Tag: Region SUD PACA

  • Du cinéma pour débattre dans les établissements scolaires de la région

    Du cinéma pour débattre dans les établissements scolaires de la région

    Au programme, 13 films seront projetés dans les collèges et lycées d’Aix-en-Provence, Aubagne, Gardanne, Luynes, Marseille, Puyricard, Martigues et Salon-de-Provence. Des séances ciné-débats animés par deux animateurs du collectif les Rencontres cinématographiques des droits humains en Provence (RCDHP).

    Parmi les thèmes qui seront abordés : le militantisme, la liberté d’expression, les droits de la femme, les violences conjugales, le harcèlement, les menaces de l’intelligence artificielle, ou encore la guerre. Des problématiques connues des programmes scolaires, l’objectif est de proposer un autre format. « Les enseignants permettent de mettre en perspective ces thématiques, on souhaite faire davantage réfléchir les élèves », explique Sonia Velli, référente sur les séances scolaires.

    La place qu’occupe aujourd’hui l’intelligence artificielle est centrale, « les professeurs sont directement impactés par le développement de l’IA et l’utilisation de cet outil chez les étudiants questionne », souligne Sonia Velli.

    Faire questionner

    Depuis 2010, le collectif propose « des projections de films suivies de débats avec des spécialistes et des intervenants des associations, dans le but de sensibiliser le public à la problématique des droits humains », peut-on lire sur le communiqué. Pour Sonia Velli, « l’objectif est de susciter le débat et d’échanger sur des sujets sensibles, on attend des étudiants qu’ils aient tous un regard critique et qu’ils puissent l’exprimer », campe-t-elle.

    Le collectif RCDHP propose également des séances à destination du grand public à partir du 5 février. Jusqu’au 16 mars, sept projections sont prévues dans les villes de d’Aix-en-Provence, Châteaurenard, Gardanne, Istres, Marseille, ainsi qu’à la faculté d’Aix.

    Le programme : rcdhprovence.fr

  • [Entretien] Valérie Roux : « Ce que publie l’Insee aide à voir les problématiques »

    [Entretien] Valérie Roux : « Ce que publie l’Insee aide à voir les problématiques »

    La Marseillaise : Pourquoi organiser cette rencontre de l’Insee auprès des citoyens ?

    Valérie Roux : C’est une démarche à la fois nationale et régionale. Nous travaillons beaucoup avec des acteurs publics et quand nous produisons de la donnée, des analyses, nous la diffusons sur notre site et par la presse. Mais nous ne sommes jamais au contact direct des citoyens, et nous nous rendons compte que nous sommes dans une période où les chiffres peuvent être source d’incompréhensions alors que nous sommes dans un monde où la donnée est omniprésente. Nous souhaitons donc vraiment que ce soit un temps d’échanges, pas seulement expliquer comment nous faisons la statistique, mais aussi écouter ce qui ne va pas, ce qui est mal compris, ce qui manque pour alimenter ensuite la façon dont on va construire nos indicateurs, voire modifier notre façon de travailler. Nous voulons avoir des citoyens représentatifs de toute la diversité de la population pour avoir un dialogue intense, par thématique.

    Quelles sont justement les principales incompréhensions que vous rencontrez ?

    V. R. : Si je peux en citer une, je dirais le pouvoir d’achat. C’est un sujet qui est fréquemment interrogé, quand on dit qu’il a augmenté, les gens n’ont pas l’impression que le leur a augmenté. Surtout que l’on parle beaucoup en moyenne, ce qui ne reflète pas forcément ce que chacun vit. On essaie de développer des outils pour mieux rendre compte de la réalité de chacun, et parfois, nos chiffres ne collent pas aux ressentis. Ils peuvent être biaisés : il y a souvent un sentiment d’inflation plus fort que ce qui est mesuré parce qu’il y a des biais cognitifs, on est plus sensibles aux biens que l’on achète fréquemment, comme une baguette, que ceux que l’on achète tous les dix ans, comme un ordinateur. Notre objectif, c’est de produire des données utiles à la compréhension de notre société et de notre économie, qui vont servir à construire des politiques publiques adaptées.

    Face à de la désinformation qui peut se propager vitesse grand V, quel rôle pouvez-vous être amenés à jouer ?

    V. R. : On nous a dit à Nantes : vous avez un rôle dans l’usage qui est fait des données que vous produisez. Si elles sont mal utilisées, vous devez corriger. Aujourd’hui, nous, on diffuse l’information, mais si certaines personnes ne l’interprètent pas comme il faut, on estime que ce n’est pas dans notre rôle de rectifier tous les mauvais usages des chiffres tellement nombreux que l’on produit. Mais cela nous interroge, nous pouvons être amenés à changer notre action. Nous ne communiquons peut-être pas assez sur les méthodes mises en place pour réaliser nos enquêtes, afin de redonner confiance dans des données de la statistique publique, qui ne doivent pas être comparées à n’importe quelle donnée sur internet.

    Vous parliez de votre rôle dans les politiques publiques, comment vos données peuvent façonner le monde autour de nous, au quotidien ?

    V. R. : Tout ce que l’on publie aide à voir les problématiques : dans la région, quand le précédent préfet est arrivé, on lui a produit une note de synthèse avec notre diagnostic, avec nos chiffres sur les différentes thématiques de la région. Cela pointe des difficultés, par exemple sur l’accès au logement. Nous travaillons aussi beaucoup avec le conseil régional sur les déplacements domicile-travail, sur la pollution, sur des projections du nombre de lycéens, pour déterminer s’il faut implanter un nouveau lycée à un endroit. Tout cela doit les aider à arbitrer.

    Les chiffres de l’Insee sont déjà au milieu des municipales. Quel éclairage pouvez-vous apporter au débat public ?

    V. R. : Cela fait partie de notre réflexion, est-ce que nous ne devons pas présenter nos travaux d’une autre façon pour que, quand les débats de chiffres vont faire rage, on puisse les trouver plus facilement, pour que les données objectives puissent être le plus partagées possible…

    Il y a aujourd’hui énormément de données autour de nous, produites soit par du sondage, soit par les big data des nouvelles technologies… À quel point le travail de l’Insee reste-t-il pertinent dans ce contexte ?

    V. R. : Nous utilisons des sources variées. Nous faisons des enquêtes sur des sujets sur lesquels c’est la meilleure façon d’avoir de la donnée, comparable dans le temps et avec d’autres pays. Mais nous utilisons aussi depuis longtemps beaucoup les fichiers administratifs, les déclarations de salaires des entreprises, les données fiscales, qui sont retravaillées pour produire de la statistique. Pour l’indice des prix, on utilise des extractions des enregistrements aux caisses de ce qui est acheté. Ce qu’on observe, c’est que la donnée, quand elle n’est pas travaillée, analysée, organisée, si sa qualité n’est pas vérifiée en amont, elle peut donner n’importe quoi.

    Programme et inscriptions sur rencontres.insee.net

  • L’aide aux élèves handicapés reste précaire : ils témoignent de leur quotidien

    L’aide aux élèves handicapés reste précaire : ils témoignent de leur quotidien

    Christel Stavros, AESH à Istres dans les Bouches-du-Rhône

    « Un statut pour pallier la pénurie »

    « Souvent, on se demande quelle est notre place dans l’équipe éducative. On a l’impression d’être des couteaux suisses. » Après 5 ans en tant qu’AESH dans le département, Christel Stavros, également membre de la FSU-Snuipp, a un regard critique sur ses conditions d’exercice « qui ne permettent pas d’accomplir ses missions ». Si elle précise que ça se passe bien dans son établissement, elle dénonce « des problématiques auxquelles ont fait toutes face ». « Le problème de fond, c’est notre statut, notre salaire, notre place dans l’enseignement. Nous sommes un vrai métier, donc on a besoin de vraies formations, d’un statut, d’une vraie rémunération. Si c’était le cas, il n’y aurait pas de pénurie car la profession serait attractive », explique-t-elle.

    Elle relate un quotidien où « le manque d’AESH mais aussi les conditions de travail ne sont pas à la hauteur des enjeux pour les élèves en situation de handicap ». Avant de développer : « L’enfant prend une place importante de par son besoin d’accompagnement. Pour certains, il faut avoir une attention permanente. » Mais l’absence de reconnaissance du métier provoque « une pénurie d’AESH ». « Ça a un impact sur la qualité de l’accompagnement. On prend beaucoup plus d’enfants à cause du manque d’AESH. Cela va jusqu’à 8 enfants, parfois 11, dans la semaine. » Le tout ayant « un impact sur la scolarité de l’enfant ». Elle résume le problème : « Pas assez d’AESH, pas assez de qualité d’accueil, pas d’inclusion réelle. »

    Amaury Baqué

    Julien Carboni, AESH à Toulon dans le Var

    « C’est un métier qui a du sens »

    Beaucoup de nos lecteurs connaissent déjà le militant des droits humains de tous les combats. C’est à travers sa profession d’AESH, qu’il exerce avec tout autant de passion, que nous présentons aujourd’hui Julien Carboni.

    « Je trouve que c’est un métier qui a du sens, très concret, puisqu’il s’agit le matin quand on arrive, d’accompagner un élève en situation de handicap et ce durant toute sa journée », analyse sobrement l’ancien président de la LDH. Un accompagnement, précise-t-il, dans ses habiletés sociales, et dans ses apprentissages. La difficulté étant d’adopter la bonne posture qui n’est pas toujours évidente à saisir professionnellement. « Il faut savoir aussi se détacher parfois, respecter l’autonomie de l’élève, afin qu’il puisse faire tout ce qu’il peut faire, et surtout pas le faire à sa place. »

    L’accompagnant d’élèves en situation de handicap précise aussitôt qu’il faut en même temps être là quand la sollicitation se présente, y compris d’ailleurs quand la sollicitation n’est pas forcément verbalisée ou formulée, être là en appui.

    Une reconnaissance de ce travail qui existe essentiellement par les élèves et par les parents des élèves, précise Julien Carboni. Bref, il ne manque plus que celle de l’administration.

    Et d’ajouter : « Je pense qu’on mériterait d’être un corps de fonctionnaires, puisque nous en avons déjà les devoirs, il ne reste plus qu’à acquérir les droits. »

    En attendant avec 1 100 euros par mois, il faut avoir, comme Julien, soif de justice et d’égalité pour résister.

    Thierry Turpin

    Audrey Marinelli, AESH à Avignon dans le Vaucluse

    « Un premier contrat à 777 euros »

    Des élèves en situation de handicap accompagnés seulement une heure par semaine, c’est ce qui pèse le plus à Audrey Marinelli, AESH depuis 8 ans dans des établissements scolaires d’Avignon, syndiquée à la CGT Educ’action. Dans le département, 1 300 accompagnants tentent de s’occuper au mieux de 5 800 élèves. « C’est très compliqué à gérer au quotidien. On en a de plus en plus chaque année et parfois, on commence un accompagnement en septembre et on ne sait pas si ça va être le cas pour toute l’année », explique celle qui est également représentante syndicale Éduc’action de la profession sur le département. Et qu’« en aussi peu de temps, on ne couvre pas du tout les besoins d’un élève, ce n’est pas possible ». La proposition de loi visant à intégrer les AESH dans la fonction publique « permettra clairement d’avoir un meilleur suivi des élèves, avec un meilleur suivi de l’apprentissage », estime-t-elle. Et ce, car « ce statut rend ce beau métier plus attractif », avec des « possibilités d’évolution de carrière ». Et donc plus d’AESH pour répondre aux besoins grandissants sur le territoire. Une question de salaire aussi. À ses débuts en tant qu’AESH dans des établissements avignonnais, pour 24 heures de travail par semaine, elle ne touchait que 777 euros par mois. Aujourd’hui, avec 32 heures travaillées par semaine, elle dépasse à peine les 1 300 euros, ce qui reste « très compliqué avec les prix qui montent et les salaires qui ne bougent pas ». Un changement en catégorie B est donc vu d’un bon œil, car cela permettrait « d’avoir un temps plein et de bien meilleures conditions de travail ».

    Mack Salman

  • [Entretien] Nicolas Souveton : « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

    [Entretien] Nicolas Souveton : « Les gens en dernier recours vont consulter à l’hôpital »

    La Marseillaise : Quelles sont les conséquences de ces dépassements d’honoraires, autorisés depuis 1980, sur le système de santé français ?

    Nicolas Souveton : Les dépassements d’honoraires, c’est quelque chose de très français. Dans la plupart des pays de l’OCDE, dans lesquels il y a un système d’assurance maladie, soit vous êtes conventionnés avec le système d’assurance maladie obligatoire et donc les tarifs sont encadrés, soit vous ne l’êtes pas et le patient ne bénéficie pas de remboursement. En France, on a un système où vous pouvez être à la fois conventionné et ne pas appliquer le tarif défini. Donc ce qui est remboursé est parfois inférieur au tarif pratiqué. Cela provoque de l’exclusion sociale, puisque si vous avez les moyens vous payerez le surplus et vous bénéficierez des remboursements de la sécurité sociale. Mais si vous ne pouvez pas, vous renoncez à vous soigner. Une barrière économique de plus en plus présente dans le système de santé.

    Avec le nombre de dépassements d’honoraires qui augmentent…

    N.S. : Depuis la mise en place d’un nouveau dispositif de pseudo encadrement, ça a limité leur coût, mais le nombre de professionnels à les pratiquer a explosé. Dans certaines spécialités, vous n’avez quasiment plus d’installation en secteur 1 [c’est-à-dire sans dépassement d’honoraire, Ndlr.], comme en ophtalmologie, où la plupart s’installent en secteur 2. Et donc, il y a des désertifications médicales de médecin conventionné en secteur 1. Si vous êtes bénéficiaire de la Complémentaire Santé Solidaire, vous n’êtes pas couvert pour les dépassements honoraires. Et donc ces personnes sont obligées de payer le dépassement d’honoraires ou alors elles n’ont pas accès aux soins.

    Ce qui surcharge les hôpitaux ?

    N.S. : ça va conduire à une pression sur l’hôpital public, car faute d’avoir accès à un professionnel de santé de premier niveau, c’est-à-dire médecine de ville ou sur certaines spécialités du fait des dépassements honoraires, il y a un retard de soins ou de prise en charge. Et les gens, en dernier recours, finissent par aller consulter à l’hôpital public, les professionnels de santé qu’ils n’arrivent pas à trouver en ville. Résultat, les rendez-vous à l’hôpital sont occupés par des patients qui devraient relever de la médecine de ville.

    Comment offrir une meilleure offre de soin qui limite les déserts médicaux ?

    N.S. : La question qui se pose, c’est comment construit-on des solutions durables qui permettent à la fois de prendre en compte les aspirations des professionnels de santé, qui sont parfaitement entendables, et de considérer la santé comme une forme de service de première nécessité. Il est du devoir de l’État de pouvoir garantir le fait que tout le monde puisse se soigner dans de bonnes conditions, quel que soit l’endroit dans lequel il habite. Pour notre part, on ne voit pas comment ça passe par autre chose qu’une organisation des installations sur les territoires en fonction des besoins. Par contre, on ne peut pas simplement dire à un médecin : vous allez vous installer là et vous n’avez pas le choix. Ce n’est pas ça une politique publique d’aménagement sanitaire du territoire. Il faut à la fois travailler sur la régulation des installations, mais aussi que l’on crée les conditions d’accueil de ces professionnels de santé. Qu’ils puissent faire leur boulot, c’est-à-dire soigner les patients, sans se transformer en dirigeant de PME qui doit gérer son cabinet, son secrétariat et l’ensemble des éléments qu’il y a derrière. Donc il faut que l’on fasse de la médecine d’équipe la norme, c’est-à-dire que les médecins puisent s’intégrer dans une équipe de professionnels pour une meilleure prise en charge de la patientèle.

  • Les médecins libéraux en arrêt dans la région

    Les médecins libéraux en arrêt dans la région

    Du 5 au 15 janvier, les cabinets médicaux tournent au ralenti. À Marseille comme ailleurs, les consultations non urgentes sont reportées et les patients invités à anticiper leurs ordonnances. Au cœur du conflit, un article du PLFSS qui autoriserait l’Assurance-maladie à réviser unilatéralement les tarifs des actes « trop rentables », remettant en cause la négociation conventionnelle vieille de cinquante ans. Un autre prévoit, une surcotisation sur les honoraires des praticiens en secteur 2 et 3. Pour les syndicats, c’est une « attaque frontale contre la médecine libérale ».

    Dans le viseur, la loi antifraude. « On nous impose des quotas de prescriptions et des objectifs de contrôle des arrêts maladie, bons de transport ou ordonnances, basés sur des statistiques globales et non sur la réalité des patientèles. On nous retire notre indépendance de prescription. C’est la chasse aux sorcières », dénonce Élodie Le Buzullier, secrétaire générale de Médecins pour demain. Elle pointe des pénalités pour non-remplissage du Dossier médical partagé, jusqu’à 10 000 euros d’amende, même si la mesure a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

    Sept organisations représentatives, dont MG France, la CSMF et le SML, appellent à ne pas signer les contrats France Santé et à multiplier les actions. « On est sur 70 à 80% de mobilisation, certains se mettent en grève que quelques d’autres deux semaines », assure Élodie Le Buzullier. Une manifestation nationale est prévue le 10 janvier à Paris. D’ici là, les patients devront composer avec des annulations massives et se tourner vers les urgences.

  • [Témoignages] Que représente 36 pour vous ?

    [Témoignages] Que représente 36 pour vous ?

    Anthony Gonçalvès, chef de file des communistes aux municipales à Marseille

    « Une résonance avec le monde actuel »

    Chef de file des communistes pour les municipales à Marseille, Anthony Gonçalvès ne peut s’empêcher de dresser un parallèle entre la période du Front populaire et l’époque actuelle. « Même si c’est très loin de nous aujourd’hui, il y a beaucoup de résonance avec le monde actuel », pointe l’oncologue. Et d’énumérer une crise économique persistante, l’ambiance guerrière en Europe, la montée de régimes fascistes, autoritaires.

    « Mais 1936 représente aussi, pour moi, l’exemple flamboyant de la mobilisation massive, d’abord de la classe ouvrière, et puis de tout le monde du travail, devant laquelle plus rien ne peut résister », poursuit-il. En tête, il a ces photographies de la jeunesse, le poing levé, des occupations d’usines. « Et il y a ce rassemblement très large, dans lequel les communistes jouent un rôle très important, et qui en quelques semaines va faire adopter des lois qui construisent du progrès social. » De quoi en tirer des leçons pour le présent, pour le professeur de médecine. « Quand le rassemblement est aussi large, aussi massif, il n’y a rien qui peut lui résister, appuie-t-il. Et finalement, construire du progrès social comme cela a été fait en 1936, c’est une bonne façon de faire reculer le fascisme : il ne réussira pas à gagner en France jusqu’à la guerre. C’est le souffle du Front populaire et ses conquêtes sociales qui font reculer le fascisme ! »

    Offrir une autre vie

    Parmi ces conquêtes sociales justement, le militant communiste pense particulièrement aux semaines de congés payés, aux personnes qui enfourchent leurs bicyclettes, vont voir la mer pour la première fois. « à l’époque, ça devait paraître complètement fou de partir deux semaines, payées par le patron ! partage-t-il. ça devait paraître impossible aux ouvriers, le patronat devait leur expliquer que ça mettrait leurs usines sur la paille… » Une conquête particulièrement symbolique, « à une période où la plupart des travailleurs passaient leur vie à travailler sans faire autre chose que survivre ». « C’est le moment où l’on découvre que la vie peut être autre chose, une vie qui n’était pas autorisée, explique Anthony Gonçalvès. Cela paraît aujourd’hui quelque chose de tellement essentiel, cette possibilité de se reposer et faire autre chose que le travail, grâce aux richesses produites toute l’année ».

    Y.S.

    Laurence de Villèle, secrétaire générale de l’UD CGT Vaucluse

    « Un repère essentiel et un héritage vivant »

    « Le Front populaire est un repère essentiel : un moment de l’histoire où la mobilisation ouvrière et populaire a forcé le patronat et le gouvernement à concéder des avancées sociales majeures. La CGT a été au cœur de cette histoire », rappelle Laurence de Villèle. La secrétaire générale de l’UD CGT Vaucluse ajoute : « Les conquêtes issues du Front populaire sont un héritage essentiel, une mémoire fondatrice pour le monde du travail : des conquis à défendre, face à un patronat puissant et décomplexé ». Le Front populaire fait aussi écho à nos luttes d’aujourd’hui, selon la responsable syndicale : « Exigence d’augmentation de salaires, défense du droit syndical ou nouvelle réduction du temps de travail à 32 heures. Pour porter nos revendications, notre lutte contre l’extrême droite, et transformer la société, notre organisation syndicale doit continuer à se renforcer. Il nous faut construire un rapport de force massif, par la grève dans les entreprises et services publics. Dans un contexte de crise sociale et démocratique, l’héritage du Front populaire nourrit la conviction qu’une autre répartition des richesses et des pouvoirs est possible, par la mobilisation collective. »

    F.C.

    Frédéric Rosmini, ancien élu socialiste et président de Vacances Léo Lagrange

    « C’est la dignité des travailleurs retrouvée »

    Pour Frédéric Rosmini, vice-président de la coordination nationale Parcours, ensemble d’associations de tourisme social, et ancien élu socialiste de Marseille, le Front populaire représente des jours heureux. « Cette période de l’histoire se résume en deux mots : revendications et fêtes. Car c’étaient des grèves joyeuses pour accompagner le gouvernement à aller plus loin sourit cet ancien ouvrier. C’est la dignité des travailleurs retrouvée ».

    Le militant des vacances pour tous affirme que les avancées sociales apportées par cette période sont également sociétales. « Les congés payés permettent à la société de s’ouvrir. Garçons et filles peuvent pour la première fois partir. Léo Lagrange disait d’ailleurs que les vacances sont un formidable outil pour l’émancipation des travailleurs. » Une période qui a aussi permis le développement de politiques culturelles importantes : « Le gouvernement a dit aux ouvriers que eux aussi avaient le droit au bonheur et les a encouragés à se cultiver. C’est redonner la fierté à toute la classe des ouvriers ».

    Eva Janus

    Olivier Masini, direction de la fédération varoise du Secours Populaire français

    « Un moment d’unité syndicale et politique »

    « Si on est arrivé à gagner des conquis sociaux en 36, c’est qu’on est arrivé à faire l’unité, aussi bien au niveau politique qu’au niveau syndical », commence Olivier Masini, membre de la direction de la fédération varoise du Secours populaire. La prise de conscience de cette absolue nécessité s’est faite, rappelle-t-il, face à la menace fasciste. Et d’insister : « Il faut rappeler le coup de force du 6 février 34 où véritablement, l’extrême droite était décidée à prendre le pouvoir par la force ».

    Le militant associatif revient d’ailleurs sur les grandes manifestations de riposte du monde du travail des 9 et 12 février 1934, à Toulon notamment. « J’ai d’ailleurs une photo que je garde dans mon bureau de cet immense cortège qui défile devant la chambre de commerce, pour répondre à cette menace fasciste », ajoute-t-il. Il poursuit : « C’est pour ça que pour moi 36, même si la mémoire populaire retient essentiellement les congés payés, incarne des valeurs sur lesquelles on ne transige pas. Et avec la montée du fascisme, on ne transige pas. Je pense que ça a été vraiment le message qui a été lancé en 1936 » .

    L’occasion, aussi, pour l’observateur avisé du monde social et politique de mettre en avant la situation à laquelle la population est confrontée aujourd’hui aussi. Avec, pour y répondre, des forces progressistes qui avancent pour l’instant, malheureusement, en ordre dispersé.

    « 1936 c’est aussi l’année où le Secours rouge international devient Secours populaire de France et des colonies », ajoute-t-il. Et où, en cette période marquée par la guerre d’Espagne, « il s’impose comme un acteur majeur de la solidarité internationale, soutenant les combattants et les civils républicains ». « D’ailleurs, de nombreux dirigeants du Secours populaire s’engagent alors dans les brigades internationales », insiste Olivier Masini. De quoi redonner espoir et envie de résister.

    T.T.

  • Rideau !

    Rideau !

    Sous le signe de l’instabilité. L’année 2025 n’aura pas permis
    de solder les effets
    de la dissolution décidée
    par le président de la République à la demande de l’extrême droite l’année précédente. Bien au contraire, le pays s’est enfoncé dans la crise politique et dit au revoir
    à 2025 sans avoir pu être doté d’un budget. Sans légitimité ni majorité, Sébastien Lecornu est pourtant toujours Premier ministre. La condamnation de Marine Le Pen ne semble pas briser la montée de l’extrême droite dans les sondages. Et si les forces de gauche se regroupent en vue des municipales, c’est sans LFI qui préfère regarder vers 2027 que vers 2026.

    Au plan international, l’instabilité aussi est de mise. Le cessez-le-feu à Gaza, décrété depuis le 10 octobre, n’a pas donné l’occasion à la population civile de sortir de sa détresse absolue. Pire, 400 Palestiniens ont été tués depuis son instauration. La reconnaissance de la Palestine par la France n’aura pas stoppé les velléités de colonisation de la Cisjordanie par les extrémistes israéliens.

    Nouvelle dimension

    En Ukraine, les négociations initiées par les États-Unis de Trump ont marginalisé les Européens sans aboutir pour l’instant à une interruption du conflit.

    En Turquie, l’appel à la paix du leader kurde Abdullah Öcalan n’a pour l’instant pas trouvé l’écho historique qu’il mérite.

    Au niveau local, le narcotrafic, qui n’avait plus à prouver sa nocivité pour notre territoire, a fait basculer Marseille dans une nouvelle dimension
    avec l’assassinat
    de Mehdi Kessaci.

    Bref, difficile de regretter 2025. Rideau !

  • Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

    Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent

    Ils détonnent dans une société dominée par l’individualisme, le narcissisme et le chacun pour soi. Ils ne sont pas des self made men fabriqués pour nous vendre le mirage de réussites à l’américaine. Ils ne sont pas des influenceurs décérébrés, prêts à tuer père et mère pour faire du clic. Pas plus que des vedettes de téléréalité qui étalent leur vacuité à longueur d’antenne.

    Ce sont des femmes et des hommes, des travailleuses et des travailleurs ordinaires. Ils pourraient être votre voisin, votre collègue, votre cousine. Mais ce qu’ils ont accompli en 2025 est extraordinaire. Qu’ils se soient battus pour leurs emplois, leurs salaires, leurs pensions, l’intérêt des usagers, la paix, la culture émancipatrice… Ils ont marqué l’actualité de notre région par leur détermination, leur sincérité, leur combativité, leur humanité. Et surtout leur goût de l’action collective.

    Force collective

    Car si La Marseillaise choisit de mettre en lumière celles et ceux qui ont incarné les combats du monde du travail dans l’année qui vient de s’écouler, rien n’aurait été possible sans le collectif qui les a entourés.

    À leur échelle, ces working class heroes de notre temps ont mis le renoncement en déroute et ouvert des brèches dans la chape du fatalisme qui pèse lourdement sur le monde du travail. Ils ont rappelé que la richesse ne provient que du travail et qu’à ce titre, les producteurs disposent d’une force incommensurable.

    Ils ont démontré qu’ils sont vivants, pleinement vivants.

    Comme l’écrivait si bien Victor Hugo, « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ».

  • Ces visages de luttes sociales en 2025

    Ces visages de luttes sociales en 2025

    Pour les conditions de travail, les salaires ou la pérennité des emplois et des outils de production, sans oublier la réforme des retraites… les exemples existent de victoires possibles. Et les travailleurs sont aussi montés au front pour défendre des valeurs, contrer l’extrême droite, s’opposer à la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza ou, simplement, faire respecter le droit syndical.

    Ce sont ces luttes que nous mettons aujourd’hui en avant en zoomant sur celles et ceux qui ont incarné ces combats toujours collectifs.

    Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

    L’aboutissement de sept années de lutte

    Une année intense, entre tensions et optimisme : « Depuis trois ans, chaque année qui démarre nous met dans de meilleures perspectives et c’est une bonne chose », pousse Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT Centrale de Gardanne. Et pour cause, 2025 débute par le relancement de l’activité. Puis, viennent les premières réembauches après sept années de lutte acharnée et grâce à un projet de biométhane porté par l’association des travailleurs de la centrale. « Le site serait totalement plié si la CGT et les travailleurs n’avaient pas mis un niveau de combativité et de détermination tel qu’on a pu le faire », pousse le syndicaliste. « Pas toujours dans la facilité, quelquefois dans la douleur : il y a eu des licenciements, des divorces, des attaques personnelles, mais aussi une usure. La charge mentale a été lourde pour tout le monde et même pour ceux qui n’étaient pas concernés par le PSE », tient-il à souligner.

    Pour lui, l’année 2026 sera « charnière à l’aboutissement du projet sur les 20 années à venir ». Sans oublier l’aspect politique avec des échéances électorales à venir, dont les élections municipales restent le fait majeur, si une dissolution n’est pas prononcée au cours de l’année. « L’enjeu politique est étroitement lié avec le dossier de la centrale. On reste quand même très vigilant, parce que malgré tout les expériences du passé nous ont prouvé qu’il y a eu des écrits qui n’ont pas été respectés. »

    Laureen Piddiu

    Renaud Henry, CGT Énergie Marseille

    La « belle lutte » des énergéticiens

    « Ca a été un peu intense, difficile d’y entrer, mais aussi d’en sortir. » C’est ainsi que Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie de Marseille, résume la grève de septembre. Revendiquant une augmentation des salaires et une baisse de la TVA sur les factures, les énergéticiens ont tenu plus de trois semaines sur le piquet de grève. Un combat soutenu par le PCF local, des cheminots, des portuaires et même des agriculteurs. « C’était une belle lutte, on était en 24/24, les week-ends, la nuit et tout ça en occupation illicite », relate Renaud Henry.

    Mais « le combat n’est pas terminé », assure-t-il et précise que « [ce mouvement] a permis d’ouvrir des négociations, toujours en cours, au niveau de la branche, en ce qui concerne à minima la prise en compte de nos revendications salariales ». Il est prêt à mener la bataille. « Chez les électriciens gaziers, les employeurs s’en mettent toujours plus dans les poches, les dividendes remontent en permanence tandis que le monde du travail n’a jamais le fruit de ce qu’il produit », dénonce-t-il.

    Durant l’année écoulée, il a été de toutes les manifestations, battant le pavé contre l’austérité budgétaire ou pour la fin des bombardements dans la bande de Gaza. Souvent, le micro à la main sur le toit du camion bleu emblématique de son secteur, ou plus discrètement en tant que citoyen engagé. « Le combat dans les années à venir sera celui contre la répression et contre la montée de l’extrême droite. Les deux étant liés », prévient-il.

    L.Pi.

    Zidane Merabet, CGT ArcelorMittal Fos-sur-Mer

    Pour un site classé amianté

    Plus de deux mois après l’incendie qui a mis à l’arrêt l’aciérie d’ArcelorMittal, l’activité a repris le 22 décembre dernier à Fos. Une bonne nouvelle qui ne doit pas éclipser le manque d’investissement dans l’appareil industriel qui date de 1974, selon la CGT. « On est toujours sur du système D, une marche dégradée sur une modification d’installation classée », dénonce Zidane Mérabet, élu au CSE. « Il n’y a pas de réparation, pas d’investissement digne de ce nom. » Le syndicat demande « la décarbonation pour la pérennité du site, des emplois et pour la sécurité des travailleurs ».

    La CGT milite aussi pour que le site soit classé amianté. Après avoir été reçu au ministère du Travail le 17 novembre, elle avait obtenu un délai pour apporter des pièces justificatives supplémentaires prouvant l’exposition de près de 600 travailleurs bénéficiant d’un suivi médical renforcé en lien avec le matériau cancérogène, dont « 363 de manière récurrente depuis des années », soit plus de 15% de la masse salariale.

    « Au total, en comptant tous les salariés entrés et sortis du site sur la période, l’allocation des travailleurs de l’amiante concernerait 6 000 personnes », affirme Zidane Merabet. Les documents envoyés ont été réceptionnés le 5 décembre. Pour maintenir la pression, l’organisation syndicale a adressé une lettre au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, lue dans l’hémicycle par la députée LFI Alma Dufour, mardi 9 décembre. « Je pense qu’on aura une réponse fin janvier », glisse l’élu syndical.

    Alice Magar

    Christophe Claret, CGT Port et Docks de Fos-sur-Mer

    Les portuaires contre la guerre

    Alors que les bombardements israéliens ravagent la bande de Gaza, à Fos, les dockers montrent que la mobilisation de chacun peut faire la différence face au génocide perpétré contre les Palestiniens. Le 4 juin, ils annoncent par voie de communiqué refuser de charger des maillons de l’entreprise marseillaise Eurolinks à destination du port d’Haïfa, dans le Nord d’Israël. « Quand on a été averti qu’il y avait des composants, des matériaux militaires et des pièces détachées d’armes, on a refusé de les embarquer », se souvient Christophe Claret, secrétaire général CGT des dockers et portuaires de Fos. Trois conteneurs sont bloqués. Cette action est saluée de toutes parts, au delà des frontières hexagonales. « On est opposé à toutes les guerres, on est pour la paix entre les peuples », martèle le représentant syndical.

    La guerre peut aussi être sociale. C’est ainsi que les portuaires ont continué à « combattre la réforme des retraites et obtenu une cinquième année de pénibilité », rappelle Christophe Claret qui, toute l’année durant, « est intervenu un peu de partout pour le développement du port de Marseille-Fos ».

    L.Pi.

    Anaïs Pascual, CGT Primark à Toulon

    Le respect syndical dans le commerce

    « On est maltraités. On est en sous-effectif. On nous demande de travailler pour dix personnes, de tenir la barre, d’en faire toujours plus… Tout ça pour être des travailleurs précaires à temps partiel », entonne ce jour-là au mégaphone la secrétaire générale de la CGT Primark La Valette, Anaïs Pascual, dans le magasin d’Avenue 83. Nous sommes le 7 mai 2025 et une opération coup de poing d’envergure est en cours dans le magasin. Avec 250 manifestants venus dire stop à la maltraitance et aux entraves à la liberté syndicale.

    Un combat sans faille mené tout au long de cette année comme des précédentes qui a payé, avec une belle progression du syndicat lors des dernières élections professionnelles, qui est passé de 17% à 25%.

    De quoi rendre encore plus déterminés en 2026 les salariés de Primark accompagnés par la CGT. Bien décidés, confirme Anaïs, à continuer à « s’opposer à la pression de la direction sur la force de travail afin réduire les coûts aux détriment des personnels ».

    Thierry Turpin

    Khalatoumi Ibouroi, CGT Pamar Marseille

    Debout face aux intimidations et menaces

    Après deux ans de lutte et de piquets de grèves, c’est une nouvelle victoire que les salariées de la blanchisserie Pamar ont obtenu le 12 décembre. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a de nouveau donné raison aux petites mains en obligeant l’entreprise Pamar, sous le giron du GIE Sainte-Marguerite, à réintégrer les employés. Un combat long et semé d’embûches qui a permis aux travailleurs « de connaître leur droits et leur valeur », affirme Khalatoumi Ibouroi, ancienne déléguée syndicale CGT, qui a souvent été la voix de cette lutte.

    Un combat qui débute lorsque certains salariés reçoivent des menaces de morts et des intimidations de la part de leur cheffe d’équipe, en décembre 2023, après avoir alerter l’inspection du travail sur des manquements en terme d’hygiène et de sécurité. Face à ces menaces, les salariés font valoir leur droit de retrait. Une mobilisation qui n’a pas plu à la direction, qui les licencie en mai 2024. Mais après le conseil des Prud’hommes, c’est donc la cour d’appel qui s’oppose à ces licenciements et impose la réintégration de tous les salariés.

    Mais pour Khalatoumi Ibouroi et ses collègues, le combat n’est pas fini : « La directrice des ressources humaines nous a dit qu’aucun plan d’action n’allait être mis en place, c’est-à-dire que la cheffe d’équipe qui nous a menacé devrait rester. Donc, ce n’est pas fini. »

    Eva Janus

    Claude Mas, Union syndicale des retraités CGT Bouches-du-Rhône

    Les retraités en première ligne

    Alors que le mouvement social a imposé le thème des retraites dans le débat public, les retraités eux-mêmes ont été pointés du doigt comme des privilégiés dans le discours médiatique dominant au moment d’imposer de nouvelles coupes budgétaires. « Il n’y a pas de retraités privilégiés, contrairement à la vieille rengaine du gouvernement et du patronat », tient à rappeler la secrétaire de l’Union syndicale des retraités CGT dans les Bouches-du-Rhône, Claude Mas. Si le Parlement a reculé sur l’abattement fiscal des retraités ou la franchise médicale, « c’est révélateur de ce que le gouvernement veut faire, prendre dans la poche de ceux qui en ont le plus besoin ». Dans ce climat, l’USR CGT 13 s’est largement mobilisée, souvent en intersyndicale, au mois de février pour la gratuité des transports en commun, en mars pour défendre la Sécurité sociale, en octobre pour les retraites complémentaires, en novembre contre les projets de loi de finances. « Les retraités sont constitutifs du rapport de force pour défendre nos revendications », appuie Claude Mas. Soulignant l’engagement pour la paix, qui l’a particulièrement marquée, de ceux qui ont connu la guerre. « La colère est intacte », insiste-t-elle, en annonçant une manifestation dès le premier trimestre.

    Yves Souben

    Catherine Lecoq, Syndicat français des artistes interprètes de la CGT Bouches-du-Rhône

    En grève contre l’extrême droite

    Il aura suffi de huit grévistes pour faire annuler la soirée du bien commun, événement caritatif associé à la figure conservatrice de Pierre-Edouard Stérin, qui devait avoir lieu au 6mic, à Aix-en-Provence. Lundi 6 octobre, jour de programmation de l’événement associé au milliardaire, ils étaient une trentaine sur le piquet de grève à soutenir les grévistes.

    Parmi ces syndicalistes, Catherine Lecoq. La conseillère nationale du Syndicat français des artistes interprètes de la CGT porte haut, dans ses combats, la lutte contre la bataille culturelle menée par l’extrême droite. « Lorsque l’on a appris que la nuit du bien commun, dont les liens avec l’extrême droite avaient été révélés dans L’Humanité, venait à Aix-en-Provence, dans une salle gérée en partie par la Ville, on a voulu l’empêcher en intersyndicale », explique la comédienne.

    Après avoir essayé d’interpeller la municipalité et la Métropole, c’est par la grève que les syndicalistes ont décidé d’agir. En faisant marcher son réseau, Catherine Lecoq a pu convaincre les techniciens de faire valoir leur droit de grève pour empêcher la tenue de l’événement. « Cette victoire prouve que quand on s’organise et qu’on fait valoir notre droit de grève, cela fonctionne », affirme la comédienne.

    E.J.

  • La solidarité à pied d’œuvre pendant les fêtes

    La solidarité à pied d’œuvre pendant les fêtes

    Ces « petites mains » de la solidarité apportent des repas chauds à la tombée de la nuit, serrent des mains frigorifiées, et tendent une oreille aux récits des uns et des autres, écoutent, parlent. Et par toutes ces petites attentions, rendent à l’autre son humanité qui se perd, souvent, dans le silence et l’anonymat des grandes villes.

    Ces volontaires de la solidarité ont choisi, en conscience d’aider, d’apporter du réconfort au sein de structures telles que les Restos du cœur, le Secours populaire, la Banque alimentaire, Un peu de toit, Partage ou encore les Petits frères des pauvres. Ils ont choisi d’intégrer une structure, une équipe reconnaissable aux chasubles de différentes couleurs, parce qu’à l’heure d’un individualisme exacerbé, œuvrer collectivement, se donner un but commun et l’atteindre malgré le manque criant de moyens, fait aussi sens.

    Hassen, bénévole au Secours populaire 13

    « On apporte du réconfort »

    Quelques jours après avoir joué le rôle du Père Noël vert (lire notre édition du 17 décembre 2025), Hassen n’a pas quitté le terrain. Bénévole au sein du Secours populaire des Bouches-du-Rhône depuis deux ans, il est particulièrement mobilisé durant cette période de fêtes. « On ne peut pas laisser les gens dans l’abandon. Il faut leur montrer qu’on pense à eux et qu’on est avec eux », martèle-t-il.

    En plus des actions solidaires menées en cette fin d’année, de la distribution surprise de cadeaux dans les quartiers les plus défavorisés au réveillon solidaire, l’association est présente tous les jours jusqu’au 31 décembre sur la Canebière où elle distribue du café et de la nourriture, sans compter les maraudes du soir. Des missions qui visent principalement les personnes sans-abri et/ou sans-papiers. « On apporte du réconfort et ils oublient un peu la misère. Ça nous fait chaud au cœur. La misère à Marseille est grave, on la voit partout, surtout dans les quartiers Nord », déplore-t-il.

    La misère qu’il dénonce, il l’a vécue à son arrivée en France depuis la Tunisie dix ans auparavant. « Les premières années c’était difficile. Quelqu’un est venu me donner un coup de main. Le Secours populaire m’a beaucoup aidé. Une fois que je me suis bien installé et que j’ai trouvé un travail j’ai décidé de leur donner moi aussi du temps », raconte Hassen. Boulanger dans le quartier de Saint-Louis (15e), il laisse chaque matin son tablier pour son gilet bleu siglé avec la main ailée. Direction la centrale de la fédération départementale située chemin de Gibbes : « Dès que j’ai fini, à 7h du matin, je prends ma douche et je pars direct au siège pour donner un coup de main. Je le fais de bon cœur ! », sourit-il.

    L.Pi.

    Irène, responsable des maraudes à la Croix-Rouge Marseille

    « Les gens nous attendent, ils sont contents de nous voir »

    C’est dans la rue, auprès de ceux qui en ont le plus besoin, qu’Irène, responsable des maraudes à la Croix Rouge Marseille, passera le réveillon du Nouvel An. « On est sur le terrain toute l’année de façon générale et pendant les fêtes ça ne déroge pas ! », s’exclame-t-elle. Ainsi, elle retrouvera, comme les années précédentes, son groupe de volontaires. « Les équipes de bénévoles se constituent d’elles-mêmes, on n’impose pas d’équipe, ni de jour. C’est en fonction des plannings personnels. C’est du bénévolat, il ne faut pas que ce soit une contrainte sinon on ne fait pas bien les choses », tient-elle à souligner. Ces soirs de fête, « c’est un peu plus de chaleur que d’habitude », glisse-t-elle. « Les gens nous attendent, ils sont contents de nous voir, on passe de bons moments avec eux », relate la dame au grand sourire et aux cheveux grisonnants.

    À 68 ans, Irène continue à faire une à deux maraudes par mois, le temps moyen demandé aux membres, en fonction des disponibilités de chacun. Bénévole depuis 22 ans au sein de l’association, elle affectionne ces instants passés à créer du lien social, la mission première de la Croix Rouge. « Ce dont les gens ont le plus besoin c’est de discuter. En tant qu’association, on les écoute, on n’est pas indiscrets. Ils nous racontent ce qu’ils veulent. Parfois, ça n’a rien à voir avec leurs conditions. C’est sympa aussi », sourit-elle.

    À son arrivée, Irène s’occupait d’un vestiaire social puis elle est devenue responsable des maraudes, un rôle qu’elle combine avec sa casquette de trésorière de l’unité locale : « Je me suis fait embrigader par une gentille dame qui m’a parlé des activités qui se faisaient à l’époque. J’y suis rentrée et je suis restée. » L’an dernier, elle a été honorée de la Médaille d’or des mains du président national de la Croix Rouge française, pour son engagement dévoué.

    L.Pi.

    Laëtitia, coordinatrice Petits frères des pauvres, Marseille

    « Tous méritent de fêter Noël »

    Travailleuse sociale de formation, Laëtitia a la solidarité chevillée au corps. « C’est un métier où l’on a l’âme d’aider, où c’est normal d’être présent dans des moments importants », confie-t-elle dans le jardin partagé de la Maison Les Héros, un « habitat inclusif », dans le 1er arrondissement de Marseille. Ce lieu, où vivent des bénéficiaires de l’association des Petits frères des pauvres, a accueilli un repas de Noël, ce 25 décembre. C’est le deuxième qu’assure Laëtitia : « C’est un moment festif mais notre présence ce jour du 25 est importante pour le reste de l’année. Le fait qu’on soit là ce jour-là, aide à faire en sorte que les personnes se sentent pleinement considérées ». Elle est salariée depuis plus d’un an et demi des Petits frères des pauvres, et a débuté avec le dispositif AVL (accompagnement vers le logement) « qui a pour but de s’occuper de personnes âgées qui sont en hébergement précaire ». « Ensuite j’ai basculé sur l’habitat inclusif qui a ouvert ses portes en novembre 2024 », explique-t-elle. Inclusif notamment car ouvert sur le quartier.

    D’où la double importance d’être près des bénéficiaires en ce jour de fête : « Avec notre présence, ils se disent qu’ils ne sont pas que des usagers d’un dispositif mais bien des personnes à part entière, qu’ils méritent de fêter Noël. » D’autant que ces derniers « ont des parcours de vie difficiles avec beaucoup de précarité ». Et Laëtitia espère qu’avec l’accompagnement des bénévoles et le travail des salariés « ils ont l’impression de redevenir des êtres humains ».

    A.B.

    André, bénévole à l’association Partage, Martigues

    « L’humain passe au-dessus »

    Au rez-de-chaussée du temple protestant de Martigues, l’association Partage invite les plus démunis à venir prendre un repas chaud. Parmi les bénévoles présents, André, cadre retraité de France télécoms, est affairé à la réchauffe et découpe du pain, entre autres. Le lieu ne le dérange pas : « Je suis athée. Mais pour moi, l’humain passe au-dessus de la religion. »

    « C’est une période particulière » au moment des fêtes, estime-t-il. « Nos pensionnaires ont besoin d’un lieu pour se sentir bien, quand certains vivent en extérieur ou en voiture », considère le bénévole. « Certains sont parfois isolés, ou n’ont pas de famille. C’est une manière de se retrouver et de créer du lien social, échanger discuter autour d’un repas chaud. Car il y a parfois aussi des situations de grande solitude », renchérit le retraité.

    L’association Partage fonctionne les lundis, mardis, jeudis et vendredis midi, de novembre à mars inclus. André, lui, est un habitué du vendredi, toujours en équipe de 4 à 5 bénévoles pour préparer et servir le repas. André Pinon est venu à cet engagement par une connaissance qui s’occupait du mardi. Le partage d’expérience a suscité l’engagement. « J’ai cherché du temps au milieu mes activités de retraité, car l’idée c’est de s’occuper des autres aussi. » C’est parfois un peu plus compliqué pendant les fêtes. « On a chacun notre famille, il y a fallu que je m’organise pour me libérer cette journée et la semaine prochaine » pour le Nouvel An.

    An. M.

    Eric, vice-président de la Banque alimentaire, Vaucluse

    « J’ai débuté en donnant un coup de main »

    Au sein de la Banque alimentaire de Vaucluse, Eric prône « la polyvalence de chacun », mais c’est aujourd’hui en tant que vice-président de la partie Ressources humaines qu’il évoque son engagement associatif.

    Qui a commencé il y a « environ 7 ans », confie-t-il sans s’en rappeler avec exactitude. Alors en fin de carrière dans la Police nationale, c’est un collègue qui l’invite à donner un coup de main pour la collecte nationale qui se tient chaque année lors du troisième week-end de novembre. S’ensuit une aide ponctuelle, travail oblige. « Puis j’ai appris qu’il y avait une pénurie de chauffeurs, donc je suis venu donner un coup de main. Et, une chose en appelant une autre, j’ai pris quelques responsabilités », poursuit-il. Depuis, il est sur site cinq fois par semaine pour assurer le bon fonctionnement des récoltes et des distributions.

    Un temps qu’il consacre « à une bonne cause », car c’est quelque chose qui est dans sa « mentalité ». D’autant que « comme dans de nombreuses assos, on manque de bénévoles », glisse l’ancien policier. La structure cherche à recruter pour répondre à la demande croissante. En 2025, 55 000 personnes ont reçu une aide passée par la Banque alimentaire de Vaucluse.

    Mack Salman

    Cathy, présidente de l’association Un peu de Toit, Var

    « Être à la rue en cette période, c’est tellement triste »

    À 73 ans, Cathy, retraitée des chantiers navals de La Ciotat, met son énergie au service des plus démunis depuis 2017, date à laquelle elle a rejoint l’association Un peu de Toit, créée en 2010, avant d’en prendre la présidence en 2020. « Je me suis engagée car les personnes sans-abri sont les reflets visibles et évidents des laissés-pour-compte. C’est important pour moi de les aider. Mais une présidente seule ne sert à rien, ce qui compte c’est l’ensemble des bénévoles qui œuvrent tous dans le même sens », soutient-elle.

    Chaque semaine et durant toute l’année, l’association et ses 40 bénévoles organisent une maraude dans les rues de Toulon, pour distribuer plus de 5 000 repas par an à une centaine de personnes. « On leur apporte du réconfort, on n’est pas juste des distributeurs de repas, on essaie de faire plus que ça », précise-t-elle. Les dons de nourriture proviennent en majorité de collectes dans les supermarchés et des aides de partenaires, comme l’association le Lien 83, dont l’aide « est très précieuse », remercie la bénévole. Dans le cadre des fêtes, Un peu de Toit donne une teinte particulière à ses maraudes, « plus festive que d’habitude, avec un très bon plat chaud, beaucoup de chocolats. Le 16 décembre, une petite fille est venue en distribuer, avec des dessins réalisés en classe. Être à la rue en cette période, c’est tellement triste. Mais les gens nous reçoivent avec le sourire, que ce soit ou non en période de Noël. On n’a jamais reçu autant de remerciements que cette année », salue Cathy, avant la dernière maraude de 2025, qui se tiendra le 30 décembre.

    Adam Benhammouda