Tag: Pauvreté

  • « Femmes solidaires marque un changement »

    « Femmes solidaires marque un changement »

    La Marseillaise : Exposition, repas, que propose Femmes solidaires pour cet anniversaire ?

    Annick Karsenty : D’abord de revenir sur notre histoire depuis la fondation de l’Union des femmes françaises (UFF) en 1945 avec une exposition faite par nos amies de Nîmes, avec de nombreux panneaux explicatifs. Elles ont été chercher les événements, les lois, les bagarres… Il y aura aussi la projection d’un film et une table ronde avec deux anciennes qui l’ont vécu, cette histoire, pour qu’elles nous racontent ce que nous, nous n’avons pas connu.

    Comment mesurez-vous le chemin parcouru en 80 ans ?

    A.K. : On peut dire qu’il y a vraiment eu un changement d’orientation, une évolution dans la décennie 1984-1992, une évolution quand nous avons changé de nom. En 1992, le 17e congrès de l’UFF porte le slogan « femmes solidaires pour défendre nos droits et la paix » et on passe d’une association féminine et familiale qui portait des revendications sur notamment le droit au travail des femmes à un mouvement féministe solidaire. On commence à parler de loi anti-sexiste, de culture du viol. On passe à des questions plus sociétales. On avance aussi un mot d’ordre contre la féminisation de la pauvreté. Après il va y avoir la participation à la conférence mondiale des femmes de Pékin [en septembre 1995 Ndlr]. On intervient également au niveau de l’Afghanistan, où nous allons financer des écoles clandestines pour les petites filles et nous faisons la connaissance de Shoukria Haidar [présidente fondatrice de l’association Negar-Soutien] qui participera à la création du RIFL, notre réseau international féministe et laïc. En 2004, on obtient aussi le statut international spécial à l’ONU dans lequel on siège toujours.

    Et quel chemin reste-t-il selon vous à parcourir ?

    A.K. : Beaucoup de choses restent à faire. En particulier sur les violences dans la famille. Au niveau des féminicides, le chiffre ne descend pas. Avec les suicides forcés, on en est à trois femmes par jour qui décèdent. Il y a aussi le retour des masculinistes qui font que nous retournons en arrière. On le voit bien quand nous intervenons dans les salles de classe. Les garçons portent des propos de recul… Même si les filles se rebiffent et c’est aussi à prendre en compte. La loi de 2016 qui fait que la France est un pays abolitionniste de la prostitution est menacée aussi et il y a tout le combat contre le courant transactiviste qui vise dans tous les domaines à gommer le mot femme…

  • « En 30 ans le regard que porte la société sur la pauvreté a changé »

    « En 30 ans le regard que porte la société sur la pauvreté a changé »

    La Marseillaise : Ce rapport met en lumière 30 ans d’augmentation de la pauvreté en France…

    Jean-Marie Brugeron : En effet la pauvreté s’est nettement intensifiée. Plusieurs chiffres en attestent : le niveau de vie médian des personnes que nous accueillions est passé de 658 euros en 2014 à 565 euros en 2024. 95% des ménages accueillis vivent sous le seuil de pauvreté (1 316 euros) et 74% sous le seuil d’extrême pauvreté (+11 pts entre 2017 et 2023). Nous recevons par ailleurs beaucoup plus de personnes sans aucune ressource : de 10% en 1994, leur proportion est passée à 26% (24% dans l’Hérault). Cela s’explique par les difficultés à bénéficier des aides, l’accès aux droits étant de plus en plus compliqué (38% de non-recours au RSA des ménages éligibles français en 2024) et par le fait, également, que de plus en plus de gens sont sans droits, notamment les étrangers, qui se présentent dans nos accueils car privés de tout moyen d’avoir un revenu quelconque.

    Les femmes et les enfants sont en première ligne de cette pauvreté ?

    J-M.B. : En 2024, les femmes représentent 56% des personnes rencontrées (58% dans l’Hérault). Elles étaient déjà majoritaires en 1994, mais on enregistre une augmentation de + 5 points en 30 ans. Dans l’Hérault, on compte 27% de mères isolées, dont les trois-quarts vivent dans l’extrême pauvreté. Les enfants, qui représentent 39% des personnes soutenues, sont ainsi les premières victimes de la pauvreté subie. Le rapport montre également une pauvreté davantage liée à des problèmes de santé ou de handicap. En 1999, 15% des personnes qui se présentaient avaient des problèmes de santé ; elles sont 23% en 2024.

    Ces 30 dernières années,
    la pauvreté a également
    pris de nouveaux visages…

    J.-M.B. : Oui, on a notamment vu apparaître une nouvelle catégorie qui n’existait pas en 1994 : les travailleurs pauvres. Auparavant, les personnes qui avaient un travail arrivaient à peu près à subvenir aux besoins de leur famille. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, à cause des temps partiels, de l’intérim, des saisonniers… Mais même un CDI ne vous exonère pas d’être pauvre : 28% des personnes accueillies en 2024 ont un CDI (17% dans l’Hérault, contre 5% en 2000).

    Par ailleurs les ménages étrangers sont de plus en plus nombreux (52,7% des adultes accueillis en 2024 contre 20% en 1994), de même que les seniors, dont la part a plus que doublé en 30 ans (de 3% en 1994 à 7% en 2024). Enfin, la pauvreté rurale a gagné du terrain. Ce sont souvent des personnes âgées, mais ce aussi des jeunes qui, on le voit bien dans l’arrière-pays héraultais, vont chercher des logements moins chers.

    La pauvreté n’est pourtant pas une fatalité ?

    J.-M.B. : On est passé, en 30 ans, d’une pauvreté conjoncturelle à une pauvreté structurelle. Cette évolution est en lien avec les politiques publiques. Selon la Cour des comptes, sans redistribution le taux de pauvreté ne serait pas de 15,4% en France, mais de 21,7%. Donc les politiques de redistribution fonctionnent. Mais lorsqu’on réforme le chômage dans le sens où cela a été fait, ça provoque une hausse des personnes non indemnisées. Lorsqu’on interdit aux sans-papiers de travailler, ça accroît la précarité. La société aujourd’hui est plus dure pour les plus fragiles et le regard qu’elle porte sur la pauvreté a changé.

    Qu’est-ce qui a changé ?

    J.-M.B. : En 1994, on considérait qu’on se devait d’aider les pauvres, qui étaient les laissés-pour-compte de la croissance.

    Aujourd’hui, on considère que s’ils sont pauvres, c’est de leur faute. On culpabilise les pauvres et on dénonce les étrangers. Le paradoxe dans tout ça, c’est que les Français sont tout de même attachés à la solidarité nationale, puisque 53 % d’entre eux se disent favorables à une augmentation du RSA. Reste qu’il y a un changement de regard qui est profond.

    Quelles sont les actions proposées par le Secours catholique ?

    J.-M.B. : On agit sur différents leviers : le soutien scolaire, les cours de français pour les personnes étrangères ; l’accès à une alimentation digne ; la lutte contre l’isolement à travers les cafés solidaires pour les migrants ou les actions dans les Ehpad ; la lutte contre le non recours aux droits ; et l’accueil des SDF, notamment sur Montpellier avec la Halte solidarité qui fait l’objet d’un gros projet de rénovation. Ce qu’on souhaite, c’est montrer qu’un autre regard est possible pour mieux vivre ensemble.

  • Sortir la rénovation du dogme des démolitions

    Sortir la rénovation du dogme des démolitions

    Devant de nombreux étudiants, architectes, enseignants et associatifs, des militants du mouvement HouseEurope! ont présenté, vendredi soir à l’IMVT, le court-métrage The Great Together, du collectif Docar. Le doc explore des exemples de transformation de grands ensembles à Rome, Vienne, Toulouse et Belgrade. HouseEurope! milite pour une architecture écologique, sociale et demande à la Commission européenne de « rendre l’industrie de la construction plus soutenable ». Moins démolir, mais rénover en améliorant l’existant.

    « L’association Un Centre-Ville Pour Tous est partenaire du projet FaireVille et du collectif Stop Démolitions ! Nous travaillons sur le manque de démocratie dans la fabrique de la ville », rappelle Hélène Froment. « Les programmes Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) à Marseille prévoient près de 5 000 démolitions de logements sociaux, alors que la livraison de logements abordables ne dépasse pas 1 000 logements par an. Concernant le quartier Félix-Pyat, État et Métropole ont acté leur intention de démolir la tour B, sans prévoir aucun financement pour le relogement des 168 familles (80% en logement social et 10% propriétaires occupants). » À cela s’ajoute l’annonce du projet de démolition des deux tours de la copropriété Bel Horizon, « sans perspective de relogement abordable de proximité et sans reconstitution de l’offre locative. Les 450 ménages de ces deux ensembles pourraient être forcés à habiter loin du centre-ville ».

    « Tout ce que j’aime, les bureaux d’études lyonnais le démolissent », ironise l’urbaniste Nicolas Mémain, qui fait le deuil des « petites choses humbles » démolies. Ainsi de la chaudronnerie Arnaud rasée au 8 rue Melchior-Guinot, à Marseille (3e). « Ce bâtiment d’angle faubourien d’après-guerre était d’une beauté très simple. Son caractère, sa singularité, sa personnalité rayonnaient. On aurait pu construire autour, passer en porte-à-faux au-dessus. L’arbitrage financier a fait qu’il a été démoli. »

    Déconcentrer la pauvreté

    En ligne de mire, les bulldozers non négociables de l’Anru. « L’Anru porte le même inconscient collectif que le Second Empire, celui de ne pas revouloir la révolution avec de grandes lignes vides comme des systèmes de visée au canon. L’Anru, c’est le projet haussmannien sécuritaire, avec des sols en béton lavé, des lampadaires les plus chers qui ressemblent à des épées de Dark Vador. C’est une espèce de fiction de police parfaite qui crée des ambiances urbaines minables de traumatisme collectif. »

    « Le modèle ne change pas. Les politiques publiques sont faites pour déconcentrer la pauvreté et stimuler la production de neuf », analyse la chercheuse Lina Raad, qui constate que les 165 000 démolitions de logements sociaux du premier programme de l’Anru n’ont pas toutes été compensées. « On a un déficit net de 25 000 logements sociaux et les logements reconstruits sont plus petits et plus chers. » Une note d’optimisme avec Stéphane Labatut de l’agence 8 et demi, dont les projets démontrent qu’« on peut sauvegarder des résidences avec l’adhésion des habitants ».

  • [Témoignages] Faire face à la faim en 2025 : ils s’engagent

    [Témoignages] Faire face à la faim en 2025 : ils s’engagent

    Aziz Djezzar, bénévole

    Aziz s’est impliqué dans les actions de l’association à sa création en 2021. Retraité, il était auparavant cariste dans une société de magasinier où il faisait des remplacements. Énergique et ayant la fibre associative, selon ses collègues, Aziz était auparavant bénévole dans une association sportive de judo et musculation. Lorsque Kader lui a proposé de travailler avec lui, il n’a pas hésité longtemps, aujourd’hui : « Je suis épanoui en venant ici, pouvoir aider les gens et aller à leur rencontre… »

    Élie Bonanni, trésorier

    « J’ai eu une intolérance à la farine », explique Élie. Ancien boulanger-pâtissier qui a dû cesser son activité après 30 ans de métier. Lorsque Kader lui a proposé d’intégrer l’association en 2021, il a souhaité y participer et en est aujourd’hui le trésorier. Mandataire pour ses deux parents handicapés l’homme voulait occuper son temps libre pour que les gens vivent mieux : « Aider les personnes dans le besoin c’est une façon d’aller vers l’avenir », explique-t-il. Et « avoir à manger c’est une nécessité ».

    Yoann Faure, bénévole

    Yoann a rejoint l’association après la perte de son travail il y a deux ans. « J’ai eu un accident de travail et je ne peux plus travailler. » L’ancien conducteur d’engins a eu de multiples problèmes de dos et ne trouve plus de travail aujourd’hui. En attendant de retrouver une activité, il a souhaité mettre son temps à disposition pour aider les personnes de la cité. Habitant de Forbin depuis quarante ans il dit trouver « plaisant de pouvoir aider les gens qui n’ont pas à manger et qu’il croise tous les jours ».

  • Faire face à la faim en 2025 : à Marseille, les bénévoles tentent de subvenir aux besoins

    Faire face à la faim en 2025 : à Marseille, les bénévoles tentent de subvenir aux besoins

    « On sait ce que représente la Banque alimentaire, c’est un devoir de participer à cette collecte », appuie Abdelkader Boubeker, fondateur de l’association Forbin. À ce jour la Banque alimentaire nationale estime la portée de son aide à 2,4 millions de personnes, elle approvisionne 6 044 associations partenaires. Forbin est l’un de ces points relais. « Tous les 15 jours, nous allons à l’antenne de la Pomme pour réarmer nos stocks. On décharge trois à quatre tonnes de produits », exprime fièrement Kader, « les commandes se font en amont sur internet ». Forbin aide 200 familles, cela débloque un certain nombre de points et donc un certain nombre de produits disponibles, « par exemple j’ai le droit de commander 200 bouteilles de lait », explique-t-il.

    En arrivant dans le local ou plutôt « la maison du bonheur » comme affiché sur la porte, Fakia Bengana, résidente du Bosquet, s’approche du trésorier pour récupérer un jeton, « cela permet de réguler les flux », explique Kader, mais aussi de vérifier les inscriptions. Elle retourne sur ses pas et s’assoit sur l’un des sièges, entourée d’autres femmes pour attendre son tour. « Pour s’inscrire, il faut présenter une fiche d’imposition, prouver son identité et participer à hauteur de 10 euros symboliques par an », détaille-t-il. Lorsque leur tour arrive, les bénéficiaires peuvent rentrer dans une seconde salle et choisir leurs produits. « L’hygiène est très importante, si les bénéficiaires ne viennent pas avec leur sac surgelé, ils ne peuvent pas en prendre », montre Kader. Fakia ou les autres bénéficiaires ne peuvent pas toucher les produits. Aziz Djezzar et Gérard Data, gants en latex aux mains, déposent les articles sur un chariot à roulette et guident la petite dame à travers ses achats, « ici tout est entre cinquante centimes et deux euros maximum », détaillent les deux bénévoles retraités. Le parcours se termine aux fruits et légumes, à côté de la file d’attente, le rayon de Yoann Faure. « Ça vous fera un euro cinquante, Madame », dit-il après avoir pesé le sachet.

    Les bénéficiaires vont ensuite voir le trésorier Élie Bonnani pour payer. Posté derrière son bureau, l’homme au visage froid surprend par son enchaînement de blagues. « Parfois j’aide aussi les bénévoles. On se sent comme une famille ici, on peut discuter », explique Fakia, qui a été contrainte de venir jusqu’à Forbin après que l’association de son quartier a cessé ses activités il y a deux ans. Kader déplore la baisse des subventions aux associations alors que les besoins ont augmenté : « Depuis le Covid, la précarité s’est accrue ; on a de plus en plus de jeunes qui viennent. » Yamina Mansri, femme de ménage et mère de trois enfants, ajoute à la volée : « Nous sommes en guerre comme dit Macron. Mais la guerre c’est de finir les fins de mois. »

    En parallèle Kader constate une hausse du bénévolat spontané. Pour autant, les temps sont durs pour son association comme pour les autres, il explique que « les 3 000 euros de subventions couvrent à peine le loyer et les charges ». Yamina insiste : « L’équipe est super, ils sont sociables et gentils. J’ai trouvé un endroit où je me sens bien. » En partant, la femme de ménage s’exclame : « Merci les jeunes ! »

    Le nombre de bénéficiaires a doublé dans le Var

    Dans le Var, la collecte de la Banque alimentaire de La Garde est soutenue par 220 commerces, surtout alimentaires. 1 500 bénévoles sont mobilisés pour collecter les denrées, avec comme priorités, pour pallier les manques, les plats cuisinés (ravioli, couscous…), café, riz, compotes, desserts, biscuits et couches pour bébés. Une campagne d’importance, car en 2025, « le nombre de bénéficiaires a doublé, de 30 000 à 62 000 », déplore Martine Hergat, vice-présidente de la Banque alimentaire du Var. Et d’autant plus que le Fonds social européen a réduit ses subventions de 40%. En conséquence, une campagne de dons en ligne a été lancée sur monpaniersolidaire.org. Ad.B.

  • Quand l’austérité fabrique la misère

    Quand l’austérité fabrique la misère

    Le rendez-vous symbolise l’insécurité alimentaire et la misère qui gagnent le pays. Ce week-end, la Banque alimentaire lance sa collecte nationale.

    Entre denrées alimentaires ou produits d’hygiène, les besoins sont vastes. Et le nombre de bénéficiaires ne cesse de croître, ces dernières années.

    Ce phénomène correspond à un constat insupportable : le taux
    de pauvreté, en France,
    a atteint en 2023 son niveau le plus élevé depuis que l’Insee le calcule, à savoir 9,8 millions de personnes concernées (15,4% de la population). Il ne s’agit plus de la pauvreté, mais de misère.

    Rétablir un État social fort

    Pendant ce temps, l’État se dérobe. Tout comme l’Union européenne. Les politiques d’austérité ont démantelé les filets sociaux, laissant les associations colmater les brèches, avec des moyens toujours plus réduits. Et abandonnant le peuple à la charité.

    La Banque alimentaire, confrontée aux baisses de subventions, à la hausse des coûts et du nombre de bénéficiaires, fait aussi face à une réduction du volume des dons. Encore le signe d’un contexte social difficile.

    La faim n’est pas
    une fatalité. Elle est le symptôme d’un choix politique : celui de laisser les inégalités prospérer. Ce n’est pas aux bénévoles, dont il faut saluer l’engagement, de réparer les dégâts de l’austérité mais à l’État de garantir le droit fondamental à l’alimentation.

    Augmenter les subventions aux associations ne suffira pas. Il faut rétablir un État social fort, taxer les profits indécents, investir dans les services publics et garantir à chacun l’accès à une alimentation digne.

  • Vague de froid : le gymnase Vallier devient un refuge

    Vague de froid : le gymnase Vallier devient un refuge

    Alignés les uns aux autres, des lits de camp kaki recouvrent le lino du gymnase Vallier. Samedi, en fin d’après-midi, environ la moitié de la literie est déjà occupée par des hommes isolés vivant à la rue. Face à l’épisode de froid qui sévit actuellement, « la Ville de Marseille a proposé aux services de l’État d’ouvrir un équipement municipal pour les accueillir », explique Audrey Garino, adjointe au maire de Marseille déléguée aux affaires sociales, à la solidarité, et à la lutte contre la pauvreté (PCF).

    « On a un accord avec la préfecture : on met à l’abri les hommes, avec des associations qui assurent la gestion du gymnase notamment le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO), l’Accueil de jour et nuit (ADJ) et la Croix Rouge, et l’État ouvre des places d’hôtel pour les femmes et les familles. » Après une première nuit, du 21 au 22, quasiment complète avec 46 personnes accueillies sur les 50 places disponibles, la Ville a ajouté 40 lits pour les prochains jours, puisque le dispositif s’étendra au moins jusqu’au mardi 25 novembre.

    Pas de sortie sèche

    Pour Thiago, sans domicile depuis 15 jours, cette mesure est un soulagement. Lui a choisi de quitter son appartement par peur de s’endetter auprès de son propriétaire après avoir été arnaqué par son employeur qui lui doit deux mois de salaire. « Quand les températures ont baissé, on a essayé de s’abriter dans un parking du Vieux-Port mais il faisait tellement froid qu’on n’a pas réussi à dormir, même avec des couvertures », raconte-t-il. La faute, aussi, à une hypervigilance qu’il a développée depuis qu’on lui a volé ses papiers alors qu’il s’était assoupi.

    Au gymnase, il est « rassuré » et se sent entouré de « personnes accueillantes et bienveillantes ». « Venir ici m’a aussi permis d’avoir accès au SIAO, qui va essayer de me trouver un logement, poursuit Thiago. Ils doivent me donner la réponse lundi ! »

    Sabine Fabiani, directrice adjointe en charge du pôle « aller vers » de l’ADJ, explique : « Le but, c’est qu’à la sortie, on leur propose quelque chose. En janvier dernier, sur 90 personnes, au moins 70 ont été orientées vers des foyers d’urgence, des Maisons relais, des pensions de famille ou des Centres d’hébergement et de réinsertion sociale. »

    Environ 7 000 places d’hébergement d’urgence sont ouvertes à Marseille, dont 500 créées par la Ville depuis le début du mandat de Benoît Payan. « On a capté 13 bâtiments municipaux pour le faire et on a un objectif de 500 places supplémentaires », précise Audrey Garino, qui détaille : « Une halte de nuit devrait sortir dans les premières semaines en prévision de l’hiver pour les personnes les plus exclues. »

  • En 30 ans, l’extrême pauvreté a explosé, alerte le Secours catholique

    En 30 ans, l’extrême pauvreté a explosé, alerte le Secours catholique

    Dans le Var, le constat est implacable : 96% des aidés vivent sous le seuil de pauvreté dont 66% en situation d’extrême pauvreté. Les principales bénéficiaires sont les femmes seules ou mères célibataires (60,9%), alors qu’elles ne représentaient que 6% en 2003. « Avant, la pauvreté était associée au chômage et aux crises économiques. Mais elle n’est plus conjoncturelle. Elle est continue, multidimensionnelle et stigmatisée. Ça rejoint un discours des pouvoirs publics de critique des pauvres, perçus comme coupables de leur condition », résume Jean-Michel Permingeat, président du Secours catholique du Var.

    Créé en 1994, le Secours catholique est un acteur majeur de la lutte contre la pauvreté en France, avec 1,11 million de personnes aidées en 2024 dans 2 500 lieux d’accueil, grâce à 3 500 équipes locales composées de 58 000 bénévoles et 910 salariés. Ils sont 28 dans le Var, pour 530 bénévoles, 7 salariés et 5 000 bénéficiaires. Des chiffres qui ont tous connu une nette augmentation en 30 ans.

    Le très attendu rapport annuel de l’association s’attelle à dresser un bilan évolutif des niveaux de pauvreté depuis sa création. Si le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté (60% du salaire médian de 2 193 euros, soit 1 316 euros en 2024) a un temps stagné, de 14,5% en 1996 à 14,4% en 2022, il a connu une nette progression en 2023 pour atteindre 15,4%. « La pauvreté n’a pas reculé mais a profondément changé de nature et de visage » , pointe le rapport. Les salariés et bénévoles varois abondent. Mêmes constatations ici.

    En effet, en 1994, 10% d’entre eux vivaient dans l’extrême pauvreté, contre 74% 30 ans plus tard. Parmi eux, un nombre croissant de femmes et d’enfants, de 51% en 1994 à 56,5% en 2024. Les familles sans aucunes ressources constituent 25,7% des bénéficiaires (10% en 1994), parmi lesquels 50% d’hommes seuls, mais le nombre de mères seules a aussi explosé (de 7 à 15% entre 1999 et 2024). La majorité sont étrangers (71%, 26 il y a 25 ans).

    « Une pauvreté continue »

    En cause, notamment, les réformes de l’assurance chômage et du RSA, rendant les aides moins accessibles, les conditions drastiques pour obtenir un titre de séjour (et donc pouvoir travailler), le manque d’accès aux aides (38% des ménages éligibles n’en font pas la demande). Le niveau de chômage (23,7%) reste supérieur à la moyenne nationale (7,4%) mais a largement baissé (44% entre 2005 et 2015). Enfin, 18% des bénéficiaires travaillent, mais occupent des postes précaires pour un faible niveau de vie (855 euros par mois contre 2 443 pour la population en général).

    Autres facteurs aggravants : les problèmes de santé et le handicap (23% des bénéficiaires, 15% en 1994), qui complexifient l’accès à l’emploi, renforcés par les difficultés d’accès aux allocations. L’âge entre aussi en ligne de compte : parmi les personnes aidées, la part des seniors de 60 ans et plus a triplé, de 2,6 à 7,3%. Et les associations sont au bout du rouleau.

  • Renoncer aux soins, un véritable fléau de la précarité

    Renoncer aux soins, un véritable fléau de la précarité

    Voilà 33 ans qu’Accueil Santé Béziers est au chevet des plus démunis en assurant des consultations aux personnes n’ayant plus ou pas de droits, à savoir les sans-abri, les migrants, les touristes ou encore les étudiants sans mutuelles. Pas moins de 33 professionnels de santé bénévoles : généralistes, dentistes, infirmiers, psychologues ou encore coordinateurs médicosociaux, se relaient quotidiennement. « Le but de l’association était au départ de permettre aux gens de récupérer leurs droits. Le soin étant juste une roue de la charrette. Dès que les patients ont récupéré leurs droits – CPAM, C2S [Complémentaire santé solidaire, Ndlr], AME – on ne les suit plus et ils repartent dans le domaine libéral », détaille Nicolas Breton, président d’Accueil Santé Béziers.

    Mais avec l’explosion de la précarité ces dernières années, de plus en plus de Bitterois poussent la porte du centre de soins. « Alors que nous suivons entre 2 000 et 2 500 patients chaque année, nous avons eu 200 consultations supplémentaires en 2025 », fait valoir Nicolas Breton. Si les ressortissants étrangers constituent la majeure partie de la patientèle de l’association, le nombre de Français accueillis s’envole aussi. « En 2024, 4% des gens qui ont consulté étaient Français. Cette année, ils représentent 17%. Ce qui montre que la précarité s’accroît », observe Nicolas Breton.

    Plus de social

    Un renoncement aux soins généralisé dû en premier lieu à des raisons financières, l’inflation ayant considérablement réduit le pouvoir d’achat de la majorité de la population. Ce qui impacte notamment les jeunes et les femmes. « Nous nous occupons beaucoup de précarité menstruelle. Nous avons vu 400 femmes de plus cette année. et nous avons distribué 4 000 éléments de protection contre 2 000 en 2024. Les règles coûtent 10 euros par mois et par femme, ce qui représente 120 euros par an. Avec deux, trois filles dans une famille, c’est un budget conséquent », soupire le généraliste.

    Secondes victimes collatérales, nos aînés. « On a aujourd’hui de plus en plus de personnes âgées, notamment les petits artisans qui n’ont pas de complémentaire et n’arrivent plus à se soigner. Ils sont juste au-dessus des plafonds et prendre une mutuelle coûte trop cher quand on est âgé », poursuit Nicolas Breton. À cela s’ajoute la dématérialisation administrative, qui fait des démarches de certains patients un véritable parcours du combattant.

    Ces renoncements aux soins ne sont malheureusement pas sans incidence sur le patient. « C’est catastrophique, ça traîne, les pathologies ont tendance à s’accroître et s’aggraver. Si cette population n’est pas prise en charge, cela va coûter plus cher à la société », insiste Nicolas Breton. Pourtant, des solutions existent. « Tout notre système de santé est à revoir, la Sécu n’en peut plus. Il faut arrêter le paiement à l’acte et rouvrir des dispensaires. Car ils ont l’avantage de permettre aux gens d’avoir accès – comme en Espagne – à des médecins, à des médicaments mais surtout, les médecins s’occupent des problématiques sociales des patients. Dans nos études, le social n’existe pas. Ça ne sert à rien de faire des diagnostics, de prescrire des médicaments si les gens ne peuvent pas les acheter. » Plus de social et aussi moins d’administratif. « On perd du temps, ce qui revient à payer le travail de secrétaire très cher, c’est idiot. Chacun doit faire son boulot », souligne le généraliste biterrois.

  • Restos du cœur : moins d’argent mais toujours là

    Restos du cœur : moins d’argent mais toujours là

    « Il y a 40 ans, Coluche lançait un appel. Cette petite idée d’aide alimentaire devait être éphémère, mais elle continue, parce que la pauvreté touche de plus en plus de monde », affirme Alain Evezard, responsable départemental des Restos du cœur des Bouches-du-Rhône. Entouré des bénévoles de l’association, et en présence de Martine Vassal, présidente (DVD) du conseil départemental, il était au centre de Granoux à Marseille (4e), ce mardi, pour lancer la 41e campagne annuelle de l’association.

    « Nous sommes prêts à accueillir 650 familles ici pour cette nouvelle campagne », s’enthousiasme Christine Deliere, responsable du centre de Granoux, l’une des 12 antennes marseillaises. Un lieu qui a accompagné 1 515 familles l’année précédente. Chaque semaine, les personnes inscrites peuvent y faire leurs courses gratuitement grâce à un système de points. Des distributions alimentaires nécessaires alors que « rien qu’à Marseille, 330 000 personnes sont en précarité alimentaire », précise Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille, chargée de la lutte contre la pauvreté.

    Accès aux droits

    L’association ne se contente d’ailleurs pas de distribuer des denrées. « Quand on est en grande précarité, trouver à manger, c’est la première nécessité, explique Alain Evezard. Mais la solitude de certaines de ces personnes est aussi un fléau, et peut dégrader leur santé physique et mentale. » Les Restos du cœur deviennent alors des lieux pour recréer du lien, en proposant des ateliers. « On organise aussi des vacances familiales ou des journées dans des centres UCPA pour les enfants », ajoute Christine Deliere. L’association a également mis en place des partenariats avec des administrations publiques telles que la CAF ou la Caisse d’assurance maladie afin de faciliter l’accès aux droits de ces personnes. « Beaucoup ne connaissent pas leurs droits. Nous les accompagnons donc dans leurs démarches », explique le responsable départemental.

    Alors que la précarité augmente partout en France, et particulièrement dans les Bouches-du-Rhône, les subventions que reçoit l’association fondée par Coluche diminuent.

    Subventions en baisse

    « Entre 2024 et 2025, on a par exemple perdu 15% d’une aide que l’on recevait », se désole Alain Evezard. Face à ces coupures, la structure a dû revoir le seuil de revenu pour pouvoir bénéficier de son aide. « C’est décidé au niveau national. Comme on a perdu beaucoup de subventions publiques, et que les donateurs donnent moins à cause de la crise, on ne pouvait pas accueillir plus de monde », se désole Alain Evezard.

    Un changement dans les critères qui explique que le nombre de bénéficiaires des Restos du cœur n’a que très peu augmenté, alors que la précarité ne cesse de progresser. Une pauvreté qui n’épargne plus personne : des personnes âgées aux étudiants en passant par les travailleurs. Une réalité qui pousse l’association à « appeler les pouvoirs publics à prendre des mesures pérennes pour les personnes précaires », soutient Alain Evezard.