Tag: Retraités

  • Les foyers seniors partagent la recette contre l’isolement

    Les foyers seniors partagent la recette contre l’isolement

    Attablées autour d’un cassoulet, Graziella, Micheline, Marylou, Odile et Maïté papotent. « On dit du mal de nos enfants, on critique le gouvernement… On se confie les unes aux autres et on ventile quoi ! », glisse la cadette de 70 ans entre deux bouchées, un air espiègle accroché au visage.

    Le petit groupe d’amies s’assoit toujours à la même table. Celle au fond à droite de la grande salle du foyer Maurin. « On a toutes notre chaise attitrée », affirme Micheline. Les habitudes ont la peau dure. Il faut dire que certaines viennent depuis des dizaines d’années, comme Graziella. « J’ai commencé à venir avant mes 70 ans, j’en ai 95 ! », lâche-t-elle. Ce rendez-vous quotidien, à l’heure du déjeuner, leur permet de sortir de l’isolement. « Maintenant qu’on est seules, ça fait du bien de se retrouver », confie Maïté. Chaque jour de la semaine, environ 180 seniors prennent leur repas dans les trois foyers de la ville. Quelque 160 autres bénéficient du portage.

    Une régie municipale

    Le responsable du service seniors de la Ville, Gabriel Perez, explique : « On pratique des tarifs très accessibles pour permettre à nos retraités inscrits au Centre communal d’action sociale d’accéder à des denrées locales de qualité et à des repas équilibrés. » Car, si le prix réel de ces portions se situe entre 11 et 15 euros, ils ne reviennent qu’à 1,20 euro (en foyer) ou 1,50 euro (à domicile) aux bénéficiaires.

    Derrière, c’est la cuisine centrale qui assure la production. La régie, en gestion directe depuis la rentrée dernière, travaille avec une quinzaine de producteurs berrois pour sortir 1 800 repas par jour, destinés aux séniors, mais aussi aux enfants des maternelles et écoles primaires de la commune. « On pratique la politique de la terre à l’assiette », se satisfait le directeur du pôle de restauration, Franck Vivet.

    Habituellement, les employés de la régie préparent les recettes dans leurs locaux. Mais, depuis début octobre, la Ville fait dans l’expérimentation avec des animations type « cuisine spectacle », schématise Franck Vivet : les cuisiniers viennent concocter les repas sur place. « Ça nous permet d’avoir leurs retours directs, d’être au contact, ce qui est rare, et puis ça sort nos bénéficiaires de leur routine », poursuit le directeur de la régie. Un pari réussi, pour Graziella, Micheline, Marylou, Odile et Maïté, qui applaudissent chaudement les restaurateurs à la fin du repas.

  • Retraites : un bloc social qui refuse de plier

    Retraites : un bloc social qui refuse de plier

    La Sécurité sociale n’a pas seulement allongé la vie : elle l’a rendue vivable pour des générations de retraités. « Ce n’est pas une conquête arrachée un jour J, mais un système bâti par étapes et consacré après-guerre », rappelle Jean-Yves Barbier, ancien responsable du Snes-FSU à Montpellier. Des pensions de la fonction publique au régime général, de 1790 à 1945, s’est imposée l’idée simple : à cotisations définies, droits garantis. Une bascule culturelle autant que sociale.

    Huit décennies plus tard, les témoignages disent un autre basculement : inquiétude sur l’accès aux soins, franchises en hausse, statut des affections de longue durée remis en cause, et ces « années blanches » qui grignotent le pouvoir d’achat. « Cinq années de gel en dix ans, c’est presque 20% perdus au total », souffle Jean-Yves Barbier. Dans le même temps, les retraités tiennent la société : bénévolat massif, mairies, associations, coups de pouce financiers aux enfants et petits-enfants. Un rôle d’amortisseur social rarement chiffré, jamais secondaire.

    « Ne pas baisser la garde »

    Sur les retraites, deux lignes s’affrontent. D’un côté, la répartition et ses garanties collectives ; de l’autre, la capitalisation et la retraite par points, « où l’on sait ce que coûte le point, jamais ce qu’il vaudra ». L’exemple du régime additionnel de la fonction publique (RAFP) illustre les risques d’une logique financière exposée aux marchés. Pour Jean-Yves Barbier, l’offensive est globale : sous-indexation des pensions jusqu’en 2030, gel de barèmes, doublement des franchises, fragilisation des cures thermales et pression sur les ALD. À la clé, des renoncements aux soins – quand 700 000 retraités n’ont déjà pas de mutuelle. Face à cela, l’intersyndicale des retraités (CGT, FSU, Solidaires, CFE-CGC, CFTC, FGR-FP, Ensemble & Solidaires, LSR) organise une mobilisation jeudi 6 novembre : pour la dignité, la santé, l’idée même d’une retraite qui protège, et contre le projet de budget de la Sécurité sociale 2026, perçu comme une nouvelle offensive contre leurs droits. Les revendications sont claires : une revalorisation immédiate de 10% de toutes les pensions, des mesures pour les plus modestes, l’indexation des retraites sur les salaires, la défense du droit à la santé et à l’accès aux soins, le retour de la retraite à 60 ans pour tous avec départ anticipé en cas de pénibilité, et le maintien de l’abattement fiscal de 10%.

    Les manifestations du 6 novembre partiront dans le Gard à 10h sur la place des Arènes à Nîmes, à 10h30 devant
    la sous-préfecture d’Alès et à la poste
    de Bagnols-sur-Cèze. Dans l’Hérault,
    les rassemblements débuteront à 10h30 place de la Comédie à Montpellier et devant l’hôpital de Lunel, à 11h30
    devant la sous-préfecture Béziers.

  • Sécu : un budget 2026 de coupes jamais vues

    Sécu : un budget 2026 de coupes jamais vues

    Le projet de budget de la Sécurité sociale a débuté son chemin à l’Assemblée lundi dernier, en commission des Affaires sociales, pour des débats qui s’annoncent explosifs, entre la suspension de la réforme des retraites, et des économies exceptionnellement fortes.

    Les oppositions ont d’ores et déjà supprimé les mentions des objectifs de dépenses et recettes du gouvernement, ou encore les prévisions de dépenses de santé pour cette année, les estimant tantôt « insincères », tantôt insuffisantes face aux besoins, notamment à l’hôpital. Un tour de chauffe qui a permis surtout d’observer les positions de chaque force politique, car les députés repartiront quoi qu’il arrive du texte initial dans l’hémicycle le 4 novembre pour un vote prévu le 12.

    Et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) est sous le feu des critiques des oppositions, en raison des économies massives pour réduire le déficit à 17,5 milliards en 2026 (23 milliards en 2025). « Le débat est ouvert » et la version finale « sera bien différente », ont répété les différents ministres en charge du texte, tout en affirmant la nécessité de maîtriser les dépenses, et « responsabiliser » tous les acteurs. La mesure phare restera quoi qu’il arrive la suspension de la réforme des retraites, promise aux socialistes en échange de leur non-censure. Le projet suspend jusqu’à janvier 2028 la marche en avant vers les 64 ans, tout comme le relèvement du nombre de trimestres à cotiser pour partir à taux plein. Au cours de l’examen, les Républicains proposeront de supprimer cette suspension, tandis que les socialistes chercheront à y intégrer les carrières longues. Si l’Assemblée vote la suspension, le Sénat, contrôlé par la droite et les centristes, rétablira la réforme, a prévenu samedi dernier le président de la chambre haute, Gérard Larcher (LR). Le coût de la suspension est estimé à 100 millions d’euros en 2026 et 1,4 milliard d’euros en 2027. Pour la financer, les options retenues -une mise à contribution des complémentaires santé et des retraités – font controverse. D’autant que le projet de budget est d’une exceptionnelle rigueur financière. L’exécutif y limite la hausse des dépenses d’Assurance maladie à 1,6%, alors qu’elles progressent naturellement chaque année d’environ 4%. Et il table sur sept milliards d’économies en santé, pour beaucoup douloureuses. Plusieurs mesures ciblent les malades : nouvelle hausse des franchises (reste à charge des patients sur les consultations et médicaments), moindre remboursement chez le dentiste, limitation de la durée d’un premier arrêt maladie… Ce projet est « profondément injuste et inefficace », a jugé France Assos Santé, principale fédération d’associations de patients. C’est « la pire cure d’économies depuis les années 2010 », selon les fédérations hospitalières. Autres propositions décriées : une taxation supplémentaire des complémentaires santé, -qui fait débat jusque dans le camp gouvernemental-, une taxation des cotisations patronales sur les tickets-restaurants et œuvres du CSE, ou encore une surcotisation sur les dépassements d’honoraires des médecins. Le gel des pensions et de l’ensemble des prestations sociales (RSA, allocations familiales, APL…) en 2026, pour dégager 3,6 milliards d’euros d’économies, provoquera aussi de vifs débats. L’équation s’annonce particulièrement difficile pour le gouvernement Lecornu. Olivier Faure (PS) agite le spectre si le gouvernement ne cède pas ce vendredi en faveur d’une taxe sur les hauts patrimoines lors de l’examen du budget de l’État.

  • Revaloriser les retraites reste une exigence de la CGT

    Revaloriser les retraites reste une exigence de la CGT

    Cette année, pour 13,8 millions des 17 millions de retraités, il n’y aura aucune évolution de la valeur du point de service de l’Agirc-Arrco. « La faute à la suspension de la réforme », selon le Medef, qui dénonce « un manque de marge de manœuvre ».

    « La bonne santé financière du régime » permet au contraire « la prise en compte de l’inflation et un rattrapage d’au moins 10% pour compenser les sous-indexation des dernières années », revendique l’UCR CGT.

    Vers une journée nationale le 6 novembre

    Le nouveau coup de massue porté au pouvoir d’achat des retraités a amené le groupe des neuf organisations syndicales à se réunir, en urgence, pour construire une riposte à la hauteur de l’attaque. Et parce que la lutte pour des retraites dignes doit aussi devenir celle des actifs, L’UCR, avec L’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens (Ugict) et la Fédération des travailleurs de la métallurgie (FTM) « s’orientent vers une journée de mobilisation nationale le 6 novembre », indique Josette Biancheri, secrétaire de l’USR CGT 13.

    Le G8, intersyndicale des retraités du département, se réunit ce mardi pour décider des modalités des actions à mener. « Cette décision est hallucinante, réagit la militante syndicale, alors que les retraités s’enfoncent dans la misère, n’arrivent plus à se soigner, 101,7 milliards d’euros de réserve, ce n’est pas encore assez pour le patronat et le gouvernement pour répondre à notre demande ? »

  • La lutte continue pour les retraites

    La lutte continue pour les retraites

    Plus de cotisations, moins de points acquis et un niveau de retraite complémentaire en recul constant », résume Josette Biancheri, secrétaire générale adjointe de l’USR CGT 13. La suspension de la réforme des retraites n’éteint pas la mobilisation contre les attaques du gouvernement. À l’heure où les négociations s’ouvrent sur la valeur du point, retraités et actifs ne lâchent rien sur la défense de leur pouvoir d’achat.

    Place du général-de-Gaulle, devant le rideau tiré du siège du patronat marseillais, les militants CGT, retraités et actifs des secteurs de la métallurgie et de la réparation navale, soutenus par François Canu, un des nouveaux secrétaires de l’Union départementale, étaient rassemblés pour exiger une revalorisation de 10 % du point Agirc-Arrco. « C’est le minimum pour un pouvoir d’achat permettant à tous de vivre dignement, défend Claude Diharçabal, membre du Conseil national des retraités de la métallurgie. l’inconvénient des complémentaires calculées sur le point, c’est qu’il change chaque année et comme il n’est pas à la hauteur de l’inflation, ça fait des années que notre pouvoir d’achat dégringole. Depuis 2020, en moyenne, on a déjà perdu deux mois de pension par an ».

    Des inquiétudes justifiées au regard de l’augmentation des prix des produits de consommation, de l’énergie, des transports, des mutuelles et des assurances. « Sans compter les dépenses en santé avec le doublement du ticket modérateur pour le remboursement des médicaments. Certains de nos camarades renoncent à se soigner », ajoute Josette Biancheri. Concernant la perte cumulée sur leur retraite complémentaire Agirc-Arcco, ils font le calcul qu’en « 30 ans, le rendement a baissé de 40 % impactant chaque génération avec un niveau de retraite en diminution ». Ce sentiment d’injustice sociale s’exprime également parmi les actifs. « Nous sommes tous des futurs retraités, rappelle Vincent Vadrot, secrétaire régional CGT métallurgie. dans tous les secteurs du privé, les actifs vont devoir payer plus pour avoir moins de retraite ».

    Un produit boursier juteux

    Dans une motion que l’USR CGT adresse au Medef, les retraités revendiquent : « Le gel de la valeur d’achat du point afin d’augmenter le nombre de points acquis, l’augmentation de la valeur de service du point de 10 % au nom d’un rattrapage des pertes cumulées depuis 2020 et d’un maintien du pouvoir d’achat pour 2025, la mise en place d’un principe de revalorisation des retraites complémentaires en début d’année indexées sur l’évolution du salaire moyen, la suppression de la sous indexation et l’ouverture d’une négociation d’un avenant à l’ANI de 2023. »

    Des demandes d’autant plus accessibles que les cotisations des travailleurs rapportent à l’Agirc-Arrco un pognon de dingue. Les résultats des comptes de l’exercice 2024 se traduisent, en effet, par un excédent de 4,6 milliards d’euros et les réserves atteignent 101,7 milliards d’euros, selon le rapport de la Cour des comptes. Enfin, souligne Josette Biancheri, « tout cet argent est placé en Bourse : 3 milliards d’euros sont issus des placements financiers ». Un niveau de réserve s’est construit depuis des années au détriment des niveaux de pensions et on voudrait encore les taxer.

    Les voyants étant tous au vert, l’augmentation des retraites et leur revalorisation sont donc une juste exigence sociale. « Ces moyens financiers conséquents doivent servir à répondre aux besoins des retraités et non pas à la spéculation financière comme c’est le cas actuellement. » La CGT demande en conséquence que le Conseil d’administration prenne en compte ses attentes en décidant d’une revalorisation d’au moins 10 %. « Nous serons très attentifs à la décision », conclut-elle.

  • Le début d’un nouveau cycle pour la CGT Retraités de Vaucluse

    Le début d’un nouveau cycle pour la CGT Retraités de Vaucluse

    Cette élection s’est tenue à l’issue des débats du 14e congrès du syndicat CGT Retraités de Vaucluse, qui s’est déroulé pendant deux jours. Les nouveaux membres du bureau confient vouloir « mettre en œuvre la base revendicative », explique Serge Andreozzi, l’un des nouveaux élus et ancien secrétaire de la section CGT Télécoms de Vaucluse.

    La liste des diverses priorités est longue. « Revendications autour du pouvoir d’achat, de l’augmentation des pensions, opposition à la réforme des retraites, accompagnement sur les questions de santé, échanges avec le public sur la place des retraités dans la société, renforcement de l’outil syndical pour répondre aux problématiques sociales, ou encore engagement de la CGT contre l’extrême droite et pour la paix », liste Serge Andreozzi.

    Lutte contre la pauvreté et « répartition des richesses »

    Et ce, car la situation des retraités dans le département est particulièrement critique. « En Vaucluse, le taux de pauvreté des retraités atteint 19,9%, contre une moyenne nationale de 11%. Les gens ne peuvent littéralement pas remplir le frigo. Nous sommes donc directement concernés par les questions de répartition des richesses », confie Cécile David, issue de la CGT du secteur de l’industrie électrique et gazière.

    « Cela passe par le rapport de force », souligne Gilles Fournel, ex-secrétaire du comité régional CGT des Cheminots.

    « On souhaite enclencher une dynamique dans les villes où l’Union syndicale des retraités (USR) est présente. Que les retraités qui quittent l’entreprise retrouvent et portent à nouveau, et ce largement, les revendications autour de nos retraites », poursuit-il.

    À ce jour, en Vaucluse, l’USR CGT compte un peu plus de 1 000 membres.

  • Pas d’effet Covid pour l’attractivité de la région

    Pas d’effet Covid pour l’attractivité de la région

    « Dans notre région, nous n’avons pas relevé d’effet Covid important », affirme Valérie Roux, directrice régionale de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Ce lundi, l’Insee Paca présentait les résultats de son étude sur les migrations résidentielles, c’est-à-dire interne à la France, de la région Sud.

    En 2021, la région a eu une augmentation de sa population liée aux mobilités internes au pays similaire à celle de 2015. Une stabilité qui la place en 10e position des régions les plus attractives, loin derrière la Bretagne, première, qui a eu une augmentation de huit habitants en plus pour 1 000 résidents, contre 0.5 pour la région Sud. La Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que la Normandie, se révèlent également plus attractives que la région Sud. Pour la directrice régionale, cet écart peut s’expliquer par la proximité de Paris pour ces régions. « Elles ont eu un effet Covid, car leur proximité à l’Île-de-France permet d’y habiter en allant y travailler deux ou trois jours par semaine. Cet effet Covid a donc creusé l’écart, alors que l’attractivité de notre région est restée stable. »

    Autre surprise de cette étude : la région Sud attire moins les retraités qu’avant. Le département du Var accueille toujours plus de retraités qu’il n’en part, mais moins qu’en 2015. Cela pourrait s’expliquer par la présence déjà importante de retraités sur place et l’augmentation des prix, qui limitent l’arrivée de nouveaux.

    En revanche, la région semble attirer plus d’actifs, notamment des cadres, artisans, chef d’entreprise et employés venant des régions limitrophes, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes, et Île-de-France. « Une attractivité qui s’explique par un secteur industriel, certes pas énorme, mais qui se porte mieux que dans le reste de la France », affirme Valérie Roux.

  • Brigitte Cheinet, secrétaire générale USR-CGT du Var : « Aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions »

    Brigitte Cheinet, secrétaire générale USR-CGT du Var : « Aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions »

    La Marseillaise : Pourquoi ce congrès a-t-il lieu maintenant ? Hasard du calendrier ou opportunité contextuelle ?

    Brigitte Cheinet : On se réunit tous les trois ans pour le renouvellement des membres du bureau. Et aujourd’hui plus que jamais, c’est important, puisqu’on est attaqué par le gouvernement et le patronat. Il est donc important d’avoir un congrès pour se renforcer et combattre les idées capitalistes et fascistes qui sont en train de prendre la place de la démocratie.

    Parmi ces attaques, il y a la désindexation des retraites sur l’inflation. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

    B.C. : Il faut rappeler que la retraite est un salaire socialisé. On est toujours des salariés, car on l’a payée. C’est facile de toujours demander aux mêmes de faire des efforts, surtout avec une population de plus en plus pauvre du fait que les salaires n’augmentent pas. Les salariés ont donc des retraites de plus en plus basses, et deviennent des retraités pauvres. Ce n’est pas à nous de payer l’inflation. Il faut cesser de donner de l’argent aux plus riches et arriver à vivre pleinement notre retraite. Pour ma part, j’ai perdu deux mois de revenus en trois ans avec l’inflation.

    La grande majorité des Français se positionne contre l’augmentation de l’âge du départ à la retraite. Vous vous tenez également à leurs côtés ?

    B.C. : On est une seule CGT. Il n’y a pas les retraités et les actifs. Évidemment, on se fait du souci. Quand les salaires n’augmentent pas, c’est une petite retraite qui arrive. Les gens vont au travail avec la boule au ventre, car ils travaillent dans des conditions épouvantables. Il faut défendre les salariés, les salaires, arrêter le système de primes et permettre aux gens de partir à 60 ans, car c’est possible. Mais il faut que les cotisations patronales reviennent dans la sécurité sociale, car elles représentent 90 milliards d’euros. La sécu, c’est non seulement la maladie, mais aussi la retraite. Ça ne peut pas être que les salariés qui payent. Il faut aussi que les patrons payent la force de travail.

    L’argument souvent rétorqué est celui de l’augmentation de l’espérance de vie. Vous l’entendez ?

    B.C. : Absolument pas. Contrairement à ce qui se dit, de plus en plus de salariés partent en retraite en étant malade. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de vivre bien et plus longtemps ? Ce qu’on nous explique, c’est qu’on devrait mourir plus vite. C’est impensable. Les mêmes qui ont des yachts se posent des questions sur notre droit à vivre. Ce n’est pas reporter le départ à la retraite qui solutionnera les problèmes. Travaillons 32h par exemple, mais que tout le monde ait du travail. Il faut pouvoir aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions.

    Quelles sont les questions abordées pendant ces deux jours de congrès ?

    B.C. : C’est le 100% sécurité sociale, avec la volonté de l’État et du patronat de briser notre acquis social. C’est la santé, puisque le gouvernement veut augmenter les tarifications, ce qui implique que les personnes qui n’ont pas de mutuelle n’ont pas de remboursement total, et que les tarifs des mutuelles augmentent. Ce qu’on voit, c’est que ce sont les mêmes qui vont payer. Pour nous, ce qui est primordial, c’est d’avoir un système de santé dans lequel tout le monde peut se soigner. Et de véritables augmentations des retraites et des salaires, car si les seconds n’augmentent pas, les retraites faiblissent.

  • « Avec Lecornu, on est sur de la cosmétique sur le plan économique »

    « Avec Lecornu, on est sur de la cosmétique sur le plan économique »

    ENTRETIEN

    La Marseillaise : Depuis 2023, c’est la première fois que l’intersyndicale est réunie. Faut-il y voir le signe d’un mouvement social qui va durer ?

    Serge Ragazzacci : En tout cas on le souhaite. Pour cette première journée, on a eu 55 appels à la grève public/privé. Ce qui est sûr, c’est que les annonces de Bayrou le 15 juillet, qui faisaient suite au naufrage du Conclave sur les retraites, ont tout de suite créé les conditions de l’unité syndicale qui manquait depuis deux ans. Ça a été un détonateur. De la même manière qu’il n’avait pas appelé les partis politiques, Bayrou n’a pas consulté les syndicats de salariés. Tout le monde a parlé de la suppression des deux jours fériés mais il y a aussi la énième réforme de l’Assurance chômage, la question du déremboursement des médicaments avec les retraités – les « boomers » – pointés du doigt. Sans oublier la remise en cause de la monétisation de la 5e semaine de congés payés, des 35 heures… Sur ce budget, on est sur tout ce qui peut remettre en cause les conquêtes sociales des 50 dernières années.

    Cela signifie qu’après avoir accusé le coup en 2024, le moral des troupes syndicales est regonflé à bloc ?

    S.R. : Il y a eu un moment de flottement avec le passage de Bayrou. Mais tout le monde a compris que c’était pour maintenir le même cap, notamment la réforme des retraites qui est le catalyseur de toutes les colères depuis 2023. C’est cette réforme qui a conduit à la chute des différents gouvernements et a conduit aux échecs électoraux de la macronie et de ses soutiens. En tête de la plateforme revendicative figure toujours l’abandon de la réforme des retraites à 64 ans.

    La chute de Bayrou change-t-elle la donne ?

    S.R. : Son plan d’austérité n’est pas caduc. Pour l’instant la seule assurance que l’on a, c’est le renoncement à la suppression des deux jours fériés. Tout en réclamant de demander aux syndicats de trouver des rentrées d’argent. Pour le reste, il n’y a pas d’abandon global, c’est pour cela qu’on appelle à la mobilisation. On reste dans la même veine. Ils ont sorti les boucliers et les défenses anti-aériennes pour défendre les intérêts des plus riches via les 211 milliards d’euros annuels d’aides aux entreprises sans aucun contrôle ni contrepartie. Depuis quelques semaines, c’est haro sur la taxe Zucman [2% d’imposition sur les patrimoines de plus de 100 millions d’euros, Ndlr], dont on nous dit qu’elle générerait le départ des plus grandes fortunes qui se sont gavées comme jamais. Ils oublient qu’on est champions d’Europe de réversion des dividendes. La taxe Zucman, ce serait vraiment le minimum. Les pauvres, eux, sont toujours suspects. Comme s’ils allaient s’acheter des voitures de luxe et des Rolex avec leur allocation de rentrée scolaire. Contrôler ces 211 milliards aux entreprises par contre ce serait une atteinte à la liberté. Je constate qu’à ce jour, à part nous, personne au gouvernement ne parle des fermetures de boîtes et des licenciements alors même que 300 000 emplois sont sur la sellette. Bayrou s’en foutait et pour l’instant, Lecornu n’en parle pas.

    Sébastien Lecornu tente d’envoyer des signaux (jours fériés maintenus, fin des « privilèges à vie » des ministres). Cela va-t-il dans le bon sens ou est-ce de la poudre aux yeux ?

    S.R. : J’ai l’impression qu’on est sur de la cosmétique sur le plan économique. On parle d’un côté de ponctionner 40 milliards sur le dos du monde du travail et de l’autre de quelques millions d’euros… Il n’y a pas de commune mesure. Si c’est pour retirer des privilèges à 15 personnes pour justifier d’aller en massacrer des millions d’autres à coups de déremboursements médicaux et de remise en cause de l’emploi, on se rendra vite compte de la limite de l’effet d’annonce. Le sujet principal de notre pays, c’est que les salaires et les pensions n’ont pas été revalorisés, on n’a pas retrouvé le niveau de 2020. Le pouvoir d’achat reste une revendication essentielle. Si on veut remplir les caisses de la Sécu, la question des salaires et de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui rapporteraient 6 milliards d’euros, fait partie de la solution. Des gens peinent à finir le mois. Si on veut relancer l’économie, il faut relancer la consommation, en recul avec l’inflation, la hausse des coûts de l’énergie avec par exemple la hausse de la TVA sur le gaz. Les gens continuent à perdre du pouvoir d’achat alors que les plus riches continuent de voir leur fortune augmenter. En 30 ans, le PIB de la France a été multiplié par deux mais pas le Smic. Les 500 plus grandes fortunes possédaient 9% de la richesse nationale, elles en contrôlent aujourd’hui 42%. Je pense qu’on peut leur en prendre un peu.

    L’autre enjeu, c’est celui des services publics. La CGT donnera d’ailleurs des suites le 9 octobre avec une mobilisation nationale et dans l’Hérault sur les questions de santé et de Sécurité sociale. Du côté de l’intersyndicale, il y aura bien sûr des suites au 18 septembre…

    Si le mouvement citoyen « Bloquons tout » rebondit, l’intersyndicale envisage-t-elle des actions communes ?

    S.R. : Le 10 septembre, il n’y a pas eu que « Bloquons tout ». Ce mouvement ne souhaitait pas d’élargissement syndical mais à Béziers, Bédarieux ou Lodève, comme il ne se passait rien, la CGT avait déclaré un rassemblement. Ici ou là, on a déjà eu des contacts. On est sur un mouvement hybride. On n’est pas dans la situation des Gilets jaunes.

  • À la Valentine, les automobilistes sont réceptifs

    À la Valentine, les automobilistes sont réceptifs

    Il est 6h30 du matin ce mercredi. Sur le rond-point du Lieutenant-Colonel Piollet qui mène à l’A50, ils sont une trentaine à ralentir la circulation et à tracter pour faire connaître le mouvement du 10 septembre aux automobilistes. Les profils sont variés : retraités, enseignantes, libraires ou personnes au RSA, tous ont fait le déplacement pour montrer leur ras-le-bol face à la politique actuelle.

    « On se fait traiter n’importe comment par le gouvernement. On travaille comme des acharnés et ils ne veulent même pas nous aider. On est en colère », s’indigne une salariée de la mairie de Marseille. Jean-Marc, photographe, ne mâche pas non plus ses mots contre le gouvernement : « la classe dirigeante est une bourgeoisie boulimique. Plus ils ont d’argent, plus ils en veulent. Et ils continuent à aller chercher l’argent chez les plus pauvres, pendant que les grandes fortunes n’ont jamais fait autant de bénéfices. »

    Un barrage filtrant est plutôt bien accueilli par les automobilistes, dont beaucoup récupèrent le tract et manifestent leur soutien. Certains poids lourds s’arrêtent même pour bloquer la circulation et klaxonner au rythme du chant des militants : « Macron démission ». Un accueil qui s’explique facilement selon l’un des manifestants sur place : « les gens sont super réceptifs. Quand on leur parle de la vie chère, tout le monde se reconnaît ».

    Après quelques heures au rond-point du Lieutenant-Colonel Piollet, le groupe se déplace pour tracter au rond-point d’entrée de l’A50, puis celui devant le centre commercial de la Valentine.

    Une action sans violence tout de même encadrée par la police. Dès le début du barrage, une quinzaine d’agents étaient présents avec casque et bouclier anti-émeute. « Au moins, ils sont bloqués ici et ils ne sont pas dans le centre », plaisante une participante. à partir de 11h30, l’effectif policier diminue, mais ils commencent à menacer de verbaliser les automobilistes qui s’arrêtent trop longtemps pour échanger avec les manifestants. « C’est un moyen pour eux de décourager les gens de faire grève ou de manifester. Un des automobilistes s’est pris une contravention de 640 euros pour entrave à la circulation », se désole l’un des grévistes.

    Vers 12h30, le groupe a décidé, en votant à mains levées, d’aller prêter main-forte au blocus de l’entreprise de vente d’armes Eurolink. Certains sont allés rejoindre les cortèges aux Réformés.