Tag: réindustrialisation

  • Carole Delga acte un cluster nucléaire pour « préparer l’avenir »

    Carole Delga acte un cluster nucléaire pour « préparer l’avenir »

    À Laudun-l’Ardoise, le vieux bassin industriel gardois entend ouvrir un nouveau chapitre. Autour de Marcoule, près de 70 ans de nucléaire ont façonné un bassin de sous-traitants, d’ingénieurs, de chercheurs et d’ouvriers qui reste, avec près de 160 entreprises, le deuxième pôle industriel d’Occitanie. Vendredi 4 septembre, Carole Delga (PS) est venue y défendre une ligne claire : faire de cet héritage un levier de réindustrialisation et de souveraineté énergétique.

    « Nous avons besoin d’être de nouveau un pays producteur », a martelé la présidente de Région devant les représentants de Cyclium et du Collectif. Pour elle, « le débat pro ou anti-nucléaire est derrière nous ». Dans un contexte géopolitique tendu, elle assume son soutien aux EPR2 de Tricastin et de Golfech comme au développement des petits réacteurs modulaires. « Notre indépendance énergétique ou la dépendance au gaz russe » : elle pose le choix en ces termes, tout en appelant à ne plus opposer nucléaire et renouvelables.

    Sur ce territoire présenté comme le « berceau du nucléaire français » par Patrick Palisse, vice-président de la Communauté d’agglomération du Gard rhodanien, les projets se multiplient. Hexana et Otrera travaillent sur des réacteurs de nouvelle génération autour de Marcoule. À quelques kilomètres, MGH Energy prévoit sur l’ancienne friche ArcelorMittal de L’Ardoise une usine de carburants de synthèse, avec un investissement annoncé d’un milliard d’euros et quelque 200 emplois permanents à terme. Des projets encore soumis à des calendriers, financements et autorisations, mais qui redonnent des perspectives à un bassin marqué par plusieurs abandons industriels.

    C’est dans ce contexte que Carole Delga a acté la création d’un cluster nucléaire, destiné à donner davantage de visibilité au tissu local et à coordonner entreprises, recherche, innovation et formation. Ses contours et son articulation avec les réseaux déjà existants restent à préciser. Mais derrière l’outil de structuration, une question demeure : quelle réindustrialisation et pour quels emplois ?

    Des milliards, mais quels emplois ?

    Car les milliards annoncés ne suffiront pas à eux seuls à faire vivre le territoire. Les industriels alertent déjà sur les départs à la retraite et le manque de salariés qualifiés. « La question de la formation initiale et continue est essentielle », insiste Carole Delga. Le CEA de Marcoule, l’INSTN, le Campus des métiers ou encore le futur dispositif Invictus doivent permettre de transmettre des savoir-faire parfois longs à acquérir et d’éviter que la relance industrielle ne se heurte à une pénurie de compétences.

    Encore faut-il que ces emplois soient suffisamment attractifs pour retenir les salariés. Salaires, conditions de travail, logement, services publics et transports pèseront autant que les investissements industriels dans une filière largement structurée par la sous-traitance. Carole Delga place elle-même le travail au cœur de son discours. « Nous avons besoin de créer des emplois qui rémunèrent et de garantir la dignité à tous nos habitants », affirme-t-elle. Une promesse qui donne aussi une mesure à l’ambition affichée : la réindustrialisation ne pourra être jugée seulement au nombre de milliards investis ou de réacteurs annoncés, mais à sa capacité à créer des emplois durables, qualifiés et correctement rémunérés sur le territoire.

  • La maire de Saint-Martin-de-Crau reçue à l’Élysée

    La maire de Saint-Martin-de-Crau reçue à l’Élysée

    « J’ai porté la voix de toutes les personnes et institutions qui pourraient être impactées par la solution de ligne très haute tension aérienne ». Au lendemain d’un rendez-vous à l’Élysée, Séverine Dellanegra, la maire (SE) de Saint-Martin-de-Crau ne cache pas sa satisfaction d’avoir pu faire « entendre la voix des territoires » au plus haut de l’État sur l’épineux sujet de la ligne THT. L’édile a en effet été reçue par le cabinet d’Emmanuel Macron, ce mardi. De quoi lui permettre de réaffirmer haut et fort sa position « partagée par la plupart des élus locaux, la Région, les parcs nationaux et chambre de commerce et d’industrie (CCI) ». « On partage la position de l’État sur l’importance de l’électrification de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, nous sommes évidemment favorables à sa décarbonation et réindustrialisation », explique Séverine Dellanegra. Avant d’apporter de la nuance : « Mais nous nous opposons à la solution aérienne actuellement proposée. Pour Saint-Martin-de-Crau et la Camargue, ça serait un désastre environnemental et écologique : elle viendrait couper en deux notre réserve naturelle de la Crau ».

    Concertation et patience

    Elle s’appuie notamment sur « les besoins industriels qui se réduisent et dont les délais se reportent ». Des besoins moindres et plus tardifs, qui permettraient donc de gagner du temps dans l’élaboration du projet de la ligne THT, selon elle. « Le projet industriel le plus engagé est celui de Marcegaglia pour 2030-2032… On n’a pas donc besoin de 400 000 volts de plus d’ici 2030. Si on prend le temps, on peut faire une solution alternative qui apporterait une meilleure réponse qu’une grande ligne aérienne unique », développe-t-elle. Concrètement, l’élue a demandé aux services de l’État « une grande table ronde réunissant tous les acteurs impliqués dans le dossier ». Mais aussi que l’État « commande une étude détaillée sur la solution alternative proposée, souterraine et de 200 000 volts ». Laquelle coûterait « un peu petit plus chère que l’initiale », selon Séverine Dellanegra, mais « pas deux fois plus cher comme on l’entend parfois ». Reste à savoir si ces demandes seront bien prises en compte : « Avoir été reçue c’est déjà un signal fort dont on avait besoin. Il y a eu une vraie écoute », conclut-elle.

  • À Béziers, le PCF lancera la campagne de Roussel

    À Béziers, le PCF lancera la campagne de Roussel

    C’est un heureux hasard du calendrier que les communistes du Biterrois comptent bien mettre à profit pour donner leur coup d’envoi symbolique de la campagne.

    Dimanche 6 septembre (10h-18h) se tiendra, aux jardins
    de la Plantade, la 43e fête* du PCF de l’ouest héraultais. Réunissant chaque année plus d’un millier de militants, sympathisants et curieux (l’entrée au parc est gratuite et ouverte à tous) autour d’un grand débat, d’un repas et d’animations, l’événement, qui constitue « la seule rentrée politique dans le Biterrois », insiste Nicolas Cossange, tombe cette année le jour de l’investiture PCF à la présidentielle.

    « On pourra encore voter le matin même à condition d’être à jour de cotisation depuis au moins 3 mois », précise l’ancien secrétaire du PCF 34, désormais à la tête de la section de Béziers. Autant dire qu’après avoir dégusté la paella, les communistes devraient apprendre pendant les animations musicales l’officialisation de la candidature de Fabien Roussel à l’Élysée, qui semble une formalité.

    Changer de modèle

    À Béziers, l’issue du vote des adhérents PCF ne fait aucun doute. Même si les reproches de 2022 restent dans les esprits (il n’avait manqué que 400 000 voix à Mélenchon pour accéder au 2nd tour alors que Roussel en avait fait le double), une candidature communiste au 1er tour est jugée nécessaire pour porter les idées de rupture. « C’est le moment d’exposer ce que nous voulons : changer le fond des choses : passer de la social-démocratie au socialisme », pose Aimé Couquet.

    Pour ce membre historique de la section, « il faut sortir du piège de la présidentielle ». « On ne divise rien du tout. En 1981, il a fallu un PCF à 15% pour que Mitterrand soit élu. Sans un PCF qui fait des voix au 1er tour, on [la gauche de transformation sociale, Ndlr] ne gagnera pas au second. » Nicolas Cossange va dans son sens. « Bien sûr que les communistes se posent des questions [vu le risque RN, Ndlr] mais on s’est doté d’un processus démocratique. C’est autre chose que de dire : je suis candidat, allez cliquer pour me soutenir », critique-t-il à l’égard de Jean-Luc Mélenchon.

    Pour N. Cossange, le vrai problème c’est le poids de la gauche. « Tant qu’elle pèsera 30% toute mouillée… » Pour y remédier, quoi de mieux que de débattre pour expliquer en quoi « la société capitaliste nous mène dans le mur ». « Oui à la paix, non à l’austérité ! » sera d’ailleurs le thème du débat animé dès 11h par la secrétaire héraultaise, Clara Gimenez. Compte tenu du calendrier, il sera sans doute un peu question de Sénatoriales et de la séquence présidentielle/législatives de 2027. « Un débat, on sait comment ça commence mais jamais où ça finit », sourit N. Cossange.

    Quoi qu’il en soit, les communistes n’ont pas l’intention d’être cantonnés au simple témoignage. « Entre la canicule, les incendies et maintenant la tempête, l’été nous a rappelé combien il est urgent d’agir, de planifier. La 7e puissance mondiale est tout à fait capable de produire ses propres Canadairs. Il y a d’autres choix que le tout militaire », harangue N. Cossange. Cela vaut aussi pour l’économie commandée par les forces de l’argent. « On a besoin de travailler la question des salaires et de réindustrialiser. On voit bien avec les taux de pauvreté d’Agde/Pézenas que même le tourisme de masse ne redistribue pas beaucoup de richesses. » Aimé Couquet abonde : « Un parc d’attractions comme celui de Macron et Mohammed Ben Salmane, ça ne produit rien du tout. Il faut faire revenir de la production dans notre pays et donner les moyens aux travailleurs de pouvoir organiser leurs entreprises ». En somme changer totalement de modèle. Un point sur lequel le PCF va sûrement plus loin que la France insoumise.

    * 10h ouverture des stands
    et du vide-grenier (inscriptions
     : 07.66.28.71.05). 11h débat. 13h paella (réservations 04.67.76.43.78.). 14h30 animations avec Sophie Pascual, conteuse (histoires cubaines) et Les Z’étourdis (chansons engagées). 18h : Tirage tombola et clôture.

  • Face aux pollutions persistantes, bras de fer autour du tunnel du Soulat à Marseille

    Face aux pollutions persistantes, bras de fer autour du tunnel du Soulat à Marseille

    Il n’y a plus aucune pollution créée par la production de Satys, nous avons fait des investissements importants pour étanchéifier le site », insiste le directeur général de Satys Coatings, Thierry Cotelle. Un mois après le nouvel arrêté préfectoral encadrant la gestion des pollutions du site du chemin de la Madrague-Ville dans le 15e arrondissement de Marseille (notre édition du 22/08), le dirigeant de l’entreprise de peinture aéronautique a tenu à présenter l’action menée face à la présence persistante de chrome VI, cancérigène, issue de l’ancienne activité industrielle. Un dossier dont a hérité l’entreprise qui, en 2023, a fait le choix de conserver cette implantation dans les quartiers Nord avec 120 emplois à la clé, au lieu de délocaliser en Hongrie. Les actions de pompages ont ainsi été lancées, 200 mètres cubes de terre excavés après la démolition en juillet du bâtiment où était présent le chrome.

    Mais les fuites persistent à l’extérieur. Des investigations vont donc être lancées pour capter le ruissellement de la fontaine encore polluée de la résidence voisine du Fil de lin, même si « le filet d’eau qui s’en va vers les Aygalades est tellement fin qu’on n’y constate aucune augmentation de pollution ».

    Surtout, du côté du tunnel du Soulat, une concentration de 6 mg/L, soit 60 fois la norme, est encore mesurée dans les résurgences. « La concentration a baissé, mais nous sommes maintenant sur une asymptote, il doit y avoir une poche dans la roche où il y a encore du chrome », avance Thierry Cotelle. Les eaux sont toutefois drainées et traitées avant d’être rejetées dans l’assainissement. « Tout est sous contrôle », assure-t-il. Alors que le tunnel doit accueillir le fret ferroviaire en provenance du terminal de Mourepiane, il assure qu’il est désormais exploitable. « Nous avons fait une étude sanitaire qui montre qu’il est possible de travailler à l’intérieur », explique le directeur général. Sans convaincre la SNCF Réseau, qui a dressé une contravention de grande voirie à l’encontre de l’ancien propriétaire du site ainsi qu’à l’actuel, et l’exploitant Satys. « Nous avons fait ce que nous avions à faire », confirme le gestionnaire du réseau qui refuse de s’exprimer davantage. Face à la « somme importante » réclamée, qui « mettrait à mal l’activité », l’industriel a refusé de payer, et la conteste en justice. « Puisque la pollution perdurera, la solution alternative est celle mise en place », insiste le directeur général.

  • Roussel – Lisnard deux visions qui s’opposent

    Roussel – Lisnard deux visions qui s’opposent

    D’un côté, Fabien Roussel, le communiste. De l’autre David Lisnard, l’ultralibéral. Tous deux réunis sur le terrain de Roland-Garros par le Medef. Interrogés sur les décisions à prendre pour que la France produise plus, le secrétaire national du PCF, propose de « planifier la réindustrialisation de notre pays et d’arrêter le “stop and go” ». Pour permettre aux entreprises d’avoir de la « lisibilité », notamment en ce qui concerne l’énergie. Un « avantage compétitif énorme » pour reconstruire une « industrie forte et utile ».

    De son côté, le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) estime que l’« [on] a trop administré l’économie ». Dès lors, il énumère ses propositions presque caricaturales : « libérer le capital et le travail (…) l’industrie, le foncier, lutter contre l’artificialisation des sols », rendre « la fiscalité et les charges compétitives ». Sous les applaudissements des patrons, il plaide pour toujours moins d’impôts, appelant à « cotiser moins pour gagner plus ». « On a le record du monde de la dépense publique, des impôts et des charges », renchérit le président de Nouvelle Énergie. Ce fan revendiqué du président d’extrême droite libertarien argentin Javier Milei, pousse le train jusqu’au bout : « le soviétisme ça n’a jamais marché », raille-t-il.

    Face à une audience qui lui est peu favorable, le chef des communistes intime les patrons à « produire plus », rappelant que les aides publiques aux entreprises ont atteint 211 milliards d’euros en 2023. S’il n’est pas contre ces aides, il veut les conditionner : « à la relocalisation et à la création d’emplois en France », impulser un choc d’investissement massif, en particulier dans la formation. Et ce, afin de « reconstruire une France industriellement forte » et souveraine.

  • Fibre Excellence à la croisée des chemins

    Fibre Excellence à la croisée des chemins

    La date fatidique du 28 août se rapproche pour les ex-salariés du site Fibre Excellence de Tarascon et la situation commence à se tendre sensiblement.

    Alors que c’est ce vendredi que l’usine de pâte à papier doit définitivement fermer ses portes, après sa liquidation judiciaire le mois dernier, les travailleurs du site occupent toujours leur ancien lieu de travail. Et ce mercredi, ils se sont même opposés à la venue d’une entreprise de maintenance industrielle qui doit prendre en charge la transition post-fermeture. « La présence de cette entreprise ne répond ni aux besoins ni à la mise en sécurité du site. On ne les laisse pas rentrer ! », dénonce Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT dans l’après-midi. Rappelons qu’après la liquidation du site, les salariés avaient été rappelés à leurs postes pour assurer la sécurité de l’usine classée Seveso alors qu’ils recevaient leurs lettres de licenciement. Ils avaient tiré la sonnette d’alarme sur un risque industriel réel lié à cette transition (lire notre article du 24 août). « Les effectifs prévus par le manutentionnaire ne correspondent pas aux besoins de sécurité. Il n’est pas capable de maintenir les installations en état », développe le syndicaliste. De quoi provoquer un coup de chaud sur le pays d’Arles avec des tensions entre salariés et nouveaux venus. Le tout, piloté par un mandataire judiciaire qui a en main le site depuis sa liquidation. « La situation est tendue, le mandataire judiciaire a menacé de se retirer et de laisser à l’abandon le site ! On lui dit chiche, allons-y, la balle sera dans le camp du préfet ! Et on ne laissera pas un site Seveso rempli de produits chimiques à l’abandon », relate Jean-Michel Bulinge. La CGT entend d’ailleurs interpeller la préfecture des Bouches-du-Rhône une nouvelle fois sur la situation « dans les deux jours à venir ».

    Si c’est la sécurité du site à l’instant T qui préoccupe ses anciens salariés, c’est bien l’avenir du site qui en dépend. « Selon ce qui va être fait, ou pas, les installations pourraient être dégradées. Alors que les salariés font toujours tout tourner », rappelle le délégué syndical. D’où le combat actuel pour les préserver.

    Plusieurs scénarios possibles

    Car même liquidé, l’usine ne restera pas en l’état et une reprise du site est toujours possible : « C’est le mandataire judiciaire qui a la main, il peut vendre le site au plus offrant ». En clair, plusieurs scénarios sont sur la table : « Un repreneur peut toujours acheter le foncier et en faire ce qu’il veut… Il peut reprendre les salariés, créer une activité différente. Dans le pire des scénarios, on se retrouve avec un ferrailleur qui va démanteler et revendre au poids de la ferraille », développe Jean-Michel Bulinge.

    Ce débat sur l’avenir du site a justement fait l’objet d’une longue communication de la Région Sud, ce mardi. « Depuis la décision de liquidation, la priorité de la Région est de transformer cette crise industrielle en opportunité de réindustrialisation, tout en protégeant les salariés et l’ensemble de la filière bois », explique la collectivité. Avant d’assurer qu’elle a « diligenté une première étude économique afin d’organiser un tour de table d’investisseurs et d’industriels pour préserver l’avenir du site ». Une étude qui « a permis de cibler les domaines stratégiques pour une reconversion : BTP, logistique, économie circulaire ». Forcément, cette piste n’a pas la faveur des salariés : « Convertir le site coûterait 10 fois plus cher que trouver une solution pour reprendre l’outil actuel ». Reste que la Région entend poursuivre dans cette voie avec l’annonce du « lancement d’une seconde étude approfondie avec l’agence de développement économique risingSUD [entité de la Région, ndlr] ». Autant dire que le dossier est loin d’être conclu… Et si l’avenir de l’usine tarasconnaise est assombri, il est un peu plus clair pour celui de son usine-sœur de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, rescapée de la liquidation. Et notamment grâce à l’action de la Région Occitanie, dirigée par Carole Delga (PS) qui a déposé une offre de reprise avec un industriel.

  • L’usine Fibre Excellence de Tarascon bloquée par les syndicats

    L’usine Fibre Excellence de Tarascon bloquée par les syndicats

    Le tas d’imposants rondins de bois, les plots en béton et les pierres disposés devant la sortie du site, ainsi que la tractopelle placée derrière les barrières de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, ne laissent guère de doute : au lendemain de la liquidation judiciaire du site, qui laisse sur le carreau 270 salariés, tout ce qui s’y trouve y reste. Pour le moment.

    « On part du principe que cette usine, elle a encore des possibilités », résume Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT Fibre Excellence Tarascon, qui regrette également d’avoir appris la décision du tribunal de commerce de Toulouse par l’intermédiaire d’un journaliste, mercredi. « On bloque l’accès à l’usine. Il ne faut surtout pas commencer à la démanteler et qu’on voit partir le matériel de valeur qui s’y trouve. C’est hors de question », abonde quelques mètres plus loin Frédéric Sanchez, secrétaire général CFDT du site. Un comité social et économique (CSE) est prévu, ce vendredi dans la matinée, à Tarascon. Des mandataires devraient alors annoncer leur venue sur le site dans les prochains jours. « Mais pour l’instant, il n’y a rien qui rentre, rien qui sort », rappelle le représentant de la CGT.

    Une banderole avec l’inscription « Le voyou de l’Élysée et ses sbires ont encore frappé » orne l’entrée de l’usine. L’occasion pour les syndicats de charger « les grands discours pour pas grand-chose ». « C’est la politique de notre gouvernement : il parle de réindustrialisation mais, depuis des mois, on ne fait que compter les entreprises qui perdent. Je n’ai pas vu d’annonce de presse avec de grandes créations », poursuit Jean-Michel Bulinge.

    « Le maximum pour

    les salariés »

    Malgré la liquidation, les représentants syndicaux restent actifs. Et pas qu’un peu. Présents depuis le jeudi 23 juillet sur place, ils se mobilisent dans un premier temps pour « aller chercher le maximum pour les salariés ». « Qu’ils partent dans la dignité », glisse Jean-Michel Bulinge. Cela passe par le maintien de la mutuelle ou encore l’obtention de primes de reclassement. « Tant qu’on n’aura pas obtenu quelque chose, quoi que ce soit, on ne lâchera pas. Pour nous, c’est primordial. Les gens méritent quelque chose. Et pas uniquement les miettes que peuvent nous donner les indemnités conventionnelles ou légales. Mais ça va être dur », prévient Frédéric Sanchez.

    L’organisation est au rendez-vous. Des dizaines de bonbonnes d’eau sont stockées sur une installation dédiée tandis que, à proximité, une cafetière et un micro-onde permettent aux salariés de tenir dans la durée. Sans oublier les grillades du midi. Mais cela ne peut pas durer éternellement. « On se débrouille entre syndicats ou avec le personnel. Mais au bout d’un moment, ça va tirer la langue », confie le secrétaire CFDT, qui appelle à la solidarité de la population tarasconnaise. Implantée dans les années 1950, l’usine fait partie du quotidien des habitants, dont plus d’une centaine y travaillent.

    Des discussions sont en cours pour tenter de maintenir une activité sur le site. La CGT assure travailler sur un « projet alternatif » qu’elle présentera à la Région Sud et aux préfectures concernées en début de semaine prochaine. L’objectif est « d’essayer de trouver une solution de redémarrage du site dans les conditions actuelles ou avec un fonctionnement peut-être différent », afin « de sauvegarder les emplois sur le bassin ». Une « bataille jusqu’au bout » menée aussi en intersyndicale, avec FO. Mais les représentants n’étaient pas sur site ce jeudi en fin de matinée.

    Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, indiquait dans un communiqué publié le mercredi vouloir « préparer l’avenir du site, engager sa reconversion et favoriser l’émergence de nouvelles activités ».

    Par ailleurs, la menace d’une liquidation judiciaire sur l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) subsiste, mais un nouveau délai a été consenti, jeudi, par le tribunal de commerce de Toulouse, un industriel étant en train de formaliser un plan de reprise. Les offres seront examinées le 8 septembre et la décision communiquée dans les jours suivants.

  • La section du Parti communiste affiche un esprit de conquête

    La section du Parti communiste affiche un esprit de conquête

    Un mélange d’expérience, de jeunesse, de syndicalisme et de diversité sociologique. » C’est en ces termes que Gérard Permingeat, secrétaire de la section, présente la nouvelle direction du PCF toulonnais, fraîchement élue dans le sillage du congrès national du parti, qui s’est tenu à Lille, du 3 au 5 juillet. Les forces en présence lui donnent raison : l’expérience du secrétaire de section réélu, mais aussi celle d’André de Ubeda, ancien élu à la mairie de Toulon, de Marie-Hélène Guyot, trésorière de la section, et de Gilbert Poitoux, retraité de l’arsenal. À leurs côtés, un vent de fraîcheur est apporté par Natalie Baer, ancienne conseillère municipale à Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), ainsi que par Maxime Fuhry, jeune entrepreneur toulonnais.

    Face à l’extrême droite

    Aussitôt élu, aussitôt au travail, dans la droite ligne du texte adopté lors du congrès national, intitulé « Un communisme de conquêtes ». Trois piliers structurent cette orientation : le combat contre les logiques impérialistes et pour la paix ; une République démocratique, sociale et universaliste plaçant les travailleurs au centre ; et la transformation du mode de production fondée sur l’appropriation sociale des richesses au bénéfice des travailleurs et des salaires. Le tout sous l’égide du Plan climat 2050 du PCF, qui vise à atteindre « la neutralité carbone d’ici 2050, via une réindustrialisation fossile liée à un mix nucléaire renouvelable », précise le secrétaire de section.

    Au niveau local, cet esprit se traduit d’abord par la lutte engagée contre le Rassemblement national : « On a appelé à battre le RN à Toulon en votant Massi, mais cette majorité fait le lit de l’extrême droite », dénonce Gérard Permingeat. Un travail contre le l’extrême droite et reconquérir « son électorat et la conscience de classe. Il y a une contradiction pour certains de ses électeurs, alors que le RN vote pour des politiques antisociales », pointe André de Ubeda.

    Une forte vigilance sera portée sur l’action municipale et métropolitaine. Parmi les questions prégnantes, celle du chœur de l’opéra, toujours en danger, les soucis d’accès aux écoles maternelles de la Convention et primaire du Pont-Neuf, ou encore des impôts locaux qui, malgré le faible endettement de la Ville, sont « au même niveau que des villes qui sont beaucoup plus endettées », note André de Ubeda. Cela, même sans élu à la Ville.

  • [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    La Marseillaise : L’arrivée de Matthieu Pigasse est une première victoire mais il y a toujours urgence ?

    Carlos Tunon : Il va falloir approfondir pour transformer cette lettre d’intention en reprise ferme. Mais on a déjoué le scénario prévu, qui était la mise en liquidation des entités, ça nous a été confirmé. « Prévu » par un certain nombre de personnes, dont le Ciri, le comité interministériel de restructuration industrielle.

    Sophie Binet explique que le Ciri
    a soufflé le chaud et le froid, comment analysez-vous la position du gouvernement ?

    C.T. : Depuis un certain temps, quand on fait des rencontres à Bercy, ils essaient de nous rassurer. Mais le lendemain, il y a des déclarations où il est dit quasiment l’inverse de ce qui était raconté la veille. C’est forcément difficile d’avancer avec cette façon de faire.

    Ça reflète la politique industrielle menée depuis deux mandats ?

    C.T. : Tout à fait. L’impression qu’on a, c’est que le Ciri n’est pas en capacité de prendre de certaines décisions alors qu’il devrait. Idem pour le Premier ministre et le ministre de l’industrie. Un exemple : la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans les quotas carbone [Marché des quotas carbone européens, ndlr]. C’est une décision qui dépend de l’État mais elle n’est pas prise. Alors que c’est seulement une application des textes de loi et qu’il n’y a pas de difficultés particulières.

    Outre les quotas carbone, il y a d’autres « conditions suspensives » qui dépendent de l’État…

    C.T : L’État doit s’engager clairement et lever de ces conditions suspensives. Outre les quotas carbone, il y a la fameuse question du prix de revente du mégawatheure. Aujourd’hui, la formule de calcul n’est pas très claire et il faut que l’État éclaircisse cette question. Pour l’approvisionnement en bois, autre condition suspensive, c’est pareil : il n’y a pas l’application d’une directive européenne qui permettrait une restructuration de la filière avec une priorisation des utilisations des bois pour ainsi fournir plus de volumes pour les fabricants de pâte à papier. On voit là l’échec de la politique de soi-disant réindustrialisation de l’État. À une époque, l’État nous avait assuré que si l’on trouvait un investisseur fiable, il mettrait tout en place pour aider à la reprise. Il va devoir passer des paroles aux actes. Surtout au regard des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises qui profitent beaucoup aux multinationales et aux grands groupes.

    Justement, l’ancien actionnaire indonésien de Fibre Excellence
    a eu un soutien financier public…

    C.T. : Il a largement bénéficié d’argent public et il a bénéficié d’effacements de dettes, notamment en 2022 quand il avait mis Tarascon en redressement judiciaire. De mémoire, on était autour des 170 millions d’euros, payés par l’état et donc les contribuables.

    Vous portiez l’idée d’une nationalisation, comment passe-t-on de cette proposition à un soutien d’un investisseur privé ?

    C.T. : On portait l’idée d’une nationalisation temporaire pour avoir du temps pour trouver des investisseurs et pouvoir travailler avec eux, sur un projet pérenne. Avec l’arrivée de Matthieu Pigasse, on peut s’exonérer de ce sujet là pour l’instant. Mais si l’État souhaite entrer au capital, pourquoi pas ? Il y a déjà les régions.

    Quel impact sur la filière si Fibre Excellence disparaît ?

    C.T. : En France, on dépense 1 milliard d’euros pour acheter de la pâte à papier dans d’autres pays, en comptant la production de Fibre Excellence. Cela veut bien dire qu’il y a un marché pour ce produit sur le territoire. Si l’entreprise disparaît, on doublerait cette somme pour acheter ailleurs. Le déficit serait énorme, la balance commerciale ne s’arrangerait pas et cela poserait des questions de dépendance. Quand on voit la situation géopolitique actuelle, en cas de blocage, on peut se retrouver sans pâte à papier. Reconstruire une capacité industrielle comme celle de Fibre Excellence, c’est un coût astronomique et prendrait des dizaines d’années. Refaire l’usine de Saint-Gaudens, c’est environ 1 milliard d’euros.

  • Investisseur béton pour Fibre Excellence

    Investisseur béton pour Fibre Excellence

    Face aux grandes cheminées de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, dont presque plus aucune fumée ne sort depuis le placement en redressement judiciaire de l’entreprise de pâte à papier, fin avril par le tribunal de commerce de Toulouse, une bonne partie des plus de 300 salariés étaient présents avec le sourire, ce jeudi 18 juin. Et pour cause, ils ont appris l’entrée, ce mercredi, d’un investisseur de taille dans l’unique offre de reprise : Matthieu Pigasse.

    En conséquence, l’audience devant le tribunal de commerce, qui devait statuer sur l’avenir de la structure et était initialement prévue le mercredi 17 juin, a été reportée au 6 juillet, le temps d’étoffer le dossier. L’entreprise risquait notamment la liquidation judiciaire après le retrait de son actionnaire principal indonésien, il y a bientôt deux mois.

    La plupart des salariés ont ainsi suivi en visioconférence la conférence de presse organisée sur l’autre site de l’entreprise, à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, en présence de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, et de la présidente du conseil régional d’Occitanie, Carole Delga (PS). Depuis le parking de l’usine, une télévision avait été installée pour l’occasion. Les élus locaux et les représentants syndicaux, quant à eux, ont suivi l’événement depuis le réfectoire de l’entreprise.

    « Il y a 48 heures, on a appris qu’un investisseur français allait essayer de sauver 10 700 emplois directs et indirects. Le ministre avait des réserves avant, car les investisseurs étaient Indonésiens. Maintenant que c’est un Français, il faut y aller. C’est une très bonne chose pour nous, mais le combat n’est pas fini. Si ça se réalise, c’est comme si le père Noël était passé en juin », se réjouit, sous les applaudissements, Laurent Quinto, salarié du site de Tarascon et représentant de la Filpac-CGT. « Il ne faut plus traîner », lance de son côté Florent Bertaud, secrétaire FO du site. Il dénonce le « blocage du gouvernement » qui selon lui « a l’entière responsabilité » de la situation, tout en appelant à « passer par une nationalisation temporaire si nécessaire ». « Ce matin, on a la banane avec cette petite lueur d’espoir », conclut Frédéric Sanchez, représentant de la CFDT, qui donne rendez-vous le 6 juillet. En espérant une bonne nouvelle.

    Table ronde

    L’occasion, également, pour les responsables politiques de réaffirmer leur soutien. Si les Régions Occitanie et Sud ont mis la main à la poche (lire ci-dessous), les différents maires et présidents d’intercommunalités alentour rappellent l’importance de Fibre Excellence pour le territoire. Le maire d’extrême droite de Tarascon, Alexandre Ducouret (RN), n’a pas été convié à la conférence de presse, la CGT rappelant son opposition aux idées de son parti. L’édile aurait menacé de porter plainte avant de publier un communiqué sur les réseaux sociaux de la commune.

    C’est son prédécesseur et vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Lucien Limousin (DVD), qui a pu s’exprimer aux côtés des maires d’Arles et de Maussane-les-Alpilles. « L’intersyndicale réalise quelque chose d’énorme. On espère que l’État va se réveiller », lance-t-il.

    « On ne peut pas claironner haut et fort être en faveur de la réindustrialisation de la France et ne pas s’occuper des sites industriels », abonde l’édile arlésien Patrick de Carolis (Horizons), avec l’approbation de ses voisins. Comme la plupart des acteurs autour de la table, il attend une position claire de l’État sur l’avenir du site, alors que de nombreuses lettres adressées aux ministères sont restées sans réponse jusqu’ici. « Le plus important, c’est le rapport de force que vous avez su créer. C’est vous les experts de l’outil de travail et la suite doit être créée avec vous. C’est pour cela qu’il faut désormais impérativement organiser une table ronde », plaide Camille Di Falco, attaché parlementaire du sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Jérémy Bacchi, qui n’a pas pu être présent ce jeudi.

    Après ces moments intenses, place au barbecue, avec merguez et saucisses sous le barnum installé à côté du parking à motos. Un moment de répit après des mois de stress. « Une petite heure de décompression qui va faire du bien à tout le monde », lance joyeusement au micro Laurent Quinto.

    Le rôle déterminant des Régions

    Pour sauver Fibre Excellence, Région Occitanie comme Région Sud ont « mouillé le maillot », confie Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Et pour cause : elles appuient à hauteur de 8 millions d’euros (5 pour Occitanie, 3 pour Sud) l’unique offre de reprise présentée par la direction actuelle de Fibre Excellence. « Sa disparition serait la signature de l’arrêt de mort pour nos territoires », a expliqué Cyril Juglaret, représentant du président (Ren.) de Région Sud, Renaud Muselier, ce mercredi. Avant de se réjouir : « On va rentrer au capital, c’est exceptionnel ! ». Quand Carole Delga, présidente (PS) de Région Occitanie, a souligné avoir « remué ciel et terre » dans la recherche d’un investisseur et avoir « pensé à Matthieu Pigasse ». « La France a besoin de cette production, il y a un débouché, un marché pour la pâte à papier », a-t-elle martelé. A.B.

    TÉMOIGNAGES DE SALARIÉS DE FIBRE EXCELLENCE

    Philippe Verdiere, Opérateur service régénération

    « J’ai grandi ici et j’ai toujours connu l’usine. Même si elle a connu des périodes de bien et de moins bien, il y a beaucoup de peur liée à la précarité de la situation. Pas mal d’entre nous étaient au chômage partiel. Ça fait mal au niveau du salaire et, pour certains, c’était dur de joindre les deux bouts. Cette bonne nouvelle nous donne un espoir qu’on était en train de perdre.

    Cette possible issue favorable, c’est un coup de boost. »

    Martine Barbier, Comptable

    « C’est une société importante et on aimerait tous qu’elle reste en vie. Il y a quand même 600 salariés concernés. Il faut que l’État réagisse. Je suis fatiguée après des mois de «ça va fermer» et de «ça ne va pas fermer». Et encore plus avec les collègues mis au chômage partiel. Cela fait très bizarre de se promener dans une si grande entreprise, où nous sommes généralement très nombreux, et qui est désormais quasiment vide. On se sent seuls. »

    Muriel Sanchez, Assistante de direction

    « Je travaille ici depuis 30 ans, depuis l’obtention de mes diplômes. Quasiment toute ma famille y travaille et j’y ai même rencontré mon époux.

    À l’annonce de la mise au chômage partiel, j’ai mis quinze jours à m’en remettre.

    Et là, je ressens enfin une lueur d’espoir et je croise les doigts, car une fermeture ferait énormément de malheureux. Toute cette solidarité que l’on voit permet en tout cas d’y croire. »

    Recueillis par M.S.