Tag: précarité

  • C’est pas du luxe ne veut pas s’arrêter d’occuper l’espace public

    C’est pas du luxe ne veut pas s’arrêter d’occuper l’espace public

    C’est dans un savoureux télescopage d’actualité que s’est tenu, jeudi dernier, le point presse présentant la 8e édition du festival C’est pas du luxe* à Avignon, du 25 au 27 septembre. Car au même moment, le tribunal administratif examinait un recours déposé pour annuler l’arrêté municipal réglementant l’espace public. Un arrêté finalement suspendu par la justice le lendemain (notre édition du 11 septembre). Alors quand l’ADN de cet événement réside à impliquer des personnes en grande précarité dans des projets artistiques et les rendre visibles dans la rue, cela percute forcément avec la nouvelle politique de la majorité Galzi (DVD).

    « Nous n’avons pas eu l’occasion d’éprouver les nouvelles relations avec la Ville parce que les choses sont engagées », note Vincent Delahye, directeur de l’association le Village, un des trois organisateurs de C’est pas du luxe, aux côtés de la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Abbé-Pierre) et la scène nationale la Garance à Cavaillon. La municipalité n’a pas revu la subvention prévue de 10 000 euros ni n’a remis en cause la mise à disposition de bâtiments et lieux publics, comme la place des Corps saints, le vendredi (17h30) pour l’inauguration. Mais la question demeure pour la pérennité de cette biennale à Avignon. « Il y a un vrai sujet pour la suite, on aimerait rester ici », assure Vincent Delahye en insistant sur « l’importance d’être présent et visible sur l’espace public », le tout dans un contexte où « l’impuissance » guette face à la nécessité de « maintenir une exigence d’humanité ».

    « Pas d’inquiétude », donc, pour cette 8e édition toujours aussi dense : quelque 73 propositions artistiques (16 expositions, 9 films, 40 spectacles, 8 ateliers…) à découvrir – en participation libre et sans réservation – dans 30 lieux de l’intra-muros et du quartier Ouest. À l’affiche, un total de 600 artistes amateurs et professionnels, issus de toute la France que viennent découvrir en moyenne 3 500 spectateurs différents pour un total de 17 000 entrées. « Au regard de l’actualité locale, nationale et internationale, faire société n’est pas un acquis, c’est quelque chose qui se construit », constate Chloé Tournier, directrice de la Garance.

    Un moyen de « retrouver de la dignité »

    Difficile d’être exhaustif sur le programme mais Chloé Tournier livre deux temps forts avec des artistes locaux : Maryam Kaba, en lien avec l’association Rosmerta et ses mineurs exilés, qui jouera un spectacle de danse lors de l’inauguration. Un goûter géant, au cloître Saint-Louis dimanche (17h), clôturera le festival par l’entremise de Sonia Verguet designeuse culinaire. Alors que pour les personnes vulnérables, participer à un spectacle ne relève pas de l’urgence ni de l’évidence, C’est pas du luxe leur « permet de retrouver de la dignité, de l’estime de soi et ces rencontres amènent les citoyens à changer de regard sur eux », défend Patrick Chassignet, de la fondation pour le logement des défavorisés. Enfin, Benjamin Lavernhe est cette année le parrain du festival. Sociétaire de la Comédie-Française et visage connu du cinéma (Le Sens de la fête, En fanfare, Antoinette dans les Cévennes…), il s’associe à l’événement et devrait être présent à l’ouverture.

  • Un quart des Français se disent « précaires »

    Un quart des Français se disent « précaires »

    Dans la cour de l’antenne du Secours populaire de la Blancarde, les chaises ne désemplissent pas. Ce jeudi matin, ils sont une dizaine à attendre leur tour pour récupérer un paquet d’aide alimentaire. Une fois par mois, les personnes accompagnées par l’association viennent récupérer ici des paquets de pâtes, de l’huile, des conserves, des packs de laits et de la farine.

    Une aide de plus en plus essentielle pour un nombre grandissant de personnes. C’est ce que révèlent les résultats du baromètre annuel du Secours populaire réalisé avec Ipsos sur la perception de la précarité en France publié ce jeudi. Alors qu’en 2025, 20% des sondés se déclaraient en précarité, ils sont 26% à se considérer comme tel cette année.

    Cette tendance, Monique Lerouet, responsable bénévole de l’antenne, la ressent. « On a des nouveaux inscrits presque tous les jours », explique-t-elle. Sa structure prend en charge les habitants des 4e, 5e, 6e et 12e arrondissements de Marseille qui en ont besoin. Si leur inscription est valable pour 6 mois : « la plupart viennent beaucoup plus longtemps. Certains viennent depuis plusieurs années », explique la responsable.

    Une précarité qui croît mais qui se transforme aussi. Les catégories autrefois épargnées commencent à se tourner vers le secours populaire pour remplir leurs placards. « Il y a de plus en plus de retraités, remarque la bénévole. Beaucoup ont de petites retraites et si ils sont seuls, ils ne s’en sortent pas… »

    Se serrer la ceinture

    Amar est de ceux-là. À 69 ans, il est accompagné depuis deux ans par le Secours populaire. « Je viens pour récupérer de la nourriture, et parfois je vais prendre des affaires aux vestiaires, raconte-t-il. Je me serre la ceinture et j’essaie de faire avec ce que j’ai, mais j’ai une petite pension ». Les retraités ne sont pas les seuls touchés par cette précarisation. D’après le baromètre de l’association, 40 % des travailleurs déclarent ne pas gagner assez pour recouvrir tous leurs frais. Des travailleurs précaires que voit aussi passer la responsable du centre. « C’est là que l’on voit qu’il y a quelque chose qui cloche. Ceux qui se lèvent tous les matins pour aller travailler ne devraient pas avoir du mal à subvenir à leurs besoins », se désole-t-elle.

    Précarité énergétique

    Et l’augmentation du coût de l’énergie et la mauvaise isolation des logements rajoutent à ces difficultés financières. Selon le baromètre d’Ipsos, ils seraient 79% à considérer que leur facture énergétique est un poids dans leurs dépenses. Pour essayer de soulager les foyers qu’il accompagne, le Secours populaire a développé un partenariat avec l’association aubagnaise Geres.

    Présents ce jeudi à la Blancarde, les bénévoles expliquent les petites actions que les personnes peuvent réaliser pour réduire leur facture. « On propose aussi des visites pour mettre en place des petits dispositifs, explique un bénévole présent. Cela fait deux, trois ans que l’on installe également des brasseurs d’air. » Des actions de plus en plus précieuses, avec les étés qui risquent d’être de plus en plus chauds, et le coût de l’énergie qui ne cesse d’augmenter.

    420

    C’est le nombre moyen de familles accompagnées par mois à l’antenne du Secours populaire de la Blancarde qui couvre les 4e, 5e, 6e et 12e.

  • Un parrainage solidaire à Montpellier contre la précarité et l’isolement des étudiants

    Un parrainage solidaire à Montpellier contre la précarité et l’isolement des étudiants

    Montpellier compte près de 80 000 étudiants. Derrière les chiffres du dynamisme universitaire se cache une réalité beaucoup plus sombre : on estime qu’un étudiant sur cinq vit dans la précarité, « soit environ 16 000 jeunes contraints de subsister avec un reste à vivre inférieur à 100 euros par mois », illustre Philippe Vernay, délégué bénévole de l’association 1 Cabas pour 1 Étudiant à Montpellier.

    Une détresse financière qui entraîne, bien souvent, « un isolement social, car ces jeunes privés de ressources ne peuvent pas participer à toutes les activités que font d’autres étudiants », explique-t-il. Pour tenter de joindre les deux bouts, « ils travaillent, souvent dans le cadre de missions d’intérim et la plupart du temps le week-end, au détriment de leur scolarité ».

    Pour leur venir en aide, l’association 1 Cabas pour 1 Étudiant, née à Lyon en 2021 et structurée en délégation officielle à Montpellier depuis avril 2025, propose une réponse concrète : le parrainage. « La particularité de notre action, c’est que nous traitons les deux volets : l’achat d’un cabas de nourriture de temps en temps et la création d’un lien social », poursuit le délégué montpelliérain. Concrètement, parrains et marraines accompagnent les jeunes pour faire les courses, les conseillent pour varier leur alimentation et partagent avec eux les bons plans locaux. 1 Cabas pour 1 Étudiant a par exemple noué un partenariat avec le Rayon 34, l’épicerie solidaire de l’Université Paul-Valéry, « qui permet aux étudiants d’acheter des denrées à seulement 15% du prix du marché ». Mais le cœur du dispositif reste l’humain. Ancienne directrice d’école à la retraite, Françoise marraine, depuis février, une étudiante d’origine béninoise de 22 ans : « La première fois qu’on s’est rencontrées, je lui avais donné rendez-vous sur la place de la Comédie. Elle était à Montpellier depuis un mois et elle ne la connaissait pas ! Elle était complètement repliée sur elle-même, elle avait peur de tout. L’arrivée en France a été un petit choc culturel. Elle a eu besoin d’être accompagnée pour comprendre comment ça fonctionne. On échange sur toutes sortes de sujets », confie Françoise.

    « Un engagement valorisant et concret »

    « Quand elle vient manger à la maison, je fais la cuisine avec elle, je lui apprends à faire certains plats simples et pas chers. On l’emmène également à des concerts gratuits, pour lui montrer qu’on peut sortir, qu’au-delà des études et de la survie, on peut vivre. » Michel, un autre parrain bénévole, partage lui aussi des activités avec son filleul : randonnée, balade à vélo, après-midi à la plage, visite culturelle au Pont du Gard… L’objectif étant également d’élargir le cercle relationnel de ces jeunes en leur faisant rencontrer l’entourage des parrains et marraines.

    L’étude d’impact 2026 réalisée par l’association* confirme les vertus de ce parrainage solidaire : « Plus de 90% des jeunes déclarent se sentir moins seuls, manger plus souvent à leur faim, avoir un meilleur moral au quotidien ainsi que le sentiment de mieux tenir le coup face à la pression universitaire », rapporte Philippe Vernay. La force du dispositif repose sur cette relation personnalisée, où chaque binôme avance à son rythme, sans programme imposé. L’engagement demandé est avant tout moral, avec une durée minimale d’une année scolaire pour éviter toute rupture brutale pour le jeune. La structure propose un accompagnement solide depuis son siège lyonnais : une visioconférence présentant l’association est proposée en amont de chaque inscription et « si on a des questions, on peut téléphoner ou envoyer un mail. Il y a également régulièrement des forums de discussion entre parrains-marraines », témoigne Françoise.

    Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues : les retraités sont nombreux, mais des actifs s’engagent également. Depuis son déploiement à Montpellier, l’association a déjà permis de concrétiser 90 parrainages. Si 25 binômes sont restés actifs tout au long de la période estivale, l’urgence est aujourd’hui au recrutement. « On sait qu’à la rentrée, 30 à 40 étudiants vont s’inscrire », estime Philippe Vernay. « L’idée est de convaincre qu’on est sur un engagement valorisant, concret, qu’on fait à son rythme, en fonction de ses moyens et de ses disponibilités. C’est aussi une façon de rendre un peu ce qu’on a pu avoir, ou ce dont on a fait bénéficier nos enfants… Un petit retour d’ascenseur face à une précarité qui augmente. »

    * Auprès de 271 étudiants parrainés et 161 parrains et marraines

  • Fibre Excellence : les salariés appellent à sécuriser le site de Tarascon

    Fibre Excellence : les salariés appellent à sécuriser le site de Tarascon

    « S’il pleut ce soir, on se retrouve avec tous ces produits nocifs dans le Rhône », lance Jean-Michel Bulinge, secrétaire CGT Fibre Excellence Tarascon devant l’usine à l’arrêt suite à la liquidation judiciaire prononcée en juillet dernier. Il appelle le mandataire de mettre en route la station d’épuration avant que la pluie, qui est bien tombée ce mardi 8 septembre en soirée, ne fasse couler les produits accumulés dans les égouts directement dans le Rhône. Malgré les alertes, rien n’a été fait. Des dizaines de milliers de litres de produits polluants se sont potentiellement déversés dans le Rhône dans la nuit.

    La préfecture de Région est également intervenue aux
    alentours de 17h. Contactée par La Marseillaise, elle confirme qu’un arrêté de réquisition a été signé et notifié dans la journée, mais, qu’il « ne fait que demander l’application de l’arrêté du 03.09.2026 ». Qui n’aura donc pas été appliqué en ce mardi 8 septembre.

    La décision prise ce jeudi 3 septembre par le préfet de région, Jacques Witkowski, exigeait le redémarrage de la pomperie au Rhône et de la station d’épuration. Ce, après les premières alertes des salariés concernant des incidents. Ce que confirmait le préfet dans son arrêté, considérant après inspection que « cette situation constitue un manquement aux obligations réglementaires ». Et affirmait que la pomperie et la station d’épuration ne pouvaient être arrêtées « que sur demande justifiée et motivée et après accord explicite de l’inspection des installations classées ».

    Mais celle-ci ne fonctionnait toujours pas en début de matinée ce mardi. « Dans les égouts, on retrouve toutes les liqueurs noires qui ont été déversées ces derniers jours ainsi que d’autres produits », assure la CGT. Qui ajoute également que les badges d’accès au site des responsables syndicaux ont été bloqués par le mandataire. Autour de ces derniers, quelques dizaines d’ex-salariés attendaient de pouvoir intervenir sur place. Une situation qui alertait également Jérémy Bacchi, sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône, représenté sur place par une assistante parlementaire. « Le maintien à l’arrêt du site fait peser un risque sanitaire et environnemental considérable. Les conséquences d’un tel incident seraient désastreuses pour l’ensemble de l’économie locale en aval, notamment la riziculture camarguaise et les bassins ostréicoles », rappelle-t-il.

    Baguette magique

    Avec la présence d’élus locaux, l’occasion de remettre également une couche sur la possibilité de continuer l’activité. « On a un projet pour repartir avec de faibles moyens », assure François Batista, secrétaire de l’UD CGT 13. Avec l’idée de travailler sur la revalorisation de déchets et éventuellement de fabriquer de la pâte à papier à partir de cartons recyclés. Mais subsiste un problème. « Dans une liquidation normale, il faudrait un mois pour que les produits soient retirés, mais ils ont décidé de procéder autrement. S’ils arrêtent l’usine comme ça, il sera impossible de la redémarrer. C’est le seul acteur qui est contre l’ensemble des autres et cherche par tous les moyens à ce que l’usine ne puisse plus redémarrer », peste-t-il. Et demande l’aide de la Région, qui était représentée par le conseiller régional et élu municipal arlésien Cyril Juglaret. « On se rencontre régulièrement. On n’attend pas que l’État fasse une table ronde car ils ne le font pas. Mais on n’a pas non plus de baguette magique », pose-t-il. « En attendant, on tombe dans la précarité et personne ne fait rien », peste Martine, ex-salariée qui assure ne pas avoir reçu les papiers nécessaires pour s’inscrire à France Travail.

  • Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Deux mille six cents cinquante euros. C’est en 10 ans la perte de pouvoir d’achat annuelle d’un étudiant, alerte le Scum. Vendredi 28 août, devant le parvis de la faculté de médecine, le Syndicat de combat universitaire a dressé, étude de l’Union étudiante à l’appui, un constat alarmant sur la détérioration des conditions de vie des étudiants.

    En l’espace d’une décennie, le coût de la vie a bondi de 16,5 à 24,3% en fonction des villes pendant que les bourses n’étaient revalorisées que de 1% en 2021 puis 4% en 2022. Au mieux, elles s’élèvent à 633,5 euros plus 233 euros d’aide au logement tandis que le coût de la vie étudiante* à Montpellier était estimé à 1 165 euros mensuels en 2023. La hausse des loyers (+19,2% en 7 ans) impose aux étudiants un surcoût de 102 euros annuel. Et bien que les boursiers en sont exonérés, le montant élevé (105 euros soit +25 euros depuis 2018) de la taxe CVEC n’arrange rien.

    Le Crous n’étant en capacité de loger que 10% des jeunes et le parc privé étant trop onéreux, le Scum réclame « la construction massive de logements étudiants à des prix abordables ». Le porte-parole Vincent Pagano interpelle aussi le maire Michaël Delafosse (PS), « qui ne semble pas particulièrement préoccupé par la situation » sur la nécessité de « mettre en place des logements d’urgence ». L’an passé, au moins 150 étudiants s’étaient retrouvés sans toit. L’étudiant en 5e année de médecine déplore aussi la monétisation des parkings autour des facultés (150 euros l’abonnement annuel).

    La généralisation des repas à 1 euro effective à cette rentrée devrait apporter un peu d’air aux 80 000 étudiants montpelliérains, 15 000 Nîmois, 2 500 Biterrois et 2 200 Alésiens. Mais la mesure est insuffisante pour Théo Haffner-Martin. « On craint une saturation des structures du Crous qui se réserve le droit de diminuer le nombre de repas à 1 euro servis », tempère le porte-parole du Scum.

    La raison pour laquelle le syndicat s’apprête à reprendre ses distributions régulières de colis alimentaires. Elles auront lieu un vendredi sur deux à la cité U la Colombière ou au restaurant universitaire Triolet pour les distributions de pain. Côté Paul Valéry, les distributions se tiendront tous les mercredis de 13h30 à 14h30 dans l’espace La Ruche. L’an passé, 15 000 colis ont été distribués. « 41% des étudiants sautent des repas faute de moyens », rappelle Vincent Pagano.

    Des repas à 1 euro insuffisants

    Dès la rentrée, le Scum entend aussi poursuivre son soutien** aux « sans fac », victimes d’une sélection jugée « sociale et raciste ». Sans parler des frais d’inscription exponentiels pour les étudiants étrangers. « On compte 207 400 candidats pour 151 887 places sur MonMaster soit 23 615 places de moins qu’en 2025 ! », alerte Lison Galzin. « Les universités doivent s’adapter pour accueillir plus d’étudiants. La sélection doit être supprimée. Stop au tri social ! », harangue l’étudiante en 5e année de médecine.

    * Manif contre la suppression des APL mardi 15 (18h) devant la préfecture à Montpellier. **Réunions d’info : jeudi 10 (18h) salle J. Moulin (Paul-Valéry), vendredi 11 (18h) bâtiment 2 fac de droit.

  • La pauvreté s’installe chez les étudiants

    La pauvreté s’installe chez les étudiants

    Suzanne Nijdam, présidente de la première organisation étudiante, la Fage, dresse un sombre tableau : « En 2020, en plein Covid, tout le monde criait à l’horreur sur la précarité et qu’il fallait agir étudiant en urgence. Depuis, les aides sociales ont été détricotées ». La rentrée 2026 coûtera en moyenne 3 240 euros pour un étudiant non-boursier en licence, soit une hausse de 655 euros par rapport à 2020, selon l’enquête annuelle de la Fage, rendue publique début septembre.

    Dans le détail, les frais de vie courante atteignent 1 145 euros par mois. Le logement en représente à lui seul plus de la moitié, avec un coût moyen de 637 euros, devant l’alimentation à 181 euros, hors restauration universitaire, estimé à 20 euros. Les dépenses de transport représentent en moyenne 152 euros par mois. À cela s’ajoutent 52 euros consacrés aux loisirs, un poste de dépense souvent considéré comme secondaire mais que l’organisation juge pourtant essentiel. « Cela a un impact énorme sur la santé mentale », estime Suzanne Nijdam.

    Les frais spécifiques de rentrée s’élèvent quant à eux à 2 095 euros. Ils comprennent notamment les frais d’agence immobilière (326 euros), le dépôt de garantie (637 euros) pour la localisation d’un logement et l’achat de matériel pédagogique, comme des manuels par exemple (502 euros). Ce dernier poste est particulièrement prononcé par la Fage, qui le qualifie de « frais illégaux ». Et la Fage de préciser : « Derrière cette augmentation, ce sont des étudiants qui travaillent davantage pour financer leurs études, renoncent à des dépenses essentielles, limitent toujours plus leur alimentation ou repoussent des soins. Cette précarité n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix politiques. »

    Car face à cette hausse continue du coût de la vie, « les réponses apportées restent largement insuffisantes. Nous refusons que les étudiants soient contraints de s’adapter indéfiniment à l’augmentation des prix pendant que les droits étudiants sont fragilisés d’année en année » déclare la Fage. L’organisation réclame ainsi une prise en charge par l’État des frais complémentaires.

    Elle s’alarme également de la situation des étudiants extra-communautaires, jugés « en première ligne face à cette précarité » avec la suppression des APL et la généralisation des frais d’inscription différenciés. Leur coût de rentrée atteint désormais 7 023 euros. Depuis cette rentrée, la majorité des étudiants non ressortissants de l’Union européenne doivent désormais s’acquitter de 2 895 euros de droits d’inscription en licence et de 3 941 euros en master. Deux « coups de masse », selon la Fage, qui réclament la suppression de ces mesures, ainsi que l’indexation et la revalorisation des bourses étudiantes prévues dans une proposition de loi adoptée en première lecture en juin et la pérennisation de l’encadrement des loyers. Même constat à l’Unef, second syndicat étudiant. Cette hausse continue s’inscrit dans une trajectoire de long terme qui ne laisse plus aucun doute : « la précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé ». Cette rentrée résume à elle seule 10 années de macronisme.

  • À Montpellier, Luttopia poursuit la collecte de fonds pour son futur projet

    À Montpellier, Luttopia poursuit la collecte de fonds pour son futur projet

    En proie à de grosses difficultés financières qui l’ont poussée à interrompre ses actions d’accueil de jour (fin avril) et de maraude (fin juin), Luttopia a décidé de jeter les forces qui lui restent dans la construction d’un nouveau projet qui s’ancrerait, celui-là, dans la durée.

    En effet, la maison de l’avenue de Toulouse mise à disposition par la Ville depuis 2022 dans le cadre d’une convention d’occupation d’habitat intercalaire fait l’objet d’un projet d’urbanisme qui nécessite que l’association quitte rapidement les lieux. « La mairie a prolongé de 3 mois, jusqu’au 31 décembre, notre convention d’occupation pour avoir le temps de travailler, ensemble, à la recherche d’un nouveau lieu. Cette fois on part plutôt sur du temps long, dans la perspective de déménager dans un lieu pérenne, avec une situation d’occupation qui se rapprocherait fortement de l’accès à la propriété », explique la directrice de Luttopia, Gwen Lasne. Cela permettrait à l’association d’être officiellement labellisée « accueil de jour » et de décrocher les subventions qui l’accompagnent, ce dont la privait son statut actuel dans l’habitat intercalaire. « Avec un nouveau lieu pérenne qu’on mettrait aux normes ERP (établissement recevant du public) et PMR (personnes à mobilité réduite), on pourrait prétendre à ces agréments qui permettraient d’asseoir nos principes d’action et de multiplier nos sources de financement. »

    « Un gros élan

    de solidarité »

    Pour assurer son avenir, l’association a lancé, dès la mi-avril, une collecte en ligne* qui a récolté plus de 20 000 euros versés par 262 contributeurs. Des soirées de soutien, baptisées « Nuit de l’utopie », sont également organisées, depuis cet été, dans les locaux de l’association, 88 bis, avenue de Toulouse. La première, le 1er août, fut un succès. La seconde a lieu ce 4 septembre, de 18h à minuit (prix libre conseillé : 5 euros). Au programme : musique (jam, open mic), expositions, friperie, tombola, buvette… « Il y a un gros élan de solidarité », se félicite Gwen Lasne.

    Toutefois, souligne-t-elle, la société civile, seule, ne permettra pas de lever les fonds suffisants au futur projet de Luttopia dans un contexte de désengagement de plus en plus grand de l’État vis-à-vis des associations menant, notamment, des missions sociales. « Il faut réfléchir à d’autres modèles. Pour porter ce genre de projet, on va donc devoir également trouver des mécènes, des gros financeurs privés, entreprises ou fondations, qui, eux, pourraient s’engager à des niveaux un peu différents puisqu’on serait sur un budget prévisionnel à plus de 200 000 euros si on veut faire les choses correctement. » Ce nouveau projet aurait toutes les fonctionnalités d’un accueil de jour : hygiène corporelle, hygiène du linge, repas, café, permanences sociales, occupationnel, vestiboutique… « Mais ce serait également l’équivalent d’un tiers lieu, c’est-à-dire un endroit où tout le monde pourrait venir se poser autour d’un café. On pourrait aussi avoir des espaces interassociatifs pour permettre des réunions, des ateliers, et même imaginer la création d’une véritable activité économique pour Luttopia, avec des ateliers d’artistes par exemple, ou du réemploi », liste la directrice de l’association.

    Lorsqu’il a dû fermer fin avril, l’accueil de jour de Luttopia n’avait jamais été aussi fréquenté. « À raison de 2 jours par semaine, on est passé du simple au double : en 2022-2023 on recevait autour de 15-20 personnes par jour, en 2024 on est monté à une trentaine et de fin 2025 à la fermeture fin avril 2026, on est passé à une moyenne de 48-50 personnes par jour. Les chiffres explosent, ça devient dramatique et ça va aller en s’aggravant, puisqu’il va y avoir des restrictions budgétaires encore plus marquées d’ici l’année prochaine, sans parler des élections présidentielles et des résultats qui nous pendent au nez… On a vraiment besoin de lieux comme Luttopia », estime Gwen Lasne, bien décidée à faire vivre ce projet.

  • À Montpellier, des étudiants « de plus en plus désemparés » pour trouver un toit

    À Montpellier, des étudiants « de plus en plus désemparés » pour trouver un toit

    Tous les ans, c’est le même casse-tête pour des jeunes de plus en plus précarisés : trouver un toit à se mettre sur la tête dans une ville, Montpellier, où quelque 80 000 étudiants prennent leurs quartiers. Malgré des semaines de recherches, ils sont nombreux toujours sans solution à l’approche de l’échéance. Les agences immobilières croulent sous les demandes et les budgets dont disposent les jeunes sont souvent bien maigres au regard des loyers pratiqués dans le parc locatif privé, par ailleurs saturé. Le public quant à lui, via les résidences universitaires du Crous, n’est en mesure d’accueillir que 10% des étudiants montpelliérains.

    Selon l’enquête annuelle du syndicat étudiant Unef publiée le 17 août, « le coût de la vie étudiante en 2026 a augmenté
    de 1,66% sur un an et de plus
    de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017
     ». Une augmentation due notamment, selon le syndicat, « à la hausse du prix des loyers : 627,11 euros en moyenne par mois dans le privé, soit +2,87% sur un an et +1,04% à 426,36 euros pour une résidence du Crous ». Le loyer représente ainsi une part énorme dans le budget de ces jeunes, dont beaucoup peinent, avec ce qui leur reste, à se nourrir. « Un sur deux ne mange pas à sa faim et un tiers déclarent avoir déjà sauté des repas faute de moyens », assure le Scum (Syndicat de
    combat universitaire de Montpellier), qui distribue environ 15 000 colis alimentaires aux étudiants précaires chaque année.

    « Ça remet en question leur projet d’études »

    Dans ce contexte particulièrement tendu, certains se tournent vers des associations susceptibles de les aider dans leurs recherches, comme Habitat jeunes Montpellier qui propose des solutions d’hébergement, de restauration et d’accompagnement pour les jeunes de 16 à 29 ans. « Nous avons 9 résidences à Montpellier et Pérols, qui représentent 350 logements au total », indique le directeur de la structure, Frédéric Adell. « Nous y logeons des jeunes qui ont trouvé leur premier emploi, des alternants, des apprentis, des jeunes en parcours d’insertion professionnelle ainsi que des étudiants. » Outre ces résidences Habitat Jeunes proposant de l’hébergement direct, la Boutique logement jeunes (BLJ)* dispense une aide à la recherche de logement. « On est en première ligne pour accueillir les jeunes de moins de 30 ans à la recherche de logement. Et effectivement, depuis le mois de juin, on voit beaucoup plus d’étudiants affluer, comme chaque année. Mais chaque année, on les voit de plus en plus désemparés, parfois jusqu’à pleurer », rapporte Alexandra Schild, responsable de la BLJ. « Dans un premier temps ils essaient de répondre à des offres sur internet, ils se rendent dans des agences immobilières, mais le parc privé est saturé. Donc ils essuient des refus : soit ils ne sont pas recontactés, soit ils cumulent les visites et ne sont jamais retenus. Surtout les jeunes qui n’ont pas des garants avec des conditions de ressources importantes. Ils se retrouvent alors dans des situations de désespoir, car ça remet en question leur projet d’études. Ils viennent de loin pour quelques jours dans l’espoir de trouver un appartement, et ils se rendent compte que c’est plus compliqué que prévu. »

    Selon la responsable de la BLJ, sur Montpellier, « le loyer d’un appartement de type studio se situe entre 500 et 550 euros. Et malgré le fait que nous soyons soumis à l’encadrement des loyers, certains propriétaires ne jouent pas le jeu », déplore-t-elle. « Il y a également des résidences privées avec services qui proposent des loyers de 600 à 750 euros, complètement inaccessibles pour certains jeunes », ajoute le directeur.

    Les étudiants qui se rendent à la BLJ se voient proposer d’assister à une réunion d’information** où leur sont présentés les dispositifs existants. « Car au-delà du privé, il y a des résidences temporaires, il y a le logement social, il y a des résidences étudiantes en dehors du Crous… L’idée, c’est de leur donner le maximum d’informations ainsi que des astuces pour éviter les arnaques, qui pullulent à cette époque. Une fois qu’ils ont assisté à cette réunion collective, ils peuvent participer à des ateliers numériques***, où on va les aider à monter des dossiers », explique Alexandra Schild. Une aide précieuse pour un public qui, souvent, cherche un logement pour la première fois. « Ils n’ont pas nécessairement les codes de la recherche et font face à une urgence. »

    * 3 bis rue de la Vieille, près des Halles Castellane, en centre-ville.

    **Les vendredis à 17h et un samedi sur deux à 10h.

    *** Les après-midi de 14h à 18h. Le tout sans rendez-vous.

  • Pézenas : un coup de pouce pour le budget rentrée

    Pézenas : un coup de pouce pour le budget rentrée

    Comme chaque année à l’approche de la rentrée, le Secours populaire de l’Hérault (SPF 34) organise et participe à des collectes solidaires de fournitures. Différentes initiatives se déroulent dans le département, comme à Pézenas, en partenariat avec le centre social Ambroise-Croizat.

    « On réceptionne dans nos locaux des dons de fournitures neuves ou en très bon état », indique Sophie Lebouc, chargée de l’accueil et des animations du centre social. « Nous mettons un point d’honneur à ce que chacun puisse démarrer l’année dans de bonnes conditions. Or la rentrée a un vrai coût pour certaines familles », poursuit-elle. « Les familles qu’on accueille ont des revenus de plus en plus faibles », confirme Martine Girault, secrétaire du comité du Secours populaire de Pézenas, qui récupère et distribue les fournitures collectées par le centre social. « Elles disposent d’environ 2 euros ou moins par jour et par personne pour vivre. Donc un cahier à 1,5 euro ou 2 euros, c’est beaucoup », insiste-t-elle.

    Également une aide à la pratique sportive et culturelle

    L’allocation rentrée scolaire (ARS), versée à certaines familles sous conditions de ressources pour un montant allant de 426,87 à 466,02 euros en fonction de l’âge de l’enfant, constitue bien sûr une aide précieuse, « mais elle fond très vite et n’est pas toujours suffisante. Car les familles doivent respecter ces fameuses listes qui détaillent les fournitures pour chaque matière. Il y a aussi le fait qu’on veut faire plaisir à son enfant, qu’il a grandi, qu’il faut lui acheter des chaussures neuves, des vêtements… »

    Cette année, à Pézenas, l’aide en matière de fournitures scolaires est ciblée sur les collégiens, qui sont environ 70. Une première distribution a eu lieu le 26 août « car les familles sont soucieuses que leurs enfants fassent leur rentrée avec du matériel », mais la collecte se prolonge jusqu’au 3 septembre et les familles bénéficiaires pourront ensuite ajuster en fonction de leurs besoins.

    Depuis plusieurs années, la Fédération du Secours populaire de l’Hérault propose également, à la rentrée, une aide à la pratique sportive et culturelle, « très appréciée par les familles  ». « Ces enfants doivent pouvoir avoir des activités comme les autres. Or la pratique sportive et culturelle reste chère. On contribue donc au paiement d’une partie de l’activité choisie. Sur Pézenas, cela concerne 35 enfants. On a un budget de plus de 2 000 euros pour aider ces familles. » De son côté, le centre social Ambroise-Croizat organise également cette année, en partenariat avec le Lieu Ressources de Pézenas, une opération de lutte contre la fracture numérique en collectant des ordinateurs portables inutilisés. Les équipements récupérés seront reconditionnés par le Lieu Ressources avant d’être redistribués à des personnes qui en ont besoin.

  • Répondre à la précarité étudiante grandissante

    Répondre à la précarité étudiante grandissante

    « Selon une enquête d’Aix Marseille Université (AMU) sur un panel de 1 200 étudiants, 37% d’entre eux ont du mal à satisfaire leurs besoins vitaux » expose Nicolas Mascret vice président AMU. Et de poursuivre : « Il nous fallait agir, et dépasser la distribution de colis alimentaire dégradante et stigmatisante, pour un étudiant dans une file d’attente. »

    Depuis janvier 2026, la faculté Saint-Charles bénéficie d’un espace de 120 m2, composé de 5 conteneurs, offert par la Fondation CMA-CGM. Une épicerie solidaire et sociale (ESS) s’est ouverte, l’étudiant fait désormais ses courses lui-même. Il dispose d’une cagnotte définie sur critères. « Il y a une réduction de 90% pour les denrées alimentaires et de 70% pour les produits d’hygiènes. Avec 300 étudiants par mois, la demande croissante. En 6 mois, 7,3 tonnes de denrées ont été vendues » explique Nicolas Mascret.

    Étendre le dispositif

    Avec 54 sites universitaires, sur 10 villes et 4 départements, une ESS étudiante itinérante est devenue une évidence en Région sud Paca. « L’idée est de mobiliser notre réseau sur tout le territoire pour favoriser des réponses concrètes pour que la précarité ne soit plus un frein à la réussite » explique Lamri Adoui, président de France Université. Ainsi, l’université du Havre Normandie devient le prochain campus équipé de conteneurs « dont l’épicerie solidaire sera le cœur », confirme Pédro Lages Dos Santos président de cette université. Suivra l’Université de Mayotte toujours selon le même modèle partenarial. « Nous avons l’ambition de répondre à un besoin concret en apportant des solutions qui le sont tout autant » conclut Zoé Waldmann responsable communication de la Fondation.