Tag: médecine

  • Les médecins libéraux en arrêt dans la région

    Les médecins libéraux en arrêt dans la région

    Du 5 au 15 janvier, les cabinets médicaux tournent au ralenti. À Marseille comme ailleurs, les consultations non urgentes sont reportées et les patients invités à anticiper leurs ordonnances. Au cœur du conflit, un article du PLFSS qui autoriserait l’Assurance-maladie à réviser unilatéralement les tarifs des actes « trop rentables », remettant en cause la négociation conventionnelle vieille de cinquante ans. Un autre prévoit, une surcotisation sur les honoraires des praticiens en secteur 2 et 3. Pour les syndicats, c’est une « attaque frontale contre la médecine libérale ».

    Dans le viseur, la loi antifraude. « On nous impose des quotas de prescriptions et des objectifs de contrôle des arrêts maladie, bons de transport ou ordonnances, basés sur des statistiques globales et non sur la réalité des patientèles. On nous retire notre indépendance de prescription. C’est la chasse aux sorcières », dénonce Élodie Le Buzullier, secrétaire générale de Médecins pour demain. Elle pointe des pénalités pour non-remplissage du Dossier médical partagé, jusqu’à 10 000 euros d’amende, même si la mesure a été retoquée par le Conseil constitutionnel.

    Sept organisations représentatives, dont MG France, la CSMF et le SML, appellent à ne pas signer les contrats France Santé et à multiplier les actions. « On est sur 70 à 80% de mobilisation, certains se mettent en grève que quelques d’autres deux semaines », assure Élodie Le Buzullier. Une manifestation nationale est prévue le 10 janvier à Paris. D’ici là, les patients devront composer avec des annulations massives et se tourner vers les urgences.

  • Un nouvel accélérateur IRM pour le Centre Saint-Louis à Toulon

    Un nouvel accélérateur IRM pour le Centre Saint-Louis à Toulon

    Seul centre de radiothérapie du département du Var, le Centre Saint-Louis, à Toulon, établissement privé d’intérêt collectif de la Croix Rouge française, a fêté ses 20 ans d’existence cette année. Il s’impose également comme l’un des plus performants au niveau national grâce à une prise en charge innovante et humaine des patients atteints de cancer. Chaque année, plus de 2 100 y sont traités, dans un environnement associant expertise médicale, technologies de pointe et accompagnement personnalisé. Le centre collabore avec les hôpitaux publics et cliniques privées du territoire pour garantir une continuité et une qualité de soins exemplaires.

    « Une technologie révolutionnaire »

    Dans le cadre de la poursuite de son développement, le centre vient de se doter de l’accélérateur IRM Linac Unity de la société Elekta. Cette technologie, qui combine en temps réel l’imagerie IRM de haute précision avec la radiothérapie adaptative, permet de cibler la tumeur avec une extrême précision, tout en épargnant davantage les tissus sains. Le Unity est utilisé pour traiter des cancers complexes, notamment ceux du pancréas, du foie, de la prostate ou du poumon, et offre aux patients des traitements personnalisés et mieux tolérés.

    « Avec l’acquisition d’une technologie révolutionnaire, l’établissement intègre le cercle restreint des centres qui en sont équipés en France. Il se positionne comme un acteur incontournable dans l’innovation en cancérologie et démontre son engagement en faveur d’une médecine de pointe au service des patients », se réjouit le Dr Caroline Cross, présidente de la Croix Rouge française, présente pour l’occasion.

  • Centres de santé : une réponse à la désertification

    Centres de santé : une réponse à la désertification

    « Ce n’est probablement pas la solution à tous nos maux mais la création de centres de santé peut répondre partiellement à la pénurie de médecins » estime Fabien Cohen, chirurgien-dentiste et président de l’association « la Fabrique des centres de santé », invité à s’exprimer lors d’une réunion publique sur la santé tenue lundi 15 décembre à l’Espace Cazot d’Alès par le chef de file de la liste « Alès c’est vous », Paul Planque, à laquelle a participé une centaine de personnes. Les centres de santé (à ne pas confondre avec les maisons de santé*) sont au nombre de 2 500 en France et leur fonctionnement est à l’opposé des contraintes financières de la médecine libérale et de sa mise en concurrence des praticiens. Ce sont des structures qui œuvrent dans un but non lucratif construites autour d’un projet de santé d’un territoire ou d’un bassin de vie. Pluridisciplinaires, partageant un dossier unique de patients, ils permettent, grâce à leur encadrement administratif de libérer les praticiens qui peuvent se concentrer sur leur pratique mais aussi d’organiser des campagnes de prévention. De plus, ils appliquent obligatoirement des honoraires de secteur 1, c’est à dire sans dépassement et avec tiers payant. « De plus les médecins sont salariés c’est ce qui séduit de plus en plus de jeunes diplômés à la recherche d’un autre rythme de vie que celui imposé par la médecine libérale », précise le docteur Cohen. Il faut une paire d’année pour mettre en place un centre de santé. Une association, des collectivités locales, des mutuelles… peuvent se muer en promoteurs de ce projet de façon à répondre aux besoins d’un territoire.

    *Maison de santé. Elle regroupe dans un même lieu, plusieurs médecins, pratiquant une médecine libérale sans partage de dossier médical.

  • L’épidémie de grippe s’invite pour les fêtes

    L’épidémie de grippe s’invite pour les fêtes

    « Santé publique France prédit un pic épidémique qui pourrait arriver cette semaine ou la semaine prochaine », indique Olivier Reilhes, directeur de la Santé publique et environnementale de l’Agence régionale de santé (ARS) Paca. Face à la vague importante de contaminations que connaît la région, le préfet a publié ce lundi un arrêté de réquisition de certains médecins généralistes à la demande de l’ARS.

    C’est la quatrième semaine consécutive que la région Paca est en phase épidémique, comme le reste des régions de France métropolitaine. La semaine passée, la région a enregistré « 2 000 passages aux urgences pour état grippaux et un peu moins de 500 hospitalisations la semaine dernière, ce qui équivaut presque au pic épidémique de l’année dernière », indique Olivier Reilhes. Une augmentation par rapport à la semaine précédente qui laisse penser au directeur que le pic de l’épidémie devrait avoir lieu cette semaine ou la semaine prochaine.

    Trois semaines d’avance

    Une grippe arrivée plus tôt de quelques semaines par rapport aux années précédentes, ce qui fait arriver la vague épidémique pendant les fêtes.
    « Mêmes chiffres que la saison dernière », pour l’heure.

    Le niveau très élevé d’activités hospitalières a obligé l’ARS à déclencher la mise en œuvre des plans de gestion spécifiques à ce type de situation.

    « Cela signifie que l’on prépare les établissements depuis plusieurs semaines. Pour assurer la prise en charge des cas à la fois aux urgences et en hospitalisation, explique le directeur de l’ARS Paca. Ça veut dire consolider les plannings de présence des personnels, un sujet sensible dans le contexte des fêtes de fin d’année. » Cela nécessite « des services saisonniers complémentaires avec des lits supplémentaires pour pouvoir absorber ce flux de patients. Cela signifie aussi sortir d’hospitalisation un certain nombre de patients qui ne le nécessitent plus pour les malades de la grippe ».

    Les gestes barrières et le port du masque ont également été remis en place, depuis le 8 décembre, dans de nombreux centres hospitaliers. Comme au sein de l’Assistance publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM) où le port du masque est de nouveau obligatoire pour les professionnels et les visiteurs, ainsi que le renforcement de l’hygiène des mains avec des distributeurs de gels hydroalcooliques réinstallés à certains endroits et l’augmentation des vaccinations au sein des professionnels.

    Le vendredi suivant, le 12 décembre, la stratégie de prévention des risques a été ajoutée aux gestes barrières au sein de l’apr.-HM. Chaque patient hospitalisé, peu importe la raison de son admission, est dorénavant dépisté afin de l’orienter vers une chambre simple ou double suivant les résultats. Au service pédiatrie, les parents accompagnants sont également testés. Un moyen de contenir les transmission de maladie.

    Une meilleure couverture vaccinale

    Une épidémie dont le variant K semble être en grande partie responsable. D’abord arrivé au Royaume-Uni, il est maintenant très répandu en France. « On est sur de la transmissibilité élevée mais il ne semble cependant pas avoir un excès de sévérité, explique Olivier Reilhes. Le pourcentage de personnes hospitalisées après passage aux urgences est globalement stable et proche de ce qu’on a connu l’année dernière. »

    Une épidémie qui pour le moment semble être équivalente à celle de la saison dernière. « On pense qu’elle est à peu près égale mais on n’en est pas sûr. On sait en général que pendant les fêtes, il y a un brassage de population : les gens se retrouvent en famille, donc ça accentue la transmission du virus », précise le haut fonctionnaire.

    Un brassage qui rend encore plus nécessaire la vaccination, qui a par ailleurs été plutôt bien suivie avec 900 000 doses distribuées sur la région, et 42% des personnes à risque vaccinées, soit autant qu’à la fin de la campagne de l’an passé. Le directeur de l’ARS Paca rappelle également l’importance des gestes barrières « que l’on connait bien mais que l’on n’applique plus toujours », déplore-t-il. Ainsi, il rappelle l’importance du masque s’il l’ont ressent des symptômes, l’aération des pièces et un lavage régulier des mains.

  • Déserts médicaux : 3 400 signatures pour l’accueil de médecins cubains en Cévennes, l’Élysée s’en mêle…

    Déserts médicaux : 3 400 signatures pour l’accueil de médecins cubains en Cévennes, l’Élysée s’en mêle…

    « La santé est une préoccupation prioritaire pour le Grand Alès » a insisté Paul Planque élu municipal à Alès et tête de liste du printemps alésien aux prochaines municipales. En précisant que « 16 000 habitants d’Alès Agglomération n’ont pas de médecin traitant [soit 12% de la population, Ndlr.] ? ». « Cela atteint des niveaux insupportables », il pointe du doigt une situation qui n’échappe à personne et qui occupe de plus en plus les conversations. C’est de cette réalité que s’est emparé depuis le début de l’année le Comité de défense et de promotion d’hôpital et de la santé dans le bassin cévenol présidé par docteur Leyssenne pour dégager des solutions visant à remédier à cette carence. Le recours à des personnels venus de pays hors UE a déjà lieu. Il s’avère insuffisant. La possibilité de requérir à l’expérience des médecins cubains, comme c’est encore le cas notamment en Italie (lire ci-contre) s’est alors imposée comme une évidence. Comme le rappelle Sylvain André maire de Cendras et président des maires ruraux du Gard, très impliqué sur ce dossier « d’un côté nous avons une population en manque de médecins et de l’autre Cuba dispose d’une grande ressource de praticiens compétents et disponibles. C’est une solution transitoire que nous n’avons pas le droit d’écarter », ajoute l’élu communiste.

    En janvier à l’Élysée

    Comme nous l’avions relaté la semaine dernière, accompagnée d’André Chassaigne ancien député et chargé de mission par l’Assemblée Nationale sur la question des Caraïbes, une délégation du comité de défense a été récemment reçue au ministère de la Santé « où nous avons rencontré la ministre Stéphanie Rist qui avait une excellente connaissance du dossier et semblait très favorable à cette proposition », a relaté Jean-Michel Suau membre du comité.

    Maintenant, il convient de franchir l’écueil diplomatique qui dépend en grande partie de la présidence de la République. L’espoir est permis. En effet, début janvier, rendez-vous a été fixé avec un conseiller de l’Élysée pour travailler cette question. « Il ne s’agit pas seulement de reconnaître une faiblesse mais uniquement de permettre de franchir le gué du manque de médecins né du numérus clausus dont les effets se feront ressentir encore une dizaine d’années malgré l’abandon récent de ce dernier » a expliqué Jean-Michel Suau.

    Le soutien de l’hôpital d’Alès prêt à accueillir ces médecins et même mettre des structures locales à disposition, l’appui de Filiéris, mutuelle de l’ancien régime minier également favorable à cette mesure pragmatique et transitoire cimentent cette ambition au point qu’Alès a rejoint Guingamp et les Hautes-Alpes pour servir de territoire pilote pour cette expérience.

    Mardi 16 décembre, une délégation d’élus et du comité de santé a remis au sous-préfet d’Alès Emile Soumbo, 3 400 signatures recueillies sur une pétition réclamant la venue des médecins cubains sur le territoire cévenol. La mobilisation ne devrait pas faiblir.

    Trois questions à Sylvain André maire de Cendras

    L’élu a conduit une délégation d’élus et de citoyens à déposer 3 400 signatures d’une pétition en faveur de l’accueil des médecins cubains en Cévennes

    La Marseillaise : Pourquoi vous êtes-vous inscrit dans ce mouvement revendicatif ?

    Sylvain André : Il me suffisait d’écouter les Cendrasiens qui avaient du mal à obtenir un rendez-vous chez un médecin quand ils en trouvaient un, pour mesurer l’ampleur du problème. Cette situation anxiogène pour nos administrés ne peut pas perdurer plus longtemps. Même transitoire, cette solution faisant appel à des médecins cubains me paraît la mieux adaptée.

    Comment les maires peuvent-ils intervenir ?

    S.A. : Nous avons su nous réunir à 36 maires mais aussi 3 conseillers départementaux, un conseiller régional et l’association des Maires ruraux du Gard pour nous mobiliser et mobiliser nos populations sur ce dossier capital.

    Et maintenant ?

    S.A. : Nous allons poursuivre la mobilisation avec les collectifs et le centre hospitalier pour rendre l’accueil des médecins cubains possible mais nous devrons aussi constituer un maillage homogène pour que leur action soit la plus efficace possible le plus vite possible.

  • [Série 3/3] Cancer du pancréas, une augmentation importante inexpliquée

    [Série 3/3] Cancer du pancréas, une augmentation importante inexpliquée

    Avec le docteur Brice Chanez, oncologue médical à l’Institut Paoli-Calmettes, spécialisé en oncologie digestive et chercheur au Centre de recherche en cancérologie de Marseille.

    Avec 16 000 nouveaux cas de cancer du pancréas par an en France pour 13 000 décès, cette maladie est en passe de devenir la deuxième cause de mortalité par cancer « si rien n’est fait pour endiguer l’augmentation de l’incidence ou améliorer les traitements ». « Ces trente dernières années, l’épidémiologie du cancer du pancréas a énormément changé. Ce cancer a beaucoup augmenté avec une multiplication par 3,5 voire 4 chez les deux sexes, dont une augmentation franche chez les jeunes et notamment les femmes, alors que jusqu’à présent, on avait des patients d’environ 70 ans », souligne le docteur Brice Chanez, chef de clinique à l’Institut Paoli-Calmettes, oncologue spécialisé dans l’oncologie digestive et travaillant principalement avec des patients ayant des cancers du pancréas et des voies biliaires.

    Une évolution qui reste encore un « mystère », mais dont les recherches actuelles pourraient établir un lien avec la pollution environnementale, un facteur non maîtrisable et subi.

    « Les facteurs de risques du cancer du pancréas ne sont pas tous encore très bien établis. Pour autant, on sait que le premier, c’est le tabagisme, qui explique environ un tiers de ces cancers avec 1,7 fois plus de chance de développer un cancer du pancréas quand on est fumeur. Ce risque perdure d’ailleurs 14 à 15 ans après l’arrêt de la cigarette, précise le spécialiste. Il y a également l’obésité et le diabète, deux épidémies qui sont en train d’exploser dans les pays occidentaux, dont la France. Ainsi que l’alcool ou dans de rares cas les maladies génétiques. »

    Des facteurs de risque environnementaux

    Et de poursuivre : « Le problème, c’est que tous ces facteurs de risque n’expliquent pas une si forte augmentation du cancer du pancréas. Quand on prend le tabac par exemple, il a tendance à diminuer auprès de la population et certains cancers qui y sont associés diminuent. » C’est à ce moment-là que les facteurs de risques environnementaux entrent en jeu. « Ce sont des facteurs que l’on ne maîtrise pas. Je pense notamment à la pollution », ajoute Brice Chanez. De nombreuses études ont donc été lancées en ce qui concerne les facteurs environnementaux.

    « Pour le moment, les données sont encore préliminaires et discordantes, mais il y a quand même de petites pistes intéressantes qui nous sont données par les épidémiologistes et qui doivent encore être creusées, souligne-t-il. Nous avons des pistes concernant les pesticides, dont les produits phytosanitaires qui sont des éléments incriminés puisque tout le monde est exposé avec notamment des produits retrouvés dans les sols qui sont interdits depuis de nombreuses années. » Sans compter « le cadmium, un métal lourd que l’on retrouve beaucoup dans les céréales et qui touche particulièrement les enfants, ou encore les polluants éternels très résistants qui ne se dégradent pas dans l’air… ».

  • À Montpellier, l’espace Bagouet met la médecine à l’honneur

    À Montpellier, l’espace Bagouet met la médecine à l’honneur

    Sélectionnée par la Ville de Montpellier dans le cadre d’un appel à projets, l’artiste sud-coréenne Mona Young-eun Kim présente une nouvelle exposition à l’espace Dominique-Bagouet rénové. Intitulée « La prophétie est une mémoire, la croyance est synthétique », celle-ci fait dialoguer les archives de la Ville concernant la médecine avec une vision contemporaine des questions médicales. Manuscrits médiévaux et documents fac-similés répondent aux images conçues par l’Intelligence artificielle (IA). « Elle a choisi de générer un récit à partir de l’évolution du corps en fonction de sa capacité à ingérer du plastique. C’est une préoccupation scientifique actuelle », détaille Marie-Caroline Allaire-Matte, commissaire de l’exposition. Une préoccupation faisant écho à celle observée par les médecins du Moyen-Âge lors des débuts de la chirurgie, des autopsies.

    Une manière de questionner le public sur le futur. « Son récit dystopique se base sur un fait objectif : manger du plastique. C’est comment la fiction se nourrit du réel et comment la fiction va engendrer une réflexion sur l’avenir de la condition humaine », poursuit la commissaire de l’exposition. Sans oublier de le mettre en perspective avec le passé, d’où le nom de l’exposition « la prophétie est une mémoire ». « On ne peut comprendre notre avenir et l’anticiper que quand on regarde ce que l’on sait déjà, c’est-à-dire la capacité que l’on a à mémoriser toutes les archives qui ont conditionné l’apprentissage de la science. »

    L’autre partie de l’exposition, « la croyance est synthétique », se concentre sur une vidéo réalisée par l’artiste dont 80% générée par l’IA, où un homme ingère -encore- du plastique et se transforme en quelque chose de monstrueux. « Cela montre également que la croyance ne se fait plus en dieu ou en une religion mais la croyance dans le progrès des outils numériques qui nous accompagnent tous les jours. La science est venue se substituer à une croyance religieuse », observe Marie-Caroline Allaire-Matte.

  • [Entretien] Raynier Devillier : « La greffe, ce n’est pas un traitement du VIH »

    [Entretien] Raynier Devillier : « La greffe, ce n’est pas un traitement du VIH »

    La Marseillaise : Une patiente a été guérie du VIH à Marseille, la première en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce cas de rémission du Sida ?

    Raynier Devillier : C’est une patiente qui a été traitée grâce à une greffe de moelle osseuse et, dans les suites, a été guérie de son VIH (virus de l’immunodéficience humaine) par ce traitement. Toutes les greffes qui ont abouti à une guérison du VIH ont été réalisées pour autre chose que le VIH. C’est un message clé pour qu’il n’y ait pas de confusion sur le sujet. Parce que ce qui revient souvent sur la table, c’est « pourquoi ne greffe-t-on pas toutes les personnes vivant avec le VIH ? ». La greffe, ce n’est pas un traitement du VIH, c’est le traitement d’un cancer hématologique avant tout. à Marseille, la patiente a développé une leucémie aiguë. C’est un cancer du sang fatal sans traitement et pour lequel la greffe de moelle osseuse reste un des traitements qui donne le plus de chance de survie, à long terme.

    Comment expliquez-vous qu’elle ait pu guérir du Sida à la suite de cette greffe ?

    R.D. : Pour réaliser une greffe, il faut un donneur que l’on recherche soit dans la famille, soit sur le fichier international des donneurs volontaires de moelle. Nous savions que la patiente était également soignée contre le VIH avec des antiviraux en très bonne réponse. On a donc cherché, sur le fichier international, un donneur qui avait des particularités génétiques spécifiques. Dans la plupart des cas, les personnes ont, sur leurs globules blancs, que l’on appelle les lymphocytes et qui sont la cible du VIH, des récepteurs sur la surface de cette membrane-là. Les récepteurs en question servent au virus pour entrer dans la cellule. Or certaines personnes ont des variants génétiques de ces récepteurs, ce qui fait que certains types de virus du VIH ne vont pas pouvoir entrer dans les cellules. Ce que nous avons fait, c’est choisir un donneur compatible avec la patiente sur le plan du groupe sanguin, qui soit aussi porteur de cette particularité génétique, avec l’objectif que le virus du VIH ne puisse pas rentrer dans les lymphocytes du donneur. On l’a donc traitée et guérie de la leucémie en implantant, dans son corps, le système immunitaire d’un donneur résistant à l’infection par le VIH. C’est pour cela que les cas de guérison du VIH après greffe sont des cas extrêmement rares. On n’en compte pas dix dans le monde.

    Comment se fait-il que les lymphocytes de la patiente, déjà touchés par le virus, n’aient pas eu d’incidence sur la greffe et la guérison ?

    R.D. : Tous les virus du VIH ne sont pas les mêmes et le fait est que ce donneur était résistant au type du virus que portait cette dame, ce qui complique encore les choses. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la patiente avait déjà une charge virale non détectable grâce au traitement. Dans le cadre du processus de soin pour la greffe, nous avons enlevé l’ensemble des globules blancs de la patiente, donc l’entièreté du réservoir pour le VIH, afin d’implanter le système immunitaire résistant du donneur. Ainsi, le virus il n’a plus pu se multiplier.

    Vous avez donc fait en sorte, dans vos recherches, de trouver une solution simultanée ?

    R.D. : Tout à fait. C’est un point très important d’ailleurs, car il faut bien avoir en tête qu’il y a quelques années, des patients qui avaient une infection par le VIH et qui étaient bien traités ne recevaient pas les traitements optimaux des cancers, ce qui leur amputait des chances. On s’est ensuite rendu compte qu’on arrive à traiter ces cancers hématologiques, au même titre que les personnes séronégatives. Donc la dynamique a changé de ce côté-là. Au sein de l’IPC, nous avions à cœur et avons tout mis en œuvre pour que les patients puissent avoir un traitement optimal de leur cancer. C’est pour cela qu’on s’est donné les moyens de donner à la patiente un avantage par rapport au VIH. C’était ça, notre réflexion initiale, et cela a été rendu possible grâce à une synergie entre les services de l’AP-HM et de l’IPC.

  • Un élan à maintenir

    Un élan à maintenir

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 96% des personnes vivant avec le VIH sont diagnostiquées, 97% suivent un traitement et 97% ont une charge virale indétectable. Ces résultats dépassent les objectifs internationaux (95% pour chacun des trois indices) fixés par l’OnuSida pour mettre fin à l’épidémie d’ici 2030. Ils démontrent qu’une politique volontariste, associée à un réseau médical et à des associations engagées, peut changer la donne.

    Mais cette bonne dynamique n’est pas définitive. Elle repose sur un dépistage accessible, des traitements gratuits et un accompagnement humain.

    Autant de leviers
    qui exigent un soutien constant de la puissance publique. Car derrière les statistiques, il y a des vies, des parcours, des combats contre la stigmatisation et l’isolement.

    Investir

    Santé publique France alerte : l’incidence du VIH ne baisse plus depuis deux ans. Le dépistage reste donc crucial, comme le rappellent les CeGIDD, ces centres gratuits qui accueillent chaque jour des publics jeunes et précaires.

    Marseille illustre cette dynamique : ville pionnière en matière de santé communautaire, elle conjugue expertise hospitalière et initiatives locales. L’Institut Paoli-Calmettes a même permis la première guérison du VIH en France, grâce à une greffe exceptionnelle. « Ces cas sont rarissimes, mais ils montrent que
    la recherche avance
     », explique le Pr Raynier Devillier.

    Maintenir cet élan, c’est investir dans la prévention, la recherche et la solidarité. C’est affirmer que la fin du VIH n’est pas une utopie, mais peut être un objectif à portée de main. à condition de ne jamais relâcher l’effort.

  • Marseille : un don de 30 000 euros pour lutter contre le cancer

    Marseille : un don de 30 000 euros pour lutter contre le cancer

    Initié en 2004, le programme LEA est coordonné à l’AP-HM et a pour objectif général d’étudier les facteurs de risque (médicaux, génétiques, socio-économiques, comportementaux et environnementaux) de l’état de santé à long terme de patients
    ayant été traités pour une leucémie ou un lymphome dans l’enfance ou l’adolescence. Les formes de cancer les plus fréquentes chez les jeunes.