Tag: médecine

  • Déserts médicaux : 3 400 signatures pour l’accueil de médecins cubains en Cévennes, l’Élysée s’en mêle…

    Déserts médicaux : 3 400 signatures pour l’accueil de médecins cubains en Cévennes, l’Élysée s’en mêle…

    « La santé est une préoccupation prioritaire pour le Grand Alès » a insisté Paul Planque élu municipal à Alès et tête de liste du printemps alésien aux prochaines municipales. En précisant que « 16 000 habitants d’Alès Agglomération n’ont pas de médecin traitant [soit 12% de la population, Ndlr.] ? ». « Cela atteint des niveaux insupportables », il pointe du doigt une situation qui n’échappe à personne et qui occupe de plus en plus les conversations. C’est de cette réalité que s’est emparé depuis le début de l’année le Comité de défense et de promotion d’hôpital et de la santé dans le bassin cévenol présidé par docteur Leyssenne pour dégager des solutions visant à remédier à cette carence. Le recours à des personnels venus de pays hors UE a déjà lieu. Il s’avère insuffisant. La possibilité de requérir à l’expérience des médecins cubains, comme c’est encore le cas notamment en Italie (lire ci-contre) s’est alors imposée comme une évidence. Comme le rappelle Sylvain André maire de Cendras et président des maires ruraux du Gard, très impliqué sur ce dossier « d’un côté nous avons une population en manque de médecins et de l’autre Cuba dispose d’une grande ressource de praticiens compétents et disponibles. C’est une solution transitoire que nous n’avons pas le droit d’écarter », ajoute l’élu communiste.

    En janvier à l’Élysée

    Comme nous l’avions relaté la semaine dernière, accompagnée d’André Chassaigne ancien député et chargé de mission par l’Assemblée Nationale sur la question des Caraïbes, une délégation du comité de défense a été récemment reçue au ministère de la Santé « où nous avons rencontré la ministre Stéphanie Rist qui avait une excellente connaissance du dossier et semblait très favorable à cette proposition », a relaté Jean-Michel Suau membre du comité.

    Maintenant, il convient de franchir l’écueil diplomatique qui dépend en grande partie de la présidence de la République. L’espoir est permis. En effet, début janvier, rendez-vous a été fixé avec un conseiller de l’Élysée pour travailler cette question. « Il ne s’agit pas seulement de reconnaître une faiblesse mais uniquement de permettre de franchir le gué du manque de médecins né du numérus clausus dont les effets se feront ressentir encore une dizaine d’années malgré l’abandon récent de ce dernier » a expliqué Jean-Michel Suau.

    Le soutien de l’hôpital d’Alès prêt à accueillir ces médecins et même mettre des structures locales à disposition, l’appui de Filiéris, mutuelle de l’ancien régime minier également favorable à cette mesure pragmatique et transitoire cimentent cette ambition au point qu’Alès a rejoint Guingamp et les Hautes-Alpes pour servir de territoire pilote pour cette expérience.

    Mardi 16 décembre, une délégation d’élus et du comité de santé a remis au sous-préfet d’Alès Emile Soumbo, 3 400 signatures recueillies sur une pétition réclamant la venue des médecins cubains sur le territoire cévenol. La mobilisation ne devrait pas faiblir.

    Trois questions à Sylvain André maire de Cendras

    L’élu a conduit une délégation d’élus et de citoyens à déposer 3 400 signatures d’une pétition en faveur de l’accueil des médecins cubains en Cévennes

    La Marseillaise : Pourquoi vous êtes-vous inscrit dans ce mouvement revendicatif ?

    Sylvain André : Il me suffisait d’écouter les Cendrasiens qui avaient du mal à obtenir un rendez-vous chez un médecin quand ils en trouvaient un, pour mesurer l’ampleur du problème. Cette situation anxiogène pour nos administrés ne peut pas perdurer plus longtemps. Même transitoire, cette solution faisant appel à des médecins cubains me paraît la mieux adaptée.

    Comment les maires peuvent-ils intervenir ?

    S.A. : Nous avons su nous réunir à 36 maires mais aussi 3 conseillers départementaux, un conseiller régional et l’association des Maires ruraux du Gard pour nous mobiliser et mobiliser nos populations sur ce dossier capital.

    Et maintenant ?

    S.A. : Nous allons poursuivre la mobilisation avec les collectifs et le centre hospitalier pour rendre l’accueil des médecins cubains possible mais nous devrons aussi constituer un maillage homogène pour que leur action soit la plus efficace possible le plus vite possible.

  • [Série 3/3] Cancer du pancréas, une augmentation importante inexpliquée

    [Série 3/3] Cancer du pancréas, une augmentation importante inexpliquée

    Avec le docteur Brice Chanez, oncologue médical à l’Institut Paoli-Calmettes, spécialisé en oncologie digestive et chercheur au Centre de recherche en cancérologie de Marseille.

    Avec 16 000 nouveaux cas de cancer du pancréas par an en France pour 13 000 décès, cette maladie est en passe de devenir la deuxième cause de mortalité par cancer « si rien n’est fait pour endiguer l’augmentation de l’incidence ou améliorer les traitements ». « Ces trente dernières années, l’épidémiologie du cancer du pancréas a énormément changé. Ce cancer a beaucoup augmenté avec une multiplication par 3,5 voire 4 chez les deux sexes, dont une augmentation franche chez les jeunes et notamment les femmes, alors que jusqu’à présent, on avait des patients d’environ 70 ans », souligne le docteur Brice Chanez, chef de clinique à l’Institut Paoli-Calmettes, oncologue spécialisé dans l’oncologie digestive et travaillant principalement avec des patients ayant des cancers du pancréas et des voies biliaires.

    Une évolution qui reste encore un « mystère », mais dont les recherches actuelles pourraient établir un lien avec la pollution environnementale, un facteur non maîtrisable et subi.

    « Les facteurs de risques du cancer du pancréas ne sont pas tous encore très bien établis. Pour autant, on sait que le premier, c’est le tabagisme, qui explique environ un tiers de ces cancers avec 1,7 fois plus de chance de développer un cancer du pancréas quand on est fumeur. Ce risque perdure d’ailleurs 14 à 15 ans après l’arrêt de la cigarette, précise le spécialiste. Il y a également l’obésité et le diabète, deux épidémies qui sont en train d’exploser dans les pays occidentaux, dont la France. Ainsi que l’alcool ou dans de rares cas les maladies génétiques. »

    Des facteurs de risque environnementaux

    Et de poursuivre : « Le problème, c’est que tous ces facteurs de risque n’expliquent pas une si forte augmentation du cancer du pancréas. Quand on prend le tabac par exemple, il a tendance à diminuer auprès de la population et certains cancers qui y sont associés diminuent. » C’est à ce moment-là que les facteurs de risques environnementaux entrent en jeu. « Ce sont des facteurs que l’on ne maîtrise pas. Je pense notamment à la pollution », ajoute Brice Chanez. De nombreuses études ont donc été lancées en ce qui concerne les facteurs environnementaux.

    « Pour le moment, les données sont encore préliminaires et discordantes, mais il y a quand même de petites pistes intéressantes qui nous sont données par les épidémiologistes et qui doivent encore être creusées, souligne-t-il. Nous avons des pistes concernant les pesticides, dont les produits phytosanitaires qui sont des éléments incriminés puisque tout le monde est exposé avec notamment des produits retrouvés dans les sols qui sont interdits depuis de nombreuses années. » Sans compter « le cadmium, un métal lourd que l’on retrouve beaucoup dans les céréales et qui touche particulièrement les enfants, ou encore les polluants éternels très résistants qui ne se dégradent pas dans l’air… ».

  • À Montpellier, l’espace Bagouet met la médecine à l’honneur

    À Montpellier, l’espace Bagouet met la médecine à l’honneur

    Sélectionnée par la Ville de Montpellier dans le cadre d’un appel à projets, l’artiste sud-coréenne Mona Young-eun Kim présente une nouvelle exposition à l’espace Dominique-Bagouet rénové. Intitulée « La prophétie est une mémoire, la croyance est synthétique », celle-ci fait dialoguer les archives de la Ville concernant la médecine avec une vision contemporaine des questions médicales. Manuscrits médiévaux et documents fac-similés répondent aux images conçues par l’Intelligence artificielle (IA). « Elle a choisi de générer un récit à partir de l’évolution du corps en fonction de sa capacité à ingérer du plastique. C’est une préoccupation scientifique actuelle », détaille Marie-Caroline Allaire-Matte, commissaire de l’exposition. Une préoccupation faisant écho à celle observée par les médecins du Moyen-Âge lors des débuts de la chirurgie, des autopsies.

    Une manière de questionner le public sur le futur. « Son récit dystopique se base sur un fait objectif : manger du plastique. C’est comment la fiction se nourrit du réel et comment la fiction va engendrer une réflexion sur l’avenir de la condition humaine », poursuit la commissaire de l’exposition. Sans oublier de le mettre en perspective avec le passé, d’où le nom de l’exposition « la prophétie est une mémoire ». « On ne peut comprendre notre avenir et l’anticiper que quand on regarde ce que l’on sait déjà, c’est-à-dire la capacité que l’on a à mémoriser toutes les archives qui ont conditionné l’apprentissage de la science. »

    L’autre partie de l’exposition, « la croyance est synthétique », se concentre sur une vidéo réalisée par l’artiste dont 80% générée par l’IA, où un homme ingère -encore- du plastique et se transforme en quelque chose de monstrueux. « Cela montre également que la croyance ne se fait plus en dieu ou en une religion mais la croyance dans le progrès des outils numériques qui nous accompagnent tous les jours. La science est venue se substituer à une croyance religieuse », observe Marie-Caroline Allaire-Matte.

  • [Entretien] Raynier Devillier : « La greffe, ce n’est pas un traitement du VIH »

    [Entretien] Raynier Devillier : « La greffe, ce n’est pas un traitement du VIH »

    La Marseillaise : Une patiente a été guérie du VIH à Marseille, la première en France. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce cas de rémission du Sida ?

    Raynier Devillier : C’est une patiente qui a été traitée grâce à une greffe de moelle osseuse et, dans les suites, a été guérie de son VIH (virus de l’immunodéficience humaine) par ce traitement. Toutes les greffes qui ont abouti à une guérison du VIH ont été réalisées pour autre chose que le VIH. C’est un message clé pour qu’il n’y ait pas de confusion sur le sujet. Parce que ce qui revient souvent sur la table, c’est « pourquoi ne greffe-t-on pas toutes les personnes vivant avec le VIH ? ». La greffe, ce n’est pas un traitement du VIH, c’est le traitement d’un cancer hématologique avant tout. à Marseille, la patiente a développé une leucémie aiguë. C’est un cancer du sang fatal sans traitement et pour lequel la greffe de moelle osseuse reste un des traitements qui donne le plus de chance de survie, à long terme.

    Comment expliquez-vous qu’elle ait pu guérir du Sida à la suite de cette greffe ?

    R.D. : Pour réaliser une greffe, il faut un donneur que l’on recherche soit dans la famille, soit sur le fichier international des donneurs volontaires de moelle. Nous savions que la patiente était également soignée contre le VIH avec des antiviraux en très bonne réponse. On a donc cherché, sur le fichier international, un donneur qui avait des particularités génétiques spécifiques. Dans la plupart des cas, les personnes ont, sur leurs globules blancs, que l’on appelle les lymphocytes et qui sont la cible du VIH, des récepteurs sur la surface de cette membrane-là. Les récepteurs en question servent au virus pour entrer dans la cellule. Or certaines personnes ont des variants génétiques de ces récepteurs, ce qui fait que certains types de virus du VIH ne vont pas pouvoir entrer dans les cellules. Ce que nous avons fait, c’est choisir un donneur compatible avec la patiente sur le plan du groupe sanguin, qui soit aussi porteur de cette particularité génétique, avec l’objectif que le virus du VIH ne puisse pas rentrer dans les lymphocytes du donneur. On l’a donc traitée et guérie de la leucémie en implantant, dans son corps, le système immunitaire d’un donneur résistant à l’infection par le VIH. C’est pour cela que les cas de guérison du VIH après greffe sont des cas extrêmement rares. On n’en compte pas dix dans le monde.

    Comment se fait-il que les lymphocytes de la patiente, déjà touchés par le virus, n’aient pas eu d’incidence sur la greffe et la guérison ?

    R.D. : Tous les virus du VIH ne sont pas les mêmes et le fait est que ce donneur était résistant au type du virus que portait cette dame, ce qui complique encore les choses. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la patiente avait déjà une charge virale non détectable grâce au traitement. Dans le cadre du processus de soin pour la greffe, nous avons enlevé l’ensemble des globules blancs de la patiente, donc l’entièreté du réservoir pour le VIH, afin d’implanter le système immunitaire résistant du donneur. Ainsi, le virus il n’a plus pu se multiplier.

    Vous avez donc fait en sorte, dans vos recherches, de trouver une solution simultanée ?

    R.D. : Tout à fait. C’est un point très important d’ailleurs, car il faut bien avoir en tête qu’il y a quelques années, des patients qui avaient une infection par le VIH et qui étaient bien traités ne recevaient pas les traitements optimaux des cancers, ce qui leur amputait des chances. On s’est ensuite rendu compte qu’on arrive à traiter ces cancers hématologiques, au même titre que les personnes séronégatives. Donc la dynamique a changé de ce côté-là. Au sein de l’IPC, nous avions à cœur et avons tout mis en œuvre pour que les patients puissent avoir un traitement optimal de leur cancer. C’est pour cela qu’on s’est donné les moyens de donner à la patiente un avantage par rapport au VIH. C’était ça, notre réflexion initiale, et cela a été rendu possible grâce à une synergie entre les services de l’AP-HM et de l’IPC.

  • Un élan à maintenir

    Un élan à maintenir

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 96% des personnes vivant avec le VIH sont diagnostiquées, 97% suivent un traitement et 97% ont une charge virale indétectable. Ces résultats dépassent les objectifs internationaux (95% pour chacun des trois indices) fixés par l’OnuSida pour mettre fin à l’épidémie d’ici 2030. Ils démontrent qu’une politique volontariste, associée à un réseau médical et à des associations engagées, peut changer la donne.

    Mais cette bonne dynamique n’est pas définitive. Elle repose sur un dépistage accessible, des traitements gratuits et un accompagnement humain.

    Autant de leviers
    qui exigent un soutien constant de la puissance publique. Car derrière les statistiques, il y a des vies, des parcours, des combats contre la stigmatisation et l’isolement.

    Investir

    Santé publique France alerte : l’incidence du VIH ne baisse plus depuis deux ans. Le dépistage reste donc crucial, comme le rappellent les CeGIDD, ces centres gratuits qui accueillent chaque jour des publics jeunes et précaires.

    Marseille illustre cette dynamique : ville pionnière en matière de santé communautaire, elle conjugue expertise hospitalière et initiatives locales. L’Institut Paoli-Calmettes a même permis la première guérison du VIH en France, grâce à une greffe exceptionnelle. « Ces cas sont rarissimes, mais ils montrent que
    la recherche avance
     », explique le Pr Raynier Devillier.

    Maintenir cet élan, c’est investir dans la prévention, la recherche et la solidarité. C’est affirmer que la fin du VIH n’est pas une utopie, mais peut être un objectif à portée de main. à condition de ne jamais relâcher l’effort.

  • Marseille : un don de 30 000 euros pour lutter contre le cancer

    Marseille : un don de 30 000 euros pour lutter contre le cancer

    Initié en 2004, le programme LEA est coordonné à l’AP-HM et a pour objectif général d’étudier les facteurs de risque (médicaux, génétiques, socio-économiques, comportementaux et environnementaux) de l’état de santé à long terme de patients
    ayant été traités pour une leucémie ou un lymphome dans l’enfance ou l’adolescence. Les formes de cancer les plus fréquentes chez les jeunes.

  • Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Au fond d’un long couloir aux murs immaculés du Centre hospitalier universitaire de Montpellier se trouve un service qui fait, depuis plus de 45 ans, la fierté des soignants montpelliérains. Le centre anti-douleurs héraultais est en effet l’un des premiers de France et comble aujourd’hui des besoins qui s’étalent sur tous les départements limitrophes de l’Hérault et parfois même au-delà.

    Ici, le soin a laissé place à l’évaluation et au traitement d’une multitude de patients qui ont tous un point en commun : ils souffrent. Parfois sans savoir d’où proviennent ces douleurs, ils sont tous rongés par un mal qui a rendu leur quotidien infernal avec des conséquences sur tous les pans de leur vie.

    Pour leur venir en aide, ce centre s’appuie sur une approche holistique où les choix du patient sont réellement pris en compte. « Traiter la douleur c’est accompagner un projet thérapeutique qui se construit autour du patient. On sort d’une médecine paternaliste. Ici, on propose un traitement, on l’explique et le patient peut refuser. Le patient doit être acteur de son soin. C’est aussi une médecine intégrative, c’est-à-dire qu’elle intègre l’ensemble de la problématique du sujet et pas que le point douloureux. Nous avons souvent des patients pris en soin sur l’aspect technique auxquels on propose en même temps un accompagnement relevant du champ de la psychologique : méditation, sophrologie, hypnose, musicothérapie, etc. Mais c’est aussi une médecine très chronophage », explique Raphaël Gonon Demoulian, psychiatre et pharmacien de formation devenu chef de service du Centre depuis un an et demi.

    Pour accueillir les 70 patients par jour, l’équipe s’appuie sur tout un ensemble de médecins spécialistes, kinésithérapeutes, rhumatologues mais aussi sur une aide-soignante formée en réflexologie ou un ancien patient qui s’est formé à l’insertion professionnelle et qui propose de l’accompagnement social deux demi-journées par semaine.

    Une nouvelle écoute

    Pendant que le professeur Gonon Demoulian prend le temps de recevoir chaque premier patient pendant une heure et que deux autres médecins s’activent pour tenter de vider une salle d’attente toujours remplie, Magalie, infirmière, forme quatre patients à la Stimulation électrique transcutanée (TENS). Dans la salle, Jean, 75 ans, ne peut pas rester assis : « Je suis suivi ici depuis deux ans. Moi, j’ai mal partout parce que j’ai eu de graves accidents de ski et de voiture. Et j’ai mal tout le temps, du moment où je me lève jusqu’au coucher. Je sais que j’aurai mal toute ma vie mais l’objectif en venant ici c’est de baisser l’intensité de la douleur. »

    À ses côtés, Stéphanie, 64 ans, est aussi, depuis deux ans, une habituée du centre, où elle a trouvé une nouvelle écoute : « Quand je suis arrivée ici, j’étais très mal. J’ai mal tout le temps et j’ai des crises la nuit. J’ai vu beaucoup de médecins qui m’ont dit que c’était le stress. J’avais l’impression qu’on m’accusait. Alors qu’ici, on écoute votre douleur. Rien que ça, ça a été un soulagement. » Dans le groupe, une blouse blanche reste silencieuse et écoute les patients. Anesthésiste, Samir est venu d’Aurillac pour une semaine de stage dans le service pour comprendre l’ampleur de ces douleurs dans la vie des patients. Lui aussi regrette le manque de formation des médecins sur les douleurs chronique. « Il faudrait créer le module douleur pour les étudiants en médecine, pour connaître les conséquences de ces douleurs. Il faut vraiment sensibiliser les futurs médecins à la douleur chronique », confirme-t-il.

    Valérie, 58 ans, 1m85, n’a pas perdu son énergie malgré des douleurs qui l’empêchent aujourd’hui de travailler. « J’ai eu des problèmes de dos qui se sont diffusés mais je pensais que c’était inhérent à la vie jusqu’au jour où je n’ai pas pu sortir du lit. J’avais mal tous les jours et je ne me rendais pas compte de l’impact que ça avait sur la vie de tous les jours et sur ma capacité à gérer mon quotidien. Je ne voyais pas que ce n’était pas normal. J’ai donc été arrêtée de travailler et ça aussi c’est très dur pour quelqu’un qui est très actif comme moi. Je ne peux plus aller au cinéma ou jardiner. Il y a aussi la reconnaissance de cette douleur qui est difficile. Parfois, on préférerait avoir une maladie grave comme un cancer. »

    Face à l’afflux de patients dans ce service, la direction du CHU a prévu de déménager le Centre à l’été 2027 dans le bâtiment en construction de Balmès 2, déménagement qui s’accompagnera d’un recrutement de personnels.

  • Toulon : la télémédecine se déploie dans les quartiers populaires

    Toulon : la télémédecine se déploie dans les quartiers populaires

    Dans les quartiers populaires, l’accès aux soins constitue un enjeu à la fois social et sanitaire. Face à la pénurie de médecins généralistes et spécialistes, la télémédecine apparaît comme une réponse accessible.

    « La Ville de Toulon accompagne et initie des projets permettant d’améliorer la présence médicale. Elle a d’ailleurs mis à disposition un local de l’ex-mairie annexe, dans le quartier de la Serinette, pour permettre à SOS Médecins de s’installer sur notre territoire proche du centre-ville », explique la deuxième adjointe, Geneviève Lévy.

    Pour répondre à l’urgence, la collectivité mise également sur le développement de la télémédecine de proximité. Ce dispositif permet de consulter un médecin à distance tout en bénéficiant d’un matériel de diagnostic adapté : tensiomètre, thermomètre, otoscope, stéthoscope électronique… Un infirmier accompagne les patients afin de garantir un suivi de qualité et une présence physique indispensable. « Nos échanges avec la Communauté professionnelle territoriale de santé de Toulon ont permis de mettre en avant cette possibilité de télémédecine, à la fois à l’est et à l’ouest de la ville », poursuit l’élue.

    Maison des services publics et Espace Beaucaire

    C’est dans cette optique que le conseil municipal du vendredi 24 octobre a approuvé la signature d’une convention de partenariat avec ce groupement de professionnels, dont l’objectif est d’améliorer l’organisation des prises en charge et l’accès aux soins pour l’ensemble de la population. En particulier les habitants de deux Quartiers prioritaires de la ville (QPV), situés à l’est et à l’ouest du Port du Levant.

    Des matinées de soins non programmés seront organisées sur ces deux sites. « Elles ont pour but de faciliter un accès rapide à un professionnel de santé via la téléconsultation, favoriser une prise en charge précoce. Mais aussi réduire les passages inappropriés aux urgences », détaille la municipalité.

    Pour soutenir cette initiative, la Ville met gracieusement à disposition des locaux à la Maison des Services Publics, à Sainte-Musse, et à l’Espace Beaucaire. Elle s’engage à promouvoir activement ce dispositif.

    La convention signée couvre une période d’un an, avec possibilité de renouvellement par tacite reconduction en fonction des résultats obtenus.

    Si l’on se fie aux expériences menées dans d’autres villes, comme Marseille, le dispositif devrait rapidement porter ses fruits. Et même si l’on est encore loin d’un véritable centre de santé tel que promu par la gauche pour lutter contre le renoncement aux soins, cette initiative constitue un levier d’équité pour réduire les inégalités en matière de santé.

  • La Chambre des comptes pointe le déficit structurel de l’hôpital de Martigues

    La Chambre des comptes pointe le déficit structurel de l’hôpital de Martigues

    Le rapport est assez alarmant. Mardi 28 octobre, la chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur a publié ses observations après avoir contrôlé le centre hospitalier de Martigues, à compter de l’exercice 2019. Elle pointe une « situation financière structurellement déficitaire », aggravée par des dépenses jugées irrégulières et un manque d’investissements pour moderniser ses installations.

    Pourtant, l’activité de l’établissement est en hausse. Sa part de marché en médecine est ainsi passée de 44,6% en 2019 à 48% en 2022. En hospitalisation complète de chirurgie, la progression est encore plus soutenue, puisque la part de marché a atteint 39,4% en 2022 contre 31,8% en 2019. Mais cette progression ne suffit pas à assurer une situation financière saine, qui ne « s’est trouvée améliorée que durant la période de crise sanitaire du fait d’une activité soutenue et des aides exceptionnelles qui ont été allouées durant cette période par l’ARS, note la chambre régionale des comptes. Hors période de crise sanitaire, la dynamique de progression des charges nettement supérieure à celle des produits conduit à des déficits qui s’accroissent. » Entre 2019 et 2023, les dépenses ont progressé de 34%, soit 42 millions d’euros supplémentaires. En valeur absolue, les plus fortes augmentations concernent les charges de personnel (27,4 M) et les charges à caractère médical (8,7 M).

    Le directeur de l’établissement, Loïc Mondoloni, explique : « Le Centre hospitalier de Martigues a aujourd’hui 50 ans et est conçu comme un bâtiment des années 70. L’évolution vers l’ambulatoire, la modernisation des plateaux techniques, le développement des technologies s’imposent. Mais, si la structure n’évolue pas, les possibilités sont limitées. Prendre en charge correctement chaque patient conduit dès lors à devoir déployer des ressources supplémentaires à celles d’un bâtiment configuré de manière optimale et fonctionnelle. »

    Une incapacité

    d’auto-financement

    Des avantages octroyés au personnel de manière irrégulière sont également mis en lumière. Le document rapporte, par exemple, qu’1,2 million d’euros de temps de travail additionnel majoré au-delà du tarif réglementaire a été versé à certains praticiens des urgences, entre 2019 et avril 2023. Le directeur alors en fonction, Barthélémy Mayol, a justifié cette décision par « le caractère essentiel du service des urgences dans le fonctionnement de l’établissement et la nécessité de disposer d’une équipe médicale en nombre et compétences suffisants dans ce service ». Loïc Mondoloni assure que ces irrégularités de rémunération « ont aujourd’hui quasiment toutes cessé ».

    La juridiction financière signale, par ailleurs, l’incapacité d’auto-financement de l’hôpital : « La faible évolution des immobilisations, l’importance des aides extérieures, l’accroissement des dettes financières témoignent d’un établissement qui ne peut investir sans aide ou sans emprunt. Le centre hospitalier de Martigues ne dispose d’aucune ressource lui permettant d’autofinancer l’entretien de ses bâtiments, ainsi que le renouvellement ou l’acquisition d’équipements. » Hors, la vétusté des locaux a été soulignée dans le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté concernant la psychiatrie, à l’issue de sa visite en mai 2019, et de la Haute Autorité de santé, en juillet 2020.

    Un plan de restructuration et des économies

    Un plan de restructuration de 60 millions d’euros, dont 28 millions d’euros financés par le Ségur, est néanmoins sur la table. Il vise à construire un bâtiment médico-technique comprenant un nouveau bloc opératoire, un nouveau service d’urgences dimensionné pour 60 000 passages par an et le regroupement des soins critiques. Mais ,son financement ne convainc pas la CRC, qui ne le trouve « pas soutenable ». « Tous les indicateurs aujourd’hui dégradés se détérioreraient davantage. »

    Pour redresser la barre, « un plan d’efficience de plus de 14 millions d’euros a été élaboré » par la direction et « l’ensemble des pôles d’activité médicale », précise Loïc Mondoloni. Il est en cours d’analyse auprès des services de l’Agence régionale de santé.

  • [Entretien] Pr Yehezkel Ben-Ari : « L’autisme est un trouble multifactoriel »

    [Entretien] Pr Yehezkel Ben-Ari : « L’autisme est un trouble multifactoriel »

    L’intégralité des bénéfices de la soirée* sera reversée à des associations locales œuvrant auprès d’enfants autistes. L’autisme, ou plus précisément les « troubles du spectre autistique (TSA) », se caractérise principalement par une altération des interactions sociales et de la communication, ainsi que par des intérêts restreints et répétitifs.

    La Marseillaise : En quoi les mille premiers jours de l’enfant sont-ils cruciaux dans l’apparition ou non de troubles liés à l’autisme

    Pr Yehezkel Ben-Ari : L’autisme naît pendant la grossesse. Une des thèses que je défends depuis dix-sept ans, qui est je crois très importante pour comprendre les traitements de ce qu’est l’autisme, est que les maladies qui naissent in utero sont des maladies dans lesquelles la séquence maturative du développement du cerveau se dérègle. Les neurones restent à l’état immature. C’est comme les pommiers qui gardent des pommes immatures. Ce sont ces neurones qui, pour moi, sont la cause de la maladie. Je l’ai prouvé. C’est pour ça que j’ai eu le Grand Prix Inserm, en 2009.

    Avez-vous identifié ce qui conduit ces neurones à dysfonctionner ?

    Pr Y.B.-A. : L’essentiel de mon intervention, vendredi à l’Eden, sera là-dessus. Dans une étude récemment publiée dans le Journal of Medical Genetics, Etienne E. Dachin, chercheur, et moi-même démontrons que les facteurs environnementaux in utero, comme le stress maternel, les infections, les inflammations prénatales, les signaux hormonaux, l’exposition à des substances toxiques comme les pesticides influencent directement le développement cérébral du fœtus et favorisent l’apparition des Troubles du spectre autistique (TSA). La maternité est vraiment le gros point fragile et l’essentiel du message que je vais essayer de faire passer vendredi, c’est que le petit cerveau in utero n’est pas un petit cerveau adulte, il a ses propres propriétés, ses propres mécanismes. Donc il faut une pharmacopée spéciale pour lui.

    En quoi votre approche renouvelle-t-elle la compréhension des troubles autistiques ?

    Pr Y.B.-A. : En France, deux thèses ont dominé. La première, défendue par Bruno Bettelheim [1903-1990, psychanalyste américain d’origine autrichienne, Ndlr.] était que les mères étaient responsables de l’autisme car elles n’aimaient pas leurs enfants. Des psychanalystes en France continuent à défendre une thèse aussi idiote. Non, mesdames, vous n’êtes pas responsables. La deuxième thèse, à l’exact opposé, dit que tout est génétique et donc, mesdames, vous n’êtes pas responsables. Le problème est que les deux sont fausses. La génétique est largement dépassée. Pour moi, il est temps de considérer l’autisme comme un trouble multifactoriel, nécessitant une approche interdisciplinaire et un suivi attentif des facteurs environnementaux dès la grossesse. Les résultats de nos recherches mettent également en évidence les limites des outils génomiques, incapables de prédire efficacement ou de traiter les TSA. Ces découvertes ouvrent la voie à une nouvelle vision de l’autisme, centrée sur la prévention et l’intervention précoce.

    * Vendredi à 18h30 au cinéma Eden-Théâtre, 25 boulevard Georges-Clemenceau, à La Ciotat. Tarif unique : 10 euros. Conférence suivie d’une dédicace du livre de l’auteur.