Tag: salariés

  • À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    Voilà 137 ans que la IIe internationale socialiste, réunie à Paris le 20 juillet 1889, a décidé de faire du 1er mai une journée de manifestation dédiée aux droits des travailleurs. Sanctuarisée au fil du temps, elle devint un jour férié et chômé en France en 1946, et est célébrée dans le monde entier en tant que Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs.

    Une loi « au nom du profit »

    Sauf que cet acquis est aujourd’hui remis en cause. Il l’a d’abord été de manière diffuse par François Bayrou, qui, alors Premier ministre, proposait en juillet 2025 de supprimer deux jours fériés, sans les cibler précisément, pour générer des recettes supplémentaires dans le cadre du projet de budget 2026. En avril, son successeur, Sébastien Lecornu, a remis l’idée sur la table en autorisant « les boulangers indépendants artisans, les fleuristes indépendants artisans (à) ouvrir ce 1er-Mai ». De quoi ouvrir une brèche, après avoir repoussé, sous la pression syndicale, un projet de loi. C’est une proposition de loi qui sera examinée par le Sénat ce 16 juin examinera. Si elle se limite aux boulangers et fleuristes, le danger de la généralisation est réel.

    De quoi susciter la colère de l’intersyndicale Unsa-CGT-Solidaires-FSU dans le Var. « Après les retraites, les droits sociaux et les services publics, le gouvernement veut banaliser le travail le 1er-Mai au nom du profit et des lobbies économiques », dénonce-t-elle, appelant à se mobiliser ce même jour, à 12h, devant les locaux de l’Union patronale du Var.

    « Faire travailler davantage celles et ceux qui peinent à boucler les fins de mois ne répond en rien à l’explosion des prix [..], aux salaires qui stagnent et à la précarité qui gagne du terrain », pointent les syndicats, qui dénoncent également les manœuvres de « l’extrême droite, [qui] tente de détourner la colère sociale en désignant des boucs émissaires et en essayant de se mettre dans la poche du patronat. Elle vote contre les intérêts des salariés, les droits syndicaux, les solidarités ». Avant de conclure : « Le progrès social se construit par l’unité des travailleurs, pas par la division ! »

  • Au Centre pénitentiaire de la Farlède, une grève pour plus de sécurité après la prise d’otage d’une infirmière

    Au Centre pénitentiaire de la Farlède, une grève pour plus de sécurité après la prise d’otage d’une infirmière

    À l’entrée du Centre pénitentiaire de la Farlède, ce jeudi matin, trône une banderole sur laquelle on peut lire : « Prenez soin de nous comme on prend soin de vous. » Un message qui fait écho à la prise d’otage subie par une infirmière dimanche dernier, ressentie comme « une prise d’otage générale, qui a eu beaucoup de répercussions au niveau des salariés », décrit Ludivine, l’une des infirmières de l’établissement. Celles-ci se sont toutes réunies en blouses blanches, dès 7h, devant le centre pénitentiaire, répondant à l’appel à la grève des syndicats FO du Centre hospitalier Toulon-La Seyne (CHITS) et de l’établissement psychiatrique du Var.

    Un mouvement soutenu par les syndiqués FO Pénitentiaire avant leur prise de poste, la grève ne leur étant pas permise. Et qui pourra être reconduit « pour faire comprendre qu’on a besoin de réponse », affirme Jessica Michel, secrétaire générale FO CHITS, reçue ce vendredi par l’Agence régionale de santé (ARS), en compagnie de membres du personnel. « On va exiger de mettre la pression sur la direction du centre pénitentiaire pour mettre en œuvre les choses qu’on a demandées », promet-elle.

    Car selon la syndicaliste, cette situation aurait pu être évitée si les infirmières avaient été écoutées. Or, « on a toujours eu des réponses négatives de la part de la direction du centre, qui rétorque qu’on ne peut pas tout faire en milieu pénitentiaire. On peut l’entendre, sauf que la sécurité des agents est notre priorité, et que ce qu’on réclame est a priori faisable ».

    La surpopulation, facteur d’insécurité pour tous

    Les mesures demandées, dès lors : la création d’un troisième poste d’infirmière le week-end – elles n’étaient que deux au moment de l’incident -, et le renforcement du dispositif de sécurité. Cela, au moyen de portiques de sécurité positionnés devant l’infirmerie, d’un système d’alarme silencieuse déclenchable à tout moment contrairement aux alarmes sonores pouvant faire davantage dégénérer les situations. Mais aussi par un réaménagement des bureaux, avec l’installation d’alarmes, et un positionnement dos à la porte pour que les soignants puissent s’enfuir plus rapidement, chose qui a déjà commencé à être mise en place cette semaine.

    Derrière ces demandes, une réalité : celle d’un système carcéral à bout de souffle, où la surpopulation (130% à la Farlède, 850 détenus pour 660 places) « met en jeu la sécurité de tous, des détenus comme des personnels pénitentiaires et génère des pertes de qualité, bien évidemment », déplore Marion, l’une des infirmières. Pour autant, elle et ses collègues n’ont jamais pensé à exercer ailleurs, elles qui évoluent dans ce milieu par vocation et humanisme au nom de « l’accessibilité aux soins pour tous, à ces personnes-là qui sont au ban de la société ». Des détenus sur lesquels elles refusent de jeter l’opprobre : « Ils sont à nos côtés et sont généralement les premiers à nous protéger », appuie Ludivine.

    Au-delà de ces revendications, le manque de reconnaissance financière est également déploré par les soignants, à qui l’on octroie seulement une famélique prime de risque de 90 euros bruts mensuels : « Une revalorisation nationale du salaire infirmier est attendue depuis des années. Est-ce que la vie d’un soignant en détention vaut 90 euros, pour soigner des gens qui, comme on a pu le voir, peuvent nous prendre en otage ? », demande Ludivine.

    Des questions adressées aux pouvoirs publics à travers une lettre ouverte, alors que les syndicats ont sollicité une entrevue avec le préfet (jusqu’ici restée sans réponse), et que des échanges auront lieu entre les directions des établissements de santé et du centre pénitentiaire, les 24 et 25 juin.

  • Sauramps : inquiets pour leur avenir, les salariés réclament des réponses

    Sauramps : inquiets pour leur avenir, les salariés réclament des réponses

    L’heure est grave, chez Sauramps. Voilà plusieurs mois, maintenant, que les rayons sont clairsemés et que les tables d’exposition se vident sous les yeux désolés et impuissants des clients fidèles et des salariés. « On n’achète quasiment plus rien depuis le mois de mars », confie une salariée sous le sceau de l’anonymat. « On continue à accueillir le public, mais on ne reçoit plus de nouveautés. Or on sait combien c’est important dans un commerce de livres, puisqu’il en sort chaque semaine. On ne peut plus non plus commander les livres que les gens recherchent. Le fait de durer dans ce fonctionnement nous inquiète. »

    Alors qu’elle fête cette année ses 80 ans, la librairie historique de Montpellier, qui fut l’une des librairies indépendantes les plus importantes de France, est plus que jamais menacée. Les pertes cumulées s’élèveraient à 3,5 millions d’euros, en lien avec la crise du secteur et, semble-t-il, un loyer trop élevé. L’actionnaire et propriétaire du groupe, l’architecte François Fontès, pourrait rapidement, si aucune autre piste n’aboutit, demander que l’entreprise soit placée en redressement judiciaire.

    Pour la première fois en 40 ans d’existence de la manifestation, Sauramps n’a pas été, cette année, en mesure de participer à la Comédie du livre, signe supplémentaire que les voyants sont au rouge.

    « Des risques majeurs sur l’emploi »

    Ce n’est toutefois pas la première fois que Sauramps rencontre de graves difficultés financières. En mars 2017, le groupe avait été placé en redressement judiciaire avant d’être racheté par la société Ametis, appartenant à François Fontès. L’entité comptait alors cinq sites : Sauramps Comédie, Polymômes, Sauramps Odyssée et un espace au musée Fabre à Montpellier ainsi que Sauramps Cévennes à Alès. Il ne reste aujourd’hui que deux sites : Sauramps Comédie à Montpellier et la librairie d’Alès, les effectifs étant passés de plus de 90 salariés en 2020 à 54 aujourd’hui (47 à Montpellier et 7 à Alès).

    « Depuis de nombreux mois et de manière beaucoup plus alarmante depuis début mars, nous subissons une dégradation continue de la situation économique, financière et sociale du groupe », alertent publiquement les salariés de Sauramps dans une lettre ouverte distribuée le 4 juin aux passants. « Malgré nos sollicitations, nous n’avons obtenu aucune communication directe avec notre actionnaire unique et propriétaire de notre entreprise. De ses décisions dépend notre avenir », déplorent les salariés qui disent vivre ce « silence prolongé » comme « une profonde marque de mépris et d’incompréhension, alors que les équipes continuent, chaque jour, à faire vivre l’entreprise avec professionnalisme et engagement malgré des conditions considérablement dégradées ».

    « La conjoncture actuelle du monde du livre nous fait craindre le pire », confie un salarié montpelliérain. Après Gibert en avril, le groupe Nosoli, qui réunit les enseignes Furet du Nord et Decitre, a été placé à son tour en redressement judiciaire fin mai, posant la question de l’avenir des librairies. Ces dernières années en effet, la concurrence du commerce en ligne s’est intensifiée tandis que les habitudes de lecture ont évolué. Pour la première fois, le bilan annuel du Centre national du livre (CNL) recense davantage de fermetures (85) de librairies en France que de créations (83) en 2025.

    « La situation actuelle fait peser des risques majeurs sur l’emploi, sur notre entreprise à laquelle nous sommes profondément attachés », insistent les salariés qui « appellent à la responsabilité de l’actionnaire » et « demandent des réponses claires, concrètes et immédiates concernant notre avenir ».

    Amélie Goursaud

  • L’eau potable impropre à la consommation sur le port de Fos

    L’eau potable impropre à la consommation sur le port de Fos

    Interdite depuis l’année dernière, la consommation d’eau « humaine » est toujours proscrite pour ceux qui travaillent sur le Grand port maritime de Marseille (GPMM) a confirmé à nos confrères de Marsactu ce mercredi 10 juin le préfet des Bouches-du-Rhône. En cause : la présence de PFAS, des polluants dits « persistants », notamment produits par les entreprises de la chimie, à des seuils dépassant la limite de 0,1 microgrammes par litre pour 20 d’entre eux identifiés.

    Cet arrêté instaure depuis le 27 avril « des restrictions d’usage de l’eau destinée à la consommation [des] 50 000 personnes alimentées (…) par le GPMM, dans une logique de précaution et de protection des populations et dans l’attente de la mise en place d’un système de traitement », indique l’Agence régionale de santé (ARS) Paca dans une communication en date du 3 juin. Des prélèvements effectués en novembre 2024 explique l’ARS montrent la présence de PFAS sur la partie Ouest du GPMM. Elle constate « une non-conformité de l’eau à la limite de la somme des 20 PFAS », les 10 résultats s’échelonnant « entre 0,365 µg/l et 0,750 µg/l, la médiane s’élevant à 0,500 µg/l », précise-t-elle. Si la réglementation a changé le 1er janvier 2026 permettant au préfet d’intervenir, le GPMM a anticipé a-t-il indiqué à nos confrères interdisant la consommation dès 2025. Sur la source de cette pollution, « des études de modélisation pour retracer les PFAS » leur indique-t-il.

  • La clinique Jeanne d’Arc d’Arles en plein malaise social

    La clinique Jeanne d’Arc d’Arles en plein malaise social

    « Humilier n’est pas diriger ». Ces mots peints sur un drap étendu à l’entrée de la clinique Jeanne d’Arc d’Arles, mercredi, donnent le ton du conflit social en cours.

    « La seule demande que nous avons est le départ de notre directeur », indique Violette Vigne, secrétaire CFDT du CSE. À l’appui, une vingtaine de salariés en grève, plus une trentaine en soutien devant les portes de l’établissement en début d’après-midi. La rencontre avec la hiérarchie territoriale a débouché sur la suspension du mouvement, « le temps de voir si leurs directives sont appliquées » au local, selon la déléguée syndicale CFDT Aurore Desgrippes.

    « Nous sommes en conflit permanent depuis un an », relève l’élue au CSE. À tel point que deux mains courantes ont été déposées par deux salariés, dont une pour agression physique, et qu’un troisième a pris les services d’un avocat.

    « Les membres du CSE, vous êtes pas allés à l’école, la syntaxe s’apprend au lycée ». « Elle, elle comprend pas le français, c’est normal ». Telles sont les citations rapportées par les personnels rencontrés.

    « L’absentéisme a triplé »

    En outre, « plusieurs salariés ont été rétrogradés ou mis au placard car notre directeur n’a simplement pas envie de travailler avec », rapporte Violette Vigne. « On parle du bras droit de la direction interdite de sortir de son bureau et exclue de toutes les prises de décision », précise Aurore Desgrippes, indiquant un « absentéisme qui a triplé en un an ».

    Contacté, le groupe Elsan propriétaire n’a pas répondu à nos sollicitations. « Au moindre débordement, on reprend la grève » prévient la déléguée syndicale.

  • Les logisticiens de Decathlon prennent le relais de la grève

    Les logisticiens de Decathlon prennent le relais de la grève

    « La direction de Decathlon ne veut rien nous donner alors que tous les chiffres sont au vert. » Abdallah Draoui, délégué syndical CFDT de l’entrepôt des Aiguilles à Ensuès-la-Redonne, résume l’amertume des salariés en ce jour de grève de lundi. Après un premier round côté commercial samedi (notre édition du 8/06), les logisticiens de l’enseigne sportive prennent le relais de l’appel intersyndical à la mobilisation, notamment à la grève et au débrayage.

    Le piquet de ce lundi matin rassemble une trentaine de grévistes, avant que les syndicalistes n’aient fait le tour de l’entrepôt. Les poids lourds sont arrêtés au portail, pendant une quinzaine de minutes. Une action symbolique pour une cause bien réelle : celle des salaires. « La direction a refusé de répercuter l’augmentation du Smic », selon Abdallah Draoui, ce qui était pourtant auparavant de mise proportionnellement sur la grille des salaires. « Déjà qu’on n’a rien eu aux négociations annuelles obligatoires [NAO, Ndlr], en plus on nous prive de la hausse du Smic et on n’a même pas un euro de ticket restau », abonde Laurent Curti, délégué syndical CGT du site.

    Une exception est à noter : « On a eu un jour de congé payé et un dispositif mobilité verte, mais on n’a pas de voiture électrique et on ne covoiture pas », pointe le syndicaliste, railleur. Son confrère de la CFDT rapporte qu’en face « la direction est en avance de 80 millions d’euros sur sa trajectoire et que bientôt les actionnaires vont se virer encore 900 millions d’euros ». Laurent Curti rappelle les autres chiffres : 1,4 milliard d’euros, 412 millions ou encore 605 millions sur les dernières années.

    « On n’y arrive pas »

    Le pouvoir d’achat face à l’inflation n’est pas la seule bataille. « Le Smic a été la goutte d’eau, mais les conditions de travail sont également déplorables », tance Angélique Geraci, de la CFTC du site des Aiguilles. La syndicaliste parle « de plus en plus de charge de travail pour des objectifs qui sont inatteignables. On ouvre déjà 24 heures sur 24 pour livrer 70 magasins et on n’y arrive pas quand on nous demande de traiter une commande de l’un d’eux en 24 heures » au lieu de 48. Les primes, liées au chiffre d’affaires, en pâtissent : « On n’y arrive juste pas, et les primes trimestrielles ont le même calcul. »

    Mais cette marche forcée est censée être justifiée par l’assistance de la technologie. « Ils ont investi 20 millions d’euros dans la mécanisation », remarque Abdallah Draoui. « Mais ce n’est pas encore au point pour marcher comme ils l’espéraient », complète Laurent Curti. Un matériel qui nécessite une astreinte de techniciens de maintenance du prestataire.

    Mais la logique du « travailler plus pour gagner plus » rapportée par Abdallah Draoui trouve ses limites. « Seule la suractivité paye à 150% du salaire. Mais la direction planifie à l’avance et on n’a plus que quelques heures ici et là », pointe Laurent Curti, quand Frédéric Pellier de FO rappelle qu’« il n’y a pas de majoration le dimanche ».

    Contactée, la direction de Decathlon assure du « maintien d’un dialogue social régulier, constructif et continu. L’entreprise reste à l’écoute de l’ensemble de ses collaborateurs au quotidien. »

    En face, 80 revendications restent non satisfaites.

  • La CPMM mise à l’honneur au 54e congrès de la CGT

    La CPMM mise à l’honneur au 54e congrès de la CGT

    Faire rayonner la CPMM. » C’est l’objectif de la présence d’une délégation de la coopérative, en charge de la distribution de la presse sur une partie de la Région Sud, et issue d’une lutte de haute volée, au 54e congrès de la CGT à Tours. « On voulait interpeller les délégués au congrès sur les risques pour la démocratie en lien avec la pérennité de notre coopérative », résume Maxime Picard, président de la CPMM, aux côtés de Nicolas Guglielmacci et d’Hélène Honde. Tous trois chevilles ouvrières de la reprise par ses salariés de l’ancienne société SAD, liquidée judiciairement en 2020 avec la fin de Presstalis (ancienne messagerie nationale de presse), leur présence est plus que symbolique. « Avec la CGT, il y a une histoire commune : les anciens salariés ont monté un projet de reprise avec leur syndicat et d’autres organisations CGT », rappelle le président.

    Une histoire qui se poursuit : « Il y a actuellement un combat mené par l’ensemble de la CPMM. Sur les 24 millions d’euros d’aides exclusivement fléchées sur la distribution de la presse, les dépositaires dont la CPMM, ne reçoivent absolument rien », dénonce Maxime Picard. De quoi mettre en péril son modèle économique, et donc l’accès à une presse pluraliste. D’où la volonté de « sensibiliser sur les enjeux politiques autour de la distribution de la presse et l’accès à l’information ». Leur présence avec un stand a donc fait coup double puisqu’une palette d’offres était mise à disposition des congressistes, dont une participation Mondial La Marseillaise des CSE. En clair, permettre d’aider à « l’équilibre économique de la coopérative » tout en prônant les valeurs de la structure sociale et solidaire.

  • Que du beau pour la grande vente de la communauté d’Emmaüs Saint-Marcel

    Que du beau pour la grande vente de la communauté d’Emmaüs Saint-Marcel

    « Samedi, on vend ce qu’on a de meilleur, c’est du très bon état. Il faut qu’on casse la baraque ! », lance joyeusement Roselyne bénévole depuis 25 ans à la communauté. Et de poursuivre en s’affairant : « Nous n’avons que deux grandes ventes dans l’année, alors on garde les belles choses, les marques pour ce jour-là. Vous allez vous croire aux Galeries Lafayette. » Non sans oublier de rappeler qu’« acheter à Emmaüs, c’est un acte solidaire et engagé ».

    Fermé pendant deux jours pour tout préparer, bénévoles et salariés, environ 70 personnes s’activent à tous les niveaux de la communauté. Du neuf arrive et des invendus repartent au recyclage. À la tête de l’équipe, Hami Kahia-Tani est le nouveau responsable fraîchement arrivé depuis un mois et demi tandis que Stéfania Crotti le seconde. « C’est une vente d’été alors, nous avons beaucoup de mobilier de jardin neuf, au tiers du prix. ça vaut vraiment le coup », détaille Hami. « Mais aussi, des meubles anciens dans la grande salle des ventes, de la vaisselle, des verres, du petit et du gros électroménager. Mais aussi bien sûr des vêtements, des sacs et des chaussures », poursuit-il. Tout au fond du grand hangar, on s’affaire dans la partie électroménager. « On nettoie, on range. On a des vrais climatiseurs, des micro-ondes, des machines à laver, des télévisions… et tout a été contrôlé », présente Patrick compagnon arrivé il y a un an.

    Évoluer sans cesse

    Concernant les vêtements, Hami est sans appel : « Frip insertion à Saint-Marcel, c’est la ligue des champions du textile. » Camélia la responsable sourit et confirme : « Chapeaux, maillots neufs, tongs, sac de plage, serviettes, nous avons. Mais aussi des vêtements griffés, des carrés de soie, et des sacs de marque. » Mais le responsable sait qu’il faut évoluer sans cesse. « Pourquoi pas créer un dressing à 1 euro ? » Le quartier bénéficie de pas mal de donateurs mais la demande est forte. « Ici, tout le monde peut s’équiper. Les plus précaires, mais aussi les curieux sans critères d’âge », assure-t-il. En perspective, il y a aussi la volonté d’installer des bennes à ferraille pour mieux trier les métaux et de former un compagnon. Mais aussi d’arriver à garantir le gros électroménager. Véritable lieu de vie, Saint-Marcel attend beaucoup de monde samedi, et on comprend pourquoi.

    Rendez-vous le samedi 6 juin de 9h à 18h à la communauté Emmaüs Saint-Marcel au 46 Boulevard de la Cartonnerie, 13011, Marseille

  • L’avenir de l’hôtel Première Classe de la Seyne-sur-Mer toujours aussi incertain

    L’avenir de l’hôtel Première Classe de la Seyne-sur-Mer toujours aussi incertain

    C’est une partie de billard à trois bandes qui se joue actuellement entre le propriétaire, le gestionnaire et les employés de l’hôtel Première Classe de La Seyne. Ces derniers, accompagnés de représentants de l’Union Locale CGT, ont mené une action devant l’inspection du travail de Toulon, jeudi, où ils ont été reçus dans la matinée, face à une situation qui n’évolue pas.

    Depuis début février, neuf salariés sont en arrêt maladie, confrontés à une succession de retards de salaire, puis à une absence de paiement à partir de novembre. L’établissement a été placé en redressement judiciaire le 28 avril, mais rien n’évolue pour les salariés, toujours dans l’expectative et seulement indemnisés à hauteur de 50% de leur salaire. L’UL CGT de La Seyne a pourtant tenté un référé à ce sujet, en mars, mais celui-ci n’a pas été pris en compte par le tribunal de commerce. « Ce qui nous engage dans une procédure longue, sur le fond. Ça étonne l’Inspection du travail, tout comme la non-reconnaissance du tort de l’employeur », affirme Marc Louis, secrétaire général de l’UL CGT La Seyne.

    « On ne savait pas que le redressement allait durer six mois », s’inquiète une employée. Ses collègues et elle espéraient une évolution rapide, avec une éventuelle « liquidation pour que la propriétaire reprenne l’établissement ou qu’on ait des indemnités de licenciement et qu’on sorte de cette situation ». Celle-ci pourrait ne jamais arriver. Le gérant, Matthieu Derats, assure que ce n’est pas à l’ordre du jour, information confirmée par l’Inspection du travail. En revanche, une procédure a été engagée par la propriétaire – qui n’est autre que la mère du gérant – envers ce dernier pour mauvaise gestion. L’audience est prévue le 18 juin devant le tribunal de commerce, mais ne conduira pas au dépôt de bilan.

    Employés en arrêt et propriétaire mis en cause

    « On n’envisageait pas la démission, là, on commence à y penser », avoue l’employée, toutefois prête, à l’instar de ses collègues, à retourner au travail « si aucune solution n’est trouvée ». Ils pourraient ne pas avoir le choix : trois d’entre eux n’ayant plus droit aux indemnités, retoquées par l’Assurance maladie. Une salariée a même été soumise à une procédure de licenciement lorsqu’elle a voulu reprendre, finalement annulée, car le redressement judiciaire en cours ne le permet pas.

    De son côté, Matthieu Derats dit ne pas comprendre l’objectif de ses employés : « Avec le redressement, ils vont être indemnisés par le régime de garantie des salaires (AGS). Ils n’obtiendront pas plus, pas moins. » Et dit regretter aussi la situation : « Il y a peut-être eu des manquements, mais les salariés ont participé à la situation par leur attitude et l’abandon de leurs postes. » Quant à la question du maintien de l’activité malgré le manque d’effectif, le directeur dit travailler avec une entreprise prestataire.

    Trois employés continuent par ailleurs de travailler. L’un d’eux, arrivé fin janvier, alors que le torchon brûlait depuis longtemps, fustige le choix de ses collègues : « L’intérêt commun est la continuité de l’activité. Il y a eu des comportements, des actes de négligence, qui ont contribué à aggraver la situation de la trésorerie. » Une situation imputable, selon lui, à la propriétaire des lieux, que nous ne sommes pas parvenus à joindre. « Les difficultés viennent de ses carences et de l’activité elle-même, qui n’est pas rentable. On parle du sort des salariés : elle n’a aucune intention de les reprendre. Elle souhaite vendre, pour son intérêt capitalistique », assure-t-il.

    La CGT promet de rester mobilisée pour le paiement des salaires non versés. « L’inspection du travail envisage de saisir d’autres administrations au vu de la nature du dossier », précise Marc Louis, malgré tout satisfait de cette audience « qui a fait avancer les choses. On aimerait que ça aille plus vite, mais on en saura sûrement davantage d’ici septembre ». À l’issue du redressement judiciaire, donc.

  • [Entretien] Matthieu Trubert, Ugict-CGT : « Le gain en productivité n’est pas vraiment mesuré »

    [Entretien] Matthieu Trubert, Ugict-CGT : « Le gain en productivité n’est pas vraiment mesuré »

    La Marseillaise : L’arrivée de la mécanisation a transformé les métiers ouvriers. L’apparition de l’intelligence artificielle (IA) générative va-t-elle transformer celui des cadres ?

    Matthieu Trubert : Alors effectivement, dans le cas de l’IA générative, si le paradigme est de réduire la masse salariale, de remplacer l’humain par la machine, tous les métiers de type journaliste, traducteur, doubleur, développeur sont un peu en première ligne. C’est typiquement le genre de métier où il est assez facile, et je parle en termes d’organisation, pas en termes de qualité de travail rendu, que la technologie fasse écran à l’homme et le remplace. En fait, in fine, c’est toujours une question de choix de l’organisation du travail. Là, il s’agit du scénario du pire, où l’humain n’a plus vraiment de contrôle sur ce qui est produit.

    D’autant que, d’un point de vue uniquement productiviste, nous n’avons pas beaucoup de recul sur l’efficacité de l’IA…

    M.T. : On vante souvent les gains en productivité qu’apporterait l’introduction d’une IA générative. Mais ça n’est jamais vraiment mesuré. Tout ça est avancé au doigt mouillé. On va introduire la technologie en décrétant que ça fonctionnera forcément très bien. Il y a assez peu de temps et de moyens donnés à l’expérimentation pour conclure qu’effectivement, ça va bien répondre aux besoins. C’est pour ça qu’on assiste parfois à des retours en arrière. [En Suède, l’entreprise Klarna, après avoir dit adieu à de nombreux employés au profit de l’IA, a été forcée à un retour en arrière, ses clients manifestant un mécontentement croissant, Ndlr].

    On peut aussi se poser la question de la dette technologique. Typiquement, sur les métiers du développement, on va avoir une IA qui va générer énormément de code sur lequel les développeurs seniors pourront porter un regard critique, selon la volumétrie qui est produite, évidemment. Mais quand ces personnes quitteront l’entreprise, qui sera en capacité de porter ce regard ? Et le jour où ça commencera à ne plus fonctionner, qui va être en capacité de régler le problème ? Plus personne n’a la maîtrise du système. C’est ce qu’on appelle la dette technologique.

    Si toutefois il y avait gain, n’y a-t-il pas une meilleure façon de l’exploiter que la réduction de la masse salariale ?

    M.T. : Le danger avec l’IA, et c’est le cas avec toutes les transformations numériques, c’est qu’on favorise l’accélération du travail à son amélioration. Le meilleur scénario suppose que l’IA nous décharge effectivement d’une partie de nos tâches, sans que nous soyons juste poussés à davantage produire. Dans ce cas, plein d’options, autres que la réduction de la masse salariale, sont possibles : investir dans la formation, investir dans la réduction du temps de travail…

    L’IA n’est-elle pas, de toute façon, confrontée à un certain plafond de verre énergétique ?

    M.T. : Clairement, il va y avoir un problème. Aux États-Unis, ils prévoient de créer un data center qui fait 1,5 fois la taille de Paris et qui va consommer 4 fois la consommation électrique annuelle de la capitale. Donc, on va se heurter à de gros problèmes aussi bien en termes d’exploitation des matériaux stratégiques qu’en termes d’artificialisation des sols, de stress hydrique ou électrique. Mais il est possible d’utiliser une IA plus sobre, qui tourne de manière localisée sur notre ordinateur ou notre téléphone. Elle n’a pas besoin de faire tourner des data centers. Ça pourrait être une manière plus raisonnable d’utiliser l’IA.