Tag: mémoire

  • Les visages oubliés de la Libération de la région

    Les visages oubliés de la Libération de la région

    Alors qu’Hitler est lourdement déstabilisé par le débarquement des alliés en Provence dans la nuit du 14 au 15 août 1944, il ordonne le 18 août à ses armées de défendre Marseille et Toulon « jusqu’à la dernière cartouche ». D’après Robert Mencherini, historien regretté, cette décision est tout sauf un hasard : « Ces deux ports en eau profonde constituent des enjeux stratégiques pour l’approvisionnement des armées alliées en marche vers l’Allemagne », expliquait-il. Après Toulon, le port de Marseille est finalement libéré le 28 août 1944, par l’armée B. « Commandée par le général de Lattre de Tassigny mais placée, pour le débarquement, sous direction américaine, elle regroupe environ 260 000 hommes », précisait Robert Mencherini. « Elle compte, aux côtés des “Français libres, une majorité de soldats africains », précisait l’historien, notamment des tirailleurs sénégalais, algériens ou encore marocains, alors appelés les soldats « indigènes ».

    « Tout l’empire colonial s’est massivement engagé dans l’armée, notamment les Européens d’Afrique du Nord », souligne Grégoire Georges-Picot, historien du Groupe Marat. Fondée en 1998 par d’anciens résistants et historiens, l’association s’est donné pour mission de mettre en lumière l’histoire des soldats de l’empire colonial, venus au secours des insurgés marseillais en août 1944. « Lors du défilé de la victoire, sur les photos de l’époque, les soldats coloniaux sont au premier rang », rappelle l’historien. Mais cette « mémoire immédiate en sortie de guerre » s’efface peu à peu à mesure que les anciennes colonies accèdent à l’indépendance, une « phase d’occultation » qui dure près de quarante ans, selon lui. « C’est à la fin des années 1980 que le sujet revient. Les jeunes issus de l’immigration se mettent en quête de leurs racines, et les historiens commencent à documenter cette histoire qui ressurgit », révèle Grégoire Georges-Picot.

    Une mémoire longtemps occultée

    Pour l’historien du Groupe Marat, la reconnaissance du combat de ces soldats est « aujourd’hui fondamentale ». Il insiste cependant sur le rôle décisif joué par la résistance marseillaise dans la Libération. « On célèbre la libération de Marseille comme une opération purement militaire. Mais on a tendance à oublier que, dès le lendemain du débarquement du 15 août, à 100 kilomètres de Marseille, la ville se soulève déjà. Pendant une semaine, les résistants tiennent tête à une armée allemande, seuls », précise-t-il. « La bataille de Marseille a été terriblement meurtrière : 577 personnes sont tuées en dix jours. Le point d’orgue des morts sont les 21 et 22 août, avant même l’arrivée de l’armée française. C’est une insurrection ! Aussi bien à l’Estaque qu’au boulevard Michelet, du côté de la Valbarelle, dans les quartiers Saint-Barnabé, Saint-Julien … Partout », dépeint l’historien.

    Après six ans de travail, le Groupe Marat a identifié ces 577 personnes tombées au combat dans une liste aujourd’hui affichée devant le char Jeanne-d’Arc devant Notre-Dame de la Garde. Fier de ce travail, Grégoire Georges-Picot se souvient encore avoir assisté à la découverte, par un jeune homme, du prénom de son oncle sur cette liste. Pour l’association, « l’idée est de réunir la mémoire résistante et la mémoire militaire ». « Deux mémoires qui s’excluent l’une de l’autre, alors que la libération de Marseille est précisément la conjonction des deux. Si la population marseillaise ne s’était pas insurgée aux côtés des résistants pour rendre la vie infernale aux Allemands, la libération de Marseille n’aurait pas été aussi simple », conclut l’historien.

    Andréa Goyard-de Castro

  • Le camp de GI’s de Calas, une mémoire à faire vivre

    Le camp de GI’s de Calas, une mémoire à faire vivre

    Une véritable ville dans un village. En 1944, après le débarquement de Provence, l’image prend tout son sens à Calas. Alors que le hameau compte 400 habitants, des milliers de soldats américains investissent le plateau de l’Arbois, au « Calas Staging Area ». Sur 750 hectares, ce camp, aujourd’hui à cheval sur Cabriès, Vitrolles et Aix-en-Provence, devient une ville éphémère : baraquements, hôpital, bureaux de poste, terrains de sport ou encore théâtres. Jusqu’en 1947, plus de deux millions de soldats y transitent.

    « Sa proximité avec Marseille, la typologie et l’immensité du plateau en faisaient un lieu bien adapté », explique Sylvie Cenci, adjointe à la culture et au patrimoine de Cabriès. La fonction de cette base arrière est double. « L’accueil des GI’s [les soldats américains, Ndlr.] qui arrivaient du débarquement et repartaient faire la jonction avec l’armée de Normandie. Puis la remise en forme des soldats pour repartir sur le front du Pacifique », détaille l’élue.

    Une partie du site accueille également le camp de prisonniers CCPWE 404, principalement destiné aux soldats allemands. Mais la vie sur place ne se résume pas qu’aux mouvements de troupes. « Il y avait plusieurs théâtres dont un en plein air où Marlène Dietrich et Mickey Rooney sont venus chanter et danser pour les GIs », raconte Sylvie Cenci.

    Une vie américaine qui ne reste pas complètement coupée de celle des habitants de Calas. Les témoignages récoltés depuis évoquent des échanges essentiellement commerciaux. Mais lorsque les soldats repartent, cette ville improvisée disparaît presque aussi vite qu’elle était apparue. « Il reste peu de vestiges, surtout quelques dalles de béton. Tout le reste avait été construit en matériaux faciles à enlever. Une fois partis, les Américains ont enterré énormément de choses », rappelle l’adjointe. Reste parmi les quelques éléments encore présents, une cabine de projection, aujourd’hui totalement dissimulée par la végétation.

    Pour qui ne connaît pas l’histoire du lieu, difficile alors d’imaginer qu’il a accueilli des millions d’hommes et constitué pendant plusieurs années une véritable ville américaine. Le peu de vestiges nourrit pourtant, encore aujourd’hui, les recherches de passionnés. Aixois, Christian Pastore découvre le camp de Calas alors qu’il est enfant, dans les années 1960, lors de promenades régulières sur le plateau de l’Arbois. « Avec ma sœur on jouait souvent au ballon près des dalles en béton et il m’est arrivé de trouver des plaques, les “dog tags”, avec l’identité des soldats américains passés par là », se souvient-il.

    Des décennies plus tard, avec l’arrivée d’Internet, Christian Pastore entreprend de retrouver les familles de ces soldats. Grâce aux noms et matricules inscrits sur les plaques, puis un long travail de généalogie mené en écumant les archives de l’armée américaine, il parvient à leur restituer une dizaine de « dog tags ». « Ça met la chair de poule de savoir que vous redonnez une part de l’identité d’un soldat à sa famille », s’émeut-il. En 2023, il signe Le camp américain, ouvrage consacré à ses recherches sur le site de Calas. Une manière pour le retraité de « faire connaître l’histoire ce camp encore trop peu connu ».

    Préserver les dernières traces

    Le paradoxe est désormais là : alors que le camp a accueilli des millions d’hommes, ses traces sont devenues extrêmement discrètes. Et cette discrétion explique aussi pourquoi son histoire reste encore largement méconnue. « Il n’y a pas encore eu de fouilles archéologiques parce que, pendant très longtemps, ce camp était extrêmement méconnu, pour ne pas dire inconnu », souligne Sylvie Cenci.

    Cette méconnaissance a toutefois laissé le champ libre au pillage. « Des gens ont déterré des médailles, des paquets de clopes, des grenades. Certains arrivaient même avec des mini tractopelles pour sonder le sol », pointe l’élue. Face au risque de voir disparaître les derniers témoins matériels, la question de la valorisation du site devient centrale.

    Avec le consulat américain, les archives d’Aix-en-Provence et le principal propriétaire des terrains, la commune de Cabriès continue de réfléchir à l’avenir du site. L’idée d’un lieu de commémoration existe, mais sa réalisation est complexe : « Quoi que ce soit qu’on puisse imaginer, ça coûterait des millions d’euros et représenterait un travail colossal notamment parce que le foncier a considérablement été morcelé depuis la guerre », constate Sylvie Cenci. Mais « construire quelque chose autour de ce camp est une idée qu’on ne veut pas du tout mettre de côté », conclut-elle.

  • En Provence, un débarquement décisif

    En Provence, un débarquement décisif

    Le 15 août 1944, à 8h, l’assaut des plages varoises est déclenché. Près de 350 000 soldats participent alors à cette offensive de grande ampleur et débarquent à découvert sous le feu ennemi. Parmi eux 230 000 combattent sous les couleurs françaises, la moitié, il est important de le rappeler, est d’origine africaine. Des Algériens, Marocains, Tunisiens qu’on appelait encore les indigènes, avec à leurs côtés aussi des tirailleurs sénégalais. Une chair à canon mobilisée pour défendre la liberté d’une nation alors pas très regardante sur la religion ou la couleur de peau de ses libérateurs.

    Les troupes d’assaut investissent les plages entre Cavalaire et Agay. Le 16 août, le premier échelon de l’armée B du général de Lattre de Tassigny débarque entre Cavalaire et Sainte-Maxime.

    La nuit précédant le jour J le terrain a été préparé pour tenter de créer des brèches dans la solide défense Allemande par de lourds bombardements aériens puis navals avec 5 000 avions et 631 navires engagés pour la mission, majoritairement américains et anglais. Ainsi on dénombrera près de 20 tonnes de bombes déversées par kilomètre de plage.

    Mais tout n’a pas commencé avec le débarquement. Avant l’arrivée de l’armada alliée de plus de 2 200 navires, des hommes et des femmes luttent déjà depuis longtemps avec courage et abnégation contre l’occupant nazi. Dans le Var, la lutte s’organise dans des maquis très actifs. Le premier se constitue dans le massif des Maures sur l’initiative de militants communistes.

    Autant dire que le jour J approchant, la Résistance intensifie ses opérations et va jouer un rôle militaire crucial dans la réussite de l’opération Dragoon en affaiblissant l’occupant. Que ce soit par le sabotage, le guidage des troupes débarquées et en prenant part directement à la libération des grandes villes du Sud comme Toulon et Marseille. C’est ainsi que dès le 17 août elle prend le contrôle de la préfecture de Draguignan.

    Informée depuis le 6 juin 1944 de l’imminence d’un autre débarquement, en Méditerranée celui-là, la Résistance s’est mobilisée très tôt, un peu trop peut-être puisqu’elle va payer un lourd tribut en essuyant de nombreux massacres sur les lieux où elle a concentré ses forces pour passer de la clandestinité aux actions ouvertes. Dès le débarquement de Normandie, les chefs toulonnais rassemblent en effet 400 hommes autour du plateau de Siou-Blanc et les répartissent en quatre groupes, chacun chargé d’assurer renseignement, sabotages ferroviaires, destructions de lignes téléphoniques et attaques contre les infrastructures afin de ralentir l’arrivée des renforts allemands.

    La Résistance

    multiplie les coups de force contre l’occupant nazi

    Juste avant 15 août, les maquisards multiplient donc les embuscades et les opérations de guérilla contre les unités allemandes. À Toulon où la ville est défendue par une importante garnison et par de puissantes positions fortifiées notamment sur les hauteurs, au Faron, les combats vont être particulièrement difficiles et nécessiter des actions coordonnées. Ainsi pendant que les unités de l’armée B attaquent les positions allemandes, les FFI combattent à l’intérieur de la ville, fournissent leur connaissance du terrain et guident les soldats français dans leurs offensives. Le 23 août, ils font jonction au centre du Port du Levant, place de la Liberté. Mais les combats vont se poursuivre encore pendant plusieurs jours, jusqu’à la défaite allemande définitive du 28 août.

    De la même façon à Marseille, le 19 août, la CGT appelle à une grève insurrectionnelle et la Résistance bloque les transports et attaque les troupes allemandes. Deux jours après la préfecture est libérée. Ici aussi les combats unissant résistants et soldats vont durer jusqu’au 28 août. Avec ces deux ports de la Méditerranée repris et la libération de la Provence en deux semaines seulement, l’opération Dragoon va être un succès dépassant même les attentes de l’état-major.

    « Ce qu’il est important de se rappeler en ces jours de commémoration, c’est qui nous a libérés. L’armée française c’était principalement des tirailleurs algériens et sénégalais. C’étaient eux, la chair à canon, qui étaient devant », insiste le réalisateur varois Philippe Maurel de La Draille de la liberté. Et de poursuivre : « C’est primordial de mettre l’accent sur ce point dans la période que nous vivons aujourd’hui. Je crois que je n’ai pas besoin de développer sur ce sujet ; vous avez compris ».

    Une piqûre de rappel de salubrité publique. D’autant que l’engagement massif des forces françaises en Provence – dont la moitié des combattants est donc d’origine africaine – alors que l’engagement n’était que symbolique en Normandie le 6 juin 1944, va permettre à la France, humiliée en 1940, de s’asseoir à la table des vainqueurs. C’est le général Jean de Lattre de Tassigny qui représentera la France et signera à Berlin l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie. Aucun patriote digne de ce nom ne devrait l’oublier.

    À Toulon, un show aérien, pour les 82 ans de la Libération

    Samedi 15 août, un show aérien est organisé au-dessus des plages du Mourillon. Vous pourrez assister a l’évènement militaire dès 16h30. Au programme : démonstrations d’hélicoptères et d’avions de la Marine nationale. Le clou du spectacle se déroulera à 17h35 avec la venue de la Patrouille de France. À 22h, un spectacle pyrotechnique conclura la journée au fort Saint-Louis.

  • Quand le jour s’est levé

    Quand le jour s’est levé

    Événement crucial des combats contre l’Allemagne nazie et pièce maîtresse de la victoire finale qui aboutira à sa capitulation,
    le débarquement de Provence, le 15 août 1944 sur les plages varoises, n’en finit pas de livrer son histoire à la fois militaire, résistante, humaine et populaire.

    Grâce aux historiens, aux récits des descendants des combattantes et combattants, aux témoignages des protagonistes de ces journées libératrices, (recueillis et désormais abrités dans les archives publiques), les jeunes générations sont éclairées et savent le prix de la liberté et de la démocratie. Ils peuvent aussi mettre des visages sur les mots courage et sacrifice.

    Combats dantesques

    Des cérémonies commémoratives sont organisées en Provence dans les villes qui furent libérées à partir du 15 août jusqu’au mois de septembre 1944. Ces dates sont autant de jalons marquant l’avancée des soldats et de leur union avec les résistants. Les combats furent dantesques face aux nazis qui avaient reçu l’ordre d’Hitler
    de se battre jusqu’à la dernière cartouche.

    Aujourd’hui, 82 ans après, célébrer et commémorer le débarquement de Provence c’est se rappeler le visage de l’armée de la France libre : des tirailleurs sénégalais, algériens, marocains. C’est indispensable car le révisionnisme est à l’œuvre chez les héritiers des collaborationnistes et les néonazis. L’extrême droite, en Europe et sur les autres continents, mise sur le temps et l’amnésie pour mettre à bas la démocratie et ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

  • [C’est l’été] « Alfred Dreyfus, Le combat de la République »

    [C’est l’été] « Alfred Dreyfus, Le combat de la République »

    Parmi les nombreux livres écrits à l’occasion de cette commémoration, le sien n’a pas échappé à notre attention, tant les dix chapitres (d’un « rêve français » à « l’héritage dreyfusard ») sont ceux d’un ouvrage de référence, que les générations présentes se doivent de consulter, et que consulteront les générations futures.

    Albin Michel,
    24,90
     euros.

  • Sadako Sasaki et ses mille grues aux Correspondances de Manosque

    Sadako Sasaki et ses mille grues aux Correspondances de Manosque

    À quelques semaines des Correspondances de Manosque (23-27 septembre), les militants du Mouvement de la Paix peaufinent leur participation à l’un des grands rendez-vous culturels de la rentrée. Réunis début août, en cette période de commémoration des bombardements de Nagasaki et Hiroshima, les membres du comité de Manosque et ses environs, ont préparé leurs futures rencontres avec le public qui se feront autour d’un livre sur les mille grues.

    Réponse de paix

    Lors de cette réunion de travail, François Bettus a présenté l’ouvrage aux participants. « L’objet est d’aborder une réponse de paix dans un monde belliciste où montent les risques de guerre », a-t-il expliqué. Si de nombreux ouvrages ont popularisé la légende des mille grues, L’histoire authentique de Sadako Sasaki et des mille grues s’en distingue par son approche documentaire.

    Écrit par Sue DiCicco avec Masahiro Sasaki, le frère de Sadako, il retrace à partir de témoignages familiaux le destin authentique de Sadako, victime indirecte du bombardement atomique d’Hiroshima. Âgée de deux ans lors de l’explosion de la bombe en 1945, elle développera dix ans plus tard une leucémie liée aux radiations. Avant sa disparition à seulement douze ans, elle confectionnera plus d’un millier de grues en papier, inspirée d’une légende japonaise selon laquelle la réalisation de mille grues permet de voir son vœu exaucé.

    Cette biographie restitue le parcours de cette jeune survivante devenue un symbole mondial de paix et de lutte contre l’arme nucléaire. Au Japon, la grue, ou tsuru, est associée à la longévité, à la sagesse et à la paix. L’histoire de la jeune fille a traversé les frontières et fait aujourd’hui partie des récits emblématiques du combat contre la guerre nucléaire. Le Mouvement de la Paix entend s’appuyer sur cette histoire pour sensibiliser le public et les plus jeunes puisqu’une action complémentaire est envisagée dans les écoles du territoire.

    Le comité local installé à la Maison des associations de Manosque, s’inscrit dans l’histoire du Mouvement de la Paix, né en 1948 et engagé en faveur du règlement pacifique des conflits et de la promotion d’une culture de paix. Avec un objectif : défendre les valeurs de dialogue, de solidarité et de coopération internationale.

    Les militants du comité local seront présents sur les Correspondances les jeudi 24 et samedi 26 septembre à la salle annexe du Café du coin. Ils proposeront des lectures d’extraits du livre ainsi qu’un atelier d’origami permettant au public de réaliser ces fameuses grues en papier. Une manière originale d’associer littérature, mémoire et engagement citoyen et de rappeler que les messages de paix portés par l’histoire de Sadako Sasaki conservent aujourd’hui toute leur résonance dans un contexte international marqué par de nombreux conflits.

  • [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    Le moment était venu de passer à une action d’envergure et demandait que tous les travailleurs soient consultés sur cette action. Cette question souleva une déclaration solennelle de Léon Jouhaux : « Ce n’est pas sur le débat lui-même que je veux parler, déclara-t-il, je veux simplement souligner une déclaration consécutive à la décision que vous avez prise hier. » Il ajouta, soucieux de ne pas diviser le CCN : « Je refuse de souscrire à une décision qui en faisant dépendre l’activité syndicale d’autres assemblées que les assemblées régulières risque de briser l’unité ouvrière. »

    Benoît Frachon lui répondit que : « Dans la résolution et le manifeste votés, il a été indiqué que les ouvriers seraient appelés à connaître les propositions que nous faisons pour eux, qu’ils seraient appelés à donner leur avis sur ces propositions et que le prochain comité confédéral du 19 décembre, organisme régulier des organisations syndicales, prendraient des décisions ; par conséquent, je préférerais que Jouhaux me dise au lieu de parler de décision anti-statutaire : nous ne voulons pas que l’on occulte les ouvriers, cela serait plus clair et plus net. »

    Défendre l’unité

    Tout au long de ces débats, on sentait les efforts des scissionnistes pour préparer la scission en se servant du plan Marshall dans un objectif anticommuniste et anti-soviétique. À Marseille, Le Provençal n’était pas en reste. Dans son numéro du 14 novembre, un placard non signé proclamait « Travailleurs, prenez garde ! Attention aux grèves politiques ; avant toute décision, exigez : 1° le vote à bulletin secret / 2° le dépouillement et l’affichage du résultat. » Les socialistes marseillais affirmaient ainsi leur opposition au développement des grèves et aux revendications ouvrières. Pourtant, le 14 novembre, la grève s’élargissait après consultation des travailleurs.

    Ainsi, l’assemblée générale des marins qui avait décidé la reprise du travail reconsidérait sa décision et se joignait à la grève.

    Il est vrai que le syndicat des officiers observait à l’égard des marins en grève une neutralité bienveillante afin de ne pas porter préjudice à leurs actions. Cette prise de position leur valut une violente « Lettre ouverte » de Jean Fraissinet dans Le Méridional qui déclara : « En décidant d’adopter à l’égard d’un tel mouvement une “attitude bienveillante” les dirigeants des syndicats d’officiers, qu’il nous soit permis de l’observer, ne peut faire preuve que d’hypocrisie, de lâcheté et de candeur. » La continuation de la grève des marins paralysa totalement le trafic du port. Le conseil syndical des dockers élargi au comité de grève décida à bulletin secret, 64 voix contre une : qu’aucun débarquement de marchandises n’aurait lieu. La fédération algérienne des commerçants, alarmée par la prise de position des dockers, demanda par télégramme au préfet d’intervenir.

    à suivre la semaine prochaine…

  • En mémoire d’Hiroshima et de Nagasaki

    En mémoire d’Hiroshima et de Nagasaki

    « Les hibakushas nous ont laissés face à une responsabilité historique implacable », déclare Michel Dolot, porte-parole du Mouvement de la paix 13 ce jeudi soir devant le monument des mobiles (1er). À sa droite sont accrochées des photographies des victimes des bombardements atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, les 6 et 9 août 1945. En ce 81e anniversaire, le pacifiste lance devant ses soutiens la campagne de son organisation pour l’abolition des armes nucléaires : « dénoncer la bombe, c’est dénoncer un système qui hiérarchise les humanités en méprisant le vivant », lance-t-il. L’objectif est d’interpeller le gouvernement et les élus locaux, notamment les maires, pour pousser la France à ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (Tian).

    En haut de la Canebière, le secrétaire général de l’UD CGT 13, Marc Pietrosino appelle le « camp progressiste » à la mobilisation : « la lutte pour la paix, c’est la lutte des classes ». Il note par ailleurs, qu’au moment où des usines ferment, notamment Fibre Excellence à Tarascon, les travailleurs sont redirigés vers les entreprises de l’armement, à Istres ou à Toulon… « Il n’y a pas de fatalité, continuons à nous battre », pousse le dirigeant syndical.

    Peu à peu, l’armée s’immisce partout, au travail, à l’école. « Au lieu de financer des emplois utiles et durables pour la santé, l’éducation et la transition écologique, l’État instrumentalise la précarité pour alimenter les spéculateurs et les profiteurs de guerre », fustige Coralie Hernandez, responsable fédérale de la commission solidarité internationale et paix au sein du PCF 13. Et alors que le Conseil constitutionnel a validé dans la journée la dernière loi de programmation militaire portant à 436 milliards d’euros pour le budget des armées d’ici à 2030, la communiste note que « sur 12 Canadairs, seuls 5 sont en marche ». La maison brûle et l’État prépare les armes.

  • La visite exceptionnelle des hibakushas

    La visite exceptionnelle des hibakushas

    Les témoignages des derniers survivants des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki sont précieux, et leur combat, juste. « L’arme nucléaire n’a pas sa place dans l’humanité », appuyait ainsi Hideto Matsuura, 80 ans, qui était encore dans le ventre de sa mère au moment où l’enfer a été largué sur le Japon.

  • [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    Dans sa mission d’amener la culture au plus près des habitants dans tous les quartiers de la ville, l’élue Stéphanie Slimani, dramaturge, metteuse en scène, marionnettiste, auteure et professeure de théâtre, peut s’appuyer sur son expérience et son goût pour la solidarité et le partage.

    La Marseillaise : Quelle est l’ambition de la municipalité à travers ce projet ?

    Stéphanie Slimani : La revitalisation des quartiers, par la culture notamment, et le soutien aux artistes du territoire. Ce projet-là va permettre quasiment de lier ces deux ambitions.

    L’idée c’est de faire venir des artistes dans les quartiers et de faire de la culture pas seulement pour les habitants, mais surtout avec eux. De leur permettre de redécouvrir parfois des histoires de gens qui vivent là et dont ils ne connaissaient pas le parcours de vie, l’architecture de leur quartier, de revisiter des espaces, la mémoire des lieux… Tout cela en faisant participer aussi le milieu associatif, les écoles, les médiathèques et les commerçants, afin que tout le monde se sente concerné. C’est une manière de faire de la culture avec les gens qu’on souhaite développer à travers ma délégation qui est nouvelle.

    L’objectif est de renforcer
    la cohésion sociale
     ?

    St.S. : Évidemment, de toute façon la culture fait société. C’est donc pour faire société, pour se rencontrer, pour partager. Certains n’aiment pas dire socioculturel, mais pour moi ces deux termes sont intriqués : la culture c’est social ! Donc bien sûr que l’ambition c’est de créer du lien, du plaisir et de la joie dans le quartier. De faire que les habitants soient fiers aussi de raconter ce qui s’y fait. De pouvoir dire : « Moi, j’ai fait du théâtre, j’ai pu participer à un spectacle de danse, on a fait de la peinture… » Ça permet aussi de faire changer le regard extérieur porté sur le quartier, en mettant juste en valeur ce qui existe déjà. Parce que je le répète, dans les quartiers il y a déjà de la culture, il y a déjà des gens formidables. Mais on peut aussi s’y sentir parfois délaissé, c’est légitime.

    C’est une manière aussi
    de rétablir un peu d’égalité des chances dans
    les quartiers populaires…

    St.S. : Absolument, tous ces mots ont énormément de sens pour moi. Parce que malgré tous les efforts développés pour rendre la culture accessible à tous, il reste encore une barrière qui fait que selon d’où on vient on s’interdit d’y aller, on se dit que ce n’est pas pour soi, qu’on ne va pas comprendre, que peut-être même c’est un peu trop bizarre parfois. C’est pour ça qu’il faut absolument créer des passerelles plutôt que des forteresses. Moi j’aime le mot populaire, je trouve ça noble, la culture populaire, le théâtre populaire, le spectacle populaire. Ça veut dire que cela nous concerne tous, que personne doit s’en sentir exclu. Je défends et revendique donc de faire une culture populaire. Ce n’est pas quelque chose de moins bien, ou de plus facile, simplement je crée des liens pour que chacun se rende compte qu’elle lui appartient aussi.

    J’ai beaucoup travaillé dans les quartiers et en milieu rural sur des projets participatifs, donc je sais que c’est vertueux, je sais que ça fonctionne. Mais il faut avoir en même temps beaucoup d’humilité, et ne pas partir avec l’idée qu’on va tout révolutionner, qu’on va tout changer, et ce n’est pas le but. Il faut venir rencontrer tranquillement ses habitants, les écouter, et puis après commencer à développer des projets participatifs avec eux. Il faut aller doucement. C’est pour ça que le projet du Pont du Las, s’étale sur deux années, qui se renouvelleront après. Il faut du temps.

    Quelle va être la chronologie ?

    St.S. : On lance un appel à projets au mois d’octobre ouvert à tous les artistes professionnels, et le jury se décidera au début d’année 2027. L’ouverture, elle, est prévue au printemps. Le collectif d’artistes viendra s’installer dans un local, avec un budget et un cahier des charges très précis de projets participatifs, d’ateliers et pratiques artistiques gratuits.

    Et avant cela, en fin d’année 2026, on va mettre en place cinq projets, avec notamment de la danse au Pont du Las, où une chorégraphe va travailler dans l’espace public avec une association de femmes, et à Pontcarral, c’est autour de la récolte de la mémoire et du son qu’une compagnie de théâtre va mettre la population à contribution.

    Des actions qui donnent
    de l’espoir, en tout cas…

    St.S. : Toulon est une ville qui a souffert à travers plusieurs époques, qui a su s’épanouir. Où il y a une forme de résilience. Les gens savent vivre ensemble. On a beau essayer de nous désunir, de nous diviser, ça ne marche pas. Et les Toulonnais l’ont montré aussi au mois de mars. Le centre-ville a été réhabilité, c’est magnifique. On a envie d’y aller. Et quand on reçoit des gens, on a envie de le leur faire visiter. Eh bien, on va faire la même chose dans les quartiers.

    On a entendu les habitants des quartiers, on sait qu’il y a du travail, on va le faire. Et la culture à Toulon on va la faire tous ensemble.