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  • François de Canson : « Tout ce que l’État ne prendra pas à la Région, je le mettrai dans les lycées »

    François de Canson : « Tout ce que l’État ne prendra pas à la Région, je le mettrai dans les lycées »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque samedi à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    Le nouveau président de région

    Didier Gesualdi : Vous avez pris la tête de la Région le 12 octobre. Depuis, il y a eu les catastrophes naturelles, les manifestations lycéennes, les émeutes du 17 octobre, le mouvement social qui est à son plus haut… Allez-vous arriver à dégager des priorités ?

    Quand on accède à la présidence de la Région, il faut être prêt, prêt à toutes les situations. Je suis avant tout un élu de terrain, j’ai l’habitude des crises. C’est vrai que j’ai été bien servi depuis mon arrivée. Les lycéens d’abord, le chaos dans la rue, les inondations…

    Didier Gesualdi : Vous passez derrière Renaud Muselier, une personnalité nationale avec une façon bien à lui de faire de la politique. Quelle sera la vôtre ?

    D’abord, c’est un Marseillais, moi, je suis un Toulonnais, donc on n’a pas peut-être pas les mêmes gènes. J’ai beaucoup d’admiration pour Renaud Muselier. C’est quelqu’un qui a su transmettre et de nos jours, en politique, c’est extrêmement rare. Moi, je suis un élu de terrain, maire depuis 18 ans. Je connais les gens, j’aime les gens, le contact. J’aime sentir les choses avant de prendre des décisions. Ma caractéristique, c’est que je suis un gros travailleur, j’ai une grande capacité d’écoute et je prends des décisions. Ça va être le nouveau style que je vais imposer à la Région. Une Région pour tous, un territoire que je vais parcourir en permanence pour aller écouter les maires. Je sais ce que c’est, être maire, je connais leurs priorités, je sais que ce n’est pas facile. Notre région est immense, c’est un territoire béni des dieux comme j’aime à le dire. J’espère que dans cette belle région, comme savait le faire si bien M. Muselier, l’optimisme sera de rigueur.

    Léo Purguette : Renaud Muselier a été élu au Sénat, mais il est toujours membre de votre majorité. Comment allez-vous articuler vos interventions ?

    Ce n’est pas toujours facile d’avoir le prédécesseur dans ses troupes.J’ai beaucoup de chance. Renaud Muselier m’a laissé les clefs du camion avec le plein. On a une Région en bonne santé. C’est quelqu’un qui observe, qui connaît particulièrement bien les rouages de cette région, ses conseils seront utiles.

    Les Lycéens

    Didier Gesualdi : Estimez-vous qu’on a répondu convenablement aux revendications des lycéens ?

    D’abord, les revendications sont normales. On a le droit dans ce pays de revendiquer, de manifester, mais pas de casser. C’est ce que j’ai dit immédiatement aux lycéens. Je peux tout entendre, mais tout doit se faire dans le calme et la démocratie. Je me suis rendu, ce vendredi, dans un lycée à Salon-de-Provence. Un lycée qui a été détérioré. En quinze jours, on a fait tous les travaux et tout doit recommencer dans des conditions optimales. J’ai rencontré les jeunes, vu le parlement régional de la jeunesse, déclenché un audit. On a fait le tour des 174 lycées. On est en train de me faire remonter l’ensemble des demandes des proviseurs sur la plateforme Allo lycées. Quand on a récupéré l’héritage de Vauzelle, il y avait un gros retard dans les lycées. 2 milliards ont été mis dans lycées depuis 10 ans. Je vais injecter encore 2 milliards pour les 10 ans à venir. J’ai sanctuarisé 300 millions pour l’année prochaine pour les travaux dans les lycées. On a déjà mis 6 millions pour les travaux d’urgence, on va rajouter 10 millions avant la fin de l’année par rapport au changement climatique. On est très actifs, très présents. Je vais écouter les revendications et donner des réponses concrètes. Vous verrez que, très vite, on va retrouver le calme.

    Léo Purguette : Les syndicats enseignants ne sont pas d’accord avec ce que vous dites. Ils indiquent que la majorité de M. Vauzelle a plus investi que vous et disent que notre Région est en bas du classement des Régions sur les investissements dans les lycées.

    Il y a eu des regroupements de Régions, donc ça fait des chiffres plus gros, mais au niveau global beaucoup d’argent a été mis dans les lycées. On a tous été lycéens. Combien on était par classe ? Il faisait chaud. Les sanitaires, ce n’était pas toujours parfait. Il y a eu une montée en gamme. Il faut encore monter en gamme.

    Le rapport avec l’État

    Léo Purguette : Vous êtes tributaire des annonces du gouvernement. Votre vice-présidente s’étonnait, dans les colonnes de La Marseillaise, du seuil de 28 élèves par classe, difficile à traduire vite au niveau du bâti. Est-ce que ce sont des promesses en l’air ?

    J’ai été très étonné des réponses du gouvernement. Quand il me dit qu’il va me donner des facilités pour emprunter pour financer les travaux dans les lycées… J’ai envie de dire qu’en tant que maire, président d’intercommunalité et maintenant président de Région, que j’ai toujours su emprunter. Mais emprunter quand les taux sont à 5%, est-ce que c’est une bonne chose ? Je ne pense pas. De ce côté-là, je dis au gouvernement : « Laissez-moi agir, je sais faire, je connais, faut pas m’expliquer. » En deux ans, l’État a pris 170 millions à notre Région. Et l’année prochaine, il veut nous prendre 50 millions. Je veux partager l’effort même si c’est un peu facile de mettre les collectivités à l’os quand on n’arrive pas à équilibrer le budget. Sur les 50 millions qu’on veut me prendre, prenez en 20 et laissez-m’en 30 pour mettre dans les lycées. J’ai dit au président de la République quand il est venu ici : « Tout ce que l’État ne prendra pas à la Région, je le mettrai dans les lycées. » J’espère que cette proposition sera entendue.

    Le Rassemblement national

    Léo Purguette : Qui peut battre le RN selon vous ?

    On n’en est pas au choix. Aujourd’hui, il y a beaucoup de candidats, on sait que tout va se jouer début janvier. Je suis contre les extrêmes. Chez moi, il n’y a pas de porosité avec le RN. J’ai toujours eu des candidats d’extrême droite contre moi, je les ai toujours battus.

    Didier Gesualdi : Allez-vous pouvoir résister à une vague RN aux prochaines régionales ?

    Je ne suis pas là pour faire l’intérim. Je suis là pour bâtir une équipe pour garder cette Région. Elle est bien gérée, elle fonctionne bien, elle a de bons résultats. Je crois que les gens le voient. M. Allisio nous disait qu’il avait déjà gagné Toulon et Marseille, ils ont perdu les deux. En politique, rien n’est joué.

    Léo Purguette : La Marseillaise révèle que son collaborateur, pointé pour ses écrits haineux, est toujours salarié. Ça vous choque ?

    Si M. Allisio ne veut pas balayer devant sa porte, à un moment, il va prendre la porte dans la tête. En tout cas, on va être extrême vigilant.

    Les inondations

    Didier Gesualdi : Comment faire face aux conséquences du changement climatique et aider les sinistrés ?

    Spontanément, je suis allé aux côtés des inondés. J’ai débloqué 5 millions d’euros pour les aider. C’est une problématique que je connais bien. En 2014, deux fois ma ville a été touchée. J’ai porté un projet de loi à travers un député varois à l’époque. Il faut simplifier les procédures des services de l’État pour que les collectivités puissent aider. On meurt de l’administration. Aujourd’hui, dans la présidentielle, grand nombre de candidats veulent des simplifications administratives. Le 17 novembre, je recevrai pour le congrès régional des maires Jean-Louis Borloo, qui a une vision très forte du changement nécessaire pour l’État.

    Léo Purguette : Les mairies sont très en colère, ils menacent de ne pas organiser la présidentielle…

    Ce n’est pas possible. Mais ça montre le ras-le-bol. On demande aux collectivités, qui sont déjà en difficulté, d’abonder le budget de l’État. Je souhaite que tout parte du terrain.

    Le climat social

    Didier Gesualdi : Est-ce qu’on va vers une radicalité encore plus importante du mouvement social ?

    Je n’ai pas de boule de cristal. Je ne sais pas comment ça va évoluer, personne ne le sait. Par contre, j’ai été choqué par la violence, notamment à Marseille. J’étais là dès le dimanche 18 octobre au matin. J’ai vu des gens qui avaient tout perdu, des commerçants pleurer, des magasins pillés… Que ce soit le Département, la mairie, la Région. Tout le monde est choqué. Comme l’avait fait Renaud Muselier en 2023, on a activé le fonds d’urgence. On va être capable dans les 15 jours qui viennent de donner 10 000 euros aux commerçants touchés pour leur redonner du souffle. L’initiative est portée par la Région, qui a la compétence économique. On a été rejoint spontanément par le Département qui met 5 millions, par la Métropole qui va nous aider, si d’autres collectivités veulent venir au lieu de faire du bruit…

    Léo Purguette : Même la Ville ?!

    Ça avait été contesté jusqu’en justice par la Région la dernière fois… Parce qu’ils l’avaient fait directement. Si la Ville vient rejoindre le fonds ouvert par la Région, tout se passe bien. Chacun a sa légitimité, on doit travailler ensemble, chacun doit être un maillon de la chaîne. Le leader dans ce cas-là c’est la Région, on est là pour aider. Plus il y aura d’argent, plus on pourra aider les commerçants. Là aussi, il ne faut pas que l’État se trompe, il doit se caler sur la Région parce qu’on a un guichet unique, que ça va vite. C’est ce que j’ai dit au ministre Papin.

    Didier Gesualdi : Quelles réponses à tous ceux qui ne cassent pas, mais qui vivent dans des conditions de vie très difficiles ?

    Je suis extrêmement sensible au pouvoir d’achat. En tant que maire, je touche ça du doigt tous les jours. À la Région, le président Muselier avait largement commencé. Il a fait en sorte que chaque étudiant puisse avoir une économie de 2 500 euros par an à travers les différents pass mis en place. Chaque fois qu’on peut aider nos concitoyens avec les pass transports, santé, loisirs etc. Il faut le faire. Et chaque euro investi doit avoir un sens. Il faut être respectueux de l’argent public et transparent sur son utilisation.

    Léo Purguette : Une des racines principales de cette crise, c’est l’explosion du coût des carburants. Le gouvernement doit-il baisser les taxes ? Nationaliser les compagnies qui affichent des profits indécents au regard des souffrances du monde du travail ?

    Je suis président de Région, je ne suis pas parlementaire. Chacun son niveau de compétence. Bien évidemment, je souhaite qu’on aide les Français. Quand la France souffre, il faut donner des moyens pour permettre aux gens de vivre dignement.

    Léo Purguette : Au-delà du climat social, il y a ce fond de l’air délétère avec cet attentat raciste à Trappes. Est-on face à un glissement ?

    Il y a un glissement, il faut le contrôler. Une dérive. Je crois que l’extrême gauche y est pour beaucoup…

    Léo Purguette : Ce n’est pas l’extrême gauche qui a tué à Trappes !

    Non, mais c’est toujours un extrême. On est toujours dans l’extrême. Face à cela, dans les élections, chaque fois qu’on est uni, on n’a jamais perdu. Soyons unis pour la présidentielle, les législatives, les régionales. Et vous verrez, on n’a pas grand-chose à craindre.

    La République c’est quoi ?

    François de Canson : « Ce n’est pas ce qu’il se passe en ce moment. La République, ce n’est pas le chaos, ce n’est pas casser. La République c’est le respect, c’est Liberté, Égalité, Fraternité. La Liberté, c’est de pouvoir exprimer ce que l’on veut de manière démocratique. Quand on va voter, ce qui me plaît beaucoup, c’est que dans l’isoloir, tout le monde est égalitaire devant le bulletin de vote. Je dis aux citoyens : allez voter, faites en sorte qu’il y ait une vraie majorité pour que ce pays puisse fonctionner de la façon la plus démocratique possible. »

    La question des lecteurs : Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Marie : Qu’est-ce qui va changer avec un président

    de la Région qui vient du Var ?

    D’abord, c’est une première et je crois que c’est une bonne chose. On a eu des présidents de Région qui venaient d’Arles, de Marseille, de Nice. Aujourd’hui, on a un président de Région qui vient de La Londe-les-Maures, dans le Var. C’est peut-être un style différent, c’est peut-être aussi rétablir un équilibre entre l’ensemble des territoires. Aujourd’hui on le voit, le département du Var ne cesse de grandir et est en train de trouver sa place sur l’échiquier régional. Moi, je suis là pour que le Var émerge, bien évidemment, mais pour qu’il y ait un équilibre entre tous les territoires. Je suis un homme d’équilibre, de dialogue. Comptez sur moi. Les Varois, c’est solide et ça sait partager.

  • À Avignon, l’opposition veut transformer la Maison de la tranquillité en poste de police

    À Avignon, l’opposition veut transformer la Maison de la tranquillité en poste de police

    En plein milieu de la rue de la République, les portes de la maison de la tranquillité publique n’auront pas été ouvertes longtemps. Lancée en juillet 2025 pour « lutter contre les incivilités », elle a été fermée par la nouvelle municipalité en ce début d’été 2026.

    Une fermeture que regrette l’élu municipal d’opposition Fabrice Tocabens (PS). Dans un communiqué de presse, il propose au maire « de faire le seul choix sensé en rouvrant au public cette structure et en la transformant en poste de police municipale », et ce, « pour mieux assurer la présence de nos forces de sécurité en cœur de ville ».

    Tandis que le credo du premier édile, Olivier Galzi, est plutôt de « remettre les agents de la police municipale sur le terrain ». Concernant le local de la rue de la République, fin août, il s’étranglait devant le coût de location : « Elle coûte 8 000 euros par mois de loyer alors qu’on a des locaux vacants qu’on est en train de laisser mourir. Or, on a un bail de 10 ans, soit presque un total d’un million d’euros. C’est d’un niveau de non-gestion et d’irresponsabilité totale. À quel moment, vous et moi, vous allez prendre un appartement ou un local et vous allez accepter qu’on vous dise, même si vous le quittez dans un an, pendant 10 ans, vous le paierez ? »

    Logique de proximité

    Une fermeture qui s’inscrit dans un contexte global de fermetures de points d’accueil des services publics à Avignon. Ce que dénonce également Fabrice Tocabens, qui était adjoint au maire en charge des mobilités sous Cécile Helle. « Il s’agit bien d’une volonté déterminée de M. Galzi de réduire les services publics dus aux habitants. C’est un choix catastrophique qui porte atteinte aux intérêts des habitants les plus fragiles, en particulier les personnes âgées », pointe-t-il. Avant d’estimer que cette « stratégie » doit « absolument s’interrompre », en demandant à « revenir à une logique de proximité et d’écoute ».

    Outre la maison de la tranquillité publique, il y a aussi la fermeture de l’épicerie étudiante l’Agoraé, de la mairie de quartier centre ou encore de la maison des Îles de la Barthelasse. Est aussi annoncée la fermeture de postes de police municipale. Tandis que les bibliothèques et les musées ont vu leurs horaires d’ouverture fortement se réduire, le tout sur fond d’économies.

  • [Rue de la République] Jacques Latil : « Les Restos du cœur des Bouches-du-Rhône ont distribué 3,9 millions de repas en 2025 »

    [Rue de la République] Jacques Latil : « Les Restos du cœur des Bouches-du-Rhône ont distribué 3,9 millions de repas en 2025 »

    Les bénéficiaires des restos du cœur

    Didier Gesualdi : Quel est le rôle des Restos du cœur aujourd’hui ?

    Le rôle essentiel qu’on joue, c’est essayer d’accompagner le plus de personnes possible qui sont dans la précarité. Je parle de précarité alimentaire mais c’est aussi lié au logement. Une étude récente sur nos bénéficiaires met bien en évidence le sans-abrisme et la précarité résidentielle ce qui inclut par exemple les gens qui n’ont pas de domicile mais qui sont hébergés chez un tiers. Elle a été réalisée par cinq chercheurs : deux Américains, deux Français et un Allemand. Plus de 160 millions de données ont été analysées et on s’aperçoit que le sans-abrisme et la précarité résidentielle progressent énormément, on parle d’une augmentation de plus de 60% d’augmentation en quelques années.

    Léo Purguette : On parle de sans-abri mais on a aussi le sentiment que la pauvreté s’étend dans d’autres couches de la société. C’est le cas parmi vos bénéficiaires ?

    Oui, c’est un mouvement de fond depuis plusieurs années. Je suis aux Restos du cœur depuis 2018. J’ai vraiment vécu la crise covid où on a vu arriver de nouvelles populations. On a surtout beaucoup plus de jeunes et un nombre de familles monoparentales qui n’arrête pas de grandir.

    Didier Gesualdi : Des jeunes actifs aussi ?

    Bien sûr. Ce n’est pas parce qu’on a un travail qu’on est protégé de la précarité. C’est vrai pour les jeunes actifs, c’est vrai aussi pour les étudiants. Quand le Crous a mis en place le repas à 1 euro, il a été complètement dépassé. Ça prouve bien que cette jeunesse a du mal à se nourrir correctement et à se loger aussi. Les deux sont liés. Quand je suis rentré dans la vie active, les jeunes étaient totalement autonomes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On sait que beaucoup de jeunes sont en colocation en permanence. Il y a un problème sérieux à ce niveau-là.

    Didier Gesualdi : Et ceux qui n’osent pas pousser la porte, peut-être par honte ou pas peur de ne pas être dans les critères ?

    Oui, nous avons des seuils d’acceptabilité c’est normal mais quand une personne dans le besoin vient aux Restos du cœur, elle repart avec un colis de dépannage. La fois d’après, elle est obligée de justifier qu’elle est dans les barèmes que nous appliquons en fonction des moyens que l’on a. Et même si une personne ne peut pas bénéficier d’aide alimentaire, on peut l’orienter vers une aide juridique par exemple quand un papa quitte le foyer sans payer de pension alimentaire.

    L’ENGAGEMENT

    Léo Purguette : Qu’est-ce qui vous a personnellement conduit au bénévolat ?

    J’avais une maman assez branchée sur le milieu associatif ? Ce qui m’a poussé vers le bénévolat, c’est que quand j’étais gamin beaucoup d’adultes se sont occupés de moi. Je me suis toujours dit qu’il fallait que je rende la monnaie. Quand j’étais en activité professionnelle, j’étais assez souvent en déplacement et donc très pris, mais dès que la retraite est arrivée, j’ai tapé à la porte des Restos du cœur des Hauts-de-Seine. La difficulté dans le bénévolat, c’est de trouver des gens qui acceptent de prendre des responsabilités alors on m’a bombardé assez rapidement responsable départemental. Et puis ça a continué ici.

    Didier Gesualdi : Comment vous aider ?

    En continuant de sensibiliser à cette pauvreté… Il y a un paradoxe : les jeunes sont très sensibles à cela, les entreprises le sont aussi. Un peu pour leur image de marque sans doute. Mais à côté de cela on n’arrive pas à satisfaire tous les besoins.

    Léo Purguette : Concrètement comment vous aider ?

    La majorité des bénévoles ont mon âge mais on a aussi des jeunes. Il nous faut des bénévoles volontaires pour prendre des responsabilités et qui nous fassent profiter de leurs compétences professionnelles. L’entrepôt que la CMA-CGM a mis à notre disposition fonctionne avec un responsable approvisionnement spécialisé dans la logistique. Pour nous contacter c’est le 04.96.15.30.20 et par mail à : ad13.siege@restosducoeur.org

    LE NON-RECOURS AUX DROITS

    Didier Gesualdi : Rencontrez-vous des personnes qui ne demandent pas des choses auxquelles elles auraient droit ?

    Oui, je crois qu’à peu près 30% des personnes qui viennent ne savent pas qu’elles ont droit à des droits. On fait en sorte de les interroger pour savoir dans quelle situation elles sont. Nos distributions alimentaires sont ce qu’on appelle des « distributions accompagnées ». Les personnes qui viennent sont accompagnées d’un bénévole, ça permet de discuter avec les gens pour savoir où ils en sont. Est-ce que leur situation s’améliore ou se détériore ? On les aide à prendre les décisions qui s’imposent.

    Didier Gesualdi : J’imagine que cela nécessite aussi de former vos bénévoles.

    Oui tout à fait. On a des formations dans les différents domaines. On fait du juridique, de l’accompagnement scolaire. Pour tout ça, il y a des formations internes qui sont dispensées. On a des formateurs nationaux qui viennent localement et ensuite nos bénévoles qui forment la population.

    LES CENTRES

    Léo Purguette : L’un de vos 42 centres dans les Bouches-du-Rhône, a été touché par les intempéries, comment faites-vous face ?

    Oui c’est en effet un gros problème qui concerne le centre Barbini, celui de la Belle-de-Mai, un quartier en grande difficulté. Il a subi les intempéries et nous avons été obligés de le fermer parce qu’il y avait un risque d’électrocution. Nous avons pris la décision qui s’imposait mais cela touche quand même plus de 400 familles et au total entre 2 000 et 2 500 personnes qu’on ne sert plus. On a alerté la mairie concernée et on a été reçus par le préfet aux solidarités qui a été très à l’écoute de notre problématique. On est en train d’essayer de trouver des solutions. Est-ce que ça va passer par un autre local ? Un transfert ? Un local temporaire ? Au moment où je vous parle on n’a toujours pas la solution.

    LES FINANCEMENTS

    Léo Purguette : L’aide alimentaire a été plusieurs fois menacée au niveau européen. Votre financement est-il garanti ?

    Garanti, je ne sais pas. Il est remis en question régulièrement mais pour le moment on a toujours l’aide de l’Europe sur une partie des produits qu’on distribue.

    Didier Gesualdi : Avez-vous un bilan de l’an dernier ?

    Dans le département des Bouches-du-Rhône, on a distribué 3,9 millions de repas et servi 51 000 personnes. Ça va augmenter cette année c’est sûr. Dans un de nos 42 centres, le centre Paradou, le responsable me disait qu’en 2021 on servait 189 familles et qu’en 2025 c’est 479 familles.

    Didier Gesualdi : La Banque alimentaire qui redistribue via une association comme la vôtre pousse un cri d’alarme et en appelle à la générosité publique.

    Oui tout à fait. Il y a trois semaines nous avons fait une collecte au niveau du département. On est toujours surpris par la générosité de nos concitoyens. On a toujours des grosses inquiétudes avant que les collectes commencent et puis on s’aperçoit que les gens répondent présent. C’est quand même bon signe.

    Didier Gesualdi : Ceux qui donnent ne sont pas toujours ceux qui ont le plus de moyens…

    Exactement.

    Léo Purguette : Les chiffres que vous avancez posent la question de la responsabilité des pouvoirs publics. D’une certaine manière votre action les décharge de leur mission.

    Oui. Ce n’est pas nouveau. Ça s’accentue parce qu’on sent bien qu’il y a une tendance à tout réduire. Les finances sont exsangues donc on s’attend à avoir des difficultés pour avoir autant de financements que précédemment. On cherche d’autres voies. On essaye de récupérer un peu plus de marchandises dans le département pour compenser.

    Léo Purguette : En plus des dons alimentaires, sollicitez-vous des dons financiers ?

    Oui, heureusement qu’on les a d’ailleurs. C’est ce qui permet d’acheter presque la moitié de ce que l’on distribue.

    LE CLIMAT POLITIQUE

    Didier Gesualdi : L’ambiance politique est au repli sur soi. On sait bien que vous ne faites pas de politique mais ce climat ne va pas forcément dans le sens de la générosité à laquelle vous faites appel.

    Oui. Vous savez que le sujet politique, aux Restos du cœur, on garde un peu ça pour soi. Ce qui est normal. C’est d’ailleurs l’une des clefs du système mis en place par Coluche. Cela dit, oui, il y a une inquiétude sur la suite, une incertitude sur ce qu’il va se passer l’année prochaine.

    On a de plus en plus de difficultés à avoir des financements et tout à l’heure quand je vous parlais de la précarité résidentielle, on sait ce que les gouvernements ont à faire pour arranger les choses. 10% de logements sociaux en plus, c’est 10% de personnes accueillies en moins pour nous, parce que ça réduit les problèmes de pouvoir d’achat et de budget qui, aujourd’hui, ne le sont pas.

    LA RÉPUBLIQUE C’EST QUOI?

    Jacques Latil : « La République idéale c’est que tout le monde soit heureux dans son quotidien et vive à peu près correctement. On n’arrivera pas à gommer toutes les formes d’inégalité, mais avec le niveau de richesse que nous connaissons dans certains pays, ce n’est pas normal qu’il y ait autant de pauvres. »

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Maryse :

    On m’a dit que les restos du cœur ce n’est plus seulement l’hiver. Est-ce que c’est vrai?

    À une époque on avait même un barème différent entre l’été et l’hiver, partant du principe que les besoins étaient un peu différents en été mais désormais on ne fait plus de différence entre les saisons. On essaye de faire en sorte que les centres soient ouverts tout au long de l’année, ce qui est compliqué. On conserve notre campagne d’hiver qui sera lancée le 27 novembre. C’est un temps fort et le deuxième temps fort c’est la collecte nationale des Restos du cœur qui aura lieu le premier week-end du mois de mars.

    Aux Restos du cœur on rencontre des gens formidables toute l’année que ce soit au niveau des bénévoles ou des bénéficiaires. Ça fait réfléchir. On se pose des questions. On se demande pourquoi ces gens sont dans de telles difficultés par rapport à nous.

  • [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    Quinze prévenus doivent défiler devant la 12e chambre A, dont huit sous mandat de dépôt. Le premier est un Algérien de 20 ans sous OQTF arrivé en train des Hauts-de-Seine. Le grand nigaud porteur d’une grosse valise a intrigué les policiers à qui il demandait son chemin. À l’intérieur, 38 articles du Monoprix pillé sur le cours Saint-Louis. « Il y avait beaucoup d’affaires éparpillées au sol, des vêtements pour enfants, des Mon Chéri, des Ferrero Rocher, j’en ai pris pour ma petite sœur. Je ne pensais pas que c’était répréhensible », dit le gars, candidat à la Légion étrangère, « prêt à mourir pour la France que j’ai dans mon cœur ».

    « Ce jour où la République a vacillé »

    « Il vient faire ses emplettes sur Marseille », cingle Nicolas Bessone, procureur de la République, qui requiert un an ferme avec mandat de dépôt et une interdiction définitive du territoire. Le haut représentant du ministère public décrit « une action concertée entre deux catégories de population différentes pour semer le chaos et le désordre en ce jour où la République a vacillé. D’abord, les black blocs dès 7h du matin pour fatiguer les forces mobiles puis vers midi qui s’attaquent à des institutions dans l’objectif de fixer les CRS. Puis concomitamment arrivent des délinquants issus des quartiers difficiles et des sans papiers qui vont se livrer à du pillage le plus bestial ». À peine 107 interpellations pour 3 000 pillards et 10 000 émeutiers. « La police en sous-effectif n’était pas en mesure de faire des interpellations massives », dit le procureur, pour qui « chacun des prévenus a apporté sa pierre à cet épisode apocalyptique ». Le tribunal le douche en condamnant le bougre à seulement six mois de prison avec sursis et confiscation de la valise.

    « Je savais pas que c’était un vol »

    Vient le tour de trois gars qui ne se connaissent pas, chopés à 14h30 par la Bac Centre, rue de la République, devant la boutique de sport I-Run dévastée. Mohamed, 26 ans, sans papier expulsé en 2023, dit être descendu en train de Villefranche-sur-Saône pour renouveler sa carte d’aide médicale d’État. « J’ai rien fait, rien volé, j’étais seul. Il y a confusion, les policiers interpellaient tous azimuts. Mais si j’avais voulu voler, je serais allé à Lyon. » D’ailleurs, les policiers n’ont rien trouvé sur lui. Le second, Boumedine, 35 ans, se présente comme « influenceur sur Tiktok ». « J’ai rien volé, je suis rentré pour filmer en live le chaos. » Rien sur lui non plus. Le dernier, Oussama, 37 ans, trois enfants, chauffeur livreur, est vu avec une boîte à chaussures. « J’ai ramassé un truc sans voir ce que c’était. J’ai couru, on m’a interpellé. Je savais pas que c’était un vol. Aujourd’hui, je le comprends. » La Métropole s’est constituée partie civile dans huit dossiers, justifiant de 12,49 millions d’euros de préjudice matériel suite au saccage urbain dont 350 000 euros en déblayage des rues. « Il y en a pour des millions d’euros à refaire toute la chaussée de la rue de la République ! », tonne Me Pierre Bruno, qui demande 2 000 euros solidairement au trio. « Tout Marseille savait que ça allait exploser et qu’il y allait avoir le chaos et eux y vont par opportunisme, par idéologie ou avec la volonté de semer le désordre », lance le procureur, qui réclame de trois mois à un an ferme, exhortant le tribunal « à des décisions fermes pour resolidifier le pacte social ». Le tribunal le glace d’une relaxe générale !

    « Ils ont tout dévalisé,

    c’est top »

    Trois jeunes gens répondent du recel de cinq caisses de maquillage, de parfums et d’une télé volés chez Sephora. « En détention, c’est la misère », hoquette la petite caissière de 21 ans qui prépare « le concours de policière adjointe ». Elle aurait appelé son frère et un pote pour récupérer le butin en voiture. « C’est impossible que ce soit moi, regardez, j’étais en pyjama ! » montre le frère dans le box. « Je me suis retrouvé au mauvais endroit au moment », annonce le pote à qui le procureur rappelle le SMS sur son portable : « J’attends mon collègue, il est chargé en affaires, ils ont tout dévalisé, c’est top. » Un renvoi est demandé. Le procureur veut leur maintien en détention. Le tribunal les remet en liberté. Ils seront jugés le 15 décembre.

  • Marie Batoux : « L’extrême droite nie la grande majorité des violences faites aux femmes »

    Marie Batoux : « L’extrême droite nie la grande majorité des violences faites aux femmes »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque samedi à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie
    du territoire.

    Le droit à l’IVG

    Didier Gesualdi : À l’occasion de la journée internationale pour le droit à l’IVG, vous avez organisé à Marseille un événement sur ce thème. Rencontre-t-on encore des difficultés à avoir accès à ce droit ?

    On avait la chance d’avoir une gynécologue avec nous, jeudi, lors de cet événement et elle pointait une régression notamment à propos de la clause de conscience des personnels de santé. Aujourd’hui, une femme sur deux ayant eu recours à l’IVG indique qu’un professionnel a refusé de l’accompagner pour l’intervention contre 27% en 2024. C’est une dégradation extrêmement rapide au plan national. On est face à des pressions sociales, près de 64% de ces femmes disent en avoir subi pour ne pas effectuer leur avortement. Une femme sur cinq déclare avoir le sentiment de ne pas avoir eu le choix de sa méthode d’IVG. On a une loi qui encadre fortement les délais. On ne peut pas avoir au-delà de 16 semaines et aujourd’hui, il faudrait recevoir dans les 5 jours une femme qui a constaté qu’elle était enceinte et veut interrompre sa grossesse, or le délai moyen de rendez-vous est de 7 jours. C’est aussi une régression. À Marseille, on n’est pas exempt de cette démarche.

    Léo Purguette : C’est très paradoxal puisque ce droit a été inscrit dans la constitution. Est-on face à une insuffisance de moyens dans les services médicaux
    ou à une régression idéologique ?

    Le phénomène doit être pris dans un cadre global marqué par le recul du nombre de gynécologues qui exercent en ville ou à l’hôpital. C’est un sujet d’accès aux soins, notamment dans des quartiers qui sont de vrais déserts médicaux sur lesquels la Ville de Marseille tente d’agir en s’appuyant sur des acteurs associatifs. Il y a aussi ce que vous évoquez dans votre question, c’est-à-dire une montée du masculinisme, des forces réactionnaires dans ce pays qui fait que ces personnels de santé qui exercent leur clause de conscience sont de plus en plus forts. Il faut savoir que ce ne sont pas que des gynécologues, mais ça peut être aussi un anesthésiste, un infirmier… Cela concerne l’ensemble de la chaîne médicale et augmente le nombre de freins que l’on peut constater pour l’accès à l’IVG.

    Les leviers d’action de la ville

    Didier Gesualdi : Quels sont les leviers d’action dont vous disposez au niveau municipal ?

    Cette soirée que nous avons organisée jeudi, autour du droit à l’IVG, résulte d’une réflexion de l’assemblée du futur qui a eu lieu l’année dernière sur le sujet de la santé des femmes. Elle part d’un constat : aujourd’hui, nous devons sensibiliser, faire de la prévention, informer les jeunes filles, les femmes, sur leurs droits et leur permettre d’y accéder. C’est une première étape. Nous devons continuer de travailler avec notre partenaire associatif, le Planning familial, qui est notre référence en la matière, pour permettre de continuer à travailler sur l’accès aux droits. Notre dialogue avec l’AP-HM nous permet aussi d’avancer.

    Léo Purguette : Les droits des femmes dépassent évidemment le seul droit à l’IVG. Que peut une Ville en la matière ?

    Il y a en effet toute une réflexion à mener parce que cela peut relever de l’accompagnement social, de la police, de la justice, du droit au logement, de l’accès à l’emploi… Il y a une transversalité qui doit permettre aux partenaires institutionnels d’échanger et de trouver des solutions. Par exemple, la Ville avec la Métropole peut trouver des solutions sur le logement. Nous avons une expertise, la Ville a un service droits des femmes qui accompagne les victimes de violences et nous travaillons avec tous les acteurs incontournables de terrain. Nous avons un observatoire qui doit nous permettre de comprendre comment cela se passe sur notre territoire et de définir les politiques publiques à mener.

    Safer

    Didier Gesualdi : La Ville a déployé le dispositif Safer sur les plages pour protéger les femmes du harcèlement. Envisagez-vous de l’étendre ?

    C’est un dispositif né dans les festivals musicaux qui vient d’un acteur central à Marseille, Marsatac, qui a développé son propre outil et nous a permis d’en bénéficier sur les plages. C’est une application qui permet de signaler une situation de violence et qui doit être accompagnée de personnes physiques pour faire de la prévention contre les comportements inadaptés qui vont du regard lourd à l’agression. Nous l’avons mis en place sur les plages et déployé aussi cette année, sur l’été marseillais, de manière expérimentale. Cette année, ce sont 235 interventions qui ont été faites par nos équipes de médiation, soit 25% de plus que l’année précédente. Ce qui révèle la forte pertinence du dispositif. Il ne faut pas dédramatiser, mais dire que 186 situations ont été résolues par la médiation, ce qui veut dire qu’on n’a pas toujours besoin de la force publique. 26 interventions des forces de l’ordre ont été nécessaires.

    L’extrême droite

    Léo Purguette : Pour la première fois, une femme est donnée gagnante de la présidentielle. Elle est d’extrême droite, y voyez-vous un paradoxe ?

    C’est une femme héritière d’un système. Elle est le symbole d’un héritage politique ancien. On se rappelle bien, à Marseille, de l’OAS, de la guerre d’Algérie et de ces militants qui n’hésitaient pas à torturer et à commettre des attentats. On voit aujourd’hui l’extrême droite développer une sorte de sémantique autour du féminisme avec la mairie des 11-12 qui fait venir une association proche du mouvement Nemesis pour créditer un récit autour du migrant agresseur sexuel. Ce que fait l’extrême droite, c’est nier la très grande majorité des cas de violences qui sont intraconjugaux pour alimenter ses thèses racistes autour d’un bouc émissaire qui serait l’étranger. Par ailleurs, des thèses masculinistes perdurent au sein du RN selon lesquelles les femmes prennent le travail des hommes et devraient retourner au foyer, mais aussi des dangers sur l’IVG et la contraception.

    L’éducation des jeunes

    Léo Purguette : La meilleure manière de prévenir les violences sexistes et sexuelles n’est-elle pas l’éducation des jeunes garçons ?

    C’est tout un écosystème à changer, tout une prise de conscience collective. Pour l’éducation, la Ville mène déjà des parcours égalité fille-garçon dans les écoles. Il faut renforcer le dispositif. Le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle voulu par l’État est l’objet de beaucoup de fantasmes. Nous devons travailler à permettre aux familles de bien comprendre de quoi il s’agit : c’est l’apprentissage de la notion de consentement, de dignité humaine etc. Nous avons des travaux à mener avec des acteurs de l’éducation populaire également hors du temps scolaire.Beaucoup restent à faire par ailleurs sur la question de l’IVG ou de l’excision. On est sur des sujets qui concernent la santé sexuelle pour faire en sorte que l rapport à ces questions soit changé.

    Les moyens

    Léo Purguette : Faites-vous du partage d’expérience avec d’autres villes ? Durant les municipales, La Marseillaise avait relevé que des délégations comme la vôtre n’existent pas partout.

    Oui, c’est un travail que je mène effectivement. Je pense notamment à la cité des femmes qui est un lieu qui devrait permettre à toutes les associations, mais aussi aux acteurs de l’accès aux droits et aux services publics liés aux signalements, aux dépôts de plainte, d’accompagner les femmes. Nous échangeons avec les Villes qui ont mené à bien ce type d’expérience pour savoir comment elles s’y sont prises. Ce sont souvent des lieux associatifs ou municipaux. L’idée à Marseille est peut-être de faire quelque chose d’un peu hybride pour porter une politique publique qui fasse connaître le continuum de violences auquel les femmes sont confrontées et qui fasse reculer les violences sexistes et sexuelles.

    Didier Gesualdi : Les associations s’inquiètent des moyens disponibles pour mener à bien leurs actions.

    L’inquiétude est surtout de savoir quels seront les budgets des autres institutions qui sont en train de se réduire comme peau de chagrin après les annonces budgétaires qui sont faites de restrictions des dotations de l’État sur les collectivités. C’est extrêmement inquiétant pour 2027, c’est tout un tissu associatif qui va être mis en danger alors que son activité est d’intérêt général et qu’il se substitue finalement au service public.

    Léo Purguette : La Haute-commissaire à la protection de l’Enfance était sur ce plateau, la semaine passée. Contestez-vous les montants avancés par l’État pour financer la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants ?

    Ces montants ne sont pas crédibles parce qu’il valorise ce que l’État fait déjà, c’est ce que dénoncent les associations. Nous demandions 3 milliards contre les violences sexistes et sexuelles qui englobent l’ensemble des moyens nécessaires comme cela a été fait en Espagne, ce qui a produit des changements radicaux. On sent bien que les annonces du gouvernement sont pré-présidentielle, ce qui est inquiétant pour la suite. Cependant, le vote de cette loi intégrale nous permettra d’avancer et d’avoir une assise législative pour continuer le travail.

    Les Joggeuses

    Didier Gesualdi : On parlait des plages, mais ce ne sont pas le seul lieu où des jeunes femmes, des femmes, peuvent subir du harcèlement. Comment mieux lutter globalement contre ce phénomène ?

    Il y a de plus en plus de joggeuses qui sont l’objet d’agression. Nous devons nous emparer de ce sujet fortement. C’est une question de garantie d’utiliser l’espace public au quotidien. Le 25 novembre, nous aurons la dernière « la Voie est libre » de l’année et, à cette occasion, nous allons organiser la course des joggeuses. 1, 2, 3 km contre les violences sexistes et sexuelles. Cela doit permettre de rendre visible et de faire connaître ce phénomène pour sensibiliser l’ensemble des personnes sur la question.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Lisa : Je suis jeune maman, la question de la garde d’enfant me paraît plus qu’importante pour l’égalité. Que fait la mairie là-dessus ?

    Je pense en effet qu’il y a une politique à mener rapidement en direction des familles monoparentales pour permettre à toutes ces femmes qui élèvent seules des enfants d’avoir accès à la garde d’enfants plus facilement. C’est un coût financier fort pour elles. C’est toute un politique que nous engageons pour leur permettre aussi d’accéder aux services publics plus facilement, au logement, à un ensemble de propositions culturelles, et même d’un droit au répit leur permettant de souffler un peu. C’est une politique qu’on doit mener avec la CAF. La Ville finance aussi fortement les centres aérés et, depuis le début du mandat précédent, nous augmentons le nombre de places, le soutien aux associations culturelles, sportives et l’accompagnement périscolaire. C’est un ensemble de maillons qui doivent être améliorés et un dialogue permanent avec la CAF notamment puisqu’elle co-finance ce type d’actions.

  • [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    [Rue de la République] Sarah El Haïry : « Dans les Bouches-du-Rhône, on a interdit à 360 personnes d’être au contact des enfants »

    L’affaire Lyhanna

    Didier Gesualdi : Suite à l’affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans, violée et assassinée par un suspect faisant déjà l’objet d’une plainte, qui a suscité une émotion immense, quelles mesures avez-vous proposé ?

    C’est un drame. Ces drames me font toujours réagir : aujourd’hui dans notre pays, toutes les 3 minutes un enfant subi des violences sexuelles et tous les cinq jours un enfant meurt sous les coups de sa propre famille dans son propre foyer. Au drame de Lyhanna qui a perdu la vie, s’ajoute le fait qu’il y avait des signalements. Là, tu te dis combien de fois nous n’avons pas pu protéger, nous n’avons pas cru ? Tu te bouscules… C’est là que ce drame a saisi le pays, c’est parce qu’il appelait à changer profondément de regard et de doctrine. Qu’est-ce que ça veut dire changer de doctrine ? Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, m’a demandé quelque chose d’efficace, des mesures apportant des solutions immédiates. On a l’habitude d’entendre « tout le monde est responsable, il faut protéger collectivement ». Moi je crois qu’il y a des responsabilités individuelles, dans toute la chaîne judiciaire, dans la police, dans la gendarmerie, dans les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (Unaped) qui vont écrire les dossiers pour dire ce que la jeune fille ou le jeune garçon a comme traces pour que la justice aille au bout. Ça, c’est pour traiter les drames mais comment on les évite ? En contrôlant les antécédents judiciaires des hommes et des femmes qui travaillent auprès des enfants. Je pense qu’il y a un changement sincère et profond parce que le drame Lyhanna a obligé tout le monde, toutes les institutions, à ouvrir ses placards et à s’interroger sur ses responsabilités.

    Léo Purguette : Il faut quand même regarder l’état de la justice. Est-ce que tous ces mots ne sont pas vains s’il n’y a pas plus de moyens pour traiter les signalements et les plaintes ?

    Bien sûr qu’il faut des moyens, le Premier ministre s’y est engagé. Plus de 300 nouveaux magistrats, plus de 300 enquêteurs supplémentaires mais également des infirmières scolaires supplémentaires. Mais j’ai toujours peur que pendant qu’on dit « il faut des moyens », on ne se saisit pas des problèmes aujourd’hui. Quand on parle de rechercher les antécédents judiciaires, ce ne sont pas des moyens nouveaux, c’est une nouvelle méthode qui autorise des personnes qui ne l’étaient pas auparavant à regarder des fichiers ou le certificat d’honorabilité que j’ai développé. Ce n’est pas une histoire d’argent de donner la capacité à tous les employeurs publics de ne pas laisser des prédateurs dans leurs institutions.

    LA LIBÉRATION DE LA PAROLE

    Didier Gesualdi : Les premières révélations sur la pédocriminalité ne datent pas d’hier. On est en 2026, c’est encore tabou ?

    Quand un enfant parle on le croit. Et on ne lui demande pas de parler sans qu’il y ait des suites et des conséquences. Combien il y a de secret de famille ? Combien il y a encore de choses qu’on considère comme honteuses. Pourquoi les silences sont aussi longs ? Parce que c’est vrai, aujourd’hui la justice condamne peu. Mais il se passe quelque chose dans notre pays. D’abord, il y a eu #MeToo, ça a libéré la parole des femmes. Cela fait mouvement. Grâce à cela, on a commencé à entendre différemment la parole des enfants. Qu’est-ce qu’il y a de plus abject, de plus ignoble que d’agresser sexuellement un enfant ? Que de le violer ? À des âges… L’année dernière, c’est plus de 600 nourrissons de 0 à 2 ans qui ont été victimes de violences sexuelles !

    Léo Purguette : C’est effroyable, comment le détecter quand ces pauvres enfants ne peuvent pas encore parler ?

    C’est là où les médecins, le monde de la petite enfance, les crèches, les assistantes maternelles, l’ensemble des adultes autour des enfants doivent être formés à repérer. Il faut une confiance dans toute la chaîne, que la justice traite et condamne. J’ai la conviction qu’être aujourd’hui autant exposé à de la pornographie sur Internet, il y a plus de 700 000 images pédocriminelles par jour en ligne, facilite malheureusement les passages à l’acte.

    LES ANTÉCÉDENTS JUDICIAIRES

    Léo Purguette : Des affaires d’agressions sexuelles ont éclaté à Paris mais aussi à Marseille, comment les prévenir ?

    Malheureusement, il y en a eu partout. Chez moi à Nantes, à Lyon, ici… Il n’y a pas un territoire qu’il soit petit ou grand qui n’ait pas été touché. Pour une raison toute simple : les prédateurs vous pensez qu’ils font quoi ? Quand ils sentent qu’il y a un espace où c’est un peu moins contrôlé, ils vont là où il y a des enfants. Quand c’est le cas dans le périscolaire, ils y vont, dans le sport, ils y vont, dans la culture…

    Léo Purguette : Vos mesures ont-elles donné des résultats ? Avez-vous des éléments chiffrés dans les Bouches-du-Rhône ?

    Oui. Sur les antécédents, j’ai rendu obligatoire de contrôler les condamnations définitives mais aussi d’aller voir le Fijais, c’est le fichier des infractions sexuelles pas définitivement condamnées parce que la justice peut prendre 6 ou 7 ans. Je considère que le principe de précaution, on l’applique pour les questions environnementales, il n’y a pas de raison qu’on ne l’applique pas pour les enfants. Donc on sort ces personnes-là de la proximité des enfants. Juste sur ce contrôle, on a, ici, dans les Bouches-du-Rhône, interdit à plus de 360 personnes d’être au contact des enfants. Au total 46 000 personnes ont été contrôlées. On avance.

    L’AIDE SOCIALE À L’ENFANCE

    Léo Purguette : Il y a eu des scandales d’exploitation sexuelle dans l’aide sociale à l’enfance partout en France, c’est vrai notamment dans les Bouches-du-Rhône. C’est une compétence départementale, pour autant l’État peut-il s’en désintéresser ?

    Jamais de la vie. Nous avons une devise où figure l’égalité sur tous les frontons des mairies. La protection n’a pas à dépendre de ton code postal. Et pour autant, je ne suis pas naïve, il y a des différences en fonction des territoires. Elles ne sont pas acceptables. L’État doit y prendre toute sa part. C’est ce que le fait avec la refondation de la protection de l’enfance. Vous savez dans le cas de ces jeunes filles qui se retrouvent dans les réseaux des proxénètes, certains éducateurs s’interposent, ils finissent avec quatre doigts coupés. C’est d’une violence monstre. Il faut condamner les proxénètes mais aussi ceux qui vont chercher ces jeunes filles. On a réussi à le faire avec les poupées pédocriminelles de chez Shein. Il faut aller chercher toute la chaîne.

    LA LOI INTÉGRALE

    Léo Purguette : Une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants est réclamée. Les associations féministes citent l’exemple de l’Espagne qui a obtenu des résultats en mobilisant plusieurs milliards d’euros, serons-nous dans cet étiage ? Ou cette loi sera-t-elle une loi de plus ?

    Il y a deux choses en même temps en ce moment à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une loi sur la protection des enfants avec la question de l’aide sociale à l’enfance parce que plus il y a de vulnérabilité, plus il y a de victimes. Mais il y a aussi 70% des violences sexuelles qui se font à la maison. Pour briser cela, il faut une approche globale et des moyens financiers. Le Premier ministre s’y est engagé : 2,6 milliards pour les enfants, 1,4 milliard supplémentaire pour les violences faites aux femmes. Mais attention ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Quand on voit qu’un petit garçon peut être enfermé dans une camionnette dans l’Est de notre pays pendant 16 mois avant que quelqu’un se dise « il faut appeler, il faut prévenir, il se passe quelque chose de bizarre ». C’est chaque adulte qui doit prendre sa place dans la protection de l’enfance. Il faut prévenir, appeler, ce n’est pas de la délation. Le 119 est un point d’entrée.

    Léo Purguette : Quel budget nouveau pour financer cette loi intégrale ?

    Je le redis : 1,4 milliard contre les violences faites aux femmes, 2,6 milliards pour les enfants. Ce que je souhaite, c’est une mobilisation aussi des collectivités, de toutes les institutions. Que chacun se dise « qu’est-ce que je fais pour les enfants » et qu’on n’aille pas seulement sur la question de l’argent qui d’un seul coup résoudrait tout. Oui, il faut des magistrats, des soignants, des éducateurs, ils seront recrutés mais il ne faut pas que cela. Il faut que la place des enfants devienne une priorité, ce n’est pas encore le cas partout. Il est aussi nécessaire d’accompagner les parents au niveau de l’école en disant qu’il n’y a plus de devoirs après 20h sur Pronote, qu’il n’y a plus de groupe WhatsApp de classe. Vous vous rendez compte : 46% des enfants cyberharcelés l’ont été sur un groupe WhatsApp de classe ! Comment voulez-vous que les parents imposent tout seuls à leur enfant de ne pas y être quand tout le reste de la classe y est ?

    L’IA ET LE PAPE

    Didier Gesualdi : Vous publiez « Changez d’ère » un manifeste pour remettre l’humain au centre dans l’ère de l’intelligence artificielle. Comment ?

    Je viens du mouvement centriste, influencé par la doctrine sociale de l’Église. Entre moi et la social-démocratie, le personnalisme ou le gaullisme social, il n’y a pas grand-chose de différent. Nous avons des héritages différents mais dans un moment où l’IA peut être une chance dans la santé, l’innovation, l’apprentissage… elle peut aussi être un tsunami de dangers sur la liberté de conscience, la démocratie, l’environnement… Ne refaisons pas l’erreur de prendre du retard avec l’IA comme on en a pris avec les réseaux sociaux. Utilisons nos héritages pour porter un autre regard sur les enjeux de notre époque.

    Léo Purguette : Le Pape, actuellement présent en France, a publié une encyclique « Magnifica humanitas » sur l’IA. Que vous inspire-t-elle ?

    J’ai eu la chance d’aller à Rome travailler sur cette encyclique puisque le Vatican avait identifié nos travaux et j’ai rencontré le Pape. Cette encyclique est très universelle, que l’on soit croyant ou non. Elle pose la question de la dignité.

    Léo Purguette : À l’occasion de cette rencontre avez-vous évoqué les abus sexuels dans l’Église ?

    Oui. J’ai eu aussi l’occasion d’en parler avec le nonce apostolique puisque je suis aussi les travaux de la Civiise et de la Ciase, deux commissions qui traitent des violences sexuelles. Ce n’est pas parce qu’on a un peu ouvert les yeux que les réponses sont abouties. Il y a encore des prédateurs et des enfants qui ont besoin d’être protégés.

    LES ÉCRANS

    Didier Gesualdi : Qu’avez-vous à dire aux familles qui ont bien du mal à limiter l’accès aux écrans ?

    Je ne veux pas charger les épaules des parents, on essaye tous de tenir c’est compliqué. Mais quand son enfant n’est pas rentré, qu’on ne sait pas où il est, on s’inquiète. Sauf que dans sa chambre avec son téléphone, il a plus de risques de rencontrer des prédateurs que dehors. 90% des recrutements dans les réseaux d’exploitation sexuelle dans notre pays sont faits sur Internet, sur les réseaux sociaux avec des techniques de manipulation absolument abjecte. Vos enfants peuvent se retrouver dans une situation de « grooming ». Ça veut dire quoi ce nouveau mot ? Ils vont rencontrer quelqu’un qui va prétendre avoir leur âge et va devenir un peu leur ami. Il va demander une photo, elle va être transformée avec de l’IA pour peut-être la dénuder. Elle va être utilisée pour leur faire du chantage. Ils ont tellement honte, tellement peur de se faire gronder qu’ils finissent par se retrouver dans des guets-apens, parfois dans des violences sexuelles qui vont être filmées.

    Léo Purguette : Que peut la puissance publique ?

    Il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Non pas pour les punir mais pour les protéger. Il faut aller au bout.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Geneviève :

    Bonjour. Je suis grand-mère et avec tout ce qu’on entend sur les agressions de jeunes enfants, j’ai peur des colonies de vacances etc. Comment garantir la sécurité des enfants sans les garder enfermés à la maison ?

    Je crois que les enfants n’ont pas vocation à rester enfermés à la maison. Ils ont besoin qu’on garantisse les espaces dans lesquels ils vont. Pour cela, il y a plusieurs moyens. D’abord la vérification des antécédents judiciaires pour qu’un prédateur ne se retrouve pas à nouveau à proximité des enfants. Ensuite, c’est l’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars). Je sais bien qu’à chaque fois cela fait polémique. Mais la vérité c’est que nos enfants doivent connaître leurs droits, leur corps parce que, malheureusement, la majorité des violences sont faites par quelqu’un qu’on connaît. 80% des violences sont le fait d’un papa, d’un grand oncle, d’un grand-père, d’un beau-père… Ensuite, il y a des institutions, chez les scouts, dans les colonies de vacances, dans le milieu du sport… S’ils ont été confrontés à quelque chose, il faut dire aux enfants qu’on les croira et que ce n’est pas de leur faute. Dans beaucoup de familles, quand on commence à parler de ça, on se souvient qu’un jour, quelqu’un a dit quelque chose. C’était tellement douloureux qu’on n’en a jamais reparlé. Il faut briser ce silence, c’est comme ça qu’on pourra durablement protéger les enfants sans les priver de la chance de grandir, de vivre des expériences collectives. Je crois à l’éducation populaire, il faut garantir aux enfants qu’on sera toujours à leurs côtés.

  • [Rue de la République] Jérémy Bacchi : « Avec l’austérité, quand on s’attaque aux communes, on s’attaque à la France »

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    Sénatoriales

    Didier Gesualdi : La gauche n’est pas majoritaire au Sénat. Pourquoi est-ce que les grands électeurs devraient voter pour vous ?

    Pour plusieurs raisons. La première est le bilan des sénateurs de gauche sortants… Je rappelle que Marie-Arlette Carlotti, Guy Benarroche et moi-même avons été élus pour la première fois en 2020. Un bilan notamment sur la riposte que nous avons menée aux différents gouvernements sur les coûts budgétaires aux collectivités, mais aussi un bilan de proximité sur l’ensemble des communes et départements où nous avons travaillé, notamment pour la défense des services publics. Je pense aux bureaux de poste, contre les fermetures de classes, quelle que soit, d’ailleurs, l’étiquette politique des mairies en question, parce que quand on œuvre dans l’intérêt général, on le fait dans l’intérêt des populations, sans se soucier d’ailleurs de l’étiquette politique des maires.

    Dans la période qui s’ouvre, le Sénat risque de jouer un rôle majeur. En fonction de ce qui sortira des urnes, j’espère pas le pire, en 2027, le Sénat sera une chambre de contre-pouvoir et je crois que l’expression de la gauche républicaine, dans cet hémicycle, doit être encore plus forte que ce qu’elle a été ces six dernières années.

    Léo Purguette : Vous cherchez donc à mordre, y compris sur un électorat qui n’est pas vraiment acquis ?

    La priorité des priorités, c’est de sécuriser le socle de gauche, écologiste, citoyen. Je rappelle aussi que nous avons une liste qui ressemble à notre territoire, avec plusieurs maires, Éric Garcin maire de Jouques, Loïc Gachon maire de Vitrolles, Hélène Gaillard maire de Gréasque, Jean-Pierre Squillari maire d’Aubagne, que l’ensemble des territoires du département sont représentés. Alors oui, effectivement, nous avons la vocation de s’adresser à tout le monde. D’autant que, en 2026 peut-être encore plus que sur les élections précédentes, on peut avoir une municipalité où le maire est étiqueté divers droite, sans étiquette ou de droite, et dans le conseil municipal, il
    y a 6, 7, 8, 9 personnes qui sont plutôt de sensibilité de gauche. Parce que quand vous créez une liste dans une commune, dans un village, parfois, vous faites appel aux bonnes volontés.

    Division à gauche

    Didier Gesualdi : La gauche arrive quand même avec un front divisé, comme la majeure partie des représentations politiques. Comment allez-vous réussir à faire la synthèse de tout ça ?

    Mon objectif est clair : nous avions fait 987 voix lors de l’élection sénatoriale de 2020, il faut que nous progressions en nombre de voix aujourd’hui, parce que nous avons cette capacité-là. Ensuite, on verra, et je le souhaite bien évidemment, si cette progression en nombre de voix est suffisante à l’obtention d’un quatrième siège. Mais il dépend de tellement de facteurs et notamment du résultat des autres listes… En tout cas, c’est l’objectif que l’on peut s’assigner.

    Léo Purguette: Dans nos colonnes vendredi, Benoît Payan pointe les divisions à gauche et indique que ces listes pourraient faire élire un sénateur d’extrême droite supplémentaire. Qu’avez-vous à dire à ceux des grands électeurs qui hésitent ?

    Effectivement, le mode de scrutin a plutôt tendance à favoriser les listes qui font le plus grand nombre de voix, parce que le mode de calcul est à la plus forte moyenne. En portant les suffrages sur la liste que j’ai l’honneur de conduire, on prend à la fois moins de risques avec l’élection d’un ou d’une sénatrice supplémentaire, soit d’extrême droite, soit éventuellement de droite aussi, ce n’est pas à exclure, et donc on a plutôt intérêt à jouer serré aujourd’hui.

    Extrême droite

    Didier Gesualdi : Le Rassemblement national est entré en force dans les collectivités territoriales et va désormais peser beaucoup plus, probablement, au Sénat, comme sur les futures les échéances nationales.

    De quelle façon le combattez-vous ?

    D’abord, en dénonçant la supercherie du Rassemblement national, notamment sur les collectivités. Le Sénat, c’est la chambre des collectivités. On ne peut pas dire que le RN ait été l’ami des collectivités, et encore moins des communes, au cours des dernières années, notamment sur la casse du service public, notamment sur la baisse des dotations en collectivités.

    Je rappelle les votes, notamment de Franck Allisio à l’Assemblée nationale, sur l’austérité à l’égard des collectivités. En réalité, tous ces gens-là, une fois qu’ils sont à Paris, prônent l’austérité, la casse des services publics, etc. Et lorsqu’ils sont ici, sur le territoire, ils vont faire des photos avec les maires ou des conférences de presse pour dire à quel point ils aiment les maires et que les maires n’ont pas assez d’argent pour boucler le budget. C’est un scandale, une schizophrénie assez insupportable. Mais j’observe quand même que sur le terrain, les maires ne sont pas dupes.

    Austérité

    Léo Purguette : Vous refusez l’austérité, mais quelles sont vos propositions concrètes pour redonner de l’air aux communes, aux maires ?

    Tout d’abord, il faut permettre que les baisses de dotation cessent, qu’il y ait une politique de rattrapage, qu’il ne puisse plus y avoir de transfert de charges ou de compétences de l’État sans compensation à l’euro près pour les communes.

    On se rend bien compte, dans une période de crise – sociale, sanitaire, environnementale… – que les communes sont un amortisseur essentiel pour des millions de Françaises et de Français. Je dirais même plus, un acteur économique essentiel, parce que les trois quarts de la commande publique émanent des collectivités locales et pas nécessairement de l’État. Quand on s’attaque aux communes, on s’attaque à la France dans son ensemble. Donc, il faut redonner aux communes les moyens d’agir et les moyens financiers d’agir.

    Rentrée sociale

    Didier Gesualdi : 2027 s’annonce compliquée au niveau politique, la CGT appelle à une énorme manifestation le 29 septembre pour répondre au projet de rigueur du budget de Sébastien Lecornu, des Gilets jaunes redescendent dans la rue… Quelle est votre analyse ?

    Je me réjouis que les travailleuses, les travailleurs, les jeunes, les retraités soient en capacité de s’organiser et de riposter face à l’ensemble de ces mauvais coups. En tant que communiste, on fera en sorte évidemment d’y participer, mais de réussir ces journées d’action. En parallèle, sur le travail budgétaire au Sénat et à l’Assemblée nationale, avec nos parlementaires, nous croiserons le fer pour donner à voir qu’il y a d’autres logiques que les logiques d’austérité voulues par Sébastien Lecornu.

    Didier Gesualdi : Vous ne croyez pas que cette situation compliquée ouvre une voie royale pour Marine Le Pen en 2027 ?

    Je ne sais pas si elle y arrivera ou elle n’y arrivera pas. Ce que je sais en revanche, c’est que nous avons, nous, la capacité d’enrayer un scénario prédit à l’avance par un certain nombre d’observateurs politiques. Nous y travaillons, bien évidemment. Et je crois que les mobilisations sociales des jours et semaines à venir sont une manière, aussi, de recentrer le débat sur les préoccupations premières des Françaises et des Français, le pouvoir d’achat, les salaires, le mieux vivre, le prix de l’énergie et des problématiques qui sont, pour le coup, portées par l’ensemble des forces de gauche et par le Parti communiste français, évidemment.

    Léo Purguette : Et pourtant, la gauche est encore très faible dans les intentions de vote.

    Vos arguments pour convaincre ces Français qui se sont détournés de la gauche et qui sont pourtant confrontés à l’urgence sociale ?

    Les guerres intestines de la gauche ont rabougri le rassemblement. Aujourd’hui, il faut que l’ensemble des composantes historiques de la gauche – la social-démocratie, on verra par qui elle est incarnée, une gauche réformiste radicale incarnée par Jean-Luc Mélenchon, on verra le score qu’il réalisera, une gauche révolutionnaire incarnée par le Parti communiste français et Fabien Roussel – fassent le plein des voix de leur périmètre. C’est ça qui redonnera demain à la gauche dans son ensemble la capacité à être majoritaire et à gouverner dans le pays.

    Fibre excellence

    Léo Purguette : Sur le dossier emblématique de Fibre Excellence, quelle alternative êtes-vous en mesure de porter ?

    Je suis intervenu au printemps dernier, notamment auprès du ministère, on avait des garanties de la part du ministre de rachat notamment du kilowattheure augmenté de 20% etc. Ils ont refusé l’offre de Matthieu Pigasse, je n’ai pas eu l’offre dans les détails, mais c’est quand même assez surprenant vu le contexte actuel industriel.

    Je crois, et Sophie Binet en parle très bien dans les colonnes de La Marseillaise, qu’il existe un nouveau projet. Il faut qu’on pousse là-dessus, les travailleuses et les travailleurs de l’usine connaissent mieux la situation que quiconque. Il faut que les pouvoirs publics, que l’État s’empare du dossier et accompagne, parce que nous avons besoin d’une filière de pâte à papier en France, c’est aussi une question de souveraineté nationale, et évidemment comme je le fais depuis plusieurs mois, je me tiendrai à leurs côtés.

    Métropole

    Didier Gesualdi : Sur la Métropole, comment sortir de l’impasse budgétaire ?

    Il y a deux sujets. Un sujet de gouvernance qui est à travailler sur le plus long terme et un sujet financier. Je prône l’augmentation du versement mobilité parce que c’est sur la partie transport que le bât blesse en matière budgétaire. Ce n’est pas mon premier choix, mais la piste d’un établissement public spécifiquement dédié aux transports ne me choque pas.

    Léo Purguette : En 2027, il semblerait que les difficultés de la Métropole vont s’accroître.

    Ne risque-t-elle pas l’explosion ?

    Soit on arrive à créer les conditions de sa réussite par un rapport de force. Soit il faudra réfléchir à une autre forme de métropole, à d’autres formes de coopération intercommunale.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Julie :

    Vous avez indiqué à la télé que vous avez contribué à l’écriture du programme de Fabien Roussel pour 2027. Quelles mesures aimeriez-vous personnellement voir figurer dans ce programme ? Votre expérience de sénateur vous aidera-t-elle ?

    Il faut être modeste. Je suis en charge de l’animation de la rédaction du programme de Fabien Roussel en 2027. Nous avons un certain nombre de commissions dans le parti, d’experts, qui vont nous accompagner à la rédaction.

    Sur l’ensemble des mesures que j’aimerais voir personnellement dans le programme, on le voit bien aujourd’hui, il faut des mesures de rupture avec ce que nous vivons, notamment sur la question du pouvoir d’achat. Une autre mesure que j’aimerais voir portée et que nous allons porter, je ne m’avance pas trop en disant ça, c’est la réduction du temps de travail qui peut s’articuler sur deux aspects : soit une réduction hebdomadaire du temps de travail, soit sur la durée de cotisation. Nous sommes pour le retour de la retraite à 60 ans et à taux plein. Et ça, c’est une mesure qui figurera dans le programme de Fabien Roussel, à laquelle je tiens évidemment beaucoup, parce qu’on est dans une situation où on a besoin de mieux répartir le travail pour permettre à notre jeunesse, qui est très lourdement touchée par le chômage, de pouvoir rentrer sur le marché de l’emploi et de pouvoir aussi contribuer activement à la vie de notre société.