Tag: police

  • Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    « Moi et ma famille on était hébergés à l’hôtel par le 115, ils nous ont appelés pour nous informer qu’ils ont trouvé une chambre [dans] un foyer… On a essayé de refuser, ils ont dit que nous n’avons pas le choix, c’est soit ça, soit ils nous mettent dehors. On a fait confiance et on a accepté. Aujourd’hui, ils nous ont déplacés et c’est la déception totale. » Dans une lettre au Secours catholique, cette maman de deux enfants dont un âgé d’un an, appelle à l’aide. Elle s’est vue mettre la pression pour déménager alors qu’elle a toute sa vie dans une ville où elle essaie de s’en sortir. Son mari ayant même obtenu un travail. Elle poursuit : « Le foyer est au milieu de nulle part. Et la chambre, plus petite que celle de l’hôtel, pleine de cafards. Sans climatisation, mes enfants n’ont pas pu dormir jusqu’à 1h. Mon fils n’a pas du tout accepté ce changement, il était très malheureux. J’aimerais que le 115 me déplace (…) avec des conditions de vies plus adaptées pour mes enfants et moi ».

    Des témoignages comme ça, Alain*, travailleur social du Secours catholique dans un centre d’accueil pour femmes, en a à la pelle. Dire qu’il soutient la lettre de l’association envoyée au préfet, dénonçant comme de nombreuses autres impliquées dans l’hébergement d’urgence, les instructions du représentant de l’État, est un euphémisme.

    Il raconte cette femme venue de Lyon avec ses enfants pour fuir son mari violent qui voulait la tuer et qui a fait de la prison pour cela. On lui demande d’y retourner car les violences n’ont pas eu lieu dans la ville où elle est accueillie. Elle restera dans sa voiture avec ses enfants en attendant une solution. Cette autre, enceinte de neuf mois qui sort de l’hôpital après des contractions, reste sans aucune solution auprès du 115, et est hébergée au centre, le temps d’en trouver une. Ou encore cette femme enceinte, violentée à Montpellier, qui part à Vitrolles, que le 115 refuse d’héberger car elle n’est plus en danger.

    Faveurs sexuelles et viol

    Être femmes à la rue, c’est « 100% de chances de se faire agresser sexuellement ou violer », assène le travailleur social. C’est aussi « être obligée d’échanger des faveurs sexuelles en hébergement chez un tiers, de faire l’esclave moderne en faisant le ménage » assure-t-il, fort des histoires de la vingtaine de personnes que reçoit le centre chaque jour. Un lieu pour prendre sa douche, se poser, respirer en toute intimité. S’il conçoit que les places en hôtel sont coûteuses, il rappelle que « ce n’est pas la panacée ». « On ne peut pas y cuisiner et cela se passe plus ou moins bien suivant l’hôtelier. Le matin, on doit partir, le soir on dort à 20h ou à 19h. Parfois, c’est ouvert le matin, parfois, l’après-midi, parfois, on oblige à faire le ménage pour rester, sous peine d’un signalement où on va dire que la personne s’est mal comportée et elle peut être mise dehors. On a eu des retours où l’on se servait joyeusement en disant que si l’hébergée voulait rester, c’était de la faveur sexuelle » détaille-t-il.

    Il revient aussi sur les conséquences de cette remise à la rue pour des personnes qui vont jusqu’à garder tous leurs tickets RTM pour nourrir leur dossier, montrant à quel point elles sont honnêtes. « Oui, ce sont souvent des personnes en situation irrégulière » admet Alain, « mais qui sont là depuis 3, 4 ou 5 ans, qui ont un emploi, se comportent comme des bons citoyens. Les enfants vont à l’école. Et à qui on dit finalement, désolé, tu repars à la rue, ou alors à Vitrolles, Marignane » indique-t-il. De quoi nourrir « la colère voire la haine, avec des gamins qui trouveront leur intérêt à faire le chouf à la cité du coin, moyennant 150 euros la journée », où « l’argent économisé en hébergement d’urgence, va être dépensé en santé mentale, en frais hospitaliers, en police, en lutte contre le narcotrafic ». Un « terrible retour en arrière » déplore-t-il.

    Le tout alors que les femmes sans-abri étaient une priorité affichée par la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard, aujourd’hui sur le départ. Cette dernière insistant dans nos colonnes sur leur prise en compte lors de la présentation en juillet, par l’Observatoire de la pauvreté de la première enquête sur « le parcours de prise en charge des personnes sans domicile en sortie d’hospitalisation à Marseille ». Un double discours insoutenable pour les associations qui ont entamé un véritable bras de fer avec l’État.

    *Le prénom a été changé

  • Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Un document de 12 pages qui met le feu aux poudres. Après l’émoi déclenché par la mort de Lyhanna, 11 ans, le 4 juin dans le Gers et la mise en examen, pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, de Jérôme Barella, principal suspect, le ministre de la Justice a transmis un courrier à son homologue de l’Intérieur. Daté du 29 juillet, révélé par Le Monde, il pointe des dysfonctionnements « d’ordre structurel », qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain. » Est également évoqué un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

    De quoi agacer singulièrement les syndicats de policiers. Dans un long communiqué en date du 11 août, la CGT Intérieur réplique en alignant les chiffres issus de ce même document : « 85 047 plaintes en attente, six policiers pour 4 000 dossiers au Mans, 257 millions pour un logiciel qui n’existe pas. » « Le résultat de décisions politiques identifiables, prises en connaissance de cause » assène-t-elle. Pour elle, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur durant 4 ans, « découvre son propre bilan. »

    Tout sur le bureau du ministère depuis 3 ans

    Et « oublie que par sa réforme néfaste, il a démantelé les filières d’investigation (…) et appauvri la police nationale et la gendarmerie dans leur dimension judiciaire ».

    Sur le chiffre édifiant des plaintes en rade, « certaines n’ont jamais quitté le commissariat. D’autres ont été perdues. Rien de tout cela n’est un accident : chacun de ces manques a été provoqué, budget après budget, par des responsables qui savaient », balance la CGT. Et de citer « le rapport interinspections de juin 2023 sur l’engorgement de la chaîne pénale, celui de la Cour des comptes de mai 2023, le rapport d’évaluation des stocks recensant plus de trois millions de procédures non traitées et alertant expressément sur le sort des viols et agressions sexuelles sur mineurs », tous « sur le bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque. »

    L’organisation syndicale est allée jusqu’à calculer le temps que les fonctionnaires de police pouvaient consacrer aux dossiers. Reprenant l’exemple du Mans, où six policiers du groupe de protection des familles se partagent plus de 4 000 cas, soit 667 procédures par agent. « Rapporté à la durée légale annuelle de travail -1 607 heures-, il reste deux heures et vingt-quatre minutes par dossier et par an », indique la CGT. Tandis qu’à Amiens, « où trois enquêteurs portent chacun plus de trois cents dossiers, on atteint cinq heures et vingt minutes », complète-t-elle.

    L’enquête, spécificité abandonnée

    Elle pointe également une date, 1995, où l’enquête a « cessé d’être un métier. » Le corps des enquêteurs dissous, « 16 000 inspecteurs de police rejoignent 2 200 officiers de paix » dans le nouveau corps des officiers.

    La CGT établit également une autre bascule, en 2024. Depuis, l’ordre public prime dans la gestion des troupes estime l’organisation syndicale. « Un dossier d’enfant ne fait pas de bruit. Une manifestation, si », commente-t-elle. Elle raconte aussi cet outil numérique daté et inepte, qui « perd des fichiers, découpe les procès-verbaux et impose des ressaisies redondantes des mêmes informations dans des logiciels qui ne se parlent pas. » Le projet « Scribe », lancé en 2016 pour le remplacer, est abandonné en 2021 puis relancé pour « 2028 au mieux » assure-t-elle.

    En conséquence, la CGT exige de « faire de l’enquête un métier », « donner aux enquêteurs un outil qui fonctionne » et « sortir l’enquête de l’arbitrage préfectoral. » Elle réclame aussi la présence des syndicats et des associations de victimes à la réunion prévue le 3 septembre entre les deux ministères.

  • Police et gendarmerie sur le pied de guerre tout l’été

    Police et gendarmerie sur le pied de guerre tout l’été

    Avec 50 TGV et 10 000 voyageurs par jour pendant la période estivale, la deuxième gare des Bouches-du-Rhône, Aix-TGV, fait le plein. L’occasion pour la préfète de police, Corinne Simon, de déployer ses agents, histoire de rappeler que, comme le reste de l’année, c’est impunité zéro. « Même pendant les vacances, les forces de l’ordre sont présentes, on opère des contrôles aléatoires » prévient-elle, à la recherche de consommateurs de stupéfiants mais aussi de chauffeurs VTC illégaux, sans oublier la routine, les défauts de permis, d’assurance…

    En 25 minutes ce lundi 10 août, une amende forfaitaire délictuelle (AFD) est dressée pour consommation de résine de cannabis, une voiture électrique embarquée à la fourrière, faute de plaques réglementaires et d’assurance, précise la commissaire centrale d’Aix-en-Provence, Sandrine Destampes. Sur le quai, la jeune malinoise de l’équipage cynophile, Spirale, a marqué sur le sac d’un jeune homme. Fausse alerte, c’est du CBD. Un autre essaie de justifier les 700 euros en liquide qu’il transporte. Il finira au poste. « C’est aussi l’occasion de tomber sur des gens recherchés pour d’autres affaires » complète la commissaire.

    Saisie de poids

    Le bilan : 37 personnes, 7 trains et 18 voitures contrôlées pour une AFD, une mise à disposition, une fausse carte d’identité belge, une personne en situation irrégulière… Et 56 PV pour stationnement gênant à ceux qui ont voulu éviter les parkings payants.

    Côté gendarmerie, c’est une table recouverte de têtes de cannabis et de résine à l’odeur puissante, qui attend la préfète. Une « belle affaire » bouclée en 5 mois, se félicite-t-elle aux côtés du colonel Scherer, commandant en second du groupement de gendarmerie départementale des Bouches-du-Rhône. Une saisie de 15 kg, d’une valeur de 130 000 euros, expliquent les enquêteurs de la brigade de recherche. Entre Jouques et Peyrolles, quatre personnes, interpellées, sont en détention provisoire. « On a affaire à une délinquance jeune et armée » commentent-ils, avec des sortes de « petites PME », la production étant identifiée par des flocages et des « goodies » selon les quartiers et la provenance.

    Et puis il y a le flair. Tel celui des deux gendarmes qui repèrent sur une aire d’autoroute trois personnes en train de décharger un semi-remorque mercredi à 8h du matin. Ils trouveront 366 cartouches de cigarettes, soit 20 000 euros sur le marché noir, et 15 000 euros dans un sac sur le siège passager. « Nous ne contrôlons pas que la vitesse », précise le colonel Scherer, « mais nous essayons plutôt d’analyser un flux ». Voilà les délinquants prévenus…

  • Les mineurs, des proies de choix pour les narcotrafiquants

    Les mineurs, des proies de choix pour les narcotrafiquants

    En 2024, 61% des condamnés pour infractions liées aux drogues sont âgés de 15 à 25 ans note la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) dans son dernier rapport, avec près de 10 000 mineurs impliqués dans des affaires de trafic de stupéfiants. L’âge moyen des « petites mains » employées par les réseaux se situant autour de 15-16 ans avec un recours accru aux très jeunes, parfois âgés de 10 ans. À Marseille, si les chiffres les plus récents de la préfecture ne sont pas établis en fonction de l’âge, on relève tout de même au 31 juillet avec 799 infractions liées aux stup’, une augmentation de 58% par rapport à 2025, dont 32 pour vente et trafic, 699 pour usage dont 93% ont donné lieu à une amende forfaitaire spécifique. Le résultat aussi d’une mobilisation tous azimuts des services.

    Une préfecture de police qui se veut précurseur sur la prévention

    Mais au-delà de la répression, le volet prévention reste essentiel. « L’autre jambe de la lutte contre le narcotrafic », insiste la préfète de police, Corinne Simon, à la moindre occasion. Des assises ont été organisées cette année, réunissant les coordinateurs des CLSPDR, des représentants de l’Éducation nationale, de la PJJ, de la Mildeca… Plus largement, de nombreuses expériences sont menées comme celle du centre de loisirs jeunes de la police nationale 13 auprès des collégiens, sur la lutte contre l’addiction ou sur la notion de dette empêchant le jeune de sortir du réseau. Au niveau national, la Mildeca a établi en 2020 son programme Limits doté de 6 millions d’euros, pour travailler en direct avec les communes auquel participe Aix-en-Provence. Une campagne choc « inédite » se félicite le ministère de l’Intérieur, « On paie tous le prix de la drogue », a aussi été lancée en juin.

  • Quand les chauffeurs VTC se ruent sur les stations balnéaires

    Quand les chauffeurs VTC se ruent sur les stations balnéaires

    Violences verbales et physiques entre conducteurs, délits routiers, escroquerie envers la clientèle… » C’est le constat établi par la préfecture du Var après les remontées de terrain des communes de Saint-Tropez et de Ramatuelle et des professionnels locaux aux prises avec une très « importante présence de VTC extérieurs à la région », précise-t-elle.

    Aussi, « ces deux communes en lien avec les services de l’État ont mis en place des mesures de police administrative pour réguler le transport payant de personnes et limiter l’augmentation du trafic automobile dans le centre-ville et sur la route des plages », indique le représentant de l’État. L’afflux de VTC extérieurs, est considéré par les locaux comme « une concurrence déloyale » d’autant qu’un certain nombre ne respectent pas la réglementation. De récentes opérations de contrôle ont donné lieu à des dizaines de constats d’infraction dans le golfe de Saint-Tropez depuis le premier juin : maraude irrégulière, absence de signalétique ou de vignette, non-apparition de la carte professionnelle ou du macaron ou, carrément, exercice illégal de la profession, sans omettre les infractions au code de la route… Face à cette situation, la sous-préfète de Draguignan recevra ce lundi les représentants de l’union des VTC 06-83 pour réfléchir à des pistes d’actions.

  • Des CRS bien occupés assurent la sécurité sur la plage des Catalans

    Des CRS bien occupés assurent la sécurité sur la plage des Catalans

    Venue du Sud Ouest, la CRS 14 assure depuis le 14 juillet la surveillance d’une des plages les plus fréquentées de la ville, les Catalans. Les 5 policiers, maîtres-nageurs sauveteurs et Vttiste ont fort à faire, ont-ils expliqué ce mercredi 5 août à la préfète de police déléguée, Corinne Simon, venue leur rendre visite.

    Pas moins de 200 amendes forfaitaires spécifiques, des vols, des malaises et beaucoup d’incivilités, dont les enceintes à fond, le tout par 31 à 38 degrés, sept jours sur sept, de midi à 19h30, raconte le brigadier-chef Jean-François. Dans un seau, il a rassemblé un tas de matériel confisqué, destiné à la consommation de stup’, sur le mois. Quelques minutes auparavant, un homme complètement ivre et sous l’emprise de drogue a été arrêté.

    « Jusqu’à présent, il y avait deux plages surveillées par les CRS, Sormiou et La Ciotat », explique la préfète, « une demande a été faite auprès du cabinet du ministre de l’Intérieur pour avoir des effectifs supplémentaires parce qu’à chaque bilan que nous faisons en fin de saison, on s’aperçoit que la plage des Catalans est énormément fréquentée, il était important de mieux sécuriser ». Les CRS travaillent en partenariat avec la police municipale, précise Joël Canicave (PS), adjoint au maire en charge des finances. À l’ombre du mur du poste de secours, Simone, Albert, Pierrette, Corinne, Chantal, Lucie et Sabrine, qui « viennent là depuis 50 ans » sont ravis. « Cela fait du bien de les avoir, on va les regretter », déplore la bande de copines.

  • Fabienne Decottignies nommée préfète du Gard

    Fabienne Decottignies nommée préfète du Gard

    Avec Anne Levasseur au Vigan, Lucie Roesch désormais à Alès et dans quinze jours Fabienne Decottignies à Nîmes, c’est un trio de femmes qui va désormais représenter l’État dans le département gardois. Arrivé à l’été 2023, Jérôme Bonet laisse la trace d’un préfet sérieux, efficace et à l’écoute mais qui aura aussi démontré toute l’impuissance de l’État sur les sujets de désindustrialisation, à l’image de la fermeture de la verrerie à Vergèze.

    Comme Jérôme Bonet, Fabienne Decottignies possède un profil atypique puisqu’elle n’a pas enchaîné les postes de sous-préfète avant d’arriver dans le Gard. Si son prédécesseur a principalement travaillé dans les plus hautes instances policières, Fabienne Decottignies a longtemps occupé des responsabilités au sein de l’administration centrale, notamment dans le domaine de la santé.

    Née en 1971 à Tourcoing, elle suit un parcours universitaire brillant (hypokhâgne, khâgne, maîtrise d’histoire moderne, Institut d’études politiques et Institut régional d’administration) avant de multiplier les postes dans l’administration. En 2007, elle devient cheffe du bureau du budget, de la performance et du contrôle interne à la Direction générale de la santé. Elle rejoint ensuite la préfecture de police de Paris en 2012 et entre dans le corps préfectoral en 2015 en devenant sous-préfète dans l’Oise. Après un retour à Paris, elle est ensuite sous-préfète de Lille (2022-2024) puis devient préfète de la Nièvre. Elle est également officier de l’Ordre national du Mérite et a reçu la Légion d’honneur. T.A.

  • Le chassé-croisé estival sous haute surveillance à La Ciotat

    Le chassé-croisé estival sous haute surveillance à La Ciotat

    Bonjour, mettez-vous sur le côté s’il vous plaît, on va procéder à un rapide contrôle. » Comme tous les ans, la période des chassés-croisés est particulièrement accidentogène. en cause notamment, la forte densité du trafic et les bouchons qu’elle peut créer, ou la fatigue liée aux longues distances parcourues.

    C’est pourquoi sous le soleil de La Ciotat, ce vendredi 31 juillet, une opération de contrôle des véhicules et de leurs usagers a eu lieu. celle-ci a commencé aux alentours de 10h. C’est la deuxième de ce type depuis le début de l’été. Sur place, les agents ont fermé plusieurs voies de péage pour filtrer les véhicules, et créer un couloir dans lequel ces derniers peuvent être arrêtés.

    Une vingtaine de CRS sont sur place. Commencent ensuite les contrôles. Carte rose, carte grise, assurance, contrôle technique. en quelques minutes, les premières infractions sont repérées. C’est la fin du voyage pour cette jeune femme partie à la plage. Arrêtée dans sa citadine grise sans assurance ni permis, elle a vu sa voiture emmenée par la dépanneuse. « On va la présenter à un officier de police judiciaire qui va regarder en fonction de ses antécédents, du défaut d’assurance et du défaut de permis, si on va l’amener chez nous pour une audition, ou peut-être un placement en garde à vue », explique un agent de police. D’autres contrevenants ont eux aussi été interpellés pour des motifs similaires.

    « Voir du bleu »

    Arrivés en renfort à la fin de l’opération, les motards de la police ont de leur côté intercepté plusieurs chauffards en excès de vitesse.

    Pierre Gilardeau, sous-préfet, s’est rendu sur les lieux : « Le mot d’ordre qu’on a pour toutes les forces de police, c’est de multiplier partout les contrôles pour faire respecter les principes de base qui permettent à tout le monde de partir et d’arriver sur leur lieu de vacances en toute sécurité », affirme ce dernier sans omettre que « la vitesse est la première cause de mortalité. Associée à des comportements à risques, elle tue. » Alors que l’aiguille tourne, les voitures immobilisées se multiplient, mais le brigadier-chef présent rappelle que l’objectif n’est pas de sanctionner à tout prix. « Si on est là, c’est aussi pour faire de la prévention, pour expliquer aux gens que la ceinture, c’est important, les pneus gonflés aussi… Ça peut être sur plein de choses. De plus, c’est important de montrer qu’on est présents, sinon les gens en profitent... » Les forces de l’ordre sont aussi présentes sur les axes secondaires complète le sous-préfet, « là où les accidents sont les plus graves et les plus mortels ».

    Levé à 12h30, le dispositif aura été encore une fois très efficace. De par les interpellations effectuées, mais aussi la simple mobilisation des autorités, qui ont pu montrer leur assiduité au travers de ce dispositif. « L’important, c’est de voir du bleu sur les autoroutes, sur la route en général », indique le brigadier-chef sur les lieux. Des opérations similaires seront réitérées régulièrement pendant l’été.

  • Déménager pour fuir les violences conjugales

    Déménager pour fuir les violences conjugales

    Elle s’est garée à l’écart du point de rendez-vous, dans un coin du parking d’une résidence dont nous tairons le nom à sa demande, quelque part dans une ville des Bouches-du-Rhône. Parce qu’Alice* a peur. Peur de son ex-compagnon qui est là, en haut des escaliers qui mènent au domicile qu’elle souhaite quitter.

    « Elle ne lui a pas dit qu’il y avait la police », nous explique Clara Agnello, coordinatrice de projet de l’association Une Voix pour Elles au sein de l’antenne Provence. Entendre le département 13 et le Vaucluse. Créée en 2019 à Grasse, dans les Alpes-Maritimes, l’association se composait au départ de bénévoles qui proposaient des groupes de libération de la parole aux victimes de violences conjugales, précise-t-elle. Le Covid a réorienté son action. « On a collecté des produits d’hygiène pour aller les distribuer dans les hôtels de mise à l’abri auprès des femmes victimes de violences conjugales pour continuer à apporter un support », raconte Clara. Puis la cofondatrice de l’association, Loëtitia Mas, qui est toujours la déléguée générale « s’est rendue compte qu’il y avait ce besoin qui existait de soutenir les femmes pour qu’elles puissent récupérer leurs affaires personnelles ».

    Concrètement, Une Voix pour Elles propose de mobiliser des bénévoles pour faire les cartons, met à disposition un véhicule pour les charger et offre un box de stockage gratuit. Et dans les cas plus « délicats » comme celui de cet après-midi-là, un équipage de police, une agente et deux agents, est venu du commissariat voisin pour faire en sorte que tout se passe bien, dans le cadre d’une convention passée avec la police nationale 13. Le mot d’ordre : apaiser la situation, éviter « la montée en pression », indique le brigadier-chef Yann.

    Avec sa collègue la commandante Catherine, au sein de la délégation départementale d’aide aux victimes du SIPJ (Service interdépartemental de la police judiciaire) 13, ils ont rencontré les représentantes de l’association voilà deux ans, dans le cadre de la présentation d’un dispositif déployé par la préfecture et coordonné par la CAF pour simplifier le parcours des femmes qui sont victimes de violences conjugales, baptisé « pack nouveau départ. »

    Un service unique

    « Ça nous a semblé intéressant dans la mesure où ils sont positionnés sur un service qui n’est offert par aucune administration ou aucune structure de l’État », détaille le policier, « on leur a proposé de leur trouver des équipages pour sécuriser leurs interventions quand ils sentent qu’il y a potentiellement un risque que ça dégénère au moment du déménagement ». Parce que souvent aussi, ajoute-t-il, les auteurs de violences conjugales « ne reconnaissent pas les faits. Devant la police, ils se font même passer parfois un peu pour les victimes. Ils retournent la situation, en nous disant “je l’ai pas touché“ ».

    C’est aussi une autre façon de faire son métier, qui va parfois dans la continuité. « On a eu le cas de policiers qui étaient présents au départ sur l’interpellation du conjoint violent et qui ont été missionnés quelques jours après sur le déménagement de la personne, » relate le brigadier-chef. Une expérience pilote dont il aimerait avec sa collègue qu’elle soit étendue au reste du pays. « C’est la province qui montre un peu l’exemple pour une fois », se félicite-t-il.

    D’emblée, l’équipage présent ce jour-là va discuter avec monsieur, tandis que madame monte dans les étages avec les cartons et les bénévoles présents. Les interventions de l’association sont « en dehors de toute procédure judiciaire, ça veut dire que dans tous les cas, on ne va pas pouvoir forcer les accès, il faut que soit madame soit sous le contrat de location, qu’elle ait les clés, soit que monsieur soit présent et qu’on nous ouvre la porte », a précisé Clara au préalable.

    Tremblante, Alice rentre dans l’appartement où sont également présents les deux ados de monsieur. L’équipe ne perd pas de temps. Il faut emballer vêtements, cartables, vaisselle, mais aussi la machine à laver et démonter le lit des plus petits. Les policiers l’accompagnent pour faire le tour des pièces. Entre la cuisine et la salle de bains, le ton monte. « Ne me raconte pas de bêtises », intime le mari. Puis aux policiers : « Je la connais par cœur hein, c’est bon là il n’y a rien à regarder ! » On apprendra plus tard qu’il revendique la propriété des sacs-poubelle qu’il assure avoir achetés. Intimidés, ses enfants qui n’ont jamais vu des policiers d’aussi près, se sont cantonnés dans le salon tandis que les cartons sont déposés à un bon rythme dans l’ascenseur. Les agents plaisantent, tentent de rassurer tout le monde. Des valises, une plante en plastique, un ballon de basket… Les vestiges d’une vie de famille s’entassent dans le couloir avant de finir dans la camionnette stationnée sur le parking.

    L’opération va durer près de deux heures, finalement dans le calme. Alors que les bénévoles organisent le chargement, Alice va chercher sa voiture. Elle respire, enfin. « C’était dur mais c’est la fin de quelque chose, je suis soulagée », nous confie-t-elle dans un souffle. Pour Clara et les bénévoles aussi, c’est le sentiment d’avoir pu mener à bien leur mission. « Si on pense qu’une femme fait sept tentatives de départ avant effectivement de quitter la relation d’emprise et la situation de violence conjugale, pouvoir effectivement partir avec ses affaires, c’est assez central », insiste Clara.

    *Le prénom a été changé

    REPÈRES

    62%

    des femmes aidées par Une Voix pour Elles considèrent comme un obstacle à leur départ du foyer le manque de ressources financières et la dépendance économique au conjoint, indique l’association dans une étude qu’elle a réalisée en 2024 sur les bénéficiaires de son aide au déménagement. Arrivent ensuite les difficultés à trouver un autre logement puis la peur des représailles.

    Peu de places

    « En 2025, les solutions de mise en sécurité ont évolué dans les Bouches- du-Rhône, au détriment des places d’hébergement d’urgence. Cette nouvelle organisation a induit un engorgement et une augmentation des délais de prise en charge », note dans son rapport d’activité 2025 Solidarité Femmes 13. L’association a dû redoubler d’engagement pour accompagner les victimes.

    4

    interventions par semaine en moyenne sont effectuées par Une Voix pour Elles sur son antenne Provence. Cela peut être pour un départ du domicile mais aussi une aide à la réinstallation. Pour 76% des femmes qui ont participé à l’étude d’impact de l’association, elles estiment que déménager leur a permis à elles et à leurs enfants de se reconstruire plus vite.

    Au pire, la rue

    Selon l’étude d’impact d’Une Voix pour Elles, 9% des femmes secourues sont passées par la rue après leur départ, 58% n’avaient personne à proximité sur qui compter au moment où elles ont été contraintes de déménager, le conjoint faisant souvent le vide autour de madame. À noter que 97% des agresseurs étaient en liberté, dans 68% des cas sans aucune contrainte judiciaire.

  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.