Tag: Rap

  • Le rappeur El Mahdi Lyoubi emprisonné à Casablanca

    Le rappeur El Mahdi Lyoubi emprisonné à Casablanca

    El Mahdi Lyoubi alias Mehdi Black Wind a passé la nuit dans la prison d’Oukacha à Casablanca. Le cinéaste et rappeur marocain a été arrêté ce lundi à l’aéroport alors qu’il quittait la ville. Mercredi, dans la soirée, ses proches annoncent les charges retenues contre l’artiste : « atteinte à corps constitué (pour ses chansons) et incitation à commettre des délits », précisent-ils. Il s’est présenté seul, sans représentation devant la justice. Et pour cause : les avocats marocains sont engagés depuis cinq semaines dans un mouvement de grève illimité contre le projet de loi 66.23 qui régit l’exercice de leur fonction, « on craint qu’il n’ait pas accès à un procès équitable » prévu le 22 juillet, pointent ses proches, dont certains se sont réunis à Marseille, sa ville de résidence.

    D’après son comité de soutien, El Mahdi Lyoubi, qui était en repérage pour un documentaire pourrait être visé pour son soutien exprimé sur les réseaux sociaux envers le mouvement de contestation GenZ 212. Zineb Kharroubi, l’une des figures de ce collectif, a été condamnée en juin dernier à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ». Ces arrestations s’inscrivent dans une vague de répression visant les voix dissidentes dans le sillage du soulèvement populaire réunissant une partie de la jeunesse à l’automne 2025.

    Au total, ce sont près de 2 480 personnes qui ont été interpellées et des poursuites ont été lancées à l’encontre d’au moins 1 473 manifestants, tous placés en détention provisoire. Dimanche, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a lui aussi été arrêté dès son atterrissage à Tanger. Figure du journalisme indépendant, critique à l’égard des autorités, il a depuis été relâché. Une enquête sur des publications en ligne « comportant des propos diffamatoires et injurieux à l’encontre des personnes et des institutions, et outrageux à l’égard d’instances régies par la loi » est toujours en cours, selon l’agence de presse officielle MAP.

    « Ce sont des outils d’intimidation et de répression, tout cela contribue à créer un climat inquiétant », alerte le comité de soutien Free El Mahdi Lyoubi, qui réclame sa « libération immédiate ». Et attend, sans trop y croire le « soutien » de la France, pays où le cinéaste « habite depuis 2017, où il fait sa carrière, où il fait ses films ». Car au même moment, le Premier ministre français Sébastien Lecornu entame dans le royaume chérifien son premier voyage officiel depuis sa nomination. Accompagné d’une douzaine de ministres, il évoquera les coopérations économiques, sécuritaire, migratoire et de défense. La liberté d’expression n’est pas au programme.

  • [Entretien] Keny Arkana : « Je brûle, je finis en cendres et je renais »

    [Entretien] Keny Arkana : « Je brûle, je finis en cendres et je renais »

    La Marseillaise : Après la sortie de votre mixtape « Avant l’exode », en 2021, vous avez observé un silence médiatique. Qu’avez-vous fait ces dernières années ?

    Keny Arkana : Je suis partie de France en 2021 et ne suis revenue qu’en juin dernier. J’ai passé cinq ans au Mexique. La première année, j’étais un peu à droite à gauche, puis je me suis posée en 2023. J’avais une partie de mon matos avec moi, j’ai fait mon petit studio : ordi, compresseur, micro, enceinte… et je n’ai pas arrêté de faire du son toute seule : des instrus aux textes en passant par les enregistrements. J’ai énormément de chansons de côté donc j’aimerais bien sortir un album dans l’année qui arrive. Et puis, comme les artistes comme moi sont un peu boycottés, je me suis dit que ça serait bien de montrer au public que je suis encore là.

    Depuis vos débuts dans les années 2000, votre carrière et discographie alternent souvent entre les périodes hyperprolifiques et des parenthèses hors des radars de plusieurs années. Vous renaissez à chaque fois comme un phénix en fait ?

    K.A. : La vérité, c’est que je n’ai jamais eu vraiment de manager autour de moi. Ce qui explique que, souvent après la sortie d’un album et d’une tournée, je finissais en gros burn-out. J’étais aussi souvent en fight avec ma maison de disques à l’époque. Cette industrie me gavait. J’ai toujours été sur tous les fronts, je n’ai jamais eu le luxe d’être juste une artiste. Durant toutes ces années, je me suis toujours battue pour ne pas être un produit et garder mon intégrité. Après, même si j’ai des périodes d’inactivité publique, je fais toujours de la musique, j’ai des disques durs pleins de morceaux. Mais, à force de tout faire, les albums et les tournées, je finis en burn-out et ciao. Je brûle, je finis en cendres et je renais.

    Êtes-vous aussi partie au Mexique parce que Marseille vous gonflait ?

    K.A. : Ce n’est pas Marseille qui me gonfle mais la France. Je suis partie à l’époque du « passe sanitaire ». À Marseille, pendant le confinement, ça allait à peu près car il n’y avait pas trop de ségrégation. Mais j’ai surtout mal vécu le retournement de veste du peuple français. Si je me sens mal quelque part, et même si c’est chez moi, je me casse. Moi, je suis bien à Marseille, je n’ai pas de problème ici. Mais vraiment, ce qui m’a gonflé, c’est la France, la macronie, tous ces gens qui font du mal au peuple.

    Vous avez mis en ligne il y a trois mois un nouveau titre, « Quelque chose de pur a survécu »…

    K.A. : J’y parle des gens comme moi, qui ont traversé des épreuves depuis l’enfance et qui, malgré tout, ont fait preuve de résilience. On a gardé un truc pur en nous.

    Grâce à quoi n’avez-vous pas sombré ?

    K.A. : Déjà, j’ai la foi. J’arrive encore à m’émerveiller des belles choses de la vie. C’est la racine de mon engagement, de mon côté antisystème, de mon militantisme. Cela m’a toujours donné de la force par rapport à la douleur et à l’obscurité de ce monde. Je ne suis pas habitée par la peur et j’essaie de cultiver cela. Je me considère comme un être spirituel avant tout, avant même d’être un être social.

    Est-ce que le mouvement zapatiste au Chiapas, cette région pauvre du Sud du Mexique, avec qui vous êtes en lien depuis 20 ans, vous a aussi aidé à tenir le coup ?

    K.A. : Depuis cette période, nous sommes toujours en contact étroit. Marcos [le « sous-commandant » et figure de l’Armée zapatiste de libération nationale, Ndlr.] ainsi que tous ses camarades sont des gens vraiment importants dans ma vie. Notre relation a traversé les années. Souvent, ils me font des clins d’œil dans leurs communiqués, et moi, je leur en fais dans mes morceaux. Ce sont mes frères de lutte. Ce n’est bien sûr pas un hasard que je sois allée au Mexique car j’ai finalement un lien plus profond avec eux qu’avec mes propres origines.

    Inspirés par le socialisme libertaire et l’autogestion, les Zapatistes du Chiapas continuent de défendre leurs terres mais le gouvernement mexicain ne cesse pas ses coups contre eux…

    K.A. : Oui, et depuis toujours. Derrière leur lutte, il y a aussi toute une spiritualité, quelque chose de très profond envers les humains, la nature, les animaux : la vie quoi. Cela fait des décennies qu’ils construisent une autonomie, c’est un exemple. À mes yeux, c’est presque le seul exemple d’un peuple qui s’est construit dans l’autonomie totale par rapport au système actuel. Ils ont fait énormément de belles choses dont il faut s’inspirer.

    Pour revenir à un aspect plus musical, vos derniers titres montrent qu’en plus du rap, vous vous laissez de plus en plus aller au chant…

    K.A. : J’ai toujours chantonné, même sur mon premier album [Entre ciment et belle étoile, 2006]. J’essaye d’aller au bout de mes délires musicaux. Mais ce qui change aujourd’hui, c’est que je produis tout au niveau de mes instrus : je peux donc aller encore plus loin. J’ai depuis toujours eu des influences musicales plus larges que le seul rap. J’aime la musique en général, donc la mélodie aussi. J’ai la même bande de musiciens avec moi depuis 2012. Désormais, ça se fait un peu plus car le rap est devenu plus mélodieux.

    Vous vous produisez vendredi 10 juillet à Vitrolles, au cours d’une soirée très marseillaise avec notamment Le Rat Luciano et Massilia Sound System. Quel est votre rapport à eux ?

    K.A. : Cette soirée, ça tue. Avec Luch’ [L’un des surnoms du Rat Luciano, Ndlr.], on n’a jamais officiellement fait de morceaux, mais je l’ai toujours croisé en centre-ville. Pour l’anecdote, quand j’étais petite, encore mineure, et qui lui était une star de la Fonky Family, je suis allée quelques fois chez lui au Panier. Il m’a fait des instrus alors que moi, j’étais une petite anonyme. Ce mec est une légende, l’un des plus grands rappeurs de France, voire le plus grand. Et c’est surtout un exemple d’humanité. À l’époque, j’étais juste une petite du centre-ville, tout le monde s’en battait les couilles de moi, et lui prenait le temps pour me faire des sons. Et je ne suis pas la seule dans ce cas, il a aidé plein de petits à l’époque. Quant à Massilia Sound System, je les considère comme des grands frères. Pour moi, ça représente les sardinades de la Plaine et tout le reste. On a déjà fait des festivals en commun. C’est la famille.

    Entretien réalisé par Philippe Amsellem

    Hip-hop, folk et pop fleurissent Jardin Sonore à Vitrolles

    « Deux jours, comme un temps de rencontres musicales entre les têtes d’affiche et les plus émergents », résume Alexandre Langlais, directeur du festival Jardin Sonore dont la 9e édition se déploie les 10 et 11 juillet au Domaine de Fontblanche. Au menu, vendredi soir, un plateau très marseillais avec les tauliers du raggamuffin Massilia Sound System et le rappeur le plus légendaire de la ville, Le Rat Luciano, récemment à l’origine de l’album Magma, 26 ans après son classique Mode de vie béton style. La rappeuse colombienne Valentina ou encore le MC marseillais Allen Akino seront aussi de la partie. Davantage portée pop, folk et électro, la soirée du samedi verra la venue du groupe Lilly wood and the prick, mais aussi d’Angus & Julia Stone ou Ben Mazué.

    www.jardinsonorefestival.com

  • Les collégiens brisent les barrières par la musique avec Marsatac School

    Les collégiens brisent les barrières par la musique avec Marsatac School

    Sur scène, quelque 150 jeunes des collèges Stéphane-Mallarmé (13e), Henri-Barnier (16e) et Françoise-Duparc (4e) défilent devant un public de parents, d’amis et de curieux venus assister à ce grand concert. « C’est un projet d’initiation à la musique qui est né en 2018, justement au collège Françoise-Duparc », rappelle Pauline Wohlhuter, administratrice de Marsatac School.

    Pendant dix séances d’une à deux heures, des élèves de la sixième à la troisième ont été accompagnés par des artistes, lyricistes et beatmakers pour réaliser leurs propres musiques. « On leur montre comment on crée des rythmes, des rimes, des paroles. Après ils apprennent à chanter, à rapper, et ils arrivent comme des vrais artistes sur scène », sourit Loucas, qui a accompagné le projet.

    Soutenue par le Département des Bouches-du-Rhône, cette initiation à la musique a permis à trois classes, dont une classe Ulis pour enfants en situation de handicap, de créer quatre chansons chacune. « Le but c’est aussi d’être inclusif et de les aider. On a des retours sur des élèves qui sont en décrochage scolaire, et c’est un projet pour lequel ils reviennent à l’école », affirme Pauline Wohlhuter.

    Artistes en devenir

    Grâce à Marsatac School, certains se voient déjà continuer dans cette voie. « Maintenant on sait rapper et écrire. Peut-être que plus tard, on percera dans le rap et on fera un groupe », rêvent Ylias et Mehdi, élèves de troisième au collège Françoise-Duparc.

    Le projet permet aussi aux jeunes de s’affirmer. « Déjà, ça donne un accès à la culture et en plus ça joue sur leur confiance, leur sociabilité, leur empathie », admet Loucas. « Au début j’étais timide. Maintenant je me dis, autant me lancer », atteste Linoa, qui espère poursuivre dans le rap. Une volonté entendue par Pauline Wohlhuter, qui souhaite que l’accompagnement des élèves perdure. « On essaie de travailler sur une Marsatac Academy pour donner l’opportunité à ces jeunes de continuer à pratiquer. »

    Dans le public, les cris de soutiens fusent. « Ça les a vraiment rassemblés, ils créent de la coopération. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à participer à Marsatac School », détaille la professeure d’anglais des collégiens. De quoi confirmer le pouvoir de la musique comme levier d’inclusion pour les jeunes.

  • [Entretien] Juste Shani : « Avoir des textes engagés, c’est important et naturel pour moi »

    [Entretien] Juste Shani : « Avoir des textes engagés, c’est important et naturel pour moi »

    La Marseillaise : Vous rappez depuis 2018. Qu’est-ce qui vous a poussé vers ce style musical ?

    Juste Shani : J’ai toujours aimé la musique en général et le hip-hop en particulier. Quand j’étais petite, à la maison, avec ma famille, on écoutait ensemble plutôt de la variété, de la pop et du R’n’B. Et j’écoutais beaucoup de hip-hop US. Et à l’adolescence, j’ai commencé a écouté du rap français comme Sexion d’assaut qui a beaucoup forgé la façon dont je rappe aujourd’hui. Je me suis donc tournée vers le rap au fil des découvertes. J’ai toujours écrit et chanté plein de styles différents. Petite, j’ai d’abord écrit un peu de R’n’B en anglais et après, du rap français. Je ne sais pas ce qui s’est passé de particulier. Mais déjà, c’était en français et puis, moi, j’écoutais du rap avec des artistes assez engagés comme Youssoupha, ou Kenny Arkana. Les thématiques qui étaient abordées m’ont vraiment touchée à une époque où je commençais à comprendre aussi la société dans laquelle on évoluait. C’est vraiment un des styles de musique qui m’a le plus choquée en fait.

    Dans vos morceaux, vous parlez de la question du racisme, de la misogynie ou de sujets sociaux. C’est important pour vous d’avoir des textes engagés ?

    J.S. : Je ne sais pas si c’est important, mais c’est naturel pour moi. C’est juste que ce sont des sujets qui me tiennent à cœur, et qui ont toujours été importants pour moi. Mais c’est aussi ce que je vis aussi au quotidien, donc naturellement ça se retrouve dans mes textes.

    Dans la vie en général ou dans le monde du rap ?

    J.S. : En tant que femme et noire, on est confrontée à certaines de ces réalités. Et après, dans l’industrie ce sont les mêmes problématiques qu’on retrouve dans tous les milieux de la société. Après dans l’exemple du rap, c’est un style qui est réputé plutôt masculin. Du coup, dans les premiers événements rap où j’étais, car j’ai fait beaucoup d’open mic [scènes ouvertes], il y a un peu ce truc où tout le monde te regarde de travers. Ils se demandent ce que tu fous là. Je pense qu’on est encore aujourd’hui dans le rap, dans quelque chose où c’est encore vu comme un peu spécial d’être une femme qui rappe, alors que ça devrait être banal.

    À partir de 2025, vos morceaux Matrixée, Bonnes fêtes et Brillance ont eu une grande visibilité sur les réseaux sociaux. En quoi ça a été un tremplin pour vous ?

    J.S. : Ça m’a beaucoup aidée, les réseaux sociaux. Je pense qu’en tant qu’artiste, on a cette chance de pouvoir s’y développer de façon totalement indépendante au moins pendant un temps. À l’époque, dans les années 90, 2000, on était vraiment totalement dépendants des labels et des maisons de disques pour faire sa promo, même pour faire ce qu’on dit. Par rapport à la promo et à l’image les réseaux sociaux m’ont vraiment apporté beaucoup de visibilité. C’est vrai qu’en 2025, il y a eu vraiment énormément de visibilité qui s’est de plus en plus élargie. Je pense que ça m’a aussi rendu plus visible aux yeux de tous les professionnels de l’industrie, des maisons de disques. Et c’était pour moi un moyen d’exprimer tout ce que j’avais à dire.

    Ce qui a amené une grosse année : première partie de Aya Nakamura, tournée de festival et des dates de concerts dans toute la France.

    J.S. : C’est trop cool. C’est vraiment le fruit de plusieurs années de travail qui commencent à marcher. Je me suis entourée de plus gros partenaires professionnels, avec notamment d’autres tourneurs, société qui organise mes tournées. Et on sent qu’il y a cet accompagnement-là. Le projet rayonne et il y a un public qui est de plus en plus demandeur. Et il y a de plus en plus de programmateurs qui me font confiance.

    Et samedi, Marsatac…

    J.S. : Ça me fait plaisir. C’est la première fois que je joue à Marseille. J’ai beaucoup joué dans d’autres régions, qui ne sont pas la mienne, comme à Lyon ou en Bretagne. Mais encore jamais Marseille. Je sais qu’il y a un peu de gens qui m’écoutent ici, donc ça me fait vraiment plaisir de les rencontrer.

    Quels sont les prochains projets ?

    J.S. : Pour moi, le futur, c’est un nouveau projet. Je vais continuer à bosser dans ce pays musical, à proposer des choses de qualité, parce que je suis encore dans une phase, malgré toute la visibilité dont je bénéficie, de développement de mon projet qui est émergent. Donc j’essaie de beaucoup bosser la musique, d’affirmer ma patte et ma signature.

  • [Entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Jul incarne une partie de l’esprit de Marseille »

    [Entretien] Médéric Gasquet-Cyrus : « Jul incarne une partie de l’esprit de Marseille »

    La Marseillaise : Dans ses musiques, Jul utilise des expressions provençales, mais aussi arabes ou comoriennes. En quoi représente-t-il la diversité du parler marseillais ?

    Médéric Gasquet-Cyrus : Le parler marseillais, c’est quelque chose qui a toujours été divers, complexe. Mais souvent, on a une image un peu figée du Marseillais. On se dit que c’est celui de Marcel Pagnol, des anciens, des joueurs de boules, des pêcheurs… Alors, oui, mais ce n’est pas que ça. C’est aussi le parler du centre-ville, de Noailles, des quartiers périphériques, des quartiers Nord, de la Rose et celui des jeunes. Et ces jeunes ne sont pas tous de souches provençales. Ils peuvent être d’origine maghrébine ou comorienne. Ce parler-là existe depuis longtemps. Et là, il est mis en valeur, mélangé, sans qu’il y ait de choix ou de hiérarchie chez Jul. Il est mélangé à de l’argot, à ce Marseillais traditionnel, à ces mots gitans, à ces mots anglais ou espagnol… Donc il y a cette moulinette de mots, de phrases, d’expressions qui passent dans toutes ces chansons et qui montrent la diversité de ce Marseillais qui est plus riche que ce que l’on imagine.

    Maintenant que ses chansons sont écoutées dans toute la France et au-delà, cela aide-t-il à démocratiser certaines expressions marseillaises ?

    M.G.-C. : L’impact de Jul est tel que l’on écoute ses chansons, mais on en parle aussi sur les réseaux sociaux. Des Marseillais s’expriment et ça brasse des milliers de discours, d’écoutes. Les gens sont donc de plus en plus exposés au parler marseillais. Petit à petit, on peut tenter de faire une imitation puis, à force de l’imiter, on se met à employer certaines expressions. Cette surexposition est hors norme, elle dépasse Marseille, et donc le langage déborde lui aussi.

    Est-il devenu un symbole de Marseille ?

    M.G.-C. : Il incarne une partie de l’esprit de Marseille. Cela ne veut pas dire que Marseille, ce n’est que ça. Mais, aujourd’hui, c’est la bande-son de Marseille. C’est-à-dire que si vous prenez la voiture et que vous voulez vivre un moment sympa sur la corniche en ville ou sur l’autoroute, c’est souvent Jul qui accompagne le trajet. Parce que ça va avec. Il fait partie du paysage, à la fois sonore et visuel : les t-shirts, les dessins, sur les murs… Il est partout. C’est l’esprit de Marseille qui monte. Et qui s’arrête où ? On ne sait pas, parce que le Stade Vélodrome, le Stade de France, les records de ventes, les disques d’or et de platine, sa trajectoire est folle.

    Le phénomène dépasse-t-il
    les chansons
     ?

    M.G.-C. : Son image, son univers et ses mots sont sortis de sa simple activité de rappeur. Maintenant, tous les gens le connaissent, même sans écouter ses chansons. Tout le monde en parle, sans forcément être fan, sans forcément l’écouter. À Marseille, on ne peut pas traverser la ville sans voir une référence à Jul. Et puis il y a ce geste, ce signe reconnaissable, dont tout le monde a la référence désormais. Il est repris de manière presque inconsciente. Dès que des Marseillais posent sur des photos, ils font ça. Et pas seulement les Marseillais, c’est devenu une sorte de réflexe. Et encore une fois, on peut faire ce signe sans aimer ou sans écouter ses chansons. C’est bien que quelque chose d’autonome s’est créé autour de son univers.

    Propos recueillis par Eva Janus

  • Un artiste qui fédère toutes les générations

    Un artiste qui fédère toutes les générations

    La culture hip-hop est intrinsèquement contestataire. Lorsque, en 2010, le rappeur Jul – de son vrai nom Julien Mari – débarque dans l’industrie, il bouleverse tous les codes. Benjamine Weill, philosophe spécialisée dans la culture hip-hop, rappelle que l’artiste marseillais a dû se faire une place : « Beaucoup de rappeurs de l’ancienne génération méprisaient le travail de Jul. C’était surtout du mépris de classe. »

    Jul entre aussi en rupture avec des monuments du rap français parisien en offrant des sonorités plus légères et gaies. Il aborde des thématiques similaires, mais à sa manière. « L’environnement influence la création. Parisiens et Marseillais vivent la même galère, mais pas de la même façon », explique la philosophe.

    « Tout le monde peut

    y adhérer »

    Selon Benjamine Weill, la popularité de l’artiste peut s’expliquer par plusieurs raisons : « Ce que je dis reste de l’ordre de l’hypothèse, mais on peut envisager que son succès tient à sa générosité vis-à-vis de son public et à son efficacité. » En effet le Marseillais a sorti 26 albums sur une période de huit ans. De nombreuses mixtapes ont été diffusées gratuitement, traduisant une démarche fondamentalement hip-hop. « En recyclant et détournant à l’extrême des titres des années 80 et 90, il a surfé sur la nostalgie, toutes les générations peuvent l’écouter. »

    D’après Benjamine Weill, « Jul est politique sans avoir de conscience politique, parce qu’il ne se positionne pas, tout le monde peut y adhérer. Il raconte son quotidien, ni plus, ni moins, c’est droit au but. Comme quoi ça lui va très bien le Vélodrome ! »

  • Le phénomène Jul embarque les foules

    Le phénomène Jul embarque les foules

    Ces vendredi et samedi soirs, Jul, l’artiste le plus vendeur de France après Johnny Hallyday, enflammera le Vélodrome, après deux représentations données au Stade de France les 15 et 16 mai derniers. Les concerts proposés dans la célèbre enceinte phocéenne, en 2022 puis en 2025, avaient déjà remué la ville, des Goudes aux Aygalades.

    L’an dernier, l’intégralité des billets s’était vendue en seulement 35 minutes. Pour cette édition 2026, les stocks étaient quasiment épuisés dès la prévente, en novembre dernier. Environ 100 000 personnes seront présentes, au total, pour chanter sur les sons de l’icône de la cité phocéenne.

    Un engouement massif partagé par Enzo, 22 ans. Fan « depuis 2015 », propriétaire des « 25 albums en physique », il sera présent ce vendredi. Il s’agira de son quatrième concert de Jul. Depuis cette semaine, Marseille bat au rythme de cet événement. Des bars organisent des soirées « 100% Jul », les voitures diffusent les musiques de l’artiste à plein volume – encore plus que d’habitude -, et des passants, sur le Vieux-Port, arborent des vêtements siglés d’Or et de Platine, la marque du rappeur.

    À cette ferveur collective se mêle un autre son : celui du roulement des valises des fans venus de toute la France. Audrey, 30 ans, aide-soignante, et Tito, 19 ans, plombier, sont Nantais. Ils ont fait le déplacement en famille, loué un Airbnb, et déboursé « 170 euros chacun pour une place en pelouse ». Un budget conséquent, assumé sans hésitation : « C’est pour Jul ! »

    Elisa, 30 ans, est cheffe de projet image pour une marque de parfum parisienne. Elle vient à Marseille pour assister à un concert de Jul dès que l’occasion se présente. « Jul, c’est une icône de la ville », dit-elle simplement. Martin, 25 ans, professeur des écoles venu lui aussi de Paris, vivra son deuxième concert, ce vendredi. Après le Stade de France, l’an passé, il a choisi le Vélodrome pour une raison précise : « Les tribunes du stade sont toutes couvertes, donc niveau son, ça peut rendre quelque chose de plus impressionnant. » Luna, 25 ans, photographe et directrice artistique, est également Parisienne. Elle évoque une autre motivation : « Les fans ici sont plus impliqués, l’ambiance est meilleure et Jul est chez lui, donc il est plus à l’aise. »

    Un peu plus loin, sur le Vieux-Port, Valentin, 31 ans, vétérinaire belge, incarne une autre dimension du phénomène : celle qui traverse les frontières. « On écoute Jul partout. On vient pour l’expérience, pour le découvrir et comprendre le buzz et la mouvance autour de cet artiste. Quand je pense à Jul, je pense à Marseille. » Karine, 48 ans, est « venue du Luxembourg accompagner » ces filles adolescentes. Le concert représente aussi une « occasion de visiter la ville ».

    Marseillais

    devenu mondial

    Mélissa, étudiante en philosophie, elle, n’a pas pu se payer une place. « Il a commencé avec des albums gratuits à télécharger en MP3 et maintenant, il ne fait pas de tournées et les billets sont trop chers », juge-t-elle.

    Ce qui réunit tous ces visages si différents, c’est peut-être ce qu’exprime Alexis, Parisien de 25 ans, avec simplicité : « C’est un événement, c’est plus que de la musique. C’est aussi le personnage qui nous plaît. Il est entier, transparent et simple. Il représente tous les jeunes. On arrive tous à s’identifier à ce qu’il raconte. » Jul ne rassemble pas un public, mais des dizaines, tous horizons confondus.

    Enzo résume parfaitement ce phénomène marseillais né il y a plus de 12 ans : « Une fois que t’es tombé dans Jul, tu peux plus en sortir. Il a créé son propre style et c’est pour ça qu’on l’aime autant et qu’il vend autant. »

    L’Office de tourisme de Marseille, lui, a mesuré une hausse de 26% des nuitées lors des week-ends de concerts. Jul n’est donc pas qu’un phénomène musical : il est devenu un véritable levier touristique et économique pour sa ville.

    Police et RTM au taquet

    Préfecture de police et régie des transports s’adaptent à l’affluence pour le concert de Jul. La RTM propose un service renforcé sur les deux lignes de métro dès 16h et prévoit une fermeture temporaire de la station Périer dès 23h15, vers Gèze. Elle ne va pas desservir plusieurs arrêts des lignes de bus B1, 15/15S, 17, 22/22S, 23, 44, 45, 41 et 72. Côté police, la préfecture prévoit « un dispositif conséquent (…) dès 11h et jusque tard dans la nuit ». Avec notamment « plusieurs unités de forces mobiles » en plus des effectifs locaux, des équipes de la mission Sentinelle…

    A.B.

  • Le refrain d’une ville

    Le refrain d’une ville

    Il y a encore quelques années, Jul n’était qu’un minot bricolant des sons dans sa chambre, dans le 5e arrondissement de Marseille. Aujourd’hui, il remplit le Vélodrome et entraîne dans son sillage plus de 100 000 personnes venues de toute la France, et bien au-delà, pour deux concerts très attendus, vendredi et samedi. Une ascension fulgurante, presque irréelle, qui raconte autant l’évolution d’un artiste que celle d’une ville.

    Jul, en bouleversant les codes du rap, a surtout imposé les siens. Langage métissé, sonorités hybrides, production à la chaîne : longtemps moqué, souvent critiqué, il a fini par incarner une forme de liberté brute. Comme il le résume lui-même, simplement : « J’oublie tout. » Une musique sans filtre, à son image, qui résonne parce qu’elle ne court après personne.

    Expérience collective

    Le plus frappant, aujourd’hui, est peut-être ailleurs. Dans ces fans venus de Nantes, de Paris, de Belgique ou du Luxembourg, qui convergent vers Marseille comme vers un lieu de pèlerinage. Jul n’est plus seulement un rappeur marseillais : il est devenu une expérience collective, un symbole partagé, un phénomène culturel qui dépasse ses chansons.

    Mais tout ramène à Marseille : ses mots, ses références, son accent ou son imaginaire. Jul est à la ville ce que la ville est à Jul : un miroir vivant, bruyant, multiple. Une bande-son qui se glisse le long de la Corniche et habite les imaginaires de la jeunesse, qu’elle soit en claquettes-chaussettes ou non.

    Un écho qui résonnera le temps de deux soirs au Vélodrome : celui d’une ville qui ne demande pas la permission d’exister et qui sait se fait entendre.

  • La Fête de La Marseillaise, un tremplin pour les artistes toulonnais

    La Fête de La Marseillaise, un tremplin pour les artistes toulonnais

    Le Tremplin « Première scène » est un tremplin musical qui a lieu lors de la Fête de La Marseillaise à Toulon, plages du Mourillon, à 19h. L’événement accueille cinq groupes locaux du département du Var. Les artistes auront 15 minutes pour présenter leur projet avec un morceau final. Le public pourra également voter pour désigner le groupe gagnant. Ces jeunes, âgés de 20 à 27 ans, incarnent chacun un genre différent, allant de la musique électronique au rap, jusqu’au blues… Une excellente occasion pour des jeunes artistes locaux de se faire connaître et de s’essayer au métier de la scène. Trois artistes ou groupes se représenteront, voici leur présentation. « L’idée c’est de permettre à des groupes qui n’ont pas encore fait de scène de se tester et de faire connaître leur musique à un public », explique Yonna Capobianco, responsable des jeunes, de l’animation et du tremplin.« L’idée aussi serait que la musique soit le plus accessible à tous ! D’autant plus que les musiques sont issues d’une production personnelle », assure-t-elle. Toute la journée, l’entrée est ouverte gratuitement au public !

    Olive, une musique électronique qui mélange pop, rock, rap

    À 20 ans, Olive, de son nom de scène, se consacre depuis un an à son projet musical. « Je compose, je mixe et j’enregistre tout seul, depuis chez moi », raconte ce Niçois. Sa musique, qui mélange électro, pop, rock et rap, se veut « émotionnelle et contemplative. Je parle de choses très concrètes de la vie de tous les jours », précise-t-il. Ce tremplin est pour lui un bon moyen de s’entraîner et aussi de combattre le trac : « Avant, j’étais guitariste dans un groupe. Là, c’est différent de prendre le micro, tout seul », confie-t-il, content de participer à cette fête avec des « valeurs dans lesquelles je me reconnais ». Ce tremplin est l’occasion de montrer au public ses compositions. Dont « Inverser l’épaule », une chanson qui parle de ne pas trop se prendre au sérieux. « Aujourd’hui, la musique est trop sérieuse. J’avais envie de proposer quelque chose d’un peu plus humain, d’un peu plus personnel », conclut-il.

    Paul Wild, un voyage musical

    Auteur-compositeur, Paul Wild (Paul Chapon de son vrai nom) a grandi dans le Sud de la France. Très jeune, il baigne dans la culture musicale des années 60 à 80 grâce à son père. Il commence d’abord par la guitare électrique avant de découvrir le jazz à 20 ans au conservatoire de Toulon. « Je reviens pourtant à la culture afro-américaine dans laquelle j’ai grandi, le blues, la soul… », décrit-il. C’est surtout son voyage en Australie pendant deux ans qui affine sa musique : « Je commence à écrire mes propres chansons. Je raconte ce qu’il m’arrive là-bas. Je remplis des carnets de voyage qui se transforment en musiques », se souvient-il. Pour le tremplin, il présentera ce projet musical de voyage, avec quatre compositions dans un style aux empreintes de blues expérimental, de gospel… Pour créer cette « intimité de voyage, très pure », sa voix sera uniquement accompagnée d’une guitare acoustique. « Je suis heureux de jouer lors de cet événement local, mais aussi qui est engagé dans des luttes sociales », affirme le musicien, qui participe à un tremplin pour la première fois.

    RollsNRookie, deux copains rappeurs

    RollsNRookie, en référence à Rox et Rouky, est un collectif musical né d’une amitié entre Otama et Yuzuu. Les deux rappeurs se situent au croisement du hip-hop, de la trap et du pop rap. Aujourd’hui âgés de 22 ans, ils ont commencé leur projet à 18 ans : « À la base, on écrivait chacun dans notre coin. On s’est retrouvés tous les deux grâce à la musique », raconte Yuzuu, l’un des deux membres du groupe. Ces jeunes musiciens locaux ont débuté sur leur téléphone, avec des instrumentales trouvées sur YouTube. « Maintenant, on crée nos propres compositions », affirme Yuzuu. Tous deux sont portés par une vision commune de la musique : « Repousser les frontières entre rap et musiques expérimentales. » Parmi les thèmes abordés : la Côte d’Azur, l’introspection, la mélancolie, le quotidien ou encore l’amour. « Moi, j’aime bien aller dans la fantaisie et l’imaginaire », ajoute Yuzuu. Ce tremplin est, pour eux, une « occasion de se représenter. Ça nous fait kiffer d’être sur scène et de rencontrer d’autres personnes ».

  • Le Rat Luciano en concert gratuit sur le Vieux-Port

    Le Rat Luciano en concert gratuit sur le Vieux-Port

    « On l’dira même en interview, on est fascinés par la classe ouvrière, la vie des voleurs et celle des voyous », rappait Le Rat Luciano en 2000 sur le titre Nous contre eux, dans son premier album mythique Mode de vie béton style. 26 ans plus tard, une furia qui l’anime toujours, comme pourra encore le prouver son concert gratuit prévu le 31 juillet sur la scène flottante du Vieux-Port, dans le cadre de l’été marseillais. « Il fera vibrer les Marseillaises et Marseillais lors d’un spectacle inoubliable pour une carte blanche exceptionnelle. Lors de cette soirée, l’artiste sera accompagné de plusieurs invités », aguiche dans un communiqué de presse la Ville de Marseille, organisatrice de l’événement.

    Volcanique

    La semaine passée, la municipalité avait déjà annoncé la liste des chanteurs, musiciens et groupes qui se produiront du 3 juillet au 1er août sur la scène flottante, située au niveau de l’Hôtel de Ville, la Bonne mère en toile de fond, tels que Julien Clerc, Sébastien Tellier, Cassius ou encore Nu Genea. Avec le dévoilement du nom du Rat Luciano, les concerts de l’été marseillais franchiront, à n’en pas douter, un cap supplémentaire dans l’indice d’explosivité volcanique. Et pour cause, dans son dernier album sorti fin avril, Magma, le rappeur fait encore étalage de toute sa verve incandescente. De Phares éteints à Baiser froid, un choc thermique où ce boxeur d’instrus hors pair montre qu’il n’a rien perdu de son talent.

    www.etemarseillais.fr