Tag: Pauvreté

  • Un accident du travail laisse l’intervenant tétraplégique

    Un accident du travail laisse l’intervenant tétraplégique

    Une entreprise du BTP et son gérant répondaient de blessures involontaires et d’omission de mise à disposition d’équipements de travail contre les risques de chute.

    Le 9 mai 2023, à 7h20 du matin, Alain, 70 ans, se hisse avec son donneur d’ordre sur un échafaudage fait de trois tréteaux surmontés de madriers. L’auto-entrepreneur est missionné en qualité d’ « OPC chantier » sur un projet d’extension de villa, boulevard Gillet (13e). « Depuis le début de l’année, j’avais dit que je ne monterai plus sur les échafaudages à mon âge, sauf qu’on m’a demandé de venir contrôler le coffrage d’une poutre » a-t-il expliqué hier, cloué sur un fauteuil roulant depuis la chute qui l’a laissé tétraplégique.

    « C’était pas mon salarié », se défend le gérant comme cela l’exonérait des mesures de protection. « À 7h du matin, quand il est arrivé on a essayé de monter rapidement l’échafaudage, mais on n’avait pas encore mis les garde-corps. Je lui ai dit qu’il était hors de question qu’il monte car il était âgé et en plus il boitait. Il nous a mis la pression. Il s’est précipité pour monter. »

    L’inspection du travail n’avait pas voulu se déplacer, expliquant aux policiers qu’elle n’est pas compétente pour les auto-entrepreneurs qui ne sont pas des travailleurs au sens du Code du travail. Les policiers n’ont pas fait de constatations sur place. Reste des témoignages divergents. « La cause de la chute, c’est l’absence de dispositif de sécurité sur le chantier » retient Me Alexandra Costecalde-Bossy pour la partie civile. « On nous oppose qu’en tant que travailleur indépendant, il serait seul responsable de ses propres équipements. Mais ce n’est pas à lui de venir avec son propre échafaudage ! »

    Pour la procureure Isabelle Candau, le prévenu tente de « se rattraper aux branches ». La victime n’est pas un sous-traitant, mais un intervenant indépendant, il n’en reste pas moins qu’il n’y aurait pas eu de chute s’il y avait eu des garde-corps. « Non, la victime n’a pas concouru à son propre dommage » dit-elle et réclame jusqu’à 4 mois avec sursis et 10 000 euros d’amende contre le gérant, et jusqu’à 40 000 euros d’amende dont une partie avec sursis contre l’entreprise.

    « En tant qu’auto-entrepreneur, l’intervenant est soumis à sa propre réglementation sur la montée et la descente de l’échafaudage. Les garde-corps étaient présents sur le chantier mais il était encore tôt pour les monter » soutient Me Thomas Hugues qui a plaidé la relaxe de l’entrepreneur. Il rappelle la pauvreté de l’enquête : « Il n’y a aucune démonstration de la preuve car il n’y a eu aucun relevé sur la scène infractionnelle. Quand les policiers sont repassés 3 mois après, les travaux étaient finis. C’est dramatique. » Délibéré le 20 octobre.

  • « En un an, on a enregistré une augmentation de 20% de nos publics »

    « En un an, on a enregistré une augmentation de 20% de nos publics »

    La Marseillaise : Quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

    Fabien Albert : Il y a cette année une toute petite amélioration de l’indice de pauvreté-précarité sur l’ensemble des populations visées par ce sondage, due à l’inflation qui a baissé, elle aussi. Ce qui n’empêche que le sentiment des gens de basculer dans la pauvreté-précarité, est, lui, beaucoup plus grand. Il a augmenté de 30% en un an. Et de fait, sur le terrain, on a de plus en plus de personnes qui rentrent dans nos structures et demandent de l’aide, à tous les niveaux.

    Le baromètre fait un focus sur les 18-35 ans, révélant une situation sociale difficile couplée à une angoisse pour l’avenir. Est-ce que ça se reflète dans l’Hérault ?

    F.A. : Oui tout à fait. De 5 000 jeunes suivis, on est passé à un peu plus de 7 000. Plus globalement, à l’échelle nationale, on le mesure à travers le fait qu’en 3 ans, sur l’ensemble des fédérations du SPF, on est passé de 19 à plus de 40 antennes dans les facs.

    Ces personnes sont psychologiquement fragilisées par l’inquiétude qui les ronge ?

    F.A. : Il y a un voyant rouge quand ils franchissent la porte du Secours populaire, ils arrivent avec tous leurs soucis, qu’il faut parfois désamorcer. Ça touche tous les publics, mais les plus concernés ce sont les gens qui travaillent et qui, malgré cela, ne s’en sortent pas. Ceux qui ont des enfants ont le sentiment de ne pas pouvoir leur faire plaisir quand ils en ont envie. Ce sont des frustrations psychiques qui accentuent encore l’injustice entre ceux qui s’en sortent financièrement et ceux qui, même en travaillant, n’y parviennent pas. Et ils sont de plus en plus nombreux.

    Les bénévoles jouent donc un rôle d’écoute important ?

    F.A. : C’est le rôle premier du Secours populaire que d’écouter. Même s’il y a un portail d’entrée par l’aide alimentaire, qui est le plus connu, on est une association généraliste de la solidarité. On n’apporte donc pas forcément tout de suite une aide matérielle. Le premier geste solidaire qu’on fait, c’est l’écoute et l’accueil. Et ensuite l’échange. Car ces personnes ne viennent pas forcément chercher une aide matérielle, ça peut être un coup de pouce sur la façon de résoudre un problème médical ou des problèmes de papiers (on travaille aussi sur l’accès aux droits).

    Les demandes d’aides ont augmenté dans l’Hérault. De quel ordre ?

    F.A. : Entre 2023 et 2024, on a enregistré une augmentation de 20% de nos publics, soit 6 à 7000 personnes en plus. 32 000 personnes ont franchi la porte du SPF 34 en 2024.

    Parmi ces gens, beaucoup de familles, donc d’enfants ? Quel type d’aide spécifique leur est proposé ?

    F.A. : Oui beaucoup d’enfants, en effet, et beaucoup de familles monoparentales. On propose une aide sur la rentrée scolaire en fournissant des fournitures grâce à des collectes réalisées fin août dans des supermarchés. On donne également un coup de pouce sur les licences extrascolaires : sport, musique, etc. Et puis il y a le soutien scolaire, assuré par des bénévoles dans toutes nos structures. Enfin il y a toutes les activités de loisirs, dont la Journée des oubliés des vacances est emblématique. Cette année, elle a réuni 40 000 enfants à Paris, dont 180 de l’Hérault, pour les 80 ans du SPF.

    Qu’en est-il de l’aide alimentaire ?

    F.A. : Sur ce plan-là, on est en baisse. D’abord parce que les sommes allouées par l’Union européenne n’ont pas augmenté avec l’inflation. Ensuite parce que la ramasse, depuis le vote de la loi anti-gaspi il y a 7-8 ans, est devenue un marché parallèle et économique, avec des déstockeurs qui viennent récupérer la marchandise avant nous… Sans compter que – mais ça c’est une bonne chose – les grandes surfaces, de leur côté, ont baissé leur surproduction en 10 ans. Si bien qu’au final, on a de moins en moins de produits qui rentrent, donc à distribuer. Pour autant la décision n’est pas de priver des personnes d’accès à cette aide, seulement on est contraints de réduire le colis qui, de 20- 30 produits, se réduit à une quinzaine.

    Le budget de l’association est-il fragilisé par les restrictions budgétaires des collectivités ?

    F.A. : Sur la partie subventions publiques, on a perdu, en 2025, 20% de l’aide du Département de l’Hérault et environ l’équivalent sur la Ville de Montpellier.On a de moins en moins de moyens…

    Les bénévoles, eux, sont au rendez-vous ?

    F.A. : Oui, les Français sont résistants. La nouvelle génération arrive. On a gagné 200 bénévoles sur le département entre 2023 et 2024, portant leur nombre de 1200 à 1400. Avec des jeunes de 20-30 ans qui se mobilisent pas mal. Il y a une résurgence de la solidarité chez cette jeunesse.

    * Une grande collecte départementale de produits alimentaires et/ou d’hygiène sera organisée le 11 octobre dans les supermarchés de l’Hérault ; et une grande braderie départementale aura lieu le 18 octobre aux halles du marché gare (MIN), à Montpellier.

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    Hasard du calendrier, la présentation du baromètre annuel de la pauvreté du Secours populaire sonne comme une confirmation des angoisses exprimées la veille, mercredi, durant les mobilisations contre l’austérité voulue par le gouvernement qui ont largement rassemblé. Un baromètre qui illustre le gap entre la vie décrite par le gouvernement et celle vécue par la population.

    À la rhétorique de gouvernements qui n’ont de cesse de pointer le soi-disant manque de productivité des Français, la nécessité de travailler plus et plus longtemps, de ne pas être exigeants au niveau des salaires… les chiffres du baromètre sonnent comme un démenti cinglant. Des chiffres qui montrent que travailler ne protège plus. Que très nombreux sont ceux à avoir peur de basculer. Que jeunes, vieux, salariés, chômeurs… que tout le monde est concerné. Et, terrible, des gens qui avouent une « honte » qui s’ajoute à la peur.

    Ni peur, ni honte

    Cette honte doit changer de camp. La honte est sur ceux qui refusent de regarder la situation en face en se cachant derrière un pseudo-discours « de vérité » pour continuer à développer une société inégalitaire et pour tenter de faire encore plus payer ce qui payent déjà trop. Comme le prouve le choix d’un énième Premier ministre identique. D’où l’importance des mobilisations en cours.

    La journée de mardi était une première salve à la réussite réjouissante. La prochaine date du 18 septembre à l’appel d’une intersyndicale extrêmement mobilisée (lire page suivante) au complet doit être dans toutes les têtes.