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  • [Rue de la République] Martine Vassal : « Je suis la seule alternative à Benoît Payan, le RN ne gagnera pas Marseille »

    [Rue de la République] Martine Vassal : « Je suis la seule alternative à Benoît Payan, le RN ne gagnera pas Marseille »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie
    du territoire. Ce week-end, Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix Marseille Provence et du Département des Bouches-du-Rhône, candidate DVD à la mairie
    de Marseille.

    La dernière ligne droite

    Didier Gesualdi : Dans quel état d’esprit êtes-vous dans cette dernière ligne droite ?

    J’ai le sourire parce que j’ai une très belle liste, avec des personnes compétentes dans leur domaine que ce soit l’économie, l’éducation, la santé, le sport, la culture et avec des gens expérimentés. On déroule. On essaye de faire passer nos idées et de parler de fond.

    Didier Gesualdi : Vous évacuez les difficultés que des analystes ont pointées avec des sondages plus mauvais que quand vous avez commencé ?

    Tout à fait. Le sondage qui va compter, ce sera le résultat du 15 mars au soir.

    Didier Gesualdi : Ce n’est pas plié ?

    Une élection n’est jamais gagnée d’avance.

    Léo Purguette : Dans vos rencontres de terrain que vous disent les Marseillais ?

    Le mot d’ordre que je ressens, notamment depuis janvier, c’est « surtout ne lâchez pas ». Ça me fait chaud au cœur parce que je sens une population très déçue de ce qui s’est passé durant ces six dernières années. D’abord avec le « switch ». Le fait que Mme Rubirola ait gagné et qu’au bout de quelques mois elle ait été remplacée par M. Payan, ça ne passe pas du tout chez les Marseillaises et les Marseillais. Beaucoup me disent « vous avez fait plein de choses à la Métropole et au Département on espère la même chose pour la Ville ». Après, je sens aussi qu’il y a une forte montée du RN qui surfe sur les colères et les peurs. C’est vrai pour la totalité des Français, pas seulement ici à Marseille. Il ne faut pas confondre les élections. C’est une élection locale, pas nationale.

    Didier Gesualdi : Avez-vous un problème de positionnement politique, êtes-vous allé trop à droite ?

    Je pense qu’il y a eu une nationalisation du débat qui vole aux Marseillais leur élection. Un maire -j’en côtoie beaucoup à la Métropole- quelle que soit la grosseur de la commune, c’est quelqu’un de très engagé, qui défend ses habitants, qui les protège. C’est ça qui m’intéresse. C’est pour ça que j’ai rassemblé de l’écologie raisonnable en passant par le centre, jusqu’à la droite affirmée. C’est pour ça que j’ai gardé mon étiquette divers droite. Ma liste ressemble à Marseille.

    La Liste

    Léo Purguette : Ne reconnaissez-vous pas, tout de même, des erreurs dans la composition des listes ?

    La mienne ?

    Léo Purguette : Oui, dans les 11-12 par exemple avec Mme Philippe, une ancienne RN qui a choqué par ses propos.

    Écoutez, il faut expliquer qu’il y a eu un changement. Il y a eu la réforme PLM. Il y aura deux urnes. Une sur le secteur, une de 111 noms pour la mairie centrale, les mêmes pour toute la ville. Les élus de secteur, je les ai laissés composer leurs listes. Après, il y a eu peut-être quelques infiltrés qui ont essayé de nous mettre un peu la panique, mais ce n’est pas très grave. L’important c’est ce qu’on propose aux Marseillaises et aux Marseillais. J’ajoute que le législateur n’est pas allé au bout et ne nous a toujours pas donné les compétences des mairies de secteur. C’est un peu dommage cette réforme à la va-vite qui éloigne les citoyens des décisions.

    Didier Gesualdi : Donc pas d’erreur ?

    Franchement je suis très fière de mes 111 noms. 49 ans de moyenne d’âge, vous allez me dire que je suis dans la moyenne… Pas tout à fait, un peu plus… On va dire hors taxe. C’est une liste qui rassemble largement, notamment des personnes qui viennent de la société civile et qui sont quand même un peu choquées de la violence de cette campagne. C’est même un climat dégueulasse, j’ose le mot. C’est une campagne en dessous de la ceinture, au niveau des caniveaux. Je regrette vraiment qu’il soit si peu question de fond.

    La campagne

    Didier Gesualdi : La violence d’une campagne vous ne la découvrez pas, il faut presque y être préparé pour devenir maire.

    Oui mais elle va crescendo, elle va avec la violence qu’on retrouve dans la France entière. Les scrutins sont de plus en plus violents, agressifs… Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on veut faire de cette ville. On a perdu six ans, on ne va pas perdre encore sept ans de plus.

    Léo Purguette : Vendredi, Jordan Bardella était à Marseille. On sent bien que le RN veut faire de Marseille un grand symbole, et en cas de victoire, un laboratoire.

    Ça vous inquiète ?

    Mais je ne me suis jamais considérée comme un rat de laboratoire. On a nos spécificités ici à Marseille. Je laisse les Parisiens là où ils sont. On s’est toujours très bien débrouillé sans eux, et on va continuer comme ça. Vous savez, les appareils, la nomenklatura parisienne… Il n’y a qu’une chose qui m’intéresse c’est Marseille. C’est pour ça que je suis restée divers droite : mon parti, c’est Marseille. Ça fait 10 ans pour le Département, 8 ans pour la Métropole, que je préside des institutions formidables. On a refait le territoire avec tous les maires qui étaient volontaires. On a fait la révolution des transports, elle est là, on la voit.

    Le second tour

    Didier Gesualdi : À quoi va ressembler le second tour ? Quadrangulaire ? Triangulaire ?

    Je suis le rempart pour changer les choses, pour que le Printemps marseillais, avec la France insoumise, ne dirigent plus cette ville. Pourquoi je dis que le RN ne gagnera pas : parce que Marseille c’est 2 600 ans d’histoire, c’est du multiculturalisme, c’est des tas de personnes arrivées au fil des années. On a grandi de nos différences. On a vécu les uns à côté des autres. Elle ne sera jamais RN contrairement à ce que veulent instiller certains médias parisiens.

    Léo Purguette : Donc vous estimez être l’alternative à Benoît Payan ?

    Absolument, je suis la seule alternative. Si aujourd’hui, Benoît Payan ne parle pas de programme, ne veut pas faire de débat et qu’il agite le chiffon rouge c’est parce qu’il a eu un mandat où il n’a rien fait et qu’il espère un mandat où il ne fera rien.

    Les propositions

    Léo Purguette : Quelles sont vos propositions principales ? Vous avez beaucoup parlé sécurité.

    Effectivement vous avez raison. C’est une problématique qui revient régulièrement. Combien de fois j’ai entendu « je ne descends plus en ville parce que j’ai peur ». Moi je n’habite pas très loin, c’est vrai que sur le Vieux-Port à 20h on n’est pas très rassuré. Quand on veut aller au manège sur la place Charles de Gaulle avec les enfants et qu’on voit ce qu’il y a autour, ce n’est pas très engageant. Oui, il faut un choc d’autorité sur cette ville. Je ne suis pas dans la course à l’échalote sur les chiffres mais oui, il faut plus de policiers municipaux, plus de caméras, utiliser des drones…

    Didier Gesualdi : Benoît Payan a doublé la police municipale ce que vous n’aviez pas fait en 25 ans.

    Je suis présidente de la Métropole et du Département. Comme vous le voyez, je ne suis pas Jean-Claude Gaudin. J’ai beaucoup de respect pour lui, je ne suis pas sûr que d’autres élus marseillais aient le même respect pour leur mentor d’ailleurs. Oui, il faut que le maire assure la tranquillité publique, c’est sa mission. Il faut aussi qu’il soit dans un continuum de sécurité avec la police nationale, c’est là que j’ai proposé le dispositif Argos, c’est ce qu’on fait quand il y a des incendies, des inondations. On se met tous ensemble, on fait tomber les cloisons. C’est ce qui manque à Marseille, en matière de sécurité mais aussi dans d’autres domaines. Je veux que les jeunes qui sont borderline qui commencent à tomber dans la délinquance on les récupère tout de suite pour leur donner une seconde chance. C’est pour ça que je propose des maisons de la réussite. Le métier le plus compliqué, c’est celui d’être parent, il faut les soutenir. Il faut aussi assurer aux jeunes un autre avenir.

    Didier Gesualdi : Il faut pour cela des services publics, le Printemps marseillais dit en avoir remis en place, avez-vous des propositions sur le sujet ?

    Bien sûr, là aussi, il ne faut plus travailler en silo. Vous avez la Ville qui travaille avec le CCAS, la Métropole avec la politique de la Ville, le Département avec les maisons de la solidarité… Il faut être main dans la main. C’est ma conception une fois que le débat démocratique a eu lieu. À condition d’être sérieux. Excusez-moi, quand je vois le programme du Printemps marseillais, c’est un programme intelligence artificielle de 128 pages sorti en une semaine avec des choses complètement irréalistes, dingues, qui ne se feront jamais, comme la jetée amovible dans le port ou la forêt avec des arbres centenaires sur les plages du Prado. Tout cela est illusoire. De l’autre côté on a un RN, simpliste, avec un candidat qui appelle maman Le Pen et papa Bardella pour venir à son secours. Il l’a fait monter à Notre-Dame de la Garde, vendredi. J’espère qu’il a mis les pois chiches dans les chaussures mais il ne connaît rien à Marseille. C’est un touriste électoral. Quand on propose des pass pour interdire les plages à une partie de la population, quand on veut faire un couvre-feu, quand leur candidat dans les 6-8 dit que les jeunes qui font du foot ça fait du bruit… ça fait froid dans le dos. Que fait le RN ? Il surfe sur les peurs.

    Léo Purguette : Vous êtes un peu dans une tenaille. Vous dites que la gauche est irréaliste mais pour gagner il faut aussi faire un peu rêver, donner envie non ?

    La ville a tellement pris de retard qu’aujourd’hui il faut répondre aux problématiques qui sont simples : la sécurité, la propreté, la tranquillité, mais c’est aussi des endroits comme le Centre Bourse à revitaliser. La Belle de Mai, quartier le plus pauvre d’Europe où il y a des marchands de sommeil, des squatteurs… À côté d’une gare Saint-Charles qui va être absolument magnifique. Je l’ai fait inclure dans Euroméditerranée pour aménager ces espaces. Je vais peut-être vous choquer mais ce que j’aimerais, c’est qu’un maximum de Marseillais devienne propriétaire, parce que, quand on a sa propre maison, c’est un havre de paix. Aujourd’hui, on a du mal à louer, du mal à acheter. C’est pourquoi je veux instaurer un prêt à taux zéro pour les primo-accédants et un bail réel solidaire qui permet d’acheter les murs mais pas le sol et grâce auquel vous payez 40% de moins votre logement. C’est le droit à se loger, pas le droit à spéculer.

    La Métropole

    Didier Gesualdi : Vous proposez de réformer la Métropole, vous êtes à sa tête depuis un moment. Qu’est-ce qui cloche ?

    Elle est née avec les forceps, il y a 10 ans en 2016. J’ai eu l’honneur d’en prendre la présidence en 2018. Une loi a supprimé les conseils de territoires en 2022. Il faut lancer un acte III pour qu’on se recentre sur les compétences comme l’économie, la mobilité, l’environnement, la gestion des déchets… On a déjà commencé sur Aix, ça marche très bien. Marseille voulait récupérer la propreté mais au dernier moment Benoît Payan a reculé, c’était trop de travail.

    Didier Gesualdi : Il dit que vous ne lui donniez pas les moyens.

    C’est faux, il ment. Maintenant ce que je propose c’est qu’une fois les maires élus, on travaille pour qu’en 2027 on ait une Métropole stabilisée au niveau politique et financier.

    Léo Purguette : On vous entend vous projeter. Vous serez candidate à la présidence quel que soit le résultat des municipales ? Certains dans votre camp s’activent en coulisses.

    C’est normal. Personne n’est éternel. Mais on n’en est pas là. Il va y avoir un premier tour, un deuxième tour et après il y aura ce troisième tour.

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jocelyne Alba :

    Bonjour Madame. Je ne partage pas vos idées mais je suis intéressée de connaître vos propositions pour les droits des femmes alors que nous approchons du 8 mars. Après tout, vous êtes seule candidate.

    C’est une question fondamentale. Aujourd’hui, il y a beaucoup trop de violences sur les femmes et les enfants, quelques hommes aussi, qu’il ne faut pas oublier. Pour les faire reculer, il faut mettre en place des dispositifs. Je l’ai fait au Département, je le ferai à la Ville de Marseille. Je voudrais acheter des logements sociaux et les mettre à disposition des femmes qui subissent des violences. Il faut aussi aider encore plus les associations qui font de l’accueil. Très souvent on oblige les femmes à raconter 50 fois leur histoire, c’est très compliqué. Il faut améliorer l’accompagnement sur le plan psychologique et judiciaire.

    Par ailleurs, on dit souvent que c’est difficile de pouvoir mener de front, quand on est une femme, sa vie professionnelle, familiale et personnelle. Je souhaite instaurer un droit opposable à la garde d’enfants. C’est-à-dire avoir une priorité pour les femmes qui vont travailler pour avoir une place en crèche. Je souhaite doubler leur nombre, faire un audit très précis des places publiques, privées et des assistantes maternelles. Je propose aussi d’agir pour ceux qu’on appelle « les orphelins de 16h30 », parce qu’ils se retrouvent tous seuls en fin d’après-midi, avec des « maisons de la réussite » et de l’intergénérationnel en embauchant des personnes retraitées pour faire de l’aide au devoir. C’est important parce qu’on est tous passé par là, après une longue journée de travail, ça peut finir dans les cris… Il faut tendre la main à chacun. L’égalité femme-homme n’est pas encore là. Il faut continuer dans ce sens.

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invitée Martine Vassal

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invitée Martine Vassal

    Municipales de Marseille, listes, programme, soutiens, priorités…

  • [Rue de la République] Benoît Payan : « Tout est là pour que le RN puisse gagner la ville, mais je ne le laisserai pas faire  »

    [Rue de la République] Benoît Payan : « Tout est là pour que le RN puisse gagner la ville, mais je ne le laisserai pas faire  »

    la liste

    Didier Gesualdi : Vous avez attendu presque la limite pour déposer votre liste. Vous insistez sur le renouvellement, pourquoi ?

    C’est important pour nous, parce que c’est dans l’esprit du Printemps marseillais de provoquer une nouvelle adhésion, une nouvelle envie, un nouveau chemin. Il y a des gens d’expérience qui ont lancé le Printemps marseillais et qui sont toujours ici et puis il y a des nouvelles personnes qui sont entrées sur notre liste. Des jeunes, des gens qui arrivent de milieux différents, de tous les endroits de la ville. Pour nous, il était important d’avoir un conseil municipal à l’image de cette ville. Marseille, pendant très longtemps, a souffert d’une uniformité du conseil municipal. Or, c’est une ville très particulière qui mérite d’avoir une représentation municipale qui lui ressemble. Je crois qu’on a réussi un exercice démocratique merveilleux où tous les quartiers, toutes les sensibilités, sont représentés. Les candidats de cette liste, avec des différences, partagent cette envie d’une ville plus juste, plus belle, plus fraternelle, où on se sent bien.

    Didier Gesualdi : On entend aussi des déçus, des critiques sur la verticalité disant que le Printemps marseillais, c’est fini…

    Je ne vais pas m’arrêter à tous les cailloux que la droite sème sur la route de cette élection municipale. Je ne tire pas sur les ambulances. Ce qui m’intéresse, c’est à la fois ce qu’on a fait, le programme et le renouvellement. Qu’est-ce qu’il se passe quand on renouvelle une liste ? C’est l’histoire de la vie : il y a des gens qui entrent et des gens qui sortent. On n’est pas élu pour toute la vie. Moi-même, je ne le serai pas. C’est important pour nous d’amener de nouvelles personnes à siéger. Vous allez voir un conseil municipal avec quasiment 50% de nouveaux entrants, avec beaucoup de jeunes qui ont des parcours différents, mais un engagement profond pour cette ville. Moi, c’est ce qui m’a guidé, c’est cet engagement universel pour la justice sociale, l’écologie. Cette ville est à la croisée des chemins, cette liste ne pouvait être autre chose que le rassemblement de celles et ceux qui ne veulent pas la voir se diviser, se fracturer. Ce n’est pas une élection municipale comme une autre. Pour la première fois, elle peut tomber dans les mains du RN.

    Léo Purguette : Est-ce que l’ordre préfigure la répartition des rôles. Michèle Rubirola sera-t-elle, par exemple, première adjointe ?

    Ça ne fonctionne jamais comme ça. Il y a une liste puis l’élection par le conseil municipal du maire et des adjoints. Les grands équilibres ne sont pas bouleversés, mais il y aura de nouveaux adjoints et de nouvelles adjointes, de nouvelles délégations car en 2026, on n’est pas en 2020 et on prépare la ville pour 2033. Il faut se projeter.

    LE POSITIONNEMENT POLITIQUE

    Léo Purguette : Quel est le positionnement de votre liste ? Elle regroupe de nombreux partis de gauche, vous avez été critiqué par certains au PRG, mais selon les sondages, il semblerait qu’un électorat de centre-gauche vous rejoigne ?

    Ce n’est pas certains, c’est une personne, qui pensait que sa place lui était due. Je ne suis pas là pour commenter les ego des uns et des autres, je comprends qu’il puisse être déçu, mais je crois que ce qui intéresse les Marseillaises et les Marseillais, c’est « à quoi ressemble la liste ». Vous savez, j’ai traversé le Vieux-Port pour venir à La Marseillaise, il n’y a pas une seule personne qui m’a demandé qui était 31e ou 32e. Les gens veulent savoir si la ville sera propre, s’il y aura des tramways, de la sécurité, du social, des logements… Les gens sont très loin des histoires des journalistes et des politiques.

    Didier Gesualdi : Amine Kessaci est 3e sur votre liste. Quel message politique ? Renaud Muselier avait parlé ici de syndrome de Stockholm à propos de son engagement à vos côtés.

    Je ne prononcerai plus le nom du président de Région à partir du moment où il s’est comporté ainsi avec Amine Kessaci. Je ne sais pas s’il mesure la grande honte qui s’est abattue sur lui ce jour-là, en expliquant qu’Amine Kessaci avait le syndrome de Stockholm. D’abord, je pense que pour un médecin, c’est gravissime. C’est une faute déontologique. Et ensuite vis-à-vis de ce qu’ont vécu Amine et sa famille, c’est une faute morale majeure.

    LE NARCOTRAFIC

    Léo Purguette : Au-delà de la polémique, Amine Kessaci, c’est pour vous un signal d’intransigeance envoyé au narcotrafic ?

    Amine Kessaci a 22 ans. C’est un garçon d’un courage exemplaire. Sa vie ne tient qu’à un fil. Il est protégé jour et nuit par des policiers qui font un travail exceptionnel. Malgré les difficultés, les épreuves, les drames, il s’engage. Il a décidé de ne pas se taire devant ces criminels sanguinaires qui ont voulu le faire taire, qui veulent nous faire taire. Amine s’est relevé. Mener la guerre aux narcotrafiquants, c’est évidemment une question qui regarde l’État et j’ai été abasourdi, dans cette campagne, de voir mes adversaires se vautrer dans l’approximation, dans la démagogie, le mensonge… Pourquoi faire croire qu’un maire aurait les pouvoirs du ministre de l’Intérieur, de celui de la Justice… J’ai déjà eu l’occasion de dire sur le plateau de « Rue de la République » qu’il ne fallait pas couper les tentacules, mais la tête de la pieuvre. Pour cela, il faut des magistrats, de la police spécialisée, de la police aux frontières, il faut remonter les filières de blanchiment… Je me souviens de moments très difficiles dans mon mandat de maire. Annoncer à un grand-père, qui jouait tranquillement au rami, que son petit-fils venait de mourir. Il faut le retour de l’État, un continuum de sécurité, le retour des services publics dans les quartiers populaires. C’est là-dessus que nous, Ville de Marseille, avons mis le paquet.

    LES MOYENS

    Léo Purguette : Aurez-vous les moyens de faire face avec un État qui baisse les moyens des collectivités ?

    Nous sommes la seule collectivité capable de nous désendetter sans austérité. L’argent, ça se gère. On a renégocié avec les banquiers. Et au lieu de faire comme l’ancienne municipalité le « Red Bull Crashed Ice », deux jours de compétition pour des millions… Nous faisons des animations pour tous. Et puis on ira trouver les moyens. Je me souviens d’une question de vous M. Purguette, il y a six ans. J’étais candidat, j’avais dit que l’on allait mettre un milliard d’euros dans les écoles. Vous m’aviez demandé « comment allez-vous faire ? » En fait, nous avons mis 1,4 milliard dans les écoles. La volonté politique dépasse tout.

    Léo Purguette : Vous excluez le levier fiscal ?

    Il n’y a rien à exclure car je ne sais pas ce qu’il peut se passer en 2027 et que le pire peut arriver dans ce pays avec le RN. Franck Allisio fait des belles promesses, mais quand il est à Paris, il vote des baisses de moyens pour les communes qui équivaudraient à Marseille à l’intégralité la cantine et de la paie des policiers municipaux.

    LE POUVOIR D’ACHAT

    Léo Purguette : Quelles sont vos propositions pour le pouvoir d’achat ?

    La gratuité des petits-déjeuners pour les petites marseillaises et les petits marseillais. On a fait un test dans l’école Belsunce. On s’est rendu compte que tous les petits qui avaient ce petit-déjeuner gratuit avaient une attitude beaucoup plus éveillée, positive, et que leurs résultats étaient grandement améliorés. Passer d’une école à 15 000 enfants, ça va être un processus exceptionnel. Et c’est finançable, on y arrive, on est une ville capable de faire ça.

    Didier Gesualdi : Ce n’est pas démago de promettre le tunnel Prado-Carénage à 1 euro ?

    Ce qui serait démago, ce serait de dire « je vais envahir le tunnel » ou de dire « ce n’est pas faisable ». Ça signifierait que la politique ne sert à rien. Je crois le contraire. Des élus confrontés à la même problématique que nous, dans le tunnel du Mont Blanc, ont fait baisser de 80% le passage.

    L’EXTRÊME DROITE

    Léo Purguette : Le RN est donné à un niveau historiquement haut. À quoi attribuez-vous cela ? Si on vous suit, c’est la faute de l’État qui ne garantit pas la sécurité ?

    Il est hors de question pour moi de dire que c’est la responsabilité de l’État. Le RN joue sur les peurs des gens. Quand vous avez en continu des images improbables sur certaines chaînes de télévision, vous vivez dans un climat anxiogène. Il y a aussi de l’insécurité. Vous croyez que j’ai doublé la police municipale parce que ça pouvait me faire plaisir ? C’est parce qu’il fallait le faire. Vous pensez que je vais encore la doubler parce que je serais dans un délire sécuritaire ? C’est parce qu’on a besoin d’une police de sécurité.

    Léo Purguette : Alors qu’est-ce qui fait monter le RN ?

    Vous savez, quand vous n’avez plus de boussole, quand la droite républicaine reprend les mots du RN, quand elle dit « je suis l’original et le Front national est la copie », on fait le lit du RN. Quand Sébastien Delogu veut maintenir sa candidature quoi qu’il arrive, quitte à faire gagner le RN, qu’il part tout seul en ayant comme seul adversaire le rassemblement de la gauche, cela me pose question. J’aurais aimé l’entendre sur ce qu’il se passe au Département avec les mineurs non-accompagnés, avec l’Aide sociale à l’enfance. Nous nous retrouvons face à notre histoire, chacun devra prendre ses responsabilités. Tout est là pour que le RN puisse gagner la ville, mais je ne le laisserai pas faire.

    Didier Gesualdi : La droite vous accuse de surfer sur la peur du RN.

    Encore une fois : je ne tire pas sur les ambulances, mais comment devant des dizaines de milliers de Marseillais, des millions de Français, quelqu’un qui se dit gaulliste peut reprendre la devise pétainiste qui a tenté d’effacer notre devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. Il y a un sujet quand même ! J’ai, face à moi, un candidat directement issu du parti fondé par des nostalgiques de Pétain, un candidat qui ne sait pas qui est Pétain et une candidate qui reprend les mots de Pétain. Et la droite m’accuse de trop parler du RN ?! Moi, je le combats. Il faut poser des mots, des actes et un programme. Notre ville est l’inverse du RN. Notre âme est l’inverse de ce que prône le RN. Nous ne sommes pas un village gaulois, nous descendons tous de gens qui arrivent d’ailleurs et qui se sont faits ici à la force de leur travail et parce que certains leur ont tendu la main.

    Léo Purguette : Comment entendez-vous convaincre ? Certains se sont essayés jusqu’au plus haut sommet de l’État à être élu par simple rejet de l’adversaire.

    Ça ne marche pas, je suis d’accord avec vous. Sur la question de la sécurité, je veux rappeler qu’en un mandat, nous avons embauché autant de policiers municipaux qu’en 50 ans précédemment. Donc pas de leçons à recevoir sur la sécurité et on est fier d’avoir une police à l’image de la ville. Ma police a reçu des attaques racistes, des attaques ignobles de la droite, parce que certains policiers s’appellent Mohamed. Nous mettrons un commissariat de proximité dans chaque arrondissement. C’est une proposition chiffrée, finançable et, d’ici la fin du prochain mandat, il y aura 1 600 policiers municipaux à Marseille. Sur la solidarité, je veux dire que ce n’est pas une variable d’ajustement : le Département, la Métropole, la Région lâchent les subventions. On se retrouve un peu seul. J’ai honte de ce qui se dit sur SOS Méditerranée. À Marseille, nous sommes des gens de mer. L’honneur d’un marin, c’est de sauver quelqu’un qui se noie !

    LES AUTRES LISTES

    Léo Purguette : Comment réagissez-vous aux propos anti-musulmans d’Elisabeth Philippe, ex-RN, qui figure sur la liste de droite dans les 11-12 ?

    C’est un vrai sujet. Ils ont sur leur liste une personne qui déclare « je suis facho et fière de l’être ». Et ces gens-là osent dire que je fais monter le RN ?!

    Didier Gesualdi : Elle sera exclue a posteriori.

    Ça n’existe pas. Elle est sur la liste, elle est déposée, elle y reste.

    Léo Purguette : Manuel Bompard, le coordinateur national de LFI, sur la liste de M. Delogu, ça modifie votre opinion pour le second tour ?

    Ça ne change absolument rien. Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? Je redis la même chose : face au RN, je ne tergiverse pas. Je ne négocie pas ma place. C’est comme si on était allé voir le président de Région pour avoir des places sur sa liste plutôt que de se retirer. L’honneur ne se monnaye pas.

    Léo Purguette : Votre liste centrale et celles des secteurs seront donc identiques au second tour ?

    Je crois que j’ai été assez clair. Sébastien Delogu devra prendre ses responsabilités. S’il ne les prend pas, il aura à faire à l’histoire. Vous imaginez les dégâts dans une ville dirigée par le RN parce qu’on ne leur aurait pas donné des postes ? C’est ça les antifascistes ? C’est ça les antiracistes ? Il faut avoir un peu de dignité. Nous, on en a toujours eu.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Francis Sanchez :

    Je suis en couple, j’ai eu 75 ans en novembre 2025, est-ce que je dois payer la taxe foncière ? Cette année, j’ai un crédit pour régler la taxe foncière. Autre chose, est-ce que vous pourriez mettre en place une mutuelle gérée par la mairie, elles sont beaucoup trop chères. Merci de votre réponse.

    Pour la taxe foncière, il existe des exonérations spécifiques, mais c’est la direction régionale des finances publiques qui s’en occupe. Si vous entrez dans les critères, vous y avez droit. La question de la mutuelle municipale est très intéressante. Aujourd’hui, les gens n’arrivent plus à se soigner et à se payer une mutuelle. Elles sont extrêmement chères. Aujourd’hui la santé est devenue un marché comme un autre, un produit comme un autre. Nous allons mettre en place une mutuelle spécifique, où les Marseillaises et les Marseillais pourront souscrire tous ensemble et on sera beaucoup, pour que les gens qui n’arrivent pas à se soigner, qui ne peuvent pas en prendre ou qui subissent des tarifs trop chers, puissent avoir – à un prix défiant toute concurrence – une couverture médicale prise en charge par une mutuelle. Quand on est 10 000, 15 000 ou 20 000 à aller souscrire une mutuelle, forcément, on est plus fort. Et on va le faire aussi pour l’assurance-habitation. C’est quelque chose de très significatif. Et je vous fais une annonce : il y a beaucoup de personnes âgées ou qui n’ont pas d’argent et qui n’arrivent pas à prendre en charge les frais vétérinaires pour leur petit chien ou petit chat et c’est dramatique parce que ça coûte horriblement cher. Nous travaillons donc à une mutualisation communale avec le même mécanisme.

  • [Rue de la République] Sophie Joissains : « Je veux qu’Aix-en-Provence conserve sa qualité de vie »

    [Rue de la République] Sophie Joissains : « Je veux qu’Aix-en-Provence conserve sa qualité de vie »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h30 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    L’héritage Joissains

    Didier Gesualdi : Vous avez mis du temps à vous déclarer.

    Je me suis déclarée dès 2023 mais pour moi l’entrée en campagne devait se faire après le 30 janvier et la période des vœux. Je ne voulais pas tout mélanger mais je n’ai empêché personne de partir en campagne avant.

    Léo Purguette : C’est la première fois que vous menez bataille en tête de liste. Votre personnalité est assez différente de celle de Maryse Joissains, de quelle manière souhaitez-vous imprimer l’opinion ?

    Je crois qu’on imprime l’opinion de manière naturelle avec ce que l’on est, ce que l’on ressent et ce que l’on fait. J’ai poursuivi le programme qui avait été celui de notre liste conduite par Maryse Joissains…

    Léo Purguette : Comment va-t-elle ?

    Elle va bien, elle n’a pas récupéré complètement sa vue mais elle est toujours aussi déterminée et elle espère bien y parvenir.

    Léo Purguette : Elle sera parmi vos soutiens on l’imagine, sera-t-elle symboliquement sur votre liste ?Je lui ai proposé, évidemment. Elle ne veut pas. Elle m’a dit « moi, maintenant, j’ai tourné la page ».

    Didier Gesualdi : Certains parlent de dynastie Joissains voire de système Joissains à Aix-en-Provence puisqu’avant vous, votre père puis votre mère, ont dirigé la ville.

    Écoutez, ça ne veut rien dire. Les électeurs votent. S’il n’y avait pas de vote, on pourrait parler de dynastie. Ce n’est pas le cas. J’estime que c’est même assez choquant, presque insultant de parler de dynastie qui se perpétue parce que ça salit le vote des électeurs.

    Didier Gesualdi : Vous ne vous mettez pas dans le sillage politique de votre mère ?

    Oui bien sûr. J’ai fait partie de son équipe pendant très longtemps, j’ai été pendant près de dix ans, adjointe à la Culture et à la Politique de la Ville à Aix-en-Provence. J’étais évidemment l’une de ses collaboratrices les plus proches. On adhère à beaucoup de choses en commun. Oui, ce programme je l’ai poursuivi avec toute la ferveur que je ressentais et en même temps, j’ai initié d’autres choses bien sûr.

    La Métropole

    Léo Purguette : Beaucoup de choses ont changé depuis la première élection de Maryse Joissains avec l’arrivée de la Métropole. Vous l’avez beaucoup décriée car elle prive les communes et les anciennes intercommunalités de leurs prérogatives, est-il encore possible pour un maire d’agir dans sa ville ?

    On n’est pas privé de tous nos moyens d’action mais il est vrai qu’il y a un découpage des compétences qui pose problème à la deuxième commune du département – capitale de la Provence – qu’est Aix-en-Provence, mais aussi à l’ensemble des autres communes. Par exemple, le nettoiement appartient à la ville, la collecte des ordures ménagères appartient à la Métropole. Automatiquement, il y a des problèmes d’horaires différents, de coordination. Les encombrants, c’est pareil, c’est la Métropole. Lorsqu’il y a des matelas qui surgissent en bas des immeubles, ça signifie qu’il n’y a pas assez de réactivité pour faire intervenir les services.

    Didier Gesualdi : Vous voudriez récupérer la compétence ? Est-ce que vous feriez mieux ?

    Oui j’aimerais bien. Avec les moyens qui correspondent ! J’en suis convaincue, parce que nous faisions mieux auparavant, tout simplement. Je crois aux équilibres et aux seuils. Une intercommunalité doit concerner un bassin de vie élargi. La Métropole ne respecte pas cela par sa taille. En attendant que le législateur agisse, il y a la gouvernance par bassin de vie qui pourrait être mise en place.

    Léo Purguette : Vous en parlez avec les maires qui sur ce plateau évoquent les mêmes problèmes ?

    On n’a pas besoin d’en parler, ça surgit de chacun.

    Les moyens

    Léo Purguette : Les baisses de dotations de l’État aux collectivités sont récurrentes. En tenez-vous compte dans votre projet ?

    L’État pressurise les collectivités. Moi, je refuse d’augmenter les impôts. Aix-en-Provence est une ville qui n’a pas augmenté ses impôts locaux depuis 29 ans. C’est énorme et on veut continuer dans ce sens. C’est un choix politique, on veut préserver le pouvoir d’achat des gens. Mais dans le même temps il faut arrêter de nous prendre de l’argent. Il se trouve que le Sénat est intervenu pour que les communes ne soient pas ponctionnées cette année – je dis bien cette année – par l’État. Sauf que l’intercommunalité va être ponctionnée donc c’est moins de moyens pour les services publics, le Département et la Région de même. Comme les communes ont peu de moyens, il y a des financements croisés sur des tas de projets. Sauf que si le Département et la Région sont obligés de se recentrer sur leurs compétences obligatoires, ce sont ces projets qui vont passer à la trappe. On fera tout pour que le quotidien des habitants ne se délite pas.

    Didier Gesualdi : Comment ?

    On essaye d’être ingénieux. Par exemple, sur l’année Cezanne on a eu plus d’un million d’euros de mécénat.

    Le logement

    Léo Purguette : Vous parlez de la qualité de vie à Aix mais elle a un coût. Beaucoup d’Aixois ne parviennent pas à se loger décemment. Comment comptez-vous résoudre cette crise ?

    D’abord je ne bétonnerai pas la ville. Aix-en-Provence est une ville unique parce qu’elle a justement gardé ses respirations urbaines, ses paysages. Si on écoutait la promotion immobilière, toutes les petites villas avec des petits jardins seraient remplacées par des immeubles. Je ne veux pas que ma ville ressemble à toutes les villes, je veux qu’elle conserve son caractère. Mais il faut construire à coût maîtrisé, respecter la loi SRU qui fixe à 25% le taux des logements sociaux auquel moi je rajoute 15% de logements intermédiaires. Je veux faire de beaux éco-quartiers pour vivre bien. C’est notamment le projet qui fait polémique de la Constance mais que je soutiens et qui a été revu par Philippe Rahm, architecte bio-climatique. Sur 90 hectares, seulement 45 seront construits avec un grand parc au milieu et des mobilités belles avec le BHNS. On le fera en concertation avec les habitants comme pour le quartier du Faubourg.

    La campagne

    Léo Purguette : Quel sera l’axe majeur de votre projet ?

    C’est continuer à préserver la ville et à la développer. Nous avons une chance incroyable à Aix-en-Provence, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes comme partout, c’est une tranquillité, une qualité de vie dont je veux qu’elle concerne tous les quartiers. Nous avons obtenu 40 labels en 5 ans !

    Léo Purguette : Vous êtes concurrencée par l’ancien bâtonnier, Philippe Klein, il est Horizons, vous UDI, on a l’impression que vous êtes sur le même espace politique. Pourquoi ne vous êtes-vous pas entendus ?

    M. Klein fait ce qu’il a envie de faire, tout simplement.

    Léo Purguette : Il est parti sans vous, c’est définitif ? Même au second tour ?

    Oui bien sûr. Vous savez, les gens en ont assez de voir des gens qui se tapent dessus – moi je ne tape sur personne mais je suis un peu la cible – et ensuite se déclarer les meilleurs amis du monde. Être maire c’est tenir un équilibre, une constance. Cela nécessite une entente profonde au sein des équipes. Didier Gesualdi : Martine Vassal a repris la devise de Vichy dans un débat. C’est une maladresse ? Une erreur ?Je ne vais pas commenter.

    Léo Purguette : Nos confrères de La Provence ont publié un sondage dans lequel Marc Pena, candidat de l’union de la gauche est votre challenger. Ce n’était pas le cas en 2020. Ça vous a surpris ?

    Non, pas franchement. Je pense que le pays se clive un peu. C’est aussi le résultat des politiques nationales. Ensuite, c’était prévisible, les dernières législatives l’avaient montré.

    Léo Purguette : Un score important est donné au RN par rapport à la tradition aixoise, vous l’avez senti sur le terrain ?

    Oui, les gens sont inquiets, il y a un climat anxiogène dans le pays, des problèmes de budget, une montée de violence, le narcotrafic… Je le comprends. On met en place une politique de tranquillité publique et de sécurité en lien avec la police nationale pour faire en sorte que le climat dans la ville reste le plus agréable pour chacun.

    Le bilan

    Didier Gesualdi : Que retenez-vous de votre bilan ?

    L’axe majeur de ce mandat ça a été l’éducation, le bien-vivre à l’école. J’ai mis en place le dispositif « coup de pouce », quand j’étais encore adjointe à la Politique de la Ville, pour accompagner l’enfant au niveau de l’apprentissage de la lecture, des mathématiques… C’est un dispositif qui fonctionne à 95%. Nous avons fait en sorte de végétaliser les cours d’écoles, qu’il y ait des ventilateurs au plafond et qu’un plan de rénovation thermique soit engagé. C’est aussi le savoir rouler à vélo, le savoir nager, la cantine que l’on n’a pas augmentée.

    Léo Purguette : Qu’avez-vous fait concrètement sur le plan culturel ?

    Il y a la biennale, co-construite avec les acteurs culturels, l’année Cezanne. Nous allons terminer de restaurer la bastide Cezanne pour en faire un parcours touristique mais aussi et en priorité ouvert aux habitants. On a initié la petite galerie Cezanne, avant même que le musée d’Orsay ne lance sont propre musée pour enfants. Nous avons porté des projets magnifiques.

    La sécurité

    Didier Gesualdi : Marc Pena, votre opposant principal, dit que vous faites preuve d’angélisme notamment dans le quartier d’Encagnane et il propose 80 agents de police municipale. Ben voyons ! Quelles sont les lois votées sur la sécurité par Marc Pena à l’Assemblée nationale ?

    C’est une question à lui poser. Marc Pena était à l’origine, contre la thématique sécuritaire en disant que finalement, ça n’avait pas beaucoup d’impact à Aix-en-Provence. Moi, je suis pour l’équilibre. Le problème du narcotrafic qui sévit dans la cité phocéenne et se structure au plan national existe. Je n’ai pas fait de grandes annonces parce qu’il est important que les gens ne soient pas sans cesse dans le stress et l’inquiétude mais nous avons agi en recrutant entre 7 et 10 agents de police municipale par an, en posant 20 caméras par an. Et nous allons poursuivre les recrutements dans la police municipale, les ASVP, la brigade de l’environnement contre les incivilités, mais aussi agir sur la prévention avec un financement de l’État pour récupérer les enfants avant qu’ils ne basculent dans l’isolement le narcotrafic. On va construire un nouveau commissariat parce qu’on ne peut pas autant recruter sans changer les lieux.

    Léo Purguette : Où sera-t-il ?

    A priori entre Encagnane et le centre-ville. Nous garderons la base du centre-ville et construire deux annexes une au nord et une au sud de la ville. On a un joli programme de sécurité.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Raphaël : L’uniforme à l’école est-il un succès ?

    Oui c’est un succès. Je fais partie des communes qui l’ont mis en place avec l’aide de l’État. C’est un succès parce qu’il y a un sentiment d’appartenance des enfants à leur groupe scolaire et en même temps, pour les parents c’est aussi une facilité d’avoir un sweat-shirt, un t-shirt et un pantalon à mettre pour l’école. Ça se passe très bien. Le seul souci, c’est que la participation de l’État va s’arrêter et que la généralisation à l’ensemble des écoles serait équivalente à un million d’euros. Pour le moment, on est sur trois écoles, on a demandé évidemment aux conseils d’école, aux professeurs, aux parents de décider. Certains parents ont refusé en se disant « si on fait l’uniforme à l’école ça sera au détriment des moyens au niveau des professeurs… » En réalité non, les deux ne sont pas liés. Mais franchement, notamment sur une école qui est à la Duranne, ça marche très bien et je sais qu’une réflexion est en cours sur place pour demander peut-être aux parents d’acheter deux t-shirts, deux sweat-shirts en début d’année comme cela se faisait à l’époque… À mon époque !

  • [Rue de la République] Jérémy Bacchi : « Le communisme municipal, c’est une réalité au service des habitants »

    [Rue de la République] Jérémy Bacchi : « Le communisme municipal, c’est une réalité au service des habitants »

    les municipales

    Didier Gesualdi : Quelles sont les ambitions du PCF dans les Bouches-du-Rhône pour ces municipales ?

    Nos ambitions sont claires : à la fois conserver l’ensemble des municipalités où nous sommes en gestion. Il y a 9 communes communistes ou apparentées dans le département. Progresser dans l’ensemble des communes. En gagner de nouvelles, bien sûr, je pense à Arles ou Aubagne où des bascules sont possibles avec des rassemblements de la gauche conduits par des communistes ou des candidats qui nous sont proches. Nous avons construit dans ce département, face au danger de l’extrême droite, un rassemblement assez inédit, historique, avec socialistes, écologistes, Place publique, Génération.s, GRS, l’Après, Debout… Dans presque 60 communes du département, des listes de rassemblement se présenteront aux électeurs pour gagner à gauche et empêcher l’extrême droite de ne gagner ne serait-ce qu’une seule commune. Pas une seule mairie entre les mains de l’extrême droite !

    Didier Gesualdi : Comment expliquez-vous que vous êtes capables de vous entendre au niveau local et pas national ?

    Je ne vais pas dire qu’ici on est meilleur que les autres, ce serait présomptueux. Mais nous avons réussi avec nos partenaires de gauche, je les salue, parce que chacun a su faire preuve d’intelligence. Tout en respectant son propre ADN, en tenant compte des intérêts propres à chaque organisation, nous avons mis l’intérêt général, celui de la Métropole et du Département au-dessus, pour construire de manière équilibrée, respectueuse, des listes qui sont en capacité de gagner. Ça a été un travail de longue haleine, plus d’un an de discussions, semaine après semaine, quasi quotidiennement dans les trois derniers mois pour aboutir à un accord historique. J’espère qu’il se transformera en résultat historique pour la gauche et les forces vives de notre département.

    LA FRANCE INSOUMISE

    Léo Purguette : Il y a des listes d’union, mais pratiquement partout où elles existent, des listes LFI sont présentes. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce que ça va se prolonger au second tour ?

    Nous verrons s’il y aura des listes insoumises réellement déposées dans toutes les communes…

    Didier Gesualdi : … Vous en doutez ?

    Oui, j’en doute clairement. Il y a des communes où les insoumis ont annoncé qu’ils avaient une liste et, en même temps, ils nous appellent pour nous dire qu’ils n’arrivent pas à la boucler et savoir si on est en capacité de rentrer à la table des négociations. C’est quand même assez curieux comme méthode. Fracturer l’union de la gauche et les dynamiques locales pour ensuite rétropédaler quand vous n’avez pas assez de noms pour composer la liste. Mais pourquoi ? Parce que dans de nombreuses communes, la dynamique d’union de la gauche est déjà à l’œuvre, donc les gens sollicités pour figurer sur une liste différente ont tendance à refuser, considérant qu’il ne faut pas jouer le jeu de la division. Sur le second tour, cela voudrait dire que ces listes feraient plus de 5% pour fusionner ou plus de 10% pour se maintenir. De mon point de vue, ça n’arrivera peut-être pas dans l’ensemble des communes. Les électrices et électeurs trancheront.

    Léo Purguette : À Marseille, il y a eu des mots échangés entre Sébastien Delogu et Benoît Payan. La fracture est-elle irrémédiable ?

    C’est au maire de Marseille de le dire. J’observe que Sébastien Delogu mène une campagne plutôt tournée contre le maire, alors que le véritable danger, c’est une victoire potentielle de l’extrême droite. Je regrette que des candidats se réclamant de la gauche tapent sur d’autres candidats de gauche que le RN. Je ne le ferai donc pas moi-même.

    LE BILAN

    Didier Gesualdi : Vous voulez conserver le pouvoir, mais vous en avez fait quoi dans les communes où vous l’avez ?

    Je ne dirais pas le pouvoir, mais la gestion car, précisément, ce qui fait réussir dans nos communes, c’est l’implication citoyenne et la proximité avec les habitants. Il y a une dimension de restitution du pouvoir dans nos communes. On a longtemps parlé de communisme municipal mais c’est une réalité. J’ai rencontré encore récemment, à Châteauneuf-les-Martigues, des habitants pas communistes pour un sou me disant « on aimerait avoir comme au Rove ou à Martigues un maire communiste parce qu’on voit qu’en matière de services publics, de culture, d’accès au sport, de solidarité, il n’y a pas mieux ». Nos communes le font en étant prises à la gorge par la baisse des dotations de l’État. Elles arrivent à opérer des arbitrages en faveur des intérêts de la population. C’est là notre marque de fabrique.

    Didier Gesualdi : À Marseille, vous défendez aussi le bilan ? Il est très critiqué par la droite et l’extrême droite sur les écoles, les déchets, la propreté…

    Que des opposants politiques attaquent la gauche en période électorale, quoi de plus normal ? Si on est un peu sérieux l’espace d’un instant, nul doute que la gestion municipale du Printemps marseillais a fait changer d’ère la Ville de Marseille. Toutes les enquêtes d’opinion démontrent que cette perception est partagée par les Marseillais et que le total gauche a progressé depuis 2020. Sur les écoles, un travail formidable a été fait, certes grâce aussi au plan « Marseille en grand », mais il a fallu aller chercher l’argent. Sur les déchets, la propreté, vous le savez, il y a la responsabilité de la Métropole.

    LE NARCOTRAFIC

    Léo Purguette :Vous aviez initié « l’appel de Marseille » contre le narcotrafic. Que peut une Ville face à la mafia ?

    Ce n’est pas à la Ville de répondre en priorité. On voit bien le niveau où se joue cette question : c’est l’échelle internationale avec les pays producteurs, les têtes de réseaux planquées dans des pays du Maghreb ou des Émirats… Cela dit, les municipalités, je crois que la Ville de Marseille le fait assez bien, sont des amortisseurs pour les familles, les personnes en première ligne face au narcotrafic. Quand vous doublez les effectifs de police municipale, ce n’est pas pour se substituer à la police nationale. C’est pour effectuer un travail de terrain qui ressemble bien plus à ce que faisait la police de proximité avant que Nicolas Sarkozy ne la supprime. Cette présence crée du lien social, assure la tranquillité, empêche des bascules dans les réseaux mafieux… Sur le volet prévention, une commune peut aider à sortir d’une addiction ou empêcher d’y tomber.

    L’EXTREME DROITE

    Didier Gesualdi : Il y a une montée du RN, de ses idées. Beaucoup d’habitants se disent « on ne les a pas essayés », pourquoi pas finalement ?

    Je ne sais pas si, aujourd’hui, il y a une montée du RN.

    Didier Gesualdi : Dans les enquêtes d’opinion en tout cas.

    Oui, mais je me souviens des législatives où on nous a annoncé une flambée du vote RN, une majorité absolue pour l’extrême droite, et les mêmes nous expliquaient au soir des résultats leur surprise. Deux choses : soit on a réussi collectivement à désamorcer cette poussée, soit il y a un petit décalage entre ce qui est déclaré et la réalité. Je crois qu’il y a un peu des deux. La meilleure réponse au RN, c’est de dénoncer sa supercherie. Le RN a voté 5 milliards de baisses de dotations aux collectivités. Ce sont les mêmes députés qui viennent se présenter aux municipales ! La meilleure façon de faire baisser le RN, c’est la réponse aux besoins. Quand vous avez des municipalités qui font un bon travail sur les services publics, l’éducation, la santé, la proximité, la démocratie, la culture… le RN recule. Je le dis tranquillement : quand vous prenez les chiffres de la présidentielle sur n’importe quelle commune de gauche du département, et ceux des municipales de 2020, vous voyez que des électeurs qui peuvent voter RN sur un scrutin national plébiscitent le maire communiste ou de gauche, parce que leur gestion municipale est le meilleur rempart contre l’extrême droite.

    Léo Purguette : « La Marseillaise » a publié une enquête collective sur les municipalités d’extrême droite dans le sud de la France. Quel regard portez-vous sur leur bilan ?

    Dans notre région, leur bilan est catastrophique. On se souvient des plus anciennes : Toulon, Vitrolles, Marignane… Ce fut des échecs retentissants. On a un RN qui a entamé une mue, essaye d’apparaître plus lisse. Mais le bilan est toujours le même : des villes de plus en plus fracturées, où une partie de la population est opposée à une autre, avec une pratique du pouvoir autoritaire.

    Léo Purguette : Il y a aussi des condamnations, des affaires en cours. C’est vrai au plan national avec Marine Le Pen et au plan local. Comment expliquez-vous que cela ne pèse pas sur les intentions de vote ?

    C’est assez désolant. La question de la probité est importante. Mon analyse personnelle c’est que des gens s’identifient beaucoup plus à une étiquette qu’aux individus qui la représentent. Il y a eu des enquêtes qui démontrent que des électeurs RN sont incapables de citer le nom du candidat pour lequel ils ont voté.

    LA METROPOLE

    Léo Purguette : Avec les municipales, c’est également la Métropole qui se joue.

    Souhaitez-vous un changement de gouvernance ? Une Métropole à gauche est-elle possible ?

    Je suis un communiste, un homme de gauche depuis toujours, je crois à la nécessité que la gauche puisse emporter la Métropole. Ça ne sera pas possible qu’avec Marseille, c’est la raison pour laquelle l’accord des forces de gauche et écologistes est conçu pour faire basculer d’autres villes à gauche. Ceci étant dit, au-delà de la sensibilité du président ou de la présidente de la Métropole, la question de la gouvernance devra se poser demain. La question, c’est une Métropole pour quoi faire ? Dans la dernière période, avec la suppression des conseils de territoire, il y a eu une forme de recentralisation. Les habitants des 92 communes de la Métropole lui reprochent d’avoir des centres de décision trop éloignés des citoyens. Il est nécessaire, quelle que soit la couleur de la Métropole demain, de se poser cette question de la gouvernance.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Joël Faudot :

    La situation internationale oblige chacun. Ce qu’on découvre c’est la réalité des États-Unis, sa sauvagerie sans scrupule, mais également la véritable nature de la construction européenne. Le PCF doit être à la hauteur de l’enjeu, en finir avec les discours confus, le monde attend un discours qui brise la glace.

    Le PCF a toujours eu, dans son ADN, la défense des valeurs de paix. Je le dis avec force : c’est une position courageuse qui n’a rien à voir avec de l’angélisme. On a aujourd’hui un basculement du monde avec des États-Unis et un président Trump interventionnistes plus que jamais. La France, dans ce schéma-là, a un rôle majeur à jouer. Et pourtant, on voit comment la diplomatie française a reculé au cours des 20 dernières années, à la fois avec un alignement sur les États-Unis, tout en se coupant du monde arabe, des grandes puissances comme la Russie, la Chine… et se retrouve isolée et à la botte des États-Unis. Dans la dernière séquence, on a vu comment le président de la République a emboîté le pas de Trump pour soutenir le kidnapping du président Maduro, quoi qu’on pense de lui personnellement. Je ne sais pas ce qu’espérait le président de la République en agissant de la sorte, la réponse de Trump a été de divulguer des SMS privés qu’Emmanuel Macron lui avait envoyés. On voit bien que la France est devenue la risée du monde. Elle est incapable d’être un arbitre pour la paix. On paye cet alignement sur les États-Unis. Il est temps de réaffirmer avec force la nécessité de la sortie de l’Otan. C’est une organisation qui n’a plus de raison d’être et même un objet de conflits en capacité de mettre le feu aux poudres.

    LE MONDE DU TRAVAIL

    Léo Purguette : Vous étiez au meeting de Sophie Binet à la centrale de Gardanne, vendredi. Comment le PCF entend-il faire passer les revendications du monde du travail dans ces échéances municipales ?

    Dans les programmes que nous défendons. Nous dirigeons des municipalités qui ont toujours été du côté des travailleurs, mais aussi de la défense de l’outil industriel et productif. C’est important de pouvoir créer de la richesse et répondre aux besoins de la population ici. En lien avec les questions d’impact environnemental. Les municipalités et singulièrement les municipalités communistes sont un amortisseur des difficultés sociales et de pouvoir d’achat que rencontrent les travailleurs, grâce à leur politique culturelle, sportive, solidaire.

    Léo Purguette : Pour ou contre la ligne à très haute tension ?

    Pour, philosophiquement. Il faut trouver le meilleur tracé, l’enfouissement nécessaire… Je crois à l’implantation d’une industrie décarbonée. Il faut l’alimenter en énergie.

  • [Rue de la République] Pierre Huguet : « Là où la République plante son drapeau, le narcobanditisme recule.  »

    [Rue de la République] Pierre Huguet : « Là où la République plante son drapeau, le narcobanditisme recule.  »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h30 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie du territoire. Ce week-end, Pierre Huguet (G.s), président du groupe Printemps marseillais et candidat dans les 9-10 à Marseille.

    Les écoles

    Didier Gesualdi : L’ancien préfet Georges-François Leclerc a signalé une éventuelle irrégularité dans la passation de marchés publics dans le cadre du plan Marseille en grand pour la rénovation d’une école. Ça fait un peu désordre ?

    Nous l’avons appris par voie de presse avec grand étonnement. Il s’agit de l’utilisation de préfabriqués d’une école. Nous avions rencontré des difficultés avec l’entreprise qui construisait l’école de la Castellane, qui a fait faillite, et il fallait que l’on trouve une solution pour avoir des salles de classe et une cantine pour les élèves. Nous avons alors fait le choix, à l’unanimité – État et Ville de Marseille – de recourir aux préfabriqués utilisés pour l’école de Vayssière dont on avait fini les travaux. Si les choses n’ont pas été bien faites juridiquement tout le monde prendra ses responsabilités mais je veux rappeler que le plan écoles est une chance pour notre ville.

    Léo Purguette : Vous êtes aujourd’hui attaqué sur cette question, mais pouvez-vous dresser le bilan de votre action sur les écoles ?

    Certains candidats font circuler des rumeurs sur le sujet mais le débat politique mérite mieux que cela. Aujourd’hui, après six ans, ce sont 27 écoles qui ont été livrées et des dizaines de chantiers sont lancées.

    Didier Gesualdi : C’est fini « la honte de la République » puisque vous aviez fait campagne sur ce thème ? On vous accuse de ne pas aller suffisamment vite et même d’avoir fait des erreurs – administratives, l’enquête le dira s’il y en a une – en allant trop vite pour rattraper le retard.

    Nous faisons les choses avec humilité. Nous n’avons pas tout fait, tout bien fait. Par contre, nous pouvons dresser un bilan. Ce sont même les parents d’élèves, les familles qui le font, qui voient les travaux dans les écoles, les enseignants qui aujourd’hui peuvent accomplir leur mission de service public. Donc je laisse les familles, les enseignants, la communauté éducative répondre à ces attaques qui sont indignes car le débat public mérite mieux que des fake news.

    Bilan de mandature

    Léo Purguette : Au-delà des écoles, qu’est-ce qui vous a rendu fier dans ce mandat et que n’avez-vous pas réussi à faire par rapport aux engagements de 2020 ?

    Ce qui m’a rendu fier est de pouvoir rétablir la dignité. La dignité concernant les écoles, concernant les seniors car nous avons mené une politique active en leur direction, c’est aussi la politique de solidarité envers les personnes les plus vulnérables et je tiens à rappeler ici le bilan de ma collègue Audrey Garino, exemplaire dans la lutte contre la pauvreté. C’est aussi de pouvoir assurer la tranquillité publique, avec la police municipale qui a fait l’objet d’une attention particulière avec le doublement des policiers municipaux et une présence de police équipée dans tous les quartiers de la ville.

    Didier Gesualdi : C’est suffisant ce doublement ? Dans votre programme vous voulez encore multiplier par deux à terme… C’est un des sujets forts des critiques de la droite et du RN.

    Ce que nous voulons, c’est une police de proximité et personne ici ne va imaginer que la police municipale va remplacer les missions de la police nationale.

    Didier Gesualdi : Mais la police nationale n’y est plus ?

    C’est la raison pour laquelle nous avons misé sur la tranquillité publique. Le maire a annoncé récemment que nous allions mettre des postes de police municipale dans chaque arrondissement, Ce qui signifie pour les 9e et 10e arrondissements que nous allons pouvoir installer une police de proximité.

    Narcotrafic

    Léo Purguette : La campagne est dure. La semaine dernière, Renaud Muselier, très offensif sur ce plateau a parlé de syndrome de Stockholm au sujet d’Amine Kessaci mais aussi Michèle Rubirola. Votre réaction ?

    Je pense surtout à la famille d’Amine qui a très mal vécu les propos qui ont été tenus et qui attend des excuses pour les propos abjects que monsieur Muselier a tenu sur ce plateau. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir si madame Vassal cautionne ces propos. Je l’invite à méditer la phrase de Jean-Claude Gaudin : la politique est dans tout mais la politique n’est pas tout.

    Didier Gesualdi : Derrière la petite phrase, il y a la question du narcotrafic. Avez-vous fait suffisamment ?

    Tout le monde comprend bien que ce n’est pas la police municipale qui va lutter contre le narcotrafic qui est à l’échelle internationale. Pour autant nous avons pris nos responsabilités car c’est une question à 360°. Il y a la question de la sécurité mais il y a aussi le volet social et notamment le retour des services publics. C’est par exemple l’enjeu du plan Écoles, des mairies mobiles… Parce que là où la République plante son drapeau le narcobanditisme recule.

    lFI

    Léo Purguette : Pensez-vous qu’il faudra au 2nd tour se rassembler avec Sébastien Delogu, qui a, lui aussi, tenu sur ce plateau des propos qui ont fait réagir jusqu’au maire de Marseille ?

    Monsieur Delogu a fait le choix, il y a plus d’un an, de la division. Il a encore dit il y a peu que Benoît Payan ne serait plus le maire de Marseille. Cela signifie quoi ? Que c’est l’extrême droite qui va diriger cette ville ? Le sujet est là. Donc on ne peut pas jouer aux apprentis sorciers et je ne suis pas sûr que les électeurs de la France insoumise, de cette partie de la gauche partagent cet objectif. Le danger est présent. L’important est le rassemblement le plus large derrière le Printemps marseillais et Benoît Payan pour vaincre l’extrême droite.

    Didier Gesualdi : Ce n’est pas un désaccord de façade avec LFI pour se retrouver au 2nd tour derrière l’excuse de battre le RN ou la droite ?

    La politique, ce n’est pas de la façade. Ce sont des convictions et des valeurs.

    Les 9-10

    Léo Purguette : Vous êtes candidat dans les 9-10 qui n’est pas votre secteur d’origine. Pourquoi ?

    C’est un secteur que je connais, où j’ai travaillé pendant plus de 10 ans comme enseignant à la Capelette. On sait que l’extrême droite peut remporter ce secteur. Le fait d’avoir le président du groupe Printemps marseillais qui se présente est un message envoyé : il n’y a pas de fatalité et l’espoir est incarné par le Printemps marseillais. Prenons les transports, les habitants des 9-10 vivent un enfer avec cette inauguration du tramway dans la précipitation par Martine Vassal qui a créé le chaos. Une politique publique des transports se construit de manière sérieuse et comme l’a dit Lionel Royer-Perreaut, le précédent maire de secteur, on ne livre pas un tramway sans parking relais.

    Léo Purguette : Vous citez Lionel Royer-Perreaut. Vous êtes d’accord avec lui ou lui est d’accord avec vous ?

    Il n’appartient pas à la même famille politique que moi, nous n’avons pas le même parcours, pour autant je dois reconnaître que c’est un maire de secteur qui a été très apprécié des habitants car il leur a consacré une grande partie de sa vie.

    Le rassemblement national

    Léo Purguette : Le contexte difficile avec les questions de sécurité et de narcotrafic a tendance à mettre du vent dans les voiles du Rassemblement national qui se présente comme la solution. Les sondages où on vous voit à égalité avec le RN vous inquiètent-ils ?

    Le RN se nourrit des colères, des peurs, des appréhensions des transformations que notre monde connaît. Les Marseillais ne sont pas étanches à ces inquiétudes profondes. Face au RN, le Printemps marseillais, et Benoît Payan, est le seul rempart. C’est aussi le sens de ma candidature dans les 9e et 10e arrondissements : empêcher le RN de s’y implanter.

    Didier Gesualdi : Comment comprenez-vous que des habitants, malgré tous ces propos, disent « on n’a jamais tenté… »

    Mais le Rassemblement national a déjà été tenté dans d’autres villes. Regardez Fréjus, Béziers, Perpignan. On ne peut pas dire que dans ces villes les choses se passent bien pour les habitants. Donc l’enjeu est de montrer qu’il y a une alternative. Et cette alternative, c’est le Printemps marseillais, c’est Benoît Payan et ce sont les politiques publiques que nous menons depuis 6 ans et qui feront reculer l’extrême droite.

    Didier Gesualdi : Est-ce que Benoît Payan a raison quand il fait du RN le seul adversaire. On vous accuse d’avoir confisqué le débat. Est-ce que la droite n’a pas sa place ?

    Ce ne sont pas les politiques qui confisquent le débat. Il y a des intentions de vote et elles sont claires. Un sondage n’est pas une élection mais aujourd’hui les intentions de vote sont en train de se cristalliser et on voit bien que l’élection va se jouer entre le RN et le Printemps marseillais. C’est un fait. Que la droite le vive mal, je le comprends, mais il faut voir aussi quel est leur bilan sur cette ville. La droite a favorisé les fractures entre les habitants, opposé les habitants. Le bilan de la présidente de la Métropole sur la question des transports en commun notamment, est une catastrophe. Cela fait 6 ans que les Marseillais sont punis d’une certaine manière. On récolte aussi ce qu’on a semé et la droite récolte ce qu’elle a fait dans cette ville, qu’elle a abîmée.

    Didier Gesualdi : Un bastion de la droite. Vous ne partez pas favori…

    Tout est possible en politique. Dans cet arrondissement, la droite est divisée, affaiblie et vidée d’une partie de ses cadres qui sont allés au RN. Et aujourd’hui, l’élection va se jouer entre le Printemps marseillais et l’extrême droite. Il y a une très forte mobilisation derrière moi, je ne me présente pas seul. C’est un collectif qui est bien déterminé à ne pas laisser passer l’extrême droite dans ce secteur.

    Propreté et métropole

    Didier Gesualdi : Sur la compétence propreté. Quelle est la proposition du Printemps marseillais ? Que tout le monde comprenne bien : vous voulez la compétence pour la mairie ?

    Tout le monde a compris aujourd’hui que la propreté c’est la compétence de la Métropole. Il faut mettre des moyens pour faire en sorte que la ville soit propre. La proposition qui a été faite est celle de la présence d’un cantonnier par quartier. Aujourd’hui, personne ne comprend qui fait quoi. Quand les gens élisent quelqu’un, ce n’est pas pour entendre, ce n’est pas moi, c’est l’autre. Il y a quelque temps, il y avait la possibilité de récupérer la compétence de la propreté, sauf que la présidente de la Métropole ne nous donnait pas les moyens de la récupérer. Avec cette élection des 15 et 22 mars, l’objectif est bien de se donner les moyens de récupérer la gouvernance de la propreté dans de bonnes conditions.

    Léo Purguette : Changer la majorité de la Métropole fait partie de vos objectifs pour ces municipales ?

    Une Métropole n’est pas une collectivité locale. Aujourd’hui, la légitimité est issue des élections municipales. La Métropole, c’est un établissement public de coopération intercommunale. Elle doit être au service des villes, des maires et des habitants et non être utilisée comme cela a pu être fait les six dernières années contre les habitants de Marseille.

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Ahmed :

    Êtes-vous favorable à une réouverture de la piscine municipale de Luminy ?

    La piscine municipale de Luminy est à l’image de ce dont on a hérité en 2020. Une piscine abandonnée, qui s’est délabrée alors que c’était un équipement extrêmement apprécié par les habitants du quartier comme par tous les Marseillais qui allaient y apprendre à nager. C’était un peu le symbole de la dégradation des services publics dans cette ville. La question de la natation est fondamentale dans notre ville. Il faut que les enfants apprennent à nager. C’est ce qu’on a fait dans le cadre du plan sport à l’école. On a mis en place des activités dont la natation.

    Durant ce mandat on a travaillé le dossier, une procédure est en cours avec des éléments déjà votés en conseil municipal comme le lancement de la réhabilitation de cette piscine et de celle des quartiers Nord. D’ici la fin du prochain mandat la piscine de Luminy sera donc rouverte pour le bénéfice des habitants de notre ville.

  • [Rue de la République] Renaud Muselier : « Marseille n’est pas et ne sera jamais une ville RN »

    [Rue de la République] Renaud Muselier : « Marseille n’est pas et ne sera jamais une ville RN »

    La campagne

    Didier Gesualdi : Vous êtes président de Région et du comité de soutien de Martine Vassal à Marseille. Vous avez dit lors de vos vœux que la campagne n’avait pas vraiment commencé. Les sondages, c’est une indication quand même…
    Ça donne un parfum d’ambiance, mais ce n’est pas une indication. Je ne suis pas convaincu du tout que les Marseillais soient dès maintenant dans le match des municipales. Chacun prépare sa ligne, organise son dispositif avec ses atouts, ses défauts… On est dans un contexte compliqué au plan national. Les Français veulent savoir où vont aller leurs impôts, comment va évoluer leur pouvoir d’achat, ce que va devenir leur vie quotidienne avec le budget…

    Léo Purguette : Le contexte national motive, selon vous, les intentions de vote actuelles ?
    Ça va être réglé, il va y avoir le 49.3, normalement le gouvernement restera, donc le focus viendra sur les municipales de manière plus importante.

    Didier Gesualdi : Le porte-parole de Martine Vassal, Romain Simmarano dénonce un manque de démocratie parce que le RN demande à Martine Vassal de se retirer et que Benoît Payan joue le duel avec le RN. Ils ont le droit non ? Vous êtes mauvais joueurs à droite ?
    Non, d’abord, je trouve Romain Simmarano très bon, Martine Vassal a bien fait de le prendre. Il est très compétent, très performant et surtout pas dupe des tactiques des uns et des autres. Il voit le jeu plus ou moins pervers ou malicieux de ses adversaires. Il a parfaitement raison de dire ça. Ils veulent enfermer le match dans un duel entre l’extrême droite et le maire non-élu alors que les sondages disent que c’est une quadrangulaire.

    Léo Purguette : C’est vrai, mais dans cette quadrangulaire, deux sont devant. Est-ce que ça vous a surpris au regard de l’opinion très critique que vous avez du bilan de Benoît Payan ?
    Vous savez les sondages… Il y a eu des pics, des montées, des descentes. Les derniers résultats ne me semblent pas correspondre à ce que je ressens avec mon flair de chien truffier et mon instinct. Je trouve Benoît Payan et Franck Allisio tous les deux très hauts, Delogu trop bas et Martine pas à son niveau réel. Je cite toujours comme exemple ma réélection. Au soir du premier tour, j’avais quatre points de retard, alors que le lundi qui précédait, on m’avait mis 14 points derrière.

    Le RN

    Didier Gesualdi : Ça vous étonne que le RN soit si haut à Marseille, dans une ville de fraternité et d’accueil ?
    Mais ça vous étonne vous ? Vous avez de la mémoire aussi. M. Jean-Marie Le Pen avait été en tête ici à la présidentielle.

    Léo Purguette : Mais c’était un scrutin national.
    Oui, mais qu’est-ce qu’il s’est passé ensuite ? Il a dit « je suis en tête, tiens je veux bien être député, je viens à Marseille ». Il s’est pris une branlée ! Il s’est fait ramasser !

    Didier Gesualdi : C’est ce qui attend Franck Allisio ?
    Je le souhaite. Ma réponse est claire à votre question claire. Je ne tourne pas autour du pot. Aux municipales de 2014, la presse nationale et vous-même aviez annoncé que le RN prendrait une quinzaine de communes dans la région, ils en ont pris deux dont Fréjus, parce que nous, à droite, on s’était divisé. En 2020, les mêmes annonçaient une vingtaine de communes, c’était zéro. Le match national est clair. On a été rincé aux législatives. J’en prends acte. Il faut être vigilant, on ne les combat pas en disant que c’est le diable. Et pourtant, peut-être que c’est le diable. Quand vous allez à Auschwitz comme je l’ai fait cette semaine, avec des jeunes, des membres de la communauté juive, mais aussi le grand recteur de la mosquée de la Capelette et le représentant de l’archevêque, vous voyez qu’Hitler a gagné en démocratie, dans un peuple très intelligent et cultivé. Je ne dis pas que les gens du RN sont comme ça, mais ce sont quand même les héritiers de cette histoire.

    La perte de repères

    Léo Purguette : Vous parlez de mémoire historique, n’y a-t-il pas un brouillage des repères aujourd’hui ? Sur les tracts, Franck Allisio fait figurer le sigle « RPR » et la croix de Lorraine. Ça vous fait quoi à vous, le petit-fils de l’amiral Muselier ?
    Ça me retourne le sang. La croix de Lorraine, c’est mon grand-père qui l’a donnée à la France libre. Je n’avais jamais pensé une seule seconde que mon ancienne famille politique n’ait pas déposé ça. Il a profité du trou pour essayer de perturber le jeu. On a attaqué en justice. La justice est en train de décider. Normalement, il n’a pas le droit de s’en servir, comme de la marque RPR. La croix de Lorraine, c’est le symbole de la France libre, contre la croix nazie. Ça me retourne quand je vois ça et je me bats !

    Didier Gesualdi : À force de parler sécurité, les gens ne préfèrent-ils pas l’original à la copie ?
    Mais qu’est-ce qu’ils ont prouvé eux ? Pourquoi au Parlement européen, quand j’y étais, Marine Le Pen a toujours voté contre les mesures de régulations des visas ? Parce qu’elle mise sur la frayeur de l’étranger pour gagner des voix. Cette ville n’est pas RN, elle ne le sera jamais ! Regardez les propositions quand même, ils veulent réserver les plages aux vieux…

    Léo Purguette : Vous, vous voulez les rendre payantes…
    Mais non, qu’il y ait un partage des plages avec des plages privées, des plages publiques. C’est un partage accessible à tous, pas la fermeture au profit du privé. On ne le fait pas pour interdire à une catégorie d’êtres humains l’accès à la mer par rapport à leur âge ou leur tenue, c’est quand même très différent.

    Le second tour

    Didier Gesualdi : Si le RN était en position de gagner, accepteriez-vous de vous désister ?
    Vous savez très bien que ça ne se passe jamais comme ça. Vous êtes toujours en train de dire « et si, et si »… Avec des « si » on met Paris en tonneau et Bordeaux en bouteille. Ça ne marche pas comme ça la vie politique. Vous avez un combat de premier tour. Aujourd’hui, vous avez des ambiances, on sait qu’on sera en quadrangulaire.

    Léo Purguette : La question se pose, quand même, au regard des seconds tours des deux dernières régionales.
    J’espère qu’au premier tour, on finira premier ou second. La question, posez-la aux autres ! Posez-la au RN ! S’il se retrouve derrière, avec M. Payan qui croit gagner, qu’est-ce qu’il fait par rapport à nous ? Et les autres, qu’est-ce qu’ils font par rapport à M. Delogu avec lequel ils ne sont visiblement pas du tout sur la même ligne ?

    Le syndrome de Stockholm

    Didier Gesualdi : Vous avez déclaré qu’Amine Kessaci était atteint du syndrome de Stockholm parce qu’il soutient Benoît Payan alors que ses deux frères ont été assassinés pendant son mandat. Vous regrettez cette parole ?
    Non, je ne regrette rien du tout. Je suis assez surpris de voir que Mme Rubirola, qui nous expliquait qu’elle était malade, qu’elle ne pouvait plus venir, qu’elle laissait la place à M. Payan, et aujourd’hui elle lui demande s’il veut bien la prendre sur sa liste. C’est pas le syndrome de Stockholm ça ?

    Didier Gesualdi : Mais sur Amine Kessaci ?
    On a eu 4 ou 5 DGS en cinq ans, c’est pas un syndrome de Stockholm pour les fonctionnaires de haut niveau ? Le syndrome de Stockholm, c’est quand vous aimez quelqu’un qui vous martyrise. J’ai l’impression que la ville est martyrisée et je vois M. Payan haut dans les sondages, c’est une forme syndrome de Stockholm. S’agissant de M. Kessaci. Avec dignité, on s’est manifesté auprès de lui et de sa famille après le drame. On n’a aucun état d’âme dans la lutte contre le narcotrafic et au désastre qui le touche. M. Kessaci, dans la démarche qui est la sienne, au profit de la lutte contre le narcotrafic – on doit tous y être – il nous dit « M. Payan est un excellent maire et ça se passe bien avec lui ». Je ne crois pas…

    Léo Purguette : Il a demandé qu’on n’instrumentalise pas cette situation.
    Mais il l’instrumentalise lui-même puisqu’il se sert de sa situation pour être candidat. On ne peut pas avoir un double langage en permanence. Il veut rentrer dans l’arène politique ? Tant mieux. Il veut se battre contre le narcotrafic ? Tant mieux. Mais qu’il ne me dise pas que tout s’est bien passé avec M. Payan. Ça n’est pas sous l’ère de M. Gaudin que s’est passé ce drame épouvantable.

    Léo Purguette : Nicolas Sarkozy a supprimé beaucoup de postes de policiers et beaucoup d’entre eux votent à droite. C’est le syndrome de Stockholm ?
    Ou à l’extrême droite. On pourrait débattre longtemps sur ce que représente le syndrome de Stockholm dans la réalité psychologique ou psychiatrique. On peut rentrer dans les détails : je suis médecin. À mon avis, vous n’allez pas gagner le match. Le syndrome de Stockholm, c’est quoi ? C’est quand on est sous le charme de son tortionnaire.

    Léo Purguette : Il y en a un qui n’est pas dans le syndrome de Stockholm, c’est Lionel Royer-Perreaut. Vous regrettez qu’il ne rejoigne pas la campagne ?
    Lionel, on l’a toujours soutenu. Il a fait une campagne, il a perdu. Après sa défaite, je l’ai vu plusieurs fois, il m’a expliqué qu’il arrêtait, qu’il quittait Marseille, qu’il ne voulait plus faire de politique. Et puis – il y en a d’autres qui l’ont fait d’ailleurs – il dit « finalement je vais peut-être revenir » et puis « je ne reviens pas mais je commente ». Je lui dis « Lionel, tu as été un grand maire de secteur, tu as bien travaillé à l’Assemblée nationale, mais tes électeurs t’ont dit au revoir ». Ça m’est arrivé aussi, mais je n’ai jamais pris la parole quand j’ai pris ma retraite de pénitent pour me refaire. Je demande de la cohérence dans le propos.

    Léo Purguette : Il vous faut convaincre l’électorat modéré qui est tenté de filer vers Benoît Payan. Il y avait une figure identifiée chez Renaissance, votre conseillère régionale Sabrina Agresti-Roubache. Vous avez de ses nouvelles ?
    Elle était au premier rang à mes vœux.

    Léo Purguette : Elle va s’engager dans la campagne ?
    Vous savez, je crois que je suis le représentant de la globalité des gens raisonnables et républicains. Je respecte tout le monde, je ne cherche pas l’agression. J’ai un long passé politique, j’étais le grand chef du RPR ici et je suis capable de rassembler 14 composantes politiques dans ma majorité régionale. Quand je viens à La Marseillaise, ça ne me gêne pas parce que gaullistes et communistes ont fait des grandes choses ensemble.

    Enjeu national

    Léo Purguette : Dans le deuxième volet du sondage La Marseillaise, portant sur « qui ferait un bon maire », Martine Vassal est nettement devant Franck Allisio. Pensez-vous que les ressorts du vote RN sont des considérations nationales et, si oui, comment déjouer ce mécanisme qui semble vous desservir ?
    Sur cette deuxième partie du sondage, M. Payan et Mme Vassal arrivent à touche-touche, très loin devant M. Allisio, ce qui veut bien dire qu’aujourd’hui, on parle plutôt du national alors que nous, on veut parler du local. Mais je constate dans la région, que tous ceux qui sont collés dans le national vont finir plombés par le national. Regardez à Toulon. Mme Lavalette qui était donnée à 48% dans le précédent sondage…

    Léo Purguette : … donc archi-favorite.
    Oui et elle est désormais à 39%, elle perd 10 points ! Et elle est donnée battue au second tour. Je crois que le chaos national va faire que tous ceux qui y participent, tous ceux qui contribuent au rejet de la vie politique nationale par intérêt partisan, auront des surprises désagréables.

    La question des lecteurs

    Lucas Antronico : Est-ce qu’au second tour des élections municipales, vous comptez faire barrage à l’extrême droite ou vous comptez faire comme avec madame Petel que vous avez soutenue et laisser passer l’extrême droite ?
    Je crois qu’avec les élections municipales, on est encore dans un autre schéma que dans les élections législatives. On compare deux modes de scrutins très différents. Le scrutin sur Aix était très spécifique avec des formations politiques là-bas. Là, on est dans un combat des municipales, l’enjeu est local et pas national. Et ce qui se dessine, c’est une quadrangulaire, pas une triangulaire. Il y a plusieurs éléments dans cette quadrangulaire qui entreront dans les paramètres au soir du premier tour. Il y a ceux qui concerneront l’élection à la mairie centrale de Marseille comme pour toutes les communes alentour, il y aura l’enjeu de la Métropole et l’enjeu dans les huit mairies de secteur. Ça complique la réponse à cette question. Je réponds quoi pour être clair ? Il n’y aura pas le RN. Marseille n’est pas et ne sera jamais RN.

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Renaud Muselier

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Renaud Muselier

    Municipales, transports, TER, Jeux Olympiques…

    A vous la parole

  • Yannick Ohanessian : « Nous porterons le nombre de policiers municipaux à 1 600 à Marseille »

    Yannick Ohanessian : « Nous porterons le nombre de policiers municipaux à 1 600 à Marseille »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h30 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    La sécurité

    Didier Gesualdi : Vous êtes adjoint au maire de Marseille en charge de la sécurité, c’est un thème qui revient beaucoup dans la campagne, qu’en dit le Printemps marseillais ?

    D’abord, nous avons démarré depuis plusieurs mois, ce que nous avons appelé une enquête auprès des Marseillaises et des Marseillais pour leur demander leur avis sur la ville aujourd’hui, sur leurs priorités pour les sept prochaines années. La sécurité, la propreté reviennent beaucoup.

    Didier Gesualdi : Pour vous, ce n’est pas un thème subi ?

    Vous imaginez bien que non ! On est la majorité qui a doublé les effectifs de la police municipale. Je rappelle qu’elle a été créée en 1974. Entre 1974 et 2020, les effectifs ont atteint 397 policiers municipaux. Désormais, nous en avons plus de 800. En un peu plus de 5 ans, nous avons créé plus d’effectifs de policiers municipaux que depuis les 46 dernières années.

    Léo Purguette : Et pourtant vos adversaires de droite et d’extrême droite vous font un procès en naïveté sur la question de la sécurité.

    Évidemment, dès lors qu’ils sont confrontés à leurs propres turpitudes, sur un thème de prédilection pour la droite et l’extrême droite, ils en sont à répandre des fake news, à raconter de grossières bêtises. La vérité, elle est vérifiable : nous avons doublé les effectifs de la police municipale, nous avons augmenté le nombre de caméras de vidéoprotection dans la ville. Loin des petites phrases sur les réseaux sociaux, nous sommes dans l’action au service des Marseillaises et des Marseillais.

    Didier Gesualdi : On a vu des images où le maire de Marseille dit à un journaliste qu’il n’y a pas de Kalachnikov dans les rues. C’était une erreur ?

    Il y a un Marseille bashing, il faut venir voir cette ville, sa richesse culturelle, son attractivité économique. Toutes les Unes de toutes les presses locale, nationale ou internationale disent à quel point Marseille est en train de changer vers du mieux. Tout n’est pas réglé bien évidemment, on a mis énormément de moyens, on va poursuivre.

    Le narcotrafic

    Léo Purguette : Le narcotrafic pèse énormément ici, ailleurs aussi, mais ce n’est pas une question qui relève directement de la municipalité. Est-ce audible pour des citoyens exaspérés et inquiets ?

    Le maire de Marseille l’a toujours dit et il a mille fois raison : c’est une compétence première de l’État. Et pour autant, le maire a mis tous les moyens qu’il pouvait à travers sa police municipale et du développement du réseau de vidéoprotection. La lutte contre le narcotrafic ce n’est pas simplement des mots, des opérations « place nette » ou « XXL ». C’est bien, ça compte, ça aide les fonctionnaires de police nationale que je veux saluer ici. Mais lutter contre le narcotrafic ce doit être s’attaquer à la racine du mal, couper la tête de la pieuvre, pas simplement ses tentacules. Ça veut dire mettre des moyens sur une vraie coopération internationale, pour renforcer la police nationale. Redonner du souffle, du corps, de l’énergie, aux magistrats. Créer des postes de magistrats spécialisés. Il faut lutter contre le narcotrafic de la même manière qu’on lutterait contre le terrorisme.

    Didier Gesualdi : Les chiffres de policier nationaux la nuit ont fait l’objet d’une polémique entre le maire et le préfet……

    Honnêtement, peu importe la bataille des chiffres. Le maire a raison : on ne peut pas se retrouver dans la deuxième ville du pays qui compte désormais 900 000 habitants, avec une poignée de fonctionnaires de police nationale mobilisée la nuit. Ce n’est pas entendable ni acceptable. C’est un service public nécessaire du 1er au 16e arrondissement. Il faut travailler sur l’appel 17 et police secours, remettre de l’îlotage. Nous le faisons du côté de la police municipale.

    La police municipale

    Léo Purguette : Vos adversaires de droite vous reprochent de ne pas jouer votre rôle en sanctionnant ceux qui déposent des encombrants ou stationnent mal. Que leur répondez-vous et comment faire mieux ?

    En arrivant, on a créé en 2021 la brigade de l’environnement et de la lutte contre les dépôts sauvages. Elle n’existait pas dans notre ville. Elle compte aujourd’hui plus de 600 affaires à son actif. Des affaires transmises au parquet avec lequel nous avons créé une relation privilégiée pour sévir sur celles et ceux qui s’adonnent à ce type de comportements. On a multiplié le nombre de caméras nomades qui sont plus faciles à installer pour lutter spécifiquement contre cette délinquance. Il fallait qu’on trouve des moyens nouveaux. Est-ce qu’il y a encore à faire ? Bien sûr, on va continuer, c’est pour ça qu’on a annoncé qu’il y aurait à nouveau le doublement de la police municipale. On va passer de 800 à 1 600.

    Didier Gesualdi : Martine Vassal parle de 200 sanctions par an, ça paraît ridicule.

    Je vais rester poli. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Dans quelle ville vivent-ils ? La police municipale aujourd’hui c’est un peu plus de 200 000 verbalisations, très majoritairement sur les stationnements abusifs et dangereux et les dépôts.

    La non-censure

    Léo Purguette : Vous êtes socialiste, croyez-vous possible de construire un projet municipal ambitieux avec le budget national qui est passé ?

    Ce qui est certain, c’est que nous avons un gouvernement qui n’est pas de gauche…

    Léo Purguette : ni de gauche ni de gauche…

    C’est un gouvernement de droite. Personne n’a la majorité dans l’hémicycle parlementaire. Il y avait deux options. S’opposer à tout et subir le budget initial, extrêmement douloureux pour les Français et ultralibéral, ou – et je suis fier de le dire – aller vers une négociation pour obtenir des compromis. On a obtenu des avancées sociales, ce n’est pas la panacée mais le repas à un euro pour les étudiants, ne pas avoir les franchises médicales qui augmentent, 400 millions d’investissements sur les bailleurs sociaux…

    Léo Purguette : Cela rend-il possible votre projet municipal ?

    Ça participe à l’idée d’améliorer le pouvoir d’achat. C’est notre objectif ici à Marseille aussi.

    Les quartiers populaires

    Didier Gesualdi : Ceux qui souffrent le plus de l’insécurité sont dans les quartiers populaires où il manque aussi des services publics, des centres sociaux, et là, la Ville a des leviers.

    Oui et on les a très largement activés. Quand on va chercher avec le plan Marseille en grand, des moyens colossaux pour la politique de la ville, pour la rénovation et la reconstruction d’un certain nombre de logements, pour rouvrir des centres sociaux qui sont des lieux de rencontre et de partage de toute une jeunesse marseillaise. Elle n’est pas condamnée, assignée aux pieds d’immeuble. On lui donne d’autres perspectives. Les centres sociaux c’est la découverte de la vie, de la ville, des musées, de la plage, du parc national des calanques. C’est de cette manière que la Ville travaille à remettre du lien social. La question de la sécurité on la traite, mais ce n’est pas que ça Marseille. Il faut participer, travailler, regarder la ville telle qu’elle est en essayant de construire autre chose. Autre chose c’est quoi ? La culture, le sport, le logement, les transports, la propreté et le vivre-ensemble.

    Léo Purguette : Le candidat d’extrême droite propose de ne pas avoir d’adjoint à la sécurité pour s’en occuper lui-même. Ça ne sert à rien un adjoint à la sécurité ?

    Ne pas compter dans son équipe un adjoint qui s’occupe H24 de ces problématiques-là, c’est dire à quel point il ne s’y intéresse guère en réalité. Il y a les discours, les grandes phrases, les déclarations intempestives mais il y a la réalité du terrain. Ça me donne l’occasion de lui dire « bon courage » si vous souhaitez demain trier les gens qui pourraient venir ou pas sur les plages. On est dans le ridicule absolu.

    Didier Gesualdi : Benoît Payan est sur toutes les affiches, il y a un culte de la personnalité ?

    Le Printemps marseillais a-t-il disparu ?Je ne crois pas. On est sur un mouvement historique qui s’est même beaucoup élargi par rapport à 2020. Des nouvelles formations politiques et citoyennes nous ont rejoints. Et puis, on a aujourd’hui un maire de Marseille qui a eu le courage de mener toutes ces actions depuis 5 ans et qui se présente au suffrage des Marseillais. Il est tout à fait normal que la campagne soit menée avec Benoît Payan comme leader de ce mouvement. Derrière, c’est l’ensemble des formations politiques qui sont engagées dans le Printemps marseillais. D’ailleurs toutes les propositions mises sur la table sont le fruit d’un travail avec les formations politiques. Nous avons des réunions régulières au QG de campagne, tout le monde y a sa place.Léo Purguette : Serez-vous tête de liste dans un secteur ?Vous le saurez bien assez tôt. Je suis élu dans les quartiers Est de la ville, j’y suis né, j’y ai grandi, j’y ai un attachement particulier. C’est là que j’ai fait mes premières armes en politique. Ce sont des discussions en cours. Vous aurez bientôt les visages des têtes de liste qui partiront au combat sur les huit secteurs de la ville.

    Didier Gesualdi : Le RN est-il votre principal adversaire ?

    Il n’y a qu’à voir les sondages, vous les lisez aussi attentivement que moi…

    Didier Gesualdi : Celui de La Marseillaise plutôt que celui du JDD.

    Vous avez raison ! Mais sondage après sondage l’adversaire de Benoît Payan ça sera le RN. J’appelle à Marseille et dans le département à se mobiliser dès le premier tour pour les candidats humanistes.

    Léo Purguette : Y a-t-il encore des possibilités de rapprochement au second tour avec les insoumis ?

    J’ai lu avec beaucoup d’attention les déclarations de Sébastien Delogu. Quand on est capable de déclarer d’un autre candidat de gauche à la tête de la deuxième ville du pays, qu’on ne souhaite pas le voir gagner, ça en dit long sur l’état d’esprit de LFI. Si ce n’est pas Benoît Payan qui doit gagner, c’est qui ? Le RN ? Ça pour moi, c’est plus qu’une faute politique, c’est une ligne rouge franchie.

    Les Bouches-du-Rhône

    Léo Purguette : Assez parlé de Marseille, vous êtes aussi premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône. Un accord d’union de la gauche a été signé dans une soixantaine de communes. Quelles perspectives de conquêtes à gauche ?

    En 2020, nous n’avions pu réaliser l’union quand dans quelques communes, aujourd’hui 60, ce n’est pas rien c’est globalement l’ensemble des communes de 20 000 habitants. Cette union, la plus large possible, elle est le fruit de plus d’un an de travail avec le PCF, les Écologistes et d’autres formations politiques. Il y a un enjeu pour la gauche sur Gardanne, Aubagne, Arles, Aix-en-Provence également. Et puis on est aussi en soutien dans des communes de citoyennes et citoyens non encartés.

    La question des lecteurs
  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Yannick Ohanessian

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Yannick Ohanessian

    Municipales, Marseille, narcotrafic, police municipale, accords à gauche…

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