Tag: mobilisations

  • [Grève dans l’éducation nationale] à Marseille, les lycéens toujours mobilisés

    [Grève dans l’éducation nationale] à Marseille, les lycéens toujours mobilisés

    En première ligne depuis le début du mouvement, lancé le 5 mars, les lycéens ne s’essoufflent pas. Déterminés à défendre la qualité de leurs enseignements et les conditions de travail de leurs professeurs, ils prendront part, ce mardi, aux mobilisations organisées dans le cadre de l’appel de l’intersyndicale (FSU, Unsa Éducation, CFDT Éducation formation et recherche publiques, CGT Educ’Action et Sud Éducation), lancé le 20 mars.

    En proie à d’importantes coupes budgétaires, impliquant notamment la suppression de 4 000 postes dans l’éducation nationale, le secteur de l’enseignement est poussé à de sérieuses restructurations à la rentrée 2026. Dans le cas des lycées, c’est d’abord le nombre d’heures d’enseignement délivré qu’on menace de réduire, avec 22 établissements publics concernés dans les Bouches-du-Rhône, dont 11 à Marseille. « Certains de mes proches vont être directement impactés par cette politique d’austérité, s’inquiète Gwendal, élève de terminale au lycée César-Baldaccini (7e) et membre du Mouvement national lycéen 13 (MNL). Des spécialités doivent être supprimées, comme humanité, littérature ou philosophie. C’est triste que les générations futures n’aient pas accès aux dispositifs que nous avons connus nous. »

    D’après un communiqué de Sud éducation, publié le 9 mars, ce sont 80 heures qui devraient être perdues au lycée Nelson-Mandela (12e), 180 heures à Jean-Perrin (10e), 146 à Marie-Curie (5e), 100 à Montgrand (6e), 80 à Diderot (13e) ou encore 77 à Saint-Charles (1er).

    Luc, entré au MNL 13 au début du mouvement et élève de première à Saint-Charles, est, lui, directement concerné par ces importantes baisses de moyens : « 77 heures (…), c’est un énorme impact sur la qualité de l’enseignement qui est donnée. Par exemple, dans les classes de spécialité, qui sont les cours les plus importants, aujourd’hui on est 25 élèves. L’année prochaine, avec ces baisses de dotations, on sera 35 par salle. » Et Gwendal d’ajouter : « Notre objectif est d’élargir le plus possible la lutte, à la fois au niveau national, pour que d’autres lycées nous rejoignent, mais aussi aux autres institutions du service public. Nous nous sommes déjà unis avec certains étudiants postbac. » Le MNL 13 annonce une série d’actions organisées sur les deux prochaines semaines, qui ne prendront pas forcément la forme de blocus.

  • [Entretien] Vincent Arcusa : « Être un lieu de ressource, de vigilance, d’émancipation »

    [Entretien] Vincent Arcusa : « Être un lieu de ressource, de vigilance, d’émancipation »

    La Marseillaise : Vous teniez votre assemblée générale jeudi. Quels thèmes ont été abordés ?

    Vincent Arcusa : On a notamment présenté l’activité du comité d’action juridique de la Confédération paysanne du Var, qui vient en aide bénévolement aux paysans qui rencontrent des problèmes de cet ordre depuis 13 ans. La confédération nationale soutient d’ailleurs son développement dans tous les départements qui le souhaitent. On a parlé du foncier, problématique récurrente dans le Var, avec la difficulté d’accès pour les porteurs de projet et les enjeux de spéculations et d’opacité dans le fonctionnement des institutions. Le troisième sujet abordé a été la vie syndicale. Quand on fait de grosses mobilisations, il y a du monde, mais sinon, on sent un décalage entre le nombre de présents et d’adhérents, qui est en augmentation. Cette année, on a fait des conseils d’administration délocalisés, thématiques et ouverts pour aller à leur rencontre et entendre ce qu’ils ont à porter. L’idée est d’enclencher plus de proximité et mieux mailler le territoire.

    Vous avez également mis en place un temps d’échange et de formation sur les violences sexuelles et sexistes (VSS), une thématique que l’imaginaire collectif n’associe pas forcément au monde agricole.

    V.A. : À l’échelle du Var, il y a un groupe femmes qui existe en non-mixité, ce qui leur permet de faire des formations et d’aborder ces questions. Au dernier congrès national a été voté un protocole pour traiter les cas de VSS en interne dans le réseau. Avec de la formation, mais aussi d’avoir une ligne téléphonique pour faire intervenir des personnes référentes et traiter localement. Dans cette dynamique, il nous a semblé important de traiter cette question. L’une de nos adhérentes a décidé de passer un diplôme universitaire (DU) en se spécialisant sur la question des VSS en milieu rural. Elle a proposé d’animer un temps de formation et d’échanges. C’est un travail en cours, mais il était très important d’avoir un peu d’information descendante sur le sujet. Nous avons étudié quelques cas vécus par des paysannes. L’objectif était de trouver des moyens d’en sortir. Cela permet collectivement d’être plus attentifs à ces questions et, lors des événements qu’on organise en interne, de mettre en place des protocoles et que ces sujets ne soient pas mis de côté ou niés. Nous sommes désormais davantage capables de repérer et répondre aux cas de VSS.

    Dans un contexte agricole compliqué, entre accord de libre-échange avec le Mercosur et dermatose nodulaire, quels sont vos objectifs pour 2026 ?

    V.A. : Dans un contexte plus large de fascisation des politiques et des médias, notre syndicat va s’atteler à lutter contre la progression de ces idées et défendre nos collègues paysans. Il faut que le syndicat soit un lieu où on peut se retrouver et lutter contre ces mécanismes de domination patriarcale, sur le vivant, sur nos outils de travail. On veut faire vivre ces valeurs-là, pour lesquelles nos adhérents nous rejoignent. 90% des Français soutiennent les agriculteurs. On est une profession qui a une bonne image, car on ne gagne pas bien notre vie et on trime. Derrière, on a un vrai projet politique d’agriculture paysanne, qui n’est pas un projet agricolo-corporatiste : c’est un projet de société. On continuera de lutter en intersyndicale avec les autres corps de métier sur les mobilisations sociales, à s’opposer au RN, à l’extrême droite et toutes ses dérives. On veut être un lieu de ressources, de vigilance et d’émancipation.

  • À Aix, le front associatif veut peser dans le débat municipal

    À Aix, le front associatif veut peser dans le débat municipal

    Entre les stands du marché aux fleurs et les militants en pleine distribution de tracts politique, une vingtaine d’associations enfilent leurs dossards. La Cimade, le Secours populaire français, ATD Quart-Monde, la Ligue des droits de l’Homme… Elles sont vingt, engagées dans l’humanitaire et la défense des droits humains, à se mobiliser ce samedi pour demander aux candidats d’intégrer des mesures de solidarité à leur programme et les interpeller sur la place accordée à ce sujet dans leur campagne.

    L’action double un courrier déjà envoyé aux cinq candidats en lice pour les municipales des 15 et 22 mars à Aix-en-Provence. « On les invite à nous faire part de la place de la solidarité dans leur programme de façon concrète, sur un certain nombre de questions que l’on envisage de leur poser, par écrit, mais aussi au travers d’un débat qu’on les invite à organiser », précise Guy Laudren, en charge de l’antenne locale de la Cimade. Deux candidats auraient déjà répondu « favorablement » selon les associations : Mounir Ben Ammar (Rev) et Marc Pena (Aix Avenir). L’initiative part d’un constat : « Rapidement, sur des valeurs communes, on a trouvé une quinzaine de revendications partagées, basées sur ce que l’on considère comme insuffisant de la part de la municipalité en place. Que ce soit la question du logement, du travail collaboratif avec les associations, on a de grosses difficultés avec la dématérialisation et la municipalité à un rôle à tenir. Les associations de protection des femmes ont aussi besoin d’être aidées… », énumère Guy Laudren.

    « Beaucoup à faire »

    L’initiative est assez nouvelle pour ces associations mobilisées. « Je n’ai pas le souvenir qu’on se soit organisé comme cela pour les précédentes municipales, mais il se trouve qu’on travaille ensemble et qu’on a eu envie de faire quelque chose en commun », souligne Martine Herbomez pour ATD Quart-Monde. Pour cette militante, la priorité, pour le prochain mandat, est celle du logement : « Sur cette question, on ne fait pas suffisamment à Aix, alors qu’on a probablement les moyens (…) C’est un choix que font les municipalités, qui sont obligées de réaliser 20% de logement social, mais préfèrent, pour beaucoup, payer une amende. » Pour la militante d’ADT Quart Monde, « il y a beaucoup à faire sur la précarité ». Chaque association a sa requête. « Nous avons deux propositions : recréer la Maison des associations, et un rendez-vous annuel pour faire le point sur ces questions – là », propose Dominique Bruandet, pour le Collectif Agir.

    « On existe, on est là, nos besoins sont multiples. Une aide financière et matérielle est nécessaire pour exercer pleinement notre activité », insiste Didier Blachère, pour le Secours Populaire Aixois.

    « Si on considère qu’Aix-en-Provence est une ville riche et qui se gentrifie, la réalité est qu’il y a une grande précarité avec une population étudiante qui souffre », dépeint Chantal Soubias, bénévole dans la même association. À suivre, donc…

  • « L’extrême droite veut plonger le pays dans la guerre civile »

    « L’extrême droite veut plonger le pays dans la guerre civile »

    La Marseillaise : Demandez-vous l’interdiction de la marche suite à la mort de Quentin Deranque qui se déroule ce samedi à Lyon ?

    Manuel Bompard : Évidemment que je demande son interdiction. La marche à Lyon n’a rien d’un hommage. Un hommage serait légitime mais il s’agit là de faire une démonstration de force de groupes fascistes, néonazis, violents, racistes et antisémites. La presse fait d’ailleurs état du fait que plus de 1 000 militants d’extrême droite venus de toute l’Europe y sont attendus. C’est un danger pour les habitants, ça serait irresponsable de laisser cette marche s’organiser dans le contexte que l’on connaît. Je constate aussi que même la famille [de Quentin Deranque, Ndlr.] dit qu’elle n’y participera pas et que, quelque part, ça n’a rien à voir avec elle. Qu’on rende hommage à une personne qui vient de mourir, c’est légitime. Mais qu’on en profite pour faire une démonstration de force de l’extrême droite, fasciste, c’est inacceptable. J’appelle le ministre de l’Intérieur à prendre les dispositions nécessaires pour que ça ne puisse pas avoir lieu.

    Il y a des mobilisations antifascistes prévues ce week-end, vous y participerez ? Craignez-vous des menaces contre des militants insoumis ?

    M.B. : Quand on a une quinzaine de permanences parlementaires et locaux de campagne attaqués, une attaque à la bombe, des militants menacés et poursuivis jusqu’à leur domicile personnel… J’appelle d’abord à faire preuve de la plus grande vigilance possible. Et évidemment à ne participer à aucune initiative qui pourrait donner lieu à des scènes de violences. S’il y a des protestations pacifiques, démocratiques, elles sont les bienvenues. Mais je vois bien comment une partie de la classe politique française, de l’extrême droite en particulier, a l’intention de plonger notre pays dans la guerre civile. Il faut faire preuve du plus grand sang froid et ne céder à aucune provocation. Je considère qu’on est dans un contexte qui n’est pas digne d’une démocratie qui fonctionne bien. Les pouvoirs publics, les autorités doivent garantir la capacité de chacun d’exprimer ses idées. Et cesser l’instrumentalisation honteuse et ignoble à laquelle ils participent depuis des jours. Il y a une responsabilité absolue du gouvernement qui a bazardé, en une semaine, tous les principes de l’État de droit : il n’y a plus de séparation des pouvoirs, d’indépendance de la justice, de secret de l’enquête, plus de secret de l’instruction… Il faut qu’ils se ressaisissent et qu’ils fassent en sorte que tout le monde puisse défendre ses idées, faire campagne, sans risquer de se faire agresser, intimider ou tabasser dans la rue.

    Quelles conséquences internes au sein du mouvement ? Raphaël Arnault est-il maintenu à LFI ? Sera-t-il présent sur une liste pour les municipales à Avignon ?

    M.B. : Il est actuellement menacé dans tous le pays et dans toute l’Europe. Il n’est absolument pas question qu’il soit démis de ses fonctions. Pour sa participation à une liste à Avignon, il faudra lui poser la question. Pour l’instant, une enquête est en cours, il faut attendre qu’elle aille à son terme et ne pas faire d’accusations hâtives. Un des deux collaborateurs qui avait soi-disant une responsabilité dans ce drame a été relâché et ne fait l’objet d’aucune poursuite. Et pour le deuxième, si j’en crois les propos du Procureur ce jeudi, il n’est pas accusé d’avoir une responsabilité directe dans la mort de cette personne. C’est à la justice de déterminer les circonstances des uns et des autres. Pas aux groupes d’extrême droite sur les réseaux sociaux, ni aux médias qui en relaient les accusations.

    Vous dénoncez une instrumentalisation, entendez-vous ceux qui demandent une clarification de LFI ?

    M.B. : Absolument pas. Mes propos sont très clairs depuis le début : je condamne absolument le fait qu’on frappe un homme à terre, je suis en désaccord avec ce qu’il s’est passé. De quelle clarification supplémentaire y a-t-il besoin ?

    Vous craignez que ça enterre de possibles unions avec les autres forces de gauche, au second tour des municipales ?

    M.B. : Ça dépend lesquelles. J’ai enregistré avec une grande satisfaction les déclarations du président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, Stéphane Peu. J’ai vu les réactions de Sandrine Rousseau, d’Elsa Faucillon, celle de Marine Tondelier qui est d’une clarté totale. C’est un certain nombre, à mon avis minoritaire, des dirigeants politiques de gauche qui perdent leurs repères quand ils mettent sur le même plan le fascisme et l’antifascisme. Il y a une différence fondamentale qu’il faut rappeler : le jour où il n’y a plus de fascistes, il n’y a plus d’antifascistes mais le jour il n’y aura plus d’antifascistes, malheureusement il y aura encore des fascistes.

  • Les facteurs en grève à Avignon contre une réorganisation qui « dégrade le service »

    Les facteurs en grève à Avignon contre une réorganisation qui « dégrade le service »

    C’est le troisième mouvement de grève depuis juillet dernier contre la réorganisation du service de distribution de lettres et colis, mise en place en mai dernier, qu’a organisé le syndicat Sud PTT ce mercredi 4 février devant le centre de tri de Courtine, à Avignon.

    Et ils étaient une trentaine de facteurs, sur 49 au total, à s’être mobilisés devant le portail de l’établissement de La Poste dans la matinée. « Voilà bientôt huit mois qu’une réorganisation inique a été mise en place au service de la distribution des lettres et colis d’Avignon. Résultat : une qualité de service fortement dégradée, des restes accumulés quotidiennement, des conditions de travail fortement détériorées », précise le syndicat. Des négociations se sont tenues ce vendredi 31 janvier avec la direction, sans succès.

    Demandes persistantes

    Les demandes du syndicat restent globalement les mêmes depuis les premières mobilisations en juillet. À savoir « la réinjection de moyens supplémentaires (8 facteurs colis/courrier), l’arrêt du management toxique, une réfection complète du bâtiment permettant aux agents d’exercer leurs activités sereinement », précisent-ils. Les grévistes réclament aussi « le retour des facteurs sur le site de Kennedy permettant ainsi une proximité avec les usagers ». Ce centre se situait à proximité de l’agence de la rue de la République, en intra-muros de la cité des Papes. « En début de conflit, après la grève, on a l’impression que ce déménagement était une punition », glisse Noémie Leblanc, secrétaire adjointe de Sud PTT 84. Elle conclut en soulignant que « le maintien de ce service public à Avignon et en périphérie repose uniquement sur l’implication et le professionnalisme des facteurs » et que « les usagers sont impactés de plein fouet ».

    Contacté par La Marseillaise, le groupe La Poste assure qu’une nouvelle direction a été mise en place « depuis le début du mois » et affirme avoir engagé plusieurs actions, comme l’intégration de neuf personnes en CDI qui « terminent actuellement leur formation », une étude sur le réaménagement des surfaces en concertation avec les postiers et l’initiation de groupes d’échanges « dans chaque équipe pour travailler au plus près du terrain, à la recherche de solutions et à l’amélioration des conditions de travail ».

  • Narcotrafic, logement et agriculture au menu du préfet de Vaucluse

    Narcotrafic, logement et agriculture au menu du préfet de Vaucluse

    Malgré un « horizon un peu bouché », le préfet de Vaucluse, Thierry Suquet, n’a, lors de ses vœux aux personnalités du département ce mardi 13 janvier en début de soirée, pas manqué d’évoquer les nombreux projets lancés sur le territoire.

    Lors de son discours, après avoir rapidement évoqué les réussites de 2025 comme le Festival d’Avignon, le passage du Tour de France ou encore l’arrivée des nouveaux avions de chasse Rafale à la base aérienne d’Orange, il a notamment appuyé sur la lutte contre le narcotrafic comme première « priorité de l’État pour 2026 ».

    « Je suis sensible au fait que ce n’est pas seulement un problème de sécurité, c’est vraiment un problème de société », a-t-il ainsi lancé. Évoquant que la problématique a été évoquée lors des vœux des maires auxquels il a assisté ces dernières semaines, il estime que « c’est une bonne chose que cette prise de conscience se fasse sur l’ensemble du territoire ». Et assure que l’État a notamment « investi de façon importante dans les outils juridiques » à sa disposition, citant comme « exemple concret » les fermetures « d’un certain nombre d’établissements qui perturbent la vie quotidienne ».

    « La ville sur la ville »

    « Mais la sécurité n’est pas notre seule priorité », embraye-t-il immédiatement, affirmant que « sur le plan agricole, écologique et économique, l’État pense qu’il doit se rendre en soutien à une transition adaptée aux réalités locales ». Il souhaite ainsi continuer à « soutenir le développement d’une agriculture nourricière », sans évoquer que les syndicats d’agriculteurs enchaînent les mobilisations devant la préfecture ces dernières semaines. Un maintien de l’agriculture qui « passe aussi par la préservation des terres agricoles ». À concilier donc également avec « l’enjeu logement » et le travail avec les communes sur « la réhabilitation, l’acquisition, l’amélioration et la reconstruction de la ville sur la ville ».

    Il s’est aussi exprimé sur l’hôpital d’Apt, assurant être attentif à la promesse de l’ARS d’injecter 10 millions d’euros pour moderniser le site, qui vient de perdre son service de chirurgie. En fin de propos, il évoque finalement la volonté de décentralisation du Premier ministre Lecornu comme une « opportunité à saisir collectivement » et estime « qu’il faut être exigeant avec l’État dans ce domaine ».

  • [Entretien] Gérard Noiriel : « Les conservateurs utilisent l’histoire à des fins politiques »

    [Entretien] Gérard Noiriel : « Les conservateurs utilisent l’histoire à des fins politiques »

    La Marseillaise : Vous tenez
    à Marseille une conférence théâtralisée sur l’histoire du racisme, que vous organisez depuis une dizaine d’année. Pourquoi est-il encore important de rappeler l’histoire de cette idéologie
     ?

    Gérard Noiriel : Car ce sont des questions qui sont des enjeux civiques pour la société française d’aujourd’hui. C’est important parce que ça fait longtemps que je travaille sur les questions [de racisme et d’immigration] et j’ai le sentiment que nos recherches n’atteignent pas un grand public. J’ai créé cette association d’éducation populaire pour aller à la rencontre des gens qui ne lisent pas nos livres et pour rappeler l’histoire du racisme, ses discours de haine et aussi d’attirer l’attention sur les changements.

    Quels changements ?

    G.N. : Le racisme a évolué, ne serait-ce que parce qu’il y a eu des mobilisations antiracistes qui ont mené à des changements et depuis 1972 une loi qui condamne le racisme. Je ne dis pas ça pour minimiser le racisme actuel, mais pour caractériser ses nouvelles formes. Ce que j’ai aussi montré dans mes travaux, c’est qu’à chaque époque, les dominants, les réactionnaires, les conservateurs savent exploiter les failles du corps d’en face. Ils font des concessions quand ils ne peuvent pas faire autrement, pour reprendre l’initiative. C’est par exemple ce qu’ils ont fait avec le racisme anti-blanc. C’est une forme de réappropriation du thème humaniste de la lutte contre le racisme à des fins réactionnaires et il faut le prendre en compte.

    Pourquoi faire une conférence théâtralisée ?

    G.N. : Quand j’ai commencé ma thèse sur l’histoire de l’immigration, le Front national de Jean-Marie Le Pen était à moins de 5%. Aujourd’hui, le rassemblement national à exploser. Je ne peux pas me dire que je n’ai pas une responsabilité là-dedans, c’est donc ce qui m’a amené à travailler avec des artistes, avec des comédiens, qui eux savent mobiliser le langage des émotions pour convaincre des publics qui ne seront jamais convaincus par des arguments rationnels. C’est un modèle d’action contre le racisme qui n’est pas dans une logique de leçon de morale.

    Pourquoi ?

    G.N. : J’attire l’attention sur ce que j’appelle le racisme de l’intelligence. Les élites, parfois par bon sentiment, se croient souvent supérieures aux classes populaires parce qu’ils ont fait des études et peuvent stigmatiser des comportements populaires. L’extrême droite utilise alors cela en disant « regardez ces antiracistes qui méprisent le peuple ». Je pense que si l’on veut lutter plus efficacement contre le racisme, il faut éviter de donner des armes aux populistes. Surtout que le rapport de force n’est plus en notre faveur, avec Donald Trump aux États-Unis ou en France avec la montée des populistes de l’extrême droite. Il faut donc essayer de prendre du recul pour mieux comprendre les mutations actuelles, et trouver des réponses qui soient plus adaptées.

    Vous présenterez également mercredi à la librairie Maupetit votre nouveau livre, « Le Peuple français, Histoire et polémiques ». Qu’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre ?

    G.N. : Je voulais m’intéresser à qui parle au nom du peuple et pourquoi le peuple ne peut jamais parler à la première personne. Je m’intéresse surtout au rapport entre le présent et le passé. On est dans des sociétés où ce qu’on appelle la mémoire joue un rôle de plus en plus important. La mémoire, c’est l’exploitation du passé à des fins partisanes. C’est-à-dire qu’on va juger pour réhabiliter des gens qu’on veut défendre ou accuser ceux qu’on estime être coupables. C’est pour ça que dans ce livre il y a dix chapitres où à chaque fois j’ai une phrase d’exergue qui montre comment les conservateurs utilisent l’histoire à des fins politiques. C’est un usage mémoriel de l’histoire. À partir de là, je rétablis ce qui nous apparaît comme étant la vérité historique.

    Vous avez un exemple ?

    G.N. : Dans le premier chapitre, je parle d’une formule de Macron [« les gens qui ne sont rien », Ndlr.] qui caractérise le mépris à l’égard des classes populaires. Je montre comment ça s’inscrit dans une très longue histoire du mépris des élites pour les milieux populaires et c’est cela qui nourrit le populisme. Et je montre que la domination des élites sur le peuple s’inscrit dans la longue durée. Je prends des exemples dans la Grèce antique. Les formes changent, mais ce mépris à l’égard du peuple reste.

    Entretien réalisé par Eva Janus

    Conférence théâtralisée sur le racisme, mardi 6 janvier à 17h30
    à L’Alcazar

    Présentation de Le peuple Français, histoire et polémique, mercredi 7 janvier à 17h
    à la librairie Maupetit.

    Le peuple français, aux éditions Taillandier. 21,90 €

  • DNC : la douleur des éleveurs et l’impasse politique

    DNC : la douleur des éleveurs et l’impasse politique

    C’est une colère qui ne cicatrise pas. Une colère rugueuse, enracinée dans la terre comme les bêtes qu’elle défend. Depuis l’été 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) s’est imposée comme un cauchemar pour les éleveurs. Apparue en Savoie avant de gagner le Sud-Ouest, la maladie bovine a entraîné une riposte sanitaire brutale : abattage total du troupeau dès le premier cas, même lorsque les bêtes sont vaccinées. Dans les campagnes d’Occitanie, ce protocole est vécu comme un couperet. Des fermes transformées en friches à bétail, des animaux abattus en masse, des familles économiquement étranglées.

    Alors que le ministère assurait que « l’épidémie est sous contrôle », les blocages ont fleuri : A64 à Carbonne, A75 à Sévérac ou en Lozère, RN88 en Aveyron, préfecture d’Auch. Partout, la même colère : la décision est tombée d’en haut, sans concertation et sans nuance. Les syndicats agricoles – de la FDSEA à la Confédération paysanne – ont fait front commun, revendication assez rare pour être signalée

    L’espoir d’un dialogue s’est rapidement évaporé. Une cellule scientifique était censée réexaminer le protocole. Elle a finalement confirmé l’abattage systématique. Pour beaucoup d’éleveurs, « la porte s’est refermée ». Dans les esprits, le fossé avec l’État s’est encore creusé. À cette violence symbolique s’ajoute une réalité économique : fermes à l’arrêt, trésoreries exsangues, aides jugées dérisoires. Dans le Gers, certains paysans disent vivre avec 300 ou 400 euros par mois. Comment tenir ?

    Un monde paysan

    qui ne veut plus plier

    Au cœur de l’hiver, les barrages ont tenu. « Il n’y a pas de Noël, pas de Premier de l’An ; on sera là », répètent les militants. Les routes du Sud-Ouest gardent les stigmates : pneus brûlés, paille, radars détruits. Les dégâts se chiffrent en millions d’euros. Les élus locaux s’interrogent : qui paiera ? Les communes ? L’État ? Les sociétés d’autoroute ? Mais derrière ces factures se cache surtout un sentiment d’abandon. Car la DNC n’est qu’un révélateur : concurrence internationale, prix tirés vers le bas, accords commerciaux décriés, charges en hausse. La crise sanitaire a simplement mis le feu aux poudres.

    Les scientifiques espèrent une décrue de la maladie, portée par une vaccination massive : dans plusieurs départements, plus de la moitié des bovins sont déjà protégés. Le gouvernement promet qu’« il sera temps de réévaluer » l’abattage lorsque l’immunité collective sera atteinte. Le Cirad a été missionné pour étudier cette piste. Mais pour les paysans, le mal est fait. Certains ont renoncé au Salon de l’agriculture pour protéger leurs bêtes. D’autres ne savent même pas s’ils pourront redémarrer. Et la confiance dans la parole publique est au plus bas.

    2026 ne sera donc pas seulement l’année de la sortie de crise sanitaire. Elle sera celle de la décision : continuera-t-on à piloter l’agriculture depuis les cabinets ministériels, loin des fermes ? Ou acceptera-t-on que les paysans soient des partenaires, pas des variables d’ajustement ? Ce qui est sûr, c’est que les croix blanches plantées le long des routes pour les vaches abattues resteront un symbole.

  • [Rétrospective social 2025 1/2] Mobilisations et victoires au rendez-vous

    [Rétrospective social 2025 1/2] Mobilisations et victoires au rendez-vous

    Une année marquée par un front syndical mobilisé contre les différents budgets austéritaires. Débutée avec François Bayrou comme Premier ministre, l’année commence avec des grèves chez les syndicats des services publics (CGT et FSU notamment) dès février contre ses projets de réformes. Rebelote le 20 mars avec une large intersyndicale appelant à la défense de la Sécurité sociale, à l’initiative des organisations de retraités. Des actions pas que symboliques puisque 2025 marque le 80e anniversaire de la Sécu. Et le 3 avril, les syndicats de l’État, se remettent en grève à l’appel de la CGT, l’Unsa, la FSU et Solidaires, toujours pour la défense des services publics sur fond de potentielle casse à venir, alors que François Bayrou prépare des milliers de suppressions d’emplois chez les fonctionnaires. Le début de l’année est donc placé sous le signe de la défense de conquis sociaux principalement. La CGT lance également une alerte sur la destruction de l’industrie française, énumérant les milliers de pertes d’emplois dans le secteur. Le Premier ministre palois joue la montre avec un « conclave » sur la réforme des retraites : un cycle de réunion, qui réunit une partie des syndicats et organisations patronales pendant des mois. Les représentants des travailleurs dénoncent des discussions qui n’aboutissent à rien et quittent peu à peu la table des négociations. Et justement, le 5 juin, le combat contre la réforme des retraites est ravivé avec des mobilisations à l’appel de la CGT. C’est aussi le jour de la niche parlementaire du Parti communiste français où l’abrogation de la réforme de 2023, qui place l’âge de départ à 64 ans, est au programme.

    Un septembre chaud
    Piquet pour le plein d’énergie
    Dans le cadre du mouvement social du 10 septembre, et prévu pour 3 jours, le piquet de grève des énergéticiens de Marseille sur le site du boulevard Gueidon dans le 13e arrondissement aura tenu jusqu’au 18 septembre, où les grévistes gagnent une entrée en négociation sur la base de leurs revendications. Jours et nuits, ils se relaient sur le site et organisent des soirées concert ou projections de films, des repas à partager, et invitent les habitants à un débat pour décrypter leurs factures. « On tient ce piquet de grève depuis le 2 septembre pour revendiquer des hausses de salaires et la baisse des factures d’électricité pour les usagers », explique Renaud Henry, secrétaire général du syndicat CGT Énergie de Marseille. Rechargé à bloc, on le retrouve le 2 octobre perché sur le camion des énergéticiens d’où il lance un discours enflammé sur l’état des services publics en France.
    M.G.
    Le 12 décembre – Pour les salariés de Pamar, la lutte jusqu’à la victoire

    La cour d’appel a confirmé, ce vendredi 11 décembre, la décision du conseil des prud’hommes de réintégrer les employés de la blanchisserie du groupe Sainte Marguerite. Défendus par Me Doudet, les petits salariés obtiennent une victoire juridique qui vient couronner deux ans de lutte, soutenus par la CGT quartiers Nord de Marseille, contre un employeur qui les avait menacé de mort parce qu’ils avaient alerté sur des conditions de travail et d’hygiène indignes. Un marathon juridique et un conflit social exemplaire.

    M.G.

    Le 22 janvier – ArcelorMittal menacé de fermeture

    Alain Le Grix de la Salle, président d’ArcelorMittal France, annonce devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, que « tous les sites européens d’acier sont à risque » de fermeture en 2025.

    Le 22 janvier – Négociations tendues pour les salaires chez Technic Atom

    Devant le site des Milles, plus de 200 salariés ont rejoint le piquet de grève de l’intersyndicale CGT, CFDT et la CFE-CGC. La société spécialisée en réalisation et maintien de réacteurs nucléaires proposait moins de 3% d’augmentation lors des NAO alors que les syndicats en demandaient 4. Ils estimaient : « On génère 90 millions de bénéfices. L’argent est là. On voudrait qu’il profite aux salariés. »

  • La Sécurité sociale défendue coûte que coûte à Marseille

    La Sécurité sociale défendue coûte que coûte à Marseille

    La banderole intersyndicale qui ouvre le cortège de la manifestation marseillaise, ce mardi, adresse un message clair au gouvernement et aux parlementaires qui redébattent du budget de la Sécurité sociale au même moment : « Contre les budgets d’austérité, pour une juste répartition des richesses, pour une retraite à 60 ans ! ». Partis des Réformés en direction de la préfecture en passant par le cours Lieutaud, les quelque 15 000 manifestants, « s’inscrivent dans la droite lignée des deux précédentes mobilisations en septembre et octobre », comme le résume Franck Balliot, cosecrétaire de la FSU 13.

    Si ce n’est pas la foule des grands jours sur la Canebière, reste que la détermination des militants présents ne vacille pas. Et d’autant plus lorsqu’il s’agit de défendre la Sécurité sociale, alias « la Sécu » ou encore « le bien commun », comme l’appelle un bon nombre de manifestants. « C’est ce qui permet de surmonter les crises. On l’a vu pendant le Covid et pendant celle de 2008. Malgré l’attachement des Français, les gouvernements attaquent la Sécu depuis des décennies, petit bout par petit bout. Nous, au contraire, on prône le 100% soins prescrits, 100% soins remboursés », développe Franck Balliot.

    Avec le PLFSS 2026 qui revient sur la table des députés, les militants ont de quoi monter au créneau contre un paquet de mesures jugées plus régressives les unes que les autres. Jean-Marie Angelli, secrétaire général de la CGT CPAM 13 (Caisse primaire d’assurance maladie) en a un exemple : « Revenir sur la prise en charge de certaines maladies, des maladies lourdes. » Et de dénoncer « une ligne rouge franchie ». D’autres manifestants pointent le doublement des franchises médicales ou encore la diminution de la prise en charge de certains médicaments. « Ils font payer aux assurés et aux plus précaires ce qu’ils ne veulent pas chercher chez le grand patronat. Petit à petit, ils font tout pour qu’on se dirige vers la mort de la Sécu », développe-t-il.

    Entre quelques jets de pétards des agents portuaires du GPMM et dockers de Fos, il reste tout de même positif : « En ces 80 ans de la Sécu, heureusement qu’il y a encore des forces vives qui se battent pour elle. » Et de préconiser « un retour à la base » pour le modèle social français. Comprenez par-là « un financement par la cotisation, pour tout le monde, en mettant fin aux exonérations et aux cadeaux fiscaux au grand patronat ».

    Car l’objectif du jour est bien de poursuivre une forme de pression du monde du travail sur les parlementaires et le gouvernement. « On ne veut pas que les économies qui sont prévues se fassent sur le dos des travailleurs, sur le dos des malades, des retraités ou de nos enfants », rappelle Maxime Picard, secrétaire départemental de Solidaires Finances publiques. Il analyse le projet gouvernemental : « Les gouvernements libéraux s’attaquent aux constructions collectives des travailleurs, ce qu’est la Sécurité sociale. Et l’on est sur la même logique : faire payer à certains et pas à d’autres. » En bref, une mobilisation pour défendre un modèle qui protège les plus précaires. Si la trêve des confiseurs approche, un autre rendez-vous est déjà fixé au samedi 6 décembre, pour défendre la prime de Noël à l’appel de la CGT Chômeurs 13.

    « Il y a encore des forces vives qui se battent pour la sécu’ »