Tag: Société

  • Les salariés du centre de santé de Manosque inquiets

    Les salariés du centre de santé de Manosque inquiets

    Les salariés du centre de santé Oxance de Manosque se sont réunis mardi avec la CGT pour discuter de leurs inquiétudes concernant une potentielle fermeture du centre, le réseau mutualiste Oxance étant en procédure de sauvegarde. « Confronté à des contraintes économiques durables, nées lors de la crise sanitaire, le groupe a engagé une démarche de sauvegarde afin de stabiliser sa situation financière, rééchelonner sa dette et se donner le temps nécessaire pour construire un plan de redressement », a indiqué Oxance.

    L’avenir d’Oxance en suspens

    Les salariés attendent de nouvelles mesures d’Oxance qui doivent être annoncées en CSE le 26 mars. La CGT a insisté sur sa volonté de préserver l’offre de soins abordable pour tous et les emplois, alors que plus de 20 000 personnes n’ont pas de médecin traitant dans le département. Certains patients viennent de Digne-les-Bains ou des Hautes-Alpes pour se soigner au centre Oxance de Manosque. « Si le centre de Manosque ferme, comment la population sera-t-elle prise en charge ? », se sont interrogés les participants à la réunion.

    Les salariés ont déploré le fait qu’Oxance « ne donne pas suite à de jeunes médecins qui veulent venir y travailler ». Avec la CGT, ils ont évoqué le besoin de soutien des collectivités aux centres de santé. Ils ont reproché au maire de Manosque de ne pas les soutenir. « La municipalité actuelle considère que contrairement à l’hôpital, la collectivité n’a pas vocation à financer directement un centre de santé privé », a répondu le cabinet du maire.

    Les syndicats prévoient des rassemblements vendredi à Marseille et mercredi à Lyon et doivent être reçus par les ARS à cette occasion. Ils ont également rédigé des pétitions.

    Rassemblement devant l’ARS de Marseille, 132 bd de Paris, le 6 mars à 11h30.

  • L’Entraide 13 passe la main à Habitat et Humanisme

    L’Entraide 13 passe la main à Habitat et Humanisme

    Le sort de l’association Entraide des Bouches-du-Rhône a été scellé, lundi 2 mars, devant le tribunal des activités économiques de Marseille, qui a validé l’offre d’Habitat et Humanisme Soin et ordonné la cession de l’intégralité des établissements exploités, à ce jour, à cette association lyonnaise. Les six Ehpad et quatre résidences autonomie sont cédés pour 7,48 millions d’euros, dont 6,8 millions d’actifs immobiliers. La valeur très théorique du parc immobilier était estimée à 33 millions d’euros.

    Ce choix d’une « offre viable » venue de l’économie solidaire « permet de préserver 448 emplois et de maintenir 725 personnes âgées dans leur lieu de vie actuel, et d’entrevoir des perspectives positives de renouveau avec les différents investissements prévus, notamment pour les travaux de rénovation et de réhabilitation », expose le tribunal dans son jugement de 23 pages.

    Le scénario catastrophe redouté est évité

    La résidence du Roy d’Espagne (dans le 8e à Marseille) ne pouvait être dans le deal puisque fermée en juillet 2024 et préemptée par la Ville de Marseille pour y créer une « résidence autonomie de nouvelle génération », qui sera confiée au CCAS. L’Ehpad du Clos Saint-Martin, à Pélissanne, n’est pas non plus concerné, ayant été fermé par l’ARS en septembre 2025 après le constat de graves dysfonctionnements.

    Malgré un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros en 2024, la situation de l’Entraide 13 n’avait cessé de se dégrader avec un résultat négatif de 4 millions d’euros, qui rendait impossible tout plan de continuation. Huit candidats s’étaient manifestés. Trois offres sérieuses ont été déposées in fine, mais une seule exposée à la barre du tribunal. Le sérieux de l’offre de l’association lyonnaise a convaincu les magistrats. Habitat et Humanisme Soin assure déjà la gestion d’un réseau de 59 établissements d’accueil et de soins de seniors dans 20 départements, soit près de 4 900 lits et emploie environ 2 000 salariés.

    L’Agence régionale de santé et le conseil départemental avaient émis un avis très favorable à cette reprise, qui « n’implique aucune fermeture de site et préserve au mieux les intérêts des résidents et de leurs familles et des salariés ». En effet, 448 des 468 emplois sont sauvés « avec leurs droits acquis », soit 96% des emplois. Les 20 salariés du siège social d’Entraide ne sont pas repris, ce qui doit conduire à 18 licenciements. L’administratrice judiciaire de l’Entraide a été entendue, elle qui soulignait qu’un effort devrait être fait par le repreneur « pour apaiser le climat social concernant les droits acquis des salariés repris ».

    La somme totale déclarée au passif, au jour de l’audience du 17 février, est de 59 millions d’euros, dont 22 millions contestés, soit une somme finale qui avoisine les 40 millions d’euros tout de même, composée à 80% de dettes bancaires et 20% de prestataires. Le Département reste garant de certains prêts bancaires à hauteur de 12 millions d’euros. Si le tribunal se dit conscient de « l’impact économique » de cette cession pour les contrats non transférés, il retient « l’effort financier manifestement réel, même s’il ne permettra pas un apurement direct du passif ».

    Si le prix de cession fixé à 7,48 millions d’euros est « décorrélé de la réalité du passif », le tribunal considère que le coût total de la reprise est en réalité de 32 millions d’euros en tenant compte des congés payés, des départs à la retraite, de l’hypothèque de l’Ehpad La Marylise (dans le 11e à Marseille), des dépôts de garanties et des fonds de roulement à reconstituer, des travaux de réhabilitation et de remise aux normes estimés à 12,5 millions d’euros sur un parc assez vétuste.

    Une trentaine de contrats sont repris. Pas celui de la restauration collective conclu en 2024 avec la société marseillaise Ascent pour 5 ans, ce qui est « de nature à inquiéter tant ses prestations sont essentielles à la poursuite de l’activité », énonce le tribunal, qui prend acte toutefois d’échanges en cours entre les parties. L’ARS et le Départemental se sont engagés à procéder au transfert effectif des autorisations d’exploitation nécessaires au repreneur dans les 48 heures. La période d’observation a été prolongée jusqu’au 22 juillet 2026.

    Un « heureux dénouement » pour le CD 13

    « Je dirais ouf et enfin ! » réagit Jean-Marc Perrin (DVD), conseiller départemental, l’autorité de tutelle. « Nous sommes heureux et soulagés de ce dénouement. C’est la fin d’un long processus judiciaire qui évite une casse sociale terrible et la perte d’une capacité d’un millier de lits en grande majorité habilités à l’aide sociale », salue l’adjoint au bel âge, à l’archéologie et la paléontologie. « Nous avons travaillé main dans la main avec l’ARS pour éviter une catastrophe. Habitat et Humanisme sont de vrais pros compétents qui gèrent déjà 60 établissements, qui ont la fibre des bailleurs sociaux et de l’habitat inclusif. Quand j’entends que les anciens dirigeants de l’Entraide essayent de trouver des responsabilités chez les autres, je rappelle qu’en sortie du Covid et en plein scandale Orpea, et alors qu’ils commençaient à être dans le rouge, deux dirigeants se sont augmentés de presque 30% en 4 ans, alors, qu’ils balayent devant leur porte ! »

  • Festival féministe au Prolé, à Nîmes : « Battement d’elles », le programme complet

    Festival féministe au Prolé, à Nîmes : « Battement d’elles », le programme complet

    Du vendredi 6 au 28 mars, sous le titre « Battement d’elles », le festival, dont La Marseillaise est partenaire, propose des spectacles, des conférences, des expositions, des tables rondes, projection de film et bal. La journée internationale de lutte pour les droits des femmes donne lieu à une grande manifestation le samedi 7 mars dans les rues de Nîmes.

    Coup de projecteur sur l’affaire Pelicot

    Un reportage photographique et un récit graphique documentent des aspects différents de ce procès hors-norme, dit « des viols de Mazan », qui s’est tenu à Avignon en première instance puis à Nîmes en appel. Le festival féministe des Amie.s du Prolé met en lumière ces œuvres.

    L’une à Avignon lors du procès en première instance, l’autre à Nîmes lors de l’appel. L’une dans l’enceinte de la salle d’audience, l’autre à l’extérieur du tribunal. Les Gardoises Julie Emile-Fabre et Patricia Hamel ont toutes deux documenté l’affaire dite des viols de Mazan, au retentissement mondial. Elles participent au festival féministe des Ami.es du Prolé, où sont présentés leurs travaux respectifs : un récit graphique et un reportage photographique inscrit dans le cadre d’une exposition collective.

    Le jour de l’ouverture du festival, vendredi 6 mars, l’autrice Julie Emile-Fabre présente à 17h30, sur le stand de la librairie L’eau vive, son ouvrage Le procès, des violences intrafamiliales à l’affaire Pelicot, publié aux toutes jeunes éditions Morgen. Ce récit graphique, qui paraît le 4 mars, est la première œuvre artistique éditée de cette chercheuse et critique d’art. « Je me questionnais depuis longtemps sur la violence de genre, les violences intrafamiliales, les violences sexistes et sexuelles. » Le procès Pelicot, qui s’est ouvert le 2 septembre 2024 à Avignon, a été un déclic. « J’ai réalisé que le geste de Gisèle Pelicot d’ouvrir l’audience était un geste politique fort. Je me suis dit : il faut que j’y aille. »

    Julie Emile-Fabre, qui dessine depuis l’enfance, parvient à se faire accréditer comme dessinatrice d’audience. Elle s’immerge alors dans le procès, croquant « des portraits d’accusés, de gens de la cour, de Gisèle Pelicot… J’ai aussi pris des notes. J’ai fait une sorte de travail documentaire, tant par l’image que par le texte. Pour moi, c’était comme un terrain de recherche, ce procès ». Sans savoir, à ce moment-là, que cette matière nourrirait un récit graphique « dans lequel je fais des allers-retours entre l’intime et le collectif. Je mêle ma propre histoire, la manière dont j’ai vécu les violences de genre et les violences patriarcales depuis l’enfance, avec des moments du procès où je rapporte des témoignages d’accusés, des propos de témoins, des plaidoiries d’avocats… C’est une audience qui, parce qu’elle a été rendue publique, a permis à énormément de gens qui vivaient des choses de manière isolée de se retrouver et d’écouter ce que la justice allait faire de ces questions. »

    L’hommage en images aux soutiens de Gisèle Pelicot

    La photographe nîmoise Patricia Hamel a elle aussi perçu toute la portée de ce procès hors-norme. « L’ampleur du soutien à Gisèle Pelicot m’a énormément marquée au moment du procès d’Avignon. J’ai trouvé ça magnifique et très important. Je savais qu’il allait se passer le même genre de choses à Nîmes en appel. J’ai eu envie de le documenter », explique-t-elle. Dès l’ouverture du procès, le 6 octobre 2025, elle s’est donc postée aux abords du palais de justice, où se retrouvaient chaque jour nombre de collectifs féministes. « Il y avait bien sûr et avant tout cette idée de soutien collectif à Gisèle. D’ailleurs le titre de mon exposition : “Tu en touches une, on répond toutes”, emprunté à un slogan affiché sur une pancarte, l’illustre bien. Mais il y avait aussi une forte attente envers la justice », insiste Patricia Hamel. Une mobilisation qui s’adressait aussi « à tous les passants. Il y a eu de nombreux moments d’échanges avec des personnes lambda, qui revenaient le lendemain pour rejoindre le mouvement », témoigne la photographe.

    À travers la sélection d’images présentées jusqu’au 28 mars dans le cadre d’une exposition collective, Patricia Hamel se fait le relais de ces femmes et de leurs messages. « J’espère que l’intensité, l’énergie du moment et la détermination de ces femmes se percevra dans les photos et fera comprendre à quel point cette intention est positive et progressiste. » La photographe documentera également, sur un panneau composé d’une dizaine de photographies de plus petit format, le happening qui s’est déroulé devant le palais de justice de Nîmes autour du chant chorégraphié dénonçant les violences faites aux femmes « Un violador en tu camino », né au Chili et repris dans le monde entier. À noter que le vernissage de l’exposition, le 6 mars à 19h, se fait en présence des chorales « Les Simones » et « La chorale des luttes », toutes deux présentes en octobre 2025 devant le tribunal de Nîmes au moment du procès en appel dans l’affaire Pelicot…

    Programme

    Du 6 au 28 mars au Prolé

    Exposition collective avec : Mademoiselle a les nerfs (collages), Paillettes et Mimosa (gravures, masques). Patricia Hamel (photos « tu en touches une, on répond toutes, Nîmes, octobre 2025 »), Sylvie Vanston (photos, « femmes au travail dans le monde »). Entrée libre. 80, rue Jean-Reboul, Nîmes.

    Vendredi 6 mars au Prolé

    17h30, Julie Émile Fabre présente son livre Le procès, des violences intrafamiliales à l’affaire Pelicot. Stand de la librairie L’eau Vive.

    19h, vernissage de l’exposition collective avec la chorale « Les Simones » et la « Chorale des luttes ». Restauration assurée par le Secours Populaire.

    20h30, Soirée DJset (de table) avec DJ La Frange « Out of the kitchen ». Performance et dance floor. Entrée libre. 80, rue Jean-Reboul, Nîmes.

    Samedi 7 mars dans la rue

    Manifestation dans le cadre de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. En matinée, Jardins de La Fontaine.

    Samedi 7 mars au Spot

    18h, spectacle « Elles improvisent », avec huit improvisatrices. Au 8 Rue de l’Enclos Rey, Nîmes. 04.66.36.85.64. Réservations sur helloasso.com et le site du Spot. Tarif 8 euros. Recette au profit de Via Femina Fama.

    Jeudi 12 mars au lycée Daudet

    18h30, spectacle Silex. Conférence acrobatique sur la sexualité par la compagnie Sid. Dès 14 ans, Silex est une alternative démystifiante de croyances sexuelles et amoureuses. Réservation obligatoire sur helloasso. Entrée gratuite pour les adhérents 2026 des Ami.es du Prolé et les élèves du lycée Daudet. Autres : 5 euros.

    Samedi 14 mars au Prolé

    18h, contes au féminin par Teddie Allin et Claire Chevalier. Public : famille et à partir de 7 ans.

    16h, goûter avec crêpes. Entrée libre. 80, rue Jean-Reboul, Nîmes.

    Mardi 17 mars au Sémaphore

    18h15, projection du film Jane Austin a gâché ma vie de Laura Piani. En partenariat avec Les écrans britanniques et irlandais. 25 Rue Porte de France, Nîmes. 04.66.67.83.11.

    Samedi 21 mars au Prolé

    14h30, rencontre avec Violaine de Fillipis-Abate, autrice de La résistance écarlate : les femmes face au nouveau backlash ». 80, rue Reboul, Nîmes. Entrée libre.

  • Alpes-de-Haute-Provence : des personnes handicapées en vacances en Espagne

    Alpes-de-Haute-Provence : des personnes handicapées en vacances en Espagne

    Un groupe de 50 personnes des Alpes-de-Haute-Provence a pu partir en vacances, en Espagne, avec l’association Cœur Lavande, dont l’objectif est d’organiser des événements « rassemblant personnes handicapées et lambda pour sensibiliser à la différence », explique le président fondateur de l’association, Jean Tripodi.

    « Les personnes lambda se rendent compte que tout prend plus de temps quand on a un handicap, et cela permet d’avoir accès à la culture, au sport et aux loisirs pour tous », avance le président de Cœur Lavande, association basée à Digne-les-Bains qui organise également des trails, des courses et des défilés de mode autour des différences.

    « Dans la peau d’une personne handicapée »

    L’association est aussi à l’initiative d’une action nommée Handi’ville, qui consiste à se rendre dans différentes villes et villages du département et proposer aux habitants de les « mettre dans la peau d’une personne handicapée » en les asseyant dans des fauteuils roulants, en portant « des lunettes déformantes pour les malvoyants, des bandeaux pour les non-voyants et des casques pour les malentendants », détaille Jean Tripodi.

    Le groupe, en vacances à Barcelone, a notamment pu assister à un spectacle de flamenco, visiter une bodega, faire du shopping et participer à une dégustation de vin. « La différence est une force » est le slogan de l’association, qui organisait ce voyage pour la dixième année.

    Repas dans le noir chez Domitys le 27 mars à 19h pour se mettre dans la peau d’une personne non-voyante, sur inscription, 80 places disponibles, 22 euros.

  • [Entretien] Agnès Mellon et Chrystèle Bazin : « Les quartiers populaires sont de moins en moins populaires »

    [Entretien] Agnès Mellon et Chrystèle Bazin : « Les quartiers populaires sont de moins en moins populaires »

    Après leur exposition « La dent creuse, cartographie de la colère » inaugurée à la suite du drame de la rue d’Aubagne, la photographe Agnès Mellon et la journaliste Chrystèle Bazin présentent le livre Marseille, ce qu’il reste de la colère (éditions de l’Atelier). Touchées par les soulèvements populaires qu’avaient entraînés les effondrements d’immeubles insalubres, causant la mort de huit personnes, les deux artistes poursuivent leur réflexion sur les mécanismes à l’œuvre.

    La Marseillaise : Qu’y a-t-il de nouveau dans le livre, qui n’était pas dans l’exposition ?

    Chrystèle Bazin : Les photos sont celles de l’exposition et le texte est original. Les trois premiers chapitres reviennent sur le vécu du drame et des mobilisations. Le quatrième chapitre correspond à la création de l’expo. Ensuite, il y a le récit photographique d’Agnès. Puis ça raconte la suite de l’histoire : on passe sur l’après avec l’élection du Printemps marseillais, les victoires politiques, le procès. On a interviewé cinq militants pour créer un récit plus chorale. Martine Derain qui est éditrice. Marie Beschon, chercheure et anthropologue urbain. Kevin Bhema Vacher a été engagé en politique. Laura Spica, anthropologue. Et Karine Bonjour, qui est journaliste.

    Pourquoi avoir voulu revenir sur ces événements, sept ans après le drame ?

    C.B. : En 2024, on a réinstallé une partie de notre exposition « La dent creuse, cartographie de la colère » dans notre atelier Rafale, sur le cour Julien. On a rencontré Fabrice Denise, directeur du musée d’histoire de Marseille, et on a échangé sur la façon dont on construisait la mémoire collective. On s’est rendu compte que l’exposition, c’était ça : construire la mémoire de ce qui s’est passé et pourquoi ça s’est passé, pas juste de parler de l’effondrement. On s’est décidées à écrire le livre quand le procès est arrivé.

    Le livre parle aussi du logement ?

    C.B. : C’est une réflexion sur la manière dont on habite une ville, comment on la transforme. C’est vraiment faire un point d’étape en 2026, sept ans après le drame. On voulait revenir aux origines et même avant. Quand j’arrive à Marseille, il y a 10 ans, on habitait place Jean-Jaurès où un mur en béton avait été bâti. Le drame de la rue d’Aubagne arrive peu de temps après… Cette histoire fait vase communiquant entre le mur qui s’érige et celui qui s’effondre. Tout cela fait aussi parti de l’histoire qu’on raconte.

    Qu’est-ce qui vous a motivées ?

    Agnès Mellon : Quand on a un moyen d’expression, il faut l’utiliser. À ce moment-là, on avait ce média et ce pouvoir de faire continuer à parler de ce sujet et de sensibiliser peut-être une autre population. Au début, il y a le mur sur la Plaine, puis les effondrements rue d’Aubagne et la question s’est posée de prendre l’appareil photo. Je me suis dit : non, ce n’est pas ma place. Puis quand nous sommes allées sur les manifs en tant que Marseillaises, cela nous paraissait évident qu’il fallait faire quelque chose.

    En tant que militante ou artiste ?

    C.B. : On adopte une posture de citoyennes parce que nous ne sommes pas victimes. Le livre s’articule comme un double récit à la première personne parce qu’on ne voulait pas être surplombantes.

    A.M. : Dans l’exposition comme dans le livre, je voulais que les gens se baladent. Ce n’est pas juste « je leur donne et ils prennent ». Il y a des photos coupées et ce n’est pas pour rien, c’est pour déranger, pour faire réfléchir. Qu’est-ce qui est caché derrière une photo qui déborde, derrière ces fragments où on ne voit pas toute l’image ?

    La colère est au centre de votre œuvre. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ?

    C.B. : La colère s’est atténuée avec le départ de Gaudin, mais elle pourrait revenir facilement. Beaucoup de choses se sont passées depuis 2018. Et on se dit : oui, aujourd’hui, il y a de la réhabilitation. Mais les loyers ne sont plus ou très peu accessibles. Ce livre est aussi au sujet de la transformation de la ville et de la façon dont un quartier populaire peut rester populaire. Changement de municipalité ou pas, les quartiers populaires sont de moins en moins populaires.

    « Marseille, ce qu’il reste de la colère », aux Editions de l’Atelier, 190 pages, 22 euros.

  • Hôtel Belsunce à Marseille : fermeture suspendue en référé

    Hôtel Belsunce à Marseille : fermeture suspendue en référé

    Le tribunal administratif a suspendu l’arrêté préfectoral de fermeture administrative pris à l’encontre d’un hôtel du cours Belsunce. Cette sanction d’un mois faisait suite au contrôle effectué, le 18 décembre 2025, sur de nombreux hôtels du centre-ville. Une opération baptisée « Jumbo Hotels » lancée par la préfecture de police sur la salubrité, la sécurité et la recherche d’infractions.

    Le bilan communiqué alors était de six constats d’infraction de travail dissimulé, huit étrangers en situation irrégulière, quatre procédures au titre de la lutte contre l’habitat indigne.

    Lors de ce contrôle, un étranger sans-papiers, ni contrat de travail, se trouvait à l’accueil de l’Hôtel Belsunce, au 22 du cours. C’est l’un des 64 hôtels sous convention avec le SIAO 13, le service public d’hébergement d’urgence des familles précaires. L’activité représente 80% de son chiffre d’affaires. Le juge des référés a considéré que la preuve du travail dissimulé n’était pas rapportée. « C’est à la demande expresse du réceptionniste de nuit, en fin de service et en raison du retard de la salariée du matin, que la personne identifiée par les agents de police était présente à l’accueil de l’hôtel lors du contrôle. Cette seule présence, alors même qu’elle était propre à pallier l’absence d’un employé de l’établissement, n’est pas suffisante pour justifier par elle-même et à elle seule, de l’existence d’un travail subordonné, en l’absence de tout autre élément », tranche le juge des référés, selon qui cette fermeture porte « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés d’entreprendre et du commerce ». L’état devra verser 1 500 euros à l’hôtelier.

  • Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

    Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

    Considérés comme « racialement inférieurs », 500 000 Tsiganes ont été assassinés sous le IIIe Reich. Berlin a son mémorial depuis 2012. La Hongrie depuis 2014. En France, en dehors de quelques plaques sur certains camps, seul un monument, œuvre du sculpteur Serge Carvalho installée en 2016 à Saint-Sixte dans le Lot-et-Garonne, commémore ces victimes de la barbarie nazie. Mais « il n’existe aucune stèle spécifiquement dédiée au génocide », déplore Sacha Zanko, délégué national au Forum européen des Roms et des Gens du voyage.

    Samudaripen ou Porajmos, en langue rom. Resté dans les oubliettes de l’Histoire durant 80 ans, le fait historique est désormais établi : il y a eu un génocide perpétré par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. « Rom, Gitan, Manouche, Sinti, Yéniche, Bohémien, Gens du voyage, quel que soit son nom », c’est tout un peuple qui a été ciblé qualifié de « nomade, vagabond, asocial », rappelle Sacha Zanko. « Il y a 15 ans, le 2 février 2011, précisément, le Parlement européen officialisait enfin cette reconnaissance », complète Michel Ficetola, président de Massaliote Culture. Mais pour les deux associatifs, il manque une pierre à l’édifice.

    Une histoire marseillaise

    De 1933 à 1936, des Roms sont internés dans les camps de concentration de Dachau et Buchenwald pour « insociabilité ». Au total, ils seront 500 000 à être exterminés, « dont 150 000 à 200 000 enfants », souligne Michel Ficetola. « Plus que n’importe quel autre peuple, ils ont dû servir de cobayes pour les expérimentations scientifiques », témoigne, dans Les Cahiers du Rhône de 1946, la résistante Germaine Tillion. Déportée au camp de Ravensbrück, elle évoque sa « pitié profonde » pour les femmes : « À Ravensbrück, les stérilisations furent pratiquées sur les Tsiganes, y compris sur les petites filles. » Et on trouvera dans le procès de Nuremberg les plus abjectes et inhumaines descriptions des crimes médicaux que le SS Josef Mengele leur a réservé, dans le Zigeunelager d’Auschwitz-Birkenau, qu’il avait spécialement conçu pour les familles roms et sintés.

    Une histoire dont un pan est aussi marseillais et que Michel Ficetola s’est évertué à faire émerger des archives et de l’oubli. Le régime de Vichy « interdit la circulation du Tsigane assimilé à un étranger, un ennemi, et en 1940 les camps d’internement commence à se remplir en France. Il y en aura 27. » L’Association nationale des Gens du voyage et citoyens en dénombre quant à elle une quarantaine. « La préfecture des Bouches-du-Rhône apporte sa contribution à la déportation des Tsiganes en Allemagne, en pointant les vagabonds », indique Michel Ficetola, un communiqué à l’appui. À Marseille, autour du Vieux-Port, la « Petite Naples », où les Tsiganes exercent toute sorte de petits métiers par intermittence, est la cible de la police de Vichy, qui y organise une rafle avant de dynamiter le quartier. « Parmi les 2 440 déportés à la suite de l’opération Sultan, les Juifs ont été acheminés via Drancy en Pologne, à Sobibor, et les chrétiens et les Tsiganes transportés via Compiègne en Allemagne, au camp de Sachsenhausen », relève Michel Ficetola.

    « Une histoire méconnue », regrette Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, qui a donné son aval le 22 août 2024, confirmé le 21 janvier 2026, aux deux associations pour l’installation d’une stèle commémorative au carré 8 du cimetière Saint-Pierre. La place est réservée, la stèle est taillée et gravée dans du marbre de comblanchien. Il ne reste qu’à prendre date pour son installation officielle et solennelle. Un geste important « pour fédérer ce peuple et lutter contre les discriminations, qui persistent, comme la proposition de loi contre les installations illicites », soulignent les deux militants.

  • L’hommage républicain à Missak Manouchian

    L’hommage républicain à Missak Manouchian

    Portée par des associations d’anciens combattants, le Mouvement Missak Manouchian, l’UCFAF et les Scouts arméniens apostoliques de France, la cérémonie commémorait le 82e anniversaire de l’exécution du groupe Manouchian en 1944, mais aussi du second anniversaire de l’entrée au Panthéon de Missak Manouchian et de Mélinée accompagnés de la mémoire de l’ensemble des 22 martyrs de l’Affiche rouge fusillés par les nazis, y compris Olga Bancic, guillotinée à Stuttgart en mai 1944.

    Prenant la parole pour tous devant de nombreux élus locaux du spectre républicain et en présence du consul général d’Arménie Ara Mkrtchian, Simon Azilazian du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCOAF) a dit combien ce jardin inauguré en 1984 où trône le buste de Manouchian depuis 2010 rappelle que « l’histoire de la France s’est aussi écrite grâce à ces exilés venus de différents horizons ». « Survivant du génocide des Arméniens, Missak Manouchian était un travailleur, un poète qui avait connu le déracinement et le deuil ». Face au nazisme et à la collaboration de Vichy, il a choisi la résistance avec les FTP-MOI. « Le groupe Manouchian rassemblait des femmes et des hommes venus de toute l’Europe. Leur diversité était leur force. Ils puisaient à la fois dans leurs cultures d’origine et dans l’héritage universaliste de la Révolution française. Pour eux, la Marseillaise était un hymne national autant qu’un chant universel de liberté ».

    Puis l’œuvre de transmission de la mémoire s’est faite avec Hélène Gazarian, une jeune danseuse qui a rendu un hommage remarqué à Missak Manouchian, « ce héros qui n’était pas français et pourtant qui a choisi la France. Il a choisi ses valeurs comme il a choisi la résistance ». « On voulait faire taire leurs noms, faire peur aux vivants. Mais on n’éteint pas une idée en tuant des hommes innocents », a dit cette membre de la Jeunesse arménienne de France qui s’emploie à « faire vivre notre culture et à garder la mémoire qui brille comme un rayon de soleil. La jeunesse arménienne de France porte ses valeurs ».

    « Certains tentent

    de réhabiliter Pétain »

    Une chorale a interprété le Chant des Partisans puis des gerbes ont été déposées par les représentants des collectivités et des associations. Interrogé par La Marseillaise, le maire Benoit Payan a confié que cette cérémonie revêtait une dimension différente cette année. « On assiste à une telle inversion des valeurs dans ce pays. Manouchian a été un antifasciste qui s’est battu et qui est mort sur le poteau d’exécution pour des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, contre le joug de Pétain et ses séides quand certains tentent de le réhabiliter ou d’en être l’héritier ou simplement de ne pas savoir qui c’est ». D’ajouter : « A Marseille, ça nous fait du bien de nous rappeler où on se situe et qui on est. Et l’Affiche rouge avec ces apatrides de tous les pays qui se sont battus pour une certaine idée de la liberté et qui en sont morts nous rappelle que le prix du sang ne peut pas être oublié, ni avec le temps, ni avec les absences de mémoire, ni avec les petits arrangements avec l’histoire. On ne s’arrange pas avec le régime nazi ».

  • Cette petite épicerie qui« fait revivre le village de Peyruis »

    Cette petite épicerie qui« fait revivre le village de Peyruis »

    C’est le poumon du village, ils le font revivre ! », s’exclame un client en rentrant dans la seule épicerie du village de Peyruis, près des Mées. Parfois, ils sont jusqu’à une dizaine d’habitants à s’y retrouver pour discuter et boire le café le matin. Dans cette commune vidée de ses commerces, qui ne compte plus un seul café, le gérant de l’épicerie, Arnaud Chaumond, 33 ans, ancien éducateur en foyer, a voulu remettre de la vie. Il connaît par cœur les habitués du commerce, les salue tous par leur prénom et adapte ses produits en fonction de leurs souhaits, sur commande. « On peut prévoir des jours où les bananes arrivent vertes, je vais organiser ça pour toi», lance-t-il à Rose, retraitée, qui lui dit les préférer de cette couleur. « C’est mon petit fils adoptif, comme je n’ai pas de petits enfants », explique-t-elle.

    Arnaud Chaumond a stoppé sa carrière dans le médico-social à l’âge de 23 ans: « il n’y avait plus de moyens, ça me faisait mal au ventre. J’ai voulu lier ma passion pour le social avec cette nouvelle vie de commerçant, garder cette proximité avec les gens», confie-t-il. Une autre thématique qui lui tient à cœur est celle des agriculteurs, « laissés pour compte». C’est pour cela qu’il a décidé de les mettre en avant dans son épicerie, en proposant les produits d’une douzaine de producteurs locaux, dans un rayon de 15 kilomètres autour du village. « Peyruis a perdu 80% de ses commerces en 4 ans. Le bar a fermé, l’un des deux restaurants et le tabac aussi», regrette-t-il. Son projet est d’ailleurs de racheter ce tabac. « Je veux juste faire revivre le village !», s’exclame-t-il.

    « Faire vivre les petits producteurs locaux »

    Le gérant vient également de lancer un service de livraison, notamment pour les personnes en perte de mobilité. Il livre lui-même, aux horaires de fermeture de l’épicerie, entre 13 et 16 heures. « ça me fait plaisir parce que ça me permet d’aller au plus près des gens», détaille-t-il. Arnaud Chaumond veut également faire baisser les prix, actuellement plus élevés qu’en grande surface, en faisant appel à un nouveau grossiste. « J’attaque ce problème de prix à bras le corps, il est hors de question que les clients paient trop cher !», affirme-t-il.

    Tous les soirs, le jeune gérant « pianote sur internet à la recherche de nouveaux produits originaux» pour répondre aux demandes des clients, adolescents comme retraités. «Deux baguettes de pain comme tous les jours ?», « Petite mine, ça va ?», «A demain !», lance-t-il à un client âgé. «C’est ce que j’adore ici, cet échange. Les clients sont à l’aise et osent nous dire ce qu’ils veulent.» Dans les prochains jours, Arnaud Chaumond va notamment proposer aux habitants de Peyruis «un plateau de dégustation avec des fromages et des yaourts de la ferme». Il veut ainsi «montrer qu’on peut bien manger avec des produits de qualité à moins de 15 kilomètres de chez soi», avec l’idée de «faire vivre les petits producteurs dans la tourmente qu’ils subissent».

    Dans ses étales, le commerçant vend des fromages de vache frais, des pommes Golden, des pommes de terre, des baguettes de pain, des yaourts aux marrons d’agriculteurs locaux, mais aussi des produits de base, des pâtes, des boîtes de conserve ou encore des surgelés. Né à Martigues, Arnaud Chaumond a ensuite grandi à Fos, puis s’est installé dans les Alpes-de-Haute-Provence pour suivre une formation à Seyne-les-Alpes.

  • Un bus pour assurer le suivi médical des tout-petits à La Roque-d’Anthéron

    Un bus pour assurer le suivi médical des tout-petits à La Roque-d’Anthéron

    Dans une salle d’attente improvisée dans l’une des pièces d’accueil de la mairie, des jouets pour enfants trônent au sol. Des mères patientent avec leurs petits. Parmi elles, une maman redirigée par la Chaumière, foyer d’hébergement d’urgence et de réinsertion sociale, attend avec ses enfants de 2 et 3 ans : « D’ici, les PMI sont trop loin. »

    Ce mardi, l’un des deux bus de la Protection maternelle infantile (PMI) du Département vient de s’installer sur le parvis de l’hôtel de ville. Ce bus, sorte de cabinet médical amovible, est habilité à accueillir les enfants de 0 à 6 ans et à leur offrir un suivi médical dans des communes parfois éloignées des services pédiatriques. Objectif, « lutter concrètement contre les déserts médicaux », rappelle le Département, qui a lancé le dispositif en septembre 2025.

    Tout au long de la journée, les consultations, ouvertes à tous, s’enchaînent. Ici, on propose des « consultations pour faire le suivi médical des enfants, le suivi des cours de croissance, l’éveil, le langage, la propreté, toutes les questions autour de la parentalité également. On oriente vers des spécialistes lorsqu’il y en a le besoin », explique l’une des puéricultrices. Le bus revient une matinée par mois, pour assurer un suivi régulier auprès des familles. « Ici, il y a exactement tout ce que l’on peut retrouver dans un cabinet médical, explique Gaëlle Jeanjean, infirmière puéricultrice. Sur La Roque, nous avons beaucoup de familles qui ne sont pas véhiculées. La PMI est sur Aix. C’est un accueil de proximité qui est apprécié par les usagers. »

    Autre avantage, « aucun frais n’est avancé par les parents », assure le docteur Lucile Moreau. Pour ce dispositif, le Département a bénéficié d’aides de l’ARS et le Fonds d’intervention régional (FIR), à hauteur d’1,2 million d’euros.