Tag: Plastique

  • L’Atelier Bleu mobilisé contre le plastique en Méditerranée

    L’Atelier Bleu mobilisé contre le plastique en Méditerranée

    « Notre mer, berceau de civilisations, étouffe sous le plastique. La Méditerranée, semi-fermée et cernée par des zones fortement urbanisées, est aujourd’hui l’une des mers les plus polluées du monde », amorce la lettre ouverte envoyée aux ministres de la COP 24, réunis au Caire du 2 au 5 décembre derniers.

    Adressé par la Coalition interparlementaire pour mettre fin à la pollution plastique, signée par des organisations, scientifiques, associations et citoyens engagés, ce courrier étaye : « Chaque année, 230 000 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans la Méditerranée, soit environ 730 tonnes par jour. Plus de 7 millions de tonnes de plastiques (macro, micro et nano) sont déjà accumulées dans le bassin méditerranéen, soit l’équivalent en poids de 350 milliards de bouteilles en plastique. »

    Et d’alerter  : « Ce volume pourrait doubler d’ici 2040 sans action majeure. Cette situation est d’autant plus dramatique que dans la Méditerranée, tout plastique rejeté y est piégé, contaminant la faune, la flore et, par l’infiltration de microfibres, d’additifs chimiques et de perturbateurs endocriniens, la santé humaine elle-même. »

    12 ramassages par an

    Servane Tarot, directrice de l’Atelier Bleu à La Ciotat, association qui œuvre à la protection de l’environnement « de Marseille à Toulon, sur la côte provençale » rappelle-t-elle, fait partie des signataires du courrier. « Face à l’urgence et à la lenteur des négociations internationales, cette lettre appelle à un plan d’actions », insiste-t-elle. Notamment « fixer des objectifs ambitieux de réduction, créer un fonds méditerranéen dédié et intégrer cette lutte dans toutes les politiques publiques » .

    La lutte contre la pollution plastique est une des missions de l’Atelier Bleu depuis 1984, informe Servane Tarot. « Nous mettons en place des actions curatives, avec par exemple 12 opérations de ramassage de plastique par an, avec les écoles, les entreprises, les citoyens… », détaille-t-elle. En parallèle, depuis 2018 auprès des commerçants ciotadens et 2024 auprès des forains des marchés de La Ciotat, « nous agissons pour sensibiliser à la réduction des sacs plastique à la source. 80% d’entre eux ont accepté notre accompagnement personnalisé pour faire évoluer leurs pratiques. Un des obstacles est économique : les emballages réutilisables coûtent plus cher que le plastique… », développe-t-elle.

    Il y a encore du chemin à faire pour que l’usage d’un contenant réutilisable par le consommateur gagne du terrain.

  • Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Un gène de tardigrade étend la durée de vie d’une autre espèce

    Le tardigrade est connu pour ça. Cet animal microscopique est capable de résister à des températures très élevées, des pressions très hautes et des radiations intenses. « Il survit à des doses mille fois plus élevées que celles qui nous tuent », souligne Aymeric Bailly. Si bien que les scientifiques l’étudient depuis longtemps. En 2016, des chercheurs japonais identifient le gène Dsup et la protéine pour laquelle il code. « Ils montrent qu’exprimer cette protéine dans des cellules cancéreuses humaines les rend plus résistantes aux rayons X, ajoute le chercheur. Nous voulions voir ce qu’il se passait lorsqu’on le faisait chez un organisme complet. »

    Collée à l’ADN

    Chez C. elegans, les chercheurs constatent que la protéine codée par Dsup se colle à l’ADN, comme cela avait été observé en 2016. « Il y avait des raisons de penser que cela pourrait être toxique, indique Aymeric Bailly. Mais ce n’est pas le cas. » Avec le gène Dsup, la durée de vie des vers est allongée d’environ 20%, leur résistance aux rayons X améliorée de 20% à 30%, et celle au stress oxydatif de 50% – quelques heures après une exposition à une molécule toxique, ils ont une chance sur deux d’être encore en vie alors que tous ceux dépourvus de Dsup sont morts.

    Une autre découverte concerne les mitochondries – qui produisent de l’énergie dans les cellules à partir d’oxygène. Lorsque Dsup est présent, les mitochondries respirent moins et produisent moins de radicaux libres – les « déchets » issus de la respiration. « C’est une grosse surprise », avance Aymeric Bailly. Mais quel lien entre Dsup et la respiration de la mitochondrie ? « Pour l’instant, nous ne savons pas, admet le chercheur. D’autant que nous n’avons jamais vu la protéine Dsup au niveau des mitochondries. » Peut-être régule-t-elle des gènes impactant la mitochondrie ? Ou est-ce que la simple présence de Dsup fait que la cellule réduit sa respiration ? « La prochaine étape est d’élucider ce mystère, conclut le chercheur. Et d’observer ce qu’il se passe en cellules humaines. »

    REPERES

    C. elegans

    Pour Caenorhabditis elegans. C’est le nom d’un petit organisme modèle très utilisé en génétique en raison de sa transparence, son court cycle de reproduction et sa facilité de manipulation. Il s’agit d’un ver d’environ un millimètre qui a permis de faire beaucoup de découvertes sur le vieillissement.

    R. varieornatus

    Pour Ramazzottius varieornatus. C’est le nom de l’espèce de tardigrade qui a été utilisée comme réservoir du gène Dsup pour le transposer chez C. elegans. Ce gène Dsup est unique aux tardigrades et est présent chez plusieurs espèces, mais pas toutes.

    Cryptobiose

    C’est l’état de vie ralentie, avec un métabolisme à l’arrêt, dans lequel entre le tardigrade lorsqu’il est exposé à un environnement défavorable. Cet état lui permet de résister à des températures et pressions extrêmes, ainsi qu’à des niveaux de radiations intenses

  • Le visage des souris révèle leurs pensées cachées

    Le visage des souris révèle leurs pensées cachées

    C’est un fantasme digne d’un scénario de science-fiction. Voire un cauchemar dystopique. S’il était possible de lire les pensées ? Et de manière simple : en filmant le visage. « C’est ce que nous sommes parvenus à faire pour la première fois chez la souris », résume Fanny Cazettes, neuroscientifique au CNRS, spécialiste des mécanismes de prise de décision au sein de l’Institut de neurosciences de la Timone (Aix-Marseille Université) et première autrice d’un article paru dans Nature Neuroscience.

    Tout part d’une étude publiée en 2023, alors qu’elle est encore en post-doctorat à la Fondation Champalimaud (Portugal). Avec son équipe, la chercheuse étudie avec des électrodes ce qu’il se passe dans le cerveau de souris devant résoudre des énigmes : choisir, entre deux distributeurs, celui qui délivre de l’eau sucrée. Sachant que les deux distributeurs le font de manière aléatoire. « La souris peut utiliser plusieurs stratégies », explique Fanny Cazettes. Choisir de rester un petit peu au niveau d’un distributeur malgré un échec, par exemple. Ou changer au moindre échec. « Nous nous sommes rendu compte que toutes ces stratégies sont représentées simultanément dans le cerveau – sous la forme de neurones qui s’activent -, aussi bien celle qui est exécutée que les autres », ajoute-t-elle.

    Éthique

    Au même moment, une autre étude montre que tout mouvement influence l’activité cérébrale. Même des mouvements inconscients comme faire tourner un stylo entre les doigts ou agiter la jambe quand on est assis. « Nous nous sommes dit que ces mouvements n’étaient peut-être pas si insignifiants et pouvaient être associés à des pensées en train de se produire dans le cerveau », se souvient Fanny Cazettes. Or, il se trouve qu’elle a le matériel pour le tester chez la souris : dans son expérience, les animaux avaient une caméra braquée sur le visage pour les filmer.

    En analysant les vidéos, un algorithme d’apprentissage automatique – une forme simple d’intelligence artificielle – parvient à associer des mouvements faciaux – position des oreilles, du nez, des moustaches, des joues… – aux stratégies élaborées, et notamment celles qui étaient pensées mais non-réalisées. « De manière surprenante, cela se fait de manière stéréotypée », précise la chercheuse. C’est à dire qu’une stratégie apparaît de la même manière sur le visage de toutes les souris. « Cela pourrait vouloir dire que nous pourrions lire les pensées aussi facilement que nous lisons les émotions sur le visage », ajoute-t-elle.

    La question est maintenant de savoir s’il serait possible de déterminer l’état d’un animal sans électrode dans le cerveau, juste en observant son visage. Et peut-être déterminer s’il est stressé ou présente certaines pathologies. Une autre question évidente est de savoir si cela pourrait être reproduit chez l’humain. Avec toutes les questions éthiques qui vont avec.

  • En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    Il fut un temps où il était partout en Méditerranée et en Atlantique Nord. Il a même donné son nom à la « baie des anges », entre Nice et Antibes. Avec ses allures de raie et ses ailerons de requin, l’« ange de mer commun », ou requin-ange, a disparu de 90% de son aire de répartition historique en un siècle. Il ne subsiste que dans de rares endroits aux îles Canaries, en Croatie, en Grèce et en Libye, par exemple. Et en Corse : « Nous savions que cette population corse existait car les pêcheurs en remontent dans leurs filets, mais nous n’en savions pas plus, résume Nadia Faure, doctorante au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier qui publie une étude dans Ecology & Evolution sur cette population située entre Bastia et Solenzara. Il fallait mieux connaître cette espèce qui semble encore vivre en Corse pour aider à la préserver, car elle joue un rôle important dans l’écosystème marin ».

    Totalement inoffensif pour l’humain, le requin-ange se nourrit de petits poissons. Il vit au fond de l’eau, tapi sous le sol sableux et surgit au passage d’une proie. Et il est très discret : « Il est très difficile à observer, même en plongée », indique Nadia Faure. Hormis aux îles Canaries, où il est encore présent en assez grand nombre. Mais en Corse, personne ne sait combien ils sont. « Cela le rend mystérieux », glisse-t-elle.

    Consanguinité

    Avec l’aide de pêcheurs volontaires, elle et ses collègues ont collecté des échantillons de peau d’une centaine d’individus remontés dans les filets avant d’être relâchés. « L’analyse génomique indique qu’il s’agit d’une population peu nombreuse et très consanguine, probablement peu viable sur le long terme », résume Nadia Faure. Il s’agit en effet d’une même population génétique sur toute la côte Est de l’île. « C’est-à-dire qu’ils sont très proches génétiquement », précise la chercheuse. Et probablement plus proches qu’ils ne le seraient d’autres populations méditerranéennes avec qui il n’y a pas d’échange de gènes. « Car ils se déplacent peu, restent près des côtes et ne s’aventurent pas là où il y a du fond », ajoute-t-elle. De plus, sur la centaine de requins-anges séquencés, 35 paires d’individus présentaient un lien de parenté.

    Enfin, l’analyse génomique et des calculs théoriques ont permis d’estimer la « population effective », c’est-à-dire le nombre d’individus participant à la reproduction : ils seraient entre 209 et 453. « C’est très peu », commente Nadia Faure. Même au regard des individus que remontent les pêcheurs : certains parlent de centaines de requins-anges parfois pris dans les filets. « C’est difficile d’avoir un comptage exhaustif », ajoute la chercheuse. Peut-être sont-ils beaucoup plus. « Mais cette estimation basse d’individus reproducteurs témoigne d’une population mal en point », regrette-t-elle. D’où l’urgence d’imaginer des mesures pour en prendre soin.

  • Un référé pour la carrière antique de la Corderie

    Un référé pour la carrière antique de la Corderie

    Louis Alesandrini, président de l’association ART 13, a plaidé, lundi, en l’absence de son avocat pour demander au tribunal administratif l’arrêt en urgence des travaux en cours de requalification du jardin municipal Saint-Nicolas, présumant leur impact sur la conservation des vestiges antiques réensevelis au printemps.

    « Les travaux d’aménagement du jardin vont rajouter de l’eau qui va descendre par percolation et dégrader les vestiges. L’exhaussement de 4 m de terre n’était déjà pas autorisé au PLUi. Le mur de l’immeuble de la résidence des Loges fait barrage à l’eau et ils ont rajouté en avril une bâche en plastique », a-t-il expliqué tout en pointant la caducité du permis initial. « La ville s’était engagée à valoriser ce site historique, mais sa visibilité est réduite à un bloc abrité sous quelques bouts de bois posé à la va-vite. On est loin de la promesse d’une ombrière de 160m2. Le plus vieux monument de Marseille est en train de pourrir car ils étaient tous pressés de l’enfouir. »

    Des cadres municipaux sont venus réfuter cette analyse. « Aucun élément n’est produit sur un éventuel risque qu’aurait ce projet sur la conservation du monument, a dit une directrice de l’urbanisme. La commune produit des avis favorables de la Métropole sur la gestion des eaux pluviales. Tout a été pensé avec les Affaires culturelles (DRAC) et l’Architecte des bâtiments de France pour conserver et valoriser ce site. » De son côté, le directeur de la construction a souligné que « l’impluvium [système de captage des eaux de pluie] est total sur le jardin public. On ne rejette pas d’eau de pluie. La terre absorbe, le sol fait son œuvre. C’est un jardin fermé depuis trop longtemps. C’est sa vocation de service public d’y accueillir les enfants et leurs parents ». Délibéré mercredi.

  • Covid long et perturbation du cycle menstruel : un lien confirmé

    Covid long et perturbation du cycle menstruel : un lien confirmé

    Au départ, il y a des témoignages sur les réseaux sociaux. « Au début de la pandémie de covid-19, des femmes indiquaient avoir des règles plus longues, ou plus abondantes, voire absentes, suite à une infection par le virus ou une vaccination, se souvient Alexandra Alvergne. En parallèle, il y avait une incompréhension et un déni du corps médical, incapable d’expliquer le phénomène ». La chercheuse CNRS à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier se penche alors sur la littérature : « Depuis 1905, seuls cinq articles traitaient des liens entre vaccination et cycle menstruel… »

    Avec ses collègues des universités d’Oxford et d’Édimbourg, au Royaume-Uni, elle montre alors en 2023 que la vaccination anti-covid et le covid aigu peuvent entraîner des perturbations du cycle menstruel. Cette fois, c’est le lien entre covid long et troubles du cycle menstruel qui est établi dans une nouvelle étude parue dans Nature Communications. « Cela confirme que cette relation existe, insiste Alexandra Alvergne, qui a dirigé les travaux. Et dans les deux sens ».

    D’abord celui d’une intensification des perturbations du cycle menstruel pendant un covid long chez la moitié des femmes souffrant de la maladie. « C’est plus que les 30% attendus et constatés dans le groupe contrôle [sans covid long, Ndlr] », précise Alexandra Alvergne. Les troubles en question ? Des saignements au milieu du cycle menstruel, des règles plus abondantes et surtout plus longues : plus de huit jours. « C’est ça qui est considéré comme anormal », souligne la chercheuse.

    Mais la relation existe aussi dans l’autre sens : les symptômes du covid long – fatigue, maux de tête, douleurs musculaires – sont plus sévères pendant les règles, quelques jours avant et après. Ils le sont moins dans les 14 jours qui suivent l’ovulation.

    Réponse immunitaire

    Des prélèvements sanguins et des biopsies sur la muqueuse utérine de quelques femmes souffrant de covid long dessinent deux pistes biologiques. D’abord une sur-abondance de cellules immunitaires – des cytokines pro-inflammatoires – pendant les règles. Cela pourrait expliquer les symptômes plus sévères du covid autour des règles. Ensuite une sur-abondance d’androgènes – des hormones impliquées dans la création et la migration des cellules de la muqueuse utérine – qui pourrait conduire aux saignements prolongés et plus abondants. Il reste à comprendre ces corrélations. « Est-ce que le covid long déclenche ces abondances ou est-ce que des personnes ayant ces caractéristiques particulières à la base développent un covid long ? », se demande Alexandra Alvergne. Aucune différence n’a été observée dans les niveaux d’hormones ovariennes. « C’est rassurant », ajoute-t-elle. Tout revient-il à la normale à la fin du covid long ? « Nous ne savons pas, admet-elle. Il faudrait suivre ces femmes plus longtemps. Et cela demande des moyens ».

  • Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Quelles espèces peuplaient la Méditerranée entre le XVIe et le XVIIIe siècle ? Lesquelles étaient consommées ? Quelle relation les gens entretenaient avec le milieu aquatique ? « Nous avons peu de données pour le savoir », admet Louise Merquiol, post-doctorante à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) d’Aix-Marseille Université (AMU) qui s’est plongée dans les tableaux de maîtres italiens de cette période à la recherche des espèces représentées. « Les peintures peuvent être des sources de données écologiques et historiques », insiste la première autrice d’un article dans Npj biodiversity. « Les variations spatio-temporelles des représentations d’espèces dans les œuvres ont un sens », résume Thomas Changeux, hydrobiologiste de l’IRD au MIO qui a supervisé ces travaux.

    Louise Merquiol prolonge ici un travail publié en 2021 sur une zone plus large par Anne-Sophie Tribot, écologue au laboratoire TELEMMe (Aix-en-Provence), dans le cadre du projet BiodivAquArt d’« écologie historique ». Cette discipline utilise des ressources historiques –archives, histoires orales… – pour retracer des changements environnementaux. « Les œuvres d’art étaient encore peu considérées », assure Thomas Changeux, à l’origine du projet avec Daniel Faget du laboratoire TELEMMe. « Notre but est de retracer l’histoire des relations entre humains et environnement aquatique », précise-t-il.

    Au-delà de l’Italie

    Raison pour laquelle il se concentre sur cette période entre le XVIe et le XVIIIe siècle. « L’âge d’or de la peinture figurative en Europe », souligne-t-il. Les peintres sont alors nombreux et ont le souci de représenter le réel sans négliger l’esthétique et l’expression artistique.

    Les espèces présentes dans les peintures italiennes témoignent de changements dans les habitudes alimentaires, les techniques et la biodiversité. « Les natures mortes représentent principalement les espèces consommées », souligne Louise Merquiol. Or on constate que les espèces d’eau douce, très représentées au début, disparaissent au fil des ans au profit d’espèces marines. « Cela s’explique par une évolution des techniques de pêche, un climat de moins en moins favorable aux espèces d’eau douce et une perte de leur habitat due aux activités humaines », précise la chercheuse. La représentation d’espèces marines dans des œuvres peintes au cœur de l’Italie témoigne d’échanges entre la côte et l’intérieur du pays. « Probablement le fait d’une amélioration des techniques de conservation », ajoute Louise Merquiol, qui travaille maintenant à étendre le jeu de données à la Méditerranée occidentale.

    Plus il étudie les relations entre humains et environnement, plus Thomas Changeux y voit une capacité d’adaptation. « Dans un contexte de changement climatique qui annonce des temps difficiles, l’art nous touche et peut être vecteur de forces positives », conclut-il.

  • S’engager à son niveau pour protéger la Méditerranée

    S’engager à son niveau pour protéger la Méditerranée

    Comment agir concrètement pour la protection de la Méditerranée ? C’est autour de cette question qu’un public marseillais est venu assister au débat. Les présentations faites, le documentaire d’Hugo Hebbe sur le rorqual commun est projeté. Cette espèce menacée est sous la protection de l’ONG WWF, qui tente de créer un sanctuaire marin. « Oh, la vache ! » Dans la salle, les réactions d’admiration fusent devant le mammifère. Au fil du film, les soupirs prennent le relais, face aux scènes de maltraitance et aux menaces pesant sur l’espèce.

    « 33 % de la pression exercée sur la Méditerranée est liée au tourisme, bien devant le trafic », est-il annoncé. « C’est vrai que l’on accueille, dans les Bouches-du-Rhône, 9 millions de touristes, chaque année, qui génèrent une économie », concède Isabelle Brémond, directrice générale de Provence Tourisme. Elle poursuit : « On peut tous agir à notre niveau. Il n’y a pas de petite action. C’est aussi un travail de sensibilisation auprès des professionnels. » Pour elle, pas de doute, « développer, c’est préserver. Le tourisme n’est pas un gros mot, c’est l’inverse, c’est du développement local au plus près du territoire, c’est la connaissance de l’autre. »

    La parole se libère avec le parc de Calanques, territoire qui couvre 1 500 hectares terrestres et 45 000 hectares marins. Une vaste zone à préserver. Le public déplore « la présence du plastique énorme par rapport à des pays comme la Finlande », ou encore « que les Marseillais sont trop souvent visés, il n’y a qu’à venir au vallon des Auffes pour voir le comportement des touristes ».

    Prochaine soirée : l’alimentation méditerranéenne et durable

  • Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    Du stress chronique aux troubles anxieux, la découverte d’un lien manquant

    C’est une petite région enfouie au cœur du cerveau : l’aire tegmentaire ventrale (ATV). Elle est connue depuis des décennies pour son rôle dans la motivation. Beaucoup de ses neurones produisent la fameuse dopamine, cette molécule messagère – un « neurotransmetteur » – impliquée dans le circuit de la récompense. Mais pas tous : d’autres neurones y produisent du glutamate – un autre neurotransmetteur – et sont importants pour réagir face au danger. Une étude parue dans Biological Psychiatry montre que ces neurones sont reliés à une autre région – l’amygdale – et que ce lien se renforce en cas d’exposition à un stress chronique, entraînant une hausse de l’anxiété. « Ce lien est devenu ma nouvelle cible pour tenter de mieux comprendre et traiter les troubles anxieux », confie Sebastian Fernandez, chercheur CNRS à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Valbonne et dernier auteur de l’étude.

    Le rôle de l’amygdale dans l’anxiété est une vieille histoire : il est connu que les personnes anxieuses ont une amygdale hyperactive. De même, le lien entre exposition au stress chronique et anxiété n’est pas un secret. « Une manière robuste d’étudier l’anxiété chez les animaux est de les exposer au stress, pointe Sebastian Fernandez. Ce qui nous manquait était le lien pour expliquer pourquoi l’exposition au stress entraîne une hyper-activation de l’amygdale ».

    Approche virale

    Les chercheurs ont découvert que l’exposition au stress augmente la quantité de récepteurs du glutamate au niveau des connexions entre l’ATV et l’amygdale. « Or ces récepteurs sont plus perméables au calcium, qui est clé pour l’activité de la cellule », souligne Sebastian Fernandez. L’effet excitateur du glutamate sur l’amygdale lorsqu’il arrive sur ces récepteurs – plus nombreux – est donc démultiplié.

    Que se passe-t-il quand on les bloque ? « Nous avons regardé et c’est la cerise sur le gâteau de notre étude », poursuit Sebastian Fernandez. Pour cela, les chercheurs ont utilisé une petite molécule – un peptide – apportée par un virus. Et cela fonctionne : cela prévient l’hyperactivité de l’amygdale et réduit les troubles de l’anxiété. Si ces résultats sont prometteurs chez la souris, il est encore difficile d’envisager ces expériences chez l’humain (voir interview).

    « Ce renforcement du lien ATV-amygdale est toutefois une des choses parmi d’autres qui se produisent dans le cerveau face à un stress chronique », nuance Sebastian Fernandez. Quant à savoir si ce lien est renforcé de manière permanente ou peut s’atténuer lorsque l’exposition au stress s’arrête, la question demeure. Le chercheur cite toutefois une autre étude ayant observé l’action d’une exposition au stress sur l’activité des neurones produisant la dopamine. « L’effet durait au moins trente jours, explique-t-il. Dans notre cas, nous pouvons donc penser que l’effet est aussi de longue durée. »

  • Pollution de l’air : que risquent les sportifs ?

    Pollution de l’air : que risquent les sportifs ?

    Cet été, le départ d’une célèbre course d’ultra-trail dans le Colorado (États-Unis) était menacé en raison de fumées issues de feux de forêts. En 2020, la qualité de l’air perturbait l’Open d’Australie de tennis à Melbourne. En 2014, les participants au marathon de Pékin s’élançaient dans le « smog » de la capitale chinoise. « Les grands événements sportifs sont de plus en plus perturbés par des problèmes de qualité de l’air qui deviennent récurrents », souligne Valérie Bougault, spécialiste de la santé respiratoire des sportifs de haut niveau à l’Université Côte d’Azur et membre d’un groupe de travail mis en place en 2019 par le Comité international olympique pour dresser le bilan des connaissances quant à l’impact de la pollution de l’air sur la santé des sportifs.

    La dizaine de spécialistes recrutés livrent leurs conclusions dans un article paru cette année dans le British Journal of Sports Medicine. « Nous savons peu de chose, résume la chercheuse, première autrice de l’article. Jusqu’à présent, il y a eu beaucoup d’études sur les effets de la chaleur, mais moins sur la pollution ». Il est encore difficile d’établir les doses inhalées et les effets des différents polluants pendant un exercice physique, constatent les auteurs, « ce qui rend difficile d’émettre des recommandations claires pour protéger la santé des athlètes ».

    Le risque ozone

    Un polluant semble toutefois se détacher : l’ozone. « c’est ce qui ressort des études de terrain qui confirment ce qui avait été observé en laboratoire », indique Valérie Bougault. Ce gaz se forme sous l’effet du soleil, des ultraviolets et de la chaleur, à partir de molécules d’origine humaine ou biogénique : les composés organiques volatiles (COV), les particules fines et le dioxyde d’azote issus des activités humaines d’un côté, et les COV produits par la végétation de l’autre. « Ce gaz oxydant réagit avec les bronches », explique la chercheuse. Causant des difficultés à respirer ou de la toux par exemple. Quant aux particules fines ou au dioxyde d’azote, « les conséquences directes sur la santé des sportifs sont peu claires, d’autant que les sources sont souvent localisées et peuvent être évitées », indique-t-elle.

    Que risquent les sportifs qui s’entraînent dans des environnements pollués ? « A priori, les sujets sains ne risquent pas grand-chose dans l’immédiat, si ce n’est une baisse des performances et des symptômes temporaires comme de la toux, les yeux qui piquent ou un mal de crâne, poursuit Valérie Bougault. Mais les effets d’une exposition répétée sont encore méconnus ». Et certains individus sont plus sensibles que d’autres. Quant à ceux ayant des problèmes respiratoires
    – comme de l’asthme – ou cardiaques, ils doivent être prudents. « Ils risquent une exacerbation de leur maladie pouvant conduire au décès », alerte la chercheuse. Un sujet à ne pas prendre à la légère.