Tag: mobilisation

  • Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Une nouvelle fois, Marseille s’annonce comme être l’épicentre de la colère sociale, dans la région, pour ce samedi et « l’acte III » du mouvement social de la jeunesse. De nombreux appels à la manifestation sont relayés sur les réseaux sociaux et font état de plusieurs rendez-vous dans la cité phocéenne, notamment à 14h aux Réformés. Le comité de lutte des étudiants d’Aix-Marseille université, tout comme l’assemblée générale des étudiants ou encore la coordination des Gilets jaunes, partagent le rendez-vous. La fédération des Bouches-du-Rhône du PCF donne rendez-vous à 14h sur les escaliers de la gare Saint-Charles et appelle « les communistes à se retrouver pour un rassemblement en point fixe, dans une zone non concernée par l’interdiction préfectorale ».

    Halloween oblige, certains mots d’ordre tournent autour des déguisements et autres appels nocturnes comme à la Plaine… De quoi faire craindre le pire du côté des forces de l’ordre (lire article ci-contre).

    À la différence du samedi précédent, cette fois, les syndicats locaux ne sont pas organisateurs de la manifestation marseillaise et n’ont pas non plus attaqué l’arrêté préfectoral devant la justice. L’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône ne communique pas sur l’événement. Mais plusieurs organisations de la CGT, comme les Unions locales Marseille Sud, de la Joliette ou encore celle du centre-ville appellent tout de même à la mobilisation. Quand la FSU 13 dénonce un « arrêté liberticide » et appelle à « poursuivre et amplifier les mobilisations », notamment en vue de la grève interprofessionnelle et intersyndicale du 5 novembre. Le syndicat Solidaires 13 adopte la même position que la semaine passée, « en grève et dans la rue », pour cette date.

    Les syndicats présents

    en Vaucluse et dans le Var

    Notons enfin qu’un autre appel à la manifestation est relayé par plusieurs organisations syndicales et progressistes, dont le PCF, pour Aix-en-Provence.

    Dans le Var comme en Vaucluse, les syndicats sont à l’initiative des mobilisations du samedi. Pour le premier département, c’est une intersyndicale CGT, FSU et Solidaires qui a déposé un parcours de manifestation, validé en préfecture et qui s’élancera depuis la Bourse du travail de Toulon (notre article du 30/10). L’intersyndicale étant soucieuse « de ne pas reproduire » la situation de la semaine précédente où la mobilisation avait été ballottée entre interdiction préfectorale et autorisation à la dernière minute après une contestation en justice. Cette fois, et malgré les arrêtés d’interdiction, les Varois pourront bien battre le pavé sereinement.

    En Vaucluse, l’Union départementale CGT, avec Solidaires et FO, appelle à la mobilisation à Avignon, notamment pour faire « face à la criminalisation du mouvement social ». Sur fond de bras de fer avec la préfecture puisque cette dernière juge « cette manifestation illégale » à la suite de la prise d’arrêtés d’interdiction. Et ce malgré la déclaration de la manifestation et des discussions qui n’ont pas pu aboutir à un compromis sur le trajet. « Aucun accord sur un parcours alternatif n’a pu être trouvé », justifie la préfecture. Pas de quoi refroidir les représentants du monde du travail, qui maintiennent bien l’appel à la mobilisation devant la préfecture à 10h et déposent un recours contre ledit arrêté. Plus que ça : une large intersyndicale, avec l’Unsa, la CFDT, la FSU et la LDH dénonce la situation dans un communiqué commun, ce vendredi. Rappelons que la manifestation du 24 octobre s’était globalement déroulée dans le calme pour la Cité des Papes.

    Multiples rassemblements dans les Alpes du Sud

    Du côté des départements des Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes, pas de gros point de rendez-vous, mais une multiplication de mobilisations et pas d’interdiction de manifester. On recense au moins quatre appels aux rassemblements pour le premier département, mais une seule manifestation est déclarée : à Barcelonnette par la CGT, FSU et Solidaires. Plusieurs ronds-points sont ciblés comme à Digne-les-Bains et Forcalquier ou la place de la République de Sisteron, dès le matin. Principe similaire pour les Hautes-Alpes avec deux appels à la mobilisation, à Gap et Briançon, à 14h.

  • La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    Les colères ne sont pas près de s’éteindre sur le terrain social et les interdictions de manifester et autres couvre-feux n’y font rien. Les jeunes sont décidés à maintenir la pression sur le gouvernement et le chef de l’État, Emmanuel Macron.

    Ce dernier a fini par vaciller : Après plus d’un mois de blocus, le gouvernement a annoncé lundi 26 octobre plusieurs mesures pour tenter d’éteindre le mouvement de contestation des lycéens et des étudiants, dont le remplacement en 2028 de la plateforme d’orientation post-bac Parcoursup. Insuffisant pour l’organisation syndicale Mouvement lycéen : « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas », a-t-elle réagi mardi 27 octobre dans un communiqué. C’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays. » Interviewé mercredi 28 octobre sur la chaîne Youtube du média HugoDécrypte, le chef de l’État a appelé les lycéens à « reprendre les cours » dans « le calme » lors de la rentrée de ce lundi 2 novembre, après plus d’un mois de mobilisation qui s’est élargie à d’autres revendications sociales. Et il a eu, pour la première fois, un mot de « compassion » pour les jeunes manifestants blessés par les forces de l’ordre, alors que le niveau de répression a passé un cap .

    Les organisations de jeunesse seront aux côtés de l’intersyndicale qui organise, jeudi 5 novembre, une journée de grèves et de manifestions dans tout le pays à l’appel de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’Unsa et de la FSU. Cinq organisations représentants l’essentiel des travailleurs du public et du privé. Pour la CGT, « le projet de budget tourne le dos à la jeunesse et à ses revendications légitimes ». Plus largement « les choix du gouvernement vont encore peser sur nos vies et nos droits : se soigner correctement, vivre dignement de son salaire ou de sa pension, compter sur des services publics accessibles sur tout le territoire… ce sont des droits essentiels à garantir, pas des économies à réaliser ». Pour les syndicats, il s’agit de proposer un contre-récit à celui distiller par la macronie, la droite et l’extrême droite notamment sur la dette publique. « La situation actuelle n’est pas due au niveau des dépenses sociales, qui sont utiles pour toutes et tous, mais des milliards d’euros de recettes dont on se prive en faisant des cadeaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises, sans aucune utilité sociale », réplique la CGT. Et de mettre l’accent sur la répartition des richesses. « D’un côté, les aides publiques aux entreprises ont fortement progressé et atteignent plus de 200 milliards d’euros par an. De l’autre, les sommes versées aux actionnaires battent des records, avec plus de 60 milliards d’euros ces 6 premiers mois pour le CAC 40. La question est de savoir à quoi il sert car seul notre travail crée les richesses, elles doivent profiter à toutes et tous pour vivre » argumente la centrale de Montreuil. Pour la CFDT « l’austérité à long terme n’est plus tenable, notamment pour les revenus les plus bas, il est temps de remettre la justice sociale au cœur des choix économiques ». Dans l’Hérault et le Gard, plusieurs manifestations sont prévues notamment à Montpellier, Sète, Béziers, Nîmes et Alès.

    Les manifs du 31 octobre et du 5 novembre

    Samedi 31 octobre

    Hérault : Montpellier, sit-in 14h devant la mairie. Béziers, 10h30 manif départ place David-d’Angers, sit-in devant la mairie. Gard : Nîmes, sit-in 14h devant la mairie, manif 14h Jardins de la Fontaine.

    Jeudi 5 novembre

    Gard : Alès 10h devant la sous-préfecture, Nîmes 14h, bas de l’avenue Jean-Jaurès. Hérault : Montpellier, 14h, place Albert-Ier, Béziers, 10h30, Bourse du travail, Lunel, 11h30, place de la République, Sète, 10h30, place de la mairie.

  • [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    La Marseillaise : Assistons-nous à un retour des Gilets jaunes ?

    Emmanuelle Reungoat : Non, je ne le dirais pas comme ça. Ce que je trouve intéressant c’est la marque symbolique laissée par les Gilets jaunes et l’impact mémoriel qu’ils ont eu. C’est l’une des principales luttes qui a marqué les esprits au cours de la dernière décennie parce que c’est un mouvement qui a été fort, massif, long et qui a subi beaucoup de répression policière. C’est aussi un mouvement qui a proposé des modes d’action directs et qui avait un rapport au pouvoir assez frontal. Le mouvement des Gilets jaunes peut redescendre dans la rue mais il ne se reproduira pas de la même manière parce que c’est un mouvement singulier et très hétérogène.

    Qu’est-ce qui différencie le mouvement actuel de celui des Gilets jaunes ?

    E.R. : On a gardé en mémoire l’image d’un mouvement de ceux qui ont du mal à finir les fins de mois mais il était socialement plus hétérogène que ça. Il y avait aussi une hétérogénéité politique forte. Le mouvement actuel l’est un peu moins même s’il gagne en hétérogénéité en élargissant ses revendications. Un mouvement lycéen rejoint par des étudiants, ce n’est pas tous les jours mais c’est classique. Ces jeunes rejoints par la majorité des syndicats de travailleurs, ça l’est beaucoup moins. Mais le mouvement reste tout de même plus proche de l’univers large des valeurs de gauche, puisqu’il demande plus de services publics, plus d’État, et scande des chants antifascistes. Ce mouvement est donc plus marqué politiquement que celui des Gilets jaunes. Pour fonder un important mouvement social, il faut une désectorisation en mêlant différents secteurs professionnels. On se demande aujourd’hui jusqu’où peut aller ce mouvement.

    Les agriculteurs qui vivent une importante crise depuis plusieurs années pourraient-ils amplifier le mouvement ?

    E.R. : Les agricultures ont un traitement différencié. Il y a des mouvements que l’on va considérer comme plus légitimes que d’autres et qui ne vont pas être mobilisés par les mêmes forces politiques. Ce n’était pas non plus un corps de métier très mobilisé au moment du mouvement des Gilets jaunes. La profession a un réseau syndical professionnel qui, quand il se mobilise, a une force de frappe importante. Mais, même s’il y a eu un appel de la Confédération paysanne à rejoindre le mouvement, ce n’est pas une profession qui, historiquement, participe à la convergence. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y avait des secteurs professionnels très mobilisés que l’on a moins vus ou peu vu lors du mouvement actuel. Il y avait par exemple beaucoup de femmes travailleuses dans la santé, des infirmières, des aides-soignantes, des travailleuses à domicile. Je ne suis pas sûr qu’elles soient aussi présentes dans le mouvement actuel.

    Ne vit-on pas actuellement les conséquences de l’incapacité d’Emmanuel Macron de répondre aux revendications des Gilets jaunes à l’époque ?

    E.R. : Si, c’est très juste. C’est l’une des caractéristiques de ce gouvernement de se montrer incapable de se mettre en discussion avec la société civile ou avec d’autres forces sociales. D’autant que ce gouvernement a une légitimité électorale très relative depuis les dernières législatives. C’est très risqué de réduire les revendications de la population à des gestes de communication parce que le grand débat national d’Emmanuel Macron n’était pas une réponse, c’était un détournement de l’attention. Quand on fait ça, on prend le risque de saper les fondements démocratiques à savoir la croyance dans les institutions et la confiance dans les gouvernements. C’est ça que le président Macron paye aujourd’hui avec ce mouvement. Mais je trouve très positif qu’il y ait ce mouvement social très important qui se mette en place et notamment de la part des lycéens. Cela témoigne d’une vivacité démocratique. C’est plutôt une bonne nouvelle qu’une grande partie des gens croient encore en la politique pour changer la vie et pour formuler des demandes de transformation sociale.

    Comment ressortent les syndicats de cette situation ?

    E.R. : Il faudra du temps pour répondre à cette question. Le mouvement des Gilets jaunes était assez distant, si ce n’est assez méfiant, à l’égard des syndicats. C’était notamment lié aux trajectoires professionnelles des manifestants qui avaient évolué dans des secteurs où les syndicats ne sont pas présents. Dans le mouvement actuel, c’est différent, les syndicats sont au soutien des lycéens et des étudiants. L’un des effets forts des luttes sociales, c’est la mise en relation des différents acteurs qui peut perdurer dans le temps. Cela transforme les sociabilités et crée des réseaux qui peuvent se remobiliser après. Ça peut changer à bas bruit un paysage politique pendant plusieurs années.

    Comment analysez-vous la réponse policière du gouvernement ?

    E.R. : Il y a une forme de brutalisation du maintien de l’ordre qui a franchi une étape dans ce mouvement social. La réponse principale à ce mouvement est sécuritaire. Et il n’y a pas que de la répression policière, il y a aussi l’usage de l’appareil judiciaire avec beaucoup de garde à vue et beaucoup de comparutions immédiates. Les autorités utilisent aussi le droit administratif avec des restrictions de circulation, des interdictions de manifester dans certains lieux, dans certains centres-villes, etc. Tout cela est utilisé pour limiter le mouvement social et réduire les capacités de mobilisation. On franchit une étape en termes d’intensité, ce qui n’est pas du tout rassurant du point de vue de l’État de droit. Cela a deux effets : ça pousse certains à descendre dans la rue pour défendre leurs droits. Mais ça contribue aussi à la diminution du mouvement. On a beaucoup et très fortement critiqué la Pologne et la Hongrie ces dernières décennies, quand il y avait des restrictions des libertés publiques. On n’en est pas là, mais le risque est bien présent.

    Entretien réalisé par Tristan Arnaud

  • Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    « La situation est très sérieuse dans le pays. » C’est avec gravité que le patron des patrons de la région, Stéphane Benhamou, a fait le point ce jeudi 29 octobre. Fini le président du Medef Sud « punchy » avoue-t-il, pétri d’une « inquiétude » partagée par « une large majorité d’entrepreneurs ».

    D’abord parce que la société est « fracturée » analyse-t-il eu regard des manifestations lycéennes et pour le pouvoir d’achat qui s’égrènent depuis plus d’un mois. Avant ces dernières, « le taux de vacances en centre-ville, 20%, était déjà dramatique à Marseille, on ne peut pas aggraver cette situation-là », estime-t-il, car « chaque fois que le centre-ville est déserté, on laisse la place à des points de deal, à des populations communautaristes qui monnayent les marchands de sommeil et qui amplifient la désertification ».

    Dans cette ambiance « anxiogène », pour lui, « la réponse se trouve dans l’entreprise, la capacité à offrir du travail, des perspectives ». Le Medef Sud organise pour ce faire la deuxième édition d’Action sud, le 1er décembre, sur le campus Esca d’Aix-en-Provence pour « mettre en confrontation les attentes des jeunes et des entrepreneurs » sur différents thèmes, comme l’économie verte, l’IA responsable, la féminisation des filières scientifiques…

    Peser sur le politique

    Plus généralement, les patrons comptent faire valoir leurs propositions à quelques mois de la présidentielle. Elles sont très tranchées. « Nous n’en sortirons pas autrement que par une attaque violente et frontale des lignes de dépenses budgétaires » balance Stéphane Benhamou, partant du principe que les entrepreneurs font déjà assez d’effort.

    « Les dépenses de l’État ne sont plus supportables et la mise en œuvre ne peut en aucune manière être de la responsabilité financière des entreprises » estime-t-il, dénonçant le gel de l’allègement des « charges » sociales, « 11 milliards d’euros prélevés soit 550 euros par salarié ». Pas un mot sur les 112 à 166 milliards d’aides de l’État par an, tous dispositifs compris, selon les travaux d’une commission d’enquête sénatoriale, rendus publics en juillet 2025. Mais une certitude, revoir le montant du Smic à la hausse de façon anticipée, sujet qui devrait être tranché le 5 novembre, n’est pas envisageable. « Nous ne sommes pas contre l’augmentation des salaires, bien au contraire », assure le responsable du Medef Sud, qui se dit préoccupé par « la pérennité des entreprises et les équilibres économiques qui sont entamés ». Et de déplorer l’impuissance d’un pouvoir exécutif et législatif « dépassé, hors sol ». Son credo : « Notre pays doit prendre en compte que le fait économique rythme le développement social, sociétal, environnemental. L’entreprise doit être priorisée. » Raisons pour lesquelles, du RN à LFI, les représentants locaux des candidats sont invités à débattre le 19 novembre à Marseille. Ces « remontées de terrain », permettront au Medef d’affiner sa position au national.

  • Ce 31 octobre, l’intersyndicale varoise dans la rue

    Ce 31 octobre, l’intersyndicale varoise dans la rue

    « On a pris les choses en main. » Après le flou artistique du samedi 24 octobre et sa manifestation toulonnaise, qui a été ballottée entre interdiction et autorisation à l’arraché, cette fois les syndicats varois sont à l’initiative.

    « On a déposé un parcours dans les délais, avec Solidaires et la FSU, et après échange avec le préfet, il a été validé », explique Manon Magagnosc, membre du bureau de l’UD CGT 83. Au départ de la Bourse du travail de Toulon à 14h, les organisations syndicales prévoient « un grand tour de la ville » avec des passages dans le centre, et non pas éloignés comme la semaine dernière. « L’idée est de permettre aux jeunes, et tous ceux qui le souhaitent, de manifester pacifiquement et dans de bonnes conditions », développe la syndicaliste. Elle insiste sur la volonté des organisations syndicales de « ne pas se retrouver dans la même situation » pour ce samedi, c’est-à-dire de savoir, 15 minutes avant le début officiel de la manifestation, si elle était autorisée par la préfecture, ou pas. « La semaine dernière, nos Unions locales appelaient à la mobilisation, avec une interdiction de manifester qui a provoqué le dépôt d’un référé liberté [procédure devant le tribunal administratif Ndlr] et dont nous avons eu la réponse à 13h45 », rappelle Manon Magagnosc.

    Mais c’est surtout sur le fond qu’il y a un enjeu pour l’intersyndicale. « On considère que les manifestations du samedi sont positives car elles rassemblent des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir dans nos cortèges, mais si on veut gagner, c’est bien par la grève que ça passera », analyse la syndicaliste. Et de développer au regard des échéances à venir avec l’appel à la grève intersyndicale du 5 novembre : « On a beaucoup de relais locaux pour l’appel à la grève du 5 et on est sur une intersyndicale complète. Il y a d’ailleurs 4 manifestations, dans le Var, prévues pour cette date, c’est un signal plus que positif. » 5 novembre d’un côté et 31 octobre de l’autre, les deux se nourrissent pour l’UD CGT du Var : « Ce samedi c’est un tremplin pour ce 5 novembre, on va diffuser le message qu’il faut généraliser la grève. »

  • [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    La Marseillaise : Quelles sont les raisons de ce mouvement de grève ?

    Serge Coutouris : Les travailleurs portuaires et dockers ont toujours refusé de participer aux guerres, car nous sommes fidèles à nos valeurs de paix, d’internationalisme et d’unité des travailleurs. Que ce soit pendant la guerre d’Indochine, du Vietnam, d’Algérie, d’Irak ou récemment d’Ukraine, notamment en refusant de charger ou décharger le matériel militaire, armes et munitions. Aujourd’hui, il y a un contexte où les conflits se multiplient et s’enlisent. Le capital tente, par tous les moyens, de s’approprier et de piller les richesses de certains pays. Et le génocide du peuple palestinien se poursuit dans le silence et la complaisance, non seulement des médias, mais aussi des instances internationales et des pouvoirs politiques. Notre fédération, depuis des années, a participé à de multiples rencontres avec des représentants de dockers d’autres pays. C’est le cas au sein d’EDC [European Dockworkers Council, instance européenne qui réunit des syndicats de dockers de plusieurs pays Ndlr], dont nous sommes adhérents et qui regroupe dix pays en Europe. Mais aussi en échangeant avec d’autres syndicats via des organisations internationales, comme la FSM [Fédération syndicale mondiale Ndlr] ou l’IDC [Conseil international des dockers Ndlr]. Tout cela a abouti à des rencontres à Athènes, Gênes et une majeure à Istanbul, le 8 mai dernier. De cette rencontre est sortie la Déclaration d’Istanbul, signée par des syndicats grecs, italiens, turcs, basques, marocains et chypriotes…

    La Marseillaise : Sur quoi porte cette déclaration ?

    S.C. : Cette déclaration porte sur quatre thèmes principaux : elle appelle à l’action contre les guerres et la militarisation, avec l’arrêt immédiat du génocide à Gaza, mais aussi à l’arrêt de la déréglementation et des attaques sur nos droits sociaux dans les ports et enfin, contre l’automatisation de nos métiers. Cette déclaration a permis au mouvement de grandir et de dépasser le cadre européen, elle a été signée par d’autres syndicats avec le temps. Enfin, EDC appelle aussi à la mobilisation ce 30 octobre, avec sa propre déclaration, mais qui fait écho à celle d’Istanbul et dont nous sommes également signataires. On est donc sur une coordination de lutte internationale historique. Ce qu’il se passe ce 30 octobre, c’est inédit. On a déjà eu des luttes communes avec des syndicats homologues européens, mais je n’ai pas souvenir d’une action de cette ampleur. Notre démarche concerne plus de 120 syndicats sur cinq continents qui se mobilisent, avec des formes diverses et variées. Dernièrement, des dockers irlandais, indiens, australiens, brésiliens et même états-uniens, se sont joints à l’appel.

    Qu’est-ce qui unit des dockers aussi éloignés géographiquement ?

    S.C. : On fait tous face à un ultralibéralisme sans foi ni loi. On voit bien que les attaques sont similaires d’un pays à un autre. Et les quatre thèmes de la Déclaration d’Istanbul ont des échos partout. Il y a une offensive réactionnaire et une montée du fascisme qui prône la guerre et gangrène la démocratie. Notre mouvement est motivé car dans beaucoup de pays, les travailleurs portuaires et dockers, tout comme les autres travailleurs, sont attaqués dans leurs droits et leurs libertés. L’actualité en France nous rappelle d’ailleurs nos heures les plus sombres : avec une répression policière contre les jeunes qui se soulèvent et des atteintes aux libertés. En parallèle, il y a une volonté du pouvoir à cibler certains ports, les militariser et les utiliser dans ce cadre. Ce qui est hors de question. Notre mouvement sert aussi à dire aux pouvoirs politiques français et européens : ne touchez pas à nos ports, ni à notre modèle social. Cela va d’ailleurs faire très mal au capital puisqu’on va perturber ou immobiliser les transports maritimes sur cinq continents.

    La CGT est plus que forte dans votre profession. Est-il nécessaire de disposer d’une telle organisation pour porter ce type de mouvement ? Et quel message adressez-vous au mouvement lycéen au regard du syndicalisme que vous pratiquez ?

    S.C. : Notre fédération représente 90% des travailleurs portuaires et dockers en France. Notre syndicalisme est fort et il s’est d’ailleurs renforcé puisqu’on a 87% de représentativité au niveau national. Grâce à cette représentativité, c’est la CGT qui pèse dans les négociations et l’on ne connaît pas la problématique d’organisations réformistes qui trahissent. Aujourd’hui, la jeunesse entre en action en réaction à un ultralibéralisme qui leur promet un avenir bien sombre : des salaires très bas, des libertés qui se restreignent de jour en jour, des inégalités sociales se creusent de plus en plus. Il est clair que les travailleurs doivent être aux côtés de cette jeunesse qui demande un monde meilleur. Notre mouvement du 30 octobre porte aussi sur ces sujets-là. Au-delà de la situation des ports, c’est aussi l’arrêt des politiques militaristes, agir pour l’arrêt du génocide… Notre organisation syndicale est de classe et de masse. Et ce qui est important ici, c’est le mot organisation. Si l’on veut obtenir satisfaction pour nos revendications, nous sommes convaincus qu’il faut s’organiser. Sans organisation, les mouvements populaires n’aboutissent pas, ils s’enlisent et ne permettent pas de trouver des réponses aux revendications. D’ailleurs, pour notre mouvement du 30, ce sont des organisations syndicales de multiples pays qui se sont parlé malgré nos différences, nos histoires et cultures de lutte différentes. Nous avons dépassé nos appartenances à nos organisations internationales et les divergences qu’il peut y avoir entre elles, pour que ça soit les syndicats qui soient à l’initiative de ce 30 octobre. Et cela permet à chacun de s’y inscrire.

  • Ports et docks, maillon fort de la paix

    Ports et docks, maillon fort de la paix

    Ils refusent d’être « un maillon dans la chaîne de leurs guerres ». Les représentants des syndicats de dockers de 35 ports européens avaient signé, le 19 mai, une déclaration commune à Istanbul. Après une première journée d’action le 6 février, qui avait touché une vingtaine de ports dans sept pays, selon les organisateurs, ce sont aujourd’hui plus de 120 syndicats dans 113 ports de 23 pays, sur les cinq continents, qui ont répondu à l’appel, annonce la Fédération syndicale mondiale (FSM) sous le mot d’ordre : « Ports pour la paix, emplois dignes ».

    Les syndicats réclament la fin des conflits au Moyen-Orient, l’ouverture de corridors humanitaires vers Gaza et l’interdiction d’utiliser les ports pour acheminer du matériel militaire. Ils expriment aussi leur solidarité avec les peuples de Cuba, du Venezuela et du Soudan.

    En France, la CGT prévoit 24 heures d’arrêt dans tous les ports avec 14 000 travailleurs portuaires, dont quelque 7 500 dockers concernés. En Italie, le syndicat USB appelle à une grève générale. En Grèce, le syndicat Enedep et le Pame annoncent une grève dans le port du Pirée, le plus grand du pays.

    Des ports à « 95% à l’arrêt »

    Espagne, Grèce, Slovénie, Chypre, Suède, Danemark, Portugal, Irlande et Allemagne ont été rejoints par d’autres fédérations de dockers, notamment en Turquie et en Inde, puis par des ports d’Amérique, d’Asie, d’Afrique et d’Australie pour dire « non à la guerre et à la militarisation des ports en cours ».

    Les signataires de l’appel affirment que « les ports appartiennent aux peuples et aux travailleurs et ne sont pas des bases appartenant à l’Otan, ni aux États-Unis, ni à l’Union européenne ». Le 4 juin, les dockers de Fos-sur-Mer avaient déjà refusé de charger un cargo acheminant des pièces de fusils-mitrailleurs à destination de Haïfa. Le syndicat général CGT des ouvriers dockers et des personnels portuaires du golfe de Fos avait précisé que « les dockers et portuaires du golfe de Fos ne participeront pas au génocide en cours orchestré par le gouvernement israélien ».

    Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), environ 80% du volume du commerce mondial transite par voie maritime. Or, sur les quais, lorsque les dockers cessent le travail, c’est toute la chaîne qui casse. En France, Tony Hautbois, le secrétaire général de la Fédération nationale des ports et docks CGT, qui représente 90% des salariés du secteur, annonce que les ports français seront « à l’arrêt à 95% », ce vendredi.

    De quoi perturber les flux de marchandises et les chaînes d’approvisionnement nationales. Cette journée morte entraînera mécaniquement des retards importants dans le traitement des conteneurs avec des navires bloqués au large, faute de déchargement. Les armateurs et les transitaires estiment qu’un jour d’arrêt portuaire nécessite en moyenne trois à quatre jours pour résorber l’accumulation de marchandises.

    Ni guerre, ni austérité

    Dans son communiqué, la Fédération des ports et docks CGT dénonce ces « économies de guerre qui se mettent en place au détriment des politiques de santé, des services publics, de l’éducation » dans le deuxième pays producteur et exportateur d’armes. La mobilisation de ce 30 octobre est également présentée comme un combat pour la défense des conquis sociaux remis en cause par le nouveau budget « d’euro-austérité » porté par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. La CGT s’oppose à ses orientations, jugées « destructrices pour les systèmes de solidarité ». Les syndicats redoutent des coupes dans les protections sociales et s’élèvent contre la déréglementation des emplois par l’automatisation des opérations de manutention.

    Le syndicat fustige « les attaques contre les emplois, les métiers, les droits et les libertés des travailleurs et les citoyens qui se multiplient ». Il condamne également « la répression par la force et la violence contre la jeunesse qui exprime à juste cause son besoin d’un avenir meilleur ». L’appel à la grève interprofessionnelle du 5 novembre, qui inclut le privé, prolongera de ce mouvement de contestation budgétaire et sociale. « La force de notre syndicalisme nous permet de faire la démonstration de notre capacité de mobilisation pour des journées internationales comme celle du 30 octobre. Il y a aussi, au national, l’appel pour le 5 novembre. On y mettra un haut niveau de mobilisation », annonce Serge Coutouris, secrétaire général adjoint de la Fédération.

    REPÈRES

    24

    infrastructures majeures françaises seront paralysées pendant 24 heures : Boulogne, Brest, Dunkerque, Calais, La Rochelle, Le Havre, Rouen, Paris, Lorient, Marseille, Roscoff, Bayonne, Bastia, Bordeaux, La Réunion, Nice, Ajaccio, Saint-Nazaire, Port-Vendres, Saint-Malo, Cherbourg, Sète, Toulon et Fos-sur-Mer.

    Économie de guerre

    « Les ports, les routes maritimes, les voies ferrées, les entrepôts, la logistique et l’ensemble de la chaîne des transports sont en train d’être transformés de plus en plus ouvertement en infrastructures de guerre », affirme la déclaration d’Istanbul.

  • À La Seyne, la gauche se mobilise pour défendre le marché de Berthe

    À La Seyne, la gauche se mobilise pour défendre le marché de Berthe

    Venus lundi à nouveau au contact de la population du quartier très paupérisé de Berthe, les élus progressistes de l’ex-Cité des Chantiers ont reçu un accueil chaleureux des habitants, inquiets depuis que la municipalité a annoncé, par courrier, vouloir supprimer le marché du mercredi, pour soi-disant augmenter la fréquentation de celui du centre-ville.

    L’occasion pour la gauche de recueillir la parole des habitants et celle des commerçants afin de nourrir leurs interventions lors du prochain conseil municipal. « C’est une mauvaise solution à un vrai problème », déplore le conseiller municipal Stéphane Sacco. Avec, pour commencer, la remise en cause, à nouveau, d’un service de proximité qui se passe bien, « un lieu de vie qui participe aussi au soutien du commerce local ».

    Le groupe Alternative progressiste ne conteste absolument pas la nécessité de redynamiser le centre-ville, mais « par une politique globale ambitieuse ». « En tout cas, pas par des mesures inefficaces prises au détriment de Berthe », reprend l’élu de gauche. L’occasion de rappeler aussi que le maire d’extrême droite « Dorian Munoz s’était engagé pendant la campagne à conserver le marché dans ce quartier ».

    « Une mauvaise solution

    à un vrai problème »

    En revanche, la nouvelle municipalité RN promettait aussi « un marché provençal dynamique en centre-ville », peste le groupe Alternative progressiste, en pointant « un cuisant échec ».

    Parmi les solutions qui pourraient être prises pour faire revenir les habitants cours Louis-Blanc, Stéphane Sacco met en avant entre autres la création d’un marché de producteurs au moins une fois par semaine et la programmation d’une brocante.

    Pour l’opposition, le maintien du marché de Berthe les lundis et mercredis est essentiel. « Pour une fois qu’ils ont quelque chose chez eux, pas question de leur enlever… De déshabiller Paul pour habiller Jacques. » Dans ce quartier prioritaire politique de la Ville, marqué par d’importants problèmes sociaux, les lieux où l’on se retrouve et où l’on échange sont en effet précieux, maintiennent un lien. Réduire sa présence ou fragiliser son fonctionnement risque d’accentuer les difficultés et renforcer le sentiment d’abandon.

    C’est pour toutes ces raisons qu’Alternative progressiste s’engage à mettre toutes ses forces dans la bataille pour faire entendre raison à la majorité. Une réunion publique devrait être organisée prochainement dans le quartier sur le sujet. Et pourquoi pas une mobilisation devant l’hôtel de ville le jour du conseil municipal.

    À la majorité de revoir sa copie ou de préciser ses intentions pour ne pas pénaliser davantage les quartiers nord, déjà mal en point. À moins que cela soit l’objectif de la mairie d’extrême droite que de plonger encore davantage les habitants de la cité populaire dans la désespérance pour mieux les en blâmer ensuite.

    Impensable !

  • [Entretien] Hendrik Davi : « Un totem pour la macronie qui est en train d’être abattu »

    [Entretien] Hendrik Davi : « Un totem pour la macronie qui est en train d’être abattu »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les annonces gouvernementales concernant Parcoursup ?

    Hendrik Davi : Il faut avoir conscience que Parcoursup est un totem pour la macronie. Un totem qui est en train d’être abattu puisque la question de son remplacement et de sa suppression se pose aujourd’hui. C’est un acquis de la mobilisation qu’il ne faut pas sous-estimer. Maintenant, est-ce que sur le fond, les annonces sont à la hauteur ? Non. Pour plusieurs raisons : le vrai problème de Parcoursup, ce n’est pas la plateforme. Je le dis depuis 2017, le vrai problème de Parcoursup, c’est qu’il y a une sélection pour gérer une pénurie. J’ai réestimé, récemment, la perte du nombre de maîtres de conférences, ceux qui donnent les cours en licence, depuis 2009 : il y en a 5 000 de moins. De l’autre côté, il y a une hausse de la population étudiante assez forte jusqu’en 2020. Cette augmentation du nombre d’étudiants et l’absence de recrutement ont conduit à avoir une pénurie et donc une liste d’attente, ainsi que le tirage au sort. C’est cette crise qui a permis l’instauration d’une forme de sélection via Parcoursup. J’estime que cette sélection laisse sur le carreau 110 000 étudiants chaque année.

    Comment abroger Parcoursup, concrètement ?

    H.D. : Il faut ouvrir massivement des places à l’université. Le mouvement lycéen demande 250 000 places. Le problème, c’est que pour avoir ces places, il faut des maîtres de conférences, et pour en avoir, il faut les former, et donc il faut des docteurs… Avoir 250 000 places tout de suite n’est pas possible. Pour les avoir, il faut monter en puissance dans une loi de programmation à horizon 2032. Mais on peut en avoir au minimum 35 000 tout de suite, en recrutant 2 000 maîtres de conférences. C’est d’ailleurs le strict minimum pour 2028. Enfin, il faut une plateforme pour mettre en adéquation tout cela. Mon idée est celle d’un principe de sectorisation géographique : avoir une place garantie dans la licence de ton choix, mais dans l’université de ton secteur.

    Qu’est-ce que cela implique ?

    H.D. : C’était le principe d’APB, la plateforme qui précédait Parcoursup. Le seul problème que ce système peut poser, c’est que les banlieusards n’iraient plus à Paris. Pour répondre à cette problématique, on peut redonner à toutes les universités les mêmes moyens. Aujourd’hui, la dépense par étudiant varie d’une université à l’autre, donc forcément, les étudiants veulent aller dans les mieux dotées. Pour pallier cela, je propose une transparence et un même niveau de dépenses, en matière de fonctionnement a minima, et que ce soit en fonction du nombre d’étudiants, pas d’autres critères. De fait, il n’y aurait aucune raison que les étudiants de Nanterre n’aillent pas à Nanterre. Par ailleurs, les profs de Nanterre sont aussi bons que ceux de la Sorbonne.