Tag: Racisme

  • À Béziers, R. Ménard déroule le tapis rouge au Canon français

    À Béziers, R. Ménard déroule le tapis rouge au Canon français

    Et deux de plus ! Le Canon français – société détenue à 30% par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin – revient dans la cité de Riquet pour organiser deux de ses banquets on ne peut plus décriés les 18 et 19 septembre prochains aux Arènes. Car il faut dire que si les organisateurs mettent en avant le bien-manger et la festivité de la manifestation, il en ressort plutôt des propos racistes, sexistes tenus par certains de ses participants, comme lors de celui organisé à Caen, en avril dernier et révélés par Radio France.

    Mais pas de quoi inquiéter l’édile d’extrême droite de Béziers, Robert Ménard, qui a fait signer une convention de partenariat avec le Canon français, début juillet. Louant « un événement culturel à destination du grand public » participant à « la valorisation du patrimoine biterrois », cette dernière prévoit notamment le prêt de matériel (chaises, tables, barrières, conteneurs). La police municipale sera également mobilisée afin d’assurer la sécurité pour le banquet du 19. Un partenariat qui provoque l’ire des oppositions. « C’est une démarche politique pour mettre en avant les idées d’extrême droite et conservatrices. On met en scène une vision caricaturale de la France. Il ne faut pas être dupe. Il n’y a pas que des gens qui viendront faire la fête », dénonce l’écologiste Thierry Antoine.

    Mais c’est surtout la participation de la municipalité qui a du mal à passer. « L’argent public n’a pas à financer ou à soutenir ce genre d’initiatives. D’ailleurs, Stérin ne paie pas ses impôts en France mais en Belgique », soutient Thierry Mathieu, du groupe Rassembler Béziers. D’autant que l’événement n’est pas gratuit, les heureux élus devront débourser pas moins de 80 euros pour s’offrir le billet – sauf pour l’édile et ses copains puisque 50 billets leur ont été offerts pour chaque soir. « Comment peut-on parler “d’ événement culturel grand public” lorsqu’il s’agit d’un repas à 80 euros par personne ? », s’indigne Catherine Vandroy, de Rassembler Béziers. La cité de Riquet étant l’une des plus pauvres de France, il y a peu de chances d’y retrouver beaucoup de Biterrois aux banquets. Mais Robert Ménard aura, une nouvelle fois, fait parler de lui.

  • À Avignon, six mois de prison ferme pour insultes racistes et violences

    À Avignon, six mois de prison ferme pour insultes racistes et violences

    Christian G., 23 ans, a été condamné par le tribunal d’Avignon à six mois de prison ferme pour violences aggravées par deux circonstances suivies d’une incapacité n’excédant pas huit jours, violences suivies d’une incapacité supérieure à huit jours commises avec une circonstance aggravante et en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion, ainsi que violences sur un mineur de 15 ans sans incapacité. De nationalité italienne, il a également été condamné à une interdiction du territoire français pendant cinq ans à l’issue de sa peine.

    Le mercredi 27 mai dernier, deux mères de famille, cousines, font leurs courses dans un Carrefour d’Avignon. Alors qu’elles rangent leurs achats, elles autorisent leurs trois filles, âgées de 8 à 11 ans, à aller observer les animaux du cirque installé à proximité. Selon le dossier, en passant devant une caravane, les enfants sont insultées à plusieurs reprises de « sales nègres » par un homme. Paniquées, elles retournent auprès de leurs mères, qui décident d’aller confronter Christian G. Toujours selon le dossier, alors qu’elles demandent des explications, l’homme s’emporte et pousse d’abord l’une d’elles au sol, puis frappe les deux mères de famille avec ses poings et ses pieds, tout en réitérant ses insultes racistes. Un coup de chaise est même porté à la tête de l’une des deux femmes, engendrant une blessure qui a valu dix jours d’ITT. « C’était tellement violent. Les filles doivent voir un psy, car elles ne comprennent pas pourquoi on leur dit des choses comme ça », lâche, en pleurs, l’une des deux mamans à la barre.

    Deux témoins présents ce jour-là, qui n’ont aucun lien avec les deux mamans, vont dans le sens du récit des victimes. De son côté, le prévenu, toujours détenu depuis les faits, a affirmé depuis le box qu’il « n’est pas coupable ». Il soutient ensuite que ce sont les deux femmes qui l’auraient insulté de « sale gitan ». « Si je les avais vraiment tapées, elles seraient dans le coma », assure-t-il, en rappelant qu’il pèse 115 kg.

    « Pas dans ces sphères »

    L’avocat des victimes, Maître Paul-Roger Gontard, pointe notamment les conséquences pour les mères de famille, tel que « devoir accompagner les filles face à un cauchemar, une peur, qui n’est que la conséquence de ce qui s’est passé ce jour-là ». Rappelant l’histoire du terme « nègre », qui « n’a pas été inventé à Avignon en 2026 », l’avocat a souligné qu’il s’inscrivait dans une longue histoire d’oppression. « Si on ne fait rien face à ce genre de propos, on risque de glisser vers des actes racistes étatiques. On se dirigerait vers des heures sombres », poursuit maître Véronique Marcel, avocate des parties civiles, pour la Ligue des droits de l’Homme. « Le mot “nègre” renvoie à la suprématie blanche, à la négation du statut de l’autre », rappelle la procureure, Sandrine Fabre.

    La défense de Christian G., Maître Jalil Amr, glisse qu’il pense effectivement que l’homme de 23 ans a bien prononcé les insultes à caractère raciste. L’avocat tente toutefois de tempérer en assurant que son client « n’est pas dans ces sphères-là » et que ce « n’est rien d’élaboré ». « Ce monsieur s’insulte lui-même dans ses propos. Il n’a jamais été éduqué », ajoute-t-il. Christian G. a en effet très peu fréquenté l’école au cours de sa vie et n’a jamais entrepris de démarches pour trouver un emploi.

  • [Tibune] L’optimisme d’une volonté éclairée par les leçons de l’Histoire

    [Tibune] L’optimisme d’une volonté éclairée par les leçons de l’Histoire

    Nous apprenons aujourd’hui qu’à Paris a été brisée la plaque en hommage à trois Justes parmi les Nations qui sauvèrent un enfant juif. Dégoût… Je tiens à citer leurs noms : Arsène et Angele Richard et leur fille Marcelle.

    Ici, nous avons entendu avec une émotion qui ne peut s’éteindre les noms de la centaine d’enfants juifs déportés du camp des Milles puis assassinés à Auschwitz, uniquement parce qu’ils étaient considérés comme juifs. Et puis, émouvants autrement, les noms des Justes qui ont aidé les victimes au camp des Milles. « L’irréparable » évoqué par Jacques Chirac était commis à l’été 1942 au Vel d’hiv en zone occupée sous autorité allemande, mais aussi en zone non occupée sous l’autorité française de Vichy. Ombres et lumières.

    Seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact aujourd’hui, le camp des Milles est devenu, après 30 ans de lutte pour un Site mémorial, un lieu de mémoire et d’éducation citoyenne à qui, avec nos anciens Denise Toros Marter, Louis Monguilan et mon père Sidney, nous avions donné pour double mission de devenir un lieu témoin qui survivrait aux témoins et un lieu pédagogique innovant qui aide à passer de l’exclamation « Plus jamais ça ! » à « Comment faire pour que plus jamais ça ? » C’est ainsi que, après son ouverture, notre Site-mémorial est devenu un pôle mémoriel, culturel, éducatif et citoyen aujourd’hui reconnu aux niveaux national et international.

    Au cœur de cette reconnaissance se trouve son modèle scientifique et pédagogique inédit qui construit l’articulation entre la mémoire et le présent dans un « volet réflexif et citoyen ».

    S’appuyant sur neuf disciplines scientifiques, cette démarche fournit des clés de compréhension des mécanismes menant aux crimes de masse mais aussi des ressorts pour y résister. C’est sur cette base que fut conçue la muséographie innovante du Volet réflexif du camp des Milles et que sont développées aujourd’hui une Chaire de l’Unesco et notre démarche vers l’inscription du Site au patrimoine mondial de l’humanité. C’est sur ce socle robuste que sont menées nos médiations et formations qui ont touché plus d’1,2 million personnes, de jeunes particulièrement mais aussi d’élus, de magistrats, forces de l’ordre, enseignants, cadres d’entreprises, syndicalistes, associatifs, sportifs, détenus…

    L’analyse de la Shoah, confirmée par celle des autres grands crimes génocidaires du XXe siècle, met ainsi en lumière les étapes et mécanismes humains récurrents qui peuvent mener une société démocratique vers un autoritarisme criminel.

    Je souhaite ici, à la veille de mon retrait de la présidence de la Fondation du Camp des Milles, rappeler ces fortes leçons de l’histoire que notre recherche a fait émerger et qui nous interpellent directement aujourd’hui :

    1. La démocratie commence après l’élection

    Aujourd’hui, presque tous les régimes non démocratiques se sentent obligés d’organiser des élections. Et l’histoire confirme qu’une légitimité démocratique ne repose pas seulement sur le suffrage universel ; elle exige le respect absolu des droits, des libertés, des minorités et des contre-pouvoirs. Sans ces piliers, le vote perd sa légitimité démocratique, comme l’attestent l’histoire du nazisme et du stalinisme. L’accès d’Hitler au pouvoir avec seulement 33,1 % des voix rappelle qu’un régime autoritaire peut s’installer par les urnes, sur un fond de passivité d’une majorité de citoyens et d’alliances opportunistes. Des hommes politiques modérés étaient en effet persuadés de pouvoir canaliser des extrémistes en col blanc. L’histoire leur a donné tort et ils l’ont souvent payé de leur vie.

    2. L’engrenage vers le pire est nourri par tout extrémisme.

    Dans un contexte de perte de repères collectifs conduisant certains citoyens à préférer un ordre autoritaire aux libertés républicaines, le basculement s’est opéré parfois en quelques mois seulement, avec un affaiblissement de l’État de droit démocratique et de l’indépendance des contre-pouvoirs politiques, judiciaires et médiatiques. Avec aussi l’ouverture rapide de premiers camps pour des internements arbitraires.

    Ce processus mortifère repose sur des engrenages psychologiques et sociétaux puissants – comme l’effet de groupe et la soumission aveugle à l’autorité – qui peuvent transformer des citoyens ordinaires en complices voire en bourreaux. Lorsque les discours politiques s’égarent, ils libèrent des passions, des peurs et des haines qui conduisent vite à des violences mal maîtrisables. Alors le nouveau pouvoir se radicalise encore sous l’effet des contestations de ses opposants et des surenchères dans son propre camp, qui s’ajoutent souvent à des promesses fortes non tenues et à des provocations internes ou étrangères.

    3. Une alerte de l’histoire : l’antisémitisme comme symptôme et accélérateur des crises sociétales

    Dans l’histoire européenne, dans l’affaire Dreyfus comme sous le régime de Vichy, l’antisémitisme est un avertisseur et un accélérateur des désordres sociétaux. Aujourd’hui, le retour massif des actes antisémites à l’échelle mondiale comme le développement du racisme et de la xénophobie, révèlent des maux profonds de notre époque : la brutalisation de la société, l’inculture crasse nourrie par les réseaux sociaux, la montée des crispations identitaires, des inégalités, du ressentiment et des jalousies, l’augmentation des peurs. Mais il montre aussi, comme souvent dans l’histoire, une instrumentalisation cynique par des extrémistes sectaires et communautaristes soufflant sur les flammes de l’incendie antisémite. Pour ce faire, et depuis le stalinisme, l’antisionisme masque et aggrave souvent l’antisémitisme.

    N’oublions donc pas que l’histoire nous enseigne que l’antisémitisme et les racismes ont un potentiel explosif exceptionnel, menaçant la démocratie et la paix civile et justifiant une vigilance et une fermeté elles-mêmes exceptionnelles.

    4. Chacun peut résister, chacun à sa manière

    C’est le principal enseignement du courage des Justes que nous honorons aujourd’hui. Face aux persécutions individuelles et aux extrémismes de tous bords qui menacent la paix civile et l’État de droit, chaque citoyen possède le pouvoir d’agir, à son échelle et selon ses moyens. Des actes individuels ou collectifs ont aidé, protégé, sauvé, qu’ils soient héroïques ou en apparence plus anodins : un mot de soutien, un hébergement clandestin, un refus d’obéir… La passivité, plus encore que l’indifférence, est le principal facilitateur des persécutions, tandis que l’engagement éthique individuel est le dernier rempart des libertés lorsque la Justice n’est plus indépendante. Ces sursauts de conscience ont permis des milliers « d’actes justes », connus ou anonymes, qui ont permis de sauver des dizaines de milliers de vies humaines avant même que le rapport de force militaire ne soit inversé.

    C’est en effet la conscience morale qu’il faut alors écouter en chacun de nous. Par-delà les limites des lois parfois illégitimes et même de la raison parfois sans repères, la conscience morale nous rappelle l’humain comme valeur centrale et l’humanisme comme boussole.

    C’est aussi pour favoriser le réveil de cette conscience intime que, au nom de la mémoire des victimes et des Justes, la Fondation du camp des Milles en appelle à un véritable « courage de mémoire », celui d’appliquer dès aujourd’hui les leçons du passé, universelles et universalistes, pour combattre les engrenages enclenchés, le retour des haines, des discriminations et des violences, et pour faire de la mémoire un engagement concret au service de la démocratie, de la dignité et de la fraternité.

    Nous connaissons la phrase de Paul Eluard : SI L’ÉCHO DE LEUR VOIX FAIBLIT NOUS PÉRIRONS

    Qui d’entre nous est prêt à prendre ce risque vital, pour lui-même et les siens ?

    Une fois encore, au pessimisme de l’intelligence je préfère opposer l’optimisme d’une volonté aujourd’hui éclairée par les leçons de l’histoire, mais aussi la confiance en une jeunesse curieuse et sensible aux valeurs qui nous animent.

  • Une Coupe du monde avec son lot de polémiques

    Une Coupe du monde avec son lot de polémiques

    S’il y avait des doutes avant le début de la Coupe du monde sur l’ambiance et l’attractivité de la compétition, force est de constater qu’au niveau du jeu, le Mondial a été plutôt réussi. Les matches étaient plaisants, les stars ont répondu présentes comme rarement lors d’un Mondial et plusieurs équipes jugées plus faibles ont réussi de belles surprises. Éliminé en 16e de finale, le Cap-Vert est par exemple parvenu à marquer de son empreinte cette édition et pourra se targuer de n’avoir perdu aucun match à la fin du temps réglementaire.

    Alors que l’on attendait les frasques de Donald Trump (qui n’a tout de même pas pu s’empêcher d’intervenir pour annuler le carton rouge de Folarin Balogun, l’attaquant des États-Unis), le président américain est resté discret. L’édition a en réalité surtout été marquée par plusieurs sorties racistes.

    Tout a commencé avec l’ex-joueur yougoslave, Rade Bogdanovic. Pour expliquer l’erreur du défenseur belge Nathan Ngoy, l’ancien buteur de l’Atlético Madrid aujourd’hui consultant pour la télévision serbe, n’a regardé que la couleur de sa peau : « J’ai toujours dit que ces joueurs, et je ne suis pas raciste, mais que ces joueurs noirs n’ont pas la concentration pour tenir plus de soixante à quatre-vingt minutes. » L’ancienne star allemande Bastian Schweinsteiger, chouchou d’Angela Merkel à l’époque où la Mannschaft était championne du monde, n’a pas été plus heureux dans ses propos en parlant de la sélection ivoirienne comme d’une équipe « de football africain », « parfois peu orthodoxe, un peu sauvage, pas tout à fait tactique ».

    Malheureusement, ce Mondial, où l’Afrique a brillé puisque 9 des 10 équipes engagées ont passé le premier tour, s’est donc aussi accompagné des pires préjugés racistes.

    Mbappé, « Camerounais issu de la colonisation »

    Mais les propos les plus scandaleux sont arrivés du Paraguay. Suite à l’élimination de l’équipe nationale contre la France (1-0), la sénatrice Celeste Amarilla a violemment attaqué Kylian Mbappé. Sur X, elle écrit à propos du numéro 10 tricolore : « Cet abruti n’a même pas appris à écrire. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés. Un Camerounais issu de la colonisation, s’efforçant désespérément de passer pour un Français. »

    Les propos de la parlementaire membre de l’opposition ont fait le tour de la planète. Mbappé a alors reçu le soutien de la FIFA, de l’UEFA, de la FFF, du gouvernement paraguayen qui a présenté ses excuses à la France, de l’ONU et de nombreux responsables politiques dont le chef de l’État français. Le parquet de Paris a même ouvert une enquête contre la sénatrice paraguayenne.

    La sénatrice a profité de cette réponse pour réaffirmer ses propos et insulter à nouveau le capitaine tricolore de « fils de p*** ». Ses déclarations rappellent les chants et insultes déjà entendus en Argentine après la victoire de l’Albiceleste lors du dernier championnat du monde. Mais ces propos sont aussi audibles en France. Sur les réseaux sociaux, l’équipe de France, pas assez « blanche » selon certains, est régulièrement qualifiée « d’équipe africaine » qui ne représenterait donc pas les Français. Les propos de Kylian Mbappé ou de Jules Koundé contre l’extrême droite ne sont pas non plus passés inaperçus de ce côté de l’échiquier politique.

  • « Si tu peux parler, c’est que tu respires »

    « Si tu peux parler, c’est que tu respires »

    Par Clara Ben Soussan, avocate au barreau de Marseille

    Ce ne sont pas des mots rassurants, dits à un enfant inquiet qui crierait alors qu’il a avalé un bon de travers et qui aurait peur de s’étouffer.

    Ce ne sont pas des mots qui rassurent, ce sont des mots qui torturent. « Si tu peux parler c’est que tu respires », c’est la phrase rapportée par de nombreux détenus du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne) et écrite au feutre sur le tableau du bureau des officiers, ponctuée d’un smiley sourire.

    C’est Madame Simonnot, Contrôleuse des Lieux de Privation de Liberté (CGLP), qui nous permet d’avoir accès à ce qu’il se passe dans ce quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Celle-ci nous apprend aussi que cette phrase accompagne souvent un « pliage », c’est-à-dire une technique utilisée par des surveillants pour projeter au sol et immobiliser au sol des détenus. Ces mots y sont utilisés comme une arme d’autorité accompagnant des violences physiques illégitimes et graves.

    C’est Gérald Darmanin, ministre de la Justice, qui est à l’initiative de ces QLCO ; son objectif était d’isoler totalement les détenus considérés comme particulièrement dangereux dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. à ce sujet, et dans une lettre du 15.10.2025, il expliquait avoir « engagé une transformation profonde de notre système pénitentiaire pour rétablir l’autorité de l’État dans les prisons, et rendre la détention plus efficace et plus sûre pour mieux protéger les Français ».

    Ce qui est décrit par la CGLP à l’intérieur de cette prison ne relève pas de l’autorité de l’État. Des propos ignobles, tenus par des surveillants sont rapportés : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser » ou des chants tels que : « Ici, c’est chez nous, ici c’est le IIIe Reich, les nazis c’est nous ».

    Ces établissements sont devenus des lieux de non-droit dans lesquels certains surveillants s’offrent le droit de contrevenir à leurs propres règles déontologiques et à la loi. En effet, les injures raciales constituent une contravention et les violences aggravées (par personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme, en raison de l’origine, etc.) sont un délit.

    L’an dernier, le ministre de la justice s’est montré particulièrement insistant sur la nécessité de ces prisons dites de haute sécurité ; tellement insistant qu’il n’a eu que faire des préconisations et alertes préventives des professionnel.les du droit et des travailleur.euses pénitentiaires qui l’ont alerté sur les conditions indignes de détention.

    Il est désormais temps qu’il entende les plaintes fondées, actuelles et graves qui sont formulées. La dignité et le respect des détenus ne peuvent être mis à mal par la violence institutionnelle qui règne dans ces établissements.

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  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.

  • Un Mondial qui réveille les pires instincts racistes

    Un Mondial qui réveille les pires instincts racistes

    S’il y avait des doutes avant le début de la Coupe du monde sur l’ambiance et l’attractivité de la compétition, force est de constater qu’au niveau du jeu, le Mondial est plutôt réussi. Les matchs sont plaisants, les stars répondent présentes comme rarement lors d’un Mondial et plusieurs équipes jugées plus faibles ont réussi de belles surprises. Éliminé en 16e de finale, le Cap-Vert est par exemple parvenu à marquer de son empreinte cette édition et pourra se targuer de n’avoir perdu aucun match à la fin du temps réglementaire.

    Alors que l’on attendait les frasques de Donald Trump (qui n’a tout de même pas pu s’empêcher d’intervenir pour annuler le carton rouge de Folarin Balogun, l’attaquant des États-Unis), le président américain est pour l’instant resté discret. L’édition a en réalité surtout été marquée par plusieurs sorties racistes.

    Tout a d’abord commencé avec l’ex-joueur yougoslave, Rade Bogdanovic. Pour expliquer l’erreur du défenseur belge Nathan Ngoy, l’ancien buteur de l’Atlético Madrid aujourd’hui consultant pour la télévision serbe, n’a regardé que la couleur de sa peau : « J’ai toujours dit que ces joueurs, et je ne suis pas raciste, mais que ces joueurs noirs n’ont pas la concentration pour tenir plus de soixante à quatre-vingt minutes ». L’ancienne star allemande Bastian Schweinsteiger, chouchou d’Angela Merkel à l’époque où la Mannschaft était championne du monde, n’a pas été plus heureux dans ses propos en parlant de la sélection ivoirienne comme d’une équipe « de football africain », « parfois peu orthodoxe, un peu sauvage, pas tout à fait tactique ».

    En conférence de presse, un journaliste n’a pas non plus hésité à demander au coach et à un joueur du Sénégal comment ils comptaient remédier « aux problèmes de concentration » des équipes africaines.

    Malheureusement, ce Mondial, où l’Afrique a brillé puisque 9 des 10 équipes engagées ont passé le premier tour, s’est donc aussi accompagné des pires préjugés racistes.

    Mbappé, un « Camerounais issu de la colonisation »

    Mais les propos les plus scandaleux sont arrivés du Paraguay. Suite à l’élimination de l’équipe nationale contre la France (1-0), la sénatrice Celeste Amarilla a violemment attaqué Kylian Mbappé. Sur X, elle écrit à propos du numéro 10 de l’équipe de France : « Cet abruti n’a même pas appris à écrire. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés. Un Camerounais issu de la colonisation, s’efforçant désespérément de passer pour un Français. »

    Les propos de la parlementaire membre de l’opposition ont fait le tour de la planète. Mbappé a alors reçu le soutien de la Fifa, de l’UEFA, de la FFF, du gouvernement paraguayen qui a présenté ses excuses à la France, de l’ONU et de nombreux responsables politiques dont le chef de l’État français. Le parquet de Paris a même ouvert une enquête contre la sénatrice paraguayenne.

    Mbappé a tout de même tenu à lui répondre : « Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction. Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition. Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà oublié le parcours et l’effort historique que vos joueurs ont réalisés durant cette Coupe du monde », a répondu l’attaquant du Real Madrid sur ses réseaux sociaux. La sénatrice a profité de cette réponse pour réaffirmer ses propos et insulter à nouveau le capitaine tricolore de « fils de p*** ». Ses déclarations rappellent les chants et insultes déjà entendus en Argentine après la victoire de l’Albiceleste lors du dernier championnat du monde.

    Mais ces propos sont aussi audibles en France. Sur les réseaux sociaux, l’équipe de France, pas assez « blanche » selon certains, est régulièrement qualifiée « d’équipe africaine » qui ne représenterait donc pas les Français. Les propos de Kylian Mbappé ou de Jules Koundé contre l’extrême droite ne sont pas non plus passés inaperçus de ce côté de l’échiquier politique.

    Le football, sport le plus populaire au monde, qui se veut porteur de valeurs d’inclusion et de fraternité a encore du travail pour changer les mentalités.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, un festival pour lutter contre les discriminations

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, un festival pour lutter contre les discriminations

    Concert de rap, documentaire sur le racisme, atelier pour sensibiliser les adolescents aux discriminations… Une programmation riche et variée est prévue pour le festival d’éducation populaire Regarde sous tes fenêtres, qui se tiendra aux alentours de la place Pechiney de jeudi à samedi. « C’est important pour nous que ce festival se déroule dans l’espace public et qu’il soit gratuit, accessible à toutes et tous », explique Julie Vuoso, fondatrice et programmatrice du festival.

    Jeudi, le festival commencera avec un apéro d’ouverture, suivi d’un spectacle jeune public, d’un repas de soutien au festival à prix libre, puis d’une soirée de projection de films. Ce sera d’abord un documentaire sur le racisme dans la cité minière qui sera projeté, réalisé spécialement pour le festival par Maya Perusin Mysorekar, artiste en résidence à Château-Arnoux-Saint-Auban. « Le festival est né de l’histoire de la cité ouvrière. à Saint-Auban, tout a été construit par l’usine et pour l’usine. Le passé industriel de la ville fait qu’il y a eu beaucoup d’immigration depuis toujours. Le festival permet de faire de ce passé migratoire une richesse », avance Chloé Droulin, coordinatrice de la Maison commune, qui coorganise chaque année le festival avec la MJC. « En 2006, il y a eu la délocalisation de l’usine, et un abandon de l’espace commun de Saint-Auban. On a voulu proposer un événement dans la rue pour faire revenir la vie collective », explique Julie Vuoso. « Il y avait très peu de commerces, donc l’idée est aussi d’animer la vie locale. C’est un choix, par exemple, de ne pas proposer de nourriture pour le festival, mais que ce soit pour les commerçants, et que l’événement serve à tout le monde sur la cité, que les gens qui travaillent toute l’année puissent s’y retrouver », avancent les deux organisatrices.

    « Un espace inclusif »

    « L’idée du festival, c’est aussi de créer dans notre programmation un espace inclusif où tout le monde est représenté, de ne pas faire une programmation où il n’y a que des personnes blanches, des hommes », ajoute la programmatrice.

    Le film Pédale Rurale, qui raconte l’organisation de la première Pride à la campagne, sera ensuite projeté. « L’idée a toujours été de proposer une programmation pluridisciplinaire, avec de la danse, du théâtre, de la musique, des films », explique Julie Vuoso. Vendredi, Myriam Soulanges proposera « un récit chorégraphique qui interroge les héritages de la domination patriarcale et de l’histoire coloniale guadeloupéenne ».

    Le festival est financé par la mairie, le Département, la Drac et la Dilcra. Le théâtre Durance prête son matériel, essentiel pour mener à bien le projet. Des mineurs étrangers non accompagnés viennent également de Digne pour prêter main forte à titre bénévole.

    Programme : rstf.fr/programme.html

  • Aurore Bergé lance son plan anti-haine depuis le Camp des Milles

    Aurore Bergé lance son plan anti-haine depuis le Camp des Milles

    C’est au Camp des Milles qu’Aurore Bergé a choisi de décliner les grandes lignes de son nouveau plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine (Prado). Une stratégie interministérielle, visant à renforcer les moyens de luttes contre toute forme de haine. La ministre est également venue au Camp des Milles signer une déclinaison départementale de ce plan, auquel s’ajoute la lutte contre les haines LGBT+, cosignée par le préfet de région, les procureurs de Marseille et d’Aix en Provence, et le recteur d’académique. Le but, « garantir que dans chaque département, on ait une déclinaison territoriale. Aujourd’hui nous avons 54 plans territoriaux. Mon objectif, c’est qu’à la fin du premier trimestre 2027, nous ayons dans tous les départements un plan départemental d’action de lutte », précisait Aurore Bergé, en amont de sa venue au Camp des Milles. Ce jour, la convention pluriannuelle d’objectifs 2026-2028 entre l’État et la Fondation du Camp des Milles a elle aussi été renouvelée. Pour en revenir au plan national de lutte contre les haines, celui-ci repose sur plusieurs piliers forts. à commencer par celui de la scolarité, de l’éducation et la jeunesse. « Pour moi, c’était ça tout le symbole de le présenter hors de Paris, dans un lieu de mémoire et de compter cet enjeu majeur que sont la question de l’éducation et la transmission de cette mémoire, contextualise la ministre. Aujourd’hui, on a 500 000 élèves chaque année qui visitent des lieux de mémoire. L’objectif, c’est 800 000 élèves par an. »

    Construit « patiemment »

    Second axe saisi par le plan Prado, la formation de « ceux qui enseignent à nos enfants, précise la ministre. L’objectif est de former les 1 000 référents nationaux que nous avons sur les valeurs de la République, aux enjeux contemporains du racisme, de l’antisémitisme, des discriminations, de former les 19 000 chefs d’établissement que nous avons… On donne des objectifs très précis, très chiffrés. » La question de l’accompagnement des victimes a elle aussi été retravaillée, une « priorité » à la fois inscrite dans le plan national, comme départemental. « 97% des victimes de haine ne portent pas plainte, illustre Aurore Bergé. On a largement progressé sur la question de la formation des policiers des gendarmes et des magistrats. Il faut aller encore plus loin, avec une convention cadre entre mon ministère et l’enjeu de la formation des policiers des gendarmes mais aussi des policiers municipaux, qui pour la première fois sont inclus dans ce plan de formation. » Y compris chez les inspecteurs au sein de la police et la gendarmerie nationale « pour garantir cette exemplarité à tous les étages. » Les alternatives de poursuites judiciaires, le développement des stages de citoyenneté intègrent la liste des mesures inscrites au plan Prado. Face à la montée des haines en ligne, Aurore Bergé promet aussi « de simplifier les parcours de signalement de la haine en ligne. » Pour la première fois « j’ai souhaité aussi qu’on ait un axe dédié sur la lutte contre les discriminations liées à l’origine », avec, entre autres, un travail mené auprès des entreprises et des acteurs de l’immobilier. « Depuis janvier, nous avons travaillé patiemment à ce plan, en lien avec les associations et administrations du ministère. Ça n’a pas été fait dans l’urgence. Là où il y a urgence, c’est sur l’état des discriminations, sur le racisme, sur l’antisémitisme, avec des chiffres beaucoup trop élevés dans notre pays », estime Aurore Bergé, qui alerte sur le « rajeunissement », tant des victimes que des auteurs de crimes de haine. Dans ce sens, la ministre soutient d’ailleurs les démarches d’inscription du Camp des Milles au patrimoine mondial de l’Unesco. « Le risque est que progressivement la mémoire s’efface. Aujourd’hui, rien que dans notre pays, on a un jeune sur 20 qui considère que la Shoah est une invention ou un mensonge », alerte Aurore Bergé.

    Eva Bonnet-Gonnet

  • Ils parcourent le monde pour Bad Bunny

    Ils parcourent le monde pour Bad Bunny

    « Je suis Portoricaine et j’habite à New York. J’ai choisi de voir Bad Bunny dans un pays où l’on ne parle pas espagnol, car je pense que c’est une occasion unique de constater son impact mondial », s’émerveille Bri, artiste venue des États-Unis avec sa famille.

    Portoricains, Costariciens et états-uniens arrivent à Marseille, depuis le week-end dernier, pour le concert du chanteur latino-américain Bad Bunny au Vélodrome, ce mercredi soir, où près de 70 000 spectateurs sont attendus.

    En dessous de la place Jean-Jaurès, Bri attend son taxi avec sa mère, son frère et sa sœur. « C’était incroyable de suivre son ascension, depuis ses débuts en tant que petit artiste de reggaeton, jusqu’à sa prestation en tête d’affiche du Super Bowl. Je suis fière de lui, c’est comme si j’avais grandi à ses côtés ! », s’enthousiasme l’artiste new-yorkaise.

    Dans les rues du Panier, les fans étrangers sont nombreux. Yirehi Rôman, Portoricaine de 27 ans, a fait le déplacement seule et spécialement pour le concert. « J’adore Bad Bunny. Il est le porte-parole de nombreux Portoricains, il parle de ma culture et attire l’attention sur plusieurs réalités de notre île avec sa musique », déclare la coach sportive. Yirehi ne le savait pas et l’a appris « à la dernière minute », trois amies états-uniennes à elles se rendent aussi au Vélodrome. « Je suis la seule portoricaine, mais elles peuvent aussi l’être un peu pour le concert », ironise-t-elle.

    « Il nous défend contre

    le racisme »

    Un peu plus loin, la famille Gomez, originaire du Costa Rica, arpente les petites ruelles du Panier. Pour ces quatre Latino-Américains, Bad Bunny est une histoire de famille. Les parents et les enfants écoutent l’artiste portoricain. De passage sur la Costa Brava et dans le sud de la France pendant plusieurs semaines, ils ont acheté des billets pour le concert il y a un mois. « Je suis chirurgien orthopédiste, quand j’opère mes patients, j’écoute Bad Bunny », raconte leur père, Antonio. « C’est le meilleur du monde. Au Costa Rica, tous les latinos aiment Bad Bunny parce qu’il nous représente. Il nous défend contre le racisme et les discriminations », explique Philippe, 16 ans. « Oui », acquiesce sa petite sœur, Martina, 13 ans, des étoiles dans les yeux.

    Parmi les fans, des Français sont aussi venus jusqu’à Marseille pour voir le phénomène portoricain. À l’image d’Amélie, Toulousaine, et de Tiphaine et Inès, Paloises, toutes les trois âgées de 24 ans. Pour ce groupe de copines, se rendre dans la cité phocéenne, plutôt qu’à Paris, pour voir Bad Bunny, était évident. « À Marseille, il y a la plage et le soleil », explique l’une d’entre elles. « Ça nous fait une pierre deux coups : le concert et des petites vacances entre copines », complète son amie.

    C’est aussi le cas de ces quatre Toulousains, amis depuis plusieurs années, croisés près de la Vieille Charité. « Bad Bunny, c’est des souvenirs de soirées passées tous ensemble. C’est aussi les messages qu’il transmet dans ses chansons. Je pense qu’il nous touche tous », s’exprime Alizée. « Il est très engagé. Il a des valeurs qui nous représentent et auxquelles on tient », ajoute son ami Adrien.

    L’artiste portoricain se produira aussi les 4 et 5 juillet à Paris. La capitale attend des milliers de spectateurs français et étrangers.