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  • Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Solidarité

    Mireille Faure : Dans votre programme, la solidarité est traitée de façon transversale dans ses aspects généraux. Que pensez-vous des Maisons de la solidarité qui, là où elles sont créées, permettent d’épauler les associations ?

    Benoît Payan : Vous l’avez noté, la solidarité n’est pas qu’un point du programme. C’est l’ADN du Printemps marseillais. En 2020, on récupère une ville qui ne comprend pas ce qu’est une politique sociale et solidaire. Nous, nous pensons que toutes nos politiques publiques doivent être vues sous l’angle de la solidarité. Ce n’est pas notre compétence, mais dans un territoire frappé par d’aussi fortes inégalités, peut-on se contenter de laisser faire ? Il a même fallu que l’État déroge à sa règle pour signer avec la Ville un pacte local des solidarités parce que l’interlocuteur naturel, le Département, est défaillant. Regardez le CCAS : on y faisait des lotos. C’est bien, mais ça ne sert pas qu’à ça. On peut aussi parler du non-recours aux droits. Il faut être proactif, aller vers les Marseillaises et les Marseillais. C’est ce qu’on propose avec l’assurance et la mutuelle municipale. On sait ce que coûte une mutuelle pour une famille avec deux enfants et aussi combien refusent de se soigner. Là, plus on sera nombreux, moins ça coûtera. Donc les Maisons de la solidarité sont essentielles, mais la solidarité c’est toutes les politiques… Les écoles que l’on construit sont des équipements ouverts sur le quartier, pour les habitants, les associations, les clubs, avec des lieux dédiés hors temps scolaire, et ça, ça multiplie les actes de solidarité.

    Education et écoles

    Séverine Vernet : Mes collèguesdu 1er et du 2nd degrés et les parents d’élèves se demandent si vous irez au bout du Plan écoles sur un 2e mandat ?

    Benoît Payan : Il faut toujours regarder d’où on part. Ça n’exonère de rien, mais quand on entre dans une ruine, on n’en sort pas à Versailles, six ans après. On a trouvé une ville où la capacité de penser les services était en déshérence. à l’éducation, en arrivant, on trouve 3 200 agents pour deux cadres A et le service RH n’est pas informatisé : on gère avec un tableau et des fiches T ! Les agents sont laissés à l’abandon et les écoles ne sont plus entretenues. L’idée, avec Marseille en grand, était de créer une société de droit privé pour aller plus vite. Ma seule condition était qu’elle soit 100% publique, avec des normes environnementales et sociales. On a fait 27 écoles. Et en deux ans et demi, en réalité parce que le plan est annoncé en 2021 et la Spem est créée en août 2022. Aujourd’hui, ça continue, il en sort à peu près 15 par an, et oui, on aura fini les 188 écoles en 2036.Après, il y a les autres qui sont aussi en demande très forte de rénovation. Sur l’entretien courant, on a multiplié par 280% l’investissement. On est passé de 15 à 40 millions par an. Il faut encore monter en puissance mais tout sera traité.

    Séverine Vernet : Il y a le sujet des ambiances thermiques…

    Benoît Payan : Toutes les écoles neuves sont autosuffisantes. Elles sont pensées pour les 70 ans qui viennent, bien orientées, auto-ventilées, fabriquées avec des matériaux de la région, réfléchies pour les changements climatiques majeurs. Et quand je dis autosuffisantes, c’est pour qu’il ne fasse pas 12° en hiver s’il y a une panne et 40° en été. C’est dans le cahier des charges des architectes. Et c’est fait en concertation avec les élèves, les parents, les enseignants, le personnel.

    Séverine Vernet : Vous vous êtes engagé à mettre un personnel Atsem par classe. Où en est-on concrètement ?

    Benoît Payan : On part de très loin. Les « tatas », c’était le bas de l’échelle, des gens qu’on embauchait essentiellement sur la base d’un système clientélaire. C’est à peu près tout ce qui comptait. Aujourd’hui, France Travail recrute. Le cousin de la cousine qui veut rentrer… ça ne marche plus. On a embauché 1 150 personnes en plus des départs en retraite et on va continuer. Mais je mentirais si je disais que je vais embaucher 3 000 agents demain. On veut que ceux qui travaillent avec des enfants soient diplômés, s’ils ne le sont pas, on leur fait passer des concours. Il faut les considérer, mieux les payer et elles ont le droit de sortir de leur condition d’Atsem.

    Séverine Vernet : Le savoir nager est une compétence obligatoireet nos collègues d’EPS sont en difficulté pour faire ces séances. Un plan piscines serait-il nécessaire ?

    Benoît Payan : On nous expliquait, avant qu’on arrive, qu’on n’avait pas besoin de piscines parce qu’on a la mer… Vous avez tous entendu ça. On a un vrai sujet et pour le coup, c’est pour moi un irritant du mandat. J’aurais aimé aller plus vite, mais on n’a pas vu à quel point ils ont laissé le parc se dégrader. Car la réalité est peut-être encore pire que celle des écoles. Il faut tout revoir. On a lancé deux grands chantiers pour Luminy et Nord. Elles vont sortir. Après, êtes-vous déjà allés à la piscine de Venelles ? Non ? C’est Versailles. Ailleurs, les piscines, les stades, les gymnases sont payés par la Métropole. Ici, rien, on est seul. Mais on va vivre une révolution. Si on gagne, avec la réforme PLM, la gouvernance actuelle sera finie. Et le but n’est pas de faire les poches des autres communes, c’est de ramener de l’équité.

    Port de Marseille

    Hugo Honde : Comment considérez-vous l’activité portuaire, tant en termes d’emplois directs et indirects que de retombées économiques ?

    Benoît Payan : La révolution industrielle a amené à cette ville le visage qui est le sien aujourd’hui et la construction de ce port autonome a permis une création de richesses et d’emplois comme jamais auparavant. C’est un outil essentiel qui est dans l’identité de la ville et sa question est centrale. Une ville de mer, son passé, son présent et son futur, se fait par la mer, donc son port et ses travailleurs. Il y a eu des incompréhensions avec la direction du port parce que je pense que la santé des gens ne se monnaie pas. Et il y a eu d’ailleurs des avancées phénoménales. Mais notre activité portuaire doit perdurer, on ne peut pas la remplacer par du tertiaire. Le port ne devra jamais devenir une marina…

    Hugo Honde : Ou une plage…

    Benoît Payan : On peut s’accrocher au port pour faire des choses, notamment la digue qui, historiquement, a toujours été ouverte aux Marseillaises et aux Marseillais. Mais une plage à la place du port, ça ne veut rien dire. Considérer que le port est un endroit qui appartient à ses travailleurs et ses entreprises, à partir duquel on réconcilie la ville et les gens, c’est autre chose. Le développement économique du Port est une nécessité, c’est créateur d’emplois directs et indirects, et ça touche des milliers de personnes. Aujourd’hui, ce qui me gêne le plus dans le port autonome, c’est le « autonome ». Il ne s’agit pas que le maire de Marseille dirige le Port, mais que l’État comprenne que le Port n’est pas qu’une machine à faire de la valorisation financière. Il a une histoire avec des travailleurs qui ont un savoir-faire, sur laquelle on a besoin de réfléchir. Il ne faut pas rêver d’un port qui ne soit qu’un port de tourisme. Évidemment, quand je vois un parking de 5 000 voitures, ça m’énerve. Il faut qu’on pousse sur le fer, les camions qui entrent dans la ville pour venir chercher les boîtes, ça n’existe plus. Et puis pourquoi vos métiers sont si peu valorisés ?

    Hugo Honde : Sur la digue du large, quel est le projet ? Une partie est quand même exploitée…

    Annick Karsenty : On pourra revenir s’y promener ?

    Benoît Payan : Le port est un outil de travail, il ne peut pas être une entité de Disneyland. Il se trouve qu’il a été fermé pour des questions de sécurité. Ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent aller pêcher de l’autre côté de la digue, qu’on puisse mettre des barges avec de l’ensablage. Il ne faut pas la détruire, au contraire, il faut lui donner une symbolique forte. Dans ce qu’on a prévu, rien ne gêne et ne doit gêner les activités portuaires. Le vrai sujet, c’est concilier une activité portuaire et d’autres usages. Les Marseillais ne vont pas se promener au milieu des boîtes, ils ne vont pas toucher les grues, ils iront de l’autre côté de la digue pour se baigner, avec la barge qui bouge. Ça existe dans d’autres ports.

    Economie sociale et solidaire

    Nicolas Guglielmacci : Qu’est-ce que la mairie pourrait apporter aux entreprises de l’économie socialeet solidaire ?

    Benoît Payan : Sur la métropole, l’économie sociale et solidaire (ESS), c’est un emploi sur sept. En France, c’est un sur cinq. La marge de progression est de quasiment 45%, en particulier à Marseille. On sait que ces modèles économiques tiennent parce qu’ils sont basés sur des choses qui existent et que ESS France sait les faire fonctionner. Des modèles économiques classiques ne fonctionnent pas sur certains secteurs ou ne fonctionnent plus pour des questions de rentabilité capitalistique. Mais quand ils sont remplacés par des modèles d’ESS où le but n’est pas que de faire du dividende, ça fonctionne et ça permet même de créer plus d’emplois. Tout n’est pas adaptable, mais le patronat devrait comprendre que c’est son intérêt de considérer que l’existence d’une ESS forte à ses côtés est bénéfique à tout le monde. Marseille investit à peu près 290 millions d’euros par an dans l’économie. On met de plus en plus de clauses sociales et on est en capacité de rajouter, aujourd’hui, des clauses spécifiques pour que ceux qui répondent à des appels d’offres incluent avec eux, pour que l’offre soit valable, une entreprise de l’ESS. Ça permet à des entreprises qui existent de se consolider. On a commencé à le faire, mais il faut encore pousser. Aujourd’hui, on est la seule collectivité qui le fait. Demain, à la Métropole, ça va changer.

    Droits des femmes

    Annick Karsenty : Sur les violences faites aux femmes, vous envisageriez une cité des femmes, un lieu d’information, où on pourrait contacter des avocats ? Comment faire pour que les femmes se réapproprient l’espace public, réduire les inégalités, déconstruire les stéréotypes ?

    Benoît Payan : Même si on a avancé sur beaucoup de sujets, y compris en interne, j’aurai aimé qu’on aille plus loin. Après, je peux raconter tout ce que je veux, dire que je suis féministe, je ne serai jamais à la place d’une femme, ni ne comprendrai ce que peut comprendre une femme. Donc ce que doivent faire, à mon sens, celles et ceux qui font de la politique, notamment les hommes, c’est écouter les femmes et se mettre au service de ces causes, sans vouloir les diriger. On a travaillé sur plein de sujets, sur les plages, avec des dispositifs spécifiques, on le fait dans les écoles… Mais cette affaire prendra évidemment beaucoup de temps, non pas parce que la société marseillaise est patriarcale, mais parce que c’est un stéréotype construit, répété, sur des milliers d’années et ancré très fortement, même si, ces dernières années, on connaît l’accélération d’une forme de prise de conscience. D’ailleurs, tout de suite, les mouvements masculinistes sont nés. Évidemment, pour nous, c’est une question de budget et de volonté politique. ça passe par l’éducation dès le plus jeune âge, l’école et les programmes scolaires. C’est aussi la pédagogie des associations, ce que vous faites, les conférences… C’est un combat qui ne doit jamais s’arrêter.

    Narcotrafic

    Annick Karsenty : J’ai signé l’Appel de Marseille contre la spirale de violence liéeau narcotrafic. Drogue et prostitution sont liées et ça touche beaucoup de femmes, des filles de 12 ans parfois… Comment leur montrer qu’il y a autre chose ?

    Benoît Payan : Les filles de 12 ans ne se prostituent pas par choix. Ce sont des petites filles, censées être à l’aide sociale à l’enfance, donc sous la protection du conseil départemental, qui sont seules dans des hôtels et sont prostituées par des réseaux mafieux. Après, j’entends dans le débat municipal, des candidats oser dire qu’ils vont lutter avec la police municipale. Mais j’ai un peu honte pour eux, les Marseillais sont des gens intelligents. Ils comprennent bien que pour des narcotrafiquants qui sont dans un pays où les extraditions sont compliquées, où la collaboration avec Interpol n’est pas faite, ça n’est pas la solution. Il nous faut de la police scientifique, judiciaire, financière, de la police aux frontières, des spécialistes et des moyens d’investigation et de justice énormes pour couper la tête de la pieuvre et pas seulement les tentacules.

    Jeunesse

    Moussa Camara : Avant tout, je veux vous remercier pour ce que vous faites, parce que je suis un rescapé de SOS Méditerranée… Des jeunes du monde entier viennent à Marseille, pour vous, c’est une chance ou un problème ? La municipalité doit-elle agir pour l’accueil des jeunes ?

    Benoît Payan : D’abord, on est la ville qui aide le plus SOS Méditerranée parce que c’est notre devoir. Je suis évidemment fier que son siège soit à Marseille et on continuera à les aider. On est des gens de mer et en mer, les marins s’entraident. Après, dans ma ville, des gens de SOS Méditerranée ont été stigmatisés par la droite et l’extrême droite… Mais en réalité, je n’ai eu qu’une opposition d’extrême droite puisque la droite a repris toutes les lubies et les phobies de l’extrême droite, croyant, en faisant cela, qu’elle gagnerait des suffrages. Elle n’a pas compris qu’elle leur déroule le tapis rouge. Quand la droite, que je combats mais qui a des valeurs républicaines, est la droite républicaine, elle ne perd pas son âme. Quand elle court derrière un parti créé par les héritiers de Pétain, ça donne ça. Ils sont allés jusqu’à dire pour faire peur que nous avions dit que nous voulions être le premier port de migrants de France. Non. On affirme qu’on veut être le premier port solidaire de France. Ces mots péjoratifs utilisés pour faire peur sont une folie. Sur l’accueil, que soit les MNA (mineurs non accompagnés), les réfugiés politiques ou dans conditions plus spécifiques des sans-papiers, je considère qu’il faut un accueil inconditionnel pour les jeunes. Si après il devient un criminel, la question pour moi ne se pose plus. Mais si c’est quelqu’un qui veut juste vivre et s’en sortir, comme nos grands-parents arrivés à Marseille parce qu’ils crevaient de faim ou ne pouvaient plus rester chez eux, eh bien c’est comme ça. Cette ville s’est créée comme ça, c’est notre histoire. La jeunesse ne peut jamais être un problème, elle est toujours une solution, mais il faut lui donner les conditions de sa réussite. On ne peut pas se substituer à l’État, aux règles de l’Union européenne et de droit, par contre, il faut accueillir dignement ceux qui sont là. C’est ce qu’on fait quand on peut et de la meilleure manière possible. Je reste persuadé que la jeunesse est une chance.

    Transports

    Jacques Takeylian : Les transports, ce n’est pas la mairie, mais c’est important quand on voit le déséquilibre. Il va falloir y penser pour demain, relier tous les quartiers, aller d’est en ouest…

    Benoît Payan : En matière de transports, la ville, qui a une géographie et une topographie assez unique, a été pensée après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour ce qui représentait au début du XXe siècle une des plus grandes révolutions : la voiture. Puis à la fin des années 1960, on construit un métro et on inaugure deux lignes en 1977. Mais depuis cinquante ans, dans la deuxième ville de la sixième puissance mondiale, on n’a plus rien fait. Le transport public est un impensé total et des dirigeants politiques considèrent encore que le schéma absolu est celui du déplacement individuel. Il y a eu les navettes maritimes, les navettes « Pellicani », mais c’est à peu près tout. Entre-temps, on a supprimé le réseau de tram et de trolley, puis, comble de la folie, dans les années 2000, on refait un tramway qui suit le tracé du métro… C’est une gabegie. Alors on va s’attaquer à quelque chose d’extrêmement complexe. La première chose sera de revoir la carte des bus, c’est le plus simple, mais ça ne se fera pas en six mois. Il faut associer les usagers, les ingénieurs, les professionnels, imaginer où on va implanter des équipements publics, penser à l’urbanisme. La refonte du réseau est impérative. Après, le président de la République a dit à Mme Vassal, en 2021, qu’il donnerait de l’argent pour les transports, à condition de désenclaver les quartiers Nord et de faire en sorte que les gens qui sont « assignés à résidence », ne le soient plus…

    Jacques Takeylian : … Et on parle d’un tram sur la Corniche alors que le métro jusqu’à l’hôpital Nord est une urgence et qu’il existe des études.

    Benoît Payan : Je l’ai découvert dans le journal, je croyais que c’était un 1er avril. Un maire ne peut pas apprendre dans La Provence que la Métropole a travaillé un projet de tram sur la Corniche. Surtout que personne ne veut du tram des Catalans. On a besoin de pousser le tramway vers la Belle de Mai, tirer à Burel et monter à Château-Gombert. Le métro, à la Rose, on plonge, et à Dromel, on poursuit… c’est beaucoup d’argent, mais on n’est pas la deuxième ville de France ? Quand on réfléchit, on se dit où est passé l’argent ? Je ne suis pas complotiste, alors je lis le compte administratif et je vois qu’il est parti dans des ronds-points, des gymnases et des piscines à gogo… Marseille a juste été laissée-pour-compte.

    Culture

    Farid Tabet : Comment penser l’offre culturelle pour que les populations qui n’en ont pas l’habitude, et qui en sont éloignées, aillent dans les musées ?

    Benoît Payan : C’est une affaire compliquée parce que le capital culturel, c’est quelque chose que l’on a ou que l’on construit. Quand tu n’as pas cette chance, les pouvoirs publics doivent te permettre de le construire. Aujourd’hui, la plupart des grands musées sont au centre et au sud. Je serais favorable à réfléchir à faire avec l’état un musée type Mucem au nord de la ville. Un pays qui continue d’investir sur sa culture est un pays qui n’a pas lâché la rampe de ce à quoi il croit. La culture est le principal vecteur d’émancipation. Il faut avoir la possibilité de créer un objet totem reconnaissable qui valorise ces quartiers, rend ces habitants fiers et qui soit aussi un moyen que des gens d’ailleurs y viennent. Après, la culture, ce n’est pas que les musées. Les pouvoirs publics ont mis énormément d’argent sur les questions de diffusion et de distribution, et très peu sur la création. Or, c’est la genèse de la culture, un acte par essence émancipateur. Les pouvoirs publics ne savent pas, à mon sens, valoriser la création. On met de l’argent pour un spectacle, je le fais, c’est très bien et je suis fier des concerts, des spectacles, des musées gratuits, mais je le suis encore plus de faire des résidences d’artistes. En ce moment, on a des jeunes de la Méditerranée, Palestine, Liban, Sicile, Espagne, Algérie, qui rencontrent des Finlandais et des Suédois. On s’est battu pour la Villa Valmer, vous vous rappelez. Dans l’hôtel, il va y avoir des résidences et des expos de jeunes artistes. Il faut aider la création, or, on perd les financements État, Région, Département, Métropole, parce que la culture est vue comme de l’accessoire.

    Stade Vélodrome

    Nicolas Guglielmacci : Le stade Vélodrome, propriété de la ville, va-t-il être vendu ?

    Benoît Payan : On aurait pu imaginer que le stade devienne un équipement métropolitain, mais au regard de ce qui s’est passé avec la Métropole, j’ai préféré qu’on en reste, nous, Marseillais, propriétaires. Je ne vendrai pas le stade. Et si un jour je le vends, ce ne serait qu’à son club dans la mesure où il sera en capacité de le racheter. Personne ne viendra faire une affaire financière avec. Il ne peut avoir que deux propriétaires : l’OM ou la Ville.

    Nicolas Guglielmacci : Mais il n’y a pas que l’OM qui l’utilise. Il y a d’autres événements sportifs, des concerts…

    Benoît Payan : Celui qui est propriétaire du stade ne le fermera pas. Et l’OM continuerait à faire la même chose.

    Nos lecteurs à Marseille

    Hugo Honde, électricien sur le Grand port maritime de Marseille

    Jacques Takeylian, retraité, vice-président de CIQ, habitant du 13e arrondissement

    Farid Tabet, habitant du 5e arrondissement, ouvrier du bâtiment en reconversion professionnelle

    Mireille Faure, bénévole du Secours populaire, habitante du 4e arrondissement

    Moussa Camara, président fondateur de l’association Guinée à Marseille

    Séverine Vernet, professeure de collège dans le 13e arrondissement

    Annick Karsenty, responsable d’une association féministe

    Nicolas Guglielmacci, responsable transport à la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne

  • À Marseille, la logistique électorale s’active avant le vote

    À Marseille, la logistique électorale s’active avant le vote

    Seul le bruit du papier qu’on remue résonne dans l’immense entrepôt du Parc Chanot où, ce samedi matin, s’activent quelque 1 000 personnes. À une semaine du premier tour des élections municipales, la mise sous plis des professions de foi a commencé dès 7h30, explique Carine Laurent, directrice adjointe de la citoyenneté, de la légalité et de l’environnement à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui supervise les opérations avec son équipe.

    Il y a là 550 fonctionnaires « toute fonction publique confondue », précise-t-elle, qui se sont portés volontaires et ont été autorisés à venir avec un accompagnant. Avec 13 documents de propagande à mettre par enveloppe, chaque binôme ayant une part de 1 000 plis à réaliser, « c’est quand même un travail important, même s’il est un peu plus rapide que d’autres élections nationales que certains ont pu connaître », estime Carine Laurent.

    Pour ces premières municipales organisées après le passage de la loi PLM qui instaure un double scrutin à Marseille, soit 1 094 206 enveloppes à envoyer pour 547 103 inscrits recensés, cette mise sous plis à Chanot concerne uniquement la liste pour la mairie centrale et « trois communes, Allauch, Plan-de-Cuques et Septèmes » précise-t-elle. Le travail pour les listes marseillaises par secteur se faisant à Toulouse, confié à une entreprise privée, la société SMS. Tout comme la propagande destinée aux communes de Barbentane, Châteaurenard, Eyragues, Graveson, Noves et Rognonas indiquait dès décembre le préfet, dans un communiqué. Préfet qui a choisi de faire appel à « un marché régional qui existe, utilisé par beaucoup de préfectures, avec un prestataire qui a l’habitude de travailler sur les élections, qui le fait déjà depuis plusieurs années pour d’autres préfectures », indique la directrice adjointe, de ce côté-là, tout est déjà terminé depuis la veille se félicite-t-elle. Dans le département, la mise sous plis s’organise également par îlots, dans chaque sous-préfecture, complète-t-elle.

    La rémunération motive la plupart des troupes

    À l’intérieur, sur les grandes tables tout en longueur, des tas de feuilles soigneusement ordonnées ou classées dans des casiers en plastique. Chacun y va de sa méthode pour gagner en efficacité : le casque sur les oreilles, les gants fins, la glycérine pour éviter que le papier glisse, jusqu’à cette jeune femme équipée d’une petite boîte hermétique remplie d’eau, d’une éponge, pour mouiller les rabats encollés des enveloppes et mieux les sceller…

    On retrouve là David et Caroline. « Ça avance bien, c’est répétitif, il suffit d’être bien concentré, ne pas perdre le rythme », confient-ils. Un peu plus loin, Frédéric et Céline sont des habitués. « C’est mon mari qui est dans la fonction publique, et c’est comme dans les mariages, on a le droit d’amener un ami, on fait ça depuis dix ans », racontent-ils. Ils ont fait le déplacement aux aurores depuis Salon-de-Provence, râlent car ils n’ont pas eu accès au parking pour cause de salon de l’Étudiant.

    Ce qui les motive, comme la plupart, c’est la rémunération : très exactement 33 centimes par enveloppe. Même si, glisse quand même notre couple, ils ont aussi le sentiment de participer un peu au process démocratique. À 11h du matin, ils ont déjà atteint les 500, remplissant allègrement l’un des bacs à roulettes mis en bout de table. Une fois plein, les équipes de la Poste, positionnées à l’arrière du bâtiment, viendront les récupérer. « C’est fait au fil de l’eau », précise Carine Laurent. Une fois les 22 camions remplis, dont certains vont faire des rotations, « la Poste commence à livrer dans les centres de distribution. Elle n’attend pas », poursuit-elle. De quoi démarrer la distribution dès le lundi, quand tout devait être bouclé le dimanche en début d’après-midi, assurait, sereine, Carine Laurent.

    Sur l’organisation des élections en général, « les services de la préfecture ont l’habitude, on l’a vu même en cas de dissolution en 2024 », rappelle-t-elle. Tout est déjà calé pour les échéances logistiques, prévues les 18 et 19 mars, avant le second tour du 22 mars.

    Au Rove, les procurations s’anticipent

    À l’occasion des municipales, la commune du Rove, en lien avec la gendarmerie, met à disposition un service pour valider ses procurations, préalablement effectuées en ligne (maprocuration.fr). Accueil à l’Hôtel de Ville le lundi de 9h à 10h et le mercredi de 15h à 16h. Se présenter muni de la carte d’identité ou du passeport, le QR Code reçu après votre demande en ligne. Cette vérification, rapide et simplifiée, est assurée par des gendarmes spécialement mobilisés. Pour les personnes en difficulté, un agent municipal peut aider sur rendez-vous (04.91.46.80.00). Se munir de vos identifiants FranceConnect ainsi que des données d’état civil du mandataire.

  • Un 8 mars placé sous le signe de la résistance féministe

    Un 8 mars placé sous le signe de la résistance féministe

    C’est seulement quand je suis partie à la retraite, que je me suis rendue compte que je n’étais pas payé pareil. Et au final, ça change tout. Il y a une grosse différence de pension », lâche Dany, professeur des écoles. Elle abonde : « Je milite depuis pour l’égalité salariale dans le public comme dans le privé. »

    Le village du collectif 13 droits des femmes joue son rôle en proposant de nombreux stands. Tandis qu’au micro, les prises de paroles se succèdent en ce 8 mars journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Égalité salariale, reconnaissance des AESH, lutte contre la lesbophobie et toutes les discriminations, contre la violence économique et les emplois sous‑qualifiés des femmes migrantes : les femmes résistent face aux attaques du gouvernement, des impérialismes et des politiques d’extrême droite.

    « Ce qu’on a voulu, aujourd’hui, c’est relayer la parole des travailleuses, en tant qu’organisation syndicale. Les prises de paroles se sont cantonnées aux trois organisations, Solidaires, FSU et CGT », expose Monia Haddaoui, membre du bureau UD CGT. Sans oublier de rappeler que « certes le 8 mars est symbolique, mais qu’à partir du 10 novembre, les femmes ne sont plus payées. On appelle à continuer la lutte féministe à travers nos revendications en tant qu’organisations de travailleurs et de travailleuses ».

    Réécriture de l’histoire

    « Cette année, on revient encore pour que l’égalité homme-femme et femme-homme soit enfin respectée dans tous les domaines ! », s’exclame Catherine Lecoq comédienne déléguée à la CGT Spectacle. Poursuivant : « Je viens d’entendre des chiffres assez alarmants, 7 femmes sur 10 sont touchées par la charge mentale du foyer, de leur vie quotidienne. On est encore sur des droits, pourtant très simple de salaire. » Et de souligner : « C’est beaucoup de violence, beaucoup d’insultes, une décomplexion qui, à mon sens, va de pair avec la montée de l’extrême droite. »

    Notre société serait-elle en train de régresser ? « Le masculinisme rampant arrive à nouveau pour dire que les femmes doivent rester au foyer et libérer les postes », constate-t-elle. Face à la montée pernicieuse du fascisme qui tente de réécrire l’histoire, le bas de la Canebière n’a pas échappé aux tensions : des cordons de CRS ont dû s’interposer entre collectifs pro‑Israël et pro‑Palestine pour assurer l’expression et la sécurité de toutes et tous.

  • [Travailleur de demain] Alexis Aubert, spécialiste de l’impression 3D

    [Travailleur de demain] Alexis Aubert, spécialiste de l’impression 3D

    Apprenti et passionné d’impression 3D, Alexis Aubert façonne le plastique dans le service Outillage d’Airbus Helicopters. Son métier : la fabrication additive, autrement dit la fabrication de pièces par ajout de matière. Alexis détaille : «D’habitude, dans l’industrie, on part d’un bloc, on enlève la matière et ça fait une pièce. Pour l’impression 3D, c’est l’inverse. On ajoute des couches successives de matières pour en faire une pièce. C’est ma “spécialité.” » Au quotidien il réalise des prototypages de pièces avec un logiciel, jusqu’à leur production à l’imprimante 3D plastique. Des « outils » conçus pour guider d’autres services dans la construction de pièces pour l’hélicoptère. « Imaginez qu’il faille faire un trou sur une porte d’hélicoptère, mais où y prendre les mesures est compliqué. Nous, on va faire un guide de perçage qui s’adapte bien. Et notre collègue est sûr qu’il ne se trompe jamais. C’est une aide pour eux. On appelle ça les améliorations de travail », explicite l’apprenti. Sur une semaine en entreprise, Alexis traite en moyenne dix sujets pour différents services d’Airbus Helicopters. Dix pièces qui viendront aider ses collègues : « Des bouchons, des échappements, des guides de perçage, des guides de traçage, des supports », énumère-t-il.

    « Ce que j’aime, c’est répondre à un problème rapidement sans avoir besoin d’heures de fabrication. C’est la rapidité de pouvoir aider et concevoir ce que je veux : les pièces, les formes… On modélise, on l’imprime et c’est bon ! », partage le passionné. L’utilisation de l’impression 3D n’est que récente dans l’industrie, « maintenant, c’est devenu limite indispensable », rapporte Alexis, ajoutant avoir fait comme « un pari sur l’avenir »… un pari gagnant.

    Alexis Aubert oscille entre la pratique au centre d’Airbus à Marignane et ses cours au lycée Jean-Perrin à Marseille. D’un parcours scolaire tourné vers les sciences de l’ingénierie, le jeune homme débute un premier BUT Génie mécanique et productif. Lassé de cette formation, il change de cursus à la fin de cette première année post-bac. Pour se tourner vers son BTS actuel, sur la conception de produits industriels. Avec de grands gestes, Alexis s’enthousiasme : « C’est là où tout a explosé parce que j’ai découvert l’impression 3D. Je me suis épanoui. » Quand il a découvert les possibilités délivrées par l’impression 3D, il s’en ai procuré une. Au quotidien, son imprimante 3D, d’une valeur de 200 euros, règle les problèmes techniques à la maison. Dernièrement : la tringle de ses rideaux. « Ça m’a pris même pas 30 minutes. C’est pratique », résume-t-il, se rappelant : « Au début, pour rigoler, j’avais essayé de faire un pistolet Nerf de A à Z. Je débutais dans la conception. Ce n’était pas fameux, mais c’était ma première création. » Après l’avoir ramené à l’école, son professeur est impressionné par sa création. Ce dernier, ayant déjà accompagné l’actuel vice-champion du monde au World Skills, lui propose alors de participer aux concours.

    Depuis, Alexis Aubert montre une reconnaissance profonde à ses référents et son entourage, notamment pour les World Skills. L’apprenti conclut : « Travailler, ça paye. Ma mère n’avait pas tort… Alors, je me suis donné à fond. »

  • [Chroniques méditerranéennes] L’Église en proie à des questionnements politiques

    [Chroniques méditerranéennes] L’Église en proie à des questionnements politiques

    S’il est un pays où l’Église a fortement laissé son empreinte, au fil des siècles dans la société c’est bien l’Espagne. Un pays profondément marqué dans son histoire par une Église soutien du régime dictatorial de Franco. Mais aussi par les périodes historiques aux épisodes sanglants comme l’inquisition à la fin du XVe siècle qui avait pour but de combattre l’hérésie et de maintenir l’orthodoxie catholique. Puis aussi, la période où les conquistadors colonisateurs, ont imposé la foi chrétienne par la violence et la coercition, afin de piller les richesses de vastes territoires en Amérique. Au siècle dernier, la rébellion militaire contre la République, pour la hiérarchie catholique, avait été providentielle et la guerre « un plébiscite armé » comme l’explique l’historienne Maria Encarna Nicolas, dans son livre Brève histoire de l’Espagne de Franco citant la « lettre collective de l’Épiscopat espagnol aux évêques du monde entier » signée par 48 évêques le 1er juillet 1937. Un an plus tôt, le cardinal Pla y Deniel avait qualifié la guerre de « croisade pour la religion, pour la Patrie et la civilisation ». Une étroite collaboration avec le franquisme s’établit ensuite pendant toute la dictature, explique encore l’historienne. Le phénomène est connu sous le nom de « national-catholicisme ».

    Aujourd’hui, les années noires avec leur cortège de tortures et d’assassinats, sont encore dans les mémoires et pourtant la foi religieuse catholique est fortement ancrée dans le pays. L’Église a su opérer sa transition de l’après franquisme même si l’Opus Dei institution de l’Église catholique fondée le 2 octobre 1928 par un prêtre espagnol, Jose Maria Escrivá de Balaguer a été un soutien de la dictature, veille toujours au grain avec ses ramifications dans les partis de droite et d’extrême droite.

    Depuis quelque temps, des polémiques prennent de l’ampleur, notamment depuis que le gouvernement de gauche a mis en place un plan de régularisation d’un demi-million d’immigrés. Rien ne va plus entre l’extrême droite et l’Église. Santiago Abascal, le leader de Vox fustige celle-ci suite aux positions prises pour l’accueil des migrants en situation irrégulière jugées trop sociales par le disciple de Franco. La Conférence épiscopale de Catalogne a estimé qu’il s’agit « de traiter avec dignité les catégories défavorisées et les migrants ». L’évêque de Tarragone Joan Planellas, connu pour son franc-parler, est allé jusqu’à dire en faisant référence au dirigeant de Vox « un xénophobe ne peut être un vrai chrétien » ce qui a fait sortir de ses gonds Santiago Abascal qui a rétorqué : « Ce qu’on demande aux prélats c’est de dire la messe… » fermez le ban. Le ton monte entre l’institution et l’extrême droite partisane d’un traditionalisme religieux pur et dur hérité du franquisme toujours présent au sein de la hiérarchie catholique. Tout le monde n’est pas sur les mêmes positions au sein de la Conférence épiscopale espagnole, de plus en plus divisée, comme le président Luis Argüello qui s’était prononcé il y a quelques mois pour des élections générales anticipées la première fois dans l’histoire de la récente démocratie, que des représentants de l’Église demandent de manière très claire un changement de gouvernement et une alternance en faveur de la droite.

    Le pape, qui doit effectuer une visite en Espagne en juin, a réagi aux soubresauts qui agitent la Conférence épiscopale et alerté les évêques, sur sa préoccupation sur l’activité de l’ultra droite qui cherche à manipuler l’Église. Une Église tiraillée entre ses vieux démons et l’humanité qu’elle est censée prôner. La messe n’est pas dite.

    Journaliste,

    président
    de l’Association
    pour le Souvenir

    de l’exil républicain espagnol

    (Aseref)

  • Pour Martine Vassal, des tramways sur terre, des métros dans l’eau

    Pour Martine Vassal, des tramways sur terre, des métros dans l’eau

    Après l’extension sur les rails du tramway vers la Castellane (15e), elle propose un tramway vers la Pointe-Rouge (8e) et la Valentine (11e) et même le lancement d’études pour une prolongation du métro jusqu’à Saint-Marcel (11e) en passant par Saint-Loup (10e). Deux nouvelles étapes des navettes maritimes sont aussi proposées vers la Joliette (2e) et l’escale Borely (8e), le tout finançable grâce aux prêts européens. Quant aux rames obsolètes du métro, elle propose de les immerger pour en faire des récifs artificiels.

  • À Marseille, Jean-Luc Mélenchon appelle à résister à la « vague brune »

    À Marseille, Jean-Luc Mélenchon appelle à résister à la « vague brune »

    La salle de spectacle de la Friche Belle de Mai a fait le plein, ce samedi 7 mars, pour le meeting de Sébastien Delogu, candidat insoumis à la Ville de Marseille, avec en guest-star le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon. Plus de 2 500 personnes selon l’organisation étaient au rendez-vous.

    Logement, jeunesse, santé, écoles… La tête de liste à la mairie centrale a ouvert le bal, égrenant les grandes lignes de son programme sans oublier d’insister sur le courage du combat des Insoumis, rendant hommage « aux personnes emprisonnés, frappées, éborgnées, mortes pour défendre nos idées et l’intérêt général. » Il promet : « Chaque élu insoumis fera renaître l’espoir d’un avenir meilleur dans cette ville » quand « Marseille se meurt ».

    L’heure est bien vite venue d’accueillir son médiatique patron : « Jean-Luc, tu es chez toi ! » Ce dont ce dernier convient volontiers, avec les « immenses meetings de 2012 et 2017 » sur les plages du Prado. « Marseille c’est un refrain dans ma vie », pose le chef de file de LFI. Il est venu « participer à la démonstration de force » car « Marseille ne sera pas emportée par la vague brune ».

    Jean-Luc Mélenchon harangue un public conquis : « Nous sommes des enfants du peuple, nous venons d’en bas », « vous voterez par enthousiasme pour un programme, nous ne sommes pas du bétail électoral », estime-t-il, soulignant les mérites de Sébastien Delogu qui a su rassembler.

    « Nous ne sommes pas des antisémites »

    Il revient sur la récente polémique qu’il a déclenché dans des meetings précédents , ironisant que la prononciation du pédo-criminel Jeffrey Epstein. « Je me vois insulté chaque jour quotidiennement. Ils me traitent d’antisémite. Nous ne le sommes pas. Nous ne sommes pas des anti-racistes à géométrie variable », balance-t-il.

    Et de s’en prendre au candidat du Printemps marseillais et maire sortant, Benoît Payan (DVG), dont il souligne l’inaction. « Quand je demande les milliards [du plan Marseille en grand], qu’est-ce qu’il en a fait ? On me répond rien », raconte Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, « cet homme est l’inventeur de la liste municipale pochette surprise. Y marqué pochette Rubirola, vous l’ouvrez et coucou, y a Payan », se marre-t-il.

    De la Chine au Liban

    S’en suit une longue leçon de géopolitique dans un contexte où « l’ordre du monde est en train de s’écrouler. » Il pointe « l’autoritarisme de Trump, signe de l’échec de son autorité », se considère un peu devin, LFI ayant compris avant les autres que « l’ère qui s’ouvre sera celle où la puissance centrale sera celle de la Chine, ce sera le pôle de stabilité du monde. C’est pourquoi la France ne doit pas être alignée sur les États-Unis d’Amérique. »

    Venu « parler de paix », Jean-Luc Mélenchon dénonce le génocide en Palestine, prône le retrait de l’Otan, dénonce une guerre illégale qui a embrasé le Moyen Orient. « L’annexion du Sud Liban est une vieille idée de monsieur Netanyahou », balance-t-il, appelant au « désarmement nucléaire général. » Pour lui, la guerre est « un désastre humain, économique, écologique. Cessez le feu, vous n’avez pas le droit de tirer. »

    Plus inquiétant : « Istres, c’est à côté, c’est une cible dorénavant puisque les avions américains s’y ravitaillent. La seule décision d’avoir accepté que les avions se posent donne ce résultat », s’indigne le leader des insoumis, qui appelle à « construire un front du refus avec les nations qui ne veulent pas la guerre ».

    L’extrême droite, des violents et des voyous

    Autre ennemi : l’extrême droite. « Et voilà le RN et ses brebis galeuses, une brebis même galeuse ce n’est pas dangereux voyons, mais ce sont des néonazis, des sexistes, des racistes. Un sur dix des candidats du RN est un ou une voyou », pointe Jean-Luc Mélenchon.

    Dans ce contexte, la « division de la gauche est un désastre » s’indigne-t-il s’en prenant au Parti socialiste qui « met tout le monde en grand danger », en ostracisant les Insoumis. Pour barrer la route au RN, il ne faut pas se désister, estime-t-il. Et de proposer, si Sébastien Delogu arrive en tête, un accord de fusion technique comme un « front anti-fasciste. « Halte au feu, arrêtez de nous tirer dessus, envoie-t-il. Vous vous mettez dans la main de la droite. »

    S’adressant « aux classes moyennes de Marseille », il leur demande : « C’est le moment de nous aider. Nous avons un enfant du peuple de Marseille à notre tête. »

    Et d’insister sur l’importance de la deuxième ville de France dans un scrutin qu’il estime préalable à la présidentielle : « Ce que nous sommes en train de comparer, c’est la grande confrontation de 2027, Marseille doit résister à la vague brune, car c’est de là, alors, que partira la victoire. »

  • [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    [Portrait] Abigäel Lordon, chemin d’un éveil féministe

    Dans sa tente, installée dans un coin du Vallon de la Barasse, en bordure de Marseille, Abigaël Lordon est tétanisée. Des crissements de feuilles se font entendre autour d’elle. « Des bruits de pas, pour sûr ». Moyen de défense ? « Aucun », constate la jeune fille d’alors 30 ans, après un rapide état des lieux. « Mon frère a fait du Judo lui, mais moi, avec mes restes de danses et de gymnastique, je ne sais rien faire. » Hurler puis courir ? « Mauvaise stratégie », s’avise-t-elle. Puis elle rit : « Des sangliers. J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de sangliers, et ça m’a beaucoup rassurée. »

    Cette nuit, c’est la première qu’Abigaël Lordon passe sur le GR2013, chemin de randonnée périurbain de 365km dans les Bouches-du-Rhône, en août 2014. Douze ans plus tard, elle s’apprête à sortir une bande dessinée sur cette aventure de presque un mois, qu’elle est l’une des seules à avoir accomplie d’une traite. Une révolution par les pieds – titre de son roman – qu’elle raconte, au crayon et à la plume, comme un éveil féministe.

    Raconter l’irracontable

    Dans la maison des Berthoins à Divajeu (Drôme), où vit désormais Abigaël, aux côtés de sa fille, son conjoint, et 7 autres colocataires, la table du salon accueille quelques-uns des innombrables croquis qui ont permis de composer sa bande dessinée. À l’origine de ce travail : un petit carnet de voyage, déjà recouvert de plans et d’illustrations, tous élaborés en 2014, au fil de son aventure sur le GR2013. Certains, plus ou moins modifiés, apparaissent dans son projet final, publié le 20 mars aux éditions Wild Project. « Je me suis rendue compte en revenant de cette expérience qu’elle était, en un certain sens, irracontable. L’idée d’en faire un objet que je pourrais potentiellement publier a progressivement émergé », retrace la jeune maman. Un objet qu’elle prendra donc plus de 10 ans à construire, parce qu’Abigaël « aime raconter une globalité à partir des détails ». Et sa BD l’illustre à la perfection. Plus de 130 pages entièrement confectionnées par ses soins, composées de milliers d’éléments méticuleusement imaginés, dessinés puis, un par un, scannés. Sur la table de son salon, les cinq brouillons (presque identiques) de sa page 96, qui raconte « l’épaisseur du paysage », sont un témoin de ce titanesque travail de fourmi.

    L’éveil féministe

    De ce voyage, Abigaël tire une grande conclusion : la prééminence des inégalités hommes-femmes dans l’espace public. « Mais c’est dangereux toute seule ! », « Mais vous n’avez pas peur toute seule ? », « Moi, je ne le ferais pas à votre place », voilà un échantillon des remarques faites à Abigaël à l’annonce de son projet, en partie répertoriées dans les premières pages de sa BD. « Je suis sidérée d’être à 99% considérée comme, au mieux, une originale et au pire une femme (nue) et/ou un enfant », écrit-elle. « Je crois que j’étais jusque-là un peu naïve. Et soudain la conscience de la vulnérabilité des femmes dans l’espace public m’est apparue. »

    Du temps
    pour comprendre

    Elle se souvient d’un épisode marquant, qu’elle raconte aussi dans son livre. « Il y a eu ces vieilles dames, installées près d’un cimetière, à qui j’avais demandé ma route, démarre-t-elle, agacée. Leur seule réponse a été de me dire que ce chemin était beaucoup trop dangereux, qu’il ne fallait pas y aller. Et alors quoi ? L’espace public ne nous appartient plus ? Le chemin disparaît de nos représentations et devient de plus en plus hostile, car déserté par les femmes… »

    Un éveil féministe qu’Abigaël poursuivra tout au long de sa rédaction, en partie au contact d’Edith Hallauer, son amie et éditrice. « Ce qui est très intéressant dans son travail, c’est qu’elle a mis beaucoup de temps à qualifier vraiment ce qu’il s’était passé, aussi parce qu’elle était encore elle-même en train de vivre une transformation », s’enthousiasme-t-elle. De ces échanges naîtront des réflexions de plus grande échelle sur les femmes et la marche, et sur la force d’indépendance qu’incarne cette pratique. Edith et Abigaël partageront leurs lectures et apprendront des récits de Lucie Azema, Annabel Abbs et Lauren Bastide, trois figures féministes intéressées par le rapport des femmes au voyage. À la question « Que diriez-vous aux gens pour les convaincre d’acheter votre BD ? » Abigaël prendra, comme elle aime à le faire, le temps de la réflexion. Sa réponse viendra une semaine plus tard, par e-mail : « Ils y trouveront un témoignage inspirant, de la beauté, de la curiosité, de la sincérité, de la liberté, sûrement des résonances avec eux-mêmes… une invitation au voyage intérieur. »

    Une révolution par les pieds

    Éditions Wild Project

    20 euros

    En librairie à partir
    du 20
     mars

  • Croustillant butternut, épinards et purée de chou-fleur au tahini

    Croustillant butternut, épinards et purée de chou-fleur au tahini

    Découvrez une recette à la fois simple et élaborée, proposée à la carte chez Tilt. Fraîcheur, saveurs et authenticité sont les maîtres mots de ce croustillant feta, pousses d’épinard et butternut accompagné de sa purée de chou-fleur au tahini, salade d’herbes fraîches et grenade.

    Des préparations goûteuses

    Pour commencer, épluchez la butternut, coupez-la en tranches fines et arrosez d’huile d’olive avec un peu de sel et du poivre. Faites cuire au four. En parallèle, mettez à chauffer dans une poêle vos pousses d’épinard tombées à l’huile d’olive, ajoutez les citrons confits, la menthe et la coriandre, ainsi que les épices zaatar. Une fois qu’ils sont cuits, égouttez bien les épinards et ajoutez la feta en brisures puis mélangez pour amalgamer le tout.

    Une purée fondante

    Une fois que ces premières préparations sont terminées, déposez, sur un papier cuisson, une feuille de brick que vous badigeonnez d’huile d’olive avec un pinceau. Puis une nouvelle par-dessus. Déposez au centre deux à trois tranches de courge butternut, par-dessus une belle cuillérée d’épinards à la feta et refermez avec les mains en commençant par le bas, les côtés. De nouveau un coup d’huile d’olive au pinceau sur la feuille de brick restante, pour permettre de coller le tout, et roulez enfin. Ajoutez un peu d’huile d’olive sur le croustillant roulé avant cuisson, pour lui donner de la brillance, et saupoudrez d’épices zaatar. Enfournez 15 minutes à 180°.

    Faites cuire le chou-fleur dans de l’eau avec du sel ou un bouillon cube. Une fois prêt, mixez avec de la crème fraîche et le tahini. Assaisonnez à votre convenance.

    Pour le dressage, déposez en fond d’assiette la purée, la salade et les herbes fraîches à votre convenance, puis le croustillant. Terminez avec de jolis grains de grenades frais.

    Bon appétit !

    Pour deux feuilletés, il vous faudra :

    – 4 feuilles de brick

    – 120g de courge butternut

    – 40g de feta

    – 200g de pousses d’épinard fraîches

    – 6g de coriandre et de menthe fraîches et ciselées

    – 0,50g d’épices zaatar

    – 4g de citrons confits

    – 1 chou-fleur

    – 50 cl de crème fraîche

    – 30g de tahini ou pâte de sésame

    – Sel, poivre et huile d’olive

  • [Rue de la République] Martine Vassal : « Je suis la seule alternative à Benoît Payan, le RN ne gagnera pas Marseille »

    [Rue de la République] Martine Vassal : « Je suis la seule alternative à Benoît Payan, le RN ne gagnera pas Marseille »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie
    du territoire. Ce week-end, Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix Marseille Provence et du Département des Bouches-du-Rhône, candidate DVD à la mairie
    de Marseille.

    La dernière ligne droite

    Didier Gesualdi : Dans quel état d’esprit êtes-vous dans cette dernière ligne droite ?

    J’ai le sourire parce que j’ai une très belle liste, avec des personnes compétentes dans leur domaine que ce soit l’économie, l’éducation, la santé, le sport, la culture et avec des gens expérimentés. On déroule. On essaye de faire passer nos idées et de parler de fond.

    Didier Gesualdi : Vous évacuez les difficultés que des analystes ont pointées avec des sondages plus mauvais que quand vous avez commencé ?

    Tout à fait. Le sondage qui va compter, ce sera le résultat du 15 mars au soir.

    Didier Gesualdi : Ce n’est pas plié ?

    Une élection n’est jamais gagnée d’avance.

    Léo Purguette : Dans vos rencontres de terrain que vous disent les Marseillais ?

    Le mot d’ordre que je ressens, notamment depuis janvier, c’est « surtout ne lâchez pas ». Ça me fait chaud au cœur parce que je sens une population très déçue de ce qui s’est passé durant ces six dernières années. D’abord avec le « switch ». Le fait que Mme Rubirola ait gagné et qu’au bout de quelques mois elle ait été remplacée par M. Payan, ça ne passe pas du tout chez les Marseillaises et les Marseillais. Beaucoup me disent « vous avez fait plein de choses à la Métropole et au Département on espère la même chose pour la Ville ». Après, je sens aussi qu’il y a une forte montée du RN qui surfe sur les colères et les peurs. C’est vrai pour la totalité des Français, pas seulement ici à Marseille. Il ne faut pas confondre les élections. C’est une élection locale, pas nationale.

    Didier Gesualdi : Avez-vous un problème de positionnement politique, êtes-vous allé trop à droite ?

    Je pense qu’il y a eu une nationalisation du débat qui vole aux Marseillais leur élection. Un maire -j’en côtoie beaucoup à la Métropole- quelle que soit la grosseur de la commune, c’est quelqu’un de très engagé, qui défend ses habitants, qui les protège. C’est ça qui m’intéresse. C’est pour ça que j’ai rassemblé de l’écologie raisonnable en passant par le centre, jusqu’à la droite affirmée. C’est pour ça que j’ai gardé mon étiquette divers droite. Ma liste ressemble à Marseille.

    La Liste

    Léo Purguette : Ne reconnaissez-vous pas, tout de même, des erreurs dans la composition des listes ?

    La mienne ?

    Léo Purguette : Oui, dans les 11-12 par exemple avec Mme Philippe, une ancienne RN qui a choqué par ses propos.

    Écoutez, il faut expliquer qu’il y a eu un changement. Il y a eu la réforme PLM. Il y aura deux urnes. Une sur le secteur, une de 111 noms pour la mairie centrale, les mêmes pour toute la ville. Les élus de secteur, je les ai laissés composer leurs listes. Après, il y a eu peut-être quelques infiltrés qui ont essayé de nous mettre un peu la panique, mais ce n’est pas très grave. L’important c’est ce qu’on propose aux Marseillaises et aux Marseillais. J’ajoute que le législateur n’est pas allé au bout et ne nous a toujours pas donné les compétences des mairies de secteur. C’est un peu dommage cette réforme à la va-vite qui éloigne les citoyens des décisions.

    Didier Gesualdi : Donc pas d’erreur ?

    Franchement je suis très fière de mes 111 noms. 49 ans de moyenne d’âge, vous allez me dire que je suis dans la moyenne… Pas tout à fait, un peu plus… On va dire hors taxe. C’est une liste qui rassemble largement, notamment des personnes qui viennent de la société civile et qui sont quand même un peu choquées de la violence de cette campagne. C’est même un climat dégueulasse, j’ose le mot. C’est une campagne en dessous de la ceinture, au niveau des caniveaux. Je regrette vraiment qu’il soit si peu question de fond.

    La campagne

    Didier Gesualdi : La violence d’une campagne vous ne la découvrez pas, il faut presque y être préparé pour devenir maire.

    Oui mais elle va crescendo, elle va avec la violence qu’on retrouve dans la France entière. Les scrutins sont de plus en plus violents, agressifs… Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on veut faire de cette ville. On a perdu six ans, on ne va pas perdre encore sept ans de plus.

    Léo Purguette : Vendredi, Jordan Bardella était à Marseille. On sent bien que le RN veut faire de Marseille un grand symbole, et en cas de victoire, un laboratoire.

    Ça vous inquiète ?

    Mais je ne me suis jamais considérée comme un rat de laboratoire. On a nos spécificités ici à Marseille. Je laisse les Parisiens là où ils sont. On s’est toujours très bien débrouillé sans eux, et on va continuer comme ça. Vous savez, les appareils, la nomenklatura parisienne… Il n’y a qu’une chose qui m’intéresse c’est Marseille. C’est pour ça que je suis restée divers droite : mon parti, c’est Marseille. Ça fait 10 ans pour le Département, 8 ans pour la Métropole, que je préside des institutions formidables. On a refait le territoire avec tous les maires qui étaient volontaires. On a fait la révolution des transports, elle est là, on la voit.

    Le second tour

    Didier Gesualdi : À quoi va ressembler le second tour ? Quadrangulaire ? Triangulaire ?

    Je suis le rempart pour changer les choses, pour que le Printemps marseillais, avec la France insoumise, ne dirigent plus cette ville. Pourquoi je dis que le RN ne gagnera pas : parce que Marseille c’est 2 600 ans d’histoire, c’est du multiculturalisme, c’est des tas de personnes arrivées au fil des années. On a grandi de nos différences. On a vécu les uns à côté des autres. Elle ne sera jamais RN contrairement à ce que veulent instiller certains médias parisiens.

    Léo Purguette : Donc vous estimez être l’alternative à Benoît Payan ?

    Absolument, je suis la seule alternative. Si aujourd’hui, Benoît Payan ne parle pas de programme, ne veut pas faire de débat et qu’il agite le chiffon rouge c’est parce qu’il a eu un mandat où il n’a rien fait et qu’il espère un mandat où il ne fera rien.

    Les propositions

    Léo Purguette : Quelles sont vos propositions principales ? Vous avez beaucoup parlé sécurité.

    Effectivement vous avez raison. C’est une problématique qui revient régulièrement. Combien de fois j’ai entendu « je ne descends plus en ville parce que j’ai peur ». Moi je n’habite pas très loin, c’est vrai que sur le Vieux-Port à 20h on n’est pas très rassuré. Quand on veut aller au manège sur la place Charles de Gaulle avec les enfants et qu’on voit ce qu’il y a autour, ce n’est pas très engageant. Oui, il faut un choc d’autorité sur cette ville. Je ne suis pas dans la course à l’échalote sur les chiffres mais oui, il faut plus de policiers municipaux, plus de caméras, utiliser des drones…

    Didier Gesualdi : Benoît Payan a doublé la police municipale ce que vous n’aviez pas fait en 25 ans.

    Je suis présidente de la Métropole et du Département. Comme vous le voyez, je ne suis pas Jean-Claude Gaudin. J’ai beaucoup de respect pour lui, je ne suis pas sûr que d’autres élus marseillais aient le même respect pour leur mentor d’ailleurs. Oui, il faut que le maire assure la tranquillité publique, c’est sa mission. Il faut aussi qu’il soit dans un continuum de sécurité avec la police nationale, c’est là que j’ai proposé le dispositif Argos, c’est ce qu’on fait quand il y a des incendies, des inondations. On se met tous ensemble, on fait tomber les cloisons. C’est ce qui manque à Marseille, en matière de sécurité mais aussi dans d’autres domaines. Je veux que les jeunes qui sont borderline qui commencent à tomber dans la délinquance on les récupère tout de suite pour leur donner une seconde chance. C’est pour ça que je propose des maisons de la réussite. Le métier le plus compliqué, c’est celui d’être parent, il faut les soutenir. Il faut aussi assurer aux jeunes un autre avenir.

    Didier Gesualdi : Il faut pour cela des services publics, le Printemps marseillais dit en avoir remis en place, avez-vous des propositions sur le sujet ?

    Bien sûr, là aussi, il ne faut plus travailler en silo. Vous avez la Ville qui travaille avec le CCAS, la Métropole avec la politique de la Ville, le Département avec les maisons de la solidarité… Il faut être main dans la main. C’est ma conception une fois que le débat démocratique a eu lieu. À condition d’être sérieux. Excusez-moi, quand je vois le programme du Printemps marseillais, c’est un programme intelligence artificielle de 128 pages sorti en une semaine avec des choses complètement irréalistes, dingues, qui ne se feront jamais, comme la jetée amovible dans le port ou la forêt avec des arbres centenaires sur les plages du Prado. Tout cela est illusoire. De l’autre côté on a un RN, simpliste, avec un candidat qui appelle maman Le Pen et papa Bardella pour venir à son secours. Il l’a fait monter à Notre-Dame de la Garde, vendredi. J’espère qu’il a mis les pois chiches dans les chaussures mais il ne connaît rien à Marseille. C’est un touriste électoral. Quand on propose des pass pour interdire les plages à une partie de la population, quand on veut faire un couvre-feu, quand leur candidat dans les 6-8 dit que les jeunes qui font du foot ça fait du bruit… ça fait froid dans le dos. Que fait le RN ? Il surfe sur les peurs.

    Léo Purguette : Vous êtes un peu dans une tenaille. Vous dites que la gauche est irréaliste mais pour gagner il faut aussi faire un peu rêver, donner envie non ?

    La ville a tellement pris de retard qu’aujourd’hui il faut répondre aux problématiques qui sont simples : la sécurité, la propreté, la tranquillité, mais c’est aussi des endroits comme le Centre Bourse à revitaliser. La Belle de Mai, quartier le plus pauvre d’Europe où il y a des marchands de sommeil, des squatteurs… À côté d’une gare Saint-Charles qui va être absolument magnifique. Je l’ai fait inclure dans Euroméditerranée pour aménager ces espaces. Je vais peut-être vous choquer mais ce que j’aimerais, c’est qu’un maximum de Marseillais devienne propriétaire, parce que, quand on a sa propre maison, c’est un havre de paix. Aujourd’hui, on a du mal à louer, du mal à acheter. C’est pourquoi je veux instaurer un prêt à taux zéro pour les primo-accédants et un bail réel solidaire qui permet d’acheter les murs mais pas le sol et grâce auquel vous payez 40% de moins votre logement. C’est le droit à se loger, pas le droit à spéculer.

    La Métropole

    Didier Gesualdi : Vous proposez de réformer la Métropole, vous êtes à sa tête depuis un moment. Qu’est-ce qui cloche ?

    Elle est née avec les forceps, il y a 10 ans en 2016. J’ai eu l’honneur d’en prendre la présidence en 2018. Une loi a supprimé les conseils de territoires en 2022. Il faut lancer un acte III pour qu’on se recentre sur les compétences comme l’économie, la mobilité, l’environnement, la gestion des déchets… On a déjà commencé sur Aix, ça marche très bien. Marseille voulait récupérer la propreté mais au dernier moment Benoît Payan a reculé, c’était trop de travail.

    Didier Gesualdi : Il dit que vous ne lui donniez pas les moyens.

    C’est faux, il ment. Maintenant ce que je propose c’est qu’une fois les maires élus, on travaille pour qu’en 2027 on ait une Métropole stabilisée au niveau politique et financier.

    Léo Purguette : On vous entend vous projeter. Vous serez candidate à la présidence quel que soit le résultat des municipales ? Certains dans votre camp s’activent en coulisses.

    C’est normal. Personne n’est éternel. Mais on n’en est pas là. Il va y avoir un premier tour, un deuxième tour et après il y aura ce troisième tour.

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jocelyne Alba :

    Bonjour Madame. Je ne partage pas vos idées mais je suis intéressée de connaître vos propositions pour les droits des femmes alors que nous approchons du 8 mars. Après tout, vous êtes seule candidate.

    C’est une question fondamentale. Aujourd’hui, il y a beaucoup trop de violences sur les femmes et les enfants, quelques hommes aussi, qu’il ne faut pas oublier. Pour les faire reculer, il faut mettre en place des dispositifs. Je l’ai fait au Département, je le ferai à la Ville de Marseille. Je voudrais acheter des logements sociaux et les mettre à disposition des femmes qui subissent des violences. Il faut aussi aider encore plus les associations qui font de l’accueil. Très souvent on oblige les femmes à raconter 50 fois leur histoire, c’est très compliqué. Il faut améliorer l’accompagnement sur le plan psychologique et judiciaire.

    Par ailleurs, on dit souvent que c’est difficile de pouvoir mener de front, quand on est une femme, sa vie professionnelle, familiale et personnelle. Je souhaite instaurer un droit opposable à la garde d’enfants. C’est-à-dire avoir une priorité pour les femmes qui vont travailler pour avoir une place en crèche. Je souhaite doubler leur nombre, faire un audit très précis des places publiques, privées et des assistantes maternelles. Je propose aussi d’agir pour ceux qu’on appelle « les orphelins de 16h30 », parce qu’ils se retrouvent tous seuls en fin d’après-midi, avec des « maisons de la réussite » et de l’intergénérationnel en embauchant des personnes retraitées pour faire de l’aide au devoir. C’est important parce qu’on est tous passé par là, après une longue journée de travail, ça peut finir dans les cris… Il faut tendre la main à chacun. L’égalité femme-homme n’est pas encore là. Il faut continuer dans ce sens.