Tag: Méditerranée

  • Les acteurs de la mer unis pour de nouveaux projets à La Ciotat

    Les acteurs de la mer unis pour de nouveaux projets à La Ciotat

    « Avec la création de ce Comité citoyen de la mer, la Ville réaffirme sa volonté de faire de son patrimoine maritime un bien commun vivant, partagé et tourné vers l’avenir. » C’est en tout cas l’ambition rapportée par la Ville après l’officialisation jeudi 9 juillet de la création du comité. Celui-ci est présidé par l’adjoint (LR) Richard Molines, délégué aux affaires maritimes et portuaires, assisté notamment de Marc Mannoni, vice-président du comité et président du club de plongée, ainsi que de Pierre Boissery, expert mer à l’Agence de l’eau Méditerranée.

    Des projets à découvrir

    à l’automne

    Ce comité citoyen mélange associations et acteurs du territoire, pour « favorisant l’émergence et le développement de projets liés à la mer » selon la Ville, parmi lesquels figurent la Prud’homie de pêche, les Calfats de l’Escalet, le Neptune Club ou encore la Société nautique. En premières pistes de réflexions, la municipalité évoque la création d’une « maison de la mer, de la pêche et de la plongée », « un projet de musée sous-marin » ou encore « l’organisation d’une fête annuelle dédiée à la mer ». Des idées appelées à muer en projets, qui seront présentés à l’automne, « à l’occasion d’une Soirée de la mer au cours de laquelle seront présentés les premiers projets appelés à être développés en 2027 » d’après la Ville.

    La démarche se veut participative. « L’ensemble des associations nautiques est invité à rejoindre la démarche, aux côtés des acteurs économiques majeurs du territoire, tels que La Ciotat Shipyards et La Ciotat Entreprendre » toujours selon la Ville.

  • [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    [Regard sur l’Italie] Le refuge de Visconti accueille Letizia Battaglia

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

    Il y a un petit coin dans l’immensité de la Méditerranée où terre et mer s’embrassent au nom de la beauté. C’est un bois – le bois de Zaro – dont l’ombre vient découper le bleu de la mer. Et c’est ici, sur l’île d’Ischia, à Forio, à quelques encablures de Naples, que la beauté a élu domicile. Il s’agit de La Colombaia, la demeure du grand cinéaste Luchino Visconti ; jusqu’au 30 août, elle accueille une magnifique exposition de photographies de Letizia Battaglia. L’artiste sicilienne retrace l’histoire à travers ses images, transmettant cette émotion que seul un détail peut susciter. Intitulée « Senza chiedere permesso » (Sans demander la permission), l’exposition réunit 35 photographies qui, telles un hymne à l’engagement citoyen, révèlent à la fois la violence de l’histoire et le courage de la vie. Parmi les visages présentés figurent ceux de Pasolini, Falcone et Mattarella. Des figures humaines dont l’histoire est racontée avec cette singularité propre au regard de Letizia Battaglia. « Quiconque possède un appareil photo, détient un moyen puissant et merveilleux d’exister, d’être, de vivre et de rencontrer le monde », écrit l’artiste.

    La Colombaia, à Forio d’Ischia, est un petit coin de Méditerranée où la présence du légendaire Luchino Visconti se fait sentir dans les moindres recoins de la villa. Le maestro est arrivé à Ischia en 1945 ; c’est ici que sont nés certains de ses chefs-d’œuvre, tels que Senso, Les Nuits blanches et Le Guépard. Durant les étés qu’il y passait, la villa fourmillait d’icônes du cinéma et de la culture du monde entier. Au milieu des allées de chênes verts et des pièces donnant sur la mer, on pouvait croiser Maria Callas, Alain Delon (qui était très lié avec le réalisateur), Romy Schneider et Helmut Berger, ainsi que des intellectuels de la trempe de Pasolini et Truman Capote. Véritable joyau architectural mêlant différents styles, la villa surplombe une mer qui semble libérer ses souvenirs ancestraux dans l’écho du ressac. J’ai découvert ce refuge magique alors qu’il était à l’abandon, ravagé par le pillage et le vandalisme. La Colombaia a connu deux renaissances : la première en 2001, pour le 25e anniversaire de la mort de Visconti, sous l’égide d’une fondation publique qui y a géré un musée et une école de cinéma jusqu’en 2015, une initiative qui a finalement échoué en raison de problèmes de gestion et de contraintes bureaucratiques. Puis, en 2023, grâce à des fonds alloués par le ministère de la Culture, la municipalité a obtenu les ressources nécessaires à d’importants travaux de restauration, rendant ainsi au lieu sa vocation artistique et sa beauté. « Ce fut une aventure », explique Anniria Punzo, directrice artistique de la villa, « qui a activement impliqué les habitants. Malheureusement, en raison des années d’abandon, beaucoup d’éléments ont été perdus. Aujourd’hui, toutefois, ce lieu a retrouvé la vie en hommage à Visconti et à son amour pour l’île. »

    Flâner à La Colombaia est une expérience véritablement unique. Le cinéma – et plus particulièrement le grand cinéma de Visconti – y perdure à travers des affiches d’époque et des livres miraculeusement retrouvés… Parallèlement, trente-cinq photographies de Letizia Battaglia rendent hommage à sa sensibilité artistique tout en s’inscrivant dans un récit unique : celui de la culture italienne qui, comme par enchantement, suscite l’espoir d’un avenir meilleur. « Dans les images exposées, Letizia Battaglia présente une archive à la fois intime et civique, personnelle et collective », explique la commissaire Chiara Arturo. « Ses photographies sont d’une grande qualité formelle, mais elles possèdent surtout une immense puissance éthique. Les regarder n’est pas un acte neutre. »

    Le maquis méditerranéen qui borde le vaste jardin entourant La Colombaia demeure le témoin silencieux de la vie du maestro Visconti ; ses cendres reposent au sein de cette nature sauvage. Un coin de Méditerranée qui, pour une fois, se fait hymne à la paix.

  • Les trésors de la Lune remontés à la surface

    Les trésors de la Lune remontés à la surface

    Jusqu’à « 60, 70, 80… », compte Michel L’Hour, à mesure que les plongeurs-démineurs de la Marine nationale s’enfoncent pour arrimer les sangles de L’Alfred-Merlin au canon tricentenaire, immergé à 90 mètres de profondeur. Le directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), dirige également les recherches sur l’épave de La Lune, aux côtés d’Olivia Hulot. L’opération est délicate : des sédiments recouvrent le canon. Toute l’équipe a les yeux rivés sur les sept écrans de la salle de contrôle, reliés aux caméras des plongeurs et du site de fouilles archéologiques.

    La mer est calme, « On a un temps parfaitement propice à ce genre d’opération », se réjouit Michel L’Hour. « Mais le soulagement, c’est quand c’est fini, quand les plongeurs sont dehors », ajoute-t-il. Après 20 minutes de remontée où toute l’équipe retient son souffle, le canon sort enfin de l’eau. « C’est l’aboutissement de beaucoup de travail, et quand ça marche, on ne peut pas rêver mieux, ça en fait le plus beau métier du monde ! », s’exclame sourire aux lèvres, Olivia Hulot, archéologue maritime, conservatrice patrimoine et cheffe de la mission de La Lune, aux côtés de Michel L’Hour.

    Depuis plus de six mois, le Drassm et le Centre d’expertise et d’essais pratiques de la Marine nationale (Cephismer), spécialisé dans la plongée humaine et l’intervention sous la mer, travaillent ensemble sur cette mission. Elle « demande une orchestration hyperfine, hyperciselée » selon Olivia Hulot. « Ça va du matériel qu’on doit acheter aux missions que doivent avoir nos spécialistes pluridisciplinaires qui sont à bord. Ça monte en puissance au fil des semaines », précise-t-elle. Le temps réduit des plongeurs au fond de la mer, seulement 15 minutes, impose aux équipes de connaître le site de fouilles sur le bout des doigts. C’est dans cette perspective que le site de La Lune a été numérisé en 3D en 2022. « On a une vue complète de tout ce qui s’y trouve. L’idée, c’est que les actions soient vraiment chirurgicales avec des gestes précis », explique Olivia Hulot, dont le rôle est de coordonner les informations entre les marins-plongeurs et l’équipage. « C’est une belle synergie qui fait de belles concrétisations comme aujourd’hui », se satisfait-elle. Avant la remontée du canon mercredi, deux plongées ont préparé le terrain. Une plongée « d’expertise » a d’abord permis d’« évaluer la résistance et la nature des sédiments autour du canon », explique le Major Aymeric, plongeur-démineur au Cephismer. La seconde plongée a servi à positionner les sangles autour du canon et à régler la pantoire, l’instrument qui allait en maîtriser l’élévation le jour J.

    « Un bateau emblématique sublimement conservé »

    Après 330 ans endormie au large de Toulon, l’épave de La Lune, est découverte en 1993 par le Nautile, sous-marin de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. Sa tragique histoire se déroule au XVIIe siècle. La Lune fait partie d’une expédition militaire commandée par Louis XIV, qui cherche à asseoir son pouvoir en Méditerranée face aux corsaires Barbaresques. Alors que le fleuron de la Marine royale est largement fragilisé, il est déclaré apte à naviguer. Le 6 novembre 1664, une tempête lui est fatale, le navire sombre à pic, emportant avec lui près d’un millier d’hommes à bord. « C’est la soudaineté du naufrage qui fait que les objets sont miraculeusement préservés », explique Olivia Hulot. « C’est une vraie bulle temporelle ». Entre sa proue et sa poupe, La Lune mesure 40 mètres de long sur 11 mètres de large et recèle des « centaines de milliers d’objets conservés ».

    Le succès d’une telle opération a une saveur particulière pour Michel L’Hour, qui dirige les recherches autour de l’épave depuis 2012. « On a connu des moments un peu catastrophiques il y a quelques années sur un canon comme ça, alors qu’il n’était qu’à un mètre de la surface », se souvient-il.

    Long de 3,25 mètres et large de 24 cm, le canon remonté ce mercredi pèse 1,7 tonne. « Il est cerné de fleurs de lys, c’est rare qu’on en ait autant », se réjouit-il. Sur le canon trône également un blason et une ancre, « symbole de la Marine, que l’on trouve associé notamment aux armoiries de Richelieu », explique-t-il avec fierté. « Le fondeur s’est donné la joie de faire quelque chose de très prestigieux, on lui rendra hommage quand on aura fini de le nettoyer, on trouvera peut-être ses initiales ».

    « Rien n’a été cassé »

    Il faudra rester patient avant de percer tous les secrets du canon. Le colosse de bronze va être envoyé à Nantes, au laboratoire « Arc’antique », pour le libérer des organismes marins et des chlorures qui l’ont envahi depuis trois siècles. « La restauration permettra, via le procédé d’électrolyse, de voir l’âme du canon », s’impatiente Olivia Hulot. « Comptez deux à trois ans » et « un petit billet de 10 000 euros », avant de pouvoir l’admirer dans sa meilleure forme, précise Michel L’Hour. Pour les plus impatients, pas de panique, des services de vaisselle ont également été remontés lors de l’opération. « Rien n’a été cassé lors de la remontée », se félicite Olivia Hulot. À bord, une céramologue prodigue « les premiers soins » aux précieux vestiges, tandis qu’un ingénieur du CNRS numérise chaque pièce avec minutie. « Le scan présente cet avantage d’avoir une définition parfaite de l’objet dans son état actuel de sortie d’eau », explique Olivia Hulot. Au-delà de l’étude scientifique, cette numérisation permettra à l’épave de raconter son histoire au public lors d’une visite immersive, visuelle et sonore. D’ici là, certaines pièces de La Lune seront exposées au musée national de la Marine dès le 18 novembre prochain, au cœur de l’exposition Plongée(s) dans l’inconnu. L’aventure sous-marine en Méditerranée.

    « On est dans les 10 sites probablement les plus riches aujourd’hui pour leur potentiel scientifique, archéologique
    et même artistique »

  • À Kalliste, un chantier témoin du plan écoles

    À Kalliste, un chantier témoin du plan écoles

    Là, nous sommes au rez-de-chaussée dans la maternelle, au-dessus, ce sera l’élémentaire… » Le directeur général de la Société publique des écoles marseillaises (SPEM), Nicolas Andreatta, assure la visite du futur groupe scolaire Parc Kalliste Nouvelle (15e) ce samedi 4 juillet. Un ensemble monumental de 21 classes avec bibliothèque, salle de motricité et autres espaces de restauration, construit aux dernières normes bioclimatiques, qu’il décrit à Antonio Costa, président du Conseil européen, accompagné du maire de Marseille, Benoît Payan (DVG). Il faut dire que l’Europe, par l’intermédiaire de la BEI (Banque européenne d’investissement), a octroyé un prêt de 200 millions d’euros pour soutenir le plan écoles de la Ville. Le projet Kalliste s’inscrit dans un quartier prioritaire et mettra à disposition des habitants une salle polyvalente.

    Un plan à 1,5 milliard

    Démarré en décembre 2025, l’établissement devrait être livré en septembre 2027. Coût de l’opération : 14,1 millions d’euros, dont 6,5 financés au titre de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine). « Cette école doit être un lieu totem, estime Benoît Payan. Ici à Marseille, il y a deux grands fléaux : l’habitat, sur lequel nous n’avons pas beaucoup de prise, et les écoles, construites à la va-vite, dans les années 60, et, qui, elles, relevaient de notre responsabilité. »

    Le « plan écoles du siècle », rien de moins, lancé en 2021, prévoit la rénovation, la reconstruction partielle ou totale des 470 établissements de la ville, moyennant 1,5 milliard d’euros. Un plan organisé en plusieurs vagues, la 2e et la 3e sont en cours avec 35 écoles construites d’ici 2028, 48 entre 2026 et 2029, puis une 4e entre 2027 et 2030 avec 43 autres. Tout devrait être terminé en 2032. Depuis 2020, 27 établissements scolaires sont sortis de terre, comme l’école Baya, ex-école des Abeilles, en centre-ville, Toros Mater dans le 9e, Jolie-Manon à la Belle-de-Mai (3e).

    Pour le maire de Marseille, la présence d’Antonio Costa vient conforter le bien-fondé de cette vaste ambition. « Il a été chef de gouvernement au Portugal mais aussi maire de Lisbonne. Il sait la difficulté qu’il a eue aussi dans sa ville sur les écoles. Il sait que ce chantier est pour l’avenir », pose Benoît Payan.

    Le président du Conseil européen insiste sur des institutions européennes qui « doivent être proches des citoyens ». « L’école est au cœur de notre projet, parce que cela veut dire tout d’abord : opportunité », défend-il. Selon lui, l’école reste aussi « l’endroit décisif pour la citoyenneté. Et la citoyenneté, c’est décisif pour bâtir une société avec des valeurs. L’Union européenne, c’est une union des valeurs ». Interrogé sur le choix de Marseille pour y faire une halte, Antonio Costa met en avant une « ville européenne au cœur de la Méditerranée », qui représente une certaine idée de l’Europe, celle « d’une union dans sa diversité ».

    Il repartira en mer faire un point sur les projets menés sur le littoral après avoir rencontré le bataillon des marins-pompiers, pour évoquer la dimension européenne de ses actions.

  • L’Ifremer inquiète des effets des canicules marines sur la biodiversité

    L’Ifremer inquiète des effets des canicules marines sur la biodiversité

    Ils ont beau connaître et s’attendre aux effets néfastes du réchauffement climatique, des chercheurs réunis hier à Sète par l’Ifremer*, se disent « étonnés » par l’ampleur des phénomènes qu’ils observent déjà sur le terrain.

    Si la façade atlantique n’est pas épargnée, la Méditerranée constitue bel et bien un « hotspot du changement climatique et de biodiversité », pose d’emblée Nathaniel Bensoussan. Ce chercheur au Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (LOPS) à l’Ifremer, rappelle que la Grande Bleue a gagné 1,5 degré depuis 1982 et qu’elle se réchauffe deux fois et demie plus vite que la moyenne des eaux.

    Ce phénomène dû à l’activité humaine qui produit des gaz à effets de serre, génère des « vagues de chaleur marines ». Lesquelles altèrent durablement le fonctionnement des écosystèmes côtiers et la biodiversité. Ainsi les tissus vivants des gorgones rouges, ces coraux mous qui « jouent le rôle des arbres dans les forêts », sont-ils nécrosés (calcaire blanc). Déjà les scientifiques s’inquiètent d’une « mortalité récurrente » notamment dans les calanques. Dès 2022, une floraison massive de posidonies a été observée. Loin d’être une bonne nouvelle, c’est le signe d’un « risque d’épuisement » de ces plantes aquatiques qui oxygènent l’eau et participent à la stabilité des fonds marins. « C’est un sujet majeur. Si des plantes comme les posidonies sont affectées, la séquestration du carbone est impactée », éclaire Nathaniel Bensoussan.

    Étang de thau en surchauffe

    Les écosystèmes fermés tels que les lagunes ou les lagons ne sont pas épargnés par le réchauffement des eaux. Sur l’étang de Thau, Vincent Ouisse, chercheur en écologie benthique à l’Ifremer, parle même d’un « effet loupe ».

    En raison des faibles profondeurs, les eaux sont déjà à 30-32 degrés et peuvent monter jusqu’à 36°. Les herbiers, plantes marines à fleurs, souffrent elles aussi. De même que les bénitiers et coraux jusque dans les lagons de Polynésie, ajoute Guillaume Mitta, chercheur en biologie des interactions. Du côté de la Bretagne et de la Manche, ce sont les laminaires (algues brunes) qui sont en « forte baisse d’abondance et de densité », constate Martial Laurans, spécialiste en écologie halieutique à l’Ifremer. Dans la baie de Grandville en Normandie, où les eaux se sont réchauffées de 1,5 degré en 40 ans, « les captures de bulots ont chuté de 80% », illustre Hubert du Pontavice, chercheur à l’Ifremer.

    Les moules en péril l’été

    À l’instar de la grande nacre ou des sardines, des poissons et coquillages sont aussi touchés. C’est notamment le cas des huîtres. L’an passé, « la canicule de juin a engendré des pontes précoces d’huîtres de 2 à 4 semaines partout en France », se souvient Franck Lagarde. Ce chercheur en biologie et écologie marines à l’Ifremer précise que les périodes de pontes sont désormais étendues de mi-mai à mi-septembre au lieu de mi-juillet à mi-août auparavant. Avec pour conséquence « des huîtres de meilleure qualité au printemps qu’à l’automne ». Si la Bretagne a vu ses taux de croissance des naissains chuter de 14 à 62% c’est tout l’inverse en Méditerranée avec des taux de croissance culminant à 143% « en raison d’eaux plus chaudes et de pluies plus abondantes qui amènent des sédiments ».

    La dynamique est tout autre pour les moules dont l’avenir est clairement menacé l’été en Méditerranée. « On observe un décrochage quand les eaux atteignent 27-28 degrés. Et à part aller plus au large, je ne vois pas ce qu’on peut y faire », confie Franck Lagarde. Le coordinateur du réseau Ecoscopa à Sète, révèle qu’en Corse la production de moules est déjà abandonnée à partir de juillet en raison d’eaux trop chaudes.

    Or, Nathaniel Bensoussan est catégorique. « On va vers la tropicalisation de la Méditerranée. » Face aux tergiversations des responsables politiques, Hubert du Pontavice presse. « En tant que scientifique, je suis dans une intranquillité. Il y a une urgence à agir face à un empilement d’événements. »

    * Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

  • Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Une instance de suivi sur l’éolien offshore

    Les pales des trois immenses éoliennes de la ferme pilote « Provence grand large » sont visibles depuis la côte Saint-Louisienne. À l’horizon 2032, 12 à 19 nouvelles infrastructures flottantes seront mises en service un peu plus loin, à 25 km du rivage, pour une puissance installée comprise entre 230 MW et 280 MW, l’équivalent de la consommation électrique annuelle de 450 000 habitants. C’est donc naturellement que les pouvoirs publics ont choisi la commune rhodanienne pour l’installation de l’Instance de concertation et de suivi de ce projet, ce lundi 29 juin. En décembre 2024, la société « Éoliennes Méditerranée Grand Large » a remporté l’appel d’offres n°6 pour assurer la conception, la construction et l’exploitation du premier parc commercial flottant de Méditerranée.

    Le maire, Martial Alvarez (DVD), souligne : « Nous sommes alignés sur la volonté d’accompagner cette nouvelle filière (…) pour assurer la souveraineté énergétique de la nation, mais nous sommes attachés à ce que puissent être mises en place des compensations. (…) On est sur un périmètre où on peut se dire : on nous a déjà préempté la terre avec la plus grosse zone industrialo-portuaire d’Europe, on est en train de nous enlever la mer, qu’est-ce qui va nous rester ? » Avec un enjeu particulier : celui de la pêche, qui représenterait localement entre 100 et 300 emplois. Un comité de liaison a été mis en place par EDF Power solutions pour « construire, anticiper les travaux et partager les résultats des études d’impacts » avec les acteurs du secteur.

    Chargée de projet, Amélie Cuba assure que l’énergéticien a à cœur de « travailler avec des acteurs du territoire sur des thématiques transverses, parce qu’on est sur des projets qui sont à l’interface en lien avec la question de la biodiversité, du tourisme, de l’emploi ». Dans le budget global d’un milliard d’euros environ, 5 millions d’euros seront alloués à ces actions. La filiale renouvelable d’EDF participe déjà au projet Fishwind, en partenariat avec l’organisation Sathoan (une coopérative de pêcheurs méditerranéens), sur la notion de co-activité de pêche et de récifs écoconçus destinés à être posés au sein des futurs parcs commerciaux.

  • Catherine Vautrin loue la « complémentarité » de l’armée et de la sécurité civile face aux incendies

    Catherine Vautrin loue la « complémentarité » de l’armée et de la sécurité civile face aux incendies

    Avec les canicules à répétition, les risques d’incendie deviennent de plus en plus importants en Méditerranée. Près de 2 500 départs de feu sont recensés chaque année dans la zone. L’année dernière, le département du Var a subi 183 incendies pour 152 hectares brûlés, contre 65 en 2024, mobilisant au total 26 151 sapeurs-pompiers. Une infime partie d’un bilan record sur le plan national, avec près de 20 000 hectares ravagés (deux fois plus que la moyenne annuelle habituelle), dont 11 300 dans l’Aude en à peine deux semaines, en août, effarant bilan du feu le plus ravageur de l’histoire du pays.

    Pour lutter, depuis 1984, l’opération Héphaïstos mobilise plus de 200 sapeurs-pompiers militaires, dont la mission est de protéger les populations face aux feux de forêts sur la période estivale, en appui aux Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis). Elle a été lancée avec une semaine d’avance par rapport au calendrier habituel, eu égard à la situation météorologique, telle que l’a annoncé la ministre des Armées Catherine Vautrin, jeudi, lors de sa visite au 7e Régiment d’instruction et d’intervention de la sécurité civile (7e RIISC).

    Composante de la Brigade des militaires de la sécurité civile (BMSC), cette unité, garnie de 600 sapeurs-sauveteurs militaires, est spécialisée dans le soutien aux populations face aux catastrophes naturelles. Elle est en charge de la coordination de l’opération Héphaïstos, exemple, pour la ministre des Armées, de la « complémentarité » et de la « capacité à accompagner la sécurité civile pour des épisodes de feux de forêts ».

    Envoi de secouristes

    au Venezuela

    Elle a pu s’en rendre compte à travers une simulation d’intervention sur un feu factice réalisé par un détachement aéroporté de sécurité civile du 7e RIISC. Celui-ci est composé d’un hélicoptère de reconnaissance, avec à son bord le chef du détachement, chargé d’évaluer la situation et d’édicter les procédures à suivre, et de deux hélicoptères de manœuvre, transportant des sapeurs-sauveteurs. Une plus-value importante, permettant d’intervenir rapidement sur des terrains difficiles par hélitreuillage, de transporter du matériel et d’évacuer dix à quinze personnes en quelques minutes, ce que seules les 1ère, 4e et 7e RIISC sont en mesure de réaliser.

    Ces unités peuvent être déployées sur l’ensemble du territoire national, en métropole comme en outre-mer. Essentiel quand « des départements comme le Cher, qui n’est pas un département dans lequel on s’attend à avoir des feux de forêt, sont en canicule niveau rouge », souligne Catherine Vautrin, pour qui ces fortes chaleurs sont un appel à « équiper le pays » face aux risques générés. « C’est tout l’esprit de l’actualisation de la loi de programmation militaire », qui prévoit supplémentaires 36 milliards d’euros d’ici 2030, soutient-elle, et qui sera votée à l’Assemblée nationale et au Sénat la semaine prochaine.

    Autre fonction du 7e RIISC : le déploiement à l’étranger en appui aux pays sinistrés. C’est à ce titre que la ministre des Armées a annoncé l’envoi de 85 secouristes vers le Venezuela, frappé par un séisme meurtrier mercredi (164 morts et plus de 1 000 blessés à l’heure où nous écrivons ces lignes).

  • Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Corniche Kennedy, samedi, 11 heures. Au pied de l’œuvre murale de l’artiste Mahn Kloix représentant une sauveteuse et au-delà du monument aux morts, une chaîne humaine se forme. Des centaines de personnes sont vêtues d’orange, couleur des gilets de sauvetage à bord mais aussi de l’Aquarius, le premier navire de SOS Méditerranée. Ce happening était organisé pour célébrer les dix ans d’opération de l’association de recherche et de sauvetage en mer, en cette journée internationale des réfugiés.

    « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer »

    En une décennie, l’organisation a secouru plus de 43 000 rescapés, malgré les nombreuses entraves, politiques pour la plupart. Baya, donatrice, s’indigne : « Tous les États répressifs qui refusent d’accueillir les bateaux de SOS, la finalité c’est quoi ? De laisser mourir tous ces migrants dont on a pourri la terre ? », s’emporte-t-elle. « La planète n’appartient à personne ! », renchérit à ses côtés son amie Diana. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), depuis 2014, plus de 35 000 exilés ont péri dans les eaux méditerranéennes en tentant de rejoindre le continent européen.

    Sous les applaudissements, une flottille de 19 bateaux parade sur la mer. Sur l’un d’entre eux est accrochée une banderole : « 10 ans, toujours là ». Les bénévoles de l’association rythment l’événement. à leur signal, les participants dégainent des jumelles ou en forment en ramenant leurs mains à leurs yeux. Une image rappelant la fresque qui trône au-dessus de l’eau.

    Des enceintes diffusent au même moment des sons enregistrés à bord. Les participants sont ainsi immergés dans le quotidien des sauveteurs à bord de l’Ocean Viking. « SOS Méditerranée existe grâce à la mobilisation des citoyennes et des citoyens. En France, nous avons désormais plus de 1 000 bénévoles », se réjouit Anaïs, salariée de la structure, rappelant qu’une seule journée de navigation est estimée à plus de 24 000 euros.

    Cherchant un coin
    d’ombre, François, longtemps militant au sein d’Amnesty International tempête : « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer, ce sont des choses élémentaires, quelles que soient les conditions politiques ! Et c’est, de toute façon, ce que dit le code de la marine : on porte toujours assistance à quelqu’un qui est en danger en mer », pousse-t-il. Le retraité regarde autour de lui et esquisse un sourire, « ça fait du bien de voir tout ce monde, surtout dans des moments où la vie politique est difficile. En venant j’étais un peu inquiet de ce que pouvait faire l’extrême droite mais dans un sens, c’est aussi ça qui m’a motivé à venir. » Selon les organisateurs, 730 personnes ont répondu présentes à ce rassemblement, sous le regard curieux des passants.

    « Ça fait 10 ans que SOS Méditerranée sauve des personnes en mer. On veut montrer qu’on n’est pas indifférents, que les citoyens se mobilisent », explique Vanessa, venue accompagnée ses fils, Isidor et Maxim. Et quand ce dernier, lycéen, est interrogé sur la mission de l’association, il répond du tac-au-tac : « Ils sauvent des vies. » Tout simplement.

  • Le jazz comme pont entre deux rives au Festival d’Aix

    Le jazz comme pont entre deux rives au Festival d’Aix

    Le Festival d’Aix s’ouvre largement au-delà du seul domaine lyrique. En témoigne la programmation « Jazz & Méditerranée », dans le cadre d’Aix en juin, avec des concerts gratuits ou plus, lors de sessions plus institutionnelles en juillet. En hommage à Pierre Audi, l’ancien directeur du Festival, brutalement disparu l’an passé, Pauline Chaigne, directrice adjointe à la programmation, a tenu à teindre cette session d’une couleur libanaise et, plus largement, orientale. Premier point fort, le ténor Karim Sulayman dialoguera avec Sean Shibe à la guitare acoustique, croisant ses racines libanaises à sa formation lyrique.

    Les Aga Khan Master Musicians présenteront un programme intitulé « Broken Branches » qui mêle baroque, chants du Moyen-Orient et créations contemporaines avec la rencontre d’instruments traditionnels et d’artistes jazz. L’idée est de lancer un pont entre cultures asiatiques et méditerranéennes. Liban toujours, incarné par Layale Chaker & Sarafand pour un programme qui mêlera jazz et musique contemporaine, rythmé par la poésie de l’auteur libanais Ounsi el-Hage.

    Dialogues méditerranéens

    Aix en juin fera découvrir la jeune scène jazz algérienne émergente avec le Trio Jazz TinniT formé par Hacène Zemrani, Youcef Bouzidi et Nazim Ziad. C’est toute la nostalgie de la culture séfarade et arabo-andalouse que chantera le duo Ana Silvera & Saied Silbak, oudiste palestinien, ainsi que la chanteuse sarde Alessandra Soro, associée à l’Ensemble vocal EV’AMU. Cet esprit sarde se veut un prélude à la création en juillet de l’opéra Accabadora de Francesco Filidei. L’œuvre, inspirée par la romancière Michela Murgia, évoque les ancestraux rituels du passage vers la mort.

    Enfin, l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, avec sa nouvelle cheffe Sora Elisabeth Lee, mettra en valeur des talents des musiciens issus du bassin méditerranéen, avec son programme croisant répertoire symphonique et la désormais composition collective, mise au point lors de leur session en Égypte. Ces dialogues entre cultures musicales et peuples de la Méditerranée joueront dans différents lieux du pays aixois : le Pavillon noir, le Conservatoire, l’Abbaye de Silvacane, le chapiteau du CIAM, route de Galice, Vauvenargues et bien sûr le Théâtre de l’Archevêché.

    La saison méditerranéenne du Festival d’Art Lyrique est un dispositif qui vise à la diffusion de la francophonie. La saison 2026 se veut l’héritière de l’esprit de Pierre Audi qui en avait donné l’impulsion. Le but de La programmation « Jazz & Méditerranée » est de faire entendre la richesse des cultures méditerranéennes et de faire découvrir au plus grand nombre la diversité des talents qui la parcourent.

  • Les chercheurs prévoient la récurrence de feux extrêmes

    Les chercheurs prévoient la récurrence de feux extrêmes

    Des feux « extrêmes » qui vont nous obliger à changer de doctrine dans les décennies à venir… Chercheurs à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) Paca, Julien Ruffault, spécialiste des dynamiques de feux de forêt au sein de l’unité Écologie des forêts méditerranéennes, basé à Avignon, et Bernard Prevosto, spécialiste en écologie forestière méditerranéenne au sein de l’unité Risques, écosystèmes, vulnérabilité, environnement, résilience, basé à Aix-en-Provence, font le point sur ce qui nous attend en matière d’incendie.

    Des phénomènes qui dépendent de trois facteurs, rappelle en préambule Julien Ruffault. La météo où les « températures élevées, l’humidité faible et le vent fort vont favoriser les incendies », la végétation, « toutes les forêts ne brûlent pas de la même manière » et enfin les activités humaines. L’homme étant « à l’origine à 95% des départs de feu en France ».

    Paradoxalement si le changement climatique a « fortement contribué à l’augmentation de ces conditions », poursuit-il, on note « une tendance à la diminution des surfaces brûlées », qui « s’explique par les investissements et progrès réalisés dans la prévention et la lutte contre les incendies ». Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. « On observe partout dans le monde l’apparition de feux de plus en plus extrêmes », alerte Julien Ruffault.

    En clair, des incendies de taille exceptionnelle ou qui ont « des impacts majeurs sur les populations, l’économie ou les écosystèmes », précise-t-il. Comme les feux de 2003 et 2022 où respectivement 73 000 ha et 59 000 ha de forêt et de terres boisées étaient partis en fumée.

    Vers une extension géographique du risque

    Ces feux étant incontrôlables, « il va falloir changer de paradigme », indique le scientifique. Ce que les pompiers ont déjà commencé à faire assure-t-il, en essayant de « protéger les populations, diriger le feu et l’attaquer quand on peut ».

    Si, pour l’été qui s’annonce, les prévisions restent difficiles à faire concède-t-il, au cours des prochaines décennies il faut s’attendre à une « extension géographique du risque vers le nord de la France et vers les zones de moyenne montagne », un rallongement de la saison principalement en zone méditerranéenne et dans le Sud Ouest et des feux plus fréquents. En conséquence, l’Inrae se pose en conseil pour anticiper. En proposant par exemple avec l’ONF et en partenariat avec Météo France et l’IGN, une carte nationale d’aléas incendies de forêt « qui servira de référence pour les politiques de gestion de risques », illustre Julien Ruffault.

    L’Inrae s’est aussi penché sur les capacités des plantes, en mode résistance ou résilience. Car « bonne nouvelle, nos végétations méditerranéennes ont développé des stratégies face à l’incendie », indique Bernard Prevosto. Avec son écorce mince, le pin d’Alep, qui occupe plus de 30 000 ha dans le Sud de la France, va par exemple mourir raconte-t-il. Mais les « cônes sérotineux » qu’il produit vont s’ouvrir sous l’effet de la chaleur, libérant des graines sur un sol brûlé, sans la concurrence d’autres espèces. Notre pin mettant « 20 à 30 ans pour reconstituer sa banque de graines », c’est la succession des incendies qui peut poser problème, conduisant même à « une dynamique régressive », nuance le chercheur.

    Néanmoins, après des tentatives de reboisement dans les années 70, 80, « beaucoup d’échecs », il s’agit de laisser aujourd’hui la nature « opérer » dans notre région et d’agir plutôt sur l’érosion post-incendie précise-t-il. « Les sols sont fragilisés, parce que la matière organique a été perdue, on peut faire des fascines pour aider à la reconstitution ou laisser des branches au sol qui vont constituer des abris pour les futures plantes », ajoute Bernard Prevosto.

    Côté prévention, un gros travail reste aussi à faire sur la « perte de la culture du feu dans notre région » estime Julien Ruffault, notamment sur la protection individuelle avec le respect des obligations légales de débroussaillement et les comportements, avant d’exporter ce savoir vers le Nord…

    « Nos végétations de Méditerranée ont développé des stratégies »