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  • À la Millière, Veolia broie l’amiante et vire les lanceurs d’alerte

    À la Millière, Veolia broie l’amiante et vire les lanceurs d’alerte

    Les clichés s’étalent sur la table du cabinet d’avocat, comme autant de preuves accablantes. « Quand j’ai envoyé les photos à mes supérieurs hiérarchiques, ils m’ont dit : si vous n’êtes pas contents, allez travailler ailleurs », témoigne Sadok Kraimi. Cela faisait vingt-sept ans que ce chef d’équipe travaillait sur le centre de tri et de transfert des déchets professionnels de la Millière (11e arr.). Jusqu’à ce qu’il soit licencié pour faute grave le 5 mai dernier par l’entreprise Onyx Méditerranée, la filiale de Veolia qui gère le site en délégation de la Métropole. Trois mois plus tôt, le 12 février, l’entreprise décidait de la rupture anticipée du CDD de l’un de ses collègues, Christophe Autaire, pour faute grave là aussi. Le point commun entre les deux hommes : ils n’ont eu de cesse d’alerter sur la présence de déchets illégaux et dangereux.

    « J’alerte depuis 2017 »

    Officiellement, il est reproché au premier d’avoir accepté de l’argent pour aider à décharger un camion, au second d’avoir endommagé un véhicule lors d’une manœuvre. Un pourboire de 10 euros refusé, assure Sadok Kraimi, pour un service habituel sur le site. « Il n’y avait pas d’agent de circulation », répond pour sa part Christophe Autaire. Mais pour leur conseil, Me Léa Talrich, la vraie raison est ailleurs. « Par l’intermédiaire du chef d’équipe, ils ont dénoncé le dépôt et le traitement par Onyx Méditerranée de plaques d’amiante et de déchets hospitaliers, qui correspondent à une mise en danger personnelle », expose l’avocate qui a déposé ce mercredi matin une saisine afin de contester leur licenciement et demander que leur soit accordé leur statut de lanceurs d’alerte. Une première audience de conciliation et d’orientation se tiendra, à huis clos, le 18 novembre prochain.

    « J’alertais depuis 2017, mais à chaque fois c’était verbalement », se souvient Sadok Kraimi. Mais déjà, ses alertes passent mal. Il est rétrogradé, avant qu’un premier jugement des Prud’hommes, le 31 janvier 2020, ne vienne rétablir son avancement professionnel. Un an plus tard, il subit une campagne de dénigrement, avec de fausses accusations de harcèlement sexuel. « On m’a comparé à DSK », lâche celui qui doit être placé en arrêt maladie pendant six mois, après avoir fait une décompensation sur son lieu de travail. Mais il y retourne. Et de nouveau cette année alerte ses supérieurs, par textos et avec photos à l’appui cette fois.

    « On est là pour faire de l’argent »

    « Je voyais de l’amiante deux ou trois fois par semaine, témoigne Christophe Autaire. Quand on alertait, on nous disait : oh, laisse, ça va être poussé avec le chargeur, on va le broyer avec les gravats. » Ancien salarié d’une boîte de démolition, il sait bien reconnaître le matériau et connaît le risque de ces fibres cancérigènes. « Pour traiter les plaques d’amiante, on était habillés, avec des masques P3. Ici, j’avais des masques en papier pour nettoyer le broyeur ! » Le tout est enfoui sur un site de Veolia non habilité, à Belcodène. Confrontés lors de l’entretien préalable, les responsables du site – dont l’un est élu syndical – ne nient pas ces faits.

    D’autres joyeusetés sont livrées sur le centre de la Millière. Des camions de Veolia, qui récoltent les déchets d’activités de soins à risques infectieux (Dasri) auprès de l’institut Paoli-Calmette, des cliniques de Saint-Joseph et de la Bourbonne les déchargent aussi sur le site. « Le 13 mars, on avait des dispositifs de dialyse, le 26 mars, dialyse encore », énumère Me Talrich, clichés à l’appui. Avec des aiguilles, du sang. « J’ai demandé le minimum, du désinfectant, ça m’a été refusé », proteste Sadok Kraimi.

    Du verre est également déchargé, pour être broyé avec les gravats et enfoui au lieu d’être recyclé. Lors de l’entretien préalable, le directeur du site le justifie : « Ici, on n’est pas une association, on n’est pas là pour faire du bénévolat. On est là pour faire de l’argent. » Depuis trois ans, des ordures ménagères sont aussi apportées de manière illégale sur le centre par les camions de Veolia. « Tous les jours, on charge trois semi-remorques », assure le chef d’équipe. Et gare à ceux qui le dénoncent. « On arrive au travail la boule au ventre, on nous dit : celui qui parle, on lui enlève sa prime de participation », souffle Sadok Kraimi. L’un de leurs collègues, face au danger, a préféré faire une rupture conventionnelle. Les deux lanceurs d’alerte, de leur côté, espèrent désormais être reconnus et indemnisés.

  • « Comment lutter pour une meilleure information »

    « Comment lutter pour une meilleure information »

    La Marseillaise : Cette 6e édition du festival est consacrée à l’information. Comment et pourquoi avoir choisi ce thème ?

    Cyril Lemieux : C’est un thème judicieux, qui a du sens dans nos sociétés, d’autant plus dans le contexte actuel. Le festival cherche toujours à proposer un sujet en lien avec les enjeux politiques et les débats du moment. Au cours de cette édition, nous aborderons notamment la question de l’information et de la désinformation en temps de guerre.

    Quel est l’intérêt de croiser les disciplines dans un d’événement tel que celui-ci ?

    C.L. : Le point commun entre les différentes sciences sociales qui dialoguent dans ce festival (sociologie, anthropologie, économie, histoire), c’est qu’elles permettent de prendre du recul sur les phénomènes du monde qui nous entoure. Le fait d’établir des comparaisons entre les époques et les régions du monde permet de voir ce qui est relatif dans notre propre société. La table ronde finale (qui aura lieu dimanche 28 septembre à 15h, au Centre de la Vieille Charité), par exemple, traitera de la liberté d’informer dans le monde et accueillera des spécialistes de la Russie, de la Chine, du Burkina-Faso, des États-Unis, de l’Europe. Le but est de réfléchir ensemble à comment lutter pour une meilleure information dans des contextes différents, propres à chaque société.

    Quelle est l’importance d’ouvrir cet événement à tous les publics ?

    C. L : Le festival accueille toutes les tranches d’âge, des lycéens aux séniors. Les ateliers scolaires sont très importants pour nous car ils permettent d’amener les jeunes au contact des sciences sociales. Nous avons également une politique d’inclusion : pour les personnes en situation de handicap, il y aura des conférences interprétées en langue des signes. L’idée, c’est de rassembler les gens pour un moment de réflexion civique en dialogue avec les sciences sociales, et de leur montrer l’intérêt que ces sciences peuvent avoir pour eux. Outre les livres, les articles ou les conférences savantes, les sciences sociales ont un rapport avec des questions qui touchent directement les gens. C’est en ça qu’un tel événement peut être utile, pour aider à réfléchir et peut-être aussi à se libérer de toutes ces choses qui nous asservissent sans que l’on ne s’en rende compte.

    La question des fake news est centrale dans cette édition. Quel regard portez-vous sur les mutations actuelles du journalisme ?

    C. L. : C’est un sujet, en effet, qui sera abordé tout au long du festival, de plusieurs manières. Nous parlerons de la concentration des médias, de l’instrumentalisation de l’information, de la difficulté d’informer sur des zones de conflit, ou encore du complotisme. Les sciences sociales portent un regard complexe sur ces phénomènes, on construit les idées à partir de données empiriques en évitant le manichéisme et les jugements hâtifs. Notre rôle est d’essayer de comprendre ces processus, non pas pour les excuser, mais pour mieux les combattre.

  • « Notre majorité n’a laissé aucun artiste à l’abandon »

    « Notre majorité n’a laissé aucun artiste à l’abandon »

    La Marseillaise : Alors que les élections municipales se profilent, la droite locale et sa candidate officielle s’agitent de plus en plus, invectivent et se rapprochent de certaines positions de l’extrême droite. Comment l’analysez-vous ?

    Jean-Marc Coppola : Cela participe de l’appauvrissement du débat politique auquel on assiste depuis quelques années. Je considère qu’il n’y a hélas plus de débat politique, de confrontation d’idées. C’est devenu de la communication. Plus les mots sont blessants et haineux, plus les gens se disent que ça va faire du buzz. Une spirale du déclin s’organise. Il ne faut pas s’étonner ensuite si les insultes et agressions, qui peuvent être aussi parfois physiques, prennent le dessus car elles sont libérées par ceux qui sont censés donner l’exemple. On rentre dans une campagne électorale et on a intérêt à ce que les gens puissent se déterminer sur des questions de fond. On peut être critiqué, mais je ne supporte pas les critiques injustifiées. On ne rattrape pas en 6 ans ce qui n’a pas été fait en 25 ans, voire même plus. Chacun doit balayer devant sa porte : je pense à la droite, en responsabilité à la Région, au Département et à la Métropole.

    Les héritiers politiques de Gaudin, qui ont décousu la ville pendant 25 ans, se représentent face au Printemps marseillais. Ils gardent un pouvoir de nuisance comme a pu le montrer le torpillage par la Région de la Cité du cinéma au Dock des Suds, puis l’expulsion de l’association Latinissimo, organisatrice de la Fiesta des Suds, par Euroméditerranée…

    J.-M.C. : D’abord, je tiens à signaler que, quand on est arrivé en responsabilité il y a 5 ans, il a fallu diagnostiquer des lieux culturels, propriété de la Ville, mais qui avaient été abandonnés. Aujourd’hui, on en a réparé et modernisé bon nombre. Et je suis aussi fier de faire partie d’une majorité qui n’a laissé aucun artiste à l’abandon. Il y a eu une avalanche de gens chassés de leurs lieux car ils se trouvaient chez des propriétaires privés : que ce soit Montevideo avec Hubert Colas, aujourd’hui à La Cômerie, et qu’on aide à s’approprier le Daki Ling, ou le Nomad’ Café, chassé du boulevard de Briançon et qui va atterrir à la Plateforme en attendant d’être logé au Moulin, que la Ville vient d’acquérir. Pour la scène de musiques actuelles du Moulin, on vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour trouver un opérateur qui va le gérer sur 5 ans. On pourrait aussi parler du cinéma Le César qui aurait pu devenir un fast-food. Et bien non. On a préempté le fonds de commerce et on a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour qu’il reste un lieu de culture. On est fiers du travail accompli. Vous me parliez du plan cinéma : comment une collectivité comme la Ville de Marseille, qui n’a aucune compétence en cinéma, si ce n’est celle de l’accueil des tournages, est arrivée à dynamiser le cinéma ? Pourtant, des collectivités comme la Région nous ont mis des bâtons dans les roues, elle qui devrait plutôt œuvrer a plus de dynamisme. La Région a pris le dossier maîtrise d’œuvre pour la Cité du cinéma au Dock et elle s’est ensuite dédit en priorisant les JO d’hiver. Mais je pense qu’en fait, la Région nourrissait l’arrière-pensée de planter complètement ces projets. Mais comme nous sommes persévérants, on a décidé d’installer la CinéFabrique à la Friche Belle de Mai et l’antenne de la Cinémathèque française à La Plateforme fin 2026. Ça redonne vie à ce quartier [Les Crottes, Ndlr.] qui était auparavant laissé à l’abandon. Et en ce qui concerne le Dock des Suds, heureusement qu’on a affirmé qu’il devait rester un lieu culturel pour que La Plateforme puisse l’occuper en attendant la fin de ses travaux. Et au-delà, mon souhait, c’est que la Ville puisse préempter le Dock pour garantir une vocation artistique et culturelle.

    L’un de vos gros chantiers a concerné les bibliothèques, dont les agents étaient livrés à eux-mêmes. La CGT a salué un retour du dialogue social et de l’esprit du service public mais aussi déploré la lenteur du plan de recrutement…

    J.-M.C. : On revient de très loin car non seulement il manquait des agents, mais ceux qui partaient à la retraite depuis 2017 n’étaient plus remplacés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ensuite, il a fallu changer l’organisation. On a eu la chance de recruter une directrice qui gère l’ensemble du réseau. Et pour la première fois depuis 20 ans, on a eu un directeur à l’Alcazar. Deux cadres d’une qualification incroyable qui portent beaucoup d’attention aux agents. On a retrouvé de la motivation pour la lecture publique. Aujourd’hui, 280 agents travaillent dans le réseau. Quand je suis arrivé, on était autour de 220 [le réseau nécessiterait 320 agents pour un bon fonctionnement , ndrl]. Il y a aussi moins d’agents en maladie. Avant, les gens étaient stressés, en burn-out. Il y en a beaucoup moins désormais.

    Agents et habitants saluent vos efforts, même si la situation est loin d’être parfaite avec des fermetures ponctuelles et des horaires parfois insuffisants. Faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ?

    J.-M.C. : Si on n’avait pas tenu nos engagements, presque toutes les bibliothèques seraient fermées. Or aujourd’hui, elles sont ouvertes. Même s’il en faudrait plus, il y en a déjà 9, avec des horaires élargis à l’Alcazar. Sans oublier la future Médiathèque Loubon qui ouvrira fin 2026, puis celle de Gèze en 2027 ou 28. Il y a aussi les travaux de rénovation au Merlan et à Saint-André. Après, on se trouve parfois face à des réalités et on essaye toujours de chercher des solutions. Regardez la bibliothèque du Panier. On a hérité de ce lieu avec des écoulements d’eau de la rue. On a fait des travaux et il y a toujours du salpêtre, ce qui met en danger les agents et le public. On s’est mobilisés pour l’abriter à la Vieille Charité, puis on a eu cette aubaine de la Maison diamantée. Même si ce ne sera pas son lieu définitif, on a constaté qu’on n’avait pas perdu les usagers qui venaient au Panier. Et on en a gagné d’autres, comme des personnes âgées, qui avaient du mal à monter les Accoules. Les agents se sont même aperçus que des gens qui habitaient de l’autre côté du Vieux-Port venaient avec le Ferry boat.

    L’instauration de la gratuité pour les expositions permanentes des Musées de Marseille fait-elle partie de vos principales fiertés ?

    J.-M.C. : Il y a d’autres fiertés, mais bien sûr que celle-ci est symbolique, même si la gratuité ne fait pas tout car des gens continuent de s’interdire d’y rentrer. C’est pour cela que je salue le travail des artistes et opérateurs qui permettent d’amener l’art dans la rue. Pour la fréquentation des musées, à la date d’août 2025, nous sommes à 600 000 visiteurs. Sachant qu’on a terminé l’année 2024 à 670 000, cela signifie qu’on arrivera à bien plus. Et n’oublions pas non plus que 600 000 personnes ont assisté aux propositions de l’Été marseillais.

    Et quid de la réouverture du Mémorial de La Marseillaise ?

    J.-M.C. : Le paradoxe, c’est qu’on a fait les investissements et travaux. Le mémorial en lui-même est prêt à accueillir. Mais on est contraints de ne pas l’ouvrir à cause d’un bâtiment adjacent en péril imminent. Ce n’est pas pour me défausser, mais voilà encore l’héritage. On se bat pour qu’il ne le soit plus. Je doute qu’on puisse le rouvrir fin 2025. Peut-être en 2026.

    Qu’en est-il de la situation du Toursky, avec lequel la Ville a été en conflit, avant d’être repris par l’association Scène Méditerranée ? Les personnels y ont constaté des intimidations ces derniers temps…

    J.-M.C. : L’arrivée de Scène Méditerranée [portée par le Théâtre Joliette, la compagnie Dans6T et Les Rencontres à l’échelle] va dynamiser le théâtre mais aussi le quartier. Des inscriptions pour la danse ont déjà commencé et c’est un succès. Petit à petit, cela va s’ouvrir aussi au théâtre et à d’autres disciplines. Au regard de l’histoire récente, ce n’était pas évident que des gens se lancent dans cette aventure. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle la Ville est très présente, en répondant d’abord aux soucis de rénovation et de fonctionnement. Aujourd’hui, il y a aussi un accompagnement dans la sécurisation car des agents sont menacés et agressés. Il y a eu des plaintes. Des gens rôdent autour du théâtre, il y a eu beaucoup de détériorations matérielles, des crevaisons de roues du personnel, un bureau incendié, une explosion devant la porte d’entrée. Ce n’est pas acceptable. Nous, on veut que ce projet réussisse. Il a même une obligation de réussite.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Au musée Cantini, voir et revoir Giacometti

    Au musée Cantini, voir et revoir Giacometti

    On a joie à le répéter, des médias nationaux comme Télérama, L’Humanité et Connaissance des Arts, un intense bouche à l’oreille en furent l’écho : coproduite par la Fondation Giacometti et les musées de Marseille, l’élégante exposition de l’immense Giacometti est dense et passionnante. Avec tout de même un revers honteux, depuis trop longtemps inadmissible : pas de rampe pour un fauteuil roulant, l’escalier d’entrée de Cantini est en accès impossible !

    On croyait bien connaître le charisme et la mythologie du sculpteur-peintre-dessinateur. Nombreux sont ceux qui ont découvert ses tâtonnements du côté du Surréalisme, ses emprunts aux Égyptiens ainsi qu’aux arts Africains et Océaniens : à propos de l’ultime salle du rez-de-chaussée du musée qui établit les ressources des arts premiers, on salue le dialogue de la conservatrice de Cantini Louise Madinier avec Benoît Martin du Maaoa.

    Après les arts premiers, Baudelaire et Genet

    La fin de partie sera fervente. Pour amplifier les succès de fréquentation déjà enregistrés, le maire Benoît Payan et son adjoint à la Culture Jean-Marc Coppola ont décidé d’offrir, jusqu’au 29, entre jeudi et dimanche, un accès gratuit aux expositions et aux activités annexes du musée Cantini.

    On a souvent étroitement pensé les sculptures de Giacometti comme des figures tragiques de l’homme d’après la Shoah. La programmation de Géraldine Bousquet élargit cette vision. Pendant la soirée de jeudi jusqu’à 20h, avec une jauge de 52 personnes qui réserveront leur place, on assistera à un émouvant montage de textes, silence et musique ; deux acteurs de la Compagnie La Clac, un comédien et un pianiste liront dans le jardin du musée le texte aigu et fraternel de Jean Genet, L’Atelier de Giacometti mis en scène par Mateo Mavromatis. Samedi 11h 30, ce sera « ThéArts », un échange autour du « Spleen » de Baudelaire avec le transfuge Redwane Rajel : cet acteur formé par Olivier Py, Joël Pommerat et Marc Rosmini est l’auteur d’une pièce bientôt jouée aux Bernardines À l’ombre des réverbères. Dimanche 16h, dans la cour qui précède le musée, le performeur Gaëtan Marron transposera sur une toile de cinq mètres de haut le portrait peint par Alberto pour son frère Diego.

  • Strasbourg dans la tempête avant d’accueillir l’OM

    Strasbourg dans la tempête avant d’accueillir l’OM

    Que se passe-t-il à Strasbourg ? Adversaire de l’OM, ce vendredi (20h45), le Racing joue bien au football depuis le début de la saison, mais fait parler de lui en dehors des terrains. Le 4e de Ligue 1, ex æquo avec le leader monégasque, se retrouve embourbé dans des problèmes internes, entre les ultras, la présidence et le propriétaire.

    En cause, l’omniprésence de BlueCo, également actionnaire principal de Chelsea, qui a tout chamboulé en Alsace ces 24 derniers mois. Arrivé d’un nouveau coach à l’été 2024, 15 recrues lors du mercato estival 2025 et une unité qui s’effiloche petit à petit. Une situation qui crispe les ultras. Les tensions sont montées d’un cran lorsque le capitaine, Emmanuel Emegha, a posé avec le maillot de Chelsea, club qu’il rejoindra la saison prochaine. Le joueur et Marc Keller, président historique du RCSA, ont été ciblés par des banderoles, lors du dernier match à domicile.

    L’initiative des Ultras est mal passée au sommet de la direction, au point de voir apparaître des mesures pouvant être interprétées comme liberticides : accès restreint aux locaux du club, tifos contrôlés en amont, retour des billets nominatifs… Les Ultras Boys 90, principal groupe de supporters, ont réagi dans un communiqué. Ils proposent une réunion privée pour s’expliquer : « Nous restons ouverts au dialogue, mais nous ne pouvons accepter que 14 années d’engagement soient balayées sans explication ni concertation. Nous remercions toutes celles et ceux qui ont défendu notre droit à la libre expression. »

    La fin de l’union sacrée

    Nicolas Kssis-Martov est journaliste pour So Foot et se trouve être un enfant du quartier de la Meinau. Là où il allait à l’école avant de rejoindre la région parisienne. Observateur du Racing, il éclaire sur cette osmose qui est en train de disparaître. « Il y avait une unité autour du club. Plus qu’une identité, l’union sacrée était importante dans la ville et elle est en train de voler en éclats. On dit parfois qu’à Strasbourg, il y a la cathédrale et la Meinau comme monuments. »

    La fracture se fait également au sein même des supporters. Ultras et fans hors virage s’écharpent sur les réseaux sociaux ou bien directement dans le stade. « Les ultras ont la vision d’un club qui a failli disparaître et qui veut conserver des valeurs. D’autres supporters, arrivés plus récemment, rêvent d’Europe, voient l’équipe bien jouer et sont satisfaits de ça. Ils pensent que les ultras trahissent le club et ils les sifflent même lors des matches », rapporte Nicolas Kssis-Martov, sans vouloir taper sur une partie ou l’autre.

    L’auteur du livre Qatar, le Mondial de la honte, établit également un lien entre l’OM et le club strasbourgeois : « Je trouve que ces deux clubs occupent une place singulière dans leur ville et ce qu’ils dégagent pour leurs fans. » Après leurs interventions en tribunes contre Le Havre, les ultras alsaciens pourraient récidiver contre Marseille, dans un match avec une portée plus grande. Pour continuer de montrer leur combat et alerter sur les méfaits de la multipropriété dans le football.

  • Joseph Arthur en live et en couleurs à l’Atelier Rafale

    Joseph Arthur en live et en couleurs à l’Atelier Rafale

    Du 26 septembre au 4 octobre, l’Atelier Rafale (5, rue Pastoret, 13006) se mue en laboratoire artistique avec l’exposition « Taille Unique », imaginée par Jacques de Chabannes, alias J2C, et le collectif Kollectiv Mode. Sous-titrée « C’est pas la taille qui compte », la proposition s’annonce libre et explosive : visages, figures, couleurs débridées, projections brutes… « Ce sont des œuvres assez mixtes, tout ce qui est acrylique, brume, encre, sur des papiers arches, sur divers supports aussi, de toutes les tailles », précise J2C. Une plongée dans un univers où l’excès devient langage et l’interprétation, affaire personnelle.

    Point d’orgue : le vernissage, samedi, avec Joseph Arthur dont les œuvres seront également exposées. Musicien, plasticien, poète, performeur, révélé par Peter Gabriel qui signa son 1er album sur son label Real World, salué par Lou Reed, il a collaboré avec Ben Harper, Jeff Ament (Pearl Jam), ou Michael Stipe (REM). Figure culte de l’underground américain, Joseph Arthur entretient une relation singulière avec la France, où longtemps distribué par Fargo Records, il a fédéré un public fidèle. « C’est un des pays qui l’a le mieux accueilli, musicalement et en termes de ventes », souligne Jacques de Chabannes.

    Trente ans d’amitié

    Et si Marseille fait partie de ces villes où il aime revenir, l’amitié nouée avec J2C depuis 30 ans n’y est pas étrangère. « On s’est rencontrés en 1997, lors de son premier concert au Poste à Galène pour la sortie de son premier album Big City Secrets », raconte le Marseillais qui œuvrait alors sur Radio Grenouille. « Depuis, on n’a jamais cessé d’échanger autour de la musique et de l’art ».

    Programmé au Théâtre de l’Œuvre, à l’automne dernier, Joseph Arthur avait fait un saut à l’Atelier pour une performance intimiste. « Il avait joué et exposé ses œuvres. Melanie, la fille de Peter Gabriel, avait chanté avec lui. »

    Dimanche, il prolongera l’expérience avec une seconde soirée immersive. En ouverture, J2C assurera la première partie dans un clin d’œil plein d’autodérision. Les deux soirées affichent complet : « Ce n’est pas une salle de spectacle, c’est une galerie. L’idée, c’est que les gens soient à l’aise, avec une jauge volontairement réduite ». Mais les œuvres de Joseph Arthur resteront visibles jusqu’au finissage du 4 octobre. Une manière de prolonger cette rencontre entre deux univers qui cohabitent depuis longtemps.

  • La Marseillaise Camille Cerutti en pleine préparation avant l’hiver

    La Marseillaise Camille Cerutti en pleine préparation avant l’hiver

    Venir de Marseille et dévaler les pistes des plus grandes compétitions internationales de ski, c’est bien possible. Camille Cerutti en a fait son métier. La skieuse de la cité phocéenne est actuellement à Ushuaia, en Argentine, pour préparer au mieux la saison à venir. En point d’orgue de cet hiver, les Jeux olympiques de Milan – Cortina d’Ampezzo (6-22 février 2026). Pour cela, le programme de la préparation estivale était chargé. Un court passage par l’Insep, un stage sur les skis à Zermatt (Suisse) et de la fonte soulevée au centre national d’entraînement, à Albertville. Tout ceci en quelques semaines, avant de s’envoler pour l’hémisphère sud et « s’orienter vraiment sur le ski ». « Nous avons de bonnes conditions. C’est toujours très sympa d’aller en hémisphère sud, car les conditions sont différentes. On se régale tous les jours », raconte la descendeuse de l’équipe de France.

    Les Bleues ne sont pas venues en Terre de Feu pour les couchers de soleils rouge sanguine ou les paysages carte postale, mais bien pour du foncier. Un mois d’entraînement, pas de compétition, pour travailler et se rapprocher progressivement du début de l’hiver.

    Les Jeux olympiques sont, aussi, forcément dans un coin de sa tête. Les précédents, à Pékin (2022), étaient une découverte pour elle, avec des émotions passant d’un extrême à l’autre. « Il y a 4 ans, je n’étais pas prévue pour participer aux JO. C’était une surprise de les faire. Là, c’est différent, parce que c’est vraiment un objectif à part entière. De la revanche ? Complètement. De l’excitation aussi, car je sais que je n’ai pas vécu les premiers de la meilleure des manières. J’ai envie de réécrire l’histoire et rentrer chez moi fière. Et en un seul morceau aussi (rires). » En effet, la Marseillaise avait lourdement chuté lors de la descente des JO chinois. Rupture du ligament croisé antérieur du genou et ménisques touchés, pour sa première expérience mondiale.

    « On est prêt à prendre beaucoup de risques »

    Au cours du mois de septembre, en Amérique du Sud, le ski a malheureusement rappelé qu’il était un sport dangereux. Alors que Camille Cerutti et ses coéquipières se trouvaient à l’entraînement, l’Italien Matteo Franzoso a trouvé la mort plus au nord, à la Parva (Chili), lors d’un accident. Une chute violente, avec un choc à la tête. Il est décédé quelques jours plus tard, à la veille de son 26e anniversaire. « On l’a appris assez vite, raconte la Marseillaise, la gorge nouée. On a su pour la gravité de la chute. C’est quelque chose de terrible, on essaie de se remettre de ça et je ne sais pas si on y arrivera un jour. »

    La Fédération internationale de ski (FIS) tente de prendre des dispositions (airbags, sous-vêtements anti-coupures), mais le risque zéro n’existe pas. Matteo Franzoso est le troisième skieur à mourir sur les spatules, ces douze derniers mois, après Matilde Lorenzi et la Française Margot Simond. Camille Cerutti, 27 ans, témoigne fait de vivre avec ce risque : « C’est compliqué notre sport. On occulte le fait que l’on peut mourir de ça. On est prêt à prendre beaucoup de risques, se faire mal, moi je n’ai aucun problème avec le fait de se blesser. Mais de là à se tuer en faisant ce que l’on aime… »

    Pour la suite de l’automne, le programme est encore flou. Ski à Ushuaia jusqu’au 1er octobre, puis de nouveau de l’entraînement en Europe avant d’attaquer la compétition. Les conditions de neige fixeront les dates de stage. Pour Camille Cerutti, l’objectif est de valider sa place aux Jeux et vivre sa seconde expérience olympique.

  • AP-HM : les agents des Baumettes pressurisés

    AP-HM : les agents des Baumettes pressurisés

    Cure d’austérité sur un travail en milieu austère. Déjà privés de cantine, de nouvelles mesures sécuritaires rallongent leur temps de travail d’une demi-heure par jour. Pire, le passage de Baumettes 2 à Baumettes 3 devrait encore s’accompagner de la suppression d’une dizaine de jours de congés spécifiques par an.

    Depuis 1994, les 82 professionnels médicaux et paramédicaux des Baumettes bénéficient de dix jours de congés supplémentaires par an. « Pas volés », estime un infirmier, dans le rassemblement organisé mardi par la CGT devant le siège administratif de l’AP-HM de la rue Brochier. « Il y a déjà des problèmes de recrutement, c’est pas en nous enlevant ces jours qu’ils vont rendre le métier attractif. » La direction de l’AP-HM souhaite discuter de la sortie progressive de ce dispositif spécifique aux Baumettes qu’elle qualifie d’« exorbitant du droit ». Elle évoque un souci d’équité avec d’autres services en milieu carcéral. Plutôt que d’étendre ce droit à tous les hospitaliers du pénitentiaire, elle préfère avancer dans le sens des économies auxquelles elle est toujours attelée.

    Capacité doublée

    Alors que la prison a doublé ses capacités, son extension s’annonce mal côté effectifs et conditions de travail avec, « toujours plus d’économies sur le dos des salariés », conteste le syndicaliste Guillaume Algrin. Dans le rassemblement qui réunit plus d’une quarantaine de personnels de l’AP-HM, d’infirmiers, secrétaires médicaux, préparateurs pharmaceutiques, manipulateurs radio, ergothérapeutes ou travailleurs sociaux, on fait le lien avec le mouvement social en cours et dont une prochaine date a été fixée par l’UD CGT pour ce 25 septembre. « Seuls 19 infirmiers supplémentaires sont prévus, le plateau technique ne change pas », indique Nour Eddine Djazoul, représentant CGT des personnels. Unique radiologue dans l’établissement, Marie-Eve déplore : « On devait passer à 1,8. Il n’en est plus question. Je pratique 180 radios par mois, dans une salle sans fenêtre. Mes congés annuels me sont imposés en raison de difficultés de remplacements qui s’effectuent selon une rosace des congés mise en place à Sainte-Marguerite. »

    Pour Carole, travailleuse sociale, les conditions de travail ne sont guère plus enviables « pour les deux psychologues avec qui on va devoir partager le même local. Organiser des consultations va s’avérer délicat ». Déjà, pour tous les personnels de l’AP-HM, la situation s’est altérée en raison des nouvelles contraintes sécuritaires. « Nous devons arriver un quart d’heure plus tôt et repartir un quart d’heure plus tard pour passer les 14 portes et obtenir les clés des casiers. Parfois c’est plus long, les surveillants sont aussi en sous-effectifs », déplore Sophie, agente du paramédical. Autres doléances listées dans le rassemblement : « Le manque de climatisation et de chauffage. Cet été on a eu 32°C et des tas de malaises à gérer parmi les personnes incarcérées. » Mais aussi « l’absence de salle de pause et de salle collective, de tickets-restaurant ou de cantine, celle des Baumettes est réservée aux gardiens, aux personnels et intervenants du centre pénitentiaire ».

    Déterminés à se faire entendre de leur direction, ces personnels et leur syndicat CGT ont décidé faire « monter la pression ». À la suite du député de L’Après, Hendrik Davi, qui a adressé une lettre à l’AP-HM après une visite du site, les députés de la FI Manuel Bompard et Sébastien Delogu ont fait savoir qu’ils apportaient leur soutien aux grévistes.

  • Les conducteurs de train en grève pour leur salaire

    Les conducteurs de train en grève pour leur salaire

    Les conducteurs débrayent à l’appel de la fédération CGT des cheminots ce mercredi 24 septembre. Une date « qu’on ne sort pas du chapeau », affirme Rémi Hours. C’est le jour où doit se tenir la deuxième table ronde sur la prime de travail des agents de conduite de la SNCF. « Ça fait des années qu’on discute avec la direction sur ces sujets-là sans que ça aboutisse, poursuit le secrétaire général CGT des cheminots de Marseille. On demande à ce que cette prime de traction soit pérenne, avec une base garantie pour l’ensemble des personnels et une part variable. »

    Actuellement, « les conducteurs ont un traitement de base assez faible compte tenu de leurs qualifications, et en fonction de ce qu’ils produisent (le nombre de kilomètres, de trains différents, leurs particularités), ils obtiennent une prime de traction ». Un mode de calcul « imaginé il y a trente ans » qui concerne plus de 15 000 salariés et qui mérite d’être réajusté vu la mutation du système ferroviaire, selon le syndicaliste.

    « C’est un vrai sujet pour la SNCF parce qu’on est un des métiers de l’entreprise en tension, affirme Rémi Hours. Le poste est de moins en moins attractif : il n’y a plus de statut pour les personnes embauchées depuis 2021, elles relèvent du privé, ont la retraite à 64 ans et ne sont jamais chez elles. »

    Après les journées de mobilisation du 10 et du 18 septembre, la CGT n’attend pas un mouvement massif, même si des perturbations sont à craindre. « On a relancé l’appel vendredi pour demain, donc le délai est serré, explique le secrétaire général. Ça ne veut pas dire que les conducteurs sont pas sensibilisés et qu’ils ne sont pas prêts, si besoin est, d’aller sur une grève longue et dure. »

  • La Bourse ne fait plus recette chez les patrons de la région

    La Bourse ne fait plus recette chez les patrons de la région

    « Avant, il y avait une place financière sur la Canebière », rappelle Vincent Le Sann, le directeur général de la filiale de la BNP Paribas dédiée aux marchés actions, Portzamparc. Celui-ci était en déplacement à Marseille, ce mardi, pour faire la promotion de son activité face à la presse. Car malgré les dérégulations successives portées par l’Union européenne, celle-ci ne fait pas recette auprès du patronat provençal. Depuis les introductions en Bourse de l’Aixois Affluent Medical, spécialisé dans la technologie médicale, en juin 2021 (21 millions d’euros levés), puis du producteur de pompes à chaleur marseillais Enogia le mois suivant (11 millions levés), aucune entreprise de Provence-Alpes-Côte d’Azur n’est venue rejoindre la place financière. « Au niveau national, 2021 a été un gros pic avec 38 sociétés introduites en Bourse. Après en revanche, c’est vraiment des années de vaches maigres », déplore Vincent Le Sann. La faute aux incertitudes liées à l’Ukraine, avance-t-il, plus qu’au contexte électoral. « Aujourd’hui, l’économie dépend moins du politique », assure le directeur général.

    Or, la région ne compte que 5% des sociétés cotées au niveau national, alors qu’elle pèse pour 7% du PIB. Elle en compte au total 21, valorisées à 21 milliards d’euros et comptant près de 68 000 salariés. Six d’entre elles dépassent les 100 millions d’euros de capitalisation, à commencer par le laboratoire pharmaceutique Sartorius (17 milliards d’euros) suivi par ID Logistics (2,6 milliards). Mais le responsable de la BNP est optimiste pour 2026 : « Les investisseurs ont de l’argent à investir. » Particulièrement dans le secteur médical, et surtout de l’armement, en manque de financements pour suivre la machine de guerre européenne. Mais pour cela, il faudrait plus de dérégulation et de crédits d’impôts, réclame-t-il. Comme en Italie.