Tag: psychiatrie

  • [Quoi de neuf] Camille, Liès et Sophie Nigon : « Le soin psy doit être fait par et avec les personnes »

    [Quoi de neuf] Camille, Liès et Sophie Nigon : « Le soin psy doit être fait par et avec les personnes »

    Le système psychiatrique, outre son manque de moyens humains et matériels structurel dans le secteur public, est source de violences pour de nombreuses personnes, notamment les plus vulnérables et marginalisées dans notre société. Quelle place pour les citoyens qui ont besoin de soins et d’accompagnement ? Qu’en est-il de la reconnaissance véritable, c’est-à-dire citoyenne, de leur parole et de leur vécu ? Alors que le gouvernement avait fait de la santé mentale une « grande cause nationale » en 2025, les attentes ne sont pas honorées. Rencontre avec Camille et Liès, bénévoles de l’association Democrapsy à Montpellier, qui œuvrent pour un changement total de paradigme, et la psychanalyse montpelliéraine, Sophie Nigon.

    Françoise Verna : Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’être bénévole au sein de l’association Democrapsy à Montpellier ?

    Liès : Parce que libérer la parole des personnes concernées, cela ne suffit pas. Nous, on milite pour que cette parole soit prise en compte. Quand nous parlons de personnes concernées, ce sont les premiers et premières opprimés. Les prendre en compte c’est demander que les pouvoirs publics soutiennent des créations d’espaces pour ces personnes et que ces espaces soient gérés par ces personnes.

    Camille : L’idée serait d’élaborer un soin qui parte de la base, de la parole des personnes les plus violentées et marginalisées, pour avoir un soin collectif qui ne soit pas défini par l’altérité, la marge. Et par cette idée qui consiste à dire : « Vous êtes dehors, on va vous guérir et vous rencontre productif. »

    Olivier Nottale : Qui sont « ces personnes concernées », notamment dans l’association Democrapsy ?

    Liès : On réunit des personnes concernées par la psychiatrisation et/ou la vulnérabilité psychique sans forcément passer par un parcours de psychiatrisation. Nous, nous sommes concernés. Nous sommes une association de soins communautaire. On travaille en commun avec des personnes concernées, par exemple, par un trouble du spectre autistique, la psychiatrisation sous contrainte, y compris avec le fait d’être amenée par la police. On a réuni une communauté depuis un an et demi autour de plusieurs d’événements.

    Camille : L’idée c’est de montrer que la problématique de santé est aussi sociale. Traversée par des enjeux de féminisme, de racialisation, de colonialisme. Il faut prendre en compte toutes les formes d’oppressions, tout le système.

    Françoise Verna : Est-ce que cela vous parle que des jeunes gens, comme Liès et Camille, veuillent être les acteurs de leur bien-être et de ne pas être mis dans des cases ?

    Sophie Nigon : Cela me parle tout à fait. Dans l’approche lacanienne, qui est la mienne, ce qui compte effectivement c’est la question de l’individu, du sujet, de la spécificité. C’est-à-dire ne pas mettre les personnes dans des petites cases. Cocher des cases sur tel symptôme ou tel comportement, etc. Il s’agit de prendre en compte ce qui est la dimension du sujet, ce qui est sa subjectivité. Et ça, cela demande du temps et de l’écoute.

    Olivier Nottale : Or nous sommes dans un système de soins et une société où des personnes en besoin de soins vont buter contre ce système ?

    Camille : Je pense que la psychiatrie est un système fou, un pompier pyromane. Si la psychiatrie m’a sauvé la vie, elle m’a aussi rendue malade, handicapée. Je suis très critique de la psychiatrie comme institution mais au regard de l’urgence actuelle, c’est une des seules ressources que l’on a pour sauver les personnes parce qu’on n’a pas une remise en question totale de nos approches du soin et des problématiques sociales qui engendrent la folie. Les violences psychiatriques forcent les gens à rentrer dans la norme.

    Françoise Verna : Vous êtes psychanalyste et vous intervenez aussi auprès de professionnels. Vous avez donc cette double expérience, côté patient et côté soignant ?

    Sophie Nigon : Je suis psychanalyste en libéral où j’accueille des personnes et j’interviens aussi, toujours en tant que psychanalyste, dans différents services hospitaliers, institutions, associations qui ont tous en commun d’accueillir des personnes en souffrance : des enfants, des personnes handicapées, à la rue, en souffrance psychique, psychiatriques. J’accompagne aussi une équipe qui va dans des prisons. Du côté des professionnels il y a aussi de la souffrance parce qu’ils sont contraints par des injonctions, des règles, un manque de moyens et de temps. Pour un rendez-vous dans un centre médico-psychologique, un CMP, il faut six, huit voire plus d’un an. Et s’agissant d’enfants, pour un premier rendez-vous, c’est un an à dix-huit mois d’attente !

    Camille : J’aurai des recommandations : une réattribution des budgets répressifs pour faire de la prévention et de l’accompagnement aux soins. Et bien sûr des actions conjointes avec les premiers concernés pour élaborer une méthodologie de soins qui soit inclusive pour les soignants et les patients. Et avoir accès à des formations spécifiques sur le racisme, les violences sexuelles, l’inceste etc. Pour que l’on puisse nous accompagner au mieux.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

    * Democrapsy sur instagram @democrapsy_mtp34

    Samedi 21 mars scène ouverte au Quartier Généreux, 18h30.

    Mardi 24 mars à La Base, 19h :

    cercle en non-mixité HP-police.

    * *acfvoiedomitienne.fr

    sophienigon_psy-montpellier.com

  • Une nouvelle année de projets pour l’hôpital psychiatrique

    Une nouvelle année de projets pour l’hôpital psychiatrique

    La santé mentale, une cause nationale 2025. « Et pourtant, l’année qui s’achève a encore été exigeante pour l’hôpital public, particulièrement pour la psychiatrie. Par la tension persistante sur les ressources humaines, le départ de médecins, par l’augmentation et la complexité des besoins de soins, par les injonctions parfois contradictoires… Pourtant, malgré ces difficultés, vous avez continué à soigner », félicite le Docteur Isabelle Boudier, présidente de la Commission médicale d’établissement. Aux vœux de Montperrin, adressés ce vendredi au 3 Bis F, le bilan de l’année passée a été tiré. À noter que Montperrin « a été trois fois cité dans le classement des dix meilleurs hôpitaux de France », rappelle Marie-Pierre Sicard Desnuelle, présidente du Conseil de surveillance. Certifiée par la Haute autorité de santé en mars, signatures de diverses chartes et rencontres avec le grand public, nombreuses inaugurations, dont l’accueil de jour adolescents sur le site de Montperrin, le développement de la politique « allers vers » avec la création de deux équipes mobiles supplémentaires en psychiatrie adulte, incluent le palmarès… « Notre plateau technique à nous est exclusivement humain, ce sont nos 1 300 professionnels répartis sur ce site et dans nos 50 structures extra-hospitalières », rappelle Gaëlle Dufour, directrice de l’établissement, qui l’assure : 2026, s’ouvre sur de « belles perspectives ». À commencer par le déploiement du projet de prise en charge des adultes autistes, dès janvier.

  • Un an ferme requis pour son « trou à rats » à Marseille

    Un an ferme requis pour son « trou à rats » à Marseille

    « C’est au-delà d’un marchand de sommeil car on ne dort pas là-dedans. L’indignité ne fait pas débat. C’est pire qu’une bête dans un trou ! » a vivement lancé la procureure Anne-Sophie Larrouy au procès de Christian Castel, 67 ans, un agent immobilier et contrôleur de gestion qui loue une cave comme habitation au 48 rue Curiol (1er).

    C’est un lot en sous-sol de 17 m² avec une pièce principale de 9 m² sans fenêtre, sans chauffage, acheté il y a 15 ans pour 15 000 euros et estimé à 23 000 euros. Un sbire récupère pour lui le loyer en espèces : 300 euros par mois et 40 euros en plus pour l’électricité. C’est tout moisi, la porte trop petite laisse passer l’air. Aucun éclairage naturel. L’horreur. Le parquet demande 2 ans de prison : un an ferme et un an de sursis probatoire avec injonction de soins « pour travailler la problématique de la compréhension de la souffrance aux autres ». La procureure ajoute une amende de 20 000 euros pour lui, 40 000 euros pour sa SCI, 5 ans d’interdiction d‘acheter un bien immobilier et d’exercer la profession d’agent immobilier, plus la confiscation de la cave.

    Des habitants de l’immeuble avaient dénoncé cette situation scandaleuse à la mairie dès 2018. Il faudra attendre juillet 2024 et un constat de police qui lançait les poursuites pénales pour soumission d’une personne vulnérable à des conditions d’hébergement indigne et refus de reloger le jeune locataire de cette cave moisie, frappée d’un arrêté préfectoral d’insalubrité en 2024 doublé, en février 2025, d’une astreinte de 200 euros par jour de retard à le reloger.

    La victime, absente et pas constituée partie civile, est un jeune homme de 22 ans, dans une grande précarité sociale, économique et physique. C’est un ancien mineur de l’Aide sociale à l’enfance parfois hospitalisé en psychiatrie. « Je m’y sens mal, mais c’est quand même mieux que le 115 » a-t-il dit. Il travaille dans la restauration, gagne 716 euros par mois, ne touche pas d’aide.

    « J’ai aidé et c’est tout

    pour ma pomme »

    Présent ce mardi matin à l’audience, le prévenu n’a pas daigné attendre sa comparution vers 16h. Se disant « angoissé », il a quitté le tribunal en laissant une lettre qui reprend son audition devant les services de police. Le couplet du bon Samaritain mal informé. « J’ignorais que je n’avais pas le droit de la louer. C’est correct et habitable. Je m’en servais à l’origine comme bureau. C’est vrai qu’il y a des traces de moisissures, mais c’est le locataire qui a dégradé. Je ne suis pas un marchand de sommeil. J’ai aidé comme j’ai pu des personnes dans le besoin réel. Résultat des courses, c’est tout pour ma pomme. »

    « L’indignité, c’est le logement que nul ne mérite », dénonce Me Jorge Mendes, conseil de la Ville de Marseille, partie civile dans tous ces dossiers d’habitat indigne. Il demande 1 154 euros pour le temps engagé par les services municipaux et 1 000 euros de préjudice moral. L’avocat fustige « l’immoralité des locations de ce genre de trou à rats, qui dégage 25% de rentabilité annuelle à son propriétaire ». La Ville a depuis relogé de façon pérenne la victime. Le prévenu est par ailleurs mis en cause pour location de caves au 100 rue Saint-Savournin.

    Délibéré le 6 janvier.

  • Montperrin renforce l’inclusion professionnelle

    Montperrin renforce l’inclusion professionnelle

    Au centre hospitalier de Montperrin, une petite centaine de salariés sont intégrés dans divers services de ce lieu de soin psychiatrique. Cela représente 8,21%, soit 2 points de plus que l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés dans les entreprises de plus de 20 salariés (6%).

    L’intégration de ces travailleurs, dont le handicap est dans la plupart des cas invisible, est facilitée par les directives inscrites dans une convention conclue entre le centre hospitalier de Montperrin et le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique (FIPHFP).

    Signé pour la première fois en 2021, le contrat pluriannuel a été renouvelé, lundi 24 novembre, dans la Maison des hospitaliers, en présence de la direction du FIPHFP, des équipes du centre hospitalier Montperrin, ainsi que de Marie-Pierre Sicard-Desnuelles et Silvaine Di Caro, élues locales.

    « Nous avons mis en place un certain nombre d’actions, à commencer par un plan de formation pour sensibiliser nos professionnels à l’accueil d’un collègue en situation de handicap, puis une organisation dédiée, puisque deux référents handicaps ont été nommés », liste Gaëlle Dufour, directrice du centre hospitalier.

    Travailler « dignement »

    « Cette nouvelle convention va accentuer cet engagement, avec la mise en œuvre d’un nouveau plan d’action, évalué à 447 000 euros », poursuit-elle. Sont entre autres affichés l’ambition de recruter davantage d’agents en situation de handicap, la poursuite d’aménagements de postes pour favoriser le maintien dans l’emploi, la formation de managers et équipes à l’intégration de personnels handicapés et des travaux visant à l’accessibilité numérique.

    Estelle Bruliard, cadre de santé, a bénéficié de cet accompagnement. « J’ai pu compter sur une équipe de santé réduite, mais qui fonctionnait, qui m’a permis de me poser dans ce moment aigu », rapporte cette salariée de Montperrin. Victime d’un AVC, Jérôme Renaud, témoigne lui aussi de sa « reconstruction » par le biais de ce dispositif. « Les séquelles d’un AVC ne sont pas toujours visibles. Pour travailler dignement, il y a eu un rythme adapté, une réorganisation des tâches, du matériel et des outils régulant la charge cognitive et physique (…) », poursuit cet infirmier.

    « L’enjeu maintenant est plutôt de travailler sur la dimension qualitative de l’accompagnement de ces agents en situation de handicap », précise Marine Neuville, directrice générale du FIPHFP.

  • Au Vigan, la psychiatrie de jour rouvre enfin ses portes

    Au Vigan, la psychiatrie de jour rouvre enfin ses portes

    Fermé en septembre 2023 faute de médecins, le service de psychiatrie de jour du Vigan ne fonctionnait plus qu’en mode dégradé, absorbant uniquement les situations les plus critiques. Jeudi 6 novembre, il a enfin retrouvé une activité complète, au sein de l’hôpital local. Une respiration pour tout un territoire confronté à une dégradation alarmante de la santé mentale des plus jeunes. « On ne prenait en charge que les situations les plus graves, pour ne pas laisser les parents dans la détresse », rappelle Jean-Luc Sauvaire, directeur du Mas Cavaillac, qui a porté le dossier. Grâce à une « belle rencontre » avec Christian Cataldo, directeur de l’hôpital d’Alès, puis au feu vert de l’ARS, la réouverture a pu être lancée. L’Agence a confirmé un financement « à 99,9% ».

    Le CMPEA accueillera désormais des enfants et adolescents jusqu’à 18 ans, souffrant de troubles du comportement ou de pathologies psychiatriques. Une nouvelle équipe a été réunie : un psychiatre à temps plein sur le Vigan, un médecin rattaché à Alès, deux infirmières en pratique avancée, des infirmières et une psychologue du développement. Jusqu’ici, environ 500 jeunes étaient suivis. « La réouverture va être un tsunami : on pourrait atteindre 800 à 900 jeunes. Ça va être délicat », prévient Jean-Luc Sauvaire.

    Un territoire à la demande « exponentielle »

    Les deux partenaires ont établi une répartition géographique : l’AEMC couvrira le bassin Ganges–Le Vigan, tandis que l’hôpital d’Alès renforcera Saint-Hippolyte-du-Fort, Sauve et Quissac. « La solution va renforcer les deux zones », assure Christian Cataldo.

    Les prises en charge seront limitées à douze séances, avec un axe fort : accompagner les parents et orienter vers les professionnels adaptés. Dans un territoire où les besoins sont « exponentiels », cette réouverture apparaît comme un soulagement attendu.

  • [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    La Marseillaise : Au cours de la semaine passée deux enfants se sont donné la mort par pendaison. L’une à Sarreguemines et l’autre à Martigues. Ils avaient respectivement 9 et 12 ans. Fait-on face à une augmentation de ces suicides ?

    Marcel Rufo : C’est rarissime. Normalement, c’est 7 à 8 par an donc oui il y a une hausse. Et là, vous vous rendez compte, on en a déjà deux dans le mois… Ces tendances suicidaires, c’est comme les autres pathologies. Je crois que l’explication, c’est l’importance de deux phénomènes sur les réseaux sociaux, les moyens informatiques et le cyberharcèlement, surtout.

    Santé publique France alerte sur cette dégradation de la santé mentale chez les jeunes. Quelles en sont les causes ?

    M.R. : Il y a des réseaux sociaux, mais aussi l’incertitude généralisée, la guerre, l’écologie, l’avenir qui est sombre. Ils sont dans une situation où leur avenir, n’est pas rose, est plutôt dramatique. La question de la retraite, le fait qu’ils devront payer la retraite des personnes âgées, qu’ils n’auront pas de retraite eux-mêmes. C’est étonnant à les entendre. C’est très nouveau.

    Une étude menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris-Cité indique qu’un tiers des Français âgés de 11 à 24 ans présentent des signes de troubles anxieux ou dépressifs. Comment cela se manifeste-t-il ?

    M.R. : Par l’impression de ne pas avoir d’avenir, par de la morosité, des problèmes de sommeil. La perte de sommeil est un signe majeur. C’est la conséquence de cauchemars, de malaises, de l’anxiété et de l’angoisse, qui les réveille. Paradoxalement aussi, ces jeunes ont une hostilité, une violence, une auto-violence, la scarification est un phénomène très, très fréquent. Et ces suicides dont on parlait antérieurement.

    Le gouvernement avait fait de 2025 l’année de la santé mentale. Les moyens alloués sont-ils à la hauteur de cette ambition ?

    M.R. : C’est bien que la santé mentale soit en premier plan. Ce n’est pas assez pris au sérieux car ce n’est pas visible, comme pourrait l’être un cancer par exemple. Les parents et les enseignants sont peu au courant de tout cela, ou parfois ne le voient pas. Il faut connaître ces symptômes. L’alliance entre les familles et les enseignants aidera beaucoup les adolescents à surmonter tout ça. Il faut mettre des moyens financiers, mais surtout des moyens en personnes. Il faut former les enseignants et aussi les parents, c’est très important.

    Le club de santé scolaire, c’est vraiment le meilleur moyen de prévenir. Si on augmente ce personnel soignant et éducatif, on fait une véritable œuvre de prévention. La prévention coûte moins cher que le soin.

    Y a-t-il assez de places dans les services dédiés ?

    M.R. : Il n’y a pas assez de places. Je le vois à la Penne-sur-Huveaune, on a des listes d’attente énormes. Dans les centres médico- psychologiques (CMP), il y a plus de six mois à un an d’attente. Attendre six mois dans un état dépressif, un risque suicidaire….

    S’il y a un risque d’infarctus, on dit à quelqu’un qu’on verra dans six mois, a le temps de mourir.

    L’une des recommandations du CESE est la mise en place d’un « couvre-feu numérique pour les mineurs de 22 à 8 heures » ?

    M.R. : Oui c’est très bien. Demander à un adolescent ce qu’il écoute, ce qu’il regarde, ça fait partie d’un examen. Il ne faut pas l’oublier.

    Entretien réalisé par Laureen Piddiu

  • Un tiers des jeunes en souffrance psychique

    Un tiers des jeunes en souffrance psychique

    Ce lundi, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, organise une conférence sur la santé mentale des jeunes dans le cadre d’un nouveau cycle de rencontres mensuelles intitulé « Enfance en débat », consacré aux grands enjeux de l’enfance. Intitulée « Santé mentale des jeunes : un défi collectif vers une société engagée », cette journée va mettre en relief une réalité inquiétante : selon une étude de grande ampleur menée par L’inserm, un tiers des jeunes de 18 à 24 ans déclarent être en souffrance, de l’anxiété aux troubles psychiatriques.

    L’enjeu est aussi au cœur du travail d’une commission parlementaire sur la prise en charge de la santé mentale et du handicap. Le 22 septembre, son rapporteur, le député socialiste de Gironde, Sébastien Saint-Pasteur, estimait que « le compte n’y est pas », un an après que le sujet eut été érigé en « grande cause nationale » par l’ancien Premier ministre Michel Barnier.

    Le handicap et la santé mentale sont « deux sujets qui se rejoignent par rapport aux délais et aux difficultés de prise en charge mais aussi dans le manque de professionnels », a déclaré le député socialiste. La Commission poursuit cette semaine ses auditions et devrait rendre publiques ses préconisations à la fin de l’année.

    Partenariat avec Disney

    Ce manque de moyens publics pour répondre aux besoins des plus jeunes est illustrée par la décision du gouvernement de lancer un partenariat avec le géant américain du divertissement Disney. Cette campagne de sensibilisation à la santé mentale à destination des enfants dévoilée le 9 octobre, s’appuie sur les personnages du film Vice-Versa. Un livret d’information à destination des enfants du CP à la 6e, « Parlons santé mentale », met en page les personnages et des visuels inspirés du film d’animation à succès de Pixar, filiale de Disney. Il sera mis à disposition des enseignants partout en France dans les prochains jours, après les vacances scolaires de la Toussaint. Des affiches, un livret à destination des parents, et un spot d’information complètent le dispositif. « Plus de 40% des 18-24 ans présentent des signes de dépression », a souligné Michaël Nathan, directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), lors d’une conférence de presse jeudi 9 octobre. Il a précisé que Disney n’avait pas été rémunéré dans le cadre du partenariat, décrit comme un outil d’information sur la santé mentale parmi d’autres. Il a rappelé que le ministère de l’Éducation nationale utilisait aussi la mini-série Adolescence, diffusée sur Netflix, sur les dangers des réseaux sociaux et des mouvements virilistes chez les adolescents. « On a là des outils qui correspondent exactement à ce qui est impactant » chez les plus jeunes, « toutes les études, tous les experts nous disent que sur ces questions (…), si on l’aborde directement en termes de (…) de message sanitaire, on n’atteint pas nos objectifs », a expliqué Thibaut de Saint Pol, délégué interministériel à la jeunesse, lors de la conférence.

    Une institutrice de la Drôme confie que « sur Eduscol », outil de ressources pédagogiques pour les enseignants, « on a du matériel mais ces supports ne sont pas adaptés aux enfants actuels. Il nous manque des ressources clés en main, des supports parlants, colorés… », ajoute-t-elle, affirmant que « tout le monde utilise Vice Versa (…), la gestion des émotions, c’est un vrai sujet dans nos classes ».

    Elle interroge toutefois : « j’utilise La couleur des émotions d’Anna Llenas, un classique de la littérature jeunesse » en classe, « pourquoi ne promeut-on pas ce genre de livres ? ». Aurélie Gagnier, co-secrétaire générale du FSU-Snuipp, affirme que « le ministère ne devrait pas avoir à conclure des partenariats avec des (intermédiaires) privés pour combler ses manques, particulièrement avec des multinationales ». L’enquête Talis, menée par l’OCDE auprès des enseignants et chefs d’établissements, « dit bien que les compétences socio-émotionnelles en France sont moins travaillées que dans les autres pays » car « nous manquons de formations », constate-t-elle.

    À SAVOIR

    Étude Mentalo

    C’est la première grande étude nationale sur le bien-être mental des 11-24 ans menée par l’Inserm. Elle les questionne plusieurs fois dans l’année, afin de suivre l’évolution de leur bien-être et d’identifier les facteurs qui y sont associés. Lancée en mai 2024, elle s’achèvera en 2026.

    Les filles plus touchées

    Le bureau Europe de l’OMS a publié en octobre 2023 les données issues de l’enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC). En France, la santé mentale s’y dégrade particulièrement à 15 ans et parmi les jeunes filles qui déclarent plus souvent que les garçons un mal-être.

    Huit ados sur dix se disent en bonne santé

    8 sur 10 des élèves de collège et de lycée se perçoivent en bonne santé. Un tiers des élèves interrogés se sont déclarés en excellente santé selon une étude menée par l’Inserm. Mais seuls la moitié d’entre eux ont un bon niveau de bien-être mental.

    Risque de dépression

    14% des collégiens et 15% des lycéens présentent un risque important de dépression. Le fait de manquer d’énergie, de se sentir découragé et d’avoir du mal à réfléchir sont les trois principaux symptômes dépressifs déclarés par les adolescents.

  • Jeunes en péril

    Jeunes en péril

    Selon le haut conseil de la santé publique, « au cours des 30 dernières années, la santé physique et mentale des adolescents n’a cessé de se dégrader, reflétant une moins bonne condition physique, un sommeil réduit, une sédentarité accrue. » La révolution numérique est pointée du doigt avec une utilisation inconsidérée des écrans mais aussi une alimentation « de plus en plus dominée par les aliments ultra-transformés et la restauration rapide ». Ce qui provoque des cancers à l’âge adulte plus précoces alertent les oncologues. C’est en fait tout un modèle de société, basé sur l’ultra-consommation, le capitalisme boosté par les algorithmes pilotés par les Gafam, qu’il convient de remettre en cause.

    L’affaire de tous

    Les jeunes de 11 à 24 ans, sont les cibles privilégiées des géants de la tech et de la malbouffe. L’épidémie de Covid, les crises climatiques et sociales sont aussi invoquées par le haut conseil pour expliquer le mal-être des enfants, adolescents et jeunes adultes. C’est donc l’affaire de tous et « un défi collectif » selon le Haut-commissariat à l’enfance.

    Si les études progressent pour prendre la mesure de cette épidémie de mal-être, la santé mentale demeure encore le parent très pauvre de notre système de santé. Les délais pour les consultations, les places en hôpitaux psychiatriques dédiées aux plus jeunes et les professionnels sont en deçà des besoins et des demandes des familles et des jeunes. Les préconisations de la commission parlementaire sur le handicap et la santé mentale seront dévoilées à la fin de l’année. Le budget devra y répondre.

  • FO réclame la sécurisation des hôpitaux marseillais

    FO réclame la sécurisation des hôpitaux marseillais

    Un cri d’alarme. « Nous comprenons la détresse des parents mais rien, absolument rien, ne peut justifier qu’un soignant soit insulté, humilié ou frappé alors qu’il tente simplement de sauver une vie », glisse Cindy, la gorge nouée. Cette infirmière en réanimation pédiatrique à la Timone est venue témoigner de l’insécurité touchant les hôpitaux marseillais. Il y a une semaine, un père de famille et des proches ont voulu en découdre avec le personnel et ont menacé de mort le chef de son service. Ce week-end, « une bande » a débarqué pour frapper le personnel de neurochirurgie.

    « Droit vers un drame »

    « Depuis un an, malgré les mesures insuffisantes prises par la direction générale, l’insécurité s’aggrave avec des incidents de plus en plus graves », note Audrey Jolibois, secrétaire générale de FO AP-HM, qui a déposé en novembre 2024 un préavis de grève reconductible sur le sujet. « Je croise vraiment tous les doigts pour ne pas avoir raison, mais on va droit vers un drame qui risque de tous nous marquer. »

    De janvier à septembre 2025, 47 faits de violences physiques ont été recensés sur la Timone. Une augmentation de 52% par rapport à la même période de 2024, selon le syndicat, qui déplore la présence de seulement 13 agents de sécurité pour un site de 18 hectares. « La Timone est une vraie passoire », reprend la secrétaire générale du syndicat, évoquant la « circulation de personnes étrangères » ou la présence « de SDF qui errent dans les couloirs, peuvent se coucher dans les lits, se servir des plateaux-repas, s’installer dans les offices du personnel paramédical… C’est devenu une auberge ».

    Jeudi, des représentants de l’ensemble des sites hospitaliers étaient présents pour témoigner du même constat : à l’hôpital Nord, certains accès ne sont toujours pas verrouillés la nuit malgré un plan de prévention de la violence mis en place il y a dix ans. À la Conception, les violences et agressions en psychiatrie et en urgences obstétriques sont en augmentation, des véhicules dégradés dans les parkings, des vols dans les bureaux…

    Force ouvrière exige donc auprès de la direction et des autorités de tutelle, État et l’Agence régionale de santé, des moyens supplémentaires pour la sécurité. Il pose sur la table plusieurs revendications : accélération des travaux de sécurisation et fermeture de tous les services de nuit avec digicode ou moyen d’appel au personnel, augmentation du nombre d’agents de sécurité. S’inspirant du CHU de Nice, le syndicat majoritaire de l’AP-HM envisage aussi l’installation de portiques de sécurité, ainsi que de nouvelles caméras de vidéosurveillance et la fermeture de l’ensemble des bâtiments et des accès de tous les sites la nuit.

  • Santé mentale : les élus locaux sont aussi en première ligne

    Santé mentale : les élus locaux sont aussi en première ligne

    Il y a un an, lors de son discours de politique générale le Premier ministre d’alors, Michel Barnier, annonçait faire de la santé mentale une grande cause nationale en 2025. Parmi les objectifs, le développement de la prévention ou l’amélioration de l’accès aux soins. Un thème abordé, ce jeudi, lors d’une journée santé mentale et psychiatrie au centre hospitalier de Montfavet (CHM), qui s’adressait aux maires.

    « Vous n’êtes pas seuls », assure le préfet Thierry Suquet, venu ouvrir la journée, en insistant sur la prise en charge des personnes nécessitant des soins sans consentement. « Votre rôle est capital, vous êtes les premiers témoins de certaines situations, votre vigilance permet de déclencher une action rapide et proportionnée », cajole le préfet à l’adresse des maires. En face, le sentiment perçu par les édiles, principalement de petites communes, est tout autre. Ils se disent souvent démunis. « On se sent seuls, il y a des carences sur nos territoires où on n’a pas d’association vers qui se tourner », illustre Frédérique Angeletti, maire de Vaugines, à peine 500 habitants, dans le Luberon. « Une maman doit faire face à son fils jeune majeur qui refuse de se faire soigner, elle est au bord du burn-out », abonde Joëlle Richaud, maire de Saint-Martin-de-la-Brasque (800 habitants).

    Thierry Suquet rappelle « l’attaque au couteau perpétrée par un individu présentant des fragilités mentales », en janvier à Apt. les élus sont parfois des cibles. À l’instar de Pierre Gonzalvez, maire de L’Isle-sur-la-Sorgue, « agressé verbalement dans la rue puis par une lettre de menace par une personne dont j’ai appris, plus tard, qu’elle avait un passé psychiatrique très lourd ». Le président de l’association des maires de Vaucluse réclame une plus grande transparence sur l’état de santé des administrés sans non plus déflorer le secret médical.

    La CGT a échangé avec

    le préfet

    De manière plus globale, le préfet reconnaît « un certain nombre d’insuffisances » qui découlent d’un diagnostic territorial de santé mentale. « Prévenir, soigner, accompagner : ce sont les clés d’une société plus solidaire et plus sûre », revendique Thierry Suquet. Une incantation louable, très loin de la réalité vécue au sein de l’hôpital par bon nombre de salariés. La semaine dernière encore, une grève avait lieu à la Maison d’accueil spécialisée face au nombre insuffisant de personnels et de financements.

    Le syndicat CGT, non invité, a toutefois pu interpeller le préfet à l’issue de son discours. « On a alerté sur le manque de moyens, la sécurisation lors du transfert des détenus, une vraie prise en charge sanitaire et médico-sociale des enfants et des ados et enfin, au sujet des maisons médicales : elles deviennent des enjeux électoraux alors qu’elles doivent rester à la main du ministère de la Santé », résume Claire Moreno, secrétaire CGT des personnels du CHM. Avant vite de filer en manifestation pour exprimer toutes ces doléances (lire page 5).