Tag: Robert Ménard

  • Comment Robert Ménard revisite l’Histoire à des fins idéologiques

    Comment Robert Ménard revisite l’Histoire à des fins idéologiques

    Trente ans de chantier, dix-neuf hectares aménagés, treize millions de budget, premiers coups de pioche espérés en 2028. Le projet « Béziers antique », porté par l’édile d’extrême droite Robert Ménard, se veut faramineux. L’objectif affiché étant de reconstruire la cité de Riquet telle qu’elle était en l’an 30 après Jésus-Christ, avec les techniques employées pendant l’Antiquité. Un amphithéâtre, une nécropole, un forum, un ludus (une école de gladiateurs) devraient ainsi voir le jour le long de la route de Lespignan. « Béziers antique » se veut pédagogique, notamment en montrant différentes techniques utilisées par des artisans et en proposant des animations et démonstrations toute l’année.

    Sauf que le maire semble se servir de ce projet pour mener une bataille idéologique propre à l’extrême droite en réécrivant l’Histoire. « Il le pratique depuis 2014 mais il varie beaucoup sur son positionnement partisan puisqu’il a soutenu Marine Le Pen, Éric Zemmour, maintenant Bruno Retailleau. Sur le fond, il a une vision réactionnaire, une sorte de national-catholicisme qui s’inscrit dans la longue tradition de l’extrême droite depuis Charles Maurras. Ménard a des usages de l’Histoire qui sont problématiques et idéologiques », soutient Richard Vassakos, historien et auteur de l’ouvrage La Croisade de Robert Ménard : Une bataille culturelle d’extrême droite (éditions Libertalia, 2021).

    Un âge d’or révolu

    Une vision d’un passé fantasmé, une nostalgie d’un âge d’or révolu, dont l’apogée aurait été la chrétienté dans l’Antiquité. « Ce n’est pas n’importe quelle Rome antique, c’est celle de l’an 30 après Jésus-Christ, donc du début de la christianisation. Il y a là quand même un biais, une orientation assez claire. Ce n’est pas la Rome républicaine, c’est la Rome impériale qui va vers la christianisation et on prend le point de départ de l’ère chrétienne. Donc il y a quand même quelque chose qui n’est pas anodin », poursuit Richard Vassakos. L’an dernier, l’édile s’était illustré en installant un olivier bimillénaire – de l’âge du Christ – devant la mairie. Sans oublier les crèches de la nativité, les messes de la Feria, les cérémonies patriotiques, etc. « Il y a une volonté de remettre la religion au centre du village qui, en fait, est une construction de la guerre, du choc des civilisations, c’est-à-dire que c’est les chrétiens contre les autres, c’est nous et eux  », soutient l’historien.

    Or Béziers est le fruit de mélanges des multiples populations qui se sont succédé : les Celtes sont les premiers puis viennent les Romains avant que les Wisigoths, les Francs et les Arabes ne s’arrêtent à Béziers.

    « Le but est de mener la bataille culturelle via un certain nombre de forces réactionnaires, d’implanter un récit ou un méta-récit et donc de construire cette dimension identitaire. Le projet “Béziers antique” pourrait être très bien. Effectivement, Béziers a été une ville romanisée. Il n’y a aucun souci avec ça. La difficulté, c’est ce qu’on y met derrière », observe Richard Vassakos, qui craint que le projet biterrois ne devienne une sorte de Puy-du-Fou, complexe de loisirs porté en Vendée par l’ultra réac Philippe de Villiers, connu pour son interprétation de la Révolution controversée. L’extrême droite aurait-elle un problème avec la République ?

  • Des Biterrois toujours en lutte contre Ménard

    Des Biterrois toujours en lutte contre Ménard

    Près de 75 %. Au lendemain du premier tour des municipales, c’est la douche froide pour les progressistes biterrois devant le score de l’extrême droite dans la cité de Riquet. R. Ménard a été réélu confortablement (65,6%) et se prépare à entamer un troisième mandat. Les 9% restants sont apportés par le député RN Julien Gabarron qui, après avoir éjecté Emmanuelle Ménard du palais Bourbon en 2024, comptait ne faire qu’une bouchée de Robert. Pari raté. « Mais le vote de l’extrême droite est bien implanté à Béziers. Robert Ménard a réussi sa stratégie de l’union des droites sur laquelle il travaille depuis 2014  », soupire Mathilde Vidal, membre du média En vie à Béziers. À cela s’ajoute une communication municipale démesurée au service de l’idéologie réactionnaire de l’édile. « Nous avons une très grosse difficulté dans la ville à organiser la lutte contre cette propagande d’extrême droite. Il y a eu plusieurs tentatives mais toutes ont capoté », reprend Mathilde Vidal, évoquant le manque d’unité entre collectifs.

    Alors, le 11 avril, à 17h, est organisée à la Cimade une journée de débats
    – ainsi qu’un concert – avec plusieurs associations* et des collectifs voisins de lutte contre l’extrême droite (Sète, Montpellier). « L’idée est d’étudier les possibilités de création d’un collectif de lutte, mais aussi de réfléchir ensemble à un maillage régional », souligne Mathilde Vidal. Tout en proposant un contre-projet pour mobiliser les gens. « Il faudrait organiser une contre-culture idéologique sur le long terme contre l’extrême droite mais aussi regagner du terrain en termes de propositions politiques pour notre ville », reprend la Biterroise. La naissance d’un collectif pérenne ?

    *Technopolice, collectif Justice pour Mohamed Gabsi, collectif anti-CRA.

  • La prime au sortant mais un petit vent de dégagisme dans l’Hérault

    La prime au sortant mais un petit vent de dégagisme dans l’Hérault

    Comme une lettre à la Poste. Cette année encore, de nombreux maires sortants, qu’ils soient de gauche ou de droite, ont été reconduits sans encombre dans l’Hérault. C’est ce qu’on appelle la prime au sortant qui donne un avantage naturel aux yeux de l’électeur, à l’édile en poste. « Les sortants sont connus et en général leur action est appréciée. On trouve souvent que la mairie a bien fait son travail », résume le politologue Michel Crespy. Qui précise aussitôt. « Ce n’est pas le cas des dirigeants nationaux qui échouent à régler les problèmes des gens ».

    Dans l’Hérault, le 1er tour des municipales n’a pas échappé à la règle. Quand ils se représentaient, une grande majorité des maires ont été réélus directement. À droite, Frédéric Lacas a nettement remporté son duel (62,26%) à Sérignan. Christian Jeanjean est en ballottage très favorable (48,21%) dans son fief de Palavas où il a la main depuis 1989 ! Et que dire du score hégémonique (85,1%) de son voisin des Républicains, Stéphan Rossignol à la Grande-Motte. Autour de Montpellier, Jean-François Audrin est repassé aisément (68,72%) à Saint-Georges d’Orques comme Jean-Pierre Rico (57,01%) à Pérols. À Béziers, le maire d’extrême droite Robert Ménard a lui aussi été triomphalement réélu au 1er tour (65,6%) comme en 2020 en dépit d’une liste du RN de Julien Gabarron (8,97%).

    Des sortants plébiscités

    La prime au sortant a aussi souvent fonctionné à gauche. Le meilleur exemple est Frontignan. Dans cette ville du bassin de Thau où l’on redoutait une vague brune eu égard aux scores du RN aux scrutins nationaux, Michel Arrouy
    l’a brillamment emporté. Cumulant 51,16% des voix, le socialiste a mis hors-jeu l’extrême droite de Cédric Delapierre (35,87%). Dans la plaine à Pézenas, un autre socialiste a été réélu nettement dès le 1er tour. Avec sa liste d’union de la gauche, Armand Rivière qui fait briller sa commune culturellement (festival Molière) a su écarter un retour de la droite incarnée par l’ancien député macroniste Philippe Huppé (28,96%). À Gignac, le maire socialiste Jean-François Soto (71,22%) a balayé la menace RN. Dans la Métropole de Montpellier, aucune embûche à Jacou pour Renaud Calvat (74,39%) ni à Clapiers pour Eric Penso (59,7%). Quant à Michaël Delafosse à Montpellier, il est en ballottage favorable (33,41%) avec sa liste d’union de la gauche et ses promesses tenues sur le tramway.

    Pour d’autres, la magie attendue n’a pas opéré. Et ce, quelle que soit leur couleur politique. À chaque fois, on observe un contexte bien spécifique qui a pénalisé le sortant. C’est d’autant plus vrai quand sa majorité était divisée. C’est le cas pour la droite agathoise minée par la mise en examen de Gilles d’Ettore au point que Sébastien Frey (3e avec 20,74%) laisse le champ libre à Thierry Nadal (21,33%) face au danger RN (Lopez-Liguori 38,44%). À Castelnau-le-Lez, le maire LR Frédéric Lafforgue (21,1%) qui a obtenu le prix du plus gros bétonneur, devrait être battu par son ex-adjoint Julien Miro (39,65%). Du côté de Sète, Hervé Marquès (DVD) peut encore l’emporter malgré la démission forcée de François Commeinhes mais la gauche de Laura Seguin (20,55%) a des espoirs avec le retrait du socialiste Sébastien Denaja (13,7%). À Lunel, Paulette Gougeon (DVD, 28,07%) n’a pas davantage de marge, 9 mois après le décès de Pierre Soujol.

    Pas de grosse poussée

    du RN hormis Agde

    La gauche a aussi connu son lot de déconvenues. La désunion qui a conduit au retrait de l’Insoumis Sébastien Rome (21,48%) risque de coûter la mairie de Lodève au PS de Fadilha Benammar-Koly (28,82%), distancée par le très à droite Claude Laateb (39,2%). À Mauguio, le retrait du maire DVG Yvon Bourrel a sonné le glas de la gauche. À Saint-Jean-de-Védas, le décès soudain du maire François Rio fin décembre a accentué l’éclatement du conseil municipal qui pourrait virer à droite. À Grabels, René Revol en grande difficulté (34,65% derrière le DVD Pascal Heymes 49,4%) est peut-être victime d’une certaine usure du pouvoir. À moins que le seul maire Insoumis de l’Hérault ait pâti d’avoir hissé le drapeau palestinien en solidarité avec le peuple gazaoui massacré. Ce serait un comble. À Villeneuve-lès-Maguelone en revanche, difficile de dire ce qui place Véronique Négret en position délicate (34%) face à la liste du DVD Olivier Noguès (40,68%).

    À noter enfin qu’à l’exception notable d’Agde qui pourrait basculer, le RN et l’UDR n’ont pas, à la différence du national, réalisé de poussée particulière dans l’Hérault. S’ils restent en embuscade à
    Sète (Pacull 20,77%), Lunel (Belin 21,7%) ou Mauguio (Parmentier 19,38%), ses candidats ont été sèchement battus à Montpellier (Jamet 7,26%), Béziers (Gabarron 8,97%), Mèze (Armentier 19,2%) ou Gignac (Drevet 28,72%). Et dans une moindre mesure à Frontignan (Delapierre 35,87%). Malheureusement cet échec est davantage dû à un manque d’ancrage local du RN qu’annonciateur d’un reflux de l’extrême droite. Laquelle reste tout aussi menaçante en vue de la Présidentielle 2027.

  • La gauche biterroise n’est pas arrivée à endiguer la vague brune

    La gauche biterroise n’est pas arrivée à endiguer la vague brune

    On est déçu car on a l’impression que tout est figé. C’est la même situation qu’en 2020 avec un Robert Ménard très haut », soupire Thierry Antoine. Au lendemain du premier tour des élections municipales, la tête de liste du Printemps de Béziers n’est pas parvenue à inquiéter le maire d’extrême droite de Béziers Robert Ménard, réélu dès le premier tour avec 65,6% des suffrages exprimés. La liste d’union de la gauche ne récolte qu’un maigre 6,52%.

    Malgré une faible participation (56,43%) à l’image du national, c’est la désillusion pour la gauche qui n’aura qu’un seul élu siégeant dans l’opposition municipale (Thierry Antoine) et aucun au conseil d’Agglo. « On s’y attendait un peu mais pas dès le premier tour. On note qu’il y a eu une faible participation à ce scrutin, ce qui est inquiétant pour la démocratie française et qui devrait faire relativiser sa victoire à Ménard », fait valoir de son côté David Ocard, tête de liste LFI qui pointe à la dernière place avec 3,66% des voix.

    Près de 75 % pour l’extrême droite !

    Même la présence d’une liste RN menée par le député de l’Hérault Julien Gabarron – une première depuis l’arrivée de Ménard à la tête de la cité de Riquet en 2014 – n’a pas contrecarré l’élection de l’adepte des plateaux télé. Le parti de Marine Le Pen a récolté à peine 8,97% des voix et arrive troisième. C’est donc le conseiller de la majorité régionale Thierry Mathieu (SE) qui devient le principal opposant de Robert Ménard, en arrivant second avec 15,24% des suffrages. « Dans l’opposition, nous accompagnerons les projets qui tireront la ville vers le haut tout comme nous dénoncerons avec force et méthode toutes les dérives qui l’enfonceront », précise-t-il sur ses réseaux.

    La gauche ne s’avoue pour autant pas vaincue. « On a commencé à construire une union, on va continuer à travailler en espérant que la communication du maire ne va pas tout écraser car c’est le cas aujourd’hui, il est très difficile de se faire entendre », fait valoir T. Antoine.

    * Lire aussi la chronique
    d’Annie Menras p 25.

  • La presse des milliardaires au soutien de Ménard

    La presse des milliardaires au soutien de Ménard

    La droite -en tout cas ses dirigeants- et ses médias n’ont plus aucune retenue dans leur soutien à celui qui fut élu en 2014 grâce au FN.

    Au sommet de cette montagne de louanges, se trouve Le Point, propriété de François Pinault, un des hommes les plus riches de France. « Un volcan nommé Ménard » titre l’hebdomadaire. « L’emblématique maire de Béziers, candidat à sa réélection, a remis la ville en état de marche. Saisissant » sous-titre l’hebdo, qui célèbre « la très forte attractivité » de la « plus vieille ville de France ». Redoutant le ridicule, le journaliste ajoute « avec Marseille ».

    Paris Match, propriété de Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, en rajoute en titrant le 6 mars sur une idée que Robert Ménard utilise depuis qu’il sait que le RN va présenter un candidat contre lui, histoire de le narguer : « Qui sait, je pourrais devenir le premier édile centenaire de la ville ? » Et Paris Match illustre la photo du candidat posant avec son chien d’un : « Après tout, Béziers n’a-t-il pas délaissé ses ­haillons de bitume, son manque ­d’attractivité, son insécurité palpable au profit d’atours verdoyants, de pavés, de commerces et de bars branchés… ». Ceux qui habitent à plus de 200 mètres des allées Paul-Riquet, apprécieront. Quant à Gala, propriété de la famille du marchand d’armes Dassault, il fait dans le potin. « Ma femme ne supportait plus mes jérémiades sur le thème : “Béziers, c’était mieux avant.” À un feu rouge, sur les allées Paul-Riquet, elle a arrêté le moteur et m’a dit : “Ou tu arrêtes ou tu te présentes.” Souhaitant faire bouger les choses, il a finalement décidé de s’engager. »

    « Adroit insoumis » ?

    Il faut lire le magazine d’extrême droite Valeurs actuelles pour avoir un peu de recul. Car Ménard n’est désormais plus en odeur de sainteté dans ce média, proche des identitaires, qui a plusieurs fois mis en couverture ce maire qu’il qualifiait de « courageux » lui offrant des dizaines d’interviews, tribunes et autres préfaces de livres qu’il éditait : « Ménard, entre radicalité et compromis : jusqu’où ira le maire de Béziers ? » s’interrogeait-il à propos de ce candidat qualifié d’« Adroit insoumis ». Cela n’empêche pas d’ailleurs une idéologie commune entre eux que Ménard continuera d’instiller sur les plateaux des télés des milliardaires Bolloré et Drahi.

  • Le Printemps de Béziers pour un autre avenir

    Le Printemps de Béziers pour un autre avenir

    Béziers tournera-t-elle la page de l’ère Ménard ? Concurrencé sur sa droite par le député RN Julien Gabarron, l’édile d’extrême droite essayera de garder son fauteuil de premier magistrat pour s’offrir un troisième mandat. C’est la première fois que le parti de Marine Le Pen présente un candidat issu de ses rangs face au maire girouette, soutenu par les Républicains au niveau national.

    Mais la gauche ne l’entend pas de cette oreille. « Le Printemps de Béziers », liste d’union de la gauche et des écologistes portée par Thierry Antoine, conseiller d’opposition les Écologistes, veut mettre Robert Ménard en échec, forte de ses propositions sociales et écologistes. Dans une ville où 36% des Biterrois vivent sous le seuil de pauvreté, l’urgence de sortir de la précarité est une des priorités pour le mouvement de gauche. « Nos priorités ne seront pas de faire un colosse de Rhodes, de lancer un gigantesque chantier Béziers antique [des projets pharaoniques souhaités et subventionnés par Robert Ménard, Ndlr] ou de mettre tout dans la communication. Il y aura une réorientation des budgets municipaux vers la vie quotidienne des Biterrois, Béziers est touchée de plein fouet par la pauvreté », souligne Thierry Antoine.

    Surtout, le Printemps de Béziers veut voir sur le long terme. En ce sens, ce dernier a fait du projet Orbiana, pierre angulaire de son programme. « La bataille pour le climat est perdue à court terme. Mais nous devons nous saisir de cette opportunité afin de faire de Béziers la vitrine d’une ville adaptée au changement climatique », poursuit Thierry Antoine. Sur 150 hectares, c’est tout un quartier qui devrait sortir de terres avec des parcs, des entreprises spécialisées dans l’hydrogène, à l’adaptation de la viticulture. « Une partie sera réservée à de l’habitat pour répondre aux problèmes de logement. Beaucoup d’habitations ne sont plus adaptées : l’été, sous les toits, la température peut atteindre 50°C », fait valoir Thierry Antoine.

    Une jeunesse précarisée

    Le logement est également un levier pour faire baisser la précarité sur lequel l’autre liste de gauche emmenée par l’Insoumis David Ocard. « Le logement est la première dépense pour les foyers les plus précaires donc nous voulons une action qui défende un droit au logement digne à des prix abordables. Si cela doit passer par de la réquisition de logements vacants -une possibilité offerte par la loi- nous le ferons », soutient cet enseignant. Aussi, le candidat ambitionne de faire passer en régie publique plusieurs services comme l’eau, le transport ou encore une régie agricole qui fournirait les cantines scolaires afin de faire baisser la facture des usagers et de créer de l’emploi. « Si nous mettons des services en régie publique, il y aura plus d’argent à distribuer car ce serait la fin des dividendes versés à des actionnaires privés », note David Ocard. Ce dernier entend également expérimenter le territoire zéro chômeurs longue durée afin de favoriser l’emploi.

    Remunicipaliser est également au programme du dernier candidat en lice, Thierry Mathieu (SE), conseiller régional de la majorité de Carole Delga mais non soutenue par cette dernière ni par le PS. Ce dernier a par ailleurs déposé plainte contre l’édile pour diffamation et injure publiques. En effet, Thierry Mathieu prévoit de remunicipaliser les Halles de Béziers -privatisées par Robert Ménard- afin de faire baisser les loyers des étaliers, une mesure s’inscrivant dans une démarche plus globale de renforcer les commerces biterrois. Un autre enjeu de cette élection biterroise est à n’en pas douter -et lié à la précarité- l’avenir de la jeunesse. En effet, plus de la moitié des enfants de moins de 11 ans vivent sous le seuil de pauvreté. « Nous accompagnerons les enfants et leur permettre d’avoir accès à des activités culturelles et sportives. Concernant la réussite scolaire, un certain nombre d’associations ont vu leurs subventions baisser. Il faut arriver à les remettre en course », observe David Ocard. Un accompagnement du périscolaire que l’on retrouve également au Printemps de Béziers. « Il faut assurer le service minimum en réalisant la gratuité du soutien scolaire et du périscolaire, des fournitures scolaires, la gratuité de la cantine pour les deux premières tranches d’imposition », soutient Thierry Antoine.

    Assez pour convaincre les électeurs et chasser l’extrême droite de la cité de Riquet ?

  • [Divergence] Les enjeux de la campagne vus par les politologues

    [Divergence] Les enjeux de la campagne vus par les politologues

    Françoise Verna : Est-ce que la crise politique nationale va peser dans l’issue de ces municipales ?

    Emmanuel Négrier : Oui et non. Oui dans le sens où c’est une élection extrêmement suivie au sein de laquelle les problématiques de gestion municipale, les programmes, passent souvent au second plan au profit des options en faveur ou contre tel ou tel. Derrière cela, il y a des mécontentements qui dépassent largement la sphère de la gestion municipale. Cela est d’autant plus vrai que les communes sont grandes. La nationalisation de la vie politique, même si elle est limitée, a plus de prises dans les grandes villes. On le voit à Montpellier où l’élection est riche en argumentations qui font par exemple de Michaël Delafosse le suppôt du macronisme pour ses adversaires. Il peut y avoir une sorte d’élection intermédiaire qui sanctionne ceux qu’on estime être au pouvoir. Nuance de taille, c’est aussi à l’échelle des grandes villes que le RN est le plus handicapé. Cette expression-là ne trouve pas forcément sa place.

    F.V. : Un mot à ajouter, Julien Audemard ?

    Julien Audemard : Il faut faire une distinction nette entre la vie politique dans les grandes villes et celle des plus petites communes, relativement dépolitisées. Le poids de la compétition nationale peut jouer dans les grandes villes. Mais qui doit-on sanctionner ? Quels édiles appartiennent au camp de la majorité présidentielle ? Très peu.

    Rémy Cougnenc : Plus personne ne se revendique du macronisme. On a d’autant plus de mal à imaginer une vague de dégagisme qu’il existe la fameuse prime au sortant…

    E.N. : Son enracinement local étant faible, le macronisme a tendance à partir avec la droite plutôt que seul. La prime au sortant est liée à ce capital d’enracinement. La gestion municipale produit certes des mécontents, le maire est à portée de baffes mais produit aussi beaucoup d’intérêt. Une élection municipale peut être vue comme la transformation, la transsubstantiation provisoire d’un capital culturel, social et économique en capital politique. Les affaires municipales remuent cet ensemble d’intérêt. Il n’est pas illogique que le sortant, au centre, bénéficie d’une prime d’autant plus importante que le scrutin est de liste.

    F.V. : Le RN crédité de gros scores à Nîmes peut-il avoir des accointances au 2nd tour avec la droite divisée ? Le niveau du RN est-il le reflet de son ancrage, a-t-il franchi un palier ?

    E.N. : Nîmes c’est très intéressant car n’étant pas une grande métropole, sa capacité de résistance au RN y est sans doute plus faible. Mais c’est une ville avec des quartiers populaires sensibles où le RN pénètre difficilement. Une ville moyenne dans une situation d’usure de la droite et de division des héritiers, circonstance qui, on l’a vu à Beaucaire, Béziers ou Perpignan, produit mécaniquement un appel d’air en faveur du RN. Ceci dit on a à Nîmes une gauche dans une forte dynamique d’union [derrière Vincent Bouget, Ndlr] où LFI pèse relativement peu. Cela donne une conjoncture ouverte. Je ne parierais pas sur une capacité d’union des droites. On ne voit pas très bien l’intérêt de Julien Plantier de servir de marchepied à Franck Proust, encore moins en faveur du RN. À Nîmes, le second tour sera sans doute un peu flamenco plutôt favorable aux forces de gauche même si elles sont minoritaires dans le Gard.

    Olivier Nottale : Cette union des droites qui irait jusqu’au RN n’est-elle qu’un fantasme ?

    J.A. : À l’heure actuelle, il n’y a pas d’accord au niveau national à part Éric Ciotti mais on est moins sur une union des droites qui irait du centre droit au RN. Localement c’est aussi le cas. Les édiles de droite savent ce qu’ils ont à perdre avec ce type d’alliances. Le RN lui-même y a-t-il intérêt ? Dans le Gard, les députés du RN s’engagent assez peu dans la bataille.

    F.V. : Michaël Delafosse est haut dans les sondages. Est-ce plié à Montpellier ?

    J.A. : Il ne faut jamais dire jamais en politique avec des principes d’alliances à géométrie variable. Ceci dit, à Montpellier, les équilibres politiques et sociologiques sont assez favorables à Michaël Delafosse. J’ai du mal à imaginer un scénario où au 2e tour LFI arriverait à agréger les déçus de M. Delafosse, qui ne sont pas tous de gauche comme l’électorat d’Altrad ou Gaillard. Sur quelle base iraient-ils sur une liste de la France Insoumise ? Les alliances étranges qu’on a vues il y a 6 ans à Montpellier [Alenka Doulain et Rémi Gaillard derrière Mohed Altrad, Ndlr] n’ont pas eu beaucoup de réussite. Cette expérience malheureuse a pu laisser des traces.

    F.V. : Pourquoi la liste écologiste de Jean-Louis Roumégas est-elle en perdition ?

    E.N. : La division chez les écologistes est un sport national. À Montpellier, elle est même paroxystique. Dès que quelqu’un a une stratégie autonome, il y en a toujours un pour développer la stratégie opposée. Résultat : on a des écologistes un peu partout. Quant aux électeurs, certains se retrouvent assez bien dans l’écologie politique défendue par M. Delafosse : transports en commun gratuits, pistes cyclables, 50 000 arbres plantés… Un bilan qui peut revendiquer, non sans critique, une certaine accroche avec l’écologie politique. D’autres vont considérer au contraire que son bilan est celui d’une artificialisation accrue des sols, d’un traitement des déchets problématique, d’un contournement routier…

    F.V. : La gauche est souvent divisée mais on voit des alliances comme à Grabels ou Alès, y compris entre PCF et LFI…

    E.N. : L’élection municipale provoque un rapport au bien commun de proximité, aux intérêts des gens. Les maires Insoumis sont peu nombreux et tournent le dos à une partie du programme national de LFI, comme René Revol à Grabels. Cela reflète des besoins qui s’expriment, par exemple, sur la vidéosurveillance. Il y a des formes d’atténuation par le fait d’être embarqué dans le même bateau sur les mêmes enjeux de service public. Localement, les différences tendances à gauche peuvent trouver un avantage à rester ensemble plutôt qu’à laisser la place à la droite.

    O.N. : Julien, qu’en pensez-vous ?

    J.A. : À Grabels, René Revol est un maire sortant, son intérêt est de préserver des équilibres, de rassembler, pour conserver une majorité large avec une politique du compromis. À Alès, LFI est alliée avec le PCF mais pas avec le PS [derrière Basile Imbert, Ndlr]. On retombe sur des formes de programme plus disruptives. La proposition de LFI (dans la liste du communiste Paul Planque) de réduire la vidéosurveillance, a fait polémique alors qu’Alès est confrontée au narcotrafic. Cela s’explique parce que cette liste est dans une logique d’opposition à une majorité de droite sortante.

    R.C. : Les Républicains pourraient perdre Nîmes, leur plus grande ville française. Dans l’Hérault, c’est compliqué à Sète ou Agde avec des maires pris dans des affaires qui sont partis. La droite n’est-elle pas celle qui a le plus à perdre ?

    E.N. : C’est tout à fait juste. Dans l’océan de stabilité dans lequel nous nageons, il y a des situations dans lesquelles il y a un danger plus grand pour les sortants, surtout quand ils ne sont plus vraiment là. À Agde ou Sète, les successions n’ont pas été préparées, c’est une situation de fragilisation de la droite, de même que l’usure du pouvoir. C’était aussi la trajectoire biterroise en 2014 [Robert Ménard après l’UMP Raymond Couderc, Ndlr] qui s’est confirmée en 2020. Toutefois, on a l’impression dans l’Hérault que la gauche reste hégémonique. Or, c’est loin d’être le cas. Si on regarde les 166 communes de plus d’un millier d’habitants, on a en moyenne 2,3 listes présentées en 2020, score faible en période Covid. Sur ces communes le rapport de force n’est pas si favorable que ça à la gauche, à peine plus de 50%. La droite a de beaux restes, elle dirige environ 36% de la population dans l’Hérault. L’impression qui domine est celle d’un département qui se droitise, à l’image du Crès ou de Clermont-l’Hérault en 2020. Dans l’autre sens, il y a eu Pézenas passée à gauche ou Saint-Jean-de-Védas ou Juvignac dans d’autres circonstances. On a en tête que le conflit majeur est en la droite et la gauche. Mais ces confrontations en 2020 ne concernaient que 18% des situations.

    R.C. : On voit fleurir des listes sans étiquette, apolitiques, avec des noms de listes – « Mon parti c’est Lunel » – qui ne disent rien des idées. Cela traduit-il la crise des partis politiques ?

    E.N. : Cela traduit un déficit total d’enracinement des partis politiques et la montée en puissance d’une réflexion sur le bien commun qui ne s’embarrasse plus d’une logique de programme de partis. Vous pouvez avoir des appareillements locaux de gauche et de droite sur une philosophie. Ça a commencé aux élections départementales 2021 avec des binômes gauche/droite. Ça continue à Lunel ou Mauguio.

    F.V. : Si l’Hérault se droitise, est-ce dû à la prégnance des idées d’extrême droite ?

    J.A. : Je répondrais plutôt par la négative. On observe la droitisation de certaines petites villes par des maires plutôt divers droite ou de centre droit. On n’a pas de raz-de-marée extrême droitier en la matière.

    F.V. : Le RN porte un discours d’étape vers 2027, comme s’il enjambait ces municipales ?

    E.N. : Le RN a besoin de villes fortes, notamment en vue des sénatoriales de septembre 2026. Va-t-il y arriver ? Je suis circonspect là-dessus. Dans la région, les situations où le RN est en capacité de l’emporter sont toujours ultra-spécifiques, Agde étant l’un des cas typiques avec une explosion des candidatures à droite, une atmosphère générale de trahison du camp des sortants. Il faut rester prudent. Le RN, on ne l’aime jamais tant que quand l’élection est très lointaine. Il gagne aux européennes, il gagne des galons à la Présidentielle, aux législatives, ils ont désormais des députés mais aux élections locales…. Pouvez-vous faire une campagne politisée sur les idées du RN dans une commune de 500 habitants ?

    J.A. : Les thèmes développés par le RN ne sont pas forcément ceux relevant des compétences des maires. Certes l’ancrage du RN a progressé dans les circonscriptions mais faut-il qu’il soit capitalisé politiquement dans les communes. Ce n’est pas si simple, on le voit dans le Gard. Un plafond de verre ? Peut-être mais en réalité, la difficulté qu’a le RN à gagner des grandes villes LFI l’a aussi et dans une moindre mesure les Verts l’ont aussi, même s’ils ont réussi à en conquérir quelques-unes.

    R.C. : À Montpellier, J.-L. Mélenchon a obtenu 40% à la Présidentielle 2022. La candidate LFI Nathalie Oziol, certes en 2e position, n’est créditée que de 16%…

    J.A. : La logique de vote n’est pas la même. J.-L. Mélenchon a bénéficié d’une logique de vote utile, la candidate du PS [Anne Hidalgo, Ndlr] étant créditée d’un score très faible. Cette mécanique du vote utile ne fonctionne plus dans une ville avec une municipalité de gauche en place avec un bilan à défendre, qui a des relais sur le terrain qui peuvent faire concurrence à LFI. Les 16% de N. Oziol sont le cœur de cible de LFI.

    R.C. : M. Delafosse avait mis la ville en travaux – pari osé qui avait créé du mécontentement en ville – et les a quasiment achevés. Son pari est-il gagné ? Sa réélection tiendra-t-elle à cela ?

    E.N. : Si on estime que dans la ville de gauche que reste Montpellier, la compétition principale est entre la gauche socialiste centriste et la gauche mélenchoniste, alors il faut regarder la participation pour comprendre le mystère. Mélenchon fait 40% à Montpellier à la Présidentielle avec le bureau qui participe le moins (Heidelberg) vote à 70%. Aux municipales 2020 qui étaient particulières, ce bureau a voté à 18%. Ce n’est même pas une question de bilan, de réussite. Cela passe au-dessus d’une grande partie des électeurs. La prime au sortant joue aussi dans le quartier de la Paillade. Le sortant a toujours été en tête, y compris J.-P. Moure en 2014 et P. Saurel en 2020.

    R.C. : Depuis la mort de Georges Frêche en 2010 sans désigner d’héritier politique, Montpellier a connu 3 maires différents. Si M. Delafosse est réélu, Montpellier aura-t-elle trouvé son chemin. Est-ce la fin de cette instabilité politique à gauche ?

    J.A. : Je ferais une analyse différente. Le vrai vote disruptif est celui de 2014 [victoire du dissident Philippe Saurel contre le PS, Ndlr]. L’élection en 2020 de M. Delafosse peut aussi être vue comme un retour à la normale, au vieux réseau socialiste qui avait détenu la ville depuis 40 ans. Ces réseaux ont semble-t-il survécu au décès de Georges Frêche. Une réélection de M. Delafosse serait une nouvelle forme de pérennisation mais dans la continuité après l’alternance de 2014 dans un contexte de rejet de François Hollande et avec un candidat PS [Jean-Pierre Moure, Ndlr] qui n’était pas le maire sortant, avec moins de notoriété.

    F.V. : Le taux de participation en 2020 était très faible avec le Covid. Un regain de participation est-il attendu ou l’abstention est-elle structurelle ?

    E.N. : La participation aux élections dépend de la taille de la commune. Celles de moins de 1 000 habitants votent à 80%, celles de plus de 3 500 habitants à environ aux deux tiers. La participation dans les grandes villes dépend des formes de mobilisation relativement nouvelles de listes municipalistes, citoyennes, de quartiers… Notamment avec LFI qui a fait de la remobilisation des quartiers populaires un enjeu fort. En ce sens, on peut s’attendre à une participation plus élevée comme on l’a aussi observé avec surprise aux européennes. Je ne jurerais pas que les gens se détournent des municipales en raison de la crise, ou parce qu’ils se détourneraient de la politique, je ne crois pas.

    R.C. : Les citoyens aiment aller voter pour leur maire…

    J.A. : 60% des Français déclarent encore avoir confiance en leur maire. Beaucoup d’élus aimeraient avoir ce taux de confiance là. Sur la participation, structurellement c’est plutôt l’abstention qui prévaut, y compris pour les municipales ou la Présidentielle. Ceci dit, la séquence de 2024 avec les législatives anticipées et un scénario dramatisé, a plutôt témoigné d’un regain de participation. Ce sont deux dynamiques a priori contradictoires qu’il sera intéressant d’observer.

    F.V. : Marseille comme Lyon et Paris, change de mode de scrutin. Le RN est au coude-à-coude avec la gauche. Y a-t-il un risque ?

    E.N. : Le changement de mode de scrutin globalise la compétition à l’échelle de la ville et la rapproche d’une logique nationale. Marseille devient un spot de compétition pour les partis. On ne vote pas seulement pour Marseille mais pour des écuries. Plus la ville est importante plus c’est le cas. La sociologie de gentrification de Marseille n’est pas du tout comparable à celle de Paris. Marseille est une ville où la pauvreté est extrêmement élevée avec la force que cela donne à LFI ou à la gauche en général. Mais dans les bureaux proches des quartiers populaires, cela génère aussi un vote de peur lié à la sensibilité aux arguments de grand remplacement, à une forme de racisme et donc de vote RN assez élevé par rapport à la droite. Laquelle a connu une longue phase d’hégémonie [avec Jean-Claude Gaudin, Ndlr] avant de sombrer dans le déclin. C’est très difficile pour Martine Vassal de représenter une droite qui laverait plus blanc.

    R.C. : Pourquoi le RN qui présente un candidat contre. Ménard à Béziers ne semble pas en mesure de l’inquiéter ?

    E.N. : Les gens ne votent pas en vertu des mêmes motivations d’un scrutin à l’autre. Il peut y avoir un attachement particulier à celui qui par le passé a été soutenu par le RN et a appelé à voter pour Marine Pen aux deux Présidentielles. Ménard est crédité d’une forme de représentation de la culture biterroise.

    « On a à Nîmes une gauche dans une forte dynamique d’union »

    « La participation aux élections dépend de la taille de la commune »

  • [Entretien] Thierry Antoine : « Investir dans le productif à Béziers, pas juste dans l’esthétique »

    [Entretien] Thierry Antoine : « Investir dans le productif à Béziers, pas juste dans l’esthétique »

    La Marseillaise : Ménard avait promis de désendetter la Ville. Béziers peut-elle encore investir ?

    Thierry Antoine : Robert Ménard n’a rien désendetté du tout. La dette est passée de 100 millions d’euros en 2014 à 120 aujourd’hui alors qu’à son arrivée il disait que c’était une folie. Il reste des marges de manœuvre pour investir. Béziers n’a pas d’autre choix mais il faut des investissements productifs, pas juste de l’esthétique pour l’image de la ville. Avec lui, on n’a toujours qu’un étage à la fusée.

    Ménard se targue d’avoir embelli la Ville. Mais les problèmes de logement et d’adaptation au climat persistent. Que faire ?

    T.A. : C’est comme un chômeur qui irait mieux parce qu’il a redécoré son salon. Refaire les façades et la carte postale ne change rien. Le maire avance en regardant les années 60-70. Béziers a un retard phénoménal sur l’adaptation au changement climatique. On porte le grand projet Orbiana pour faire de Béziers une ville vitrine, un élève modèle sur le sujet. L’idée c’est d’attirer les entreprises qui travaillent sur l’isolation, l’hydrogène, le logement adapté… On a identifié un lieu d’une centaine d’hectares sur l’entrée ouest pour créer un pôle novateur de l’habitat expérimental avec un grand parc, une zone maraîchère et une zone d’activité pour l’économie sociale et solidaire. Il n’y a pas de ressourcerie ni de recyclerie ici. En parallèle, il faut du logement social et l’Anru.

    Béziers reste très pauvre. Quelles sont vos mesures pour redonner du pouvoir d’achat aux habitants ?

    T.A. : On propose un kit rentrée scolaire avec les études d’étude et toutes les fournitures gratuites. On préfère mettre l’argent pour acheter des cahiers aux gamins plutôt que dans les uniformes ou la statue de la Vierge à 90 000 euros. On fera la cantine scolaire gratuite pour les deux premières tranches d’imposition, c’est finançable sur les économies sur la communication. On va étudier le passage en régie publique des parkings. La délégation d’Effia arrive à terme en 2027. On fera baisser les tarifs, le moins cher possible.

    Faut-il plus de caméras et de policiers, un Centre de rétention administrative (CRA) ?

    T.A. : Béziers est la deuxième ville qui dépense le plus par habitant pour la sécurité sans que les résultats suivent. Sur les dernières années, le total des crimes et délits a augmenté à Béziers. La police municipale ne peut pas lutter contre le trafic de drogue ou le terrorisme. Il faut remettre à sa place. La municipale doit œuvrer à la tranquillité des Biterrois, en travaillant rue par rue, avec un élu par quartier, en associant les habitants. La prévention et la médiation avant la répression quand c’est nécessaire. Quant au CRA, c’est une folie, la majorité en sortira et devra être prise en charge. Ce sera un fardeau, la malédiction des villes pauvres. L’immigration est avant tout un drame humain. Traitons les autres comme on aimerait l’être. On ne sait de quoi sera fait demain.

    La Ville doit-elle financer l’ASBH* ? Quels projets pour la culture ?

    T.A. : Dans le passé, on a eu The Cure, Bob Marley aux arènes… Aujourd’hui c’est Hervé Vilard. On est déclassé. On veut un centre culturel et artistique dans le quartier Saint-Jacques à redynamiser. Qu’il faille aider le club fanion de l’ASBH oui. Mais pas à ce niveau-là, c’est délirant et pas sans contrôle. On pense à un système de « Socios » pour impliquer les supporters dans la gestion du club.

    *L’Association Sportive Béziers Hérault (ASBH) évolue en championnat de Rugby Pro-D2

  • Nicolas Cossange : « L’avenir de Béziers est à gauche »

    Nicolas Cossange : « L’avenir de Béziers est à gauche »

    En 2020, le maire d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, était réélu au premier tour avec un score quasi nord-coréen de 68,74% sur fond d’abstention record (56,02%) et, surtout, l’absence d’union à gauche. Six ans après, la configuration est totalement différente. Unies, les gauches le sont dans le Printemps de Béziers (hors LFI). Et alors que l’extrême droite RN avait soutenu Robert Ménard en 2020, le parti des Le Pen présente pour le scrutin des 15 et 22 mars un candidat (Julien Gabarron) contre son ancien affidé.

    Voilà pour le tableau comptable. Sauf qu’une élection municipale et son résultat sont surtout une question de dynamique, de force de conviction et de réponses concrètes aux problèmes des habitants, notamment en matière de services publics, de logement, d’éducation, de transports et ici plus qu’ailleurs sans doute, d’emploi. Car à Béziers, la moitié des enfants y vivent sous le seuil de pauvreté. Tous les indicateurs socio-économiques sont dans le rouge.

    Répondre aux attentes

    Le Printemps de Béziers travaille activement l’échéance municipale depuis deux ans. Et rencontre ces derniers mois l’essentiel des habitants. « C’est fini les grandes concentrations ouvrières à Béziers, pour voir la population, connaître son ressenti, ses attentes, ses demandes, nous faisons campagne sur le terrain, devant les écoles notamment pour rencontrer les Biterroises et les Biterrois », explique Nicolas Cossange, conseiller municipal et communautaire, responsable du PCF de l’Hérault. Le jeune élu est une des chevilles ouvrières aux côtés du tête de liste du Printemps de Béziers, Thierry Antoine, l’écologiste étant lui aussi conseiller municipal et communautaire. Les deux élus ont appris à se connaître et à travailler ensemble.

    « On mène une campagne offensive. Notre ambition, ce n’est pas uniquement de mettre fin à deux mandats de l’extrême droite avec Robert Ménard mais de créer les conditions d’une véritable alternance à Béziers. Avant ces deux mandats, il y a eu les trois mandats de Raymond Couderc (1995-2014) qui lui a largement préparé le terrain. Ménard en est le successeur politique, avec énormément de sujets sur Béziers qui soit ont été laissés totalement en jachère soit ont été totalement abandonnés par l’idéologie politique qui a présidé pendant 30 ans. Ces sujets, nous voulons remettre en avant », analyse Nicolas Cossange.

    « La pauvreté est le fruit de 30 ans de politique libérale menée à Béziers par la droite et l’extrême droite »

    Sur l’arrondissement de Béziers, (outre Béziers, il englobe les communes d’Abeilhan, Adissan, Agde, Agel, Aigne, Aigues-Vives. Les Aires, Alignan-du-Vent, Assignan, Aumes et Autignac et depuis peu Ceilhes-et-Rocozels, Avène, Joncels, Lunas, Le Bousquet- d’Orb, Dio-et-Valquières et Brenas), le taux de chômage des 15 à 64 ans est de 17%. Il double pour la seule ville de Béziers. « Le constat aujourd’hui est que nous sommes une des villes les plus pauvres de France, qui a des indicateurs de précarité, de pauvreté, de mal-logement, de chômage, en particulier des jeunes, au plus haut. C’est certes un constat mais pas une fatalité. C’est le fruit de 30 années d’une gestion libérale de la ville », pointe Nicolas Cossange. Même s’il ne dédouane pas les effets des quinquennats d’Emmanuel Macron, cette pauvreté endémique qui frappe dur les classes populaires « est le résultat, à Béziers, d’une gestion qui a privilégié une petite bourgeoisie locale au détriment des intérêts populaires. Et ce sont les intérêts populaires que nous voulons remettre en avant » (lire ci-contre l’entretien de Thierry Antoine). Parmi les attentes et besoins des habitants, « la question qui remonte fortement lors de nos discussions est celle de l’emploi », insiste Nicolas Cossange. « Il ne faut pas oublier qu’en 2014, Ménard disait arriver avec un fameux carnet d’adresses. 12 ans plus tard, on le cherche encore », cingle le candidat du Printemps de Béziers. Il rappelle aussi que le territoire biterrois a subi de plein fouet à la fois la désindustrialisation et tous les soubresauts liés à l’économie de la viticulture. « Cette ville a connu une sorte de double peine. D’ailleurs dans les années 1970-1980, on a connu un trou démographique avec la perte de 10 000 habitants. Aujourd’hui, on est loin de l’avoir rattrapé. La situation sociale ne s’est pas améliorée et nous vivons notamment les ravages du travail saisonnier. » La condition de la jeunesse doit
    être prise à bras-le-corps, estime Nicolas Cossange. « Aujourd’hui, nous avons une jeunesse coupée en deux. : celle qui, bac en poche, fait des études et revient rarement sur la ville. Et la jeunesse qui n’a pas pu faire d’études et qui est frappée de plein fouet par le chômage endémique de notre ville. » Pour lui, la solution « c’est l’emploi et il y a des possibilités sur notre territoire ». Il cite la bataille du dépôt ferroviaire. « La Région a besoin de construire un centre de maintenance pour ses TER. On a sur Béziers 12 à 14 hectares à vocation industrielle où les bâtiments existent. Les études sont en cours. Si nous demain, nous sommes élus, nous pèserons de tout notre poids pour que le centre de maintenance se fasse sur Béziers. »

    Béziers en chiffres

    La ville de Béziers compte désormais 82 629 habitants. La communauté d’agglomération Béziers Méditerranée, qui comprend 17 communes, rassemble 135 091 habitants. Le taux de pauvreté sur l’arrondissement de Béziers s’établit à 22,9% de la population et le taux de chômage des 15 à 64 ans à 17% contre 14,8% pour le département de l’Hérault, selon les chiffres de l’Insee de septembre 2025. En 2022, Le taux de chômage à Béziers ville était de 13,6% et les actifs ayant un emploi étaient 49,8% de l’ensemble de la population active. Dans les trois quartiers prioritaires (centre, La Devèze et l’Iranget Grangette), le taux de chômage est largement supérieur à 50%.

  • Ces villes que le RN veut rafler et utiliser comme marchepied en Occitanie

    Ces villes que le RN veut rafler et utiliser comme marchepied en Occitanie

    Robert Ménard à Béziers, Louis Aliot à Perpignan, Nelson Chaudon à Beaucaire. À ce jour, seules trois Villes d’Occitanie sont dirigées par le Rassemblement national ou ses alliés d’extrême droite. Mais à l’issue des élections municipales (15-22 mars), la tache brune pourrait se répandre davantage.

    Pour l’heure donné favori à la Présidentielle 2027 en dépit de graves affaires judiciaires, le RN n’a pas l’intention d’enjamber ces élections locales où d’ordinaire il apparaît peu crédible. Ce n’est pas un hasard si Jordan Bardella a débuté samedi 7 février son tour de France des villes à conquérir à Agde puis à Carcassonne. Tournée qui va se poursuivre jusqu’à mi-mars pour soutenir les principales têtes d’affiche du parti à la flamme.

    Voilà plusieurs mois que le parti lepéniste a dressé la liste des villes qu’il rêve de voir tomber dans son escarcelle. La plupart sont situées dans le Nord ou à l’instar de Marseille, Toulon, sur la façade méditerranéenne (Sud Paca, Occitanie), socles forts de l’extrême droite qui se renforcent à chaque scrutin.

    Les villes à haut risque RN

    En Occitanie, outre Perpignan, Béziers et Beaucaire qui ont déjà rendu les armes en 2014 ou 2020, deux villes audoises sont particulièrement menacées : Narbonne (par le député RN Frédéric Falcon) et Carcassonne (avec le député RN Christophe Barthès qui ne croit pas au réchauffement climatique). Il faut dire qu’aux législatives provoquées par Emmanuel Macron en 2024, l’Aude n’a élu que des députés d’extrême droite. C’est le cas aussi du Gard où, à quelques exceptions près (Le Vigan, La Grand-Combe…), l’extrême droite étend sa toile.

    Au prix d’un travail minutieux compilant plusieurs statistiques, StreetPress a mis au point un « fachoscore » pour classer les principales communes sur un risque de A (faible) à E (élevé). Outre Beaucaire (E) qui a déjà basculé, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit ou Vauvert sont classés D. Le RN a envoyé l’artillerie lourde avec les députés Nicolas Meizonnet (Vauvert) et Pascale Bordes (Bagnols). Du côté d’Alès, c’est le policier Anthony Bordarier qui s’y colle. Méconnu, ce cadre du RN depuis 2020 est néanmoins soutenu par les députés Yoann Gillet et Pierre Meurin. Enfin à Nîmes, où le risque RN ne semblait pas écarté dans le dernier sondage, le député européen et ancien maire de Beaucaire Julien Sanchez fait figure d’épouvantail.

    Dans l’Hérault, plusieurs villes, particulièrement mal gérées par une droite affairiste, pourraient se tromper de colère. C’est le cas d’Agde où l’ancien maire Gilles d’Ettore (LR) a dû démissionner, embourbé dans l’affaire de la voyante. Le député RN Aurélien Lopez-Liguori est à l’affût. Situation comparable à Sète où Sébastien Pacull, en dépit d’une campagne discrète, pourrait tirer son épingle du jeu après la démission forcée de François Commeinhes (Divers droite). À l’image de Mèze (classée D par StreetPress) ou Frontignan, la menace est forte dans le bassin de Thau. Mais pas seulement. Des terres de bouvine (Mauguio) ou proches du bastion de gauche Montpellier (Lattes, Gignac…) auront des candidats d’extrême droite. Quant à Béziers, si le RN de Julien Gabarron venait à échouer, ce serait sans doute au profit de Robert Ménard (EXD). Quoi qu’il en soit, l’objectif est moins de s’emparer de villes pour lesquelles le RN nourrit rarement un réel intérêt que d’en faire un tremplin pour préparer la suite. Jordan Bardella en convient d’ailleurs lui-même. « Il faut gagner un maximum de communes et prouver dans le cadre de ces municipales que le changement n’attend pas l’élection présidentielle », a confié dans son bain de foule à Agde, celui qui l’an prochain pourrait concourir à l’Élysée à la place de Marine Le Pen.

    Avant l’ultime étape qui terrorise le camp républicain, les Sénatoriales de septembre 2026 seront une autre étape importante, souligne Michel Crespy. « Le RN pense pouvoir gagner quelques villes sur les triangulaires, des quadrangulaires ou bien avoir des élus d’opposition. Mais surtout le RN vise les sénatoriales car il aura besoin du Sénat [où le RN est inexistant, Ndlr] s’il arrive à l’Élysée. » Pour le camp des progressistes, il est plus que jamais temps de se ressaisir dès les élections municipales.