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  • Tranquillité publique : la préfète de police fait dans la dentelle

    Tranquillité publique : la préfète de police fait dans la dentelle

    « Si vous saviez ce radar, j’ai bataillé ! Mais on l’a eu, j’en avais marre de faire des massages [cardiaques] à des enfants. » Intarissable, Anissa Cheurfa, présidente du comité d’intérêt de quartier (CIQ) de la Viste, emmène cet après-midi-là la préfète de police déléguée, Corinne Simon, son directeur adjoint, Pierre Gilardeau et le commandant Jean-Christophe Roux, chef du bureau de la prévention de la délinquance, pour une visite express de la Viste (15e). Objectif : « devancer les difficultés avant qu’elles arrivent », en matière de sécurité publique résume la préfète, qui souhaite prendre le temps d’écouter les habitants, au plus près de leurs préoccupations. « C’est vous qui savez ce qui se passe, quelles sont les problématiques », martèle-t-elle, rappelant que le répressif va avec le préventif.

    Avoir des magasins utiles

    Du parc Brégante au collège Jean Moulin, le long de l’avenue de la Viste, le noyau villageois représente 6 800 habitants nous explique Anissa. « Deux mondes », avec celui des cités, qui coexistent tant bien que mal. Délinquance, stationnement anarchique qui empêche le ramassage des poubelles, potelets arrachés, tags… Les troubles à la tranquillité publique sont nombreux. « On subit de grosses bagarres depuis ce week-end avec 20 à 25 personnes qui se frappent, au niveau du 68 et 75, jusqu’à 2h du matin, trois policiers de la Bac sont venus pour désamorcer mais c’est récurrent l’été », raconte Jean-Marc, un riverain. En cause visiblement, la boisson qui échauffe les esprits. « Il faudrait peut-être plus contrôler les terrasses », propose-t-il tandis que le directeur adjoint note scrupuleusement.

    D’une manière générale, les habitants regrettent le temps où l’avenue était commerçante. La Poste a fermé, les magasins ont tiré petit à petit le rideau, sous l’effet de l’insécurité assurent-ils. Ils imaginent bien le retour d’une « boucherie, une papeterie, je vais chercher le journal à l’Estaque », se désole Anissa. Snack et chichas, « c’est bon on en a assez, on veut des magasins utiles », complète Jean-Marc. La chargée de mission au centre social Del Rio, point sensible du quartier, est venue aussi témoigner d’une certaine amélioration. « Chaque fois qu’on appelle on est entendu », se félicite-t-elle précisant qu’un tournoi de foot avec enfants et policiers doit avoir lieu le samedi.

    Un radar efficace

    Sur l’étroit trottoir de l’avenue de la Viste, entre trous dans le bitume et bacs à poubelles, Anissa tient également à montrer le fameux radar dont elle a demandé l’installation pour limiter la vitesse à 30 kilomètres heure sur cet axe très passant. Et c’est efficace avec une diminution du nombre d’accidents note le commandant Roux. De 5 dont un mortel en 2025 sur les six premiers mois de l’année avant le radar, « nous sommes passés à 2 blessés légers dont un piéton », indique-t-il.

    Poursuivant son cheminement, la petite troupe passe devant la piste pédagogique routière, abandonnée depuis des années, dont on devine les panneaux dans les herbes folles. « Dites-lui à Samia Ghali et aussi au maire de secteur Jean-Marc Coppola, qu’il faut faire quelque chose », nous intime Anissa. Au bout de l’impasse, tout à côté des 30 parcelles du jardin partagé, le belvédère offre une vue imprenable sur la rade marseillaise, surplombant les grandes lettres « Marseille » devenues emblématiques. Un tableau gâché par les multiples canettes de bière en verre au sol, et une bouteille de protoxyde d’azote. « C’est là que les gens viennent le soir consommer de l’alcool, de la drogue et deviennent agressifs », dénonce Jean-Marc. « Bon les jeunes, il faut aussi savoir leur parler », tempère Anissa.

    Même si, côté point de deal, les opérations policières se multiplient avance le commandant Roux, 31 depuis le début de l’année, autant que toute l’année dernière réunie, les prises passant de 46 kg d’herbe de cannabis en 2024 à 2 kg en 2025. « Parce que vous nous avez alertés, on a mis les moyens », rappelle-t-il. Pierre Gilardeau a de son côté noirci deux pages de carnet. CIQ, collectifs sont une source précieuse pour agir de manière coordonnée avec les autres acteurs concernés comme les collectivités estime la préfète. « On a cette capacité à mettre tout le monde autour de la table », insiste Corinne Simon qui veut faire du « cousu main ». Quand parfois changer le sens d’une rue ou mettre un banc résout le problème…

  • Des contrefaçons broyées pour l’exemple à Marseille

    Des contrefaçons broyées pour l’exemple à Marseille

    Pas moins de 206 054 marchandises contrefaisantes, d’une valeur de 42 millions d’euros, avaient été saisies, en février, sur le Marché du soleil, dans le cadre d’une enquête judiciaire du parquet de Marseille pour trafic de contrefaçon et blanchiment, après la saisie des murs en novembre 2025, entraînant la fermeture des lieux pour six mois.

    Dans la cour intérieure de la cité des douanes (3e) ce jeudi 18 juin, une partie d’entre elles sont étalées au pied d’un camion dans lequel a été installée une déchiqueteuse. Lunettes de soleil, sacs haute couture approximatifs, chaussures de sport et claquettes en cuir, maillots de foot plus ou moins olympiens et tee-shirt, le panel est impressionnant. On trouve également des machines à coudre pour doter les textiles d’étiquettes contrefaites.

    Pour la préfète de police déléguée, Corinne Simon, il s’agit d’une « opération emblématique ». D’abord « parce qu’elle permet de mettre en avant toute l’efficacité de la loi narco du 13 juin dernier », estime-t-elle. Un texte qui permet aux préfets « de pouvoir fermer administrativement les commerces dès lors où une infraction est caractérisée, que ce soit sur du trafic de stupéfiants, de l’association de malfaiteurs, du recel ou de la présomption de blanchiment », précise-t-elle. Et c’est sur cette dernière que Corinne Simon s’est appuyée pour la fermeture du Marché du soleil.

    Autre objet de satisfaction pour la préfète de police déléguée, il s’agit « d’une opération d’envergure qui a nécessité un travail de préparation important, un travail interservices », où une centaine de douaniers, une quinzaine d’officiers de police judiciaire, à la fois de police et de gendarmerie nationale, et des CRS ont été mobilisés. Cela fait aussi « 40 ans que ce marché existe » a-t-elle rappelé, et « d’année en année, on a vu qu’il s’était modifié pour devenir un marché à ciel ouvert de contrefaçons, il était impératif que nous puissions y mettre un terme, parce que c’est une concurrence déloyale par rapport aux marques et que cela permet de déclencher une économie souterraine qui finance des activités illégales ».

    Un milliard de taxes

    en moins pour l’État

    Le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a lui aussi insisté sur la contribution des douanes. C’est sur la base de leurs saisies « menées régulièrement de 2024 à 2025, et à chaque fois, c’était bingo, que nous avons pu déterminer qu’on était dans le cadre de la marchandise contrefaisante en bande organisée » assure-t-il, s’étonnant que « dans les guides touristiques, l’existence de ce marché soit donnée comme un must ». Le procureur se félicite au passage d’une opération « gagnant-gagnant », le « représentant du consortium des marques » prenant en charge les coûts de la destruction, et du don des machines à coudre « à l’administration pénitentiaire pour fournir du travail aux détenus ».

    Pour l’État, le manque à gagner reste important, insiste Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l’Union des fabricants (Unifab). « C’est un milliard d’euros de taxes que la contrefaçon fait perdre, en période économique compliquée, on ne peut pas passer à côté et 38 000 emplois perdus par an », ajoute-t-elle. Soulignant le danger pour les consommateurs qui achèteraient ces produits, avec des lunettes de soleil qui n’ont pas de filtre, des teintures pouvant provoquer de graves allergies, elle précise que ces marchandises « fabriquées à des milliers de kilomètres ont un bilan carbone absolument désastreux et les usines qui fabriquent de la contrefaçon rejettent leurs déchets dans la nature ».

    Malins, les fraudeurs ont prévu également de dissocier les textiles des logos pour mieux écouler la marchandise, note-t-elle. « L’assemblage se fait en France, révèle-t-elle. C’est moins compliqué de se faire envoyer un carton de logos en cas de saisies que tout un lot de vêtements complet ». Tout un système qui sera explicité lors du procès. Parmi les 15 prévenus, les gardiens du marché, le gérant administratif, une gérante sur le terrain, une agente de la préfecture et deux policiers municipaux…

  • Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Dans le Var, avec la nouvelle loi, le narcotrafic mute mais ne faiblit pas

    Le 13 juin 2025, une nouvelle loi « visant à sortir la France du piège du narcotrafic » était promulguée, visant à élargir l’arsenal juridique et les moyens d’action des services de police et de gendarmerie. Parmi ces mesures figurent la création d’un parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), le renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent et des moyens d’action administratifs locaux, ainsi que de nouvelles mesures judiciaires et techniques d’enquête, avec une protection accrue des agents et des témoins.

    Un an après son application, les services de l’État dans le Var, réunis autour du préfet mardi, dressent un constat mitigé : loin d’avoir reculé, le narcotrafic a muté, et « les trafiquants se sont adaptés aux nouvelles modalités d’enquête », résume le procureur de la République de Toulon, Raphaël Balland. En conséquence, c’est « l’action de l’État qui a dû s’adapter » quand « le trafic se poursuit sous d’autres formes », reconnaît le préfet du Var, Simon Babre, qui observe ainsi « une uberisation du trafic et une forte régression des points de deal ». Sur les 35 sites considérés comme « historiques » par l’Office antistupéfiants (Ofast), seuls 13 sont encore actifs.

    Des saisies qui explosent

    Cette évolution s’appuie notamment sur les réseaux sociaux. Pour lutter contre ce phénomène, 28 enquêteurs ont été formés afin de démanteler les trafics en ligne, en recourant à des pseudonymes, comme le permet la loi « Narcotrafic ». Au total, depuis le début de l’année 2026, 37 enquêtes ont été menées, aboutissant à 43 interpellations, et contribuant à une évolution marquée des saisies : -6,75% de saisies par rapport aux cinq premiers mois de 2025 pour la cocaïne (77,3 kg saisis) et -89% pour les plants de cannabis (61 plants), mais +85% pour le cannabis lui-même (440 kg), +264% pour l’ecstasy (1 658 cachets) et, plus inquiétant encore, +355% pour l’héroïne (641 g). Ces chiffres peuvent toutefois être interprétés de différentes manières, illustrant à la fois la progression de la consommation et du trafic d’une part, et celle de la lutte d’autre part.

    La numérisation des pratiques a une autre conséquence. « Les usagers deviennent revendeurs car il est rentable d’acheter du produit et de le rapporter dans l’arrière-pays varois », analyse le commandant du groupement de gendarmerie du Var, Grégory Goumain, qui recense, sur sa zone, « 95 trafics démantelés dans 39 communes en 2025, 28 dans 20 communes en 2026 ». Les quantités transportées sont généralement plus faibles, une adaptation observée de manière assez générale, « car si on se fait attraper, le risque encouru est moins important », complète le procureur de la République de Toulon. Les services des douanes font le même constat, observant une « multiplication des petites saisies et une hausse significative des amendes », selon Myriam Soula, directrice interrégionale des Douanes. Est aussi observée une « fragmentation supposée de la livraison avec des envois postaux par exemple, ce qui est nouveau pour nous ».

    Logement et prestations sociales en ligne de mire

    Une des clés du trafic demeure le logement, avec l’utilisation d’appartements « nourrices », dont certains sont loués via Airbnb. La loi contre le narcotrafic a ainsi conduit à 24 demandes d’expulsion, dont deux ont été effectives. Par ailleurs, cinq fermetures de commerces et 124 interdictions de paraître ont été prononcées. Toujours dans le cadre de cette loi, et au titre de l’extension des prérogatives administratives locales, une convention nouée fin 2025 entre la CAF du Var et les services de l’État permet désormais de sanctionner les trafiquants bénéficiaires d’aides sociales. Plus de 50 signalements ont été réalisés, pour cinq mesures coercitives, tandis qu’une vingtaine de dossiers sont encore à l’étude.

    Sur la route, où 15% des accidents mortels (cinq décès depuis janvier, contre neuf sur les cinq premiers mois de 2025) sont liés aux stupéfiants en 2026, la multiplication des contrôles a permis de détecter davantage de conduites sous emprise (837 cas pour 7 727 contrôles au premier trimestre, contre 738 pour 8 312 sur la même période en 2025). Le taux de tests positifs reste similaire (12%), mais le nombre de suspensions de permis a augmenté de 42%, les stupéfiants en étant désormais la principale cause.

    Si, pour le procureur Raphaël Balland, « l’absence d’usagers assèche le trafic », la question de l’addiction n’a été que survolée par le préfet : « Il y a des mesures de prévention pour en sortir et montrer que la spirale du trafic expose à des représailles, des dettes. Nous appelons à la responsabilité collective. » Une responsabilité qui incombe aussi – et surtout – aux pouvoirs publics, les faits montrant que l’addiction se traite rarement par le seul levier coercitif, notamment lorsqu’elle est liée à des problématiques socio-économiques.

    DES PROCÈS MARQUANTS DANS LA RÉGION

    17 octobre 2025

    À Avignon, deux boss du Ponzo tombent

    Le tribunal correctionnel d’Avignon a condamné un des grands patrons du réseau du Ponzo au sud d’Avignon, Badr J., à dix ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants. Qualifiée de « directrice territoriale » du point de deal, Anaïs E. écope de 7 ans ferme. Ce point de deal, dans le quartier Monclar, rayonnait sur tout le département du Vaucluse, générant violences et règlements de comptes.

    14 avril 2026

    DZ Mafia : 25 ans contre Gabriel Ory

    La cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône jugeait six accusés, dont deux narcotrafiquants du haut du spectre présumés diriger la DZ Mafia. Elle a condamné Gabriel Ory à 25 ans de réclusion pour un double meurtre, en 2019, dans une chambre d’hôtel de Plan de Campagne. Elle a acquitté Amine Oualane, qui reste écroué dans le cadre d’autres dossiers. Gabriel Ory vient d’être mis en examen pour un projet d’évasion de la prison de Vendin-le-Vieil. D.C.

    14 mai 2026

    12 ans ferme contre le recruteur d’un ado tueur

    Hacène Larbi, alias « le H », 24 ans, est condamné à 12 ans de prison, à Paris, pour avoir recruté, depuis sa prison, un adolescent de 17 ans chargé de tuer une cible à Marseille. Lola D., 23 ans, qui avait acheminé une kalachnikov à l’adolescent tueur, est condamnée à cinq ans de prison. Surpris dans une impasse des quartiers nord par un passant qu’il a blessé à l’arme blanche, l’adolescent avait fui. Il doit être jugé, en juin, par le tribunal pour enfants.

    5 juin 2026

    Le clan Yoda condamné

    Félix Bingui, 35 ans, dit le chat, « chef incontestable » du clan Yoda, est condamné à 12 ans d’emprisonnement et 200 000 euros d’amende au terme de trois semaines de procès, à Marseille, aux côtés de 19 comparses, dont 4 ont été relaxés. Son bras droit, Mohamed Hussein Saleh, a écopé de 9 ans de prison. Toujours en fuite, Zine Eddine Belkaid, considéré comme le grand gérant des points de vente, a été condamné à 8 ans de prison. Dans la sanglante guerre territoriale, ce gang s’est effondré sous les assauts de la DZ Mafia.

    D.C.

  • Erwan Davoux en garde à vue pour violences

    Erwan Davoux en garde à vue pour violences

    Sollicité lundi soir par La Marseillaise, le parquet de Marseille confirme que l’ex-candidat (DVD) aux municipales, Erwan Davoux, a bien été placé en garde à vue le même jour, pour des faits présumés de violences conjugales. L’ancien directeur des relations internationales au conseil départemental s’était lancé dans la bataille électorale après avoir dénoncé des faits présumés de détournement de fonds et de trafic d’influence à la tête de l’institution, ciblant les voyages de la collectivité, attributions de subventions et la relation de sa présidente avec son directeur de cabinet. Une enquête avait été ouverte suite à son signalement, tandis que la justice le ciblait également après les accusations de la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, de chantage et de diffamation. Allié à l’ex-présidente du bailleur social de la collectivité, Nora Preziosi, il n’avait finalement obtenu que 5 248 voix, soit 1,85% des suffrages exprimés.

    Selon les informations de La Provence, l’ancien salarié de la DGSE a été convoqué au commissariat du 12e arrondissement de Marseille, ce lundi matin, suite à une plainte déposée fin 2025 de son ex-épouse, âgée de 37 ans, qui dénonçait des épisodes de violences physiques et psychologiques répétées. Les enquêteurs de la division de criminalité territoriale avaient préféré laisser passer les municipales, avant de le convoquer en ce début du mois de juin.

  • [Rue de la République] Amine Kessaci : « Rendre aux jeunes Marseillais la capacité de rêver volée par le narcotrafic »

    [Rue de la République] Amine Kessaci : « Rendre aux jeunes Marseillais la capacité de rêver volée par le narcotrafic »

    Son parcours, son élection

    Didier Gesualdi : On connaît ici votre parcours depuis que vous avez 16-17 ans et que vous militez contre le narcotrafic. Que ressentez-vous après cette élection ?
    Merci de me donner la parole. Cette entrée en responsabilité, elle marque un engagement, la volonté du maire de Marseille de donner une place importante à la lutte contre le narcotrafic dans son exécutif, une place importante à la jeunesse et qui vient concrétiser plusieurs années de militantisme où j’ai pu interpeller, alerter, sensibiliser sur la vie des habitants des quartiers populaires de cette ville. Aujourd’hui c’est donc un immense honneur et une grande responsabilité que d’être à ces fonctions. Je suis également président de Marseille Habitat, le bailleur social de la Ville, ce qui donne un certain nombre de leviers pour agir concrètement.

    Didier Gesualdi : On sait que vous avez été marqué par l’assassinat de deux frères. Vous êtes la cible des narcotrafiquants. Vous avez choisi d’en faire une force. Avez-vous hésité avant d’être candidat ?
    Bien sûr. Lorsque vous avez cette part de culpabilité qui vous ronge, après ce que j’ai vécu en novembre, la question se pose. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Est-ce que mon engagement ne mettrait pas aussi en danger d’autres personnes ? C’est quelque chose que j’ai très vite traité, réglé. J’ai questionné les services de police, le maire de Marseille qui a dit en fait « on n’a pas peur, on y va, on envoie un message ». Aujourd’hui, je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays. Incarner cette lutte, ça peut être un film Netflix où on vient héroïser quelqu’un mais ça peut aussi être l’occasion d’expliquer que la puissance publique a trop longtemps attendu et hésité sur la question du narcotrafic. Aujourd’hui, ce n’est clairement pas le cas à la mairie de Marseille.

    La lutte contre le narcotrafic

    Léo Purguette : Est-ce que cette parole-là sur le narcotrafic, venant de la gauche, a permis de contrecarrer le vote d’extrême droite ?
    Je ne sais pas, ce serait très prétentieux de ma part de venir dire que ma candidature est venue résoudre ou contribuer à quoi que ce soit dans cette victoire. J’ai pris ma part de responsabilité. Je suis un enfant de cette ville, des quartiers Nord qui a vu le danger de l’extrême droite. Et bien sûr je suis arrivé dans cette campagne 15 jours après des sondages qui annonçaient une possible victoire de l’extrême droite. Il faut qu’à gauche on se saisisse de ces questions de sécurité, il ne faut pas qu’on ait peur de parler de la police, avec la police, de porter des mesures sécuritaires. On a besoin de la prévention, du social mais le monde des bisounours, c’est pas le nôtre. On a aussi besoin de la répression, de condamner des gens lorsque c’est nécessaire. Je me suis montré très favorable aux prisons de haute sécurité de M. Darmanin. Pourquoi ? Pas parce que j’ai envie que des gens soient incarcérés. Je ne crois pas à l’efficacité du système carcéral, mais parce que les personnes qui sont dans ces prisons de haute sécurité sont ceux qui depuis les prisons classiques commanditent des meurtres, ont fait couler le sang de mon petit frère, n’ont pas peur de tuer des gens. Le niveau de barbarie qu’ils ont atteint fait peur en effet. Les personnes qui critiquent ou attaquent la gauche sur la question sécuritaire, sont les amis de Nicolas Sarkozy. Celui qui dans ce pays a détruit la police de proximité, qui a dit « je vais sortir le Kärcher » et qui a en réalité tout enlevé à la police. On n’a pas de leçon de morale à recevoir de ces personnes-là.

    Didier Gesualdi : Vous vous êtes opposé aux expulsions de familles de narcotrafiquants. Ce n’est pas la solution pour vous ?
    Je suis étudiant en Droit. Quand j’ai commencé les études ma prof m’a appris que dans ce pays on ne punit pas des gens pour les agissements de leurs proches ou de leur famille. Ça veut dire quoi ce genre de punitions collectives ? Tant pis pour les petits frères ? Tant pis pour la petite sœur qui passe le bac ? Je me félicite des décisions de la justice qui ont annulé ce genre d’expulsions.

    La jeunesse

    Didier Gesualdi : Vous êtes en charge de la jeunesse qui est particulièrement visée par les réseaux de narcotrafic.
    Bien sûr qu’ils recrutent des personnes de plus en plus jeunes pour aller commettre des assassinats, des atrocités. On constate un rajeunissement parmi les coupables mais aussi parmi les consommateurs. Le maire de Marseille me donne cette délégation pour redonner une perspective d’avenir à la jeunesse. J’ai envie que les jeunes puissent rêver. C’est ce que les narcotrafiquants ont réussi à confisquer. Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir. Une de mes missions principales, c’est de redonner envie à cette jeunesse de rêver, de sortir l’été, d’avoir des activités, de pouvoir se projeter dans la vie. On travaille des dispositifs spécifiques pour l’insertion professionnelle, pour protéger la jeunesse face au narcotrafic et notamment pour faire partir des jeunes loin des réseaux.

    Léo Purguette : Ça veut dire des relogements ?
    Oui, avec Marseille Habitat on va porter un comité inter-bailleurs pour reloger les familles de victimes. C’était ce pourquoi je militais à l’association Conscience et c’est ce qu’on va faire aujourd’hui.

    La justice

    Léo Purguette : Il y a quand même eu des condamnations dans ce procès XXL de la DZ mafia. Celui du chef présumé du clan Yoda est en cours. N’avez-vous pas le sentiment que la justice avance ?
    Oui je crois que la justice avance. Je porte une grande confiance aux femmes et aux hommes qui essaient de la faire avancer. J’ai un très grand respect pour la profession d’avocat, je souhaite moi-même devenir avocat pénaliste mais je leur dis : « Attention quand vous faites rentrer des téléphones en prison vous vous rendez complices de ce système barbare. » J’entends que certains avocats ont été menacés, d’autres l’ont fait pour quelques milliers d’euros pour partir en vacances. Mais je pense malgré tout que la justice avance, elle avance à petits pas. On a besoin de remettre des moyens considérables dans la justice. Il y a besoin de rattraper des années de lacunes et ce n’est pas maintenant qu’il faut freiner.

    Changer Marseille

    Léo Purguette : Vous avez été désigné président de Marseille Habitat. Quelle est votre feuille de route ?
    Le maire de Marseille met une attention particulière sur le parc social du centre-ville où Marseille habitat a plus de 80% de son patrimoine. À Marseille on a connu la rue d’Aubagne, on sait ce que veut dire le mal-logement. À Marseille Habitat, on a rendez-vous avec notre histoire. On va voir tous les actionnaires pour leur dire « mettez des sous ». La Ville a dit ok, je suis en train de rencontrer tous les autres actionnaires de Marseille Habitat qui devraient suivre le mouvement. L’objectif est de faire rentrer 22 millions d’euros dans les caisses cette année pour des réhabilitations rapides. Il y a 40 immeubles en arrêtés de péril. On a aussi un objectif de 50 biens construits par an que l’on souhaite ensuite doubler. J’ai une grande confiance en les personnels de ce bailleur. Audrey Gatian a fait un travail remarquable avec le directeur général Frédéric Pâris pour mettre de la méthode.

    Didier Gesualdi : Vous aviez interpellé le président de la République lors d’un de ses déplacements. Est-ce que cela a eu des effets depuis ?
    Il y a eu des choses. Je suis de ceux qui ont été très critiques à l’égard du plan Marseille en grand, parce qu’il a oublié plein de choses. Heureusement qu’il y a eu la Ville de Marseille pour porter le plan écoles. Le président de la République a marqué plusieurs fois son attachement à la Ville. Il avait la volonté de faire des choses. Il a mis des moyens qu’on a jamais vus. On ne peut pas lui enlever. La méthode n’était peut-être pas la bonne.

    Didier Gesualdi : Pourquoi ?
    Où est la place des acteurs et actrices associatifs dans ce plan ? Où est la parole des habitants ? On n’a pas besoin du plan Marseille en grand mais du plan des Marseillaises et des Marseillais, fait par nous, construit avec celles et ceux qui vivent et dorment ici. Dans ce plan on parle de sécurité mais pas de narcotrafic. Prévoit-il le relogement des familles de victimes ? Non. Est-ce qu’il prévoit le dépaysement des jeunes qui tombent dans les trafics ? Non. Quand on décide de mener une guerre, on se donne tous les moyens, c’est-à-dire aller chercher les têtes de réseaux à Dubaï. Comment ça fonctionne ? En pyramide, au même titre que le capitalisme d’ailleurs. Au pied de la pyramide du narcotrafic, il y a des jeunes qui triment pour moins qu’un Smic, se font frapper, n’ont jamais les bons avocats, tombent en premier sous les balles et puis au sommet, on a quelques personnes qui vivent à l’étranger, Dubaï, Thaïlande, Émirats arabes unis, et engrangent les milliards que génère le narcotrafic. Ils ne sont jamais embêtés et ont les meilleurs avocats. C’est ce qui me fait peur dans la narcocratie : ces gens-là n’essayent même plus de nier leurs responsabilités, ils contournent la loi. On a vu le procès de la DZ mafia où l’un des accusés a été acquitté. La justice sait qu’il a une responsabilité mais au vu du plaidoyer… acquittement.

    Le cannabis

    Didier Gesualdi : Êtes-vous favorable à une dépénalisation du cannabis ?
    Ma position est très claire. On est dans une société sous dépendance dans laquelle faire la fête, faire l’amour sans tirer un rail de coke n’est plus possible. Quand les gens finissent de travailler le soir la première chose qu’ils font en rentrant chez eux, ce n’est même plus de dire bonsoir à leur famille et à leurs proches, c’est de se jeter sur leur canapé et de tirer sur un joint de shit. C’est ça la réalité. Je pense que ces personnes, qui parfois sont des personnes malades, qui ont une grande détresse en elles, qui sont des personnes addictes, qui ont besoin d’accompagnement socio-médical. Je pense qu’on peut, en légalisant le cannabis – je ne suis pas favorable à la dépénalisation – mener un programme de prévention, de santé publique. La dépénalisation, c’est laisser tranquille le consommateur mais continuer à taper sur les jeunes de cité qui vendent. Il faut un plan qui viendrait dire aux consommateurs « attention si vous continuez à aller acheter de la drogue illégale, vous avez du sang sur les mains ». Je le redis, être de gauche ce n’est pas être un bisounours.

    La protection policière

    Léo Purguette : On rappelle que vous êtes sous protection policière, exercer votre mandat au contact de la jeunesse est-il possible dans ces conditions ?
    Bien sûr. Depuis ma prise de fonction, je suis allé partout. Vous m’avez invité ici, à La Marseillaise, il y a moins d’une semaine et je suis devant vous. Je suis allé à la rencontre de nombreuses personnes, j’en ai aussi beaucoup reçu. Mon objectif n’est pas de communiquer partout sur chaque événement. Je pourrai le faire, demander qu’on déploie tous les effectifs de police, mais mon objectif n’est pas là. Je veux aller où c’est nécessaire. Quand je me déplace oui, il faut calculer, non pas pour moi-même mais pour les personnes que cela pourrait mettre en danger.

    La question des lecteurs

    Magali : On demande de plus en plus d’expérience aux jeunes, mais il devient très difficile de trouver un stage, même obligatoire pour les études. Comment la municipalité peut-elle soutenir les jeunes et les entreprises locales pour faciliter l’accès aux stages à tous les niveaux d’étude ? Pour certaines formations pas de stages, pas de validation pour une première année de licence sociale… C’est du vécu.
    C’est une vraie question. On dit aux jeunes « vous ne voulez pas travailler » mais quand ils se présentent dans des entreprises, on leur répond « vous n’avez pas assez d’expérience ». C’est d’ailleurs ce que j’ai pu lire dans les commentaires des différents articles de presse annonçant mon élection à la tête de Marseille habitat. Pardon mais, en effet je n’ai pas eu l’occasion d’être président d’un bailleur social à 14 ans. Plus sérieusement, je suis administrateur de l’école de la deuxième chance et de la mission locale, j’ai lancé la discussion avec ma collègue Hanifa Taguelmint, élue à l’emploi et à l’insertion, pour travailler un dispositif qui serait en quelque sorte « une banque des stages » pour regrouper les offres de stages qui existent dans la Ville. Je suis également chargé des services civiques, c’est vraiment important dans la lutte contre le décrochage scolaire, contre le narcotrafic. Le maire m’a aussi fait l’honneur d’être président du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, et dans ce cadre, je vois bien l’importance de traiter la question des stages.

  • Marseille : un jeune homme blessé gravement par balles dans les quartiers Sud

    Marseille : un jeune homme blessé gravement par balles dans les quartiers Sud

    Appelé pour des coups de feu dans la nuit de jeudi à ce vendredi 22 mai, un équipage de police a découvert avenue Colgate (9e), un peu après une heure du matin, un homme de 25 ans au sol. Il a été atteint par balles, dans chaque jambe et dans le bas du dos, a-t-on appris de source policière.

    Vue la gravité de ses blessures « aux membres inférieurs », son pronostic vital était engagé ont confirmé les marins-pompiers intervenus eux aussi.

    Contacté, le Parquet de Marseille n’a, pour l’heure, pas confirmé si les faits ont un quelconque lien avec les trafics de stupéfiants. Une enquête a été ouverte.

  • Les Foulées de l’Espoir à la veille de son défi des 20 ans

    Les Foulées de l’Espoir à la veille de son défi des 20 ans

    Il est à la fois « impatient et stressé de ne rien oublier. » Marc Arnal, major de Police à la CRS n° 59 d’Ollioules, n’est pourtant pas le perdreau de l’année. Voilà 20 ans qu’il parcourt la France en courant, au service de nobles causes : associations d’orphelins de la Police Nationale, de soutien aux enfants atteints de maladies rares ou porteurs de handicap… Plus de 5 500 km et 130 000 euros récoltés plus tard, le président de l’association « Les Foulées de l’Espoir » et ses compagnons de route se trouvent à la veille d’un nouveau défi sur les traces de leurs précédents périples.

    Des Pyrénées aux Alpes

    Du 20 au 29 mai, ils rallieront les Alpes depuis les Pyrénées. « Je cherchais qu’il y ait le plus de symboles possibles, à commencer par le départ et l’arrivée », indique Marc Arnal. En 2018, il avait traversé les Pyrénées d’Hendaye jusqu’à Cerbère pour les enfants du couple de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur (une agent administratif et un policier) assassinés à Magnanville. C’est donc à Cerbère qu’aura lieu le prologue de 6 km, ce mardi, en présence de la sœur du policier. En 2022, ils avaient parcouru la route des grandes Alpes de Thonon à Nice. « Normalement, elle s’arrête à Menton. Nous avons des liens étroits avec le Lion’s club de Menton, qui nous soutient et va nous accueillir. C’est pourquoi l’arrivée aura lieu là-bas », précise-t-il.

    D’autres passages emblématiques sont prévus, notamment au Luc, où vit Marc Arnal et où se trouve le siège des Foulées de l’Espoir. Près de 800 km, pour 6000 mètres de dénivelé positif. Pas de quoi effrayer celui qui a couru plus de 4000 km depuis décembre, à raison d’un semi-marathon par jour et d’une sortie longue (de 32 à 74 km) par semaine. « C’est trois fois moins de dénivelé que l’an dernier. Et je me sens encore mieux physiquement », assure-t-il.

    Au programme, entre 63 et 88 km de course par jour pendant dix jours, au profit de l’association « Les Mamans du Ciel », qui œuvre pour les enfants de victimes de féminicides ou d’attentats. 15 000 euros ont déjà été récoltés. Un bon début pour Marc Arnal, qui espère tout de même battre le record de l’année dernière (20 380 euros). Encore un défi supplémentaire.

    Dons sur la page Facebook des Foulées de l’Espoir, ou sur la cagnotte en ligne

  • D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    Nous retrouvons mardi matin les militants du Comptoir des idées devant le panneau d’expression libre de l’avenue Tessé, en pleine séance de collage et de distribution de tracts. L’objectif étant d’informer la population toulonnaise d’une nouvelle séance de réflexion et de débat à l’occasion de la ciné-rencontre du jeudi 21 mai à 20h30 au cinéma le Royal autour de Soulèvements, le film de Thomas Lacoste qui sera présent dans la salle.

    « Ce qui nous intéresse, c’est que ça touche autant à la protection de la planète que les droits humains », explique Guy Cochennec (Climat Zéro Fossile). Le militant associatif rappelle pour commencer la genèse : « L’idée est née au sein de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes après 2013, au moment où la police et l’armée se sont retirées. » La très riche vie communautaire qui y prospère alors va en être le ferment. Des voix s’élevant pour dire qu’il n’était pas possible de se séparer sans créer un mouvement pour continuer la lutte partout où ce serait nécessaire.

    Pour continuer le combat

    « Une fois mis en place, ils vont réagir très très vite à tout ce qui se passe », souligne-t-il. On va en effet les retrouver présent sur la A69, mais aussi sur les projets des méga-bassines et même à plus de 3 000 mètres au cœur du glacier de la Girose, sur le chantier de construction d’un téléphérique, « avec l’installation de tentes sur le seul endroit où les hélicoptères pouvaient se poser pour amener le matériel ».

    Le Comptoir des idées souhaite mettre en perspective tous ces combats et la réponse disproportionnée de l’État – pour rester dans l’euphémisme. Notamment sur la manifestation organisée à Sainte-Soline en 2023 et « la réaction d’un gouvernement pour casser le mouvement ».

    « L’année d’avant déjà, Darmanin avait mis en avant l’écoterrorisme pour permettre d’appliquer les lois d’exception à des activistes et préparer l’opinion publique », dénonce Guy Cochennec. 3 000 agents des forces de l’ordre vont être déployés face à 30 000 manifestants avec « la volonté de faire un exemple, de faire peur et mal avec des tirs tendus de lance-grenade ». Et de préciser : « Sur des images, on voit des gendarmes qui comme dans un jeu vidéo se congratulent lorsqu’ils font mouche sur un manifestant. » Résultat : plus de 200 blessés très graves.

    Et pendant qu’on parle d’écoterrorismes, on ne parle plus des crimes écologiques réels ceux-là qui sont commis sur l’ensemble de la planète.

    Tout cela devrait donner matière à débat dans la salle et inspirer, pourquoi pas, d’autres manières de mener le combat au travers des 16 portraits réalisés dans ce film. On retrouve notamment deux paysans : le père est à la Confédération paysanne, et son fils beaucoup plus radical… Le militant du Comptoir des idées conclut : « Il y a une solidarité, de l’émotion qui passe, il y a tout ce qu’on aimerait voir partout dans la société. »

  • Narcotrafic : le Sénat bloque la protection des lanceurs d’alerte

    Narcotrafic : le Sénat bloque la protection des lanceurs d’alerte

    Retoquée. Le Sénat s’est finalement opposé ce jeudi 7 mai à une proposition de loi sur la protection des lanceurs d’alerte contre le narcotrafic. Une initiative écologiste dans le cadre d’une niche parlementaire du groupe, après l’assassinat en novembre de Mehdi Kessaci, frère du militant écologiste et anti-drogue Amine Kessaci, aujourd’hui adjoint au maire de Marseille.

    Portée par Sandra Regol (EELV) à l’Assemblée nationale, le texte avait été adopté le 12 février à l’unanimité. Il propose d’étendre la protection aux membres de la famille de ceux qui dénoncent les réseaux criminels, à leurs proches mais aussi aux associations et collectifs, en inscrivant le numéro de téléphone de la personne menacée sur une liste prioritaire, en mettant en place des patrouilles autour de son domicile ou en lui confiant un dispositif d’alerte discrète de la police.

    Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a rappelé l’opposition du gouvernement à des dispositions qui entretiennent « la confusion entre protection administrative et judiciaire ». Il a aussi alerté sur les risques de « saturation des services de police et gendarmerie » estimant que « l’objectif de ce texte est déjà satisfait ».

    « Une réalité de peurs

    et de silence »

    Pour Guy Benarroche, sénateur écologiste, il s’agit pourtant d’un « sujet éminemment essentiel », considérant que l’accompagnement de ces lanceurs d’alerte relève du « devoir de l’État ». Jérémy Bacchi (PCF) est lui aussi monté au créneau. « Derrière ce texte, il y a une réalité que personne ne peut nier, celles des hommes et des femmes qui dans nos quartiers, dans nos villes s’engagent contre la criminalité organisée », pose-t-il. Reconnaissant que la proposition n’est « pas parfaite », elle pose aussi « des questions légitimes » estime-t-il, « dont la réponse ne peut être le déni ». « Dans les Bouches-du-Rhône, nous connaissons cette réalité faite de peurs et de silence », témoigne-t-il, précisant avoir accueilli à sa permanence quatre familles « dont la dernière en date a dû déménager 400 km de Marseille parce que le jeune frère de 14 ans avait refusé de s’engager dans les réseaux ».

    Conscient que le texte ne passerait pas confiait-il à nos confrères de FranceInfo, Amine Kessaci, dont la mère était présente au moment du vote à l’Assemblée nationale, a appelé le gouvernement à se doter de « tous les moyens nécessaires » pour lutter contre des réseaux devenus puissants et violents.

  • Mehdi Kessaci : la piste de l’erreur de cible étudiée

    Mehdi Kessaci : la piste de l’erreur de cible étudiée

    Le « crime d’intimidation » annoncé par le procureur puis le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, quelques jours après l’assassinat de Mehdi Kessaci le 13 novembre dernier, le petit frère d’Amine Kessaci, militant écologiste et désormais adjoint au maire de Marseille, n’en serait peut-être pas un…

    Inconnu de la police et de la justice, Mehdi, 20 ans a été abattu par un commando à moto alors devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Un assassinat qui a provoqué une vague d’indignation dans tout le pays, alors que son demi-frère, Brahim, 22 ans, impliqué dans le narcotrafic, avait été retrouvé fin 2020 carbonisé dans le coffre d’une voiture.

    Le combat continue

    Selon Le Parisien, la piste de l’erreur sur la personne, les tueurs pensant s’en prendre directement à Amine, est désormais sérieusement étudiée. Même si elle demande encore à être vérifiée. Pendant plusieurs jours, des « petites mains », chargées de surveiller les déplacements d’Amine auraient suivi son frère.

    Fin mars, l’enquête avait connu un développement majeur, avec l’interpellation dans la région marseillaise et dans l’Hérault de dix individus, 8 hommes et 2 femmes. Six d’entre eux sont soupçonnés d’avoir fourni aux tueurs l’arme et le véhicule et également d’avoir aidé aux repérages des lieux. D’autres sont suspectés d’avoir détruit la moto indique par ailleurs Le Parisien.

    Mis sous protection depuis août 2025, Amine Kessaci, fondateur de Conscience et adjoint à la jeunesse, à la citoyenneté et à l’engagement, a promis de poursuivre la bataille contre le narcotrafic, dès le lendemain de son élection. Il devrait cette semaine réunir les services de prévention et de délinquance et réaffirme son intention de créer une association des maires qui luttent contre ce fléau au niveau européen, a-t-il indiqué à La Provence. Conscience poursuit aussi son objectif, certains de ses représentants se sont rendus le 20 mars, à Turin, pour participer, aux côtés de familles italiennes frappées par les mafias, à une rencontre européenne dans le cadre d’un programme Erasmus soutenu par la Commission européenne.