Tag: science

  • Avec le projet « Immersion », l’atelier mécanique de La Seyne va connaître un second souffle

    Avec le projet « Immersion », l’atelier mécanique de La Seyne va connaître un second souffle

    C’était déjà dans les tuyaux depuis quelques mois, mais la municipalité ne voulait pas communiquer tant que tout n’était pas ficelé. C’est désormais entériné : après l’abandon de plusieurs projets, un espace mêlant activités culturelles, scientifiques, et loisirs, va investir les lieux d’ici décembre 2030. « C’est la concrétisation d’un projet qui tient à cœur aux Seynois, mais pas seulement car il présente un intérêt au-delà de la commune », se félicite Joseph Minniti (LR), le maire de la Seyne. Baptisé « Immersion », il sera porté par un groupement composé de 18 promoteurs, financeurs, architectes, bureaux d’études et partenaires. C’est la SAGEM qui, en sa qualité de mandataire, conduira le projet, qui devrait coûter 100 millions d’euros, uniquement financés par des investisseurs privés.

    Musée, hôtel, pôle d’innovations…

    Le projet se décompose en trois parties. Tout d’abord, un musée immersif de 3 400m² consacré aux enjeux environnementaux et climatiques de la Méditerranée, qui proposera, à l’aide de technologies de pointe, un parcours interactif autour des technologies de la mer et un espace dédié à la mémoire industrielle des chantiers navals. « L’ambition est de proposer une expérience extraordinaire qui fera se déplacer le public », explique Cyprien Fonvielle, représentant l’association Neede, partenaire pour la partie muséale.

    La seconde partie sera consacrée à un pôle d’innovations de 8 000m² composé d’un campus de recherche des métiers de la mer et de la transition écologique, d’un centre international de formations, d’un incubateur de startups, ou encore de bureaux et d’un fablab. Enfin, un espace d’événements, de vie et de services avec des espaces publics (jardin, hall, théâtre de la mer), un auditorium, un hôtel 4 étoiles de 3 400m², un restaurant de 500m² avec un roof-top, et un espace bien-être (spa public) de 800m², complètera cet ensemble.

    Après les différentes concertations, études d’impact et de risques, le permis de construire devrait être déposé d’ici décembre 2026. D’autres procédures administratives s’ensuivront, portant le début des travaux à décembre 2028. La Ville et le groupement porteur du projet espèrent ainsi 200 000 visiteurs annuels, pour des retombées comprises entre 3,5 et 4 millions d’euros.

  • Avec les reptiles, un pas de plus vers l’origine du sommeil

    Avec les reptiles, un pas de plus vers l’origine du sommeil

    C’est un rythme cérébral qui était connu pendant le sommeil des humains et des souris : toutes les cinquante secondes environ, l’activité électrique des neurones marque un maximum. Mais personne ne l’avait encore observé chez les reptiles. C’est maintenant chose faite. Et pour sept espèces de lézards et un oiseau. Fruit de dix années de travail, ces résultats sont parus dans Nature neuroscience. « C’est intéressant de l’observer chez des reptiles car il s’agit d’espèces génétiquement éloignées des mammifères, souligne Paul-Antoine Libourel, chercheur CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier et dernier auteur de l’étude. Ce rythme, dit “ultra-lent”, semble donc être une propriété ancestrale et fondamentale partagée par toutes ces espèces. » Une propriété héritée de leur ancêtre commun qui a vécu il y a 300 millions d’années.

    Ces résultats confirment et complètent ce qu’esquissait déjà une étude de 2016 chez une espèce de lézard : le dragon barbu. « Les auteurs interprétaient cette oscillation comme une alternance entre deux états de sommeil ressemblant à du sommeil profond et du sommeil paradoxal, indique Paul-Antoine Libourel. Nous n’étions pas convaincus. Notre étude rapproche plutôt cela du rythme ultra-lent qui commence à être bien documenté chez les mammifères. »

    Cette oscillation de l’activité électrique des neurones pendant le sommeil est dite « ultra-lente » car sa période est plus longue que celle des oscillations les plus lentes déjà connues lors du sommeil profond des mammifères : les ondes « delta », qui atteignent un maximum chaque seconde environ. Chez les mammifères et les pigeons, les oscillations ultra-lentes atteignent un maximum toutes les cinquante secondes environ. Chez les reptiles, c’est toutes les cent secondes.

    Nettoyage ou défense ?

    En parallèle de l’activité électrique des neurones, d’autres paramètres physiologiques ont été enregistrés pendant le sommeil : respiration, rythme cardiaque, mouvements des yeux, activités musculaire et vasculaire-cérébrale. Et surprise : tout oscille en phase, avec cette même période d’environ cent secondes. Même la luminosité de la peau chez le caméléon.

    Pourquoi l’évolution aurait-elle conservé ce rythme chez toutes ces espèces si éloignées. Pour faciliter l’élimination des déchets métaboliques dans le cerveau pendant le sommeil ? C’est une hypothèse. « Cela fonctionnerait comme une pompe », illustre Paul-Antoine Libourel. D’autres pensent que cela permettrait d’assurer un certain niveau d’attention lors du sommeil profond. « Il a été observé que ce rythme était en phase avec des libérations de noradrénaline – un neurotransmetteur lié à la vigilance », précise le chercheur. Comme un mécanisme de défense pour ne pas trop baisser la garde face à d’éventuels prédateurs pendant le sommeil – qui reste une activité risquée. Mais cela est à confirmer.

  • Ces chercheurs américains qui ont fui Trump pour l’Occitanie

    Ces chercheurs américains qui ont fui Trump pour l’Occitanie

    Elle se réjouit d’avoir atterri sous le soleil de la Méditerranée. Pleuni Pennings est une chercheuse américaine spécialisée en bio-informatique et en Intelligence artificielle appliquée à la santé. Ancienne professeure à l’Université d’État de San Francisco, elle s’est installée à Montpellier avec sa famille en octobre, contrainte par la politique répressive menée par la seconde administration Trump contre la recherche scientifique. Elle prend la forme de coupes budgétaires, de licenciements massifs et de la censure de certains sujets dans les travaux (réchauffement climatique, biodiversité, questions de genre, etc.).

    Deux millions d’euros mobilisés par la Région

    Pleuni Pennings n’est pas la seule à avoir fait ce choix. Quatorze autres chercheurs ont choisi l’Occitanie face à la politique du président américain. Ils devraient tous s’y installer d’ici fin 2026, principalement à Montpellier et Toulouse grâce à une opération de soutien menée par la Région Occitanie.

    L’institution a, en effet, mobilisé deux millions d’euros pour participer à la prise en charge des salaires et à l’acquisition du matériel nécessaire à ces chercheurs. Cet investissement est la suite logique du plan « Choose France for Science » lancé par l’État en mai 2025 par lequel le pays s’engageait pour l’accueil des chercheurs internationaux.

    Pour l’heure, Pleuni Pennings a signé un contrat de trois ans à l’Université de Montpellier et a entamé sa collaboration avec l’Isem, l’Institut des sciences de l’évolution. Sur son blog, elle se dit « profondément en colère et attristée de voir Trump détruire la science américaine ». « Obtenir des financements de recherche était déjà difficile avant Trump, mais cela semble désormais impossible. À Montpellier, je suis dans un environnement de recherche exceptionnel, avec des personnes qui partagent mes centres d’intérêt. »

  • « Le moustique tigre est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite »

    « Le moustique tigre est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite »

    Claire Teillet : Nous savons qu’elle joue un rôle mais il y a encore beaucoup à comprendre sur ces interactions et les implications en matière de santé publique. Le mâle a besoin de la végétation pour se nourrir du nectar des plantes. Et la femelle –qui nous pique pour obtenir les protéines nécessaires à ses œufs– en a aussi besoin pour se nourrir et se mettre à l’abri pendant les périodes de repos. La végétation apporte de l’humidité et de la fraîcheur qui conservent l’eau. Et la femelle peut y pondre ses œufs.

    Il lui faut vraiment de l’eau stagnante ?

    C.T. : Oui, car après l’éclosion de l’œuf -pondu sur les rebords asséchés du récipient et immergé quand l’eau monte avec la pluie ou l’arrosage-, la larve se développe dans l’eau puis se transforme en nymphe. Ces stades ont besoin d’eau pour exister. Mais des œufs peuvent rester même si l’eau s’évapore. Ils entrent dans une sorte de dormance –la diapause– pour passer l’hiver. Quand l’eau revient et que les conditions sont plus propices –comme au printemps-, ils peuvent éclore.

    Chasser l’eau stagnante est donc crucial pour limiter la présence du moustique tigre, en été, et le risque de transmission de maladies ?

    C.T. : Oui, et notamment dans nos espaces privés qui sont les zones produisant souvent le plus de moustiques tigres. Ils peuvent pondre dans n’importe quel objet pouvant retenir de l’eau. C’est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite.

  • [Science] La lutte contre le moustique tigre prend de la hauteur

    [Science] La lutte contre le moustique tigre prend de la hauteur

    Originaire du Sud-Est asiatique, le moustique tigre est vecteur de maladies comme la dengue, chikungunya ou Zika. Arrivé en France métropolitaine en 2004, il a aujourd’hui colonisé presque tous les départements. Il ne provoque pas encore d’épidémies récurrentes dans l’Hexagone, mais les cas autochtones se multiplient. « Il est important de s’attaquer au problème avant que des épidémies ne surviennent régulièrement », insiste Claire Teillet.

    Quartiers résidentiels

    L’étude montre que la végétation augmente la probabilité de trouver des larves dans les chambres télécoms et collecteurs d’eau pluviale à proximité. « Une densité de végétation très élevée semble toutefois diminuer la probabilité de présence », note la chercheuse. De plus, la végétation associée à des structures urbaines influence cette probabilité de présence : « Elle est plus forte dans des environnements organisés autour d’objets urbains et de zones végétalisées, ainsi qu’à proximité de grands espaces verts », précise-t-elle. Autrement dit, dans des quartiers résidentiels composés d’habitations avec jardin et de parcs.

    Les images satellites ont été associées à des modèles de distribution d’espèces. Des données recueillies sur le terrain par l’Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen ont permis d’identifier des gîtes larvaires privilégiés pour calibrer les modèles et pouvoir prédire la probabilité d’en trouver ailleurs. « Ce n’est pas la première fois que l’imagerie satellitaire est utilisée pour mener ce type d’étude, précise Claire Teillet. Mais nous avons utilisé une méthode particulière permettant d’extraire de l’information quant à l’arrangement spatial des éléments dans une image. »

    La chercheuse voit dans cet outil un moyen d’identifier les zones prioritaires à inspecter dans l’espace public. « C’est maintenant aux politiques et aux acteurs en charge de la lutte de s’en emparer », pointe-t-elle, rappelant que les principaux gîtes larvaires ne sont pas dans l’espace public mais privé – dans les coupelles et autres récipients dans les jardins.

  • Cinq chercheuses victimes des coupes de Trump accueillies en Occitanie

    Cinq chercheuses victimes des coupes de Trump accueillies en Occitanie

    « Je suis tellement en colère et triste que Trump détruise la science américaine. Je pense que peu de gens pourront partir, mais beaucoup de ceux qui auraient émigré aux États-Unis ne le feront pas. Parallèlement, les programmes qui encouragent les talents locaux sont supprimés, car Trump n’est pas seulement contre l’immigration et la science, mais aussi contre l’enseignement supérieur en général. La science, la technologie et la santé en pâtiront », écrit sur son blog Pleuni Pennings, qui vient de commencer une nouvelle vie en France.

    Professeure en écologie, spécialiste de la bio-informatique et de l’IA appliquée à la santé, la chercheuse, qui étudie la résistance des microbes et virus aux traitements (sida, paludisme, E.coli), a quitté l’Université de San Francisco pour rejoindre, le 1er octobre, l’Université de Montpellier, avec laquelle elle a signé un contrat de trois ans. « Je vais travailler sur mon sujet de recherche préféré (l’évolution de la résistance aux médicaments) à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier. Cet hiver, je vais postuler au CNRS dans l’espoir qu’ils m’accordent un poste de chercheuse permanente dans le même institut », se réjouit-elle.

    « Grâce à Trump, mon département a perdu les subventions de formation du NIH qui soutenaient les étudiants de mon laboratoire depuis dix ans. Et s’il était déjà difficile d’obtenir des fonds pour la recherche avant Trump, cela semble désormais impossible », assure-t-elle. Le fait que son « travail déjà stressant à San Francisco le devienne encore plus en raison du programme anti-DEI (diversité, équité et inclusion) et anti-science de Trump », a poussé Pleuni Pennings, confie-t-elle toujours dans son blog, à saisir la main tendue par l’Université de Montpellier.

    Dans le cadre des programmes « Choose Montpellier » et « Toulouse Safe Place for Science », les universités des deux principales villes occitanes ont en effet lancé des appels à candidatures via leurs réseaux et partenaires pour accueillir une quinzaine de chercheurs basés aux États-Unis. Dès le mois de mai, la Région Occitanie s’est engagée à leurs côtés en mobilisant une aide de 2 millions d’euros, « pour notamment participer à la prise en charge de leurs salaires, aux recrutements ou à l’acquisition d’équipements ».

    « L’esprit de résistance et de solidarité scientifique »

    Car les effets du second mandat de Donald Trump se font déjà sentir outre-Atlantique, en particulier auprès de la communauté scientifique et des universités américaines qui subissent de plein fouet les coupes budgétaires et l’arrêt des financements. « Ce sont environ 6 000 suppressions de postes qui sont intervenues, touchant des domaines stratégiques comme le climat, la préservation de la biodiversité, la santé et les maladies émergentes, ou encore les sciences sociales », souligne la Région. Outre Pleuni Pennings à Montpellier, quatre autres chercheuses en provenance des États-Unis rejoindront l’Université de Toulouse d’ici l’été prochain : Ankita Jha, chercheuse en biologie cellulaire, Cecily Sunday, ingénieure mécanicienne et docteure en astrophysique, Alexandra E. Hui, historienne des sciences, du son et de l’environnement et Caroline Sequin, historienne, spécialiste de l’histoire sociale et politique de la France et de l’Empire.

    « En choisissant de poursuivre leurs travaux en Occitanie, elles incarnent l’esprit de résistance et de solidarité scientifique que nous défendons. Leurs compétences viendront renforcer nos dynamiques dans des domaines stratégiques : lutte contre le changement climatique, énergies renouvelables, santé et maladies émergentes, sciences humaines et sociales… L’Occitanie se place à l’avant-garde de la défense des libertés académiques et de la coopération scientifique internationale », estime la présidente socialiste de la Région, Carole Delga.

  • Un rapport pour faire bouger la France et augmenter la performance

    Un rapport pour faire bouger la France et augmenter la performance

    Faire de la France une nation active et sportive et mettre la science au service de la performance et de l’activité sportive. Ce sont les deux axes mis en avant par le rapport « Science et sport », réalisé par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Cette étude de 219 pages a été portée par le sénateur de l’Essonne, David Ros (PS). Devant la presse, il a détaillé le contenu de ce compte-rendu lors d’un monologue de 40 minutes.

    « Après les Jeux olympiques de Paris, il y avait une volonté de faire ce rapport, qui a finalement été lancé en mars. Plus de 100 personnes ont été interviewées et une cinquantaine de fédérations nationales sont concernées », explique celui qui est au Sénat depuis deux ans. Ces JO 2024 ont également été une étape importante pour que la France revoit la place des sciences et de la technologie dans le sport. Au total, 11 projets de recherche ont été lancés en compagnie de 21 fédérations.

    L’étude « Science et sport » évoque notamment l’impact sur la pratique des sciences et technologies à travers différents sujets. Par exemple, les matériaux, la détection des potentiels chez les jeunes (âge biologique, capacités physiologiques) ou encore la préparation des athlètes ou la lutte contre le dopage. David Ros, rapporteur du projet, pointe du doigt le manque d’activité des Français. Un chiffre est révélateur : « Seulement 11% des hommes et 10% des femmes sont actifs et non-sédentaires. Les personnes dites actives ont une espérance de vie en bonne santé qui s’allonge de 7 à 10 ans, ce qui est considérable. »

    Dix recommandations pour progresser

    En conclusion, l’OPECST formule dix recommandations à travers les deux axes évoqués. Six concernent la pratique du haut niveau : renforcer l’expertise des fédérations et les moyens de l’Insep et de l’Agence national du sport, réglementer la préparation mentale dans le sport, charger l’ANS de représenter les fédérations dans les relations avec les fournisseurs de données. Quatre autres sont « grand public », avec notamment l’envie de redonner sens à l’activité physique au quotidien et à tout âge. Ces différents sujets devraient maintenant passer de ministère en ministère, pour mettre en place des mesures concrètes en faveur de la santé des Français et des athlètes de haut niveau aux six coins de l’Hexagone.

  • « Faire équipe avec la nature pour dessiner le futur »

    « Faire équipe avec la nature pour dessiner le futur »

    Initié par Alain Renaudin, fondateur de Biomim’expo, « l’appel du Pharo » a été dévoilé sous la forme d’une tribune collective intitulée « Faire équipe avec la nature pour dessiner le futur ».

    « Hubert Reeves nous alertait déjà en nous disant que nous menions une guerre contre la nature, et que si nous la gagnions, nous étions foutus ! Oui ! Nous n’avons aucune victoire à espérer à détruire le vivant, mais beaucoup à gagner à l’écouter et à le reconstruire, pour notre propre santé et futur d’humanité », débute le texte, qui considère que « demain a déjà démarré, nos écosystèmes regorgent de solutions, de connaissances scientifiques, d’innovations, d’expérimentations qui font leurs preuves sur le terrain et révèlent que d’autres champs du possible existent. Notre enjeu n’est pas toujours de faire du neuf, c’est aussi de faire grandir ce qui est déjà là ».

    Biodiversité et climat

    « La vie est géniale et puissante. Avec ses 3,8 milliards d’années d’expérience et d’évolution, elle est économe en énergie, en ressources, elle travaille en circuits courts, elle ne standardise pas pour être toujours la mieux adaptée localement, elle ne produit pas de déchets et de pollutions, elle privilégie la coopération et les bénéfices symbiotiques. La vie est le cahier des charges et le mode d’emploi de notre futur », s’enthousiasme l’appel du Pharo en avançant l’idée d’une « grande coalition entre biodiversité et climat ».

    Le texte appelle ainsi regarder la biodiversité comme « une solution » au problème du changement climatique car c’est la vie qui stocke du carbone. Il propose en ce sens d’aligner « les budgets biodiversité à hauteur des budgets carbone ».

  • [Entretien] Pr Yehezkel Ben-Ari : « L’autisme est un trouble multifactoriel »

    [Entretien] Pr Yehezkel Ben-Ari : « L’autisme est un trouble multifactoriel »

    L’intégralité des bénéfices de la soirée* sera reversée à des associations locales œuvrant auprès d’enfants autistes. L’autisme, ou plus précisément les « troubles du spectre autistique (TSA) », se caractérise principalement par une altération des interactions sociales et de la communication, ainsi que par des intérêts restreints et répétitifs.

    La Marseillaise : En quoi les mille premiers jours de l’enfant sont-ils cruciaux dans l’apparition ou non de troubles liés à l’autisme

    Pr Yehezkel Ben-Ari : L’autisme naît pendant la grossesse. Une des thèses que je défends depuis dix-sept ans, qui est je crois très importante pour comprendre les traitements de ce qu’est l’autisme, est que les maladies qui naissent in utero sont des maladies dans lesquelles la séquence maturative du développement du cerveau se dérègle. Les neurones restent à l’état immature. C’est comme les pommiers qui gardent des pommes immatures. Ce sont ces neurones qui, pour moi, sont la cause de la maladie. Je l’ai prouvé. C’est pour ça que j’ai eu le Grand Prix Inserm, en 2009.

    Avez-vous identifié ce qui conduit ces neurones à dysfonctionner ?

    Pr Y.B.-A. : L’essentiel de mon intervention, vendredi à l’Eden, sera là-dessus. Dans une étude récemment publiée dans le Journal of Medical Genetics, Etienne E. Dachin, chercheur, et moi-même démontrons que les facteurs environnementaux in utero, comme le stress maternel, les infections, les inflammations prénatales, les signaux hormonaux, l’exposition à des substances toxiques comme les pesticides influencent directement le développement cérébral du fœtus et favorisent l’apparition des Troubles du spectre autistique (TSA). La maternité est vraiment le gros point fragile et l’essentiel du message que je vais essayer de faire passer vendredi, c’est que le petit cerveau in utero n’est pas un petit cerveau adulte, il a ses propres propriétés, ses propres mécanismes. Donc il faut une pharmacopée spéciale pour lui.

    En quoi votre approche renouvelle-t-elle la compréhension des troubles autistiques ?

    Pr Y.B.-A. : En France, deux thèses ont dominé. La première, défendue par Bruno Bettelheim [1903-1990, psychanalyste américain d’origine autrichienne, Ndlr.] était que les mères étaient responsables de l’autisme car elles n’aimaient pas leurs enfants. Des psychanalystes en France continuent à défendre une thèse aussi idiote. Non, mesdames, vous n’êtes pas responsables. La deuxième thèse, à l’exact opposé, dit que tout est génétique et donc, mesdames, vous n’êtes pas responsables. Le problème est que les deux sont fausses. La génétique est largement dépassée. Pour moi, il est temps de considérer l’autisme comme un trouble multifactoriel, nécessitant une approche interdisciplinaire et un suivi attentif des facteurs environnementaux dès la grossesse. Les résultats de nos recherches mettent également en évidence les limites des outils génomiques, incapables de prédire efficacement ou de traiter les TSA. Ces découvertes ouvrent la voie à une nouvelle vision de l’autisme, centrée sur la prévention et l’intervention précoce.

    * Vendredi à 18h30 au cinéma Eden-Théâtre, 25 boulevard Georges-Clemenceau, à La Ciotat. Tarif unique : 10 euros. Conférence suivie d’une dédicace du livre de l’auteur.

  • Débat autour du centre de primatologie de Rousset

    Débat autour du centre de primatologie de Rousset

    La concertation publique sur le projet d’extension du centre national de primatologie (CNP) se poursuit. Une table ronde s’est tenue ce samedi après-midi au sein du site marseillais du CNRS (9e). Les chercheurs ont ainsi tenté de répondre aux questions de ceux qui s’y opposent.

    C’est la station déjà existante de Rousset, implantée en 1978, qui a été choisie pour ce projet. Quelque 300 primates y sont déjà accueillis, le but est d’étendre la capacité jusqu’à 1 800 animaux. « On a une équipe sur place d’animaliers qui sont spécialisés dans le soin aux primates et de vétérinaires qui travaillent à plein temps pour le suivi médical de ces animaux », explique Alexia Cermolacce, vétérinaire et directrice de la station de primatologie de Rousset. Selon les graphiques présentés au public, les critères et exigences au sein du CNP seront même supérieurs au cadre réglementaire européen. Les primates ne souffriront pas de « stress lié au transport aérien », étant donné que l’élevage sera local et pourront bénéficier de socialisation.

    Alors, pourquoi les primates ? Les exemples sont nombreux, Emmanuel Procyk, directeur de recherches au CNRS détaille leurs spécificités s’agissant du système nerveux. « Les primates ont évolué et ont un cortex frontal qui est spécifique et qu’on ne retrouve pas chez d’autres espèces. C’est une structure qui participe à la prise de décision et au comportement de résolutions de problèmes », indique-t-il avant de préciser : « C’est une structure très fragile qui est impliquée dans quasiment toutes les maladies psychiatriques et peut nous aider à comprendre comment y remédier. » Puis, il rappelle le rôle de ces primates dans la production des vaccins pour la polio, la fièvre jaune et pour le Covid-19.

    « Où ça va s’arrêter ? »

    Lors des sessions de questions / réponses, de nombreux défenseurs de la cause animale ont exprimé leurs inquiétudes. « C’est frappant de voir que le Royaume-Uni et l’Allemagne ont commencé leur baisse il y a trois ans et la France est restée au même niveau », proteste Roland Cash, médecin vice-président de l’association Transcience. « Où ça va s’arrêter ? », questionne un participant dans l’audience. « Pourquoi ne pas utiliser de l’intelligence artificielle ? », demande une internaute. À plusieurs reprises, les chercheurs ont rappelé que lorsqu’il est possible, d’autres alternatives sont privilégiées.*

    Le coût total du projet est estimé à 31 millions d’euros. La concertation, initiée par le CNRS, est prévue pour durer un mois, jusqu’au 16 novembre. Deux réunions publiques sont organisées les 5 et 13 novembre, après une visite de la station de primatologie fixée au 4.

    * La totalité des échanges et du projet est disponible sur www.cnrs-concertation-cnp.fr

    CHIFFRES

    1 800

    C’est le nombre de primates qui devraient être élevés et hébergés au sein de ce centre – en majorité des macaques cynomolgus – dont la superficie est estimée à quelque 6 033 m2 en surface de plancher. Actuellement peut accueillir 600 primates.

    80

    C’est le nombre de professionnels qui exerceront au sein du site de Rousset, dédiés exclusivement à ces animaux et à leur bien-être.

    31

    En millions, c’est le montant de ce site au total. En détail, 30 millions d’euros proviennent de l’Agence nationale de la recherche (ANR) à travers le plan France 2030 et le million d’euros restant émane des fonds propres du CNRS.