Tag: prison

  • Les soutiens d’El Mahdi Lyoubi appellent à sa libération

    Les soutiens d’El Mahdi Lyoubi appellent à sa libération

    Dès 19h50 mardi, une foule s’agglutine autour d’une table sur le Vieux-Port. L’étal présente toute une collection de tee-shirts tous floqués du même slogan : « Free Koulchi, Free El Mahdi ». Autour, les militants s’affairent, peignent des affiches, distribuent des pancartes, diffusent des tracts. À quelques mètres, une grande enceinte diffuse Chavez, l’un des titres de Mehdi Black Wind, de son vrai nom El Mahdi Lyoubi, artiste marocain incarcéré, depuis plus d’une semaine, dans la prison d’Oukacha, à Casablanca. C’est pour réclamer sa libération et à l’appel du Comité de soutien Free El Mahdi que plus d’une centaine de personnes, selon la préfecture, se sont rassemblées au pied de la Canebière.

    Installé à Marseille depuis plusieurs années, le rappeur et cinéaste a été arrêté par les autorités marocaines le 13 juillet, à l’occasion d’une visite dans son pays natal. À la veille de sa première audience, prévue ce mercredi à 10h30 à Casablanca, ses soutiens ont jugé indispensable de rappeler leur solidarité totale avec l’artiste, qu’ils estiment incarcéré en raison de ses prises de position en faveur du mouvement de contestation Gen Z 212 (en référence à l’indicatif téléphonique du Maroc + 212), né fin septembre. Dans la rue, les jeunes marocains s’étaient mobilisés en masse pour dénoncer la situation politique et économique du pays avant d’affronter une sévère répression.

    « Liberté, dignité, justice sociale », ont scandé, mardi, les manifestants en arabe, en hommage à ce slogan repris lors des mobilisations de la Gen Z. « Aujourd’hui, Mehdi est visé par la répression du pouvoir marocain parce qu’il fait un portrait réaliste des injustices qui l’entourent, (…) parce qu’il défend sa liberté d’expression et celle des autres, parce qu’il a soutenu tous les mouvements pour la justice au Maroc et en dernière date, le mouvement Gen Z 212 », s’est émue la représentante du comité de soutien. El Mahdi Lyoubi est le quatrième rappeur soutien du mouvement populaire à être arrêté par le pouvoir marocain, après Souhaib Qabli, Jawad Asradi et Hamza Raid.

    Dénoncée dans une tribune publiée aujourd’hui sur le site de Libération, la situation d’El Mahdi Lyoubi alerte aussi la société civile internationale : Montréal, Berne, Genève, Douarnenez, Bruxelles et Paris ont déjà accueilli des rassemblements de soutien. Mercredi, à 10h30, heure théorique du début d’audience de l’artiste, une nouvelle mobilisation doit se tenir devant le tribunal Aïn Sebaa, à Casablanca.

  • « Si tu peux parler, c’est que tu respires »

    « Si tu peux parler, c’est que tu respires »

    Par Clara Ben Soussan, avocate au barreau de Marseille

    Ce ne sont pas des mots rassurants, dits à un enfant inquiet qui crierait alors qu’il a avalé un bon de travers et qui aurait peur de s’étouffer.

    Ce ne sont pas des mots qui rassurent, ce sont des mots qui torturent. « Si tu peux parler c’est que tu respires », c’est la phrase rapportée par de nombreux détenus du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe (Orne) et écrite au feutre sur le tableau du bureau des officiers, ponctuée d’un smiley sourire.

    C’est Madame Simonnot, Contrôleuse des Lieux de Privation de Liberté (CGLP), qui nous permet d’avoir accès à ce qu’il se passe dans ce quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Celle-ci nous apprend aussi que cette phrase accompagne souvent un « pliage », c’est-à-dire une technique utilisée par des surveillants pour projeter au sol et immobiliser au sol des détenus. Ces mots y sont utilisés comme une arme d’autorité accompagnant des violences physiques illégitimes et graves.

    C’est Gérald Darmanin, ministre de la Justice, qui est à l’initiative de ces QLCO ; son objectif était d’isoler totalement les détenus considérés comme particulièrement dangereux dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. à ce sujet, et dans une lettre du 15.10.2025, il expliquait avoir « engagé une transformation profonde de notre système pénitentiaire pour rétablir l’autorité de l’État dans les prisons, et rendre la détention plus efficace et plus sûre pour mieux protéger les Français ».

    Ce qui est décrit par la CGLP à l’intérieur de cette prison ne relève pas de l’autorité de l’État. Des propos ignobles, tenus par des surveillants sont rapportés : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser » ou des chants tels que : « Ici, c’est chez nous, ici c’est le IIIe Reich, les nazis c’est nous ».

    Ces établissements sont devenus des lieux de non-droit dans lesquels certains surveillants s’offrent le droit de contrevenir à leurs propres règles déontologiques et à la loi. En effet, les injures raciales constituent une contravention et les violences aggravées (par personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme, en raison de l’origine, etc.) sont un délit.

    L’an dernier, le ministre de la justice s’est montré particulièrement insistant sur la nécessité de ces prisons dites de haute sécurité ; tellement insistant qu’il n’a eu que faire des préconisations et alertes préventives des professionnel.les du droit et des travailleur.euses pénitentiaires qui l’ont alerté sur les conditions indignes de détention.

    Il est désormais temps qu’il entende les plaintes fondées, actuelles et graves qui sont formulées. La dignité et le respect des détenus ne peuvent être mis à mal par la violence institutionnelle qui règne dans ces établissements.

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  • À Marseille, un entrepreneur condamné à un an de prison ferme pour escroquerie

    À Marseille, un entrepreneur condamné à un an de prison ferme pour escroquerie

    Escroquerie, escroquerie en récidive, faux, usage de faux et pratiques commerciales trompeuses, c’est la liste des infractions pour lesquelles Laurent Pepoli, ex-entrepreneur dans le secteur des travaux, a été condamné par le tribunal correctionnel de Marseille. Au total, entre 2024 et 2025, près d’une quinzaine de plaintes ont été reçues par les agents de la Concurrence, de la Consommation et de la répression des fraudes (CCRF) de la Direction départementale de protection des populations, mais aussi par les services de gendarmerie de Cassis. Le motif ? Des chantiers « abandonnés ou achevés avec de nombreuses malfaçons », indique la DGCCRF dans un communiqué publié le 10 juillet. Et l’enquête a permis d’établir un mode opératoire bien rodé : contacté sur les réseaux sociaux, Laurent Pepoli se rendait au domicile de ses clients pour établir un devis avant d’insister pour obtenir 30 à 40% d’acompte. Au commencement du chantier, il exigeait le règlement de l’intégralité de la somme due avant d’abandonner les travaux.

    Après de multiples convocations ignorées, le chef d’entreprise a finalement été condamné, notamment, à un an de prison ferme, 10 000 euros d’amende et une indemnisation des victimes à hauteur de plus de 200 000 euros.

  • 115 détenus à Nîmes saisissent la justice

    115 détenus à Nîmes saisissent la justice

    Après avoir porté plainte contre Bruno Retailleau pour « discrimination » et « incitation à la haine » lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, Khadija Aoudia porte cette
    fois plainte contre Gérald Darmanin, le ministre de la Justice. En conférence de presse mercredi 8 juillet, l’ancienne bâtonnière du barreau de Nîmes a précisé que ce n’était pas contre la personne morale, mais contre le ministre de la Justice que la plainte avait été déposée pour « non-assistance à personne en danger ».

    Khadija Aoudia porte en effet une démarche inédite en France. Elle est parvenue à rassembler 115 détenus (elle en attend d’ailleurs d’autres avant de déposer officiellement la plainte avant la fin du mois) pour porter l’affaire devant la Cour de justice de la République (CJR). Les 115 détenus dénoncent en effet leurs conditions de détention à Nîmes. « C’est eux qui ont écrit », précise Khadija Aoudia. « J’ai juste aidé à la mise en forme. C’est la première fois qu’une telle démarche est engagée. Au lieu de provoquer de la violence entre eux, les détenus ont montré qu’ils pouvaient se fédérer et mener une action commune. »

    Une procédure administrative

    Une situation connue tant la surpopulation carcérale est importante à la prison de Nîmes qui est passée de 480 détenus (pour 190 places) en 2024 à 770 détenus (pour 340 places) actuellement. Vidéos à l’appui, Khadija Aoudia a ensuite décrit les conséquences de cette surpopulation : « Cela entraîne une dégradation de l’état psychologique et physique des détenus. L’insalubrité des lieux est manifeste, avec de l’humidité, pas d’aération, de la moisissure, des températures ressenties actuellement de 50 degrés. Il y a aussi des punaises de lit, des rats et des cafards. L’accès aux soins est quasiment impossible et l’accès aux douches est impossible car il n’y a pas assez de surveillants pour les emmener. C’est une catastrophe pour la dignité humaine. Et quel est le ministre de la Justice qui n’a pas été au courant de ces conditions ? Pour moi, le ministre de la Justice est parfaitement au courant des conditions et des risques, la non-assistance à personne en danger est donc caractérisée. »

    En parallèle de cette plainte déposée au pénal, Maître Arnaud Lemoine va déposer un recours administratif pour que la direction de la maison d’arrêt de Nîmes améliore la situation même si l’avocat a peu d’espoir. L’administration a deux mois pour y répondre « Nous constatons un effondrement du service public. L’administration doit donc rendre des comptes. L’État français a déjà été condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme mais rien ne bouge. L’État ne peut pas se dédouaner de l’absence de moyens. Il faut d’abord définir les buts à atteindre et ensuite se donner les moyens », fustige l’avocat.

    Cette double démarche pourrait faire des émules. Bien conscients de la surpopulation carcérale, de nombreux détenus partout en France sont au courant de cette démarche et l’initiative pourrait faire des petits. Une plainte similaire pourrait d’ailleurs être annoncée dans les prochaines semaines à Villeneuve-lès-Maguelone dans l’Hérault.

    « C’est la première fois qu’une telle démarche est engagée »

  • Marc Pena en visite au centre pénitentiaire de Luynes

    Marc Pena en visite au centre pénitentiaire de Luynes

    Chaque matin, les remontées d’effectifs arrivent sur les bureaux de la direction. Ce matin-là, au centre pénitentiaire de Luynes, plus de 2 000 détenus sont recensés sur le vaste site, pour une capacité d’accueil de 1 420. Un état des lieux dressé devant Marc Pena, député (PS) de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône, en visite inopinée, dans le cadre de son travail parlementaire, comme l’autorise la loi. Après avoir visité deux Centres de rétention administrative (CRA), le député se rend pour la première fois dans un centre pénitentiaire, où prévenus en attente de jugement et condamnés pour de courtes peines sont incarcérés. « On sait que la surpopulation est évidente, elle est même plus élevée que la moyenne nationale », estimait le député, juste après avoir annoncé sa venue au portique de sécurité. La période choisie pour cette visite ne tient pas du hasard, non plus. Alors que le département connaît une nouvelle vague de chaleur, les conditions de détention et de travail pour les personnels sont d’autant plus rudes.

    « Équilibre » à tenir

    Première étape de visite dans le bâtiment historique de la prison (Aix 1) pour le député, les bureaux minimalistes de la direction, où les plans de l’établissement, composé de deux bâtiments principaux, ont été expliqués par Jean-Pierre Charpentier-Tity, directeur de la prison, aux côtés d’une co-directrice de détention. « Est-ce que vous êtes capables de construire les possibilités d’une réinsertion ? » pose Marc Pena. Avec un schéma chronique « d’effectifs en moins », « en soi, tout est impacté pour une réinsertion optimale », résume Jean-Pierre Charpentier-Tity. Rapidement, les conditions ici, un sujet récurrent, sont établies. « On ne connaît pas nécessairement de baisse de budget », contextualise le directeur d’établissement. Mais plutôt une « multiplication des missions », pour lesquelles on « affecte du nouveau personnel ». À ses côtés, sa consœur détaille une organisation obligatoirement rodée. « La détention, c’est un équilibre qu’il faut tenir », résume cette dernière. Un surveillant gradé, présent au cours des échanges, estime que sur la région Paca, ce sont « 600 postes qui ne sont pas ouverts budgétairement ». Ce premier échange bouclé, direction le quartier des jeunes majeurs, où une activité est animée des personnels associatifs et éducateurs. « Il fait 40 degrés ici, regardez comme on transpire », lance l’un des jeunes détenus. Un peu plus loin, dans le quartier des mineurs, des ateliers cuisines sont en cours : on prépare la remise des diplômes, barreaux aux fenêtres. On ouvre les portes des cellules débordantes d’affaires à l’improviste. En détention ordinaire, certains sont deux dans une cellule d’un, ou trois dans un espace pour deux. « Si je fais le bilan général (…) on a le côté classique, des effectifs de détenus extrêmement importants, une surpopulation carcérale, des petits moyens pour faire des choses que l’on voudrait plus efficaces », résume le député. Ces constatations, explique le député, permettront de poursuivre un travail législatif, d’abord en vue du prochain budget. « Je vais faire des amendements pour avoir des arbitrages financiers, et faire d’autres propositions concernant les peines et la prison », propose le député. À terme, il voudrait voir « un aménagement différent des peines ». Sur Luynes, spécifiquement, une question écrite devrait être adressée au garde des Sceaux. Eva Bonnet-Gonnet

  • Marine Le Pen déclarée coupable mais éligible pour 2027

    Marine Le Pen déclarée coupable mais éligible pour 2027

    Dans l’affaire des assistants d’eurodéputés du Front national, Marine Le Pen a été condamnée à trois ans de prison dont deux avec sursis et un an ferme sous bracelet électronique ce mardi par la cour d’appel de Paris. Sa peine d’inéligibilité de 45 mois dont 30 avec sursis, a déjà été exécutée.

    La triple candidate à l’élection présidentielle pourrait théoriquement se présenter pour une quatrième campagne mais celle ci avait exclue de la mener avec un bracelet électronique.

    «Les faits sont graves» a répété la présidente de la cour d’appel de Paris, dès le début de l’audience qui s’est ouverte à 13h30.

    Marine Le Pen avait été condamnée en première instance, l’an dernier, à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate pour détournement de fonds du Parlement européen. Elle voit donc sa peine réduite.

  • Confiscation requise du Marché du Soleil

    Confiscation requise du Marché du Soleil

    Quatre ans de prison avec sursis, l’interdiction définitive de gérer ont été requis à l’encontre de George Dahan, 81 ans, décrit par la procureure Anne-Sophie Larrouy comme « le patriarche omnipotent, le roi du Marché du Soleil qui a maintenu un écosystème de contrefaçons dans ce vrai labyrinthe où toute place est bonne à prendre ». Mais c’est sans doute la confiscation des lots et parcelles formant ce marché, « instrument des infractions », et sa fermeture judiciaire définitive requise qui pourraient sceller une page de l’histoire des élites marchandes de la cité phocéenne. « Dès 2020, Georges Dahan n’a plus rien fait pour endiguer la contrefaçon car ce système ça l’arrange », tout comme « l’opacité de gestion locative qui permet l’exécution d’un plan de fraude avec des box où l’on s’y perd. Le blanchiment aggravé habituel va de pair dans un monstre lucratif qui s’agrandit au fil des années où tout le monde à son rôle et est arrosé ».

    La gestionnaire et femme de confiance, Leila Hireche, se voit réclamer une peine de trois ans avec sursis et dix ans d’interdiction de gérer. De 18 mois à 30 mois avec sursis sont requis à l’encontre de ses « bras armés », les deux gardiens du temple Abdelmalek Saddouki et Abdelhamid Djermoune. « On leur reproche d’avoir simplement fait leur travail. On a des sur interprétations des écoutes téléphoniques », estime Me Thomas Hugues qui a plaidé la relaxe.

    S’agissant des trois policiers municipaux Grégory P., Yanice E. et Ali T. et la fonctionnaire de préfecture Zoubida Kerbadou, accusé de s’être vautrés dans la corruption et le trafic d’influence, l’interdiction définitive d’exercer est réclamée avec des peines de 12 à 15 mois de prison avec sursis. Les Douanes ont réclamé 84,6 millions d’euros d’amende douanière. 28 marques se sont constituées parties civiles dont 12 marques du groupe LVMH (Dior, Kenzo, Fendi, Givenchi, etc.) venues déplorer une « atteinte irrémédiable » à leur image.

    Agacé par ce défilé de mastodontes du luxe dont « le groupe LVMH et ses 80,8 milliards de chiffre d’affaires en 2025 qui vient déverser des larmes de crocodile », Me Stéphane Ceccaldi, avocat de George Dahan et de sa société, a aligné les punchlines. « Au regard des tarifs qu’il pratique, le malletier Vuitton n’a manqué aucune vente au Marché du Soleil ! », lance-t-il ou de Hermès dont « la marge habituelle est de 71% sur ses produits ». « Qu’est qui porte le plus atteinte à l’image d’une marque ? Georges Dahan avec sa kippa, ses béquilles et son Marché du Soleil ou bien Bernard Arnault qui veut être résident fiscal belge et Hélène Mercier-Arnault sa femme qui pense qu’être SDF c’est un choix de vie ? Tout cela relève de la tartuferie la plus complète comme dit Georges Clémenceau ! ». D’ajouter : « Le parquet et la préfète de police ont décidé de se faire le Marché du Soleil, de le fermer et de confisquer les murs pour quoi en faire… une opération de promotion immobilière ? » Dans ce « tour de passe-passe », le parquet n’a même pas poursuivi les commerçants contrefacteurs.

    Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 7 septembre.

  • La surpopulation carcérale, principale source d’indignité

    La surpopulation carcérale, principale source d’indignité

    « C’est une visite de contrôle, c’est aussi notre rôle », explique le député de L’Après qui poursuit son inspection des lieux de privation de liberté. Les premières visites des parlementaires dans les centres de rétention administrative (CRA) des prisons et des centres éducatifs fermés pour mineurs ont donné lieu à des rapports qui tendent à redresser la barre de la dignité.

    « Le dernier rapport issu de ces visites a été suivi d’une injonction du bâtonnier avec ordonnance du tribunal en 2025 et la plupart des recommandations ont été respectées », relève Hendrik Davi en ressortant du commissariat de Noailles où il a fait le tour des huit cellules individuelles et d’une cellule collective de garde à vue. Il détaille : « Il y a eu un effort sur le traitement des nuisibles, rats et cafards, autant que se peut dans un environnement qui est également soumis à cette problématique. » Il a encore constaté « le nettoyage des cellules est devenu quotidien et les matelas sont désinfectés tous les 15 jours » et « l’accès possible à l’hygiène pour les femmes ».

    Rapports et recours

    Mais ces améliorations trouvent leurs limites dans la suroccupation. « Deux, dont parfois des étrangers et des mineurs, par cellule individuelle et quatre pour celle de deux places, donc un matelas sur deux posé directement à terre », regrette le député. Un vrai problème dans 7m2. Mais aussi avec un effectif de seulement trois policiers à la surveillance de la garde à vue. « Ne serait-ce que pour faire le ménage, car il faut sortir les deux détenus en toute sécurité », précise Hendrik Davi.

    « Ce qu’on constate c’est que depuis que des visites se font et se multiplient dans les centres de privation de liberté et qu’ils sont suivis d’ordonnances, c’est que des améliorations se font. Des climatisateurs ou des boutons d’urgence ont été installés », souligne Valentin Loret, membre du Syndicat des avocats de France (SAF). Rapports, recours et ordonnances ont des effets positifs. Dans la mesure du possible. Car la surpopulation carcérale tient avant tout à une question d’organisation. « Ce point ne peut être réglé que par le préfet et le procureur de la République. Nous les interpellons pour qu’ils prennent les dispositions nécessaires », précise l’avocat.

    Aux Baumettes, le nouveau centre pénitentiaire s’inscrivait dans un plan immobilier pénitentiaire destiné à lutter contre la surpopulation. Le taux d’occupation y est encore aujourd’hui de 170% (lire ci-contre). Le contrôleur général de ces lieux avait conclu pour 2025 à une augmentation de la suroccupation. Or, la proposition de loi en cours d’examen au parlement qui envisage de rétablir les très courtes peines de prison ferme et d’abroger la « quasi-obligation » pour les juges d’aménager les peines de moins d’un an va à l’encontre de cet objectif de diminution.

  • Une unité pour les détenus atteints de troubles psy à Béziers

    Une unité pour les détenus atteints de troubles psy à Béziers

    « La prise en charge des détenus présentant un trouble psychiatrique est une grosse problématique aujourd’hui dans nos établissements pénitentiaires », assure David Parmentier, secrétaire de l’Ufap Unsa-justice du centre pénitentiaire de Béziers. Aussi, l’annonce faite par Gérald Darmanin, en déplacement à Béziers le 4 juin, de la création prochaine, aux abords directs de l’établissement biterrois, d’une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) de 40 lits destinée à accueillir des détenus souffrant de troubles psychiatriques, est « une bonne nouvelle », admet David Parmentier. Un projet pour lequel le ministre de la Justice a annoncé une enveloppe de 32 millions d’euros.

    Toutefois, « on est encore loin du compte », nuance le responsable syndical. « On avait déjà, en Occitanie, une UHSA de 40 lits basée à Toulouse. Avec celle qui va voir le jour à Béziers, dont la vocation sera là aussi régionale, on monte à 80 lits pour toute la région. Or l’Occitanie, c’est 7 400 détenus, dont environ 30% (soit près de 3 000) souffrent de troubles psychiatriques. Donc ces 80 places ont certes le mérite d’exister, mais ça reste très insuffisant », estime le représentant de l’Ufap Unsa Justice.

    « Aucunement leur place en centre pénitentiaire »

    « Il faut imaginer la cohabitation, au sein d’une cellule, avec un détenu schizophrène qui a des hallucinations toute la journée ! Quant à nous, personnels pénitentiaires, nous ne sommes pas formés à la gestion au quotidien de ces détenus qui demandent beaucoup d’attention et dont on ne sait jamais comment ils vont réagir, sachant qu’on est dans un contexte de surpopulation doublée d’un manque d’effectifs de plus en plus important », insiste David Parmentier. « On ne peut malheureusement apporter aucune réponse structurelle et sérieuse face à ces détenus qui, pour beaucoup, n’ont aucunement leur place au sein d’un établissement pénitentiaire », considère le responsable syndical. « En échangeant avec des professionnels de santé, on s’aperçoit que la psychiatrie est également le parent pauvre de la médecine… Comme on ne sait pas où mettre ces gens, on les met en prison », déplore-t-il.

    Les agents pénitentiaires ont également échangé avec le ministre au sujet de la surpopulation carcérale (193% de taux d’occupation à Béziers, avec 190 matelas au sol dans le quartier maisons d’arrêt) et du manque d’effectifs. Si Gérald Darmanin a annoncé l’arrivée de 17 nouveaux agents sur le site en septembre, « il ne s’agit pas de la création de 17 postes », précise David Parmentier. « Ces 17 arrivées se feront dans le cadre de mutations qui viendront compenser une quinzaine de départs à la retraite. On va donc se retrouver, à quelque chose près, dans une situation identique. »

  • Au Centre pénitentiaire de la Farlède, une grève pour plus de sécurité après la prise d’otage d’une infirmière

    Au Centre pénitentiaire de la Farlède, une grève pour plus de sécurité après la prise d’otage d’une infirmière

    À l’entrée du Centre pénitentiaire de la Farlède, ce jeudi matin, trône une banderole sur laquelle on peut lire : « Prenez soin de nous comme on prend soin de vous. » Un message qui fait écho à la prise d’otage subie par une infirmière dimanche dernier, ressentie comme « une prise d’otage générale, qui a eu beaucoup de répercussions au niveau des salariés », décrit Ludivine, l’une des infirmières de l’établissement. Celles-ci se sont toutes réunies en blouses blanches, dès 7h, devant le centre pénitentiaire, répondant à l’appel à la grève des syndicats FO du Centre hospitalier Toulon-La Seyne (CHITS) et de l’établissement psychiatrique du Var.

    Un mouvement soutenu par les syndiqués FO Pénitentiaire avant leur prise de poste, la grève ne leur étant pas permise. Et qui pourra être reconduit « pour faire comprendre qu’on a besoin de réponse », affirme Jessica Michel, secrétaire générale FO CHITS, reçue ce vendredi par l’Agence régionale de santé (ARS), en compagnie de membres du personnel. « On va exiger de mettre la pression sur la direction du centre pénitentiaire pour mettre en œuvre les choses qu’on a demandées », promet-elle.

    Car selon la syndicaliste, cette situation aurait pu être évitée si les infirmières avaient été écoutées. Or, « on a toujours eu des réponses négatives de la part de la direction du centre, qui rétorque qu’on ne peut pas tout faire en milieu pénitentiaire. On peut l’entendre, sauf que la sécurité des agents est notre priorité, et que ce qu’on réclame est a priori faisable ».

    La surpopulation, facteur d’insécurité pour tous

    Les mesures demandées, dès lors : la création d’un troisième poste d’infirmière le week-end – elles n’étaient que deux au moment de l’incident -, et le renforcement du dispositif de sécurité. Cela, au moyen de portiques de sécurité positionnés devant l’infirmerie, d’un système d’alarme silencieuse déclenchable à tout moment contrairement aux alarmes sonores pouvant faire davantage dégénérer les situations. Mais aussi par un réaménagement des bureaux, avec l’installation d’alarmes, et un positionnement dos à la porte pour que les soignants puissent s’enfuir plus rapidement, chose qui a déjà commencé à être mise en place cette semaine.

    Derrière ces demandes, une réalité : celle d’un système carcéral à bout de souffle, où la surpopulation (130% à la Farlède, 850 détenus pour 660 places) « met en jeu la sécurité de tous, des détenus comme des personnels pénitentiaires et génère des pertes de qualité, bien évidemment », déplore Marion, l’une des infirmières. Pour autant, elle et ses collègues n’ont jamais pensé à exercer ailleurs, elles qui évoluent dans ce milieu par vocation et humanisme au nom de « l’accessibilité aux soins pour tous, à ces personnes-là qui sont au ban de la société ». Des détenus sur lesquels elles refusent de jeter l’opprobre : « Ils sont à nos côtés et sont généralement les premiers à nous protéger », appuie Ludivine.

    Au-delà de ces revendications, le manque de reconnaissance financière est également déploré par les soignants, à qui l’on octroie seulement une famélique prime de risque de 90 euros bruts mensuels : « Une revalorisation nationale du salaire infirmier est attendue depuis des années. Est-ce que la vie d’un soignant en détention vaut 90 euros, pour soigner des gens qui, comme on a pu le voir, peuvent nous prendre en otage ? », demande Ludivine.

    Des questions adressées aux pouvoirs publics à travers une lettre ouverte, alors que les syndicats ont sollicité une entrevue avec le préfet (jusqu’ici restée sans réponse), et que des échanges auront lieu entre les directions des établissements de santé et du centre pénitentiaire, les 24 et 25 juin.