Qu’il semble loin le temps où l’État endossait son rôle de défenseur de la laïcité. Avec les arrivées au pouvoir de Robert Ménard à Béziers et de Julien Sanchez à Beaucaire en 2014, la loi de 1905 qui consacre la séparation des Églises et de l’État a vite été piétinée par l’extrême droite. Laquelle se sert de la religion catholique comme un outil idéologique d’exclusion et de repli identitaire.
Les premières années, même si elles avaient parfois besoin d’être alertées par les associations, les préfectures du Gard et de l’Hérault contre-attaquaient face à l’installation en mairie de crèches de la nativité. Avec succès d’ailleurs, le prosélytisme des maires d’extrême droite ayant été sanctionné à maintes reprises. Et puis, plus rien ou presque.
Dans l’Hérault, pas un préfet n’a jugé utile d’engager de recours contre la crèche illégale de Robert Ménard depuis le 8 décembre 2017. Même tendance dans le Gard quand bien même 2022 a fait figure d’exception sous la pression associative. Voilà bientôt une décennie que si la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou la Libre Pensée n’agissaient pas régulièrement contre cette violation manifeste d’un principe essentiel de la République française, personne ne trouverait à y redire.
Ce mutisme devenu la norme représente, face à la transgression de la loi de 1905, une forme de renonciation de la part de l’État. On peut même aller plus loin. Et voir dans la présence régulière des préfets à la messe d’ouverture de la Feria de Béziers (en rien une « tradition » puisqu’elle a été inventée par Robert Ménard en 2014 avec la procession de la Vierge), un signe d’approbation.
Au cours de l’édition 2026 de la Feria, le discours trumpiste de Robert Ménard en a scandalisé plus d’un. Mais il n’a suscité aucune réaction de la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, alors même que l’image des femmes et des valeurs républicaines telles que la fraternité ont été malmenées par l’édile d’extrême droite.
Rappelant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2 de la loi de 1905 sur la laïcité), la Libre Pensée a écrit à la préfète pour lui demander deux précisions. Premièrement : le financement municipal du char de la Vierge, emblème religieux par excellence, ne constitue-t-il pas une violation manifeste de la loi ? Deuxièmement : la présence à une cérémonie religieuse d’élus municipaux ceints de leurs écharpes tricolores ainsi que de Chantal Mauchet elle-même en sa qualité de préfète, n’est-elle pas une autre entorse au principe de laïcité ?
À la première question, la préfecture de l’Hérault donne sa lecture de la jurisprudence. À savoir que « la seule représentation d’un symbole appartenant à une tradition religieuse ne permet pas, à elle seule, de qualifier la dépense de subvention cultuelle. Une telle appréciation suppose d’examiner la destination de l’œuvre ou de l’équipement, son contexte d’utilisation, sa fonction au sein de la manifestation, ainsi que ses éventuelles dimensions artistique, culturelle, patrimoniale ou festive. » Ce à quoi la Libre Pensée s’étonne. « Il nous semble difficilement contestable qu’une représentation de la Vierge Marie dans le cadre d’une procession un 15 août intitulée “défilé de la Vierge” puisse avoir le moindre caractère culturel indépendant du culte de la Sainte Vierge. »
Sur le fait que les élus sont soumis à « une forme de réserve lorsqu’ils représentent la collectivité publique » (article L. 1111-13 du Code général des collectivités territoriales, CGCT) ou que l’usage de l’écharpe tricolore se limite aux « cérémonies publiques », (…) « fonctions d’officier d’état civil et d’officier de police judiciaire » (article D. 2122-4 du CGCT), Chantal Mauchet précise. « La présence d’un maire à une cérémonie religieuse ne saurait être regardée comme constituant une méconnaissance du principe de laïcité. Dans le contexte d’une fête locale, cette présence peut relever des fonctions de représentation de l’élu et de sa participation à la vie institutionnelle, culturelle et traditionnelle de la commune. »
Même raisonnement pour les préfets. « Il convient de distinguer la présence institutionnelle à une cérémonie cultuelle de l’accomplissement personnel d’actes relevant du culte : la présence d’un représentant de l’État à une messe ne permet pas de caractériser une méconnaissance du principe de neutralité ». Interrogée par La Marseillaise, la préfecture ajoute que le préfet « n’a pas une interdiction absolue de participer à des offices religieux dans le cadre de l’exercice de ses fonctions, dès lors qu’il s’abstient d’y participer activement ».
La Libre Pensée, elle, déplore « l’absence de mesure qui encadre strictement la participation des préfets » aux cérémonies religieuses. Quoi qu’il en soit, les préfets sont désormais plus enclins à assister à la messe d’une fête populaire qu’à attaquer une crèche religieuse en mairie reconnue maintes fois illégale.

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