». Elle ne peut pas être une banque qui impose des taux de rentabilité à deux chiffres, qui refuse de financer les Scops.

    Vous plaidez pour la nationalisation d’Arcelor et de Fibre Excellence. Est-ce une question de survie pour les filières respectives ?

    S.B. : C’est une question des instruments de l’État pour intervenir sur l’économie. La période montre qu’avoir comme seule politique industrielle celle du chèque en blanc aux fonds et aux multinationales conduit au désastre que l’on connaît. Cela marche encore moins quand on est confronté à des enjeux nouveaux, dont celui de la décarbonation. Elle ne fonctionne qu’avec la planification. Si on continue à être les béni-oui-oui de la mondialisation, on va voir les usines partir les unes après les autres les bras croisés. L’Italie et la Grande-Bretagne, pour sauvegarder leur acier, ont actionné des clauses qui se rapprochent de la nationalisation. La France est un des seuls pays à ne pas avoir de stratégie d’intervention. On a besoin de protéger nos secteurs stratégiques. S’ils sont renvoyés aux logiques de marchés et qu’on laisse faire, Mittal continuera de transférer les compétences et les qualifications vers l’Inde et le Brésil, puis il fermera les sites en Europe, pour faire primer une logique de coût.

    Vous avez adressé une lettre aux candidats aux élections municipales, hors RN. Quel message envoyez-vous aux travailleurs à l’approche du scrutin, particulièrement dans la région, où la menace brune plane ?

    S.B. : J’envoie deux messages. Le premier, c’est que les municipales sont importantes pour notre quotidien, elles nous concernent tous. Il faut donc aller voter. Ce sont les maires qui ont la main sur les politiques du logement, qui peuvent permettre à tous de se loger sans y laisser un salaire. Ils ont la main sur les politiques de transport pour les décarboner. Ce sont aussi eux qui peuvent mettre en place la prise en charge des personnes dépendantes, notamment dans la petite-enfance, pour que les femmes puissent travailler tout en ayant des enfants ou éviter le développement du privé lucratif. Le deuxième, c’est que l’extrême droite est la pire ennemie des travailleurs. Sur ses promesses sécuritaires déjà, dans les communes qu’elle gère, le bilan montre qu’il n’y a pas d’avancées dans la lutte contre la délinquance. L’extrême droite ne la fait pas reculer : À Perpignan, la délinquance a augmenté. Et sur le social, c’est moins de services publics, une mise en opposition des travailleurs avec des politiques racistes, discriminantes, xénophobes. C’est aussi des politiques sexistes contre les femmes : on se souvient de l’affichage fait à Béziers qui légitimait les violences contre les femmes. Ne laissons pas l’extrême droite rentrer dans nos mairies.