Tag: Palestine

  • [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    [Entretien] Bashar Murkus : « Ce n’est pas juste avec le théâtre qu’on va arrêter la guerre »

    La Marseillaise : Lors du dernier festival d’Avignon, vous avez déclaré : « Aujourd’hui, le théâtre nous semble insignifiant. La culture n’a jamais arrêté la guerre. Nous sommes tous responsables du génocide. » Qu’est-ce qui vous donne alors encore la force d’exercer votre art ?

    Bashar Murkus : Quand on vit dans un endroit occupé comme la Palestine, on voit les choses très clairement. À partir de là, penser que l’art va changer les gens et l’humanité, ce n’est pas réaliste. Le théâtre ne peut pas arrêter la guerre, ne peut pas sauver une famille dont la maison est bombardée. Ce n’est pas juste en faisant du théâtre qu’on va arrêter la guerre. Il faut faire plus que ça.

    À quoi sert donc l’art, et le théâtre en particulier ?

    B.M. : Il nous aide à poser des questions importantes pour notre avenir. Il peut nous aider à construire nos pensées avec les groupes avec lesquels on travaille. Et c’est ce rôle qui est assez grand et significatif. Mais donner au théâtre un rôle plus grand que cela, c’est une forme de fainéantise politique.

    Vous dirigez avec d’autres artistes palestiniens, le Khashabi Theatre, implanté à Haïfa. Quelles sont ses missions et à quels obstacles êtes-vous confrontés ?

    B.M. : Le Khashabi Theatre est un théâtre palestinien complètement indépendant qui existe à Haïfa. Le mot indépendant est très important à souligner car, rien que le fait qu’il se situe à Haïfa signifie qu’il subit la colonisation israélienne. Avec Khulood Basel [créatrice et dramaturge de Yes Daddy, Ndlr], et d’autres, je fais partie de ceux qui ont créé ce théâtre. Dès sa fondation, il était très important de refuser tout argent qui vienne de la colonisation israélienne pour développer notre identité palestinienne sans l’intervention de cette puissance colonisatrice. Pendant 10 ans, ce théâtre existait physiquement. À Haïfa, c’était l’un des espaces d’expression les plus importants pour le public palestinien. Malheureusement, pour des raisons politiques très spécifiques, sur lesquelles je ne peux pas m’étendre, on a été dépossédé de notre théâtre il y a moins d’un an. Aujourd’hui, même si nous jouons toujours en Palestine, nous sommes devenus une compagnie sans espace. On a été très tristes de le perdre. Selon moi, Israël essaye de détruire tout ce qui est palestinien et d’effacer toute trace de notre culture, y compris notre théâtre. La destruction qui se passe actuellement à Gaza est différente de notre cas. Car elle, elle se voit. Mais à Haïfa, il y a une autre forme de destruction, pas forcément palpable. En tant que résident d’Haïfa, on ne peut que la constater. Mais, même si elles ont une forme différente, ces deux types de destruction relèvent d’une même approche.

    Peut-on voir dans « Yes daddy » une allégorie de la guerre ?

    B.M. : Il n’est pas possible d’analyser le spectacle dans le contexte de la guerre actuelle. Ça en diminuerait sa portée. Le thème principal de la pièce est le suivant : si on occupe la mémoire d’une personne, est-ce que cela signifie qu’on va aussi occuper son avenir ? Sur scène, il y a un vieillard qui a perdu la mémoire. Et le deuxième personnage essaye de réécrire cette mémoire. Cela transforme en fait la mémoire en outil de contrôle. Si tout cela est pleinement politique et parle de la guerre, Yes daddy va beaucoup plus loin. Car la pièce parle de la relation d’un humain avec lui-même et aussi avec l’autre en face de lui. Cela pose des questions sur ce que fait l’être humain quand il est seul et qu’il n’est pas surveillé.

    Face à ce vieillard dont la mémoire flanche, se trouve un jeune travailleur du sexe. Est-ce lui qui va l’aider ?

    B.M. : Il y a plusieurs couches superposées dans Yes Daddy. Il ne va pas l’aider mais lui implanter une nouvelle mémoire. Je voulais créer un moment de rencontre secret entre eux deux. Quand le vieillard se retrouve complètement seul, sans famille ni amis, que va-t-il faire pour chercher quelqu’un qui va venir chez lui ? Et le fait que le jeune en face de lui soit un travailleur du sexe ajoute une couche supplémentaire sur la question de l’identité sexuelle.

    La pièce traite de la relation d’amour-haine. Un sentiment plus qu’un autre vous a-t-il habité pendant sa création ?

    B.M. : Il y a toujours eu le même degré de présence d’amour et de haine. J’ai trouvé intéressant de créer ces deux personnages, totalement seuls, qui n’ont pas d’autre choix que d’être ensemble à ce moment-là, même s’ils sont opposés. Après, il faut préciser que le public n’est pas seul dans ce spectacle. Et que, malgré cela, on laisse des trous que les spectateurs peuvent remplir avec leur propre histoire. Quant à la métaphore, elle y est très présente, je ne la laisse pas planer.

  • Ils marchent pour porter un espoir de paix à Gaza

    Ils marchent pour porter un espoir de paix à Gaza

    Au premier rendez-vous organisé par l’association Shebba, elles étaient une poignée à prendre le départ depuis la gare de la cité du 14e arrondissement dès 8 heures samedi. De Saint-Charles, les marcheuses ont rejoint un autre groupe à Noailles pour arriver à une trentaine sur le Vieux-Port et se diriger sur la Joliette, puis embarquer dans un train en gare Saint-Charles, direction Fos-sur-Mer.

    « L’idée de cette marche qui traverse la France, c’est de sensibiliser au respect du droit international, humanitaire et humain, dans tous les espaces possibles », explique Michel, militant de l’Union pour la Palestine à Marseille, en accueillant de nouveaux arrivants devant le Métro Noailles. « C’est une première étape aujourd’hui qui ira jusqu’à Fos-sur-Mer en passant par Martigues. Dimanche la marche repart de Fos pour aller sur Arles. Et chacun peut la prendre et l’arrêter quand il veut, à son rythme, selon ses possibilités », précise-t-il. À chaque pas, le mouvement prend du poids, avec comme objectif de porter un message de paix en partant à la rencontre d’acteurs de tous les domaines pour aborder, avec eux, la question de la Palestine.

    À Marseille, la marche citoyenne pour « l’égalité, la liberté et la justice » du peuple palestinien, et de tous les autres a pris un démarrage modeste, mais l’important est d’agréger en progressant. « Nous avons organisé ce rendez-vous en à peine dix jours, explique Florence, membre de l’Union juive française pour la paix (UJFP). Mais avec le relais des réseaux sociaux, et si les médias s’en font aussi l’écho, nous devrions arriver à une belle convergence à Paris. » C’est en effet aussi un des défis de cette marche « citoyenne, transpartisane, laïque et non-violente », que de « dénoncer le silence médiatique, de faire cesser la complicité avec la politique menée par l’État d’Israël », complète-t-elle. Considérant, qu’un « dialogue est encore possible… sauf avec le Crif, à partir du moment où l’on se contente de factualiser, de sortir de l’émotion ». Depuis les attentats du 7 octobre 2023, plus de 69 000 personnes sont mortes à Gaza, selon le ministère de la Santé local. Un accord de cessez-le-feu n’est entré en vigueur que le 10 octobre 2025.

    Un espace de dialogue

    Les marcheurs portent pour revendications essentielles : le droit des Palestiniens à « l’autodétermination », « la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid », l’exigence de « sanctions pour Israël » et l’application d’un « cessez-le-feu définitif ». Parmi le groupe qui se dirige vers le Vieux-Port au son du slogan « ce n’est pas une guerre, c’est un génocide ! Libérez la Palestine ! », chacun a également une manière singulière de marcher. Danièle, de Shebba, est là « simplement pour que ça s’arrête ». Régine, du collectif Palestine en Résistance et du Mouvement de la Paix « pour faire taire les armes », en comparant « il y a eu quatre fois plus d’explosifs lancés sur Gaza que sur Hiroshima ». Anaïs, de l’Union pour la Palestine, « parce que je crois en la paix ». Ou Mélina, sans étiquette, « parce que je place beaucoup d’espoir dans ce mouvement citoyen de solidarité entre les peuples ».

    Tarascon, Beaucaire, Avignon, Montélimar, Valence, Saint-Etienne puis Lyon, Vaulx-en-Velin, Melun, constituent les prochaines étapes. Pour une arrivée à la capitale, avec des passages et autres départs dans plusieurs banlieues et villes de la région parisienne, pour finir en une manifestation nationale le 29 novembre.

    Inscriptions : marchepalestine2025@gmail.com@marchepalestineparis
    ou 07.46.40.45.05

  • Une mosaïque pour la paix face à la Méditerranée

    Une mosaïque pour la paix face à la Méditerranée

    « Ce banc, c’est une invitation à la rencontre, à s’asseoir côte à côte, comme un premier pas vers la paix », sourit Laura Sahin, co-responsable de la section sud de l’association Les Guerrières pour la paix. Sur la corniche Kennedy, à côté de la plage du prophète, une cinquantaine de personnes se sont réunies, ce jeudi, pour inaugurer la mosaïque de l’association. Un banc de la paix qui a d’autant plus de sens qu’il fait face à la Méditerranée, « une mer témoin des conflits qui frappent ses rives, en Israël, en Palestine, en Ukraine, en Syrie, au Liban », insiste la responsable.

    Débuté en octobre, le projet a été porté par l’association Les Guerrières de la paix, fondée en 2022 par Hanna Assouline, qui rassemblent des femmes juives et musulmanes pour promouvoir un discours de paix et la place des femmes dans ces processus. C’est en partenariat avec l’artiste Paola Cervoni, qui réalise les mosaïques de la corniche, et les élèves de l’école de la Seconde chance que ce banc a été réalisé.

    Pendant 2 mois, tous les mardi, élèves et bénévoles de l’association se sont retrouvés pour discuter de la paix et créer ce dessin de pierre, qui représentent une femme qui souffle les colombes de la paix. « ça fait chaud au cœur de voir le résultat », sourit Fadela Omari, guerrière de la paix.

    C’est donc un message d’apaisement et de solidarité que les guerrières de la paix et Ali Abu Awwad ont voulu porté, ce jeudi, jour du 10e anniversaire des attentats de Paris. « Dans un moment de grande fracture, où le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie montent, on a voulu recréer un espace commun et de dialogue », insiste Hanna Assouline, fondatrice de l’association. Un message de paix partagé par le fondateur de l’association palestinienne Taghyeer : « il faut que l’on soit pro-solution, pour que les Israéliens et les Palestiniens puissent vivre libres, dignes et en sécurité. »

    L’inauguration de ce banc a été suivi par la projection du film Résister pour la paix, au musée d’art contemporain de Marseille. Un film co-réalisé par Hanna Assouline, avec Sonia Terrab, sur des hommes et des femmes qui résistent pour la paix en Israël et dans les territoire palestiniens.

    Le pacifisme comme solution

    Militant pacifiste palestinien, Ali Abu Awwad lutte pour une solution à deux états.

    Une des façons d’agir de manière la plus juste pour nous [les Palestiniens], c’est en faisant de la non-violence notre identité, car nous n’avons pas d’état et le monde entier nous critique si l’on résiste militairement. » C’est la conviction d’Ali Abu Awwad, fondateur de l’association palestinienne pacifiste Taghyeer. Né près de Hébron, en Cisjordanie, il y habite toujours « entouré de grillages et de checkpoints où personne ne peut se déplacer librement ou travailler ».

    C’est pour lutter contre cette réalité qu’il crée Taghyeer (changement en arabe), pour promouvoir une solution non-violente à la guerre Israélo-palestinienne. « Je ne veux pas résister à l’occupation, je veux y mettre fin. Pour cela, il faut une action stratégique qui donnera à mon peuple sa liberté. » Il défend donc une solution à deux états, avec une reconnaissance mutuelle et la libre circulation des populations « pour que les deux peuples puissent vivre libres et en sécurité sur cette terre ».

  • Une marche citoyenne pour la Palestine s’élance depuis la Busserine

    Une marche citoyenne pour la Palestine s’élance depuis la Busserine

    Une quinzaine de citoyens organisent, à partir de samedi, une marche citoyenne pour « l’égalité, la liberté et la justice » du peuple palestinien, et de tous les autres. Le départ est prévu à Marseille, depuis la gare de la Busserine (14e), et l’arrivée à Paris, le 29 novembre, où une manifestation nationale est organisée à l’occasion de la journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.

    Objectif : inviter tous ceux qui le souhaitent à se mettre en mouvement pour rencontrer des personnes qui ne sont pas encore sensibilisées au respect du droit international, humanitaire et humain, dans des espaces politiques, culturels, cultuels, juridiques, de santé ou d’enseignement.

    Concrètement, en passant Marseille, Martigues, Port-de-Bouc, Fos-sur-Mer, Arles, Tarascon, Avignon, Montélimar, Valence, Saint-Etienne, Lyon, Vaulx-en-Velin, Melin puis Paris, les marcheurs iront à la rencontre d’acteurs de tous les domaines pour aborder, avec eux, la question de la Palestine et du droit international.

    L’épopée, définie comme « citoyenne, transpartisane, laïque et non violente » portera quatre revendications essentielles : le droit des Palestiniens à « l’autodétermination », « la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid », l’exigence de « sanctions pour Israël » et l’application d’un « cessez-le-feu définitif ». Depuis les attentats du 7 octobre 2023, plus de 69 000 personnes sont mortes à Gaza, selon le ministère de la Santé local. Un accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre 2025.

    Itinéraire du samedi

    La marche partira à 8h samedi de la gare de La Busserine avec une première étape en train jusqu’à la gare Saint Charles (1er). A 8h45 depuis Noailles (1er), les marcheurs rejoindront la Joliette (2e), puis Arenc EuroMed (2e), avant une nouvelle étape en train jusqu’à Couronne, avec une arrivée prévue à 13h30. Les militants « apartisans » reprendront lla marche pour rejoindre Martigues, où ils déjeuneront, avant de rejoindre Port-de-Bouc puis Fos-Sur-Mer, à 19h, où ils passeront leur première nuit.

    Inscriptions : marchepalestine2025@gmail.com, @marchepalestineparis
    ou 07.46.40.45.05

  • [Entretien] Claire San Filippo : « Les conditions de vie à Gaza demeurent catastrophiques »

    [Entretien] Claire San Filippo : « Les conditions de vie à Gaza demeurent catastrophiques »

    Malgré l’annonce, le 10 octobre dernier, d’un cessez-le-feu conditionné, notamment, à la libération des derniers otages israéliens, la guerre se poursuit dans la bande de Gaza. Les bombardements ont déjà fait plus de 200 morts. Israël accuse le Hamas d’avoir restitué trois corps qui ne sont pas ceux d’otages enlevés le 7 octobre 2023. Le mouvement islamiste palestinien a, jusqu’à ce dimanche soir, restitué les dépouilles de 17 des 28 otages décédés, qu’il a accepté de remettre dans le cadre d’un accord de trêve négocié par les États-Unis avec Israël. Conformément à cet accord, pour chaque Israélien rendu, Israël a remis 15 corps de Palestiniens morts pendant la guerre, soit un total de 225.

    La Marseillaise : Un cessez-le-feu est censé être en place dans la bande de Gaza, mais les frappes israéliennes se poursuivent. Quelles sont les remontées de vos équipes ?

    Claire San Filippo : Le cessez-le-feu est indispensable, vital, dans la bande de Gaza, mais il reste extrêmement fragile. Le 29 octobre, nos équipes ont soigné des patients gravement blessés lors d’attaques menées par des forces israéliennes dans diverses structures de santé, notamment les hôpitaux d’Al-Aqsa, de Nasser et d’Al-Shifa. Depuis le début du cessez-le-feu, d’après le ministère de la Santé, plus de 211 personnes ont été tuées. Elles viennent s’ajouter à un bilan humain qui est absolument effroyable : plus de 68 000 personnes ont été tuées, 170 000 ont été blessées. Ces chiffres ne comprennent pas les personnes qui restent encore malheureusement sous les décombres, ni celles décédées faute d’accès aux soins. Derrière ces chiffres, il y a des individus, des vies qui sont détruites, des familles qui sont déchirées et un impact psychologique absolument dramatique. La bande de Gaza est détruite à plus de 90%, c’est inimaginable. Plus de 90% de la population a été déplacée à un moment ou à un autre et continue d’être privée de tout : d’un accès à l’eau, de quantité de nourriture suffisante, d’accès aux soins de santé, d’un logement sûr, digne, salubre, ce qui est particulièrement important alors que l’hiver approche à grands pas. Les personnes sont entassées dans des tentes de fortune, dorment à ciel ouvert ou au milieu de décombres, d’ordures, d’égouts. Plus de 70% de nos consultations, dans le sud, sont liées à des maladies qui sont directement en lien avec ces conditions de vie qui demeurent absolument catastrophiques.

    Quelles sont ces maladies qui se propagent ? Comment le système de santé peut-il y faire face ?

    C.S.F. : Ce sont des maladies cutanées, comme la gale par exemple, des maladies respiratoires, en augmentation avec le début de l’hiver, mais aussi des maladies gastro-intestinales, qui sont très liées à la destruction du système d’approvisionnement en eau et des systèmes d’assainissement. À MSF, on a traité plus de 78 000 cas de diarrhée au cours des deux dernières années, dont 24 000 depuis le mois d’avril 2025. Les Nations Unies avaient confirmé, le 22 août dernier, une situation de famine. Depuis l’annonce du plan américain, il y a une nette amélioration sur les marchés, avec la possibilité d’acheter des fruits, des légumes, du gaz domestique, mais ça ne résout pas le problème. La question nutritionnelle se pose aussi pour les quelque 170 000 blessés, parce qu’évidemment, la guérison nécessite un apport calorique important. Le manque d’accès à l’eau et d’hygiène de bases provoque des infections qui sont normalement évitables, mais sont aujourd’hui courantes à Gaza.

    L’aide humanitaire a-t-elle pu enfin entrer ?

    C.S.F. : On ne constate pas d’amélioration suffisante. Notre préoccupation majeure, c’est qu’à l’approche de l’hiver, s’il n’y a pas une amélioration immédiate, significative et massive de l’approvisionnement et de l’entrée de l’aide humanitaire, le risque de décès lié à des maladies évitables va être très élevé. Depuis le début de ce conflit, les autorités israéliennes ont apposé des blocages significatifs persistants face à l’entrée de l’aide humanitaire à toutes les étapes du processus d’approvisionnement, qui est extrêmement bureaucratique, qui manque de clarté et de cohérence. MSF exhorte les autorités israéliennes à laisser immédiatement entrer l’aide humanitaire en masse et de manière durable pour pouvoir répondre aux besoins qui sont absolument énormes.

    La Fondation humanitaire de Gaza (GHF organisation privée soutenue par Trump et Netanyahu) s’est dit prête à reprendre les distributions d’aide alimentaire. Cela vous inquiète ?

    C.S.F. : La GHF était tout sauf une organisation humanitaire. Elle a mis en place, dans la bande de Gaza, un système de violence institutionnalisé, de famine et de déshumanisation. En juin et en juillet dernier, sur une période de sept semaines, nous avons reçu dans nos deux centres de santé seulement quelque 1 380 blessés qui arrivaient des soi-disant sites de distribution alimentaire de cette fondation humanitaire, dont 28 cadavres. La situation était absolument catastrophique et nous avons appelé, avec toutes les autres organisations humanitaires et les agences de l’ONU, à la fermeture immédiate de la GHF, qui envoyait les gens à la mort. Pour nous, c’était des massacres orchestrés. Il est indispensable que tout plan futur de l’organisation du système humanitaire soit sous la houlette des Nations unies, dont l’expertise et l’expérience n’est pas à démontrer, et en aucun cas soit militarisée comme la GHF.

    Quinze membres de MSF ont été tué à Gaza depuis deux ans. Des enquêtes sont-elles en cours ?

    C.S.F. : Plus de 1 700 membres du personnel soignant est décédé à Gaza. Ce chiffre est effroyable et effrayant. Le décès d’un membre du personnel de santé, c’est une perte irréparable pour sa famille, ses proches, mais c’est aussi une perte pour l’ensemble du système de santé et pour la population gazaouie. On a vu, pendant cette guerre, que les structures de santé ont été ciblées, bombardées, de nombreux raids ont eu lieu. Des personnels soignants ont été et continuent d’être détenus, y compris sans avoir été inculpé. Aujourd’hui près de 16 000 patients sont en attente d’évacuation médicale vers d’autres pays, parce que ne pouvant pas être traités à Gaza, où seuls 14 des 36 hôpitaux sont encore ouverts. Les structures sanitaires sont submergées par un nombre très élevé de patients, qu’ils soient blessés, brûlés, polytraumatisés. À MSF, 15 de nos collègues ont été tués par les Israéliens depuis le début du conflit. Les mots me manquent pour décrire l’impact que cela a sur leurs familles, leurs proches, ainsi que les équipes. Le 2 octobre dernier, nous avons perdu deux de nos collègues dans une frappe aérienne israélienne. Ils venaient d’arriver dans une zone qui était censée être sûre après avoir fui la ville de Gaza suivant l’ordre d’évacuation des Israéliens. Ils ont été tués en attendant le bus pour se rendre sur leur lieu de travail dans l’hôpital de MSF. Ils étaient ergothérapeutes et kinésithérapeutes. Leur décès a évidemment eu un impact énorme sur ces activités qui sont absolument cruciales dans ce conflit.

  • Une soirée en soutien à la Coopérative agricole Retaj, située en Cisjordanie

    Une soirée en soutien à la Coopérative agricole Retaj, située en Cisjordanie

    La soirée était prévue avant même que le Hamas et Israël ne signent une première phase d’accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza. Ce jeudi soir, dès 18h30, dans ses locaux du Cours Forbin, le PCF co-organise une soirée en solidarité avec le peuple palestinien. Plus particulièrement, en soutien à la Coopérative agricole féminine Retaj, originaire de Cisjordanie. L’association Stop Arming Israël, qui entretient des relations étroites avec la coopérative, est à l’origine de la tenue de cet événement. « Si l’on se réjouit des avancées qui se font pour une possible paix, on veut tout de même alerter sur la situation de la population palestinienne et encourager la population à participer localement pour soutenir cette cause (…) surtout, à participer au désarmement d’Israël », souligne Claude Jorda (PCF), élu d’opposition au Collectif Citoyen Gardanne Biver (CCGB). Au programme de cette rencontre ouverte à tous donc, une visioconférence entre le public et les fondatrices de la Coopérative agricole Retaj, ainsi qu’une diffusion de « photos récentes rendant compte du nettoyage ethnique ». Puis une sensibilisation aux différentes « formes de résistances populaires » palestiniennes sera présentée au cours de la soirée. La rencontre se conclura par une lecture de poèmes palestiniens, traduits en français. Un buffet au prix libre sera ensuite servi. Les bénéfices seront reversés en solidarité à la Coopérative agricole Retaj.

  • Isaline Choury libérée par l’armée israélienne

    Isaline Choury libérée par l’armée israélienne

    Sa détention avait provoqué une vague de solidarité en Corse et bien au-delà. Fille du militant Maurice Choury, Isaline incarne une filiation militante profondément ancrée dans la mémoire collective. Comme sa tante, elle affirme que « résister, c’est vivre » : un engagement qu’elle prolonge aujourd’hui en portant haut les valeurs de liberté et de justice.

    La mobilisation n’a pas faibli durant sa captivité. En Corse, de nombreuses voix se sont élevées pour exiger sa libération, parmi lesquelles celles d’élus, d’associations et de citoyens. La publication d’une chronique spéciale sur la marseillaise.fr, à l’initiative de notre association Kallisté, a contribué à amplifier cette mobilisation. Cette visibilité médiatique et citoyenne aura sans nul doute pesé dans la décision rapide des autorités israéliennes.

    Dignité humaine

    Libérée, Isaline Choury réaffirme par son engagement que la solidarité ne connaît ni frontières ni blocus face à l’oppression. Son nom, indissociable de celui de Danielle Casanova, rappelle qu’en Méditerranée comme ailleurs, la lutte pour la liberté et la dignité humaine se poursuit avec la même conviction : aucune mer, aucune frontière, ne peut empêcher la fraternité entre les peuples.

  • [Chronique corse] Isaline Choury, arrêtée par l’armée israélienne

    [Chronique corse] Isaline Choury, arrêtée par l’armée israélienne

    Isaline Choury, militante corse, nièce de la résistante Danielle Casanova, a été interpellée par l’armée israélienne alors qu’elle participait à une mission humanitaire à bord du bateau Conscience, l’un des navires de la Flottille de la Liberté pour Gaza.

    Membre du collectif Corsica Palestina, Isaline Choury participait à cette flottille civile qui avait pour but de briser le blocus imposé à la bande de Gaza et d’acheminer une aide humanitaire symbolique.

    Le Conscience a été intercepté le 8 octobre en mer Méditerranée par la marine israélienne. Un épisode qui, par la force du symbole, ravive l’écho d’un nom inscrit dans l’histoire de la Résistance.

    Car le nom d’Isaline Choury ne laisse pas indifférent. En tant que nièce de Danielle Casanova et fille du militant Maurice Choury, elle incarne une filiation militante qui traverse les générations.

    Lors de la rencontre organisée à Marseille le 14 mai dernier par le gouverneur militaire, La Marseillaise et notre association, consacrée à la mémoire de sa tante, nous avions pu mesurer combien cette héritière de la Résistance porte haut les valeurs de liberté et de solidarité.

    Solidarité entre les peuples

    Aujourd’hui, c’est au nom de ces mêmes valeurs qu’elle s’est engagée dans cette action humanitaire, convaincue que la solidarité ne s’arrête pas aux frontières et que la lutte contre l’oppression est universelle. « Ma tante est morte pour la liberté, disait-elle. Comment pourrais-je rester silencieuse face à l’injustice?»

    « Résister, c’est vivre » : la devise de Danielle Casanova semble aujourd’hui résonner jusque sur les flots de Méditerranée, où sa nièce, fidèle à cet héritage, continue d’affirmer qu’aucune mer, aucune frontière, ne saurait empêcher la solidarité entre les peuples.

  • Drapeau palestinien : Sylvain André et René Revol menacés

    Drapeau palestinien : Sylvain André et René Revol menacés

    Vendredi 26 septembre, René Revol, maire insoumis de Grabels, excédé par la haine dont il est victime, a partagé une partie des messages et commentaires reçus depuis qu’il a accroché le drapeau palestinien sur la façade de sa mairie pour que « chacun puisse en être juge ». « Sale fdp anti France, que le karma te rattrape petite m…, honte à toi sale débris », « un petit accident mortel pour Tous ces maires pro Hamas ce serait pas mal », « guignol » ou encore « terroriste », peut-on lire parmi ces messages.

    « J’ai décidé de porter plainte. La violence verbale et la haine n’ont pas leur place dans notre vie démocratique. Notre commune doit rester fidèle à ce qui fait sa force : la solidarité, les valeurs d’humanité et l’ouverture internationale », a prévenu le maire insoumis, qui a reçu de nombreux soutiens à l’image du maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS).

    Braun-Pivet interpellée

    Du côté de Cendras dans le Gard, Sylvain André (PCF) a bloqué les commentaires sur ses comptes personnels mais il a tout de même vu passer de nombreux messages haineux dans les commentaires d’articles de presse. « Il y en a un qui a dit : “Qu’on le brûle !” Je ne sais pas s’il parlait du drapeau ou du maire… J’ai aussi appelé Ici Gard Lozère pour leur faire retirer un commentaire menaçant », témoigne-t-il. L’affaire a pris de l’ampleur lorsque le député d’extrême droite (UDR) Alexandre Allegret-Pilot s’est filmé en pleine nuit enlevant le drapeau. « J’ai constaté que cet acte avait désinhibé les gens qui se sentent tout permis. J’ai même eu des attaques sur mon physique », ajoute Sylvain André.

    Depuis, le maire de Cendras qui est également le président de l’association des maires ruraux du Gard, a reçu de nombreux messages de soutien. « À travers cet acte illégal, l’extrême droite et ses alliés, de par leurs actions diverses, se rangent du côté d’une politique génocidaire. Nous dénonçons cette action et nous apportons tout notre soutien à la mairie de Cendras, ainsi qu’à son maire, qui subit depuis une déferlante de haine et de racisme sur les réseaux », a par exemple réagi le Collectif alésien de solidarité avec la Palestine.

    Les députés du groupe de la gauche démocrate et républicaine se sont également fendus d’un communiqué pour s’indigner « suite au comportement délictueux d’un député d’extrême droite ». « Un député ne peut se substituer à l’autorité publique ni encourager à commettre des actions illégales […]. En agissant ainsi, le député Alexandre Allegret Pilot s’est substitué à l’autorité compétente et a créé un trouble à l’ordre public en s’octroyant un pouvoir qui ne lui appartient pas », ajoutent-ils. Ils annoncent aussi avoir écrit à la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet pour lui demander que le Bureau soit « très rapidement saisi de cette affaire afin d’examiner la réponse appropriée à apporter à ce comportement grave et dangereux ». De son côté, Sylvain André a déposé un signalement au procureur de la République.

  • Mobilisation pour le droit international à Martigues et Marseille

    Mobilisation pour le droit international à Martigues et Marseille

    L’arraisonnement des bateaux de la flottille pour Gaza en eaux internationales est un acte de piraterie selon le droit international » fustige le représentant du Collectif Palestine de Martigues, Thierry Louchon, devant les militants rassemblés sur la place Jean-Jaurès, ce jeudi soir. La nouvelle de l’interception de bateaux de la flottille Global Sumud par l’armée israélienne ne passe pas, alors que « ces bateaux sont partis de plusieurs ports européens pour apporter de l’aide humanitaire et des médicaments », rappelle l’organisateur du rassemblement.

    Ça ne passe pas non plus pour le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, qui a écrit à Emmanuel Macron dès l’annonce de l’arraisonnement, jeudi matin. L’adjointe (PCF) Nathalie Lefebvre a été le porte-voix de cette initiative, faisant part de « la plus profonde indignation face aux interpellations contraire au droit, qui criminalisent la solidarité », « alors que la France vient de reconnaître l’État de Palestine, elle doit garantir la protection des flottilles humanitaires, demander la levée du blocus de Gaza et prendre des sanctions » contre Israël.

    « Envoyer la marine de l’ONU »

    La même indignation se retrouve dans les paroles des deux responsables politiques présents. Pour Frédéric Grimaud (LFI), « la couverture médiatique est nulle alors que la justice internationale a délivré des mandats d’arrêt pour crime contre l’humanité et alors que la famine a officiellement été déclarée en Palestine. La France a reconnu l’État, mais ça ne sert à rien sans actes ». Axel Samuel, du PCF, demande à ce que « la France agisse au niveau diplomatique. Il faut convoquer une assemblée générale de l’ONU, faire voter une aide humanitaire d’urgence et proposer l’envoi de marines volontaires pour assurer l’acheminement sous mandat international ». à Marseille, plusieurs centaines de personnes se sont réunies devant la préfecture.