Tag: Plastique

  • Covid long et perturbation du cycle menstruel : un lien confirmé

    Covid long et perturbation du cycle menstruel : un lien confirmé

    Au départ, il y a des témoignages sur les réseaux sociaux. « Au début de la pandémie de covid-19, des femmes indiquaient avoir des règles plus longues, ou plus abondantes, voire absentes, suite à une infection par le virus ou une vaccination, se souvient Alexandra Alvergne. En parallèle, il y avait une incompréhension et un déni du corps médical, incapable d’expliquer le phénomène ». La chercheuse CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier se penche alors sur la littérature : « Depuis 1905, seuls cinq articles traitaient des liens entre vaccination et cycle menstruel… »

    Avec ses collègues des universités d’Oxford et d’Édimbourg, au Royaume-Uni, elle montre alors en 2023 que la vaccination anti-covid et le covid aigu peuvent entraîner des perturbations du cycle menstruel. Cette fois, c’est le lien entre covid long et troubles du cycle menstruel qui est établi dans une nouvelle étude parue dans Nature Communications. « Cela confirme que cette relation existe, insiste Alexandra Alvergne, qui a dirigé les travaux. Et dans les deux sens ».

    D’abord celui d’une intensification des perturbations du cycle menstruel pendant un covid long chez la moitié des femmes souffrant de la maladie. « C’est plus que les 30% attendus et constatés dans le groupe contrôle [sans covid long, Ndlr] », précise Alexandra Alvergne. Les troubles en question ? Des saignements au milieu du cycle menstruel, des règles plus abondantes et surtout plus longues : plus de huit jours. « C’est ça qui est considéré comme anormal », souligne la chercheuse.

    Mais la relation existe aussi dans l’autre sens : les symptômes du covid long – fatigue, maux de tête, douleurs musculaires – sont plus sévères pendant les règles, quelques jours avant et après. Ils le sont moins dans les 14 jours qui suivent l’ovulation.

    Réponse immunitaire

    Des prélèvements sanguins et des biopsies sur la muqueuse utérine de quelques femmes souffrant de covid long dessinent deux pistes biologiques. D’abord une sur-abondance de cellules immunitaires – des cytokines pro-inflammatoires – pendant les règles. Cela pourrait expliquer les symptômes plus sévères du covid autour des règles. Ensuite une sur-abondance d’androgènes – des hormones impliquées dans la création et la migration des cellules de la muqueuse utérine – qui pourrait conduire aux saignements prolongés et plus abondants. Il reste à comprendre ces corrélations. « Est-ce que le covid long déclenche ces abondances ou est-ce que des personnes ayant ces caractéristiques particulières à la base développent un covid long ? », se demande Alexandra Alvergne. Aucune différence n’a été observée dans les niveaux d’hormones ovariennes. « C’est rassurant », ajoute-t-elle. Tout revient-il à la normale à la fin du covid long ? « Nous ne savons pas, admet-elle. Il faudrait suivre ces femmes plus longtemps. Et cela demande des moyens ».

  • Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Quelles espèces peuplaient la Méditerranée entre le XVIe et le XVIIIe siècle ? Lesquelles étaient consommées ? Quelle relation les gens entretenaient avec le milieu aquatique ? « Nous avons peu de données pour le savoir », admet Louise Merquiol, post-doctorante à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) d’Aix-Marseille Université (AMU) qui s’est plongée dans les tableaux de maîtres italiens de cette période à la recherche des espèces représentées. « Les peintures peuvent être des sources de données écologiques et historiques », insiste la première autrice d’un article dans Npj biodiversity. « Les variations spatio-temporelles des représentations d’espèces dans les œuvres ont un sens », résume Thomas Changeux, hydrobiologiste de l’IRD au MIO qui a supervisé ces travaux.

    Louise Merquiol prolonge ici un travail publié en 2021 sur une zone plus large par Anne-Sophie Tribot, écologue au laboratoire TELEMMe (Aix-en-Provence), dans le cadre du projet BiodivAquArt d’« écologie historique ». Cette discipline utilise des ressources historiques –archives, histoires orales… – pour retracer des changements environnementaux. « Les œuvres d’art étaient encore peu considérées », assure Thomas Changeux, à l’origine du projet avec Daniel Faget du laboratoire TELEMMe. « Notre but est de retracer l’histoire des relations entre humains et environnement aquatique », précise-t-il.

    Au-delà de l’Italie

    Raison pour laquelle il se concentre sur cette période entre le XVIe et le XVIIIe siècle. « L’âge d’or de la peinture figurative en Europe », souligne-t-il. Les peintres sont alors nombreux et ont le souci de représenter le réel sans négliger l’esthétique et l’expression artistique.

    Les espèces présentes dans les peintures italiennes témoignent de changements dans les habitudes alimentaires, les techniques et la biodiversité. « Les natures mortes représentent principalement les espèces consommées », souligne Louise Merquiol. Or on constate que les espèces d’eau douce, très représentées au début, disparaissent au fil des ans au profit d’espèces marines. « Cela s’explique par une évolution des techniques de pêche, un climat de moins en moins favorable aux espèces d’eau douce et une perte de leur habitat due aux activités humaines », précise la chercheuse. La représentation d’espèces marines dans des œuvres peintes au cœur de l’Italie témoigne d’échanges entre la côte et l’intérieur du pays. « Probablement le fait d’une amélioration des techniques de conservation », ajoute Louise Merquiol, qui travaille maintenant à étendre le jeu de données à la Méditerranée occidentale.

    Plus il étudie les relations entre humains et environnement, plus Thomas Changeux y voit une capacité d’adaptation. « Dans un contexte de changement climatique qui annonce des temps difficiles, l’art nous touche et peut être vecteur de forces positives », conclut-il.

  • S’engager à son niveau pour protéger la Méditerranée

    S’engager à son niveau pour protéger la Méditerranée

    Comment agir concrètement pour la protection de la Méditerranée ? C’est autour de cette question qu’un public marseillais est venu assister au débat. Les présentations faites, le documentaire d’Hugo Hebbe sur le rorqual commun est projeté. Cette espèce menacée est sous la protection de l’ONG WWF, qui tente de créer un sanctuaire marin. « Oh, la vache ! » Dans la salle, les réactions d’admiration fusent devant le mammifère. Au fil du film, les soupirs prennent le relais, face aux scènes de maltraitance et aux menaces pesant sur l’espèce.

    « 33 % de la pression exercée sur la Méditerranée est liée au tourisme, bien devant le trafic », est-il annoncé. « C’est vrai que l’on accueille, dans les Bouches-du-Rhône, 9 millions de touristes, chaque année, qui génèrent une économie », concède Isabelle Brémond, directrice générale de Provence Tourisme. Elle poursuit : « On peut tous agir à notre niveau. Il n’y a pas de petite action. C’est aussi un travail de sensibilisation auprès des professionnels. » Pour elle, pas de doute, « développer, c’est préserver. Le tourisme n’est pas un gros mot, c’est l’inverse, c’est du développement local au plus près du territoire, c’est la connaissance de l’autre. »

    La parole se libère avec le parc de Calanques, territoire qui couvre 1 500 hectares terrestres et 45 000 hectares marins. Une vaste zone à préserver. Le public déplore « la présence du plastique énorme par rapport à des pays comme la Finlande », ou encore « que les Marseillais sont trop souvent visés, il n’y a qu’à venir au vallon des Auffes pour voir le comportement des touristes ».

    Prochaine soirée : l’alimentation méditerranéenne et durable

  • Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    C’est une petite région enfouie au cœur du cerveau : l’aire tegmentaire ventrale (ATV). Elle est connue depuis des décennies pour son rôle dans la motivation. Beaucoup de ses neurones produisent la fameuse dopamine, cette molécule messagère – un « neurotransmetteur » – impliquée dans le circuit de la récompense. Mais pas tous : d’autres neurones y produisent du glutamate – un autre neurotransmetteur – et sont importants pour réagir face au danger. Une étude parue dans Biological Psychiatry montre que ces neurones sont reliés à une autre région – l’amygdale – et que ce lien se renforce en cas d’exposition à un stress chronique, entraînant une hausse de l’anxiété. « Ce lien est devenu ma nouvelle cible pour tenter de mieux comprendre et traiter les troubles anxieux », confie Sebastian Fernandez, chercheur CNRS à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Valbonne et dernier auteur de l’étude.

    Le rôle de l’amygdale dans l’anxiété est une vieille histoire : il est connu que les personnes anxieuses ont une amygdale hyperactive. De même, le lien entre exposition au stress chronique et anxiété n’est pas un secret. « Une manière robuste d’étudier l’anxiété chez les animaux est de les exposer au stress, pointe Sebastian Fernandez. Ce qui nous manquait était le lien pour expliquer pourquoi l’exposition au stress entraîne une hyper-activation de l’amygdale ».

    Approche virale

    Les chercheurs ont découvert que l’exposition au stress augmente la quantité de récepteurs du glutamate au niveau des connexions entre l’ATV et l’amygdale. « Or ces récepteurs sont plus perméables au calcium, qui est clé pour l’activité de la cellule », souligne Sebastian Fernandez. L’effet excitateur du glutamate sur l’amygdale lorsqu’il arrive sur ces récepteurs – plus nombreux – est donc démultiplié.

    Que se passe-t-il quand on les bloque ? « Nous avons regardé et c’est la cerise sur le gâteau de notre étude », poursuit Sebastian Fernandez. Pour cela, les chercheurs ont utilisé une petite molécule – un peptide – apportée par un virus. Et cela fonctionne : cela prévient l’hyperactivité de l’amygdale et réduit les troubles de l’anxiété. Si ces résultats sont prometteurs chez la souris, il est encore difficile d’envisager ces expériences chez l’humain (voir interview).

    « Ce renforcement du lien ATV-amygdale est toutefois une des choses parmi d’autres qui se produisent dans le cerveau face à un stress chronique », nuance Sebastian Fernandez. Quant à savoir si ce lien est renforcé de manière permanente ou peut s’atténuer lorsque l’exposition au stress s’arrête, la question demeure. Le chercheur cite toutefois une autre étude ayant observé l’action d’une exposition au stress sur l’activité des neurones produisant la dopamine. « L’effet durait au moins trente jours, explique-t-il. Dans notre cas, nous pouvons donc penser que l’effet est aussi de longue durée. »

  • Pollution de l’air : que risquent les sportifs ?

    Pollution de l’air : que risquent les sportifs ?

    Cet été, le départ d’une célèbre course d’ultra-trail dans le Colorado (États-Unis) était menacé en raison de fumées issues de feux de forêts. En 2020, la qualité de l’air perturbait l’Open d’Australie de tennis à Melbourne. En 2014, les participants au marathon de Pékin s’élançaient dans le « smog » de la capitale chinoise. « Les grands événements sportifs sont de plus en plus perturbés par des problèmes de qualité de l’air qui deviennent récurrents », souligne Valérie Bougault, spécialiste de la santé respiratoire des sportifs de haut niveau à l’Université Côte d’Azur et membre d’un groupe de travail mis en place en 2019 par le Comité international olympique pour dresser le bilan des connaissances quant à l’impact de la pollution de l’air sur la santé des sportifs.

    La dizaine de spécialistes recrutés livrent leurs conclusions dans un article paru cette année dans le British Journal of Sports Medicine. « Nous savons peu de chose, résume la chercheuse, première autrice de l’article. Jusqu’à présent, il y a eu beaucoup d’études sur les effets de la chaleur, mais moins sur la pollution ». Il est encore difficile d’établir les doses inhalées et les effets des différents polluants pendant un exercice physique, constatent les auteurs, « ce qui rend difficile d’émettre des recommandations claires pour protéger la santé des athlètes ».

    Le risque ozone

    Un polluant semble toutefois se détacher : l’ozone. « c’est ce qui ressort des études de terrain qui confirment ce qui avait été observé en laboratoire », indique Valérie Bougault. Ce gaz se forme sous l’effet du soleil, des ultraviolets et de la chaleur, à partir de molécules d’origine humaine ou biogénique : les composés organiques volatiles (COV), les particules fines et le dioxyde d’azote issus des activités humaines d’un côté, et les COV produits par la végétation de l’autre. « Ce gaz oxydant réagit avec les bronches », explique la chercheuse. Causant des difficultés à respirer ou de la toux par exemple. Quant aux particules fines ou au dioxyde d’azote, « les conséquences directes sur la santé des sportifs sont peu claires, d’autant que les sources sont souvent localisées et peuvent être évitées », indique-t-elle.

    Que risquent les sportifs qui s’entraînent dans des environnements pollués ? « A priori, les sujets sains ne risquent pas grand-chose dans l’immédiat, si ce n’est une baisse des performances et des symptômes temporaires comme de la toux, les yeux qui piquent ou un mal de crâne, poursuit Valérie Bougault. Mais les effets d’une exposition répétée sont encore méconnus ». Et certains individus sont plus sensibles que d’autres. Quant à ceux ayant des problèmes respiratoires
    – comme de l’asthme – ou cardiaques, ils doivent être prudents. « Ils risquent une exacerbation de leur maladie pouvant conduire au décès », alerte la chercheuse. Un sujet à ne pas prendre à la légère.