Tag: mémoire

  • Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    Des rencontres pour se souvenir de la guerre d’Espagne

    L’espoir puis la guerre. Victorieux dans les urnes en février 1936, le Frente Popular, le Front populaire espagnol, fut réprimé dès juillet par des militaires. Le conflit de trois ans qui s’ensuivit déboucha sur la dictature de Francisco Franco. Neuf décennies après les débuts de la guerre d’Espagne, les Rencontres franco-espagnoles de Montpellier ressusciteront la mémoire des événements qui ont contraint des milliers d’Espagnols à l’exil. La manifestation, portée par l’association Voix de l’extrême Poésie et Culture, mêlera pendant cinq jours des témoignages, des interventions de chercheurs, des propositions artistiques ainsi que des productions d’élèves.

    Décentrer le regard

    La soirée d’ouverture du jeudi 8 octobre sera un premier temps fort, avec la présence du secrétaire d’État espagnol en charge de la « mémoire démocratique ». La venue de Fernando MartÍnez López intervient alors que le gouvernement dirigé par Pedro Sánchez (PSOE) a multiplié les initiatives mémorielles ces dernières années. Le rendez-vous se poursuivra avec la projection du documentaire Entre deux frontières, une mémoire, produit dans le cadre du programme européen Erasmus +. Le film restitue le regard de lycéens espagnols et français sur les traces que le conflit a laissées dans les deux pays. La soirée s’achèvera avec la conférence d’une historienne de l’art sur les engagements du peintre Joan Miró.

    Un des mérites des Rencontres franco-espagnoles est d’apporter des éclairages inédits sur la guerre d’Espagne. Le vendredi 9 octobre, Marisa Martínez Pérsico reviendra sur le départ de sa grand-mère pour l’Argentine en 1938. L’exil vers l’Amérique latine est un pan d’histoire sans doute moins connu par le public français. Le lendemain, la doctorante Léa Barril exposera ses recherches sur les conditions d’accueil effroyables que vécurent des réfugiés espagnols en Isère. L’attitude des autorités françaises de la IIIe République pendant la guerre d’Espagne est un sujet d’étude qui ne cesse d’être approfondi.

    Une autre vocation des Rencontres est d’inscrire l’expérience des réfugiés espagnols dans une histoire globale. C’est pourquoi, depuis plusieurs éditions, la parole est donnée à des organisations venant en aide aux migrants, comme SOS Méditerranée. Cette année, le lundi 12 octobre, c’est l’association France terre d’Asile qui sera reçue. Sa présidente, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale entre 2014 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem, présentera son livre Réfugiés, ce qu’on ne nous dit pas. Co-écrit avec l’économiste Benjamin Michallet, l’ouvrage vise à désamorcer les idées reçues sur les personnes exilées. « Il nous paraît évident de faire des parallèles avec ce qui s’est passé, ou se passe, ailleurs », explique Manuela Parra, la présidente de Voix de l’extrême, elle-même fille d’exilés espagnols. « Ce n’est pas uniquement l’histoire de la guerre d’Espagne. Nous portons un propos qui se voudrait général et universel », souligne-t-elle.

    Julien Bramy

    *Plus d’informations sur la page Facebook de l’association Voix de l’extrême

  • La Course pour la Mémoire continue de transmettre au plus grand nombre

    La Course pour la Mémoire continue de transmettre au plus grand nombre

    Toujours debout, comme le chante Renaud. L’association Courir pour la Mémoire (CPLM) a repris à son compte cette expression engagée pour en faire le slogan de la 10e édition de la course pour la mémoire, en hommage aux victimes des génocides et pour lutter contre le négationnisme.

    L’événement se tiendra le dimanche 18 octobre à partir de 8h45, avec la présence de l’ancien champion du monde 1998 Youri Djorkaeff comme parrain. « C’est une édition que l’on a voulue marquante, parce qu’un anniversaire, ça se fête, avec un nouveau parcours », souligne le président, Gérard Kirkorian.

    « Le départ se fera au niveau du stade nautique Florence-Arthaud et le peloton prendra la direction de Malmousque, via la corniche Kennedy. Ceux qui s’élanceront sur le 5 km feront une boucle et ceux sur le 10 km enchaîneront avec un deuxième tour », détaille Aurélie Cisneros, coordinatrice de la course. 1 500 coureurs et marcheurs sont déjà inscrits, laissant espérer un nouveau record après les 2 000 participants historiques atteints l’an dernier.

    Inspiré par Manouchian

    Inscrite au sein du mois de l’inclusion aux côtés de Marseille en rose, l’Algernon et Marseille-Cassis, la Course pour la Mémoire a toujours eu « un esprit de résistance », inspiré par Missak Manouchian, militant communiste et résistant fusillé au Mont Valérien pour avoir défendu la France contre l’occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale. « Il faut toujours se battre pour rappeler ce message de paix et de vivre-ensemble », insiste le président d’honneur Pascal Chamassian, attaché à la dimension sociale de la course.

  • Des êtres déracinés qui rêvent d’envol

    Des êtres déracinés qui rêvent d’envol

    Originaire du Caucase, le jeune réalisateur russe vit aujourd’hui en exil à Los Angeles après s’être opposé à la guerre en Ukraine. Il a fallu qu’il remanie l’histoire censée se passer dans sa ville natale. Tourné loin de Naltchik, son récit nous plonge désormais dans une Amérique d’expatriés.

    Puisant son inspiration dans ses propres origines, il creuse les rapports compliqués entre un père fantasque, Azik, et son fils Temir qu’il aime par-dessus tout. C’est l’Irlandais Barry Keoghan (Les Banshees d’Inisherin, Bird) qui donne vie à cette paternité non évidente. Cuistot dans un « diner » circassien du New Jersey tenu par sa sœur Zalya, ce boute-en-train au sourire angélique passe son temps à boire avec ses potes et foire le peu qu’il entreprend. Temir surnommé Pyteh (le Petit) malgré sa corpulence massive, est partagé entre fidélité envers les siens et envie de fuir. L’acteur turco-américain né au Kazakhstan Talha Akdogan incarne cet adolescent inquiet qui s’entraîne pour devenir champion de lutte et pousse son père à voir plus grand. Il l’encourage dans sa passion pour les delens, sorte de galettes, une spécialité culinaire de famille. Jusqu’à la tragédie qui précipite l’adolescent dans une vie d’adulte.

    Une distribution étonnante

    Dans ce casting inattendu, l’Anglais Harry Melling (Pillion) incarne Marat, l’indéchiffrable ami en errance perpétuelle et paresse intellectuelle. À l’affût d’argent facile, c’est par lui que le drame arrive.

    Surprenants sont aussi les portraits de femmes qui évoluent dans cet univers présumé masculin. À l’image de Zalya, la tante enceinte jouée par l’Américaine Riley Keough. Dotée d’une force de caractère, c’est elle qui prend les décisions qui s’imposent et gère le petit restaurant en difficulté. Autre personnage fort, la jeune athlète rencontrée à la salle d’entraînement. Temir n’ose se déclarer à Alika (Jaliyah Richards), une Nigériane aux attributs peu féminins, qui cache son acné aux yeux de tous. Une scène les montre dos à dos, à l’image d’un mur porteur, qui diffuse en eux une paix intérieure. Alika et Temir suivent les mêmes cours d’entraînement supervisés par une femme qui impose avec naturel discipline et ponctualité. Toutes sont subordonnées au pouvoir non pas des hommes mais de la précarité.

    Mémoire et corps

    Kantemir Balagov confirme la singularité de son style, optant pour une caméra intranquille et sensorielle qui interroge les liens d’interdépendance familiale et amicale… faite d’attirance et de rejet. Des séquences d’une grande vitalité qui traduisent ce besoin d’exister et ce désir d’envol. Comme la scène où le père et le fils déclenchent une ribambelle d’alarmes de voitures qui se mettent à hurler et à clignoter de mille feux. Le cadeau extravagant d’Azik pour la naissance de sa nièce, un immense pélican qui apparaît comme un porte-bonheur et le symbole d’une vie libre et sans frontière. Azik a beau être mort, il envoie des signes comme on sème des graines sur terre.

    Malgré quelques longueurs dans la première partie, signe du changement d’angle décidé par le cinéaste, le film détonne néanmoins par ce regard humain porté sur les personnages, la volonté optimiste de croire à un avenir meilleur. À la manière d’une confiture de papillon (Butterfly Jam), comme un doux rêve qui devient réalité.

  • Claude Kupfer veut « préserver ce qui fait l’âme » du Camp des Milles

    Claude Kupfer veut « préserver ce qui fait l’âme » du Camp des Milles

    La Marseillaise : Comment votre parcours vous a-t-il conduit à la présidence de la Fondation du Camp des Milles ?

    Claude Kupfer : Je suis un enfant de la République. Après la [Seconde] Guerre, mes parents y ont été accueillis. Je suis né 10 ans après, j’ai fait mes études. Par la suite, je suis devenu préfet, c’est-à-dire un serviteur de l’État. C’est ce parcours qui m’a animé tout au long de ma carrière. L’OSE, que j’ai dirigé pendant trois ans, travaillait déjà sur la Mémoire. C’est une association dont les activités sont présentées au rez-de-chaussée du Camp des Milles, à travers une exposition. Par ce travail, j’ai ensuite rencontré Alain Chouraqui, avant de prendre des fonctions de trésorier. Ce poste est une suite logique. Il y a aussi une dimension personnelle, puisqu’en visitant pour la première fois le site mémoriel, j’ai découvert qu’un des deux premiers enfants de mon père, qui ont été déportés puis assassinés à Auschwitz, était passé par le Camp. Il y a une dimension encore plus intime dans tout cela.

    Dans quel état d’esprit prenez-vous ces fonctions ?

    C.K. : Celui de continuer l’œuvre entreprise. En rappelant que sans Alain Chouraqui, ce lieu n’existerait pas. C’est lui qui, pendant des années, s’est battu pour que ces murs ne deviennent pas un supermarché, ou autre. Il a consacré toute son énergie et son talent à déployer cette œuvre de mémoire et tous les vecteurs qui permettent de comprendre comment le racisme, l’antisémitisme, l’exclusion de l’autre peuvent conduire au pire. C’est cette orientation qui sera la mienne : combattre avec nos moyens. Nous ne sommes pas des acteurs politiques, nous offrons à la réflexion un socle fondé, scientifique, pluridisciplinaire, pour montrer comment les choses peuvent aboutir au pire et les raisons qui doivent nous amener à lutter, quelle qu’en soit la forme.

    La tâche est lourde, c’est une responsabilité immense, mais exigeante. Par les temps qui sont les nôtres, l’explosion des actes antisémites, les extrémismes identitaires, cette tendance au repli sur soi… On ne rester sans agir. C’est une tâche qui correspond aux valeurs que j’ai entendu incarner tout au long de ma vie.

    S’il y a une volonté de poursuivre le travail engagé, y a-t-il aussi celle d’apporter des nouveautés au site ?

    C.K. : Des projets, il y en a un grand nombre qui vont voir le jour. Ils étaient en gestation depuis des années. On va commencer les travaux de modification d’une nouvelle salle des Artistes, où seront présentées les œuvres de personnes qui ont été internées, réalisées pendant ou après leur période d’internement. On va accueillir, en mars 2027, l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste et à la lutte contre l’antisémitisme (IHRA). On est candidat à l’inscription sur la liste indicative du Patrimoine de l’Unesco. On a en projet – ce n’est pas encore bouclé – de mettre sur pied une exposition qui s’intitulera la « Fabrique de la démocratie », qu’on espère présenter au public, d’abord chez nous, d’ici la fin de l’année, avant de la rendre itinérante.

    Il y a un certain nombre de points sur lesquels j’aimerais mettre l’accent. On a ici un modèle unique, celui du parcours entre un volet historique, mémoriel, réflexif et éducation (VR). Je garde l’ambition de le faire partager par d’autres lieux dans le monde, le faire connaître et augmenter, si l’on peut, la fréquentation de ce lieu, peut-être en instaurant des moments de gratuités de visite en cette période de baisse pour le pouvoir d’achat. Montrer que ce lieu est un lieu de mémoire, d’avenir… Je voudrais aussi mettre l’accent sur la formation, en direction de la communauté éducative, des personnes qu’on dit en situation d’autorité. On a été lauréats d’un appel d’offres de l’Union européenne qui nous permet de former jusqu’à 19 000 personnes, et on attend les résultats d’un autre appel à projet au mois de novembre, qui va nous permettre de former à l’Histoire de la Shoah et les moyens de lutter contre l’antisémitisme. Nous souhaitons aussi renforcer et développer le mécénat auprès des entreprises. L’État et les collectivités territoriales sont à nos côtés, mais si l’on peut augmenter nos capacités à faire plus, nous le ferons. On va également digitaliser, rendre plus attrayant le schéma dans le volet réflexif. Globalement, je veux garder le cap, la trajectoire de ce qui fait l’âme de cette institution.

    Vous prenez les rênes dans un contexte particulier : élection présidentielle en préparation, montée des extrêmes… Comment poursuivre votre travail dans ces circonstances ?

    C.K. : Ici, il y a une formule que je fais mienne : on ne parle pas de l’actualité, on parle du présent. Je suis sidéré, d’une façon générale, de voir que l’antisémitisme soit encore une source de violence, verbale ou physique. Pour le reste, on est dans une période électorale, je considère que c’est une chance : on est dans un pays où les opinions s’expriment. En même temps, on voit bien que ce qui se passe montre que les fondements de la démocratie, par la mise en cause des institutions, la critique des élites, traduit un moment de bascule. Saisissons cette opportunité. Je parlais de l’exposition que nous espérons mettre sur pied sur la « Fabrique de la démocratie » : j’aime ce mot fabrique. C’est quelque chose qui nous appartient tous. Cette fabrique nous interpelle tous. J’espère pouvoir la diffuser. On ne prend pas parti, on éclaire. Aux citoyens, aux dirigeants et ceux qui le veulent ensuite de se saisir de ce que nous proposons, qui reposent sur des analyses scientifiques pluridisciplinaires, pour ensuite faire le choix qui leur appartient.

    Vous accueillerez l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) en 2027. Quels sont les enjeux de cet événement pour le site mémoriel ?

    C.K. : Que l’IHRA se réunisse dans ce lieu exceptionnel est une reconnaissance de la qualité de notre travail. C’est la première fois que ce congrès international se tiendra dans un lieu de mémoire. Que le Camp des Milles soit choisi est évidemment une reconnaissance et une exigence à poursuivre le travail qui est nôtre. Ça va représenter entre 300 et 400 personnes : diplomates, chercheurs…

    Parmi les dossiers dont vous héritez figure celui de l’inscription du site au patrimoine mondial de l’Unesco. Où en est-il ?

    C.K. : C’est un dossier lourd. Lorsque le ministre des Affaires étrangères est venu, il a rappelé son soutien. Nous avons rencontré, avec Alain Chouraqui, le responsable du ministre de la Culture, pour nous guider à travers ces démarches. On reste battants. Nous souhaiterions être inscrits sur la liste indicative [liste de sites qu’un pays envisage de proposer à l’inscription au patrimoine mondial, Ndlr.] au plus tard en janvier prochain, pour en faire la présentation auprès de l’IHRA.

    Un point sur lequel vous souhaitez insister ?

    C.K. : Celui de saluer les équipes de la Fondation, qui réalise un travail avec engagement, même si les sujets sont parfois graves, sérieux. Tous nos combats pour la démocratie sont de plus en plus nécessaires.

  • La Nuit du droit ouvre les portes de la justice à Montpellier

    La Nuit du droit ouvre les portes de la justice à Montpellier

    Et si, le temps d’une soirée, les tribunaux devenaient des lieux de spectacle où l’on se rend plein de curiosité, sans l’appréhension qu’ils suscitent d’ordinaire ? C’est ce que propose la Nuit du droit, dont Montpellier s’empare pour une 5e édition organisée le 5 octobre, de 17h à 22h30. Objectif : ouvrir les portes des lieux de justice pour familiariser le grand public avec cette institution souvent intimidante, faire mieux connaître le droit, qui constitue le socle de notre vie en société. « Le but est de rendre accessible les lieux de justice. Tout citoyen a le droit de venir rencontrer des avocats, des magistrats, des greffiers, des notaires… », explique la vice bâtonnière Marie-Pierre Vedel-Salles.

    Lancée en 2017 à l’initiative de Laurent Fabius, alors président du Conseil constitutionnel, la manifestation célèbre le droit autour de l’anniversaire de la Constitution du 4 octobre 1958. « Au fil des années, tout le monde s’est pris au jeu », se félicite Éric Mathais, nouveau procureur général près de la cour d’appel de Montpellier. L’ensemble des professions juridiques (magistrats administratifs, judiciaires et financiers, avocats, notaires, étudiants en droit…) s’associe en effet pour faire vivre cette soirée, dont la déclinaison montpelliéraine se distingue par sa diversité : « Ce qui est fait à Montpellier est assez exemplaire. Ce n’est pas dans toutes les villes qu’il y a un programme aussi dense. »

    Comme désormais chaque année, la manifestation débutera dans la matinée par un forum des métiers du droit proposé dans l’enceinte du lycée Jean-Monnet, à destination des élèves de première et terminale. Puis, à partir de 17h, le public pourra investir le tribunal administratif, où des étudiants en droit et des élèves de l’école d’avocats (Edacs) s’affronteront lors de joutes oratoires.

    Deux procès reconstitués

    À la cour d’appel, deux procès reconstitués permettront de questionner la justice à travers deux affaires emblématiques. Le procès des sœurs Papin replongera dans l’affaire qui bouleversa la France en 1933. Christine et Léa Papin, employées comme domestiques, avaient assassiné leur patronne et sa fille. Au-delà de la violence des faits, le procès avait posé la question de la responsabilité pénale et de la maladie mentale, les experts psychiatres s’opposant sur leur état de conscience. Il avait aussi nourri les réflexions sur les rapports de classe. Des thèmes qui, selon l’avocate chargée de la reconstitution, « se posent encore actuellement ». Une vingtaine de professionnels du droit feront revivre l’audience à partir d’une documentation d’époque.

    Le second procès, tourné vers les libertés publiques, sera consacré à l’affaire Gonzalez-Gomez, dite de la PMA post-mortem. En 2016, le Conseil d’État avait autorisé l’exportation vers l’Espagne des gamètes d’un homme décédé, son épouse souhaitant y poursuivre une procédure interdite en France. Le juge administratif devait alors mettre en balance la protection des règles françaises de bioéthique et les libertés individuelles, notamment le droit au respect de la vie privée et familiale.

    Enfin, la Chambre régionale des comptes (CRC) Occitanie proposera, à la bibliothèque des avocats, un escape game pour découvrir le travail des magistrats financiers. « Il permettra au public de plonger dans les arcanes du fonctionnement de la CRC, de travailler à une instruction, de prêter serment comme un véritable magistrat et de délibérer », résume la présidente de la CRC, Valérie Renet.

    Toutes les animations sont gratuites, sur inscription obligatoire*. Un succès qui ne se dément pas : selon Marie-Pierre Vedel-Salles, les places sont chaque année « prises d’assaut » !

    * – Procès historique et procès administratif : my.weezevent.com/nuit-du-droit-courdappel- 2026

    – Joutes oratoires : my.weezevent.com/joutes-oratoires-nuit-du-droit-2026

    – Escape game : my.weezevent.com/escape-game-nuit-du-droit-2026

  • Une « reconnaissance historique » pour le collectif Saint-Jean 24 janvier 1943

    Une « reconnaissance historique » pour le collectif Saint-Jean 24 janvier 1943

    « C’est un moment longtemps espéré qui a fini par aboutir » résume Gérard Agresti au sortir de près de deux heures de réunion avec le Procureur national. Son père, Roger Agresti, était revenu du camp de Sachsenhausen. « On va s’appuyer sur cette reconnaissance pour que cette rafle oubliée ou éludée soit enseignée dans les livres scolaires. C’est un fait qui entre dans l’Histoire de France. » Il souhaite que le Président de la République vienne reconnaître publiquement qu’un crime contre l’Humanité a été commis par les Allemands et malheureusement des Français.

    « C’est une délivrance »

    « C’est un moment exceptionnel aujourd’hui, une délivrance je le dis. Pour moi, aujourd’hui, c’est la fin d’une quête, la reconnaissance de ce que 20 000 Marseillais chassés ont subi. » Rose-Marie Roger, 72 ans, bouleversée, serre fort dans ses mains la photographie encadrée de son grand-père, Vincenzo Ottaviano qu’elle n’a pas connu, mort le 12 avril 1943 au camp d’internement de Royallieu. « Il habitait rue des Honneurs. La Gestapo est venue le chercher. Ma grand-mère ne l’a jamais revu. Depuis toujours, je cherchais sa trace et grâce au collectif, j’ai pu voir son nom sur la stèle de Compiègne. »

    « C’est beaucoup d’émotion. C’est extraordinaire ! Je n’en ai pas dormi tellement je savais l’importance de ce que j’allais vivre » confie Antoine Mignemi, le président du Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, un des derniers survivants de la rafle. « Il a fallu attendre 83 ans pour que la souffrance des victimes puisse être reconnue. Je pense à mes parents et aux 20 000 personnes qui sont parties, la souffrance dans le ventre. »

    Antoine Mignemi espère maintenant qu’une nouvelle étape soit franchie. « Il faut que le président de la République française Emmanuel Macron, comme l’a fait Jacques Chirac pour la rafle du Vél d’Hiv, vienne reconnaître qu’à Marseille il y a eu cette tragédie et que cette mémoire soit transmise dans les écoles pour que cela ne se reproduise pas. Cette reconnaissance a absolument une portée politique. Car la vigilance est nécessaire face aux forces réactionnaires fascistes qui reviennent en France et entrent dans les gouvernements en Europe. »

    « Cette reconnaissance est un premier pas. J’avais 6 ans, ma mère enceinte pleurait. Un gendarme l’a vue et a eu un geste d’humanité en nous mettant dans le ferry-boat pour passer sur l’autre rive. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu un gendarme pour nous sauver » tient à dire Guy Nassi, 89 ans. « On va se battre pour que l’État crée un fonds d’indemnisation » réclame Me Michel Pautot, avocat d’Antoinette et Gilbert Castagno qui avait respectivement 9 ans et 11 ans le jour de la rafle. « Ça fait plaisir mais un classement sans suite vraiment ça me choque » grimace Antoinette.

  • La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien », chantait Jeanne Moreau en 1963. Visiblement tout l’inverse du côté du Théâtre Joliette, où « la question de la mémoire et de la transmission » irrigue la saison 2026-2027, résume sa directrice Nathalie Huerta, en indiquant l’affiche qui l’illustre : une photo d’archive de Destierro, le vertige et la foi, écrit et mis en scène par Daniela Labbé Cabrera, « enfant d’exilés chiliens » qui retrace l’histoire de ses parents « militants, proches de Salvador Allende, ayant fui le Chili pour la Roumanie lors du coup d’État de Pinochet ». À voir du 17 au 19 février.

    Que dire encore de La memoria futura, « spectacle déambulatoire dans l’espace public » prévu en juin et imaginé par Luciana Mastromauro qui s’appuie sur les témoignages de grands-mères de la Place de Mai, à Buenos Aires, ces grandes et dignes dames qui militent pour retrouver les enfants volés lors de la dictature argentine entre 1976 et 1983. Un devoir de mémoire et de transmission également à l’œuvre lors du festival Nous, la lune et les voisins, imaginé par le collectif de marionnettistes et performeurs libanais Kahraba. Historiquement lié au quartier de Mar Mikhaël, à Beyrouth, il se dupliquera au Panier et à la Joliette du 10 au 18 octobre. Et ce, notamment à travers des « ateliers de poésie, danse, chant et marionnettes » dispensés aux habitants, sans oublier certaines propositions parmi lesquelles un dialogue entre Elias Sanbar, ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco et traducteur du poète Mahmoud Darwich, et sa fille, la comédienne Mayya Sanbar.

    Tirailleur sénégalais

    et liaisons dangereuses

    Si la mémoire s’inscrit dans la peau de ces créations internationales, la thématique n’en demeure pas moins abordée par des artistes locaux que le Théâtre Joliette mettra en lumière. Aux côtés de son peintre de père, le conteur et musicien Lamine Diagne exhumera au mois mars dans Waxoul « l’histoire enfouie » de son grand-père qui « était un tirailleur sénégalais », contextualise Nathalie Huerta. Au Théâtre de Lenche, lié à celui de la Joliette depuis 2017, Franck Dimech recréera, plus de 20 ans après, le Quartett d’Heiner Müller, d’après Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. À la distribution de cette pièce visible en janvier, la figure marseillaise de la comédie Marcelle Basso ainsi que Maurice Vinçon, désormais 87 printemps au compteur et fondateur de cette scène établie au Panier depuis 1977. « Maurice a demandé à Franck Dimech de remonter au plateau une dernière fois », sur les planches de ce théâtre qu’il a dirigé pendant des années au cours d’une pièce qui évoque « la vie sexuelle et amoureuse d’un couple à travers les années. Cela parle de la façon dont le temps peut détruire tous types de relations », campe la directrice du Théâtre Joliette.

    Ouverture et participation

    Auparavant très cantonné à l’accueil de résidences d’artistes, le Théâtre de Lenche s’ouvrira encore plus au public cette saison. « Beaucoup de gens du quartier nous ont fait part de leur amour pour ce théâtre en expliquant qu’ils aimeraient que plus de choses s’y passent », rappelle Nathalie Huerta. Parmi les autres événements qui s’y dérouleront, une « carte blanche » octroyée à Manon Worms au mois de mai avec toute une série d’ateliers et de performances qui permettront aussi à cette dramaturge d’expérimenter sa « prochaine création, autour du thème de la sécurité ».

    Parmi la soixantaine de propositions artistiques jalonnant la saison du Théâtre Joliette, un certain nombre de créations itinérantes et participatives. Anne-Sophie Turion concevra ainsi les 22 et 23 mai, avec des habitants de la Joliette, « une visite guidée du quartier dans laquelle ils feront une apparition. Puis, le jour du spectacle, les spectateurs la suivront sous casque », situe la directrice du théâtre qui programmera aussi au cours de l’année de grandes fresques telles que Le Roi Lear de Dieudonné Niangouna, les 25 et 26 mars, aussi bien marquée par « la tradition congolaise » que de l’esprit de Shakespeare.

    Programme complet de la saison sur www.theatrejoliette.fr

  • À Marseille, les lycéens cultivent la mémoire de l’Arménie

    À Marseille, les lycéens cultivent la mémoire de l’Arménie

    L’Histoire est condamnée à se répéter si l’on ne retient pas les erreurs du passé », nous préviennent Youssef et Quentin, élèves en 1ère, qui tenaient à prononcer quelques mots à l’occasion d’une cérémonie visant à honorer la mémoire des victimes du génocide arménien. « Un outil face à l’oubli, face aux idées extrêmes, il s’agit d’accomplir notre devoir de citoyen », explique Youssef devant une assemblée franco-arménienne. Dans un climat fraternel, ils profitent également de l’occasion pour souhaiter la bienvenue aux lycéens d’Erevan, la capitale arménienne. « Rien de plus beau que deux peuples qui se rencontrent sans se craindre, rien de plus humain que le vivre-ensemble », se réjouit Quentin.

    La curiosité au cœur

    des échanges

    Concrétisé en 2024, ce programme d’échange franco-arménien représente une opportunité exceptionnelle pour ces lycéens. « Pour certains, c’est le voyage le plus important de leur vie, ils rencontrent des jeunes de leur âge mais avec une histoire différente, ça les touche beaucoup », rapporte Rose Guiragossian, professeure d’histoire-géographie au lycée Nelson-Mandela. Accompagnés par les lycéens marseillais, les élèves arméniens vont découvrir cette semaine le patrimoine culturel de la région.

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    C’est une belle famille ! Nous habitons au 5, rue de l’Académie, en plein centre-ville, en face le1 magasin de chaussures de ma grand-mère, Clémentine, qui nous gâte beaucoup.

    Mon père, qui avait commencé comme taxi après la Grande Guerre, est maintenant installé comme mécanicien-garagiste au 70-72, rue Cherchell (actuellement rue Jules-Moulet), dans le VIe arrondissement.

    Le Garage de l’Ascenseur est un grand garage de quatre-vingts places environ. Mon père emploie un mécanicien, un carrossier-peintre et un gardien, qui loge avec sa femme et son fils dans un petit appartement de fonction.

    Outre les réparations, mon père fait de l’achat et de la vente de voitures, ainsi que de la location sans chauffeur. Il a une belle clientèle, car son garage est dans le quartier bourgeois du boulevard Notre-Dame (au pied de « La Bonne Mère », qui surmonte Notre-Dame-de-la-Garde), et elle est composée de médecins et d’industriels qui ont une grande confiance et estime pour M. Lucien Marter.

    Des bancs de Thiers à ceux
    de Montgrand

    Mes frères vont au lycée Thiers2, à cent cinquante mètres de notre domicile. J’y fais aussi mes classes enfantines jusqu’à la septième, et j’en garde des souvenirs émus en raison des amitiés nouées avec des camarades de mon âge et de certaines institutrices qui m’avaient voué une grande affection.

    Puis, dès la sixième, j’entre au lycée Montgrand, un peu plus loin, un peu plus snob, mais où la camaraderie va s’installer grâce à la constitution d’une fine équipe que nous baptiserons la « Tribi » ou la « tribu des i », chaque membre étant dotée d’un nom se terminant par un i. Je suis donc baptisée « Radis » en raison, sans doute, de ma petite taille…

    Mes camarades, des filles intelligentes et studieuses, ont comme moi la passion du cinéma et des acteurs play-boys de l’époque. Chaque jeudi, nous nous retrouvons chez l’une ou chez l’autre, et nous y faisons notre théâtre personnel en trouvant dans les greniers des costumes qui nous permettent de jouer la comédie, voire la tragédie.

    Nous parvenons même à constituer une troupe amateur avec Lily Scherr, son frère Alfred et ses amis, Claude Aburbe et Salvator Zarava. Cette troupe montera Les Précieuses ridicules au théâtre de l’Œuvre, à Marseille.

    à suivre la semaine prochaine…

    1. Sic. Formulation méridionale

    2. À cette époque, cet établissement était mixte et comprenait des classes de la douzième à la septième

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défense de la paix

    Avec cette prise de position ferme de la CGT, dans laquelle les dockers de Marseille et les inscrits maritimes ont joué un grand rôle, nous nous heurtions à l’opposition des directions FO et CFTC qui voulaient interdire aux syndicats toute action débordant le cadre professionnel. Leenhardt et Gaston Defferre s’employaient dans Le Provençal contre la CGT et le PCF.

    Les événements ultérieurs confirmèrent qu’il existait dans le mouvement ouvrier français une autre tradition qui ne pouvait rester à l’écart du rassemblement et de la lutte pour la paix. En août 1948, à Wroclaw, en Pologne, se tint un congrès mondial des intellectuels pour la paix avec la participation d’écrivains comme Aragon. En novembre, les assises pour la paix et la liberté rassemblèrent à Paris 12 000 délégués ; la délégation marseillaise était de 200 et parmi elle de nombreux militants qui n’appartenaient pas à la CGT.

    Luttes revendicatives

    Ces cinq années riches d’événements ont entre elles des caractéristiques communes. C’est la période pendant laquelle les gouvernements qui se succèdent à la tête du pays s’engagent toujours plus dans la guerre d’Indochine. C’est aussi la période liée à l’alliance atlantique dirigée contre les pays du socialisme et, en même temps, contre l’essor des forces démocratiques. Ce climat de guerre froide tente de faire supporter à la population les frais de cette politique. Notre union départementale a tenu sa place dans ce combat, qui était pour nous inséparable de la lutte revendicative. Quant au pacte atlantique, j’ai déjà évoqué novembre 1947, où le CCN de la CGT avait décidé de s’opposer au plan Marshall. Or, ce plan n’était qu’une étape dans la politique d’hégémonie mondiale poursuivie par les États-Unis. Il faut se souvenir que des accords militaires de en 1948, qui engageaient la France dans une coalition impérialiste agressive.

    Un nouveau pas fut franchi le 4 août 1949 par la signature du traité de l’Atlantique Nord, ratifié par l’Assemblée nationale en juillet. Pacte qui rassemblait, sous la direction des États-Unis, le potentiel économique et militaire des pays adhérents. Partout dans le monde s’implantaient des bases américaines ; chaque pays était concerné et les budgets de guerre augmentaient. Pour la France, ce budget atteint 600 milliards en 1949, 880 milliards en 1950 et 1 300 milliards en 1951.

    La CGT menait la lutte contre les colonialistes, la guerre du Vietnam se poursuivait ; des forces militaires françaises, de plus en plus nombreuses, étaient engagées et les navires revenaient à Marseille avec des centaines de blessés.

    D’ailleurs, à partir d’août 1950, les États-Unis apportaient leur soutien aux agresseurs, mais le peuple vietnamien résistait et infligeait défaite sur défaite au corps expéditionnaire.

    à suivre la semaine prochaine…