Tag: Marseille

  • À la Friche Belle de Mai, fusée d’œuvres à trois étages

    À la Friche Belle de Mai, fusée d’œuvres à trois étages

    Au 3e étage de la tour Panorama de la Friche Belle de Mai, une sculpture mécanisée, lunaire et colorée aimante les regards. Fruit de l’art et de l’imagination de Loïc Pantaly, une « sonde destinée à projeter des arcs-en-ciel dans l’espace ». L’une des seize œuvres de l’exposition « La vie de l’espace », lancée ce week-end et produite par l’Observatoire de l’Espace du Cnes, le Centre national d’études spatiales. De la Mythologie lunaire de Johan Decaix à la sculpture en gélatine argentique de Sylvie Bonnot, Aéroplis, des pièces reflétant « le voyage des artistes dans le milieu extraterrestre ». Des augures spatiaux pour les trois expositions automnales de la Friche Belle de Mai.

    Subliminal et direct

    Gravir les étages de sa tour, c’est décoller d’univers en univers. Changement d’ambiance au 4e niveau, avec M.A.D (Model autophagy disorder). Un espace envahi par des artistes du collectif Le Dernier cri qui « travaillent sur des images générées par l’intelligence artificielle. Un outil comme un autre. Le seul intérêt de l’art, c’est de pervertir », assure son fondateur, Pakito Bolino, devant une forêt d’« images ambiguës » suspendues au son d’une musique infernale. « De loin, tu vois des têtes de mort », pointe-t-il, devant un triptyque duquel plus on s’approche, plus notre rétine y laisse apparaître membres et viscères. Autres temps, autres mœurs au cinquième étage de la tour, avec Veillée ardente, exposition de 17 artistes du festival « numérique et poétique », les Instants vidéo. « Un cri face à la noirceur du monde pour ne plus détourner le regard et prendre soin de ce qui nous entoure », résume sa co-directrice Naïk M’Sili. Au début du parcours, défilent des images d’ouvriers de la coopérative Scop-Ti qui « réactivent en danse » des « grèves par obstruction et par la lenteur » ayant pu marquer l’histoire sociale depuis celle des « cheminots italiens de 1905 », indique son créateur Paul Heintz. En quelque sorte, se souvenir pour mieux voir la réalité en face, comme peut aussi l’illustrer La condition et l’impossible de Nabil Aniss, triple écran témoignant des « rituels de danse et transe d’esclaves au Maroc » remontant aux XIVe et XVe siècle, « pour se libérer de l’oppression ».

    41 rue Jobin, Marseille 3e, les après-midi du mercredi au dimanche

  • La police municipale, un corps mais une variété de métiers

    La police municipale, un corps mais une variété de métiers

    La Police municipale de Marseille organisait samedi sa Journée porte ouverte. Un événement en réalité à ciel ouvert pour cette 3e édition qui se tenait sur l’esplanade Gisèle Halimi face au Mucem. Un site très pratique pour la brigade maritime qui a pu faire la démonstration de sauvetage et la brigade de la prévention qui a pu monter un circuit de sécurité routière.

    « La police municipale de Marseille s’est tellement agrandie et diversifiée. Elle compte des brigades équestre, cynophile, VTT, scooters, motos, une brigade de nuit, une brigade environnement. Elle est dotée d’un centre de supervision urbain (CSU), d’un PC radio, d’une formation armement avec nos propres moniteurs en maniement des armes, d’une brigade, d’une brigade spécialisée fourrière aussi », décrit Laurie Carrillo, responsable de la division communication et attractivité des métiers.

    Cette journée de présentation des différentes spécialités visait aussi à communiquer sur l’ouverture de 100 nouveaux recrutements au sein de cette police du maire qui compte actuellement 703 agents. Les policiers municipaux sont armés depuis 2016, et équipés du semi-automatique Glock 17 de calibre 9mm.

    « On aura doublé les effectifs. C’était l’objectif de monsieur le maire. La police municipale de Marseille séduit énormément les jeunes parce qu’on a plusieurs métiers dans le même métier », ajoute Mme Carrillo. « On postule pour être policier municipal à la brigade de nuit, à la maritime, à l’équestre. Pour la brigade équestre il faut un galop minimum 7. pour la maritime, il faut être muni d’un BNSSA. Pour la brigade de nuit, il faut avoir une appétence pour la nuit et certaines conditions physiques. Chacun va trouver ce qui lui plaît. Chacun peut trouver sa place. On recrute à partir de 18 ans avec un brevet de collège pour pouvoir passer le concours. Il y a ensuite une formation initiale d’application (FIA), puis des formations continues obligatoires. »

    Les chevaux Juno, Griotte, Jac et Kraken

    La brigade équestre de 8 agents écuyers, c’est une maréchalerie avec déjà 4 chevaux, Juno, Griotte, Jac et Kraken qui gîtent à Pastré et dont la fonction est principalement la dissuasion, la surveillance et le lien avec la population en particulier le long du littoral, des Goudes aux Catalans de mai à octobre, dans les parcs publics et les massifs forestiers des Calanques Marseilleveyre, Luminy et Samena. Les chevaux ont d’ailleurs participé aux recherches du retrouver le Patou égaré dans le massif de Marseilleveyre et retrouvé vendredi. La brigade assure aussi la sécurisation d’événements sportifs et culturels (Course Marseille-Cassis, Parc Chanot, stade Vélodrome).

    La police municipale est sectorisée depuis juin 2024 avec trois bases de police municipale pour les secteurs, nord, centre et sud. Deux antennes de proximité vont ouvrir très prochainement à la base nord : l’antenne 13-14 et l’antenne Loubon.

  • Worldskills : la Région championne en industrie

    Worldskills : la Région championne en industrie

    Ce samedi soir, deux événements ont fait vibrer le quartier de Sainte-Marguerite : la victoire de l’OM face au Havre (6-1), mais aussi la cérémonie de clôture des Worldskills, les « Jeux olympiques des métiers ».

    À proximité du Vélodrome et du Palais des sports, le mélange des genres est burlesque. Coincés par les CRS sur le trottoir en raison de l’arrivée des bus des joueurs, les compétiteurs et les supporters discutent. « On est 800 participants issus de toutes les régions de France et on s’affronte dans des épreuves de 67 métiers qui vont du BTP à l’industrie en passant par le service, l’alimentation, le numérique, le bien-être… », explique une jeune compétitrice de Haute-Aquitaine à un fan de l’OM descendu de Haute-Loire pour le match. « Ah mais c’est pas un petit truc en fait », lui répond-il.

    Il n’y a qu’à voir l’ambiance dans les gradins de la salle pour se rendre compte de l’ampleur des Worldskills : 5 000 spectateurs et participants brandissent les drapeaux de leur territoire, tapent des pieds, entament des chants et font la ola.

    Le dispositif Orientis

    « C’est la suite d’un long travail pour développer l’apprentissage avec les lycées professionnels et les CFA, se félicite le président de Région (Ren) Renaud Muselier. On a réalisé à quel point il était important pour ces branches de développer une orientation positive de leurs métiers. »

    En Paca, 70 étudiants avaient été sélectionnés pour leur savoir-faire. Cette année, 34 médailles, dont 8 médailles d’or, 11 médailles d’argent, 3 médailles de bronze et 12 médailles d’excellence, ont été remportées par les jeunes de la région. Et le territoire a survolé la compétition dans le pôle industrie, avec six médailles sur 15 métiers. « On avait beaucoup de branches qui n’arrivaient pas à trouver des professionnels, que ce soit dans la métallurgie autour de Manosque, dans la sidérurgie autour d’Airbus Helicopter ou dans l’Opération d’intérêt régional des métiers de la mer, poursuit Renaud Muselier… On a la chance d’avoir beaucoup de jeunes ici, beaucoup d’industrie, et donc du travail. »

    La Région a profité de la compétition Worldskills pour lancer le bus Orientis, un dispositif mobile imaginé pendant le Covid-19 pour aller vers les jeunes. Le véhicule sillonnera le territoire pour mener des actions d’information sur les secteurs clefs de l’économie régionale.

  • Plan écoles : la joie préside à l’inauguration du groupe scolaire Bouge

    Plan écoles : la joie préside à l’inauguration du groupe scolaire Bouge

    C’est un groupe scolaire de 28 classes – 9 maternelles, 18 élémentaires, 1 classe ULIS – dessiné par l’agence Satori Architectes sur le plateau des Lauriers (13e) dans le quartier de Malpassé, où les élèves plutôt que de descendre les marches du grand escalier ouvrant sur les cours de récréation, peuvent emprunter un toboggan géant.

    Nombreux étaient hier les minots à s’y glisser pour l’inauguration officielle de cet équipement public ambitieux, ouvert à la rentrée et qui s’inscrit dans la vague 1 de rénovation du vaste Plan École, un programme historique de 1,5 milliard d’euros qui concerne l’intégralité des 470 écoles de la ville dont 188 écoles nouvelles ou totalement rénovées.

    « C’est une très belle école en terme architectural, mais ce n’est pas qu’un geste architectural, c’est du très haut niveau d’exigence qualitative, environnementale. C’est pensé pour les enfants, les enseignants, le changement climatique mais aussi pour le quartier quand on voit la dimension du gymnase. Pour les écoles, il faut le meilleur », confie le maire de Marseille, Benoît Payan, quelques instants après avoir dévoilé la plaque avec la sous-préfète chargée du plan Marseille en grand, Virginie Avérous et le recteur d’académie, Benoît Delaunay. « La réalité de l’enveloppe, c’est 400 millions de l’État du plan Marseille en grand et on va être 1,1 milliard d’euros de la mairie si les coûts n’augmentent pas, explique le maire. « On voit bien qu’en 4 ans, c’est 300 millions d’euros supplémentaires. Mais quand on a autant de chantiers, les choses ne sont jamais comme certains peuvent l’imaginer. On ne construit pas des écoles avec des tweets. »

    « C’est magnifique ! C’est grand et pratique. Les petits adorent. Vous n’avez pas connu avant, c’était petit, vétuste, le gymnase était condamné », sourit une maman sur la terrasse pédagogique co-construite avec l’association Les Archiminots où les tout-petits font du vélo. Le meilleur est là. Chaque salle de classe de l’école élémentaire est équipée d’écran numérique interactif. On y trouve une bibliothèque, deux cantines, le gymnase de 600m², une conciergerie, deux cours de récréation végétalisées et désimperméabilisées.

    « C’est prometteur pour leur épanouissement »

    Situé en quartier prioritaire, le groupe scolaire a coûté 19,6 millions d’euros (40% État, 37% ANRU et 23% Ville). « On est sur une des dernières écoles de la vague 1. On était venu ici il y a 4 ans avec le président de la République, rendez-vous compte aujourd’hui de l’équipement qu’on a ! », se remémore la sous-préfète Virginie Avérous, qui goûte au plaisir de voir les sourires des enfants, des parents et des équipes éducatives. « Les écoles des vagues 2 et 3 qui entrent en chantier en cette fin d’année, ensuite la vague 4 annoncée par le maire. Sur 188 écoles, on en a livré 15 et une soixantaine sont encore en phase d’études et de démarrage des travaux », ajoute-t-elle.

    Un enthousiasme que partage le recteur d’académie, Benoît Delaunay : « Cette école offre des conditions de travail très bonnes pour les enseignants et les agents. C’est très prometteur pour l’épanouissement de ces enfants et leur devenir professionnel. Pour les deux directrices d’école que j’ai saluées, cela permet de repenser pédagogiquement les choses avec des espaces nouveaux. L’école, c’est justement offrir de nouvelles possibilités ».

  • L’OM, leader, ne s’enflamme pas avant Lisbonne

    L’OM, leader, ne s’enflamme pas avant Lisbonne

    L’OM en tête

    Face à des Normands qui leur ont tenu la dragée haute durant une mi-temps, les hommes de Roberto De Zerbi ont su trouver les ressources pour retourner la situation en leur faveur. « Un retour de trêve, c’est toujours délicat », a évoqué l’entraîneur marseillais en conférence de presse. « Il y avait le risque de perdre notre dynamique. Surtout dans une Ligue 1 qui n’est jamais facile. »

    Mais, en inscrivant six buts, son équipe a su se remettre dans le sens du jeu et profiter des faux pas parisien et lyonnais pour grimper seule sur la première marche du podium. « Mais nous ne sommes qu’à la mi-octobre, sur le plan comptable cela ne signifie rien pour le moment », tempère-t-il.

    Le quadruplé

    de Mason Greenwood

    Dans cette nette victoire olympienne, Mason Greenwood a été un acteur majeur. En égalisant sur penalty, puis en signant trois buts dans le jeu. Au final, l’Anglais s’offre le premier quadruplé de sa jeune carrière. Il succède à Jean-Pierre Papin, le dernier Olympien à avoir réussi une telle performance, en 1991 aux dépens de Lyon.

    Pour Roberto De Zerbi, « il peut encore s’améliorer, au-delà de marquer des buts. Il doit apprendre à plus s’impliquer dans le jeu défensif ».

    Le penalty et le carton rouge de Gautier Lloris

    C’est le tournant du match de samedi. Alors que Le Havre menait 1 – 0 et Fodé Doucouré avait eu une balle de break sortie avec brio par Jeffrey de Lange, Gautier Lloris va être le héros malheureux de la soirée. Débordé par Pierre-Emerick Aubameyang, le frère cadet de l’ancien capitaine de l’équipe de France dévie le ballon du bras droit, à l’entrée de la surface havraise, avant de s’écrouler. Dans un premier temps, Benoît Dechepy sort le carton jaune et désigne le point de penalty en faveur de l’OM. Appelé par son assistant vidéo, il va revoir les images de l’action. Il confirme le penalty, et transforme le jaune en rouge. « C’est une situation, une action de jeu, que l’on doit mieux gérer. Mais la manière dont les arbitres l’ont gérée, par contre, c’est très petit » a regretté Didier Digard. Pour l’entraîneur normand, la faute a été commise en dehors de la surface de réparation.

    La longue absence d’Amine Gouiri

    Victime de luxations répétées de l’épaule, Amine Gouiri a dû accepter de passer par la case opération pour éviter une nouvelle rechute, après avoir été à nouveau blessé avec la sélection algérienne. Il va être absence au minimum trois mois. Interrogé sur le recours à un joker, Roberto De Zerbi a éludé la question. « Nous avons suffisamment de solutions. Il y a Robinio Vaz, qui peut jouer seul ou à côté de Pierre-Emerick Aubameyang, Mason Greenwood peut aussi jouer en pointe, et puis Hamed Traoré va revenir. »

    Place à Lisbonne

    L’OM va donc se rendre à Lisbonne pour y affronter le Sporting du Portugal mercredi, en étant leader de la Ligue 1. « Gagner contre Le Havre, c’était très important » a reconnu Roberto De Zerbi. Et à présent que son équipe est leader de la Ligue 1, elle va être attendue à chacune de ses sorties.

    Après voir réussi sa reprise en championnat, l’OM va devoir démontrer qu’il est capable d’enchaîner dans une autre compétition, où ils restent sur un festival face à l’Ajax (4-0).

  • [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    [Entretien] Marcel Rufo : « Il faut mettre des moyens financiers mais surtout des moyens en personnes  »

    La Marseillaise : Au cours de la semaine passée deux enfants se sont donné la mort par pendaison. L’une à Sarreguemines et l’autre à Martigues. Ils avaient respectivement 9 et 12 ans. Fait-on face à une augmentation de ces suicides ?

    Marcel Rufo : C’est rarissime. Normalement, c’est 7 à 8 par an donc oui il y a une hausse. Et là, vous vous rendez compte, on en a déjà deux dans le mois… Ces tendances suicidaires, c’est comme les autres pathologies. Je crois que l’explication, c’est l’importance de deux phénomènes sur les réseaux sociaux, les moyens informatiques et le cyberharcèlement, surtout.

    Santé publique France alerte sur cette dégradation de la santé mentale chez les jeunes. Quelles en sont les causes ?

    M.R. : Il y a des réseaux sociaux, mais aussi l’incertitude généralisée, la guerre, l’écologie, l’avenir qui est sombre. Ils sont dans une situation où leur avenir, n’est pas rose, est plutôt dramatique. La question de la retraite, le fait qu’ils devront payer la retraite des personnes âgées, qu’ils n’auront pas de retraite eux-mêmes. C’est étonnant à les entendre. C’est très nouveau.

    Une étude menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris-Cité indique qu’un tiers des Français âgés de 11 à 24 ans présentent des signes de troubles anxieux ou dépressifs. Comment cela se manifeste-t-il ?

    M.R. : Par l’impression de ne pas avoir d’avenir, par de la morosité, des problèmes de sommeil. La perte de sommeil est un signe majeur. C’est la conséquence de cauchemars, de malaises, de l’anxiété et de l’angoisse, qui les réveille. Paradoxalement aussi, ces jeunes ont une hostilité, une violence, une auto-violence, la scarification est un phénomène très, très fréquent. Et ces suicides dont on parlait antérieurement.

    Le gouvernement avait fait de 2025 l’année de la santé mentale. Les moyens alloués sont-ils à la hauteur de cette ambition ?

    M.R. : C’est bien que la santé mentale soit en premier plan. Ce n’est pas assez pris au sérieux car ce n’est pas visible, comme pourrait l’être un cancer par exemple. Les parents et les enseignants sont peu au courant de tout cela, ou parfois ne le voient pas. Il faut connaître ces symptômes. L’alliance entre les familles et les enseignants aidera beaucoup les adolescents à surmonter tout ça. Il faut mettre des moyens financiers, mais surtout des moyens en personnes. Il faut former les enseignants et aussi les parents, c’est très important.

    Le club de santé scolaire, c’est vraiment le meilleur moyen de prévenir. Si on augmente ce personnel soignant et éducatif, on fait une véritable œuvre de prévention. La prévention coûte moins cher que le soin.

    Y a-t-il assez de places dans les services dédiés ?

    M.R. : Il n’y a pas assez de places. Je le vois à la Penne-sur-Huveaune, on a des listes d’attente énormes. Dans les centres médico- psychologiques (CMP), il y a plus de six mois à un an d’attente. Attendre six mois dans un état dépressif, un risque suicidaire….

    S’il y a un risque d’infarctus, on dit à quelqu’un qu’on verra dans six mois, a le temps de mourir.

    L’une des recommandations du CESE est la mise en place d’un « couvre-feu numérique pour les mineurs de 22 à 8 heures » ?

    M.R. : Oui c’est très bien. Demander à un adolescent ce qu’il écoute, ce qu’il regarde, ça fait partie d’un examen. Il ne faut pas l’oublier.

    Entretien réalisé par Laureen Piddiu

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Collection musée Cantini, intérieur d’atelier avec miroir

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Collection musée Cantini, intérieur d’atelier avec miroir

    De prime abord, un tableau presque « limpide ». Des lumières et des cadrages qui se succèdent, une journée sans relief. Des tons rompus rapidement modulés, un intérieur d’atelier parisien avec un croisillon de hautes fenêtres et le montant d’un escalier de bois. Pas du tout ostentatoires, peu lisibles, deux références signent des appartenances tenaces. Sur les plus hautes bordures, voici deux affiches anciennes, délavées : les lettrines des posters évoquent Poussin et L’Enlèvement des Sabines ainsi qu’une exposition d’Ingres.

    Sur cette toile datée de 1987, la donne serait immobile et silencieuse comme chez Pieter de Hooch ou Morandi si ne surgissait pas au centre de l’image une apparition sans narcissisme ni complaisance. Décalé derrière le châssis d’une toile, en proximité avec le scénario des Ménines de Velasquez, l’autoportrait du peintre Avigdor Arhika interroge un tressaillement, les inquiétudes et la banalité d’un visage. Dans les reflets réduits d’un miroir, un être fragile et poignant recadre invinciblement notre vision, questionne nos regards.

    Décédé en 2010, né en 1929 entre Roumanie et Ukraine en Bucovine, la contrée d’enfance d’Aharon Appelfeld et de Paul Celan, Avigdor Arikha avait comme ces deux immenses écrivains, subi les persécutions nazies. Déporté comme son père qui mourut en 1942 dans un camp de travail forcé, la Croix Rouge l’avait sauvé in extremis. Avant de s’établir à Paris en 1954, il s’était formé aux arts plastiques à Jérusalem. Caravage vu au Louvre en 1966 l’avait conduit à adopter les partis pris de l’art figuratif. En sus de Roger Blin et de Samuel Beckett qui écrivit à son propos, il était lié d’amitié avec des historiens de l’art comme Jean Clair, Jean-Pierre Cuzin et David Sylvester.

    À l’occasion d’une exposition titrée « Peindre dans les lumières de la Méditerranée », Arikha avait présenté en octobre 1987 cet « Intérieur d’atelier avec miroir » au musée Cantini. Son complice et ami de toujours, Germain Viatte voulut immédiatement que ce tableau entre dans la cohérence de la collection d’un musée où Balthus, Bacon, Cremonini et Mason sont présents. Pour un montant de 40 000 dollars (260 000 francs de cette époque) la toile fut négociée à New York, auprès de la galerie Marlborough. Quelques saisons plus tard Cantini achetait un portrait photographique d’Arikha, réalisé par Martine Franck.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, dans le miroir d’Arikha, le souvenir de Germain Viatte

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À Cantini, dans le miroir d’Arikha, le souvenir de Germain Viatte

    Des lumières et des cadrages qui se succèdent, une journée sans relief. Des tons rompus rapidement modulés, un intérieur d’atelier parisien avec un croisillon de hautes fenêtres et le montant d’un escalier de bois. Pas du tout ostentatoires, peu lisibles, deux références signent des appartenances tenaces. Sur les plus hautes bordures, voici deux affiches anciennes, délavées : les lettrines des posters évoquent Poussin et L’Enlèvement des Sabines ainsi qu’une exposition d’Ingres.

    Sur cette toile datée de 1987, la donne serait immobile et silencieuse comme chez Pieter de Hooch ou Morandi si ne surgissait pas au centre de l’image une apparition sans narcissisme ni complaisance. Décalé derrière le châssis d’une toile, en proximité avec le scénario des Ménines de Velasquez, l’autoportrait du peintre Avigdor Arhika interroge un tressaillement, les inquiétudes et la banalité d’un visage. Dans les reflets réduits d’un miroir, un être fragile et poignant recadre invinciblement notre vision, questionne nos regards.

    Décédé en 2010, né en 1929 entre Roumanie et Ukraine en Bucovine, la contrée d’enfance d’Aharon Appelfeld et de Paul Celan, Avigdor Arikha avait comme ces deux immenses écrivains, subi les persécutions nazies. Déporté comme son père qui mourut en 1942 dans un camp de travail forcé, la Croix Rouge l’avait sauvé in extremis. Avant de s’établir à Paris en 1954, il s’était formé aux arts plastiques à Jérusalem. Caravage vu au Louvre en 1966 l’avait conduit à adopter les partis pris de l’art figuratif. En sus de Roger Blin et de Samuel Beckett qui écrivit à son propos, il était lié d’amitié avec des historiens de l’art comme Jean Clair, Jean-Pierre Cuzin et David Sylvester.

    À l’occasion d’une exposition titrée « Peindre dans les lumières de la Méditerranée », Arikha avait présenté en octobre 1987 cet « Intérieur d’atelier avec miroir » au musée Cantini. Son complice et ami de toujours, Germain Viatte voulut immédiatement que ce tableau entre dans la cohérence de la collection d’un musée où Balthus, Bacon, Cremonini et Mason sont présents. Pour un montant de 40 000 dollars (260 000 francs de cette époque) la toile fut négociée à New York, auprès de la galerie Marlborough. Quelques saisons plus tard Cantini achetait un portrait photographique d’Arikha, réalisé par Martine Franck.

  • Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    Il y a de la folie chez Guillaume Chérel et ce Retour à Marseille, où l’on retrouve son héros Jérôme Beauregard, le « Batman du pauvre », perdu de vue à la fin de Last Exit to Marseille, ne nous fera pas changer d’avis. Toujours aussi désargenté, le voilà de nouveau sur la brèche, bouleversé par l’assassinat sordide de la fille d’une de ses ex qu’il se jure de venger en débarrassant la ville de ses exécuteurs juvéniles avec tant de violence qu’« en comparaison Hannibal Lecter, le serial killer du Silence des agneaux passerait pour Benny Hill ». Mais le commanditaire, un chef narco, est désormais intouchable. Pire, influenceur en prison (sic), il a lancé un contrat sur sa tête ! C’est Péra, son copain flic corse qui l’a averti et lui a donné littéralement l’ordre de quitter Marseille illico.

    Nostalgie, nostalgie
    quand tu nous tiens…

    Beauregard, comme le personnage incarné par Henry Fonda dans Mon nom est Personne, en moins doué au revolver, file se faire oublier à Issoire, au fin fond du Puy-de-Dôme. Mais on n’arrête pas une fatwa. Un besoin pressant le fait échapper à une rafale de kalachnikov et, même planqué à la citadelle de Buron, il est victime d’une nouvelle attaque. Paris l’attend. On recrute des agents de sécurité pour les Jeux olympiques. Perdu dans la foule, il n’y risquera rien. Croit-il…

    Le regretté Henri-Frédéric Blanc, évoquant Last Exit to Marseille avait conclu : « Chérel décrit cette ville outrancière comme un entomologiste qui serait tombé amoureux de ses insectes. Du brutal mais rempli d’une vitalité contagieuse. » Un jugement de connaisseur. Chérel est lucide qui taxe son intrigue de « foutraque », mais qu’importe ! Renouant avec les méthodes du roman picaresque, faisant de lui-même le sujet de son livre, il nous offre, outre une peinture haute en couleur de la ville, beaucoup plus profonde que son ton caustique et persifleur ne le laisse paraître cependant, des tranches de vie d’un auteur brouillon et impétueux, bourré de talent, nourri de ses propres expériences de vigile détective privé, de ses amours et de ses goûts d’enfance, sous le signe de Pagnol, de Pif le chien, du couteau de Rahan et l’ombre tutélaire de Jack London. Un récit rocambolesque et tonitruant, d’où la tendresse n’est jamais absente. Un régal.

    Roger Martin

    « Retour à Marseille » Guillaume Chérel Éditions Gaussen 255p. 20€

  • [Lecture] Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    [Lecture] Un western spaghetti au pays de la bouillabaisse

    Il y a de la folie chez Guillaume Chérel et ce Retour à Marseille, où l’on retrouve son héros Jérôme Beauregard, le « Batman du pauvre », perdu de vue à la fin de Last Exit to Marseille, ne nous fera pas changer d’avis. Toujours aussi désargenté, le voilà de nouveau sur la brèche, bouleversé par l’assassinat sordide de la fille d’une de ses ex qu’il se jure de venger en débarrassant la ville de ses exécuteurs juvéniles avec tant de violence qu’« en comparaison Hannibal Lecter, le serial killer du Silence des agneaux passerait pour Benny Hill ». Mais le commanditaire, un chef narco, est désormais intouchable. Pire, influenceur en prison (sic), il a lancé un contrat sur sa tête ! C’est Péra, son copain flic corse qui l’a averti et lui a donné littéralement l’ordre de quitter Marseille illico.

    Nostalgie, nostalgie
    quand tu nous tiens…

    Beauregard, comme le personnage incarné par Henry Fonda dans Mon nom est Personne, en moins doué au revolver, file se faire oublier à Issoire, au fin fond du Puy-de-Dôme. Mais on n’arrête pas une fatwa. Un besoin pressant le fait échapper à une rafale de kalachnikov et, même planqué à la citadelle de Buron, il est victime d’une nouvelle attaque. Paris l’attend. On recrute des agents de sécurité pour les Jeux olympiques. Perdu dans la foule, il n’y risquera rien. Croit-il…

    Le regretté Henri-Frédéric Blanc, évoquant Last Exit to Marseille avait conclu : « Chérel décrit cette ville outrancière comme un entomologiste qui serait tombé amoureux de ses insectes. Du brutal mais rempli d’une vitalité contagieuse. » Un jugement de connaisseur. Chérel est lucide qui taxe son intrigue de « foutraque », mais qu’importe ! Renouant avec les méthodes du roman picaresque, faisant de lui-même le sujet de son livre, il nous offre, outre une peinture haute en couleur de la ville, beaucoup plus profonde que son ton caustique et persifleur ne le laisse paraître cependant, des tranches de vie d’un auteur brouillon et impétueux, bourré de talent, nourri de ses propres expériences de vigile détective privé, de ses amours et de ses goûts d’enfance, sous le signe de Pagnol, de Pif le chien, du couteau de Rahan et l’ombre tutélaire de Jack London. Un récit rocambolesque et tonitruant, d’où la tendresse n’est jamais absente. Un régal.

    Roger Martin

    « Retour à Marseille » Guillaume Chérel Éditions Gaussen 255p. 20€