Tag: Pauvreté

  • Une épicerie étudiante gratuite à Béziers

    Une épicerie étudiante gratuite à Béziers

    Ces dernières années, le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) effectuait périodiquement des distributions alimentaires sur le site universitaire délocalisé de l’université Paul Valéry à Béziers. Désormais, les étudiants de ce centre Du Guesclin disposent, de façon permanente, d’une épicerie gratuite.

    Porté par le Scum, ce projet a été inauguré le 25 septembre, à l’occasion de la journée d’accueil étudiante organisée sur le site. Aménagé au sein de la cafétéria, cet espace propose des produits alimentaires en libre-service et sans conditions. « La direction et les personnels du centre universitaire ont ajouté à ce lieu un espace de braderie gratuite de vêtements et petits objets du quotidien (verres, assiettes, couverts), où chacun peut donner ou récupérer », indique le Scum.

    Cette initiative a été rendue possible grâce à l’obtention, par le syndicat étudiant, d’une enveloppe de 14 000 euros allouée dans le cadre du budget participatif régional en 2024. Baptisé « Mobil’Up », le projet lauréat consistait en l’achat d’une camionnette destinée à permettre d’effectuer davantage de distributions alimentaires sur les campus montpelliérains, ainsi que sur d’autres campus de la région.

    « Désormais, le projet “Mobil’Up” s’étend et change de perspective puisqu’il permet l’ouverture et le réapprovisionnement d’une première épicerie gratuite étudiante », souligne le syndicat étudiant, qui ne compte pas s’arrêter là : « Nous projetons l’ouverture d’une nouvelle épicerie gratuite étudiante à Montpellier. » Une action qui viendra s’ajouter à la liste de celles déjà mises en place par le Scum pour cette année 2025-2026 : distributions ponctuelles de protections périodiques à la faculté de droit, distributions alimentaires régulières et, un vendredi sur deux, distribution de produits d’hygiène à la cité U La Colombière et de pain bio devant le resto U Triolet. Pour rappel, ce sont plus de 15 000 colis alimentaires qui avaient été distribués par le Scum durant l’année universitaire 2024-2025. « Mais nos initiatives de solidarité concrète ne suffiront pas à faire face à l’ampleur de la précarité étudiante », avertit le syndicat, qui dénonce « une baisse des Aides pour le logement (APL) à trois reprises depuis 2017 », concomitante de « plusieurs augmentations de frais d’inscription et de loyer, dont la dernière en date était de 100 euros par an dans les logements Crous de Montpellier. »

  • Accès aux droits : pour ne pas qu’à la galère s’ajoutent les soupçons

    Accès aux droits : pour ne pas qu’à la galère s’ajoutent les soupçons

    Les militants associatifs du Comptoir des idées ont repris, ce jeudi, leur bâton de pèlerin, ou plutôt leur seau de colle, pour interpeller une nouvelle fois les Toulonnais, par affichage interposé, sur des sujets qui dérangent et sur lesquels les citoyens ne peuvent pourtant fermer les yeux. Cette fois, c’est sur la pauvreté que leur réflexion est sollicitée. Celle que l’on voit dans nos rues et, plus sournoise, celle qui se cache dans des logements insalubres et (ou) qui vient grossir les rangs des bénéficiaires de l’aide alimentaire, qu’ils soient étudiants, chômeurs, retraités ou même salariés.

    C’est ce que rappellent, devant le panneau d’expression libre du boulevard Tessé, les défenseurs des droits humains à nouveau mobilisés. L’occasion pour Guy Cochennec de rappeler que 15,3% des Varois vivent sous le seuil de pauvreté et que 22,8% de ménages pauvres sont locataires du parc privé à cause de la pénurie de logements sociaux.

    Un difficile accès aux droits

    Face à cette situation et à l’occasion, la semaine prochaine, de la Journée mondiale du refus de la misère, le Comité du 17 octobre organise deux rencontres pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, et alerter le plus grand nombre sur l’urgence qu’il y a à respecter la dignité de ceux qui vivent la galère au quotidien et qui ont de plus en plus à supporter un regard pas toujours bienveillant.

    « On part du constat que non seulement être pauvre est déjà un combat en soi, mais qu’en plus, il y a une vraie maltraitance de la part des institutions due à un manque de moyens des services publics pour accomplir leur mission, ou à des directives qui font peser le soupçon sur ces personnes que normalement on devrait aider », commence Michèle Monte d’ATD Quart-Monde.

    Avec un accès aux droits rendu difficile. Des obstacles, ajoute-t-elle, aggravés « par la dématérialisation des services, par l’absence de contact humain, donc qui se révèle vraiment dramatique ». Et de poursuivre : « On a également des gens qui sont à la rue et qui n’arrivent pas à avoir le 115. À 6h du matin, c’est déjà complètement saturé pour la nuit à venir. »

    Plusieurs associations seront présentes pour témoigner, lors de la table ronde organisée à partir de 18h le 16 octobre à l’Hélice*, de ces situations multiples qui demandent un accompagnement spécifique. Le Mouvement du Nid sera là par exemple pour évoquer la sortie de la prostitution et le manque de moyens, en termes de logement notamment, pour les soustraire à l’emprise des réseaux.

    Un comptoir des idées qui compte bien aussi mettre en avant le rôle indispensable que joue le monde associatif pour faire vivre la solidarité et pallier les carences de l’État dans l’urgence sociale. Afin de susciter des vocations et recruter des bénévoles.

    La deuxième manifestation se déroulera le 18 au 55 rue de Dakar, à Saint-Jean-du-Var. Une journée conviviale d’échanges et de rencontres avec un repas partagé et l’après-midi, des jeux et des animations sur les Droits de l’homme et les enjeux de notre temps.

    L’association Kaïré offrira une représentation sur le thème de l’avenir et de l’écologie : « l’Espoir vert ».

    *68 rue Victor-Agostini, à Toulon

  • Un accident du travail laisse l’intervenant tétraplégique

    Un accident du travail laisse l’intervenant tétraplégique

    Une entreprise du BTP et son gérant répondaient de blessures involontaires et d’omission de mise à disposition d’équipements de travail contre les risques de chute.

    Le 9 mai 2023, à 7h20 du matin, Alain, 70 ans, se hisse avec son donneur d’ordre sur un échafaudage fait de trois tréteaux surmontés de madriers. L’auto-entrepreneur est missionné en qualité d’ « OPC chantier » sur un projet d’extension de villa, boulevard Gillet (13e). « Depuis le début de l’année, j’avais dit que je ne monterai plus sur les échafaudages à mon âge, sauf qu’on m’a demandé de venir contrôler le coffrage d’une poutre » a-t-il expliqué hier, cloué sur un fauteuil roulant depuis la chute qui l’a laissé tétraplégique.

    « C’était pas mon salarié », se défend le gérant comme cela l’exonérait des mesures de protection. « À 7h du matin, quand il est arrivé on a essayé de monter rapidement l’échafaudage, mais on n’avait pas encore mis les garde-corps. Je lui ai dit qu’il était hors de question qu’il monte car il était âgé et en plus il boitait. Il nous a mis la pression. Il s’est précipité pour monter. »

    L’inspection du travail n’avait pas voulu se déplacer, expliquant aux policiers qu’elle n’est pas compétente pour les auto-entrepreneurs qui ne sont pas des travailleurs au sens du Code du travail. Les policiers n’ont pas fait de constatations sur place. Reste des témoignages divergents. « La cause de la chute, c’est l’absence de dispositif de sécurité sur le chantier » retient Me Alexandra Costecalde-Bossy pour la partie civile. « On nous oppose qu’en tant que travailleur indépendant, il serait seul responsable de ses propres équipements. Mais ce n’est pas à lui de venir avec son propre échafaudage ! »

    Pour la procureure Isabelle Candau, le prévenu tente de « se rattraper aux branches ». La victime n’est pas un sous-traitant, mais un intervenant indépendant, il n’en reste pas moins qu’il n’y aurait pas eu de chute s’il y avait eu des garde-corps. « Non, la victime n’a pas concouru à son propre dommage » dit-elle et réclame jusqu’à 4 mois avec sursis et 10 000 euros d’amende contre le gérant, et jusqu’à 40 000 euros d’amende dont une partie avec sursis contre l’entreprise.

    « En tant qu’auto-entrepreneur, l’intervenant est soumis à sa propre réglementation sur la montée et la descente de l’échafaudage. Les garde-corps étaient présents sur le chantier mais il était encore tôt pour les monter » soutient Me Thomas Hugues qui a plaidé la relaxe de l’entrepreneur. Il rappelle la pauvreté de l’enquête : « Il n’y a aucune démonstration de la preuve car il n’y a eu aucun relevé sur la scène infractionnelle. Quand les policiers sont repassés 3 mois après, les travaux étaient finis. C’est dramatique. » Délibéré le 20 octobre.

  • « En un an, on a enregistré une augmentation de 20% de nos publics »

    « En un an, on a enregistré une augmentation de 20% de nos publics »

    La Marseillaise : Quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

    Fabien Albert : Il y a cette année une toute petite amélioration de l’indice de pauvreté-précarité sur l’ensemble des populations visées par ce sondage, due à l’inflation qui a baissé, elle aussi. Ce qui n’empêche que le sentiment des gens de basculer dans la pauvreté-précarité, est, lui, beaucoup plus grand. Il a augmenté de 30% en un an. Et de fait, sur le terrain, on a de plus en plus de personnes qui rentrent dans nos structures et demandent de l’aide, à tous les niveaux.

    Le baromètre fait un focus sur les 18-35 ans, révélant une situation sociale difficile couplée à une angoisse pour l’avenir. Est-ce que ça se reflète dans l’Hérault ?

    F.A. : Oui tout à fait. De 5 000 jeunes suivis, on est passé à un peu plus de 7 000. Plus globalement, à l’échelle nationale, on le mesure à travers le fait qu’en 3 ans, sur l’ensemble des fédérations du SPF, on est passé de 19 à plus de 40 antennes dans les facs.

    Ces personnes sont psychologiquement fragilisées par l’inquiétude qui les ronge ?

    F.A. : Il y a un voyant rouge quand ils franchissent la porte du Secours populaire, ils arrivent avec tous leurs soucis, qu’il faut parfois désamorcer. Ça touche tous les publics, mais les plus concernés ce sont les gens qui travaillent et qui, malgré cela, ne s’en sortent pas. Ceux qui ont des enfants ont le sentiment de ne pas pouvoir leur faire plaisir quand ils en ont envie. Ce sont des frustrations psychiques qui accentuent encore l’injustice entre ceux qui s’en sortent financièrement et ceux qui, même en travaillant, n’y parviennent pas. Et ils sont de plus en plus nombreux.

    Les bénévoles jouent donc un rôle d’écoute important ?

    F.A. : C’est le rôle premier du Secours populaire que d’écouter. Même s’il y a un portail d’entrée par l’aide alimentaire, qui est le plus connu, on est une association généraliste de la solidarité. On n’apporte donc pas forcément tout de suite une aide matérielle. Le premier geste solidaire qu’on fait, c’est l’écoute et l’accueil. Et ensuite l’échange. Car ces personnes ne viennent pas forcément chercher une aide matérielle, ça peut être un coup de pouce sur la façon de résoudre un problème médical ou des problèmes de papiers (on travaille aussi sur l’accès aux droits).

    Les demandes d’aides ont augmenté dans l’Hérault. De quel ordre ?

    F.A. : Entre 2023 et 2024, on a enregistré une augmentation de 20% de nos publics, soit 6 à 7000 personnes en plus. 32 000 personnes ont franchi la porte du SPF 34 en 2024.

    Parmi ces gens, beaucoup de familles, donc d’enfants ? Quel type d’aide spécifique leur est proposé ?

    F.A. : Oui beaucoup d’enfants, en effet, et beaucoup de familles monoparentales. On propose une aide sur la rentrée scolaire en fournissant des fournitures grâce à des collectes réalisées fin août dans des supermarchés. On donne également un coup de pouce sur les licences extrascolaires : sport, musique, etc. Et puis il y a le soutien scolaire, assuré par des bénévoles dans toutes nos structures. Enfin il y a toutes les activités de loisirs, dont la Journée des oubliés des vacances est emblématique. Cette année, elle a réuni 40 000 enfants à Paris, dont 180 de l’Hérault, pour les 80 ans du SPF.

    Qu’en est-il de l’aide alimentaire ?

    F.A. : Sur ce plan-là, on est en baisse. D’abord parce que les sommes allouées par l’Union européenne n’ont pas augmenté avec l’inflation. Ensuite parce que la ramasse, depuis le vote de la loi anti-gaspi il y a 7-8 ans, est devenue un marché parallèle et économique, avec des déstockeurs qui viennent récupérer la marchandise avant nous… Sans compter que – mais ça c’est une bonne chose – les grandes surfaces, de leur côté, ont baissé leur surproduction en 10 ans. Si bien qu’au final, on a de moins en moins de produits qui rentrent, donc à distribuer. Pour autant la décision n’est pas de priver des personnes d’accès à cette aide, seulement on est contraints de réduire le colis qui, de 20- 30 produits, se réduit à une quinzaine.

    Le budget de l’association est-il fragilisé par les restrictions budgétaires des collectivités ?

    F.A. : Sur la partie subventions publiques, on a perdu, en 2025, 20% de l’aide du Département de l’Hérault et environ l’équivalent sur la Ville de Montpellier.On a de moins en moins de moyens…

    Les bénévoles, eux, sont au rendez-vous ?

    F.A. : Oui, les Français sont résistants. La nouvelle génération arrive. On a gagné 200 bénévoles sur le département entre 2023 et 2024, portant leur nombre de 1200 à 1400. Avec des jeunes de 20-30 ans qui se mobilisent pas mal. Il y a une résurgence de la solidarité chez cette jeunesse.

    * Une grande collecte départementale de produits alimentaires et/ou d’hygiène sera organisée le 11 octobre dans les supermarchés de l’Hérault ; et une grande braderie départementale aura lieu le 18 octobre aux halles du marché gare (MIN), à Montpellier.

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    Hasard du calendrier, la présentation du baromètre annuel de la pauvreté du Secours populaire sonne comme une confirmation des angoisses exprimées la veille, mercredi, durant les mobilisations contre l’austérité voulue par le gouvernement qui ont largement rassemblé. Un baromètre qui illustre le gap entre la vie décrite par le gouvernement et celle vécue par la population.

    À la rhétorique de gouvernements qui n’ont de cesse de pointer le soi-disant manque de productivité des Français, la nécessité de travailler plus et plus longtemps, de ne pas être exigeants au niveau des salaires… les chiffres du baromètre sonnent comme un démenti cinglant. Des chiffres qui montrent que travailler ne protège plus. Que très nombreux sont ceux à avoir peur de basculer. Que jeunes, vieux, salariés, chômeurs… que tout le monde est concerné. Et, terrible, des gens qui avouent une « honte » qui s’ajoute à la peur.

    Ni peur, ni honte

    Cette honte doit changer de camp. La honte est sur ceux qui refusent de regarder la situation en face en se cachant derrière un pseudo-discours « de vérité » pour continuer à développer une société inégalitaire et pour tenter de faire encore plus payer ce qui payent déjà trop. Comme le prouve le choix d’un énième Premier ministre identique. D’où l’importance des mobilisations en cours.

    La journée de mardi était une première salve à la réussite réjouissante. La prochaine date du 18 septembre à l’appel d’une intersyndicale extrêmement mobilisée (lire page suivante) au complet doit être dans toutes les têtes.