Tag: prison

  • [Justice] Six mois ferme pour le pédophile à la poupée

    [Justice] Six mois ferme pour le pédophile à la poupée

    Il chuchote au micro, droit, figé dans le déni le plus parfait. « Je n’avais aucune intention sexuelle. Je suis non violent, en particulier envers les enfants. Je cherchais juste un mannequin pour l’articuler de manière à l’asseoir sur une table, car j’avais dans l’idée de simuler des cours scolaires pour faire une autoévaluation de ma manière d’être et de m’exprimer, car ça fait longtemps que je rêve d’enseigner. C’était une démarche à but thérapeutique car j’ai totalement perdu confiance en moi », brode David, 56 ans, électromécanicien qui vit à Bouc-Bel-Air, condamné en 2005 pour l’agression sexuelle de sa fille de 4 ans.

    « Vous avez commandé une poupée enfantine avec un vagin destiné à être pénétré », lui rappelle la présidente Charlotte Joubert, qui décrit l’objet de 20 kg pour 1,32 m aux traits enfantins. Un modèle baptisé « Teen Sex Doll » vendu 539 dollars sur une plateforme chinoise. « Ça a sauté aux yeux du livreur d’UPS qui a donné l’alerte en voyant, au travers du colis endommagé, une poupée d’apparence de 6 ans ! », lance Me Joanny Moulin, avocat de l’association Parole d’enfant, partie civile qui lui fait confirmer que devant les gendarmes, il a reconnu s’être masturbé avec cette poupée.

    Quand la présidente rappelle au prévenu la découverte un an avant les faits, sur son ordinateur, de « sept images de gosses qui font des fellations », il nie encore. « Avez-vous un double maléfique qui télécharge malgré vous ? » – « J’ai jamais voulu les télécharger, ce sont des fichiers corrompus, indésirables. » Devant les gendarmes, il a bien admis regarder des « vidéos sur l’inceste ». à la barre, ce père aux cheveux blancs justifie : « J’ai été agressé sexuellement dans ma famille quand j’étais enfant et adolescent. C’est quelque chose dont je n’arrive pas à me débarrasser. Mon père ne s’est jamais aperçu de rien, mais je suis persuadé que ma mère le savait. »

    Une expertise psychiatrique antérieure aux faits décrit « une personnalité de type pervers dans le déni absolu ». « Non, je ne suis pas pervers », réfute encore le prévenu. Même déni sur la plainte récente d’une autre de ses filles, qui s’est souvenue qu’il l’avait fait venir deux fois dans son lit alors qu’il était tout nu.

    « Nous voulons que par votre décision, vous protégiez les enfants de l’extrême dangerosité que représente l’achat de ce type d’objet et que vous donniez un signal ferme à l’ensemble des pédocriminels », demande Me Moulin, partie civile qui obtiendra l’euro symbolique demandé. « à l’heure de l’invasion chinoise de notre économie, ces poupées pédocriminelles font le buzz. Elles ne sont pas un substitut pour ne pas passer à l’acte, sinon l’état en vendrait ! Tout au contraire, une personne sur deux qui ont procédé à cet achat passe à l’acte. »

    « Le danger est là et prévisible de passer à l’acte », confirme le procureur adjoint, Olivier Poulet, devant ce prévenu « dans le déni absolu de sa déviance avec des histoires à dormir debout ». « Ce n’est rien d’autre qu’une poupée sexuée destinée à un pervers sexuel déjà condamné en 2005 pour agression sexuelle par ascendant ». Il requiert 12 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans avec obligation de soins psychiatriques et une interdiction d’exercer toute activité en lien avec l’enfance.

    « C’est un procès honteux, la relaxe s’impose ! » tonne Me Nicolas Perrin, pour qui « on a voulu faire du médiatique, on a pris le premier malheureux venu avec la polémique Shein. On met des bûches dans le feu pour alimenter l’étiquette de pédophile qu’on veut lui coller. Rien ne relève d’un caractère pénal. Il a acheté légalement et pas sur le darknet une poupée qui n’a rien d’enfantine ». Son client écope de 18 mois de prison, dont 6 ferme sous bracelet avec 2 ans de soins psychiatriques, et 5 ans d’interdiction d’activité en lien avec les mineurs.

    « Une poupée sexuée destinée à un pervers sexuel déjà condamné »

  • Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Drogue : pour Macron, la répression en totem

    Mettre un fléau systémique sur le dos des individus. C’est du libéralisme pur sucre. Et sans surprise, c’est l’essentiel du message du président de la République délivrée mardi à Marseille pour répondre au narcotrafic. En opposant les habitants des quartiers qui subissent de plein fouet la guerre de la drogue et ceux qui achètent ces produits, sous-entendus les « petits-bourgeois » des beaux quartiers, Emmanuel Macron ne fait pas avancer d’un iota le débat. Croit-il sérieusement que le passage de 200 à 500 euros de l’amende pour consommation va stopper l’usage de la drogue ? C’est faire fi de la dimension addictive et du problème de santé publique liée à la consommation de stupéfiants en France. Elle touche toutes les catégories sociales. Les trafiquants le savent.

    Marché de la mort

    Certes le président de la République a aussi parlé démantèlement des réseaux, de têtes aux manettes de ce marché de la mort à faire tomber. Mais les mots doivent être suivis d’actes courageux, concrets. L’État va-t-il prendre langue avec les dirigeants des pays producteurs à l’instar du Maroc ? Va-t-il enfin doter le port de Marseille de détecteurs efficaces pour ausculter les containers ? Va-t-il, cet État si répressif, donner tous les moyens à la justice – autre que des places de prison – pour lutter contre la corruption, mener des enquêtes, remonter les réseaux ? Va-t-il rétablir la police judiciaire démantelée ? Va-t-il protéger ceux qui osent parler, dénoncer ? La réponse à la pieuvre doit être multiforme et ne peut se payer de formules. L’État doit y mettre tous les moyens.

  • La santé mentale en milieu carcéral

    La santé mentale en milieu carcéral

    Le taux de suicide en détention est dix fois supérieur à celui de l’extérieur, et les troubles psychiatriques y sont de trois à dix fois plus fréquents. Ces chiffres révèlent une crise de la santé mentale en milieu carcéral. Cette situation s’explique tant par les difficultés antérieures à l’incarcération que par les effets amplificateurs de la souffrance psychique de la détention elle-même. Pourtant, l’accès aux soins reste largement insuffisant, exposant davantage les détenus.

    L’accès à la santé mentale est pourtant reconnu comme un droit fondamental, et la loi du 18 janvier 1994 impose un accès équivalent entre personnes détenues et personnes libres. Cela inclut une consultation médicale et un entretien psychologique à l’entrée en détention, assuré par des services médico-psychologiques régionaux (SMPR), avec des consultations, des soins ambulatoires et des hospitalisations, et par des unités hospitalières spécialement aménagées (Usha) en cas de troubles mentaux graves.

    Sur le terrain, les moyens alloués restent largement insuffisants pour répondre à l’ampleur du besoin, avec des équipes médicales constamment en sous-effectif, des délais d’attente anormalement longs et des consultations écourtées faute de personnel. À la prison des Baumettes, cette situation a conduit les soignants à entamer plusieurs grèves pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail. L’ouverture récente de la nouvelle aile, Baumettes 3, suscite des inquiétudes quant à l’accès au soin des détenus, avec une surpopulation prévue, et des équipes médicales déjà débordées.

    Créer un véritable continuum

    de soins

    Certains professionnels alertent sur une dérive plus structurelle, où la logique sécuritaire propre au milieu carcéral prendrait le pas sur le droit fondamental à la santé. Dans les quartiers disciplinaires, l’accès aux soins se réduit encore davantage, laissant l’évaluation de la dangerosité primer sur la mission de prise en charge. Par ailleurs, l’article 40 de la loi pénitentiaire autorise l’administration à restreindre l’accès aux soins pour des motifs de sécurité, ce qui accentue les tensions autour du droit des personnes détenues à recevoir un suivi psychiatrique adéquat.

    Le CGLPL et l’OIP dressent le même constat : la prison concentre une forte prévalence de troubles psychiatriques, mais l’accès effectif à des soins de qualité reste très insuffisant. Ils recommandent notamment la création d’un véritable continuum de soins tout au long du parcours carcéral, appuyé sur des structures hospitalières renforcées, ainsi que la nécessité de réduire l’incarcération des personnes souffrant de troubles mentaux sévères.

    Par Swane Mas (SAF Marseille)

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  • Un livre sur l’affaire Georges Ibrahim Abdallah

    Un livre sur l’affaire Georges Ibrahim Abdallah

    Il était considéré comme le « plus vieux détenu de France ». Incarcéré en 1987 pour complicité d’assassinats de diplomates états-unien et israélien, Georges Ibrahim Abdallah, est sorti de sa prison de Lannemezan le 25 juillet dernier, après plus de quarante ans de détention et alors qu’il était libérable depuis 25 ans.

    Ce vendredi 12 décembre, l’Union locale CGT de Martigues, le collectif Solidarité Palestine et l’association Car t’y es libre présentent l’ouvrage de René Naba « Georges Ibrahim Abdallah : l’emmuré de Lannemezan. Un homme debout », qu’ils co-éditent, en présence de l’auteur et de l’avocat franco-palestinien, défenseur des droits de l’Homme, Salah Hamouri.

    Dans son livre, le journaliste et écrivain franco-libanais, ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP, retrace le parcours politique et militant du Libanais communiste, qui s’était engagé dès sa jeunesse dans le combat anti-impérialiste au Proche-Orient. « Je voyais les entrailles de cette affaire-là », explique-t-il. L’ouvrage « se veut être une radioscopie des turpitudes françaises et des différences entre l’idée que le pays se fait de lui-même, autrement dit son discours, et son comportement ».

    Un acte de solidarité

    René Naba analyse : « La France était la fille aînée de l’Église et se présentait comme la protectrice des chrétiens d’Orient. Quand elle a quitté le Liban, elle a donné la totalité des pouvoirs effectifs à la communauté maronite, qui était privilégiée. (…) Georges Ibrahim Abdallah était chrétien maronite, ce n’est pas lui qui s’est livré à un tel acte, à l’exécution des diplomates israélien et américain. Il aurait dû bénéficier d’une protection, mais le problème c’est qu’il a transgressé ces données de base : il est devenu communiste et pro-palestinien, ce qui est le crime absolu. »

    L’écrivain ajoute : « La France, pour se refaire une virginité, a troqué son antisémitisme pour un anti-arabisme et ensuite une islamophobie qui fait le miel de l’extrême droite française » et Georges Ibrahim Abdallah en « est une victime collatérale ».

    À travers son cas, le livre interroge la justice de classe et l’instrumentalisation politique de l’appareil judiciaire. Il se veut être un outil et un acte de solidarité internationaliste : l’écrivain a renoncé à ses droits d’auteur et les bénéfices des ventes seront reversés au Collectif solidarité Palestine et à l’association Car t’y es libre afin de soutenir leurs actions envers les populations opprimées. À l’heure où l’activisme est de plus en plus réprimé et criminalisé, René Naba se veut positif : « Le militantisme donne des résultats, dès lors qu’il est cohérent solide, méthodique, systématique, qu’il se refuse à la moindre concession et qu’il est justifié. »

  • Les journalistes provençaux exigent la libération de Christophe Gleizes

    Les journalistes provençaux exigent la libération de Christophe Gleizes

    Liberté pour Christophe Gleizes », peut-on lire sur des dizaines de pancartes, ce lundi matin, sur le Vieux-Port. à l’appel de la section de Provence de l’Union des journalistes sportifs en France (UJSF), une quarantaine de journalistes sont venus apporter leur soutien à Christophe Gleizes, incarcéré depuis un an et demi en Algérie,

    Le journaliste sportif a été arrêté dans le nord du pays le 28 mai 2024, alors qu’il réalisait un reportage sur le club de football Jeunesse sportive de Kabylie. Il est condamné, en juin 2025, à 7 ans de prison pour « apologie du terrorisme ». La justice algérienne lui reproche de s’être entretenu avec le président du club de foot qui est également responsable du mouvement de l’autodétermination de la Kabylie (MAK), considéré comme terroriste par l’Algérie depuis 2021. La cour d’appel de Tizi-Ouzou a reconfirmé sa condamnation mercredi dernier.

    Face à cette nouvelle décision judiciaire, l’UJSF a appelé à une mobilisation nationale en soutien à Christophe Gleizes. Un appel auquel a répondu la section de Provence. « Cette action est symbolique pour marquer notre désapprobation, car cet emprisonnement est en contradiction avec la liberté de la presse », explique Gérard Poncié, président de la section Provence de l’UJSF.

    Défendre le métier

    Un rassemblement qui ne se limite pas aux journalistes sportifs, mais qui a mobilisé toute la profession. Eric Miguet, journaliste au service podcast de La Provence tenait à être présent : « En tant que journaliste, c’est important de prendre part à cette mobilisation pour témoigner notre soutien à un confrère, emprisonné pour avoir fait son travail. »

    Une entrave à la liberté de la presse qui, d’après Dine Gazoul, journaliste franco-algérien présent au Vieux-Port, n’est plus si rare en Algérie. « Il y a d’autres journalistes qui sont incarcérés simplement pour avoir dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec le gouvernement, explique le journaliste. Il faut que les instances internationales et françaises bougent pour exiger que la liberté d’expression soit garantie. »

    Le 27 novembre dernier, un journaliste algérien, Saâd Bouakba, a été condamné à 3 ans de prison pour « insulte et diffamation des symboles de la Révolution », après une émission accusant d’anciens membres du FLN (Front de libération nationale) d’avoir pris le contrôle d’une partie du « trésor du FLN ».

    Noa Thevenin, photojournaliste en formation, est aussi venu pour protéger son futur métier. « L’incarcération de Christophe Gleizes ne fait que confirmer que c’est de pire en pire pour la liberté de la presse, en Algérie, mais aussi partout dans le monde, se désole-t-il. Il faut se mobiliser maintenant pour défendre le métier. »

  • L’accès au téléphone en milieu carcéral

    L’accès au téléphone en milieu carcéral

    Le téléphone occupe une place centrale dans nos vies quotidiennes, facilitant l’accès à l’information et le maintien des liens personnels. En prison pourtant, cet outil reste difficilement accessible. Les conditions d’usage sont souvent obsolètes et très encadrées, limitant fortement le contact avec l’extérieur. Ce décalage renforce la fracture numérique et l’isolement carcéral. Bien que cette limitation soit en partie justifiée par la nécessité d’empêcher l’usage du téléphone pour organiser des trafics ou d’autres activités illicites depuis la détention, l’accès au téléphone en prison constitue néanmoins un enjeu de dignité et de réinsertion sociale.

    La réinsertion sociale, finalité de la peine selon le Code pénal, passe par la préservation des liens personnels. Le droit au respect de la vie familiale des détenus, affirmé par la loi du 24 novembre 2009, vise à favoriser ces liens notamment par l’usage facilité du téléphone.

    En pratique, les appels se font depuis des cabines situées dans les cours de promenade ou, plus récemment, depuis un poste fixe installé en cellule. Le CGLPL est régulièrement alerté de pannes prolongées de ces équipements, qui privent les détenus de communication pendant plusieurs jours. Dans les quartiers disciplinaires, les appels sont limités à un par semaine, aggravant encore l’isolement.

    La surpopulation carcérale, manifeste aux Baumettes avec 203% d’occupation, compromet aussi la confidentialité des échanges. Si certains appels peuvent être contrôlés par l’administration, ceux entre un détenu et son avocat doivent rester protégés. Or, l’absence d’isolation phonique rend cette confidentialité illusoire. Les lignes d’écoute psychologiques souffrent des mêmes contraintes : il est difficile de parler librement dans une cellule surpeuplée.

    Réseaux souterrains de trafic

    et de corruption

    L’usage du téléphone fixe creuse la fracture numérique entre les milieux libre et fermé. Alors que la société communique toujours plus, avec un matériel toujours plus innovant, les personnes détenues se partagent l’accès à des téléphones souvent obsolètes et coûteux : un détenu dépense jusqu’à 75 euros par mois pour vingt minutes d’appel quotidien. Les mineurs subissent le même régime tarifaire, sans ressources propres.

    Enfin, l’interdiction absolue du téléphone portable, assortie de sanctions pénales et disciplinaires, demeure largement contournée. En effet, il apparaît peu réaliste d’interdire un outil devenu si banal et si nécessaire à n’importe quel citoyen dans notre société. Le CGLPL recommande un accès contrôlé au téléphone portable qui permettrait d’éviter les recours systématiques et inévitables aux réseaux souterrains de trafic et de corruption de téléphones en prison.

    Par Swane Mas (SAF Marseille)

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  • Une cellule de prison inspirée de Luynes 2 reconstituée à Aix-en-Provence

    Une cellule de prison inspirée de Luynes 2 reconstituée à Aix-en-Provence

    Ouverte à la visite ce mercredi, de 10h à 18h et ce jeudi,
    de 10h à 13h, l’exposition, proposée
    par le Groupe local de concertation prison, est organisée dans le cadre des Journées nationales prison.

    Objectif : rendre compte des conditions de détention actuelles, en France. Par ailleurs, une projection du film documentaire de Valérie Müller, Danser sa peine, qui retrace le travail d’Angelin Prejlocaj avec des détenues aux Baumettes, est prévue ce mercredi 26 novembre à 20h. Rendez-vous est donné à l’hôtel Maliverny. Entrée libre et gratuite.

  • Nicolas Sarkozy est sorti de prison

    Nicolas Sarkozy est sorti de prison

    Un petit tour et puis s’en va. Nicolas Sarkozy est sorti de prison. Il avait été incarcéré le 21 octobre à la Santé, à Paris, suite à sa condamnation à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt assortie d’une exécution provisoire par le tribunal correctionnel de Paris, pour avoir laissé ses collaborateurs démarcher le président Kadhafi pour solliciter un financement occulte de sa campagne de la présidentielle de 2007.

    La cour d’appel de Paris a donné un avis favorable à sa demande de remise en liberté, examinée lundi 10 novembre, dans l’attente de son procès en appel qui devrait avoir lieu en mars 2026. Le contrôle judiciaire auquel sera soumis Nicolas Sarkozy est assorti de deux interdictions : de rentrer en contact avec les autres coprévenus et avec les hauts responsables de la justice française, comme le garde des Sceaux.

  • [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    [Entretien] Anthony Caillé : « Renouer le lien entre la population et la police »

    Enquêteur à la PJ, le syndicaliste est entré dans le métier à l’heure de la police de proximité. Il raconte le glissement d’une mission, s’appuyant sur de solides statistiques mais aussi l’histoire. Et propose des pistes de réflexion, s’inspirant des approches québécoise ou belge.

    La Marseillaise : Pourquoi avoir choisi de sortir ce livre maintenant ?

    Anthony Caillé : Il n’y a pas de contexte particulier. En 2023, 2024, le ministère de l’Intérieur a mis en place une formation universitaire à Amiens, vers un diplôme en sociologie sur le thème « police population » auquel j’ai participé. Lorsque j’ai rendu mon mémoire, il y a eu une conférence de presse. L’éditeur [Éditions de l’Atelier, Ndlr] a lu mon travail et a estimé qu’il était [intéressant à publier]. L’idée pour moi c’est de lancer le débat.

    On est tout de même confronté à un « tout sécuritaire » qui s’accentue…

    A. C. : J’aurais pu écrire ce livre il y a 5 ans, c’était pareil. Je l’ai bâti comme une démonstration. Le lien avec la population n’existe quasiment plus mais on peut le reconstruire. J’ai voulu aussi rappeler la définition du service public, le contrat social, l’intérêt général. On est dans un pays de droits et de liberté. Pour qu’ils puissent être garantis, il nous faut une police de service public au service du public. Un peu comme la santé, l’école. Les gouvernants ont tendance à la détourner de cette mission pour en faire autre chose. C’est dans la continuité du dernier communiqué que nous avons fait sur la garde prétorienne de Nicolas Sarkozy à la prison de la Santé. [Deux policiers, installés dans une cellule voisine, sont chargés d’assurer sa protection, la CGT-Intérieur et Pénitentiaire ont déposé un recours en justice pour excès de pouvoir. L’audience doit se tenir le 12 novembre, Ndlr]. Aujourd’hui, la police est là pour servir nos gouvernants avant que de servir l’État. C’est là tout le problème. En attaquant en justice, nous voulons des réponses sur ce régime d’exception.

    Vous évoquez aussi la perte de sens du métier. Est-ce uniquement une question de moyens ?

    A. C. : C’est aussi une question politique, de recrutement, de formation. Il faudrait un concours qui prépare mieux. Il y a 40 ans vous passiez un concours d’inspecteur pour faire de la police judiciaire, pas autre chose, le concours de gardien de la paix pour faire de la police secours, le concours de la police aux frontières pour être dans les ports et les aéroports… Aujourd’hui vous passez un concours et pouvez être amené à faire tout ça. Cela a contribué à démolir la motivation.

    Comment en est-on arrivé là ?

    A. C. : Il y a le vocable, on ne parle plus de gardien de la paix mais de forces de l’ordre. La tenue aussi, on a militarisé les policiers. Leur mission première c’est de faire de l’intervention car le délit est en cours, il n’y a plus de prévention. Il y a aussi tout l’aspect politique. C’est la course à l’échalote. Chaque fois on en remet une couche, les chaînes d’info en continu ont d’ailleurs joué un rôle énorme. Beaucoup de lois ont aussi conféré plus de pouvoir à la police administrative, notamment celle sur la lutte cotre le terrorisme qui a intégré le droit d’urgence dans le droit commun. C’est l’effet cliquet, on n’arrive jamais à revenir en arrière.

    La sécurité est d’ailleurs devenue un argument électoral. Comment l’analysez-vous ?

    A. C. : Pour la première échéance, les municipales, les maires ont effectivement une politique sécuritaire dont le coût est énorme pour l’administré. Nous, à la CGT, la police de l’édile, c’est tout ce que l’on ne veut pas. C’est une rupture d’égalité manifeste. Il faut bien expliquer aux gens aussi qu’ils paient deux fois du coup. Pour la présidentielle, le cap qui sera donné va peser. Rappelons que Sarkozy a été élu uniquement sur son programme sécuritaire. C’est pour ça qu’il fait ouvrir le débat. C’est là aussi où la gauche a fait l’erreur de ne plus s’en emparer, le laissant à la droite et à l’extrême droite. Il va falloir avancer.

    Comment recoller les morceaux ?

    A. C. : Il faut redéfinir les missions, remettre une police de proximité, remettre des commissariats de quartier, faire la tournée des popotes avec de vraies réunions de conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance où les maires prennent toute leur place… Alors qu’on leur explique surtout qu’il faut mettre de la police municipale et des caméras de vidéosurveillance. Or la Cour de comptes le dit : 2% des affaires sont résolues grâce à la vidéosurveillance. Quand on sait ce qu’on y met comme pognon à l’année…

    « Que peut la police » par Anthony Caillé, aux éditions de l’Atelier, 18 euros, 144 pages, dans toutes les librairies.

  • Le chirurgien aubagnais reconnu coupable d’escroqueries sur dix CPAM

    Le chirurgien aubagnais reconnu coupable d’escroqueries sur dix CPAM

    L’ex-chef du service de chirurgie orthopédique du centre hospitalier d’Aubagne a été reconnu coupable mercredi d’escroquerie aggravée au préjudice de notre système de protection sociale : plus de 400 000 euros détournés en trois ans en explosant son activité libérale et en double facturant des actes fictifs. Il écope de deux ans de prison avec sursis et de 100 000 euros d’amende. La condamnation est assortie d’une interdiction d’exercer pendant 5 ans sa profession en activité libérale au sein d’un hôpital public et à 5 ans d’inéligibilité.

    Le docteur Ikbel Farhat, 52 ans, qui plaidait l’erreur, l’ignorance et le complot à son procès le 21 octobre, était le seul des 7 médecins avec activité libérale au sein de l’hôpital d’Aubagne, à avoir explosé le volume de remboursement d’interventions par la Sécurité sociale : 313 actes en 2019 pour 98 000 euros d’honoraires libéraux, 569 actes pour 159 000 euros en 2020 et 845 en 2021 pour 327 000 euros, soit cette année-là 113% d’activité libérale, un taux surréaliste et incompatible avec la limitation à 20% pour un praticien hospitalier public à temps plein déjà rémunéré 10 000 euros par mois.

    « Le volume de ces facturations indues exclut la simple erreur », considère le tribunal pour qui le chirurgien n’a pas seulement facturé en libéral des actes relevant du public, mais a également facturé des actes accomplis par des confrères à lui, leur « volant des malades », des actes fictifs remboursés une seconde fois par la Sécurité sociale. Ainsi des actes sur 57 patients du docteur Roge qui découvrait le pot aux roses, que le prévenu réussissait à se faire rembourser en faussant des feuilles de soins.

    « Ces comportements démontrent une réelle volonté de frauder, dans un objectif purement financier », énonce le jugement rendu par la 6e chambre correctionnelle qui observe que le praticien « se présente comme un médecin dédié au service public et ne faisant pas ce métier par appât du gain, alors que le tribunal peine à voir quel autre intérêt il y aurait dans ces actions, qui n’ont aucune plus-value pour le patient ».

    Les CPAM des Alpes-Maritimes, du Bas-Rhin, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, les moins impactés ont obtenu la fixation de leurs dommages-intérêts pour une poignée d’actes frauduleux. En revanche, les intérêts civils des CPAM les plus lourdement touchés, celles du Var, des Bouches-du-Rhône, de l’Ardèche et la caisse nationale militaire de Sécurité sociale, seront examinés à l’audience du 7 mars 2026. Le conseil départemental de l’Ordre des médecins obtient un euro symbolique.