Tag: parcoursup

  • À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    À Aix, la jeunesse exprime une colère nourrie par des années de crises

    « Je ne vois même plus le fond de cette foule ! », lance au mégaphone l’un des meneurs du cortège. Au départ de la Rotonde ce jeudi matin, ils sont « tout autant » que mardi à s’élancer, selon les organisations syndicales. Ils étaient 900 participants, selon la police.

    Plusieurs cortèges ont fusionné au pied de la fontaine. Un peu plus tôt dans la matinée, les élèves du lycée privé du Sacré-Cœur sont parvenus à bloquer leur établissement. Un blocus avait également été organisé devant le lycée Saint-Eloi et l’Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation), situés à quelques mètres l’un de l’autre.

    Autour du cortège, le « service d’ordre », les syndicats (CGT, FSU…) et les parents d’élèves ont encadré le défilé, qui a sillonné la ville entre le campus Schuman et le rectorat, avant de revenir vers son point de départ. Dans la foule, toujours les mêmes revendications : plus de moyens, plus de profs… Plus largement, une meilleure prise en compte de la jeunesse.

    Parmi les pancartes, tenues hautes : « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère ». Une formule qui parle à Laura, étudiante à Sciences Po, qui estime qu’elle résume la source de colère : « Clairement, le Covid a amplifié cette volonté de mobilisation. À ce moment-là, j’étais en seconde, aujourd’hui, je suis en master. On n’avait pas trop réagi en pensant que c’était temporaire… » L’étudiante évoque aussi les différents événements qui, selon elle, ont cristallisé les angoisses et la colère qui s’expriment aujourd’hui dans la rue : « La réforme des retraites, qui a beaucoup mobilisé les facs, le blocage de la fac de Toulouse pendant des mois, le fait de ne pas avoir été entendus sur la Palestine ou sur les retraites… Des mesures passées en force avec le 49.3… »

    Un peu plus loin, Ethan* élève de terminale, a tenu à être dans la rue pour « son avenir, qui l’inquiète (…). Personne ne va bien. Le Covid a porté un coup dans la jeunesse, mais on aurait pu s’en remettre. S’il n’y avait pas eu encore moins d’argent et moins de travail pour nous, à l’avenir… On manifeste parce qu’on a atteint nos limites. Mais si le Covid a joué sur notre santé mentale, ce n’est pas une excuse pour décrédibiliser notre colère (…). Le manque de moyens dans nos lycées avait commencé avant et s’est empiré ».

    À ses côtés, Sacha* partage ce constat : « C’est sûr qu’on a eu moins de chance que nos parents. Je pense qu’on a totalement été laissés sur le carreau, je suis angoissée pour mon avenir, j’ai du mal à l’imaginer, mais je garde espoir, c’est pour ça que je suis là ».

    Au-delà du Covid, survenu il y a six ans, la crise climatique et les conflits internationaux alimentent également les inquiétudes des jeunes rencontrés dans le cortège. « Les lycéens sont touchés par un manque criant de moyens dans les lycées. On a connu Parcoursup, les réformes, bien sûr le Covid, on connaît aussi une crise climatique qui n’est pas du tout gérée par les politiciens, on a un gouvernement qui préfère mettre du budget dans l’armement plutôt que dans l’éducation et la crise climatique. Des arbitrages qui ne sont pas ceux qu’on voudrait », observe Léa, étudiante en philosophie. Une « génération Covid », certes, mais dont la colère puise aussi ses racines dans les crises plus récentes.

    * Le prénom a été changé

  • À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    Exemplaire, une fois de plus. Deux jours après une mobilisation « historique » ayant réuni près de 30 000 personnes dans les rues de Marseille, le soufflet ne retombe pas. Ils étaient 20 000 selon les organisateurs (3 900 selon la police), jeudi, à s’élancer des Réformés en direction de la préfecture pour l’acte IV de la mobilisation lycéenne. Dans le calme et une bonne humeur revendicative.

    La configuration était différente de mardi, puisque l’intersyndicale n’avait pas lancé d’appel, mais les forces militantes des syndicats de travailleurs, CGT et FSU en tête, étaient encore en première ligne pour assurer la sécurité des jeunes. À leur côté, des retraités, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des élus politiques et des parents d’élèves.

    « Les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire »

    Marion, adhérente du MPE 13, est venue pour « les soutenir, partager leurs revendications qui sont relativement claires et les aider à défendre leurs droits et ceux des travailleurs de l’éducation nationale ». Maman d’une lycéenne à Montgrand, elle porte sur le dos une pancarte « réalisée en mars », alors que le lycée de sa fille était mobilisé, déjà, contre la baisse des dotations horaires liée aux coupes budgétaires. Sébastien Lecornu « dit qu’il faut prendre le temps de dialoguer dans les lycées, mais je crois que les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire ».

    Dans le cortège, sans surprise, l’allocution du Premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Foutage de gueule », répond Ange, élève à Périer (8e). « Il a parlé de nous deux minutes… Avec tout ce qui se passe, ce n’est pas normal et ce qu’il annonce ne suffit pas », poursuit ce membre du Mouvement national des lycéens, comparant la hausse de 1,2 milliard du budget de l’éducation aux 6 milliards dédiés aux armées. « C’est clairement du blabla », abonde Fabio, du lycée des Remparts. « Ces 1,2 milliard, c’est principalement pour les primaires. Nos revendications sur Parcoursup, il n’en a pas dit un mot et il apporte son soutien aux forces de l’ordre alors qu’on a encore vu la répression, mercredi, à Marie-Curie. »

    Jeudi matin, deux interpellations devant le lycée privé de Saint-Joseph de La Madeleine (4e) sont dans les têtes. « Libérez Ryan, libérez Victor », scande une lycéenne au départ de la manifestation. Plusieurs établissements ont été bloqués dans la matinée, dont Jacques-Chirac, Don-Bosco ou Victor-Hugo, et des lycéens se sont réunis à Marseilleveyre (8e), Saint-Charles (1er) ou Chevreul-Blancarde (4e) avant de rejoindre les Réformés.

    « Lecornu fait illusion pour calmer les tensions, mais ça ne nous arrêtera pas, aucune réponse n’est apportée », juge Abel, élève de Saint-Joseph de La Madeleine (4e), justement. « On attend principalement des mesures concrètes, comme l’abrogation de Parcoursup. Les réunions dans les lycées ne régleront rien ». « Il dit vouloir travailler sur cinq points très concrets. On partage ces problématiques, mais il annonce une décision fin octobre… Il se fout de notre gueule », regrette plus loin, Luc*, lycéen à Saint-Charles. « Vouloir réprimer les mobilisations et arrêter les cours, c’est juste une façon de déplacer le problème. »

    « Organiser des réunions entre proviseurs, professeurs et lycéens, c’est bien, mais c’est pour étouffer le mouvement », abonde Lou, lycéenne à Thiers (1er) : « Lecornu est passif. Les professeurs ne peuvent pas tout régler tout seul, c’est au gouvernement et à l’éducation nationale d’apporter des réponses et de prendre leurs responsabilités ».

    « Sa réponse est insuffisante, c’est du foutage de gueule et ça devient répétitif », renchérit Charlie, lycéen à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac… qui n’a pas de prof d’anglais depuis la rentrée : « On est un lycée favorisé, j’imagine pas les autres. C’est pour ça qu’on est là ». Marqué comme tous par la violence policière, Giani, élève en première au lycée Artaud, juge « inhumaine » la sortie du Premier ministre : « Perdre une main, perdre ses dents… Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Il parle d’accidents. Ça me révolte. Nous, on veut parler à l’éducation nationale et l’état, pas à nos professeurs, parce qu’on sait qu’ils nous soutiennent ».

    * le prénom a été changé

    Nouvelle journée de mobilisation

    Présent aux côtés des lycéens dans le cortège, le SNES-FSU, premier syndicat de l’éducation nationale, maintient la pression et appelle les personnels à se mobiliser, le 13 octobre, dans le cadre d’une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale étudiante et professionnelle. « C’est important de continuer le mouvement aux côtés des lycéens, parce qu’on partage les mêmes revendications et les mêmes analyses depuis des années », assure sa co-secrétaire académique, Marion Chopinet. Ne s’imaginant pas « rentrer en cours et encore moins participer à une mascarade de démocratie », le syndicat réclame plus de moyens, l’ouverture de places à l’Université, la rénovation des établissements et une remise à plat de la réforme Blanquer du lycée. Ch.C.

  • Geffrayant

    Geffrayant

    Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a pris la parole ce jeudi sur TF1. On l’attendait sur la réponse aux revendications lycéennes, laissées totalement de côté par l’allocution du Premier ministre, la veille.

    Suppression de Parcoursup ? Nouveaux moyens attribués aux Régions pour remettre en état les locaux ? Renoncement aux suppressions de postes de professeurs prévus dans le projet de budget de l’État ?

    Non. Le ministre est venu déclarer : « Grâce à un logiciel que j’ai demandé il y a un an, on a pu, en ce début d’année – c’est la première fois qu’on le déploie –, identifier les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques. Il y a 114 lycées dont je dirais qu’ils sont rouges, et 400 qui sont orange. »

    3 000 profs

    « On a 3 000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant l’élève. Dans les prochaines heures, ils vont rejoindre ces établissements », a-t-il ajouté. Proprement sidérant pour les lycéens mobilisés et leurs parents indignés par les non-remplacements de professeurs à qui on expliquait, encore récemment, que leurs demandes étaient déconnectées du réel.

    « On va également donner plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires », a ajouté le ministre, comme si, soudainement, l’avenir de nos jeunes méritait des dépenses supplémentaires.

    Le mouvement lycéen ne se contentera pas de ces quelques inflexions qui, en réalité, révèlent les dysfonctionnements de l’Éducation nationale abîmée par les politiques libérales. Il faut un changement profond.
    Le bilan est Geffrayant.

  • Le sénateur Fabien Gay mène ses combats à Nîmes

    Le sénateur Fabien Gay mène ses combats à Nîmes

    Il était venu avec 211 milliards d’euros sous le bras. Mais, lundi 5 octobre, à Nîmes, Fabien Gay a vite laissé les colonnes de chiffres côtoyer les colères du moment. Le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis et directeur de L’Humanité, est venu présenter son livre 211 milliards. Révélations sur les aides publiques aux entreprises, a trouvé dans le Gard un terrain où se croisent ses principaux combats : partage des richesses, jeunesse, union de la gauche et lutte contre l’extrême droite.

    Dans la cour du Prolé nîmois, l’actualité s’est invitée dans la conférence de presse : à moins d’une centaine de mètres, devant le lycée Daudet, des lycéens manifestaient en effet leur colère. L’élu refuse de réduire ce mouvement, qui touche de nombreux établissements en France, aux blocages ou aux dégradations. « La question est de savoir pourquoi, partout en France, des dizaines de milliers de lycéens se mettent en grève et revendiquent. C’est ça, la question qu’il faut se poser », insiste-t-il.

    Classes surchargées, enseignants absents, manque de moyens, Parcoursup qualifié d’« algorithme froid » : le sénateur dénonce « une dégradation générale des conditions d’étude ». Et s’il condamne les dégradations, il fustige aussi la réponse policière : « Ce sont nos gamins, ils ont 15 ou 16 ans. Quand la seule réponse, ce sont des coups de matraque et du gaz lacrymogène, c’est insupportable. »

    Des milliards

    sans contreparties

    Reste le chiffre qui donne son titre à son livre : 211 milliards d’euros d’aides publiques versées aux entreprises en 2023, mis en lumière par la commission d’enquête sénatoriale dont Fabien Gay fut le rapporteur. Six mois d’auditions, près de la moitié des patrons du CAC 40 entendus, et une question centrale : que demande réellement la puissance publique en échange ? Le communiste dénonce des aides trop peu conditionnées à l’emploi, aux salaires, aux délocalisations ou aux engagements environnementaux.

    À Nîmes, Fabien Gay a également retrouvé Vincent Bouget, nouveau maire communiste de la ville. Une victoire qu’il regarde comme un possible laboratoire. « Il a réussi à unir les citoyens, cela montre que rien n’est figé. En partant du local, cela peut essaimer partout », estime-t-il. À huit mois de la présidentielle, le sénateur assure que « tout doit être mis en place pour barrer la route à l’extrême droite » et plaide, pour les législatives, pour « une large coalition » des forces de gauche.

    Car c’est bien là que le ton se durcit le plus. « La préférence nationale n’a pas d’autre nom que l’apartheid social », tranche-t-il, dénonçant « une politique de division et de haine généralisée » visant migrants, syndicalistes, femmes ou encore opposants politiques. À ses yeux, le danger dépasse les frontières françaises : Trump aux États-Unis, Milei en Argentine, Meloni en Italie ou la poussée de l’extrême droite allemande témoignent d’« un mouvement mondial ».

    Son déplacement gardois devait d’ailleurs se prolonger mardi 6 à Alès devant le tribunal, en soutien aux victimes de l’attaque du Prolé lors de la Feria 2025. Fabien Gay avait annoncé sa présence aux côtés des militants agressés. « L’extrême droite fait mal. Elle porte des coups. Pas seulement démocratiques : des coups », martelait-il à Nîmes. Des milliards versés sans contrepartie à la violence politique, le sénateur aura finalement déroulé le même fil : rendre visibles les rapports de force que certains préféreraient laisser hors champ.

  • Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    « La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment » : les propos Sébastien Lecornu, mercredi soir, dans une allocution enregistrée et prononcée depuis Matignon. À la veille d’une nouvelle journée de manifestation lycéenne et au surlendemain d’une très importante mobilisation, le Premier ministre a voulu tenter l’apaisement. Sans aucune annonce cependant pour répondre à la colère des lycéens qui exigent des moyens pour étudier dans de bonnes conditions que ce soit en termes d’enseignants présents ou de bâtiments, ou la fin de parcoursup.

    Il n’a en effet que réaffirmé que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre » afin de répondre à la crise. Ou ressorti la carte du « temps de dialogue » dans les établissements en précisant que ceux-ci se poursuivraient « à partir de demain [jeudi], dans chaque lycée et jusqu’à la semaine prochaine ». Ou celle de la plateforme de dialogue ouverte par le ministère de l’Éducation se félicitant de voir qu’elle avait déjà recueilli plus de 40 000 contributions.

    Pas d’annonces supplémentaires non plus concernant la doctrine du maintien de l’ordre qui émeut le pays après 215 élèves et 89 personnels de l’Éducation blessés parmi les manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez ayant annoncé dès le matin, au lendemain de la réunion autour d’Emmanuel Macron, la décision de suspendre l’usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement, le Premier ministre s’est contenté de marteler que « les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».

    Des propos qui n’ont pas convaincu les lycéens et les étudiants qui appellent à un Acte IV de la mobilisation ce jeudi, soutenus par les syndicats de l’Éducation – le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud – qui ont appelé à une journée de grève. Les organisations de jeunesse ont demandé à être reçues par le Premier ministre. « Nous avons des propositions chiffrées que nous allons présenter et c’est pour ça que nous demandons dès la semaine prochaine un rendez-vous avec » le Premier ministre, a déclaré à la presse Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL) devant le ministère de l’Enseignement supérieur.

    Baisse de 12 à 18 centimes du litre à la pompe

    Craignant la convergence des colères, si celle de la jeunesse rencontre les mécontentements d’autres secteurs, Sébastien Lecornu a concentré sa réponse sur le ras-le-bol social en annonçant une baisse à venir des prix à la pompe pour les carburants. « Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse », a-t-il dit avant de décliner des mesures susceptibles d’alléger la pression sur les prix des carburants et de l’électricité qui entament le pouvoir d’achat, thème majeur de la présidentielle.

    Il a annoncé qu’il mettrait 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques, à la disposition des distributeurs en France « au prix de revient ». « Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et sera mis à disposition au prix de revient [et] permettra mécaniquement de baisser les prix à la pompe dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole », a-t-il affirmé. En ce sens, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il réunirait à Matignon les distributeurs « pour y travailler dans les tout prochains jours ».

    Le Premier ministre a aussi indiqué que « le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver », et « demande » à EDF « de mobiliser au maximum ses capacités de production », tout en précisant qu’il reviendra prochainement sur le sujet.

    Soutien italien à la jeunesse

    Refondation communiste et les jeunes communistes italiens ont tenu à apporter leur soutien à la mobilisation lycéenne dans un communiqué. Les jeunes « soulèvent une question majeure : Que deviendra notre avenir ? L’avenir d’une génération qui vit dans une Europe où, presque partout, on réduit les dépenses sociales pour financer des allègements fiscaux en faveur des riches et l’achat d’armes ; une Europe où les jeunes sont souvent prisonniers de vies précaires et risquent désormais, en outre, de servir de chair à canon », écrivent-ils notamment. « Ils demandent des choses simples », ajoutent-ils, avant de conclure : « Leur lutte est la nôtre. »

  • À côté de la plaque

    À côté de la plaque

    Face au mouvement lycéen, le gouvernement joue la montre. Sébastien Lecornu n’a apporté, mercredi soir, aucune mesure concrète pour répondre à la colère de la jeunesse. Le Premier ministre renvoie à la fin du mois d’octobre l’annonce de « premières décisions » et au 12 novembre, premier jour du débat à l’Assemblée nationale du budget de l’éducation nationale.

    Classes surchargées, bâti, Parcourup, budget… Aucun signal n’est venu du locataire de Matignon pouvant décider les lycéens à mettre un terme à leurs mobilisations. Ils devraient donc être nombreux ce jeudi, dans tout le pays, à manifester.

    Macroniste de la première heure, le chef du gouvernement reste droit dans ses bottes. Une sorte de pompier pyromane qui fait le pari du pourrissement. Son déni des violences policières, « qui n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens » a-t-il tenu à préciser, est à ce titre symptomatique d’un pouvoir aux abois.

    Des choix libéraux

    En matière budgétaire, le projet de budget de l’éducation nationale, qu’il a défendu, ne tient même pas compte de l’inflation. Rien qui ne permette de placer l’école au cœur de la société. Cela, les lycéens l’ont bien compris. L’appel « au patriotisme », lancé par Lecornu aux parlementaires, pour l’adoption du budget 2027, sonne comme une provocation. Le patriotisme commanderait en effet de répondre aux immenses besoins sociaux du pays. Quant à ses annonces sur le déblocage de 10 millions de barils de gasoil pour faire baisser le prix du carburant, elles reflètent des choix libéraux, ceux de faire jouer le marché de l’offre et de la demande. À côté de la plaque là encore.

  • La jeunesse prête à un Acte IV dans toute la région

    La jeunesse prête à un Acte IV dans toute la région

    Les points de rendez-vous :

    Marseille

    10h30, manifestation au départ des Réformés, au 125 La Canebière

    Martigues

    Blocage des lycées Langevin et Lurçat

    Miramas

    9h.Blocage du lycée Cocteau

    Aix-en-Provence

    11h, manifestation au départ de la Rotonde

    Toulon

    9h, rassemblement devant le lycée Bonaparte

    Carpentras

    Blocage du lycée Fabre

    Avignon

    7h30 manifestation à partir du lycée Mistral pour se rendre au lycée Aubanel

    Manosque

    8h, appel à une manifestation devant le lycée Esclangon.

    Gap

    8h, appel au rassemblement devant le lycée Dominique Villard.

  • À Toulon, lycéens et syndicats dénoncent le dédain de la préfecture

    À Toulon, lycéens et syndicats dénoncent le dédain de la préfecture

    Pas de grasse matinée pour les lycéens toulonnais. Dès 7h, nombre d’entre eux, en provenance de plusieurs établissements de la ville, se sont réunis devant le lycée Bonaparte, bloqué pendant une partie de la matinée. Entourés de militants syndicaux (CGT, FSU, FO, Solidaires), ainsi que de nombreux parents et enseignants venus les soutenir et les protéger, ils se sont ensuite mis en marche aux alentours de 9h.

    « Sarcastiques et dédaigneux »

    En tête de cortège, Denis Sincu, élève en terminale au lycée Bonaparte, leader de la mobilisation, haranguait une foule d’environ 2 000 personnes, déterminée, mais respectueuse du cadre de la manifestation, autour d’une revendication : être entendue. Une délégation composée de représentants syndicaux, de professeurs, de lycéens et d’étudiants, dont il faisait partie, a été reçue en fin de matinée par le préfet et le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen). « On veut demander au préfet qu’il nous ouvre une porte de dialogue avec les institutions », clamait-il avant ce rendez-vous. Derrière cette demande, des revendications précises : la fin de Parcoursup, des bâtiments rénovés, des outils numériques fonctionnels, du personnel enseignant en nombre suffisant et des emplois du temps cohérents.

    Mais à l’issue d’une réunion qui a duré un peu plus d’une heure, c’est la colère qui dominait parmi les principaux concernés. « Ils ont été sarcastiques et dédaigneux. C’est un manque de respect envers la jeunesse, qui a le droit de s’exprimer », s’indigne Camille, membre du conseil de la vie lycéenne du lycée Bonaparte. « Ils parlent de dialogue social, parce qu’ils ont reçu une délégation d’étudiants et de syndicats, mais il n’y a pas de réponse, c’est de l’enfumage. Ils se renvoient la balle sur les responsabilités », dénoncent les syndicats, qui se disent prêts à soutenir la prochaine mobilisation, annoncée pour le 15 octobre.

  • À Aix, la jeunesse veut « humaniser » l’après lycée

    À Aix, la jeunesse veut « humaniser » l’après lycée

    De la colère dans les rangs de la jeunesse. Une colère aux multiples sources, qui a conduit entre 1 300 manifestants, selon la police, et « à peu près 2 000 », selon la CGT, à s’élancer depuis La Rotonde. Parents, associations, enseignants et représentants de l’intersyndicale étaient également présents pour encadrer et accompagner un cortège particulièrement dense.

    Parmi les revendications scandées tout au long du parcours, qui est passé par le campus Schuman fermé, le rectorat et le tribunal judiciaire, sans incident ni débordement, figurait l’abrogation de Parcoursup. « L’abrogation direct, si vous voulez mon avis ! C’est une source d’angoisse constante, toute la suite de notre avenir est basée sur des algorithmes, on n’a aucune opportunité de se vendre », scande un élève de terminale.

    Un peu plus loin, Nina, Emeline et Lucie, étudiantes en deuxième et troisième année, partagent ce constat. « C’est un système fait d’inégalité des chances. J’ai des amies qui voulaient la même licence que moi, avec des profils bien plus intéressants et qui ont été refusées dans la licence où j’ai été prise. La preuve que c’est du hasard », estime Emeline. « On a un système similaire pour les masters à la fac : je me retrouve à vouloir aller dans un master où il n’y a que 15 places ouvertes, (en sortant d’un) parcours ou l’on est 100 . En plus, c’est pour être enseignant. J’ai envie de dire : peut-être qu’il faut élargir les places, non ? », ajoute Nina. Pour Lucie, « il faut recréer du lien humain, aller à la fac pour poser son dossier, avoir un entretien oral, pour décrire tes engagements, ce que tu veux faire dans la vie. Ça pourrait recréer du lien et humaniser cette chose qui décide de notre avenir ».

    En direction de la préfecture, un groupe de lycéens du lycée Cézanne se montre également vent debout contre Parcoursup. Une revendication qui fait écho à de nombreuses prises de parole dans le cortège, aux côtés d’autres critiques portant sur des emplois du temps désorganisés ou des classes « décrépies »… « On ne regarde pas du tout nos mérites, on est mis dans une file d’attente, on ne sait pas où l’on va, ou seulement à la dernière minute », résume Giovanna. À côté d’elle, Aurore s’indigne aussi : « On nous fait croire à une égalité des chances grâce à Parcoursup, mais ce qu’ils regardent, ce sont nos écoles. Si l’on vient d’une école défavorisée, on a peu de chances comparé à quelqu’un d’une école privée. Et ça, on le dénonce ». Thomas, du même groupe, préconise : « On veut retourner à la recherche d’études supérieures par nous-même, ne plus être classés par nos origines financières, être tous égaux face à nos études ».

    Du côté des enseignants, le constat est partagé. « Ça introduit une compétition entre lycéens qui est insupportable au quotidien pour eux. Avec des effets sur leur santé mentale catastrophiques, estime Cécile Cristofari, enseignante au lycée Duby, également élue d’opposition de gauche à Aix. On voit des élèves en larmes parce qu’ils n’ont pas eu 15 au contrôle, alors qu’il leur faut cette note pour Parcoursup. Au quotidien, ça leur pourrit la vie, et ça nous pourrit la vie par ricochet. »

  • Entourer les jeunes

    Entourer les jeunes

    Un lycéen mobilisé de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement à Lens. L’onde de choc produite par cette terrible nouvelle secoue les consciences, alors qu’une journée de manifestations s’annonce particulièrement suivie ce mardi.

    Elle appelle un profond changement de doctrine en matière de maintien de l’ordre. Après les Gilets jaunes éborgnés, les militants syndicaux « nassés », il n’est pas supportable de voir des jeunes manifestants mutilés.

    Il est plus que jamais nécessaire d’entourer les jeunes pour les protéger et leur permettre d’exprimer leurs revendications légitimes dans le calme et la sécurité.

    Les organisations de salariés et les partis politiques progressistes qui appellent leurs militants, mais aussi les élus, à descendre dans la rue aux côtés des lycéens ont une réaction salutaire.

    Questions d’avenir

    La présence d’adultes responsables autour des cortèges est la meilleure manière d’empêcher les débordements, les méfaits des casseurs, mais aussi la répression violente.

    Entourer les jeunes, ce n’est pas les déposséder de leur mouvement, c’est au contraire garantir la pleine expression des revendications portant sur le manque de moyens, de personnels, l’état des locaux ou encore le système Parcoursup.

    C’est le rôle de toutes celles et de tous ceux qui accordent de l’attention et du crédit à l’avenir de la jeunesse : parents, professeurs, responsables syndicaux et politiques, élus de la République…

    Mais pour dire, entourer les jeunes, ce devrait être le rôle de la société tout entière.