Tag: science

  • [Tribune] Abeilles et pollinisateurs : un enjeu majeur pour la région Paca

    [Tribune] Abeilles et pollinisateurs : un enjeu majeur pour la région Paca

    Le 7 avril 2026, la France accueillera à Lyon un sommet « One Health* », consacré à l’interdépendance entre santé humaine, animale et environnementale. Ce rendez-vous d’action ne peut ignorer un enjeu majeur pour notre territoire méditerranéen : la protection des pollinisateurs.

    La région Provence-Alpes-Côte d’Azur occupe une place majeure dans l’apiculture française. Elle accueille plusieurs milliers d’apiculteurs, professionnels et amateurs, et se caractérise par une forte diversité florale à l’origine de productions de miels reconnues. L’agriculture régionale – arboriculture fruitière, cultures maraîchères, semences, plantes à parfum, aromatiques et médicinales (lavande, thym, romarin…) – dépend largement de la pollinisation animale.

    Les abeilles domestiques, les bourdons d’élevage et les pollinisateurs sauvages assurent la reproduction de nombreuses plantes cultivées et sauvages. À l’échelle mondiale, 60 à 80% des cultures dépendent au moins partiellement de la pollinisation animale, représentant environ 35% de la production alimentaire. La pollinisation conditionne également la biodiversité végétale et, indirectement, la biodiversité animale.

    Pourtant, les constats scientifiques sont préoccupants. Ce service écosystémique** essentiel est aujourd’hui fragilisé. En Europe, les populations d’insectes déclinent fortement. En Paca comme ailleurs, certaines zones agricoles voient leurs paysages se simplifier, les ressources florales se raréfier et l’exposition aux pesticides persister. Le changement climatique accentue encore ces pressions, avec des étés plus chauds et plus secs.

    Notre région illustre aussi un paradoxe bien connu : des milieux naturels (garrigues, maquis, forêts…) en apparence riches peuvent manquer de ressources sur la durée. Après des floraisons printanières intenses mais brèves, les périodes estivales peuvent devenir critiques pour les pollinisateurs, soumis à un véritable stress alimentaire voire hydrique.

    Les abeilles sont également de précieuses sentinelles de l’environnement. En butinant, elles révèlent la présence de polluants dans leur environnement, faisant de la ruche un outil de surveillance à la fois agricole, écologique et sanitaire. Les informations données par les analyses des produits de la ruche sont essentielles dans le cadre d’une politique de santé publique efficace.

    Aujourd’hui, le diagnostic scientifique est posé. L’enjeu est maintenant d’agir. Cela suppose de mieux accompagner la santé des colonies, de faire évoluer les pratiques agricoles, de restaurer des paysages riches en ressources florales tout au long de l’année et d’intégrer pleinement tous les pollinisateurs dans les politiques publiques.

    Cela implique des choix concrets mais aussi concertés entre les collectivités locales – communes, intercommunalités, départements et Région – en matière d’aménagement, de gestion des espaces publics et de soutien aux apiculteurs et agriculteurs, afin de faire des pollinisateurs une priorité territoriale et non une variable d’ajustement.

    En Paca, la protection des pollinisateurs n’est pas une question secondaire. Elle conditionne la résilience de nos territoires, l’avenir de notre agriculture et, à terme, notre propre santé. Les solutions existent. Il appartient désormais aux décideurs de les mettre en œuvre.

    *Une Seule Santé

    ** Un service écosystémique désigne l’ensemble des bénéfices que les êtres humains et autres êtres vivants tirent des écosystèmes, directement ou indirectement.

  • [Entretien] « Le risque qu’un astéroïde impacte la Terre est faible, mais pas nul »

    [Entretien] « Le risque qu’un astéroïde impacte la Terre est faible, mais pas nul »

    La Marseillaise : La défense planétaire, qui consiste à étudier les objets géocroiseurs – dont l’orbite croise celle de la Terre – et à préparer des moyens de les dévier, est-il un sujet sérieux ?

    Patrick Michel : C’est très sérieux ! Les États-Unis ont été les premiers à considérer ce risque, dès 1998. Et cela se développe ces dernières années : plusieurs missions ont été lancées ou sont en cours de préparation. L’Agence spatiale japonaise a créé un groupe de défense planétaire en 2024 et monte une mission : Destiny+. La Chine en prévoit une pour 2029. L’Italie est très motrice. L’Allemagne y vient aussi. En France, le sujet a longtemps été ignoré, mais cela change.

    Arriverait-on à dévier un astéroïde qui se dirigerait vers la Terre ?

    P.M. : Nous le pensons. Tout est une question de timing : il faut le détecter suffisamment tôt car, avec les techniques envisagées, la déviation est lente. La mission américaine Dart a testé l’envoi d’une sonde à haute vitesse pour impacter un astéroïde et le détourner. Nous savons que sa trajectoire a changé. La mission Hera observera les détails de ce résultat cette année. D’autres solutions sont étudiées : le faisceau d’ions, le tracteur gravitationnel voire l’explosion d’une bombe nucléaire – qui serait utilisée en dernier recours.

    Quelle est l’ampleur du risque ?

    P.M. : Il est faible, rassurons-nous, mais pas nul. Cela arrivera sur le long terme. Alors autant se préparer tout de suite pour les générations futures. D’autant que cela semble à notre portée avec des moyens et des efforts raisonnables.

  • Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    À cinq cent mètres du bistrot du village, se trouvait l’accès à l’ancien poste de conduite de tir n°1 des missiles stratégiques de la force de frappe, là où entre 1971 et 1996 se sont succédés 182 officiers, des binômes aguerris, cloîtrés H24 dans une capsule blindée enfoncée à 1,7 km du sas d’entrée et à 500 mètres sous la montagne. Recevant l’ordre présidentiel irrévocable, ils devaient activer le tir simultané des 18 missiles de plus d’un mégatonne enterrés dans des silos sur le plateau d’Albion. Le poste de tir de Rustrel avait son jumeau à 30 km à Reilhannette (Drome) où deux autres officiers contrôlaient 9 autres missiles. Ce PC n°2 a lui été intégralement démantelé.

    En 1963, le conseil de défense décide d’investir le plateau d’Albion, plus sûr géologiquement que le plateau de Valensole. La cité Saint-Michel de 874 logements à Apt pour accueillir les militaires et leur famille. On aménage des routes adaptées aux convois de missiles. En 1968, plus de 1 000 ouvriers s’activent pour extraire 74 000m3 de roches et couler 40 000m3 de béton armé. La forteresse inexpugnable comprend sa propre centrale électrique, ses circuits d’aération, des galeries à angle droit pour casser le souffle d’une bombe ennemie, des puits de gaz brûlés, des tunnels et des puits d’évacuation de 1,6km, des trappes piégées et la fameuse capsule. On construit la base aérienne de Saint-Christol où 2 000 personnes vont, les installations de transmissions du Mont Ventoux, de la montagne de Lure et du Luberon. Le 1er Groupement de missiles stratégiques s’installe. Mais c’est à la gendarmerie qu’est confié le boîtier de contrôle gouvernemental des ogives, la surveillance des sites, l’escorte des convois et des équipages d’officiers de tir.

    « Pendant cinq ans, j’ai eu la responsabilité du tir de 9 missiles », nous avait confié en 2006 Jean-Louis Cahu, qui a été un très jeune officier de tir de 1979 à 1984. À 22 ans, il avait sous sa responsabilité des vecteurs de 96 fois la puissance de la bombe A qui a rasé Hiroshima le 6 août 1945 tuant instantanément 70 000 personnes. Sa désertion le 11 novembre 1984 a été un coup de tonnerre. À 26 ans, au terme d’une prise de conscience personnelle, il médiatisait son refus de tourner la clé.

    Des simulations d’incidents nucléaires

    Son quotidien était de surveiller les missiles dans les silos, de faire des exercices de mise sous tension. « J’avais la commande de tous les outils d’action mécanique sur les missiles. Chaque action, quelle que soit la commande qui visait à interagir avec le missile, ne se faisait jamais à la légère car nous agissions sur des “engins vivants”. Nous simulions des incidents nucléaires en vitesse accélérée pour voir en situation de stress maximal jusqu’où l’officier pouvait aller. » Des simulations qui n’étaient pas un jeu mettaient les nerfs de ces officiers à rude épreuve, précisément pour les filtrer. « Certains ont craqué à quelques secondes du tir. Dans les périodes de tensions internationales, on a eu des moments chauds à l’intérieur de la capsule. On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes qu’à ce poste. Je suis la démonstration que lorsqu’on ne croit plus à la dissuasion nucléaire, on ne peut plus tenir ce poste », avait-il confié à La Marseillaise. À ses procès il avait revendiqué un droit à l’objection permanente.

    L’ordre présidentiel devait leur parvenir par des canaux de transmissions durcis et redondants. « Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelait les “hommes du Président”. Ma seule autorité, c’était le Président, le Premier ministre et le ministre de la Défense. Il n’y avait pas plus secret que ce poste de tir », disait l’ancien officier toujours astreint au silence.

    En février 1996, Jacques Chirac a signé la fin d’Albion. La dernière ogive a quitté le plateau le 26 février 1998. La science est descendue aux abris et des silos ont été recyclés en déchetterie, en plateforme d’observation astronomique. On peut même boire des canons au Bistrot de Lagarde sur un ancien silo. Sur le plateau, la Légion étrangère protège désormais les « grandes oreilles » d’une station d‘écoute de la DGSE car la « grande muette » est tout sauf sourde.

    Lire : [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    « On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes »

  • [Science] Au Maroc, des fossiles éclairent une période clé de notre évolution

    [Science] Au Maroc, des fossiles éclairent une période clé de notre évolution

    Mais quel âge ont-ils ? Le doute a longtemps subsisté. « Nous avons essayé plusieurs méthodes qui donnaient des résultats contradictoires », raconte le chercheur. Jusqu’à la parution d’un article qu’il a cosigné début janvier dans la revue Nature. « Cette fois le doute n’est plus permis », assure-t-il. Ils ont 773 000 ans.

    Ancêtre de « Sapiens »

    Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe a fait appel à des géophysiciens de l’Université de Milan (Italie), experts en paléomagnétisme. C’est-à-dire l’histoire de l’orientation du champ magnétique terrestre qui change parfois d’orientation et laisse des traces dans les sédiments. « Il faut des conditions particulières pour pouvoir utiliser cette méthode », précise David Lefèvre. Notamment d’épaisses couches de sédiments qui couvrent de longues périodes pendant lesquelles ont eu lieu des inversions de polarité. « Ces conditions étaient réunies sur le site, ajoute le chercheur. Et la chance que nous avons eue est que les fossiles se situaient pile dans une couche qui a enregistré une inversion de polarité bien connue et bien datée. » L’inversion de « Matuyama-Brunhes » qui s’est produite il y a environ 773 000 ans.

    Et cet âge est particulièrement intéressant. « Nous avons très peu de fossiles entre 500 000 ans et 1 million d’années en Afrique. Or c’est dans cet intervalle que les paléogénéticiens estiment que la divergence entre la lignée africaine d’Homo sapiens et les lignés eurasiatiques de Néandertal et de Denisova aurait pu avoir lieu », indique David Lefèvre. Autrement dit, ces fossiles représentent une forme évoluée d’Homo erectus ancêtre de la lignée qui a conduit à Homo sapiens. « Ces résultats confortent l’hypothèse de l’origine africaine d’Homo sapiens », conclut le chercheur. Et ajoutent une pièce au puzzle de l’évolution humaine que les paléoanthropologues cherchent à compléter pour retracer l’histoire jusqu’au plus ancien représentant connu d’Homo sapiens, vieux de 315 000 ans et découvert, lui aussi, au Maroc.

    Xavier Boivinet

  • [Entretien] Éric Berton : « Nos étudiants peuvent se réorienter, c’est ça le service public »

    [Entretien] Éric Berton : « Nos étudiants peuvent se réorienter, c’est ça le service public »

    La Marseillaise : Ce salon est organisé à quelques jours de l’ouverture de Parcoursup. Quel regard portez-vous sur ce système où un algorithme décide de l’avenir des lycéens ?

    Éric Berton : C’est un système qui a le mérite d’exister, qui s’améliore chaque année. Mais c’est vrai que l’on retrouve souvent des parents et des étudiants qui se posent des questions, que cela angoisse un peu. Et certaines formations, privées en particulier, en profitent pour se vendre avec des produits… Pas toujours vendables.

    Dans ce contexte concurrentiel, comment défendez-vous l’université ?

    E.B. : Nous, nous sommes l’université de toutes les jeunesses et on revendique le fait d’accueillir le maximum d’étudiants. On est la plus grande université en termes de nombre avec 82 000 étudiants, 12 000 étrangers. On revendique le fait de donner l’accès à l’éducation, à l’enseignement supérieur, au plus grand nombre. Le but, c’est de faire réussir l’ensemble de nos étudiants, de leur trouver un avenir et au-delà de ça, d’en faire des citoyens éclairés qui peuvent réfléchir par eux-mêmes, qui sont curieux. On ne les enferme pas dans des cases, des castes. Ils peuvent changer de parcours, on a une certaine fluidité. Et nos étudiants ont le droit de se tromper, ils peuvent se réorienter. C’est ça, le service public.

    Qu’est-ce qui fait la différence avec les autres formations proposées ?

    E.B. : Justement cet état d’esprit, mais aussi la qualité de cette formation par rapport à d’autres, même s’il existe des écoles privées de qualité évidemment. Nous, nous pouvons aussi dire que nous sommes évalués, renouvelés. Nous avons un contrat avec l’État. Nous sommes accrédités. C’est ça aussi ce qui fait la force de notre université et de nos formations.

    À raison de 175 euros l’année en licence, 230 en master, les frais de scolarité sont relativement accessibles pour AMU. De quels moyens disposez-vous ?

    E.B. : Actuellement, c’est vrai que nous sommes dans un flou budgétaire, comme toute la fonction publique. Et c’est vrai que je revendique depuis longtemps un accroissement du soutien financier de l’État à l’enseignement supérieur et à la Recherche. C’est nous qui formons toutes les jeunesses et un pays doit investir dans sa jeunesse. C’est son avenir. Tous les conflits que nous vivons actuellement sont la conséquence d’un sous-investissement dans l’enseignement supérieur et la Recherche. Quand on enseigne, quand on cherche, on apprend à connaître l’autre, à ne plus en avoir peur. C’est ça, l’université. Elle est liée à la démocratie. Elles doivent prendre soin l’une de l’autre. On a besoin vraiment que la France, pays de liberté, de culture, réinvestisse dans sa jeunesse. Un pays qui ne le fait pas est un pays qui va dans le mur.

    Ce modèle français, vous l’avez également défendu avec le programme « Safe Place For Science », qui permet d’accueillir des chercheurs américains s’estimant menacés dans leur liberté académique par la politique de Donald Trump. Où en est-on ?

    E.B. : Ils arrivent et vont arriver tout au long de l’année. Même si certains sont déjà sur place, on leur laisse le temps. D’autres publient déjà sous notre nom. On ne les presse pas. Il y a des contingences matérielles avec des enfants encore à scolariser ou des parents dont il faut s’occuper. Cela se passe plutôt bien, ils ont l’impression ou le sentiment d’être chanceux par rapport à ceux que l’on n’a pas accueillis, ressentent parfois de la culpabilité. Là, pour le coup, l’État nous a beaucoup aidés. Avec 30 personnes au total, 20 sur le programme Amu « Safe place for Science » et 11 sur le programme « Choose France », c’est nous qui avons le plus de lauréats au niveau national. Il faut dire aussi que nous avons bien préparé leur venue. Ils arrivent aussi avec leurs étudiants et cela nous amène beaucoup d’échanges et de culture. C’est également l’occasion de montrer que notre modèle universitaire doit être préservé. Et je vous avoue que dans le cadre des prochaines élections… Je ne voudrais pas qu’ils aient fui Trump pour se retrouver dans un système similaire.

  • Avec le projet « Immersion », l’atelier mécanique de La Seyne va connaître un second souffle

    Avec le projet « Immersion », l’atelier mécanique de La Seyne va connaître un second souffle

    C’était déjà dans les tuyaux depuis quelques mois, mais la municipalité ne voulait pas communiquer tant que tout n’était pas ficelé. C’est désormais entériné : après l’abandon de plusieurs projets, un espace mêlant activités culturelles, scientifiques, et loisirs, va investir les lieux d’ici décembre 2030. « C’est la concrétisation d’un projet qui tient à cœur aux Seynois, mais pas seulement car il présente un intérêt au-delà de la commune », se félicite Joseph Minniti (LR), le maire de la Seyne. Baptisé « Immersion », il sera porté par un groupement composé de 18 promoteurs, financeurs, architectes, bureaux d’études et partenaires. C’est la SAGEM qui, en sa qualité de mandataire, conduira le projet, qui devrait coûter 100 millions d’euros, uniquement financés par des investisseurs privés.

    Musée, hôtel, pôle d’innovations…

    Le projet se décompose en trois parties. Tout d’abord, un musée immersif de 3 400m² consacré aux enjeux environnementaux et climatiques de la Méditerranée, qui proposera, à l’aide de technologies de pointe, un parcours interactif autour des technologies de la mer et un espace dédié à la mémoire industrielle des chantiers navals. « L’ambition est de proposer une expérience extraordinaire qui fera se déplacer le public », explique Cyprien Fonvielle, représentant l’association Neede, partenaire pour la partie muséale.

    La seconde partie sera consacrée à un pôle d’innovations de 8 000m² composé d’un campus de recherche des métiers de la mer et de la transition écologique, d’un centre international de formations, d’un incubateur de startups, ou encore de bureaux et d’un fablab. Enfin, un espace d’événements, de vie et de services avec des espaces publics (jardin, hall, théâtre de la mer), un auditorium, un hôtel 4 étoiles de 3 400m², un restaurant de 500m² avec un roof-top, et un espace bien-être (spa public) de 800m², complètera cet ensemble.

    Après les différentes concertations, études d’impact et de risques, le permis de construire devrait être déposé d’ici décembre 2026. D’autres procédures administratives s’ensuivront, portant le début des travaux à décembre 2028. La Ville et le groupement porteur du projet espèrent ainsi 200 000 visiteurs annuels, pour des retombées comprises entre 3,5 et 4 millions d’euros.

  • Avec les reptiles, un pas de plus vers l’origine du sommeil

    Avec les reptiles, un pas de plus vers l’origine du sommeil

    C’est un rythme cérébral qui était connu pendant le sommeil des humains et des souris : toutes les cinquante secondes environ, l’activité électrique des neurones marque un maximum. Mais personne ne l’avait encore observé chez les reptiles. C’est maintenant chose faite. Et pour sept espèces de lézards et un oiseau. Fruit de dix années de travail, ces résultats sont parus dans Nature neuroscience. « C’est intéressant de l’observer chez des reptiles car il s’agit d’espèces génétiquement éloignées des mammifères, souligne Paul-Antoine Libourel, chercheur CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier et dernier auteur de l’étude. Ce rythme, dit “ultra-lent”, semble donc être une propriété ancestrale et fondamentale partagée par toutes ces espèces. » Une propriété héritée de leur ancêtre commun qui a vécu il y a 300 millions d’années.

    Ces résultats confirment et complètent ce qu’esquissait déjà une étude de 2016 chez une espèce de lézard : le dragon barbu. « Les auteurs interprétaient cette oscillation comme une alternance entre deux états de sommeil ressemblant à du sommeil profond et du sommeil paradoxal, indique Paul-Antoine Libourel. Nous n’étions pas convaincus. Notre étude rapproche plutôt cela du rythme ultra-lent qui commence à être bien documenté chez les mammifères. »

    Cette oscillation de l’activité électrique des neurones pendant le sommeil est dite « ultra-lente » car sa période est plus longue que celle des oscillations les plus lentes déjà connues lors du sommeil profond des mammifères : les ondes « delta », qui atteignent un maximum chaque seconde environ. Chez les mammifères et les pigeons, les oscillations ultra-lentes atteignent un maximum toutes les cinquante secondes environ. Chez les reptiles, c’est toutes les cent secondes.

    Nettoyage ou défense ?

    En parallèle de l’activité électrique des neurones, d’autres paramètres physiologiques ont été enregistrés pendant le sommeil : respiration, rythme cardiaque, mouvements des yeux, activités musculaire et vasculaire-cérébrale. Et surprise : tout oscille en phase, avec cette même période d’environ cent secondes. Même la luminosité de la peau chez le caméléon.

    Pourquoi l’évolution aurait-elle conservé ce rythme chez toutes ces espèces si éloignées. Pour faciliter l’élimination des déchets métaboliques dans le cerveau pendant le sommeil ? C’est une hypothèse. « Cela fonctionnerait comme une pompe », illustre Paul-Antoine Libourel. D’autres pensent que cela permettrait d’assurer un certain niveau d’attention lors du sommeil profond. « Il a été observé que ce rythme était en phase avec des libérations de noradrénaline – un neurotransmetteur lié à la vigilance », précise le chercheur. Comme un mécanisme de défense pour ne pas trop baisser la garde face à d’éventuels prédateurs pendant le sommeil – qui reste une activité risquée. Mais cela est à confirmer.

  • Ces chercheurs américains qui ont fui Trump pour l’Occitanie

    Ces chercheurs américains qui ont fui Trump pour l’Occitanie

    Elle se réjouit d’avoir atterri sous le soleil de la Méditerranée. Pleuni Pennings est une chercheuse américaine spécialisée en bio-informatique et en Intelligence artificielle appliquée à la santé. Ancienne professeure à l’Université d’État de San Francisco, elle s’est installée à Montpellier avec sa famille en octobre, contrainte par la politique répressive menée par la seconde administration Trump contre la recherche scientifique. Elle prend la forme de coupes budgétaires, de licenciements massifs et de la censure de certains sujets dans les travaux (réchauffement climatique, biodiversité, questions de genre, etc.).

    Deux millions d’euros mobilisés par la Région

    Pleuni Pennings n’est pas la seule à avoir fait ce choix. Quatorze autres chercheurs ont choisi l’Occitanie face à la politique du président américain. Ils devraient tous s’y installer d’ici fin 2026, principalement à Montpellier et Toulouse grâce à une opération de soutien menée par la Région Occitanie.

    L’institution a, en effet, mobilisé deux millions d’euros pour participer à la prise en charge des salaires et à l’acquisition du matériel nécessaire à ces chercheurs. Cet investissement est la suite logique du plan « Choose France for Science » lancé par l’État en mai 2025 par lequel le pays s’engageait pour l’accueil des chercheurs internationaux.

    Pour l’heure, Pleuni Pennings a signé un contrat de trois ans à l’Université de Montpellier et a entamé sa collaboration avec l’Isem, l’Institut des sciences de l’évolution. Sur son blog, elle se dit « profondément en colère et attristée de voir Trump détruire la science américaine ». « Obtenir des financements de recherche était déjà difficile avant Trump, mais cela semble désormais impossible. À Montpellier, je suis dans un environnement de recherche exceptionnel, avec des personnes qui partagent mes centres d’intérêt. »

  • « Le moustique tigre est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite »

    « Le moustique tigre est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite »

    Claire Teillet : Nous savons qu’elle joue un rôle mais il y a encore beaucoup à comprendre sur ces interactions et les implications en matière de santé publique. Le mâle a besoin de la végétation pour se nourrir du nectar des plantes. Et la femelle –qui nous pique pour obtenir les protéines nécessaires à ses œufs– en a aussi besoin pour se nourrir et se mettre à l’abri pendant les périodes de repos. La végétation apporte de l’humidité et de la fraîcheur qui conservent l’eau. Et la femelle peut y pondre ses œufs.

    Il lui faut vraiment de l’eau stagnante ?

    C.T. : Oui, car après l’éclosion de l’œuf -pondu sur les rebords asséchés du récipient et immergé quand l’eau monte avec la pluie ou l’arrosage-, la larve se développe dans l’eau puis se transforme en nymphe. Ces stades ont besoin d’eau pour exister. Mais des œufs peuvent rester même si l’eau s’évapore. Ils entrent dans une sorte de dormance –la diapause– pour passer l’hiver. Quand l’eau revient et que les conditions sont plus propices –comme au printemps-, ils peuvent éclore.

    Chasser l’eau stagnante est donc crucial pour limiter la présence du moustique tigre, en été, et le risque de transmission de maladies ?

    C.T. : Oui, et notamment dans nos espaces privés qui sont les zones produisant souvent le plus de moustiques tigres. Ils peuvent pondre dans n’importe quel objet pouvant retenir de l’eau. C’est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite.

  • [Science] La lutte contre le moustique tigre prend de la hauteur

    [Science] La lutte contre le moustique tigre prend de la hauteur

    Originaire du Sud-Est asiatique, le moustique tigre est vecteur de maladies comme la dengue, chikungunya ou Zika. Arrivé en France métropolitaine en 2004, il a aujourd’hui colonisé presque tous les départements. Il ne provoque pas encore d’épidémies récurrentes dans l’Hexagone, mais les cas autochtones se multiplient. « Il est important de s’attaquer au problème avant que des épidémies ne surviennent régulièrement », insiste Claire Teillet.

    Quartiers résidentiels

    L’étude montre que la végétation augmente la probabilité de trouver des larves dans les chambres télécoms et collecteurs d’eau pluviale à proximité. « Une densité de végétation très élevée semble toutefois diminuer la probabilité de présence », note la chercheuse. De plus, la végétation associée à des structures urbaines influence cette probabilité de présence : « Elle est plus forte dans des environnements organisés autour d’objets urbains et de zones végétalisées, ainsi qu’à proximité de grands espaces verts », précise-t-elle. Autrement dit, dans des quartiers résidentiels composés d’habitations avec jardin et de parcs.

    Les images satellites ont été associées à des modèles de distribution d’espèces. Des données recueillies sur le terrain par l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen ont permis d’identifier des gîtes larvaires privilégiés pour calibrer les modèles et pouvoir prédire la probabilité d’en trouver ailleurs. « Ce n’est pas la première fois que l’imagerie satellitaire est utilisée pour mener ce type d’étude, précise Claire Teillet. Mais nous avons utilisé une méthode particulière permettant d’extraire de l’information quant à l’arrangement spatial des éléments dans une image. »

    La chercheuse voit dans cet outil un moyen d’identifier les zones prioritaires à inspecter dans l’espace public. « C’est maintenant aux politiques et aux acteurs en charge de la lutte de s’en emparer », pointe-t-elle, rappelant que les principaux gîtes larvaires ne sont pas dans l’espace public mais privé – dans les coupelles et autres récipients dans les jardins.