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  • Olivier Galzi juge efficace l’arrêté polémique… attaqué en justice

    Olivier Galzi juge efficace l’arrêté polémique… attaqué en justice

    Situation financière locale, où 6 millions d’euros sont à trouver pour équilibrer le budget supplémentaire, rentrée scolaire ou actualité politique nationale , Olivier Galzi a reçu la presse ce vendredi matin pour évoquer plusieurs dossiers. Dont celui qui a égayé le mois d’août à Avignon, la mise en place de l’arrêté réglementant l’occupation de l’espace public. Une décision qualifiée d’anti mendicité ou d’anti pauvres par ses détracteurs, aussi bien l’opposition de gauche que des associations comme la Ligue des droits de l’homme ou la fédération des acteurs de la solidarité (FAS).

    Hasard du calendrier, au moment même où le maire (DVD) défendait son arrêté, un recours était enregistré à 10h au greffe du tribunal administratif de Nîmes. Comme pressenti (notre édition du 19 août), la fédération des acteurs sociaux Paca a saisi la justice avec un double recours : l’un dit référé suspension, une procédure dite d’urgence qui doit être traitée sous un mois, et l’autre sur le fond qui risque d’être vite caduc vu qu’il sera étudié sous plusieurs mois, bien après la fin de l’arrêté qui court jusqu’au 31 octobre. « C’est en soi un motif rapide d’étude, l’urgence se justifie », estime Philippe Ramon, avocat de la FAS Paca. Le second recours, similaire, a été déposé par la Ligue des droits de l’homme, première à s’être indignée notant que « la pauvreté n’est pas un trouble à l’ordre public ».

    Philippe Ramon estime avoir « beaucoup d’arguments » pour faire tomber l’arrêté, comme la FAS l’a fait à Nevers (Nièvre). « L’étendue géographie et temporaire sont importantes », estime l’avocat. Il relève que la notion de « périodes de forte affluence » mentionnée dans l’arrêté est trop vague. Idem, le texte ne met « aucune exception prévue pour les activités d’associations qui aident ces gens-là et ne pourraient plus aller à leur rencontre ». « Cela va être un débat intéressant », prédit Philippe Ramon qui attend aussi de la Ville la production précise des troubles qui ont motivé l’arrêté.

    En attendant, Olivier Galzi défend bec et ongles sa décision. 74 amendes ont été dressées. « On est moins ennuyé quand on remonte la rue de la République, qui ne peut plus être un squat à ciel ouvert », assure le maire sans dire que l’ensemble des marginaux ont disparu. Selon lui, citant une étude du SIAO (service qui gère la précarité), la grande majorité des personnes visées par cet arrêté ne sont pas des grands précaires.

    Pas d’amalgame entre pauvreté et délinquance

    Sur 257 bénéficiaires des aides de grande précarité, 48 vivent à la rue. Donc pour Olivier Galzi, les marginaux visés par l’arrêté ne sont pas les plus vulnérables. « Ils sont dans une forme de précarité, d’addiction, de problème psychiatrique, mais ce ne sont pas les grands précaires, se défend-il face au procès anti pauvres. On a décidé avec le préfet de rétablir un ciblage qui correspond à la population que l’on souhaite aider et mieux orienter les grands précaires. » Cet arrêté « n’attaque pas la pauvreté mais des comportements, quel mépris pour ceux qui sont fragilisés, que de considérer que parce qu’on est dans une situation économique difficile, on va avoir ce genre de comportement », raille Olivier Galzi. À voir sous peu l’appréciation qu’en aura la justice.

    La présidentielle, « pas mon sujet »

    En cette rentrée où les regards sont déjà braqués sur la présidentielle, Olivier Galzi l’évacue pour l’instant. « Ce n’est pas mon sujet », balaye-t-il face aux pléthores de candidats actuels. Il n’exclut pas, d’ici avril, de prendre position pour « celui ou celle qui sera le mieux disant sur une loi de décentralisation et libère les maires de leurs contraintes ». Le maire défend un « fédéralisme », qu’il pousse via son courant, le Bon sens des territoires qui sera lancé le 10 septembre.

  • Le nombre d’enfants à la rue augmente en France

    Le nombre d’enfants à la rue augmente en France

    « Des enfants naissent, vivent et meurent dans les rues de nos villes et rien ne se passe. Chaque année, nous alertons les pouvoirs publics sur l’aggravation du sans-abrisme des enfants. Chaque année, nous proposons des solutions concrètes pour y mettre fin. Chaque année pourtant, le constat s’aggrave. À quand le réveil ? », tempête Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité à l’occasion de la publication du baromètre sur l’enfance à la rue.

    131 enfants concernés
    en Paca

    Année après année, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l’Unicef France constatent que le nombre d’enfants sans solution d’hébergement ou de logement ne cesse d’augmenter. À la veille de la rentrée scolaire, au moins 2 355 enfants, dont 514 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 9% par rapport à 2025 et de 42% depuis 2022. Parmi eux, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au moins 131 enfants, dont 21 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 42% depuis 2022.

    Autre exemple, en Région Occitanie, au moins 234 enfants, dont 38 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 18% par rapport à 2025 et de 93% depuis 2022, détaille le baromètre.

    Ces chiffres ne sont pas exhaustifs : de nombreuses personnes ne parviennent pas à joindre le 115 ou renoncent à appeler. Les mineurs non accompagnés sans-abri ainsi que les familles en squats ou bidonvilles ne sont pas comptabilisés. « Derrière ce chiffre, conséquence d’un échec collectif, il y a des enfants dont le quotidien est rythmé par l’insécurité et l’instabilité. Des enfants privés de leurs droits et dont on hypothèque l’avenir. Il est urgent que les décideurs publics agissent. Un sursaut politique est vital pour ces enfants. Si garantir un toit à tous les enfants n’est pas notre priorité, qu’est-ce qui l’est ? » interpelle Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.

    Les conséquences du sans-abrisme sur la vie et le bien-être des enfants sont dramatiques : dégradation de leur santé physique et mentale, isolement social, exposition à la violence, difficultés de scolarisation. Certains le paient même de leur vie : en 2025, 14 enfants de moins de 4 ans et 12 adolescents entre 15 et 18 ans sont morts de la rue.

    La promesse de mettre fin au sans-abrisme n’est pas récente. À chaque échéance électorale, elle est renouvelée sans jamais être atteinte. Faut-il y voir des promesses intenables ? La FAS et l’Unicef France ne s’y résolvent pas : « Chaque année, nos organisations rappellent qu’il n’existe aucune fatalité au sans-abrisme des enfants. Ce dernier résulte d’un manque de volonté politique et de choix court-termistes en contradiction avec les objectifs affichés. » Et de recommander « la mise en œuvre d’une programmation pluriannuelle “de la rue au logement “, avec un plan massif de production de logements sociaux et très sociaux, indispensable pour sortir durablement les enfants de la rue ».

    À l’approche de l’élection présidentielle, « le sans-abrisme des enfants ne peut plus être toléré. Il doit devenir une priorité absolue des politiques du logement et de l’hébergement. Les candidates et candidats portent une responsabilité claire dans la visibilité et la prise en compte essentielles de ces enjeux. Nos organisations y seront attentives » préviennent l’Unicef et la FAS.

  • Le centre d’action sociale d’Aubagne sur le pont en période de canicule

    Le centre d’action sociale d’Aubagne sur le pont en période de canicule

    Dangereuses pour les populations vulnérables, les vagues de chaleur peuvent s’avérer particulièrement menaçantes pour les personnes sans domicile fixe (SDF), dépourvues d’un espace frais où se réfugier. Conscient des risques encourus pour les personnes sans-abri, le Centre communal d’action sociale d’Aubagne (CCAS) a cet été redoublé d’efforts en période de vigilance orange canicule. « Nous avons élargi nos horaires d’accueil, détaille Elies Hannai, responsable de la Maison du partage, centre d’accueil géré par le CCAS. En plus du matin, les locaux étaient ouverts au public l’après-midi de 14h à 18h. Nous avons également multiplié les maraudes, avec une à deux tournées en plus l’après-midi ». Eau, brumisateur, thé, café ou petit en-cas… les distributions se sont donc intensifiées pour prévenir au mieux des risques caniculaires. Un rythme de déplacement qui a aussi permis d’inviter plus de monde à venir profiter, pour quelques heures, de la fraîcheur de la Maison du partage, installée dans un ensemble de solidarité regroupant le Secours populaire, les Restos du cœur, la Croix rouge et l’épicerie sociale et solidaire du CCAS.

    La rue tue aussi l’été

    Contrairement aux idées reçues, la rue tue presque autant l’été que l’hiver. D’après les chiffres collectés par le Collectif des morts de la rue (CMDR), entre 2011 et 2021, 36,5% des décès de personnes SDF sont survenus en hiver (entre décembre et mars), contre 30,9% en été (entre juin et septembre). « La saisonnalité montre une légère prédominance hivernale mais les risques persistent toute l’année, avec notamment des décès liés à la chaleur et à la déshydratation pendant les périodes de fortes chaleurs, particulièrement dans les régions méditerranéennes et ultramarines », analyse en ce sens le rapport 2024 du collectif. Et à la problématique des températures s’ajoute, en été, celle de l’isolement, avec, pendant les vacances, une diminution du nombre de bénévoles mobilisés et des structures d’accompagnement ouvertes. « À l’image de Noël, l’été est un moment de détresse morale importante. Les gens partent en vacances (…) les rues se vident progressivement, donc (…) l’isolement est plus fortement ressenti », détaille dans Libération Vincent Baron, coordinateur d’un centre d’accueil à Montpellier. Le CMDR le rappelle cependant régulièrement : « Ce ne sont pas les saisons ou les conditions climatiques qui tuent mais plutôt les mauvaises conditions de vie ».

  • Olivier Galzi défend son arrêté en utilisant un fait divers

    Olivier Galzi défend son arrêté en utilisant un fait divers

    Habituellement, Olivier Galzi n’est pas avare en communication et sait orchestrer toute nouvelle décision. Le maire (DVD) n’avait pourtant pas fait la promotion d’un nouvel arrêté réglementant l’occupation de l’espace public, publié sur la seule page internet des actes administratifs de la Ville. Si la municipalité a répondu aux diverses sollicitations presse, Olivier Galzi a attendu ce mardi pour évoquer l’arrêté sur ses réseaux sociaux.

    Et ce, en se servant d’un fait divers, relaté par Vaucluse matin, où le 15 août sur fond de forte alcoolisation, un individu a arraché un bout de menton à un autre pour cause de refus de cigarette. « Notre arrêté entend donner à la police municipale une base légale pour intervenir avant que de tels drames ne se produisent ! », assure le premier magistrat, visiblement agacé des critiques de son « opposition de gauche et leur réseau d’associations »… À l’instar de la Ligue des droits de l’homme ou de la fédération des acteurs de la solidarité, prête à attaquer en justice l’arrêté (notre édition de mercredi) qualifié « d’anti-mendicité ».

    Olivier Galzi accuse la gauche d’une forme d’angélisme : « Elle refuse de voir le lien entre la présence de groupes de marginaux dans la rue et l’insécurité qui peut en découler… Elle fait croire que nous nous en prenons aux “pauvres” comme si la pauvreté impliquait toutes les dérives décrites dans notre arrêté. Quel mépris pour eux et quel aveuglement coupable envers les victimes ! » La gauche et les associations s’interrogent sur la durée (6 mois) de l’arrêté et quelle politique plus globale est mise en place à destination de ce public vulnérable.

  • [Hébergement d’urgence] Ces villes qui attaquent en justice… Et gagnent

    [Hébergement d’urgence] Ces villes qui attaquent en justice… Et gagnent

    La justice administrative a condamné l’État fin juillet à indemniser à hauteur de plus de 500 000 euros la Ville de Strasbourg, qui le poursuivait avec quatre autres grandes municipalités pour « carence » en matière d’hébergement d’urgence. Une somme de 242 284 euros va être versée à la commune, 294 669 au Centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville ainsi que 3 000 euros pour frais de procès, indiquait nos confrères de Rue 89.

    Des sommes qui correspondent aux frais d’hébergement dans un gymnase municipal de plusieurs sans abri, à la suite notamment des évacuations successives d’un campement du centre de la ville, entre 2022 et 2023. « L’État n’a pas respecté ses obligations légales en laissant des familles entières à la rue et en refusant de financer l’hébergement d’urgence à la hauteur des besoins », a réagi dans un communiqué l’ancienne maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, qui avait initié le recours pendant son mandat.

    « Un système à bout de souffle »

    Son ancienne adjointe aux solidarités, Floriane Varieras a rappelé « qu’aujourd’hui des enfants, des femmes, des hommes dorment à la rue par centaines », estimant que ce jugement doit « pousser la ville à les mettre à l’abri immédiatement, et à demander le remboursement de ces hébergements à l’État ». Quatre mairies écologistes, Grenoble, Lyon, Bordeaux et Strasbourg et une socialiste, Rennes, avaient lancé une action en justice contre l’État en février 2024 afin de réclamer la « refonte » d’un système jugé « à bout de souffle ». En mars et novembre 2025, l’État avait déjà été condamné à indemniser Grenoble et Bordeaux.

  • Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    « Moi et ma famille on était hébergés à l’hôtel par le 115, ils nous ont appelés pour nous informer qu’ils ont trouvé une chambre [dans] un foyer… On a essayé de refuser, ils ont dit que nous n’avons pas le choix, c’est soit ça, soit ils nous mettent dehors. On a fait confiance et on a accepté. Aujourd’hui, ils nous ont déplacés et c’est la déception totale. » Dans une lettre au Secours catholique, cette maman de deux enfants dont un âgé d’un an, appelle à l’aide. Elle s’est vue mettre la pression pour déménager alors qu’elle a toute sa vie dans une ville où elle essaie de s’en sortir. Son mari ayant même obtenu un travail. Elle poursuit : « Le foyer est au milieu de nulle part. Et la chambre, plus petite que celle de l’hôtel, pleine de cafards. Sans climatisation, mes enfants n’ont pas pu dormir jusqu’à 1h. Mon fils n’a pas du tout accepté ce changement, il était très malheureux. J’aimerais que le 115 me déplace (…) avec des conditions de vies plus adaptées pour mes enfants et moi ».

    Des témoignages comme ça, Alain*, travailleur social du Secours catholique dans un centre d’accueil pour femmes, en a à la pelle. Dire qu’il soutient la lettre de l’association envoyée au préfet, dénonçant comme de nombreuses autres impliquées dans l’hébergement d’urgence, les instructions du représentant de l’État, est un euphémisme.

    Il raconte cette femme venue de Lyon avec ses enfants pour fuir son mari violent qui voulait la tuer et qui a fait de la prison pour cela. On lui demande d’y retourner car les violences n’ont pas eu lieu dans la ville où elle est accueillie. Elle restera dans sa voiture avec ses enfants en attendant une solution. Cette autre, enceinte de neuf mois qui sort de l’hôpital après des contractions, reste sans aucune solution auprès du 115, et est hébergée au centre, le temps d’en trouver une. Ou encore cette femme enceinte, violentée à Montpellier, qui part à Vitrolles, que le 115 refuse d’héberger car elle n’est plus en danger.

    Faveurs sexuelles et viol

    Être femmes à la rue, c’est « 100% de chances de se faire agresser sexuellement ou violer », assène le travailleur social. C’est aussi « être obligée d’échanger des faveurs sexuelles en hébergement chez un tiers, de faire l’esclave moderne en faisant le ménage » assure-t-il, fort des histoires de la vingtaine de personnes que reçoit le centre chaque jour. Un lieu pour prendre sa douche, se poser, respirer en toute intimité. S’il conçoit que les places en hôtel sont coûteuses, il rappelle que « ce n’est pas la panacée ». « On ne peut pas y cuisiner et cela se passe plus ou moins bien suivant l’hôtelier. Le matin, on doit partir, le soir on dort à 20h ou à 19h. Parfois, c’est ouvert le matin, parfois, l’après-midi, parfois, on oblige à faire le ménage pour rester, sous peine d’un signalement où on va dire que la personne s’est mal comportée et elle peut être mise dehors. On a eu des retours où l’on se servait joyeusement en disant que si l’hébergée voulait rester, c’était de la faveur sexuelle » détaille-t-il.

    Il revient aussi sur les conséquences de cette remise à la rue pour des personnes qui vont jusqu’à garder tous leurs tickets RTM pour nourrir leur dossier, montrant à quel point elles sont honnêtes. « Oui, ce sont souvent des personnes en situation irrégulière » admet Alain, « mais qui sont là depuis 3, 4 ou 5 ans, qui ont un emploi, se comportent comme des bons citoyens. Les enfants vont à l’école. Et à qui on dit finalement, désolé, tu repars à la rue, ou alors à Vitrolles, Marignane » indique-t-il. De quoi nourrir « la colère voire la haine, avec des gamins qui trouveront leur intérêt à faire le chouf à la cité du coin, moyennant 150 euros la journée », où « l’argent économisé en hébergement d’urgence, va être dépensé en santé mentale, en frais hospitaliers, en police, en lutte contre le narcotrafic ». Un « terrible retour en arrière » déplore-t-il.

    Le tout alors que les femmes sans-abri étaient une priorité affichée par la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard, aujourd’hui sur le départ. Cette dernière insistant dans nos colonnes sur leur prise en compte lors de la présentation en juillet, par l’Observatoire de la pauvreté de la première enquête sur « le parcours de prise en charge des personnes sans domicile en sortie d’hospitalisation à Marseille ». Un double discours insoutenable pour les associations qui ont entamé un véritable bras de fer avec l’État.

    *Le prénom a été changé

  • La piscine de Nino

    La piscine de Nino

    Sous sa petite tente surchauffée, Élise s’apprête à (sur)vivre une nouvelle journée. Elle est sans-abri, dans une extrême précarité. Elle se fait discrète en marchant dans la rue ou quand elle s’assied sur le bitume, – qui brûle à plus de 40° – pour faire la manche. Élise reçoit plus d’indifférence que de mains tendues. Mais elle s’accroche, reste digne malgré l’exclusion.

    À Marseille, les personnes sans-abri sont près de 16 000 dont 40 % de femmes. Parmi elles, Élise. Leur situation est gravissime mais n’empêche pas l’État de supprimer 200 places d’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône. Pourtant Emmanuel Macron promettait « zéro SDF ». Une galéjade du président des riches, pilote de jet-ski.

    Indignité

    L’État et ses représentants savent parfois se montrer zélés avec les Élise de la rue. Précisons que si ces actes seraient a priori marginaux, des humiliations et vexations seraient commises par ceux qui sont censés protéger. Oui, les forces de l’ordre arpentent la ville pour notre sécurité. C’est bien. Mais, parfois, certains policiers butent sur une petite tente surchauffée, bien cachée des regards mais pas du leur. Celui du limier. Que voient les pandores ?Une minuscule piscine s’étiole près de la tente. On ne saura dire quel justicier a sorti un canif pour crever cette « arme par destination contre la canicule », qui a vomi son eau en quelques secondes. Ce microbassin de fortune (qui ne gênait personne) servait à rafraîchir le chien d’Élise. Unique compagnon de rue contre la solitude. Celui, aussi, qui éloigne les violeurs. La piscine de Nino a donc été crevée ; des dizaines d’hébergements sont supprimées ; Une dizaine de sans-abri sont déjà morts d’hyperthermie en France, depuis juin. Du plus infime au plus tragique, ces faits révèlent l’indignité d’une politique et l’absence de volonté. Il est temps que cela cesse.

  • Hébergement d’urgence, les associations refusent de trier

    Hébergement d’urgence, les associations refusent de trier

    Au tour des fédérations de monter au créneau. Après une lettre envoyée au préfet par le SIAO 13, plateforme en charge de l’hébergement d’urgence pour les sans-abri, dénonçant une politique publique comptable, la FAS (Fédération des acteurs de la solidarité) Paca, la Fondation pour le logement, l’Unafo (Union professionnelle du logement accompagné) et l’Uriopss (Union régionale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux) Paca, solidaires, alertent dans un courrier sur les « conséquences des évolutions envisagées dans les modalités d’accès à l’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône ».

    Et de rappeler « l’inconditionnalité de l’accueil et sa continuité dans la prise en charge ». Pour les fédérations, « toute politique visant à limiter le nombre de places, dans un parc déjà saturé, contrevient au respect de ces droits essentiels ». Concrètement, la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités aurait déjà signifié la fin de la prise en charge à l’hôtel au 30 juillet de six ménages, soit 18 personnes, s’indigne un travailleur social, qui refuse de « trier selon des critères de vulnérabilité ». À terme, quelque 300 personnes seraient concernées pour répondre à un objectif « comptable » de 547 500 nuitées par an, soit 1 500 personnes par jour.

    La Ville en soutien

    Le tout dans une situation déjà dégradée et « en pleine période de très forte canicule » déplore Diletta Donnarumma, chargée de mission à la FAS Paca. Pour elle, si l’hôtel n’est qu’une solution transitoire, « un palier a été franchi » avec une « menace réelle de mise à la rue », faute de solutions dans un parc immobilier contraint.

    La Ville de Marseille a aussi réagi, estimant que « si ces informations [étaient] confirmées, elles marqueraient une rupture grave avec les engagements pris collectivement ces dernières années pour protéger les plus vulnérables ». Partageant l’alerte lancée par les associations, la Ville appelle l’État « à revenir sur toute décision conduisant à des sorties sans solution ».

  • À Montpellier, des associations réclament des mesures pour les personnes sans-abri

    À Montpellier, des associations réclament des mesures pour les personnes sans-abri

    Être à la rue, ça peut tuer. C’est vrai aussi en été », alerte une pancarte. Mardi 30 juin, à la mi-journée, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées sous un soleil de plomb devant la préfecture de l’Hérault, à Montpellier, pour interpeller les pouvoirs publics sur la situation des personnes sans-abri durant les périodes de chaleur intense, mais aussi pour pointer les défaillances structurelles de l’État en matière d’hébergement d’urgence, alors que le nombre de personnes sans logement explose.

    « En 2002, l’Insee recensait 120 000 personnes à la rue en France. 20 ans plus tard, ce nombre a pratiquement triplé, puisque la Fondation pour le logement dénombrait 350 000 personnes sans logement en 2025 », illustre Cécile, de l’association Droit au logement (DAL) Montpellier. « C’est le résultat de choix politiques faits depuis des années, qui précipitent une fraction croissante de la population dans la rue. La crise du sans-abrisme est liée à celle du logement. » Selon les associations mobilisées, « au moins 1 000 personnes » seraient actuellement sans-abri à Montpellier et 34 seraient mortes dans la rue l’année dernière. « Ça fait une personne tous les 11 jours ! », insiste la militante du DAL. « En France, l’espérance de vie de quelqu’un qui a connu la rue est de 49 ans. C’est dérisoire », renchérit Gilles, du collectif contre le sans-abrisme.

    Pas plus qu’en hiver, la vie dans la rue n’est soutenable en été, par des températures de plus en plus caniculaires et régulières. « Pour une personne sans-abri, une vague de chaleur n’est pas un simple inconfort, c’est un danger : déshydratation, épuisement, aggravation des pathologies et, dans les cas les plus graves, décès », liste Gilles.

    « Combien faudra-t-il encore de morts ? »

    « Il y a quelques jours, je faisais la manche vers le centre commercial du Polygone, et j’ai un fait un malaise », témoigne Alex, sans-abri montpelliérain présent au rassemblement. « Quand on fait la manche, on est en plein cagnard. Mais on n’a pas le choix, il faut qu’on mange le soir… Parfois on se fait virer par la police, qui nous dit d’aller ailleurs. Alors on essaie de se mettre à l’ombre dans des parkings, mais la police nous vire encore… C’est épuisant. J’ai 35 ans, j’en fais 50… »

    « Le sujet de la canicule et des sans-abri n’est pas très médiatique, hélas. Il ne faut surtout pas qu’il y ait trop de personnes âgées qui meurent, car en 2003 ça a fait du grabuge, mais on ne se préoccupe pas vraiment des morts sans-abri. Il n’y a aucune statistique là-dessus  », dénonce Gilles. « On va attendre une vigilance orange voire rouge pour agir, parce qu’on ne sait mettre en place que de la gestion de crise. On attend qu’il y ait des catastrophes pour éventuellement trouver des solutions. Combien faudra-t-il encore de morts pour que les pouvoirs publics prennent la mesure de l’urgence ? », interroge-t-il. « Un nouvel épisode caniculaire est prévu dans les jours qui viennent. On exige des pouvoirs publics qu’ils prévoient des lieux d’hébergement de jour comme de nuit.  »

    Des mesures immédiates pour parer à l’urgence qui, insistent les associations mobilisées, ne doivent pas masquer le problème plus global des réponses apportées à la crise du sans-abrisme. « On rappelle que l’État a une obligation légale d’hébergement d’urgence inconditionnel. Or le dispositif d’hébergement d’urgence est notoirement insuffisant depuis des années. Mais au lieu de créer des places, leur nombre baisse, au contraire  », relate Cécile, qui dénonce « une politique de cruauté sociale. Aujourd’hui, on souhaite visibiliser les conséquences de ces décisions. On est venu demander des comptes à la préfecture, qui n’a pas donné suite à notre demande d’audience », déplore la représentante du DAL. Les associations mobilisées ont également envoyé une lettre ouverte au maire de Montpellier et président de la Métropole Michaël Delafosse pour l’inciter à prendre, lui aussi, des « mesures d’urgence », comme ce fut le cas cet hiver avec l’ouverture, durant quelques jours, du gymnase Gambardella. Elles l’invitent également, fort de sa « compétence supplétive », à s’« attaquer de manière structurelle à cette situation en lançant un plan massif de mises à l’abri ».

    Amélie Goursaud

    « On essaie
    de se mettre
    à l’ombre dans des parkings, mais la police nous vire… »

  • La misère encore plus pénible au soleil

    La misère encore plus pénible au soleil

    Sabrina s’approche timidement des tables dressées par le Secours catholique place Félix-Baret à Marseille. « Est-ce que vous aidez à l’hébergement ? », s’enquiert la jeune femme au visage émacié. « Il n’y a pas de place au 115. Je dors dans ma voiture, ce n’est pas très tranquille pour une femme seule. En plus, avec la chaleur… Mais je ne peux pas la déplacer, je n’ai plus d’essence », justifie-t-elle. Sabrina accepte l’invitation d’une bénévole à rejoindre les autres convives. D’autant plus volontiers qu’elle est « à jeun depuis deux jours », privée « depuis le début du mois, sans savoir pourquoi » de l’allocation adulte handicapé.

    Ce 17 juin, l’association avait organisé une soupe fraternelle devant la préfecture pour interpeller les pouvoirs publics. « Nous avons franchi en 2025 le cap des 30 000 rencontres en une année, 15% de plus que l’année précédente, 50% de plus qu’il y a dix ans », explique Julien Moisan, chargé de plaidoyer de la délégation marseillaise. Les 2,7 millions d’euros par an dédiés par la préfecture des Bouches-du-Rhône aux 2 000 repas par jour pour les personnes mises à l’abri à l’hôtel ou dans la rue et les 400 000 euros alloués aux acteurs de la veille sociale ne suffisent pas à répondre aux besoins qui explosent.

    Au lendemain de son action coup de poing sur la table, le Secours catholique a repris ses maraudes. Mercredi 24 juin, le département est placé en vigilance orange. Françoise, Marc et Rémy ont fait le plein du camion : une centaine de bouteilles d’eau, presque autant de lait, 16 litres de soupe, une glacière de pâtes, des portions de fromage et des dizaines de baguettes de pain, café, thé et cacao. Après un appel au 115, la camionnette part sillonner les rues de Sainte-Anne à la préfecture, en passant par les hôpitaux Saint-Joseph et la Timone. Rémy ajoute la rue d’Aubagne. Où l’équipe de la veille, qui a rencontré 90 personnes, « en a signalé de nouvelles », précise le conducteur.

    Un premier arrêt pour s’enquérir de la santé d’une quinquagénaire qui s’est aménagé un abri discret derrière les lauriers au bout d’un parking, qu’elle tient propre. Elle ne réclame que de l’eau. Un homme, également habitué de la maraude, s’approche pour un café et un bol de soupe et demande un rasoir. Autre halte au pied de l’église de Saint-Giniez où quatre hommes sont assis sur les marches et deux adolescents sur un muret. Tous ont les traits tirés. Aucun d’eux n’a mangé depuis la veille. L’un d’eux loue « une chambre de 8m2, pour 400 euros, sans eau potable », précise-t-il. Épuisé par la chaleur, il a « dormi toute la journée ».

    Après 21h, c’est le rush

    Face à l’hôpital, une femme est assoupie dans une voiture. « Elle y attend la sortie de son mari hospitalisé, prévue pour le lendemain. L’hôtel c’est pas dans leurs moyens », rapporte Rémy qui lui a apporté une soupe. Plus on s’enfonce dans la nuit, plus les moments de rush s’enchaînent autour de la camionnette. Devant un garage du Prado, le véhicule est repéré avant même qu’il se gare. Une vingtaine de personnes afflue. Entre deux cafés et un chocolat distribués, Rémy informe et donne le plan des points d’accueil pour SDF. L’équipe est chaleureuse et la soupe réputée excellente. Mais « on aimerait qu’ils aient plus de temps pour taper un brin de causette », lâche Éliane, retraitée toute pomponnée qui s’est résignée à la rue du fait de sa « maigre pension » et parcourt « des km par jour » avec ses deux amis, « pour la lessive, la douche, la clim… » Près de la préfecture, une quinzaine de personnes attend autour de la fontaine. « J’ai un studio et l’APL, mais au milieu du mois il ne me reste plus rien pour manger », explique un jeune au RSA. Pas mieux pour Armelle et son fils : « Ça fait cinq ans que le Secours catholique nous nourrit, nous habille. Je paye le loyer en priorité pour ne pas me retrouver dehors. Parfois je trouve un ménage à faire, ça aide. » Tandis que Marc remplit les bols de soupe ou de pâtes à tour de bras, elle s’enquiert : « C’est vendredi votre fête de l’été ? » Françoise lui tend une invitation.

    Il est minuit passé et la camionnette s’est vidée, provoquant quelques déceptions. « C’est parfois compliqué à gérer, car il y a de plus en plus de monde et on n’a pas toujours assez à distribuer », regrette Françoise en faisant, un peu épuisée, le décompte des prénoms qu’elle a consignés toute la soirée sur la feuille de route, avec les besoins spécifiques exprimés au passage : « 96 personnes » au bas mot. C’est « beaucoup plus » que lorsqu’elle a démarré les tournées il y a une quinzaine d’années, « et ça ne laisse plus le temps du dialogue ». Cette surfréquentation met en tension les capacités logistiques et humaines des associatifs. « Elle nous écarte de notre mission première : créer du lien social », déplore Baptiste Jeansoulin, animateur des tournées de nuit, suspendues le 9 juin pour répondre à l’urgence et demander plus de moyens. Comme la création d’un restaurant social ouvert le soir, pour « permettre aux gens de la rue de dîner dignement ». La belle proposition du chef étoilé Sébastien Richard avec Le République en 2021, s’est éteinte fin 2025. Et le Noga, qui dresse depuis 2007 près de 500 couverts par semaine le midi sur le cours Julien, est en difficulté.

    « Malgré un contexte budgétaire contraint, l’objectif de l’État est de garantir une reconduction des crédits alloués », indique la préfecture des Bouches-du-Rhône. Une « notification des crédits tardive » fait que les demandes des associations « sont en cours d’instruction », précise-t-elle en annonçant la tenue d’un nouveau comité départemental de lutte contre la précarité alimentaire « dans les prochaines semaines ».