Tag: science

  • Expansion de l’Univers : si la réponse se cachait dans le vide ?

    Expansion de l’Univers : si la réponse se cachait dans le vide ?

    Les vides cosmiques sont des régions du ciel qu’on ne regardait même pas. Et pour cause : il n’y a rien à voir, ou presque. « Ce sont des régions sous-denses », insiste Alice Pisani, chercheuse CNRS en cosmologie au Centre de physique des particules de Marseille (CPPM). C’est-à-dire qu’il y a très peu de galaxies. Sur les cartes du ciel, ces vides apparaissent comme de vastes espaces sombres entre les structures brillantes que forment les galaxies. Mais depuis quelques années, l’intérêt grandit autour de ces espaces auparavant négligés : « Il y a finalement beaucoup d’information à en tirer, souligne Alice Pisani, qui publie un article compilant ce qui est connu sur ces objets dans The Astronomy and Astrophysics Review. De nouveaux outils permettent d’en observer de plus en plus et nous font entrer dans un âge d’or des vides cosmiques. »

    Les cosmologistes les voient comme des objets pouvant leur apporter des réponses au sujet de l’« énergie noire ». Cette énergie qui leur échappe, dont ils ne comprennent ni la nature ni l’origine, mais dont ils sont bien obligés de constater l’existence. « Elle a été introduite pour expliquer l’expansion accélérée de l’Univers », rappelle Alice Pisani. Car notre Univers s’agrandit. À grande échelle, les galaxies s’éloignent les unes des autres. Et de plus en plus vite. Pourtant, la force de gravitation –qui fait que des objets massifs s’attirent– devrait les rapprocher. C’est donc qu’il existe une composante mystérieuse qui les repousse. « Ses effets sont plus visibles dans les vides cosmiques, où il y a peu de matière », explique la chercheuse.

    Cartes de vides

    Alors on observe la forme des vides, leur taille et leur évolution dans le temps. « Cela permet d’estimer la quantité d’énergie noire, indique Alice Pisani. S’il y en a plus qu’estimé, les vides cosmiques seraient plus déformés qu’attendu. »

    Depuis quelques années, de nouveaux télescopes (Euclid, Desi) cartographient le ciel
    –ou sont sur le point de commencer avec l’Observatoire Vera C. Rubin– et observent de plus en plus de vides. « Ce n’est pas évident car ce sont des régions vastes, souligne Alice Pisani. En 2014, nous n’en avions observé que quelques centaines. Aujourd’hui, nous en avons des dizaines de milliers et nous en aurons encore plus demain. » De quoi faire des statistiques de plus en plus précises. « Nous avons également progressé sur la théorie et les modèles pour étudier ces objets », ajoute-t-elle.

    À Marseille, les chercheurs et chercheuses du CPPM ont accès aux données de ces trois nouveaux télescopes. « C’est une force de notre laboratoire », se félicite Alice Pisani. Et la dizaine de spécialistes s’activent pour cartographier les nouveaux vides. « Nous avons déjà des premiers catalogues qui devraient être publiés dans les prochaines années », glisse-t-elle. Pour enfin comprendre cette mystérieuse énergie noire ?

  • L’association Surfrider a ramassé des kilos de déchets

    L’association Surfrider a ramassé des kilos de déchets

    Quand on aime la nature, plus que quiconque, on tient à la préserver. Surfrider, association fondée en 1990 par des surfeurs amoureux de l’océan, en a fait son credo. Engagée dans la lutte contre la pollution par les déchets (particulièrement plastiques), la préservation des écosystèmes aquatiques, et la gestion des risques côtiers face au changement climatique, elle s’emploie à travers différents moyens d’action (science participative, lobbying, art, éducation, etc.), mais aussi la participation citoyenne.

    Projet Retrace ! : une collecte à but scientifique

    C’est à ce titre que Surfrider a lancé le projet « Retrace ! », qui vise à fédérer des acteurs locaux (associations, structures éducatives, citoyens, etc.) autour de campagnes de ramassage de déchets. Derrière l’objectif de dépollution d’espaces naturels, celui de retracer la provenance des déchets, analysés et catégorisés puis intégrés dans une base de données, les transformant ainsi en informations stratégiques pour comprendre les mécanismes des pollutions et les localiser. Cela, pour pouvoir « alimenter nos plaidoyers politiques et exiger des actions concrètes pour préserver nos océans », soutient l’association.

    Samedi, environ 120 personnes ont ainsi participé à deux collectes organisées au mont Faron (en partenariat avec l’association des Chercheurs en herbe) et à la plage de la Gorguette à Sanary. Des dizaines de kilos de déchets ont été ramassés. Certains (mégots, canettes, bouchons) seront par ailleurs recyclés et revalorisés par des associations partenaires. De nouvelles actions se tiendront bientôt dans le département, notamment le 2 mai à la Seyne et le 30 mai près de l’Eygoutier, dans le quartier de la Rode à Toulon.

  • À Toulon, un système d’alarme conçu pour aider les urgences

    À Toulon, un système d’alarme conçu pour aider les urgences

    Aider à la prise de décision en établissement des priorités de prise en charge.

    C’est l’objectif du projet « Guardian » que présente le Docteur Quentin, anesthésiste-réanimateur, à l’Hôpital national d’instruction des armées à Sainte-Anne de Toulon. Sous forme de capteurs, cet outil permet d’avertir les médecins des urgences graves. L’IA intervient pour identifier les urgences sous forme de tableau. Les médecins connaîtront ensuite les patients prioritaires.

    Ces progrès scientifiques et informatiques révèlent un point. L’intelligence artificielle est une vraie révolution dans le secteur médical. « Elle pourrait avoir un réel impact dans la prise en charge », déclare le Dr Quentin, lors de son allocution. Dans des contextes de haute intensité où la communication est difficile, l’apport de l’IA est un véritable « plus ». L’intervention va bien au-delà de la gestion des urgences pour intervenir en dans des scénarios de crise sanitaire aiguë. Le gardian Opex a d’ailleurs été présenté par l’équipe de l’hôpital militaire lors du dernier Forum innovation défense, car il est tout indiqué pour « le triage des blessés » dans une zone de conflit.

    Situation de saturation

    Lors de ce débat, Marc Fournier, coordinateur médical du Samu 83, en charge de l’accès aux soins considère qu’« avoir un outil comme cette IA pour maintenir nos compétences, c’est assez important, c’est une chose qui est même excellente », assure-t-il. « On a monté le projet Guardian pour optimiser la prise en charge de patients graves, multiples et évolutifs dans un contexte de saturation », conclut le médecin militaire.

  • [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    La Marseillaise : Vous participez à la mission Martian Moons Exploration (MMX) qui devrait partir cette année. Quel est l’objectif ?

    Harrison Agrusa : Le but principal est d’étudier comment se sont formées les deux lunes de Mars : Phobos et Déimos. Elles restent très peu explorées. Certaines missions martiennes sont passées à proximité et ont offert de belles images. Mais c’est tout ce que nous avons. Aucune mission n’a jamais été lancée spécialement pour les étudier. MMX est la première.

    Comment se seraient-elles formées ?

    H.A. : Il pourrait s’agir d’astéroïdes « capturés » par Mars : alors qu’ils passaient à proximité, la planète les aurait attirés suffisamment pour les faire entrer en orbite autour d’elle. Je n’y crois pas. Il est peu probable que deux astéroïdes capturés au hasard aient des orbites circulaires et dans le même plan comme Phobos et Déimos. Il est plus probable qu’elles se soient formées à partir d’un disque de débris rocheux issus d’un impact avec Mars.

    La dislocation de Phobos simulée dans votre étude pourrait générer un nouveau disque de débris
    à partir duquel elle pourrait se reformer…

    H.A. : Tout à fait. Il pourrait s’agir d’un phénomène cyclique. Phobos serait alors une énième génération de lune. Mais chaque génération serait plus petite que la précédente en raison d’une perte de matière à chaque fois. Il arriverait un moment où la lune serait si petite que les forces de marée exercées par Mars deviendraient trop faibles, la réduction de l’orbite trop lente et les dislocations successives s’arrêteraient.

  • Un test sanguin à l’étude pour détecter plus facilement le cancer colorectal

    Un test sanguin à l’étude pour détecter plus facilement le cancer colorectal

    Et si une simple prise de sang suffisait pour détecter le cancer colorectal, l’un des cancers les plus fréquents et le second plus meurtrier en France (près de 17 000 décès chaque année) ?

    C’est le projet sur lequel planche Julie Pannequin, directrice de recherche au CNRS, à l’Institut de génomique fonctionnelle de Montpellier. « Dans mon équipe, j’ai un gastro-entérologue de l’hôpital de Nîmes et une oncologue digestive de l’Institut du cancer de Montpellier. On développe des recherches à partir de leurs problématiques cliniques et une de ces problématiques est de trouver une façon simple de détecter le plus précocement possible la présence de cancer du colon, en particulier la présence de polypes, qui sont les pré-cancers », explique la chercheuse.

    La grande majorité des cancers colorectaux étant diagnostiqués après 50 ans, un test qui repose sur la détection, dans les selles, de sang non visible à l’œil nu est proposé à partir de cet âge et jusqu’à 74 ans, dans le cadre d’un programme de dépistage organisé (pris en charge à 100%). Hélas, « moins de 30% des personnes concernées font le test qui leur est envoyé. Si on arrivait à atteindre au moins 50%, on pourrait sauver pas moins de 6 000 vies chaque année », illustre Julie Pannequin. Car quand il est détecté tôt, le cancer colorectal se soigne dans 9 cas sur 10. Lever les freins au dépistage est donc un véritable enjeu de santé publique. « C’est une chance que ce cancer puisse être dépisté à un stade précoce. Beaucoup d’autres, en particulier ceux du pancréas ou du cerveau (glioblastome), sont dépistés bien trop tard car il faut qu’il y ait des symptômes », souligne Julie Pannequin.

    Des premiers résultats

    « très encourageants »

    Le manque d’engouement suscité par le dépistage du cancer colorectal peut s’expliquer en partie par les lourdeurs de la procédure. « Il faut réaliser chez soi un prélèvement de selles et l’envoyer pour examen à un laboratoire de biologie. Certaines personnes refusent de le faire. Si le test est positif, il faut ensuite faire une coloscopie, avec anesthésie générale. Tout ça est un peu contraignant. Sachant en plus que quand le test est positif, il y a seulement une chance sur deux d’avoir effectivement un polype, car il y a beaucoup de faux positifs », explique la chercheuse. « Notre objectif est donc de simplifier le diagnostic pour mieux détecter ». Et cela pourrait donc passer par une prise de sang. En effet, « on a identifié un facteur qui circule dans le sang et qui est pratiquement absent chez les individus sains. Dès les premiers stades de polype, la concentration de ce facteur circulant devient plus importante. Donc tout comme on va faire une prise de sang pour contrôler la glycémie, le cholestérol, etc., on pourrait regarder la présence ou l’absence de ce facteur. Cela minimiserait les contraintes mais aussi le nombre de coloscopies réalisées, qui engendrent des désagréments pour les gens mais ont aussi un coût non négligeable pour la société », poursuit la chercheuse.

    Le projet, qui doit durer trois ans, est entamé depuis environ un an. « On a travaillé sur une centaine de patients. À la fin, on en aura 1000. Une fois qu’on aura un résultat vraiment statistique et s’il est concluant, il faudra se tourner vers la création d’une start up ou proposer à une industrie pharmaceutique de développer ce test.  » Pour l’heure, les premiers résultats sont « très encourageants. La différence entre patients sains et patients avec un polype est drastique. Mais on doit vraiment tester un grand nombre de patients avant d’être confiants. On est donc encouragés mais on reste prudents  », insiste Julie Pannequin.

  • [Tribune] Abeilles et pollinisateurs : un enjeu majeur pour la région Paca

    [Tribune] Abeilles et pollinisateurs : un enjeu majeur pour la région Paca

    Le 7 avril 2026, la France accueillera à Lyon un sommet « One Health* », consacré à l’interdépendance entre santé humaine, animale et environnementale. Ce rendez-vous d’action ne peut ignorer un enjeu majeur pour notre territoire méditerranéen : la protection des pollinisateurs.

    La région Provence-Alpes-Côte d’Azur occupe une place majeure dans l’apiculture française. Elle accueille plusieurs milliers d’apiculteurs, professionnels et amateurs, et se caractérise par une forte diversité florale à l’origine de productions de miels reconnues. L’agriculture régionale – arboriculture fruitière, cultures maraîchères, semences, plantes à parfum, aromatiques et médicinales (lavande, thym, romarin…) – dépend largement de la pollinisation animale.

    Les abeilles domestiques, les bourdons d’élevage et les pollinisateurs sauvages assurent la reproduction de nombreuses plantes cultivées et sauvages. À l’échelle mondiale, 60 à 80% des cultures dépendent au moins partiellement de la pollinisation animale, représentant environ 35% de la production alimentaire. La pollinisation conditionne également la biodiversité végétale et, indirectement, la biodiversité animale.

    Pourtant, les constats scientifiques sont préoccupants. Ce service écosystémique** essentiel est aujourd’hui fragilisé. En Europe, les populations d’insectes déclinent fortement. En Paca comme ailleurs, certaines zones agricoles voient leurs paysages se simplifier, les ressources florales se raréfier et l’exposition aux pesticides persister. Le changement climatique accentue encore ces pressions, avec des étés plus chauds et plus secs.

    Notre région illustre aussi un paradoxe bien connu : des milieux naturels (garrigues, maquis, forêts…) en apparence riches peuvent manquer de ressources sur la durée. Après des floraisons printanières intenses mais brèves, les périodes estivales peuvent devenir critiques pour les pollinisateurs, soumis à un véritable stress alimentaire voire hydrique.

    Les abeilles sont également de précieuses sentinelles de l’environnement. En butinant, elles révèlent la présence de polluants dans leur environnement, faisant de la ruche un outil de surveillance à la fois agricole, écologique et sanitaire. Les informations données par les analyses des produits de la ruche sont essentielles dans le cadre d’une politique de santé publique efficace.

    Aujourd’hui, le diagnostic scientifique est posé. L’enjeu est maintenant d’agir. Cela suppose de mieux accompagner la santé des colonies, de faire évoluer les pratiques agricoles, de restaurer des paysages riches en ressources florales tout au long de l’année et d’intégrer pleinement tous les pollinisateurs dans les politiques publiques.

    Cela implique des choix concrets mais aussi concertés entre les collectivités locales – communes, intercommunalités, départements et Région – en matière d’aménagement, de gestion des espaces publics et de soutien aux apiculteurs et agriculteurs, afin de faire des pollinisateurs une priorité territoriale et non une variable d’ajustement.

    En Paca, la protection des pollinisateurs n’est pas une question secondaire. Elle conditionne la résilience de nos territoires, l’avenir de notre agriculture et, à terme, notre propre santé. Les solutions existent. Il appartient désormais aux décideurs de les mettre en œuvre.

    *Une Seule Santé

    ** Un service écosystémique désigne l’ensemble des bénéfices que les êtres humains et autres êtres vivants tirent des écosystèmes, directement ou indirectement.

  • [Entretien] « Le risque qu’un astéroïde impacte la Terre est faible, mais pas nul »

    [Entretien] « Le risque qu’un astéroïde impacte la Terre est faible, mais pas nul »

    La Marseillaise : La défense planétaire, qui consiste à étudier les objets géocroiseurs – dont l’orbite croise celle de la Terre – et à préparer des moyens de les dévier, est-il un sujet sérieux ?

    Patrick Michel : C’est très sérieux ! Les États-Unis ont été les premiers à considérer ce risque, dès 1998. Et cela se développe ces dernières années : plusieurs missions ont été lancées ou sont en cours de préparation. L’Agence spatiale japonaise a créé un groupe de défense planétaire en 2024 et monte une mission : Destiny+. La Chine en prévoit une pour 2029. L’Italie est très motrice. L’Allemagne y vient aussi. En France, le sujet a longtemps été ignoré, mais cela change.

    Arriverait-on à dévier un astéroïde qui se dirigerait vers la Terre ?

    P.M. : Nous le pensons. Tout est une question de timing : il faut le détecter suffisamment tôt car, avec les techniques envisagées, la déviation est lente. La mission américaine Dart a testé l’envoi d’une sonde à haute vitesse pour impacter un astéroïde et le détourner. Nous savons que sa trajectoire a changé. La mission Hera observera les détails de ce résultat cette année. D’autres solutions sont étudiées : le faisceau d’ions, le tracteur gravitationnel voire l’explosion d’une bombe nucléaire – qui serait utilisée en dernier recours.

    Quelle est l’ampleur du risque ?

    P.M. : Il est faible, rassurons-nous, mais pas nul. Cela arrivera sur le long terme. Alors autant se préparer tout de suite pour les générations futures. D’autant que cela semble à notre portée avec des moyens et des efforts raisonnables.

  • Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    Quand des officiers de tir simulaient l’apocalypse

    À cinq cent mètres du bistrot du village, se trouvait l’accès à l’ancien poste de conduite de tir n°1 des missiles stratégiques de la force de frappe, là où entre 1971 et 1996 se sont succédés 182 officiers, des binômes aguerris, cloîtrés H24 dans une capsule blindée enfoncée à 1,7 km du sas d’entrée et à 500 mètres sous la montagne. Recevant l’ordre présidentiel irrévocable, ils devaient activer le tir simultané des 18 missiles de plus d’un mégatonne enterrés dans des silos sur le plateau d’Albion. Le poste de tir de Rustrel avait son jumeau à 30 km à Reilhannette (Drome) où deux autres officiers contrôlaient 9 autres missiles. Ce PC n°2 a lui été intégralement démantelé.

    En 1963, le conseil de défense décide d’investir le plateau d’Albion, plus sûr géologiquement que le plateau de Valensole. La cité Saint-Michel de 874 logements à Apt pour accueillir les militaires et leur famille. On aménage des routes adaptées aux convois de missiles. En 1968, plus de 1 000 ouvriers s’activent pour extraire 74 000m3 de roches et couler 40 000m3 de béton armé. La forteresse inexpugnable comprend sa propre centrale électrique, ses circuits d’aération, des galeries à angle droit pour casser le souffle d’une bombe ennemie, des puits de gaz brûlés, des tunnels et des puits d’évacuation de 1,6km, des trappes piégées et la fameuse capsule. On construit la base aérienne de Saint-Christol où 2 000 personnes vont, les installations de transmissions du Mont Ventoux, de la montagne de Lure et du Luberon. Le 1er Groupement de missiles stratégiques s’installe. Mais c’est à la gendarmerie qu’est confié le boîtier de contrôle gouvernemental des ogives, la surveillance des sites, l’escorte des convois et des équipages d’officiers de tir.

    « Pendant cinq ans, j’ai eu la responsabilité du tir de 9 missiles », nous avait confié en 2006 Jean-Louis Cahu, qui a été un très jeune officier de tir de 1979 à 1984. À 22 ans, il avait sous sa responsabilité des vecteurs de 96 fois la puissance de la bombe A qui a rasé Hiroshima le 6 août 1945 tuant instantanément 70 000 personnes. Sa désertion le 11 novembre 1984 a été un coup de tonnerre. À 26 ans, au terme d’une prise de conscience personnelle, il médiatisait son refus de tourner la clé.

    Des simulations d’incidents nucléaires

    Son quotidien était de surveiller les missiles dans les silos, de faire des exercices de mise sous tension. « J’avais la commande de tous les outils d’action mécanique sur les missiles. Chaque action, quelle que soit la commande qui visait à interagir avec le missile, ne se faisait jamais à la légère car nous agissions sur des “engins vivants”. Nous simulions des incidents nucléaires en vitesse accélérée pour voir en situation de stress maximal jusqu’où l’officier pouvait aller. » Des simulations qui n’étaient pas un jeu mettaient les nerfs de ces officiers à rude épreuve, précisément pour les filtrer. « Certains ont craqué à quelques secondes du tir. Dans les périodes de tensions internationales, on a eu des moments chauds à l’intérieur de la capsule. On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes qu’à ce poste. Je suis la démonstration que lorsqu’on ne croit plus à la dissuasion nucléaire, on ne peut plus tenir ce poste », avait-il confié à La Marseillaise. À ses procès il avait revendiqué un droit à l’objection permanente.

    L’ordre présidentiel devait leur parvenir par des canaux de transmissions durcis et redondants. « Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelait les “hommes du Président”. Ma seule autorité, c’était le Président, le Premier ministre et le ministre de la Défense. Il n’y avait pas plus secret que ce poste de tir », disait l’ancien officier toujours astreint au silence.

    En février 1996, Jacques Chirac a signé la fin d’Albion. La dernière ogive a quitté le plateau le 26 février 1998. La science est descendue aux abris et des silos ont été recyclés en déchetterie, en plateforme d’observation astronomique. On peut même boire des canons au Bistrot de Lagarde sur un ancien silo. Sur le plateau, la Légion étrangère protège désormais les « grandes oreilles » d’une station d‘écoute de la DGSE car la « grande muette » est tout sauf sourde.

    Lire : [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    « On ne pouvait pas vivre de situations plus stressantes »

  • [Science] Au Maroc, des fossiles éclairent une période clé de notre évolution

    [Science] Au Maroc, des fossiles éclairent une période clé de notre évolution

    Mais quel âge ont-ils ? Le doute a longtemps subsisté. « Nous avons essayé plusieurs méthodes qui donnaient des résultats contradictoires », raconte le chercheur. Jusqu’à la parution d’un article qu’il a cosigné début janvier dans la revue Nature. « Cette fois le doute n’est plus permis », assure-t-il. Ils ont 773 000 ans.

    Ancêtre de « Sapiens »

    Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe a fait appel à des géophysiciens de l’Université de Milan (Italie), experts en paléomagnétisme. C’est-à-dire l’histoire de l’orientation du champ magnétique terrestre qui change parfois d’orientation et laisse des traces dans les sédiments. « Il faut des conditions particulières pour pouvoir utiliser cette méthode », précise David Lefèvre. Notamment d’épaisses couches de sédiments qui couvrent de longues périodes pendant lesquelles ont eu lieu des inversions de polarité. « Ces conditions étaient réunies sur le site, ajoute le chercheur. Et la chance que nous avons eue est que les fossiles se situaient pile dans une couche qui a enregistré une inversion de polarité bien connue et bien datée. » L’inversion de « Matuyama-Brunhes » qui s’est produite il y a environ 773 000 ans.

    Et cet âge est particulièrement intéressant. « Nous avons très peu de fossiles entre 500 000 ans et 1 million d’années en Afrique. Or c’est dans cet intervalle que les paléogénéticiens estiment que la divergence entre la lignée africaine d’Homo sapiens et les lignés eurasiatiques de Néandertal et de Denisova aurait pu avoir lieu », indique David Lefèvre. Autrement dit, ces fossiles représentent une forme évoluée d’Homo erectus ancêtre de la lignée qui a conduit à Homo sapiens. « Ces résultats confortent l’hypothèse de l’origine africaine d’Homo sapiens », conclut le chercheur. Et ajoutent une pièce au puzzle de l’évolution humaine que les paléoanthropologues cherchent à compléter pour retracer l’histoire jusqu’au plus ancien représentant connu d’Homo sapiens, vieux de 315 000 ans et découvert, lui aussi, au Maroc.

    Xavier Boivinet

  • [Entretien] Éric Berton : « Nos étudiants peuvent se réorienter, c’est ça le service public »

    [Entretien] Éric Berton : « Nos étudiants peuvent se réorienter, c’est ça le service public »

    La Marseillaise : Ce salon est organisé à quelques jours de l’ouverture de Parcoursup. Quel regard portez-vous sur ce système où un algorithme décide de l’avenir des lycéens ?

    Éric Berton : C’est un système qui a le mérite d’exister, qui s’améliore chaque année. Mais c’est vrai que l’on retrouve souvent des parents et des étudiants qui se posent des questions, que cela angoisse un peu. Et certaines formations, privées en particulier, en profitent pour se vendre avec des produits… Pas toujours vendables.

    Dans ce contexte concurrentiel, comment défendez-vous l’université ?

    E.B. : Nous, nous sommes l’université de toutes les jeunesses et on revendique le fait d’accueillir le maximum d’étudiants. On est la plus grande université en termes de nombre avec 82 000 étudiants, 12 000 étrangers. On revendique le fait de donner l’accès à l’éducation, à l’enseignement supérieur, au plus grand nombre. Le but, c’est de faire réussir l’ensemble de nos étudiants, de leur trouver un avenir et au-delà de ça, d’en faire des citoyens éclairés qui peuvent réfléchir par eux-mêmes, qui sont curieux. On ne les enferme pas dans des cases, des castes. Ils peuvent changer de parcours, on a une certaine fluidité. Et nos étudiants ont le droit de se tromper, ils peuvent se réorienter. C’est ça, le service public.

    Qu’est-ce qui fait la différence avec les autres formations proposées ?

    E.B. : Justement cet état d’esprit, mais aussi la qualité de cette formation par rapport à d’autres, même s’il existe des écoles privées de qualité évidemment. Nous, nous pouvons aussi dire que nous sommes évalués, renouvelés. Nous avons un contrat avec l’État. Nous sommes accrédités. C’est ça aussi ce qui fait la force de notre université et de nos formations.

    À raison de 175 euros l’année en licence, 230 en master, les frais de scolarité sont relativement accessibles pour AMU. De quels moyens disposez-vous ?

    E.B. : Actuellement, c’est vrai que nous sommes dans un flou budgétaire, comme toute la fonction publique. Et c’est vrai que je revendique depuis longtemps un accroissement du soutien financier de l’État à l’enseignement supérieur et à la Recherche. C’est nous qui formons toutes les jeunesses et un pays doit investir dans sa jeunesse. C’est son avenir. Tous les conflits que nous vivons actuellement sont la conséquence d’un sous-investissement dans l’enseignement supérieur et la Recherche. Quand on enseigne, quand on cherche, on apprend à connaître l’autre, à ne plus en avoir peur. C’est ça, l’université. Elle est liée à la démocratie. Elles doivent prendre soin l’une de l’autre. On a besoin vraiment que la France, pays de liberté, de culture, réinvestisse dans sa jeunesse. Un pays qui ne le fait pas est un pays qui va dans le mur.

    Ce modèle français, vous l’avez également défendu avec le programme « Safe Place For Science », qui permet d’accueillir des chercheurs américains s’estimant menacés dans leur liberté académique par la politique de Donald Trump. Où en est-on ?

    E.B. : Ils arrivent et vont arriver tout au long de l’année. Même si certains sont déjà sur place, on leur laisse le temps. D’autres publient déjà sous notre nom. On ne les presse pas. Il y a des contingences matérielles avec des enfants encore à scolariser ou des parents dont il faut s’occuper. Cela se passe plutôt bien, ils ont l’impression ou le sentiment d’être chanceux par rapport à ceux que l’on n’a pas accueillis, ressentent parfois de la culpabilité. Là, pour le coup, l’État nous a beaucoup aidés. Avec 30 personnes au total, 20 sur le programme Amu « Safe place for Science » et 11 sur le programme « Choose France », c’est nous qui avons le plus de lauréats au niveau national. Il faut dire aussi que nous avons bien préparé leur venue. Ils arrivent aussi avec leurs étudiants et cela nous amène beaucoup d’échanges et de culture. C’est également l’occasion de montrer que notre modèle universitaire doit être préservé. Et je vous avoue que dans le cadre des prochaines élections… Je ne voudrais pas qu’ils aient fui Trump pour se retrouver dans un système similaire.