Tag: Marseille

  • Lutte contre le narcotrafic : le Préfet Witkowski dans le vif du sujet

    Lutte contre le narcotrafic : le Préfet Witkowski dans le vif du sujet

    Dès son installation, lundi, il a affiché la ligne : lutter contre le narcotrafic. Promettant une « férocité républicaine » et « une détermination totale » à l’égard des réseaux criminels qui gangrènent Marseille, Jacques Witkowski appelait à « continuer le combat, être inflexible, intransigeant et à la fois extrêmement résilient » et invitait à une mobilisation collective de tous les acteurs, y compris sociaux. Face à la remise en cause d’« une de nos libertés fondamentales », la sécurité civile et du quotidien, lui menaçait « tous ceux qui viennent troubler la paix publique, qui empêchent les libertés individuelles et collectives de s’exprimer au quotidien ».

    De la parole aux actes, le nouveau préfet de région était mardi soir sur le terrain à Marseille avec la préfète de police déléguée, aux contacts des policiers mobilisés sur une opération contre le narcotrafic au cœur de la cité des Flamants (14e). C’est là que des agents de la maison départementale des solidarité exercent leur droit de retrait depuis la mi-octobre après avoir été menacés par les membres du point de deal installé à côté.

    Âgé de 62 ans, diplômé de l’École de Saint-Cyr, l’homme a démarré sa carrière dans la gendarmerie. Il a été commandant militaire à Matignon sous Juppé, puis préfet, notamment en Seine-Saint-Denis (2021-2024), où il a géré les enjeux sécuritaires liés aux JO de Paris.

  • Du stade vers l’emploi, Busserade sert de vecteur

    Du stade vers l’emploi, Busserade sert de vecteur

    Une parenthèse ensoleillée illumine les abords de la caserne du Muy.

    Comme si elle avait voulu saluer l’initiative de la Délégation régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (Drajes), la météo a dégagé le ciel de la Busserade, pour permettre aux ateliers de l’opération « stade vers l’emploi » de se dérouler au sec.

    Parmi les 85 personnes ayant répondu à l’invitation de la Drajes, France travail, l’Agence nationale du sport, les Entreprises s’engagent et de la Ligue Région Sud d’athlétisme, Axelle et Lila ont montré une belle application dans chacun des exercices proposés.

    « C’est une très bonne initiative, qui nous permet d’aborder de manière différente un entretien d’embauche. C’est cool de l’aborder comme ça », remarque Axelle, après s’être initiée au lancer et au sprint. Pour sa pote Lila, « le contexte est moins stressant qu’un entretien classique. Avec ces exercices, on entrevoit le travail en équipe et apprend à mieux se connaître ».

    La demi-journée de la Busserade a été possible aussi parce que la SCO Sainte-Marguerite a répondu à l’appel, en mettant à disposition des éducateurs et son matériel pour les ateliers d’une initiative « destinée à briser les barrières. Car durant les exercices, personne ne sait qui est qui », explique Philippe Lamblin, précurseur du programme et venu encourager les initiatives dans le Sud.

    Si personne ne sait qui est qui, c’est parce que, mêlés aux demandeurs d’emploi, se retrouvent des employeurs. « Chacun apprend à travailler en équipe autour d’un but sportif commun, sans savoir son rôle. L’employeur peut avoir ainsi une idée concrète des compétences des personnes à ses côtés », détaille Frédéric Caillol.

    Suivi en aval

    Le directeur de l’antenne marseillaise de France Travail indique que « des personnes qui sont sur le stade ce matin peuvent trouver un travail dès la fin de la journée. Et il y aura un suivi en aval, dans les jours et semaines qui suivent ».

    En 2025, 600 rendez-vous de ce type ont été proposés. La Région Sud en a organisé 47 et l’objectif est de passer, dès 2026, à 900 sur l’ensemble de l’hexagone, dont 70 dans le Sud. À chaque manifestation, un club partenaire est associé, qui bénéficie d’une dotation financière. Mardi, c’était la SCO Sainte Marguerite, avec le soutien de la Ligue d’athlétisme.

    « Nous avons ciblé des demandeurs d’emploi des 2e et 3e arrondissements de Marseille, dans un lieu symbolique de leur quartier. Cette dernière journée était l’occasion de donner un éclairage sur la manifestation qui, tout au long de l’année, a été possible grâce au concours de douze fédérations sportives. Et pour nous, c’est un budget de 23 000 euros qui a été consacré », explique-t-on à la Drajes.

    Après les efforts collectifs, les employeurs potentiels ont tombé le masque. Et les participants ont pu passer des échanges sportifs à des discussions plus axées sur les attentes des demandeurs d’emploi et les besoins des chercheurs.

    « Ces initiatives démontrent qu’il y a des capacités à proposer de belles manifestations et à mettre en route une dynamique », confie Isabelle Epaillard. Pour la préfète à l’égalité des chances, venue saluer les participants, « ces initiatives permettent de lever les préjugés, surmonter les timidités. À travers le sport, on se lâche et l’on se révèle dans un univers où le collectif est la force qui compte et permet d’atteindre des objectifs ».

    Depuis son lancement, « stade vers l’emploi a fait ses preuves. Permettant de changer les codes du recrutement. Près de 60% des participants ont trouvé un emploi à l’issue de ces journées », souligne Philippe Lamblin.

  • La chanson francophone dans toute sa diversité à Marseille

    La chanson francophone dans toute sa diversité à Marseille

    « Avec le temps, va, tout s’en va. On oublie le visage et l’on oublie la voix », chantait en 1972 Léo Ferré. Tout s’en va, peut-être, si ce n’est la vitalité de la chanson française dans tous les styles dont elle recèle. « On a fait le pari d’une grosse programmation, avec des artistes confirmés, patrimoniaux et émergents, à l’image de la scène musicale francophone actuelle », pose d’emblée Josselin Britschgi, parmi les membres du comité de programmation du festival Avec le temps dont la 28e édition se déploie sur plusieurs scènes marseillaises du 5 au 14 mars. Parmi les symboles d’un tel credo, la date du 7 mars à l’Espace Julien, qui accueillera le taulier du rap français Oxmo Puccino, conteur d’histoires hors pair ayant récemment sorti son ultime album, La hauteur de la lune (voir son entretien dans La Marseillaise de ce week-end). La première partie de la soirée sera quant à elle assurée par le trio marseillo-martiniquais Tifol, aux croisements de la chanson française et créole.

    « Le festival est plus ambitieux que jamais avec un programme élargi, beaucoup de têtes d’affiches et de la diversité artistique : de la chanson à la pop en passant par le rap ou la folk », résume Olivier Jacquet, directeur de la coopérative musicale Grand bonheur qui est aux manettes d’Avec le temps.

    Esthétiques diverses

    Du côté des artistes plus chevronnés, on retrouvera notamment « l’incontournable de la pop francophone » Bertrand Belin à l’Espace Julien, Suzanne, la chanteuse avignonnaise et électro récompensée d’une Victoire de la musique il y a 4 ans, ou encore l’instrumentiste iconoclaste Sébastien Tellier « qui viendra présenter son prochain album Kill the beast au Silo ». Sans oublier la chanteuse et pianiste québécoise Cœur de pirate, dont la pop, surgie en 2009 aux oreilles de l’hexagone avec son tube Comme des enfants, continue de tracer son sillon mélancolique.

    Mais Avec le temps, c’est aussi un festival propice aux découvertes. Au menu notamment, la guitariste franco-malgache Juliette Magnevasoa, le concert dessiné Nuit noire qui raconte « l’odyssée d’un navigateur, entre road trip océanique et récit écologique » qui prendra ses quartiers au Théâtre de l’Œuvre. Mais également le quatuor marseillais de rock garage La flemme, ou encore une soirée où des groupes comme Basstong, Ciac Boum et Le mange bal établissent des « ponts entre musiques traditionnelles et techno ». Charge enfin, au groupe de pop emblématique des années 1980, Les innocents, de clore le festival, mais cette fois à Vitrolles, salle Guy Obino.

    Programme complet sur www.festival-avecletemps.com

  • Trafic de drogue : à Marseille, les assos quittent le terrain faute de budget

    Trafic de drogue : à Marseille, les assos quittent le terrain faute de budget

    « Au-delà du ramassage de seringues, nous participons de fait à la lutte contre le trafic de drogues », assure Pierre Alboui, président de la Régie de quartier Belsunce Noailles. C’est en effet dans un contexte de troubles graves liés à l’installation d’un point de deal que la structure a ouvert ses portes en février 2024, sur l’impulsion des élus communistes de la Ville.

    Dans ce quartier paupérisé du centre-ville, la proximité du commissariat de Noailles n’a pas empêché l’installation d’un point de deal sur la place de la Providence. Sous la pression du réseau, le Centre médico-psychologique et la Maison départementale de la Solidarité avaient mis la clé sous la porte. Les rondes policières plus fréquentes n’ont pas eu l’heur de mettre fin aux tirs de mortier, coups de feu et intrusions dans les immeubles. Dans « ce peu d’espace social qui subsiste, nous offrons une alternative à la désertification et contribuons a offrir des perspectives avec des activités d’insertion, du lien social, précise l’associatif, en déplorant, une baisse de 15% de financements d’État, par décision budgétaire ».

    L’aide sociale déraille

    À la Busserine, c’est Shebba, association historique du 14e arrondissement qui a vu son budget fondre de 70% en dix ans. Et ses effectifs salariés dégringoler de 50 à 3 postes. « Ce sont autant de retours à l’emploi, d’actions sociales et de personnes en moins pour occuper le terrain, déplore sa vice-présidente Danielle Sautet Vitiello, et on sait que le deal a horreur du vide. » Pas mieux du côté de l’insertion. Dans le 3e arrondissement le chantier école Appel d’aire qui accueille des jeunes orientés par la PJJ pour les remobiliser vers la formation et l’emploi n’a plus aucune subvention de la Région. Karine Pomar, des chantiers d’insertion Améli Provence, également agréés PJJ, déplore « en 15 ans on a perdu 50% de notre pouvoir d’agir, alors qu’on maintient la paix sociale dans un contexte plus qu’alarmant ».

    Les économies de l’État mettent en danger tous les pans du social. C’est jusqu’à la protection de l’enfance qui devient famélique. Le collectif Alerte 13 réunit une dizaine des plus grosses associations des Bouches-du-Rhône pour dénoncer la baisse des crédits alloués par le Département. Leur mission de protection et d’accompagnement est mise en péril. « J’étais perdue, j’avais fugué. Et dehors, c’est la jungle pour survivre. Les proxénètes d’une copine m’avaient donné deux options, la mule ou la pute », témoigne Alice, qui a été placée en foyer à l’âge de 13 ans. L’aide-soignante de 21 ans, reconnaît : « Si les éducs ne m’avaient pas récupérée, je glissais. Mais dans les foyers ils sont débordés, ça déraille. »

    Dans le Vaucluse, les épiceries dans le viseur

    Très régulièrement, le préfet évoque la lutte contre le blanchiment de drogue, en ciblant des commerces. En particulier les épiceries. Il y a trois semaines, lors du salon des maires, Thierry Suquet a indiqué que deux épiceries avaient fermé depuis juin pour des liens avérés avec le narcotrafic. Depuis début 2025, 71 épiceries ont fait l’objet de fermetures administratives contre 51 l’an passé. « Pour troubles à l’ordre public et vente de produits interdits et qui servent probablement à faire du blanchiment », souligne le préfet. Et d’inviter les maires à fournir « des renseignements exploités par les services en toute confidentialité ». F.C.

  • Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Une conférence en mémoire des femmes artistes déportées

    Juives, militantes, résistantes, espionnes, communistes, tziganes, artistes… Nombreuses sont celles qui sont passées par le tristement célèbre camp de concentration de Ravensbrück. Situé à quelques dizaines de kilomètres au nord de Berlin, dans une région que l’on a longtemps surnommé « la petite Sibérie allemande », le camp a accueilli 150 000 femmes. Plus de 90 000 y ont trouvé la mort. Aujourd’hui, il nous est parvenu des témoignages, des photos, des écrits, mais aussi des revue humoristiques, de mode, des portraits, des croquis, des peintures … Une chronique visuelle foisonnante, teintée de solidarité et de résilience, même au plus fort de l’horreur.

    « Elles ont survécu grâce

    à la solidarité »

    « Cette conférence prend place dans un contexte particulier hier, une bénévole qui faisait une collecte a subi une agression raciste, ce moment nous rappel aussi la dimension salutaire de la mémoire de Ravensbrück ! », se désole Farida Benchaa, secrétaire générale de la fédération du Secours populaire des Bouches-du-Rhône.

    Pour la militante associative, « le lien entre le Secours populaire et ces femmes, c’est qu’elles ont survécu grâce à la solidarité, elles se protégeaient, partageaient la nourriture : c’est précisément cette solidarité que le Secours populaire porte ». De fait, comme l’explique l’historienne : « Il n’était pas rare que des prisonnières prennent des commandes de dessins ou de peinture des nazis et reçoivent de la nourriture en échange, qu’elles échangeait avec leurs camarades. »

    L’historienne se fait la passeuse d’histoires des femmes de Ravensbrück. Au travers des œuvres et des écrits qu’elles ont laissés derrière elles, elle brosse le portrait de plusieurs artistes venues des quatre coins de l’Europe. France Audoul, par exemple, artiste et résistante, déportée à Ravensbrück en 1943. À l’origine d’une quarantaine d’œuvres montrant des scènes de la vie du camp, elle publiera ses œuvres dans l’ouvrage 150 000 femmes en enfer, en 1966.

    De l’art en enfer

    Hors des frontières européennes, les tragédies jalonnent aussi le destin de femmes artistes, comme le souligne Renée Bensoussan, à l’image de Hripsimeh Sarkissian : « Arménienne de Turquie, cette artiste survit au génocide arménien de 1915 ou elle perd son père, ses frères et ses sœurs. Vingt ans plus tard, en 1938, elle échappe au massacre de Dersim, mené par les turques. Ce n’est qu’après 1947 qu’elle peut retourner dans sa ville natale. »

    Comment ne pas conclure sur l’œuvre de Germaine Tillion, grande ethnologue et résistante française, envoyée à Ravensbrück en 1943, elle y rédigera une opérette un an plus tard. Pour Renée Bensoussan « Le Verfügbar aux Enfers… c’est une œuvre pleine d’humour ! ». Elle poursuit : « Germaine Tillion y combine des textes qui raconte la dure réalité de la détention avec des airs issus du répertoire lyrique. Mais l’œuvre va mettre plus de 60 ans à être portée à la scène, en 2007, lors d’une première représentation au théâtre du Châtelet. » Preuve que malgré leur valeur historique, les œuvres de femmes déportées mettent encore trop longtemps à atteindre le grand public.

  • La santé des habitants au menu de l’Après M

    La santé des habitants au menu de l’Après M

    « Quand José Bové démolissait les fast foods, j’étais contente. » Si Michèle Rubirola, première adjointe au maire de Marseille et en charge de la santé, rappelle son combat contre les chaînes de restauration rapide, elle ne cache pas non plus son attachement à l’Après M.

    « Un lieu emblématique de lutte, de résistance et de solidarité », comme elle le qualifie, et qui a accueilli toute une journée sur les thèmes de la « santé et de l’alimentation » avec une série d’animations et d’ateliers. Paradoxal pour un fast food, ancien McDonald du quartier de Sainte-Marthe (14e arrondissement), repris par ses anciens salariés au terme d’une longue et âpre lutte ? « Justement, avec la volonté de l’Après M de prendre soin de la population, on travaille avec son équipe pour proposer aux habitants du quartier une réflexion sur ce qu’est une bonne alimentation pour la santé, et la santé globale », développe l’adjointe et médecin de profession. Par « santé globale » entendez par-là qu’elle développe une « approche transversale ». « On parle d’équilibre alimentaire, mais si on mange des fruits et légumes bourrés de pesticides… Il faut donc travailler sur quels aliments on peut prendre : l’assiette dépend du champ ! », poursuit Michèle Rubirola. Elle prend des exemples concrets du travail de la Ville sur le sujet : « Tout autour de l’Après M, il y a des expériences pour des produits sains : on a installé des agriculteurs, il y a des jardins partagés. » Et le lien est tout trouvé avec l’événement du jour au fast food solidaire : on y retrouve la compagnie de théâtre-forum Force Nez pour des animations qui mettent à contribution les clients. Plusieurs professionnels du centre de santé Mareposa et de la Maison de l’infirmière sont également présents pour aiguiller le public.

    Combat pour

    la « fastronomie »

    « C’est essentiel pour notre territoire d’avoir des initiatives comme ça. On a la volonté de transformer la normalité des fast-foods en ce qu’on appelle la fastronomie, avec des produits de qualité », se félicite Abderrahmane Mesbahi, responsable de l’ingénierie sociale à l’Après M.

    Il rappelle le burger étendard de cette politique, « L’ovni » élaboré avec le restaurateur étoilé Gérald Passedat. Et de développer : « Pour la viande, on va voir le boucher d’à côté et on compresse les prix. Sur le bio, il faut qu’on sorte de la périphérie de notre restaurant pour aller chercher des produits frais. Et pour sortir du fast-food classique, on a lancé une gamme de pâtes et de riz et de crêpes maison. » En bref, de la parole aux actes pour les équipes du fast food.

  • Les maisons France Services craignent pour leur survie

    Les maisons France Services craignent pour leur survie

    Emmitouflée dans son manteau, la femme reste là, devant les portes tout juste fermées de la maison France Services du Panier. « Je serai la première quand ils vont rouvrir », se réjouit-elle, dans un français encore hésitant. Même s’il lui faudra attendre encore une heure et demie dans les courants d’air.

    Mises en place à Marseille depuis 2020, ces structures devenues porte d’entrée pour douze services publics différents sont désormais une bouée de sauvetage pour les laissés pour compte de la fermeture par l’État des guichets d’accueil et leur dématérialisation. Mais alors qu’elles sont saturées, elles craignent aujourd’hui pour leur survie face aux menaces qui pèsent sur les contrats aidés et aux retraits de financements, en particulier de la Métropole Aix-Marseille.

    Menaces de fermetures

    Dans un communiqué commun ce vendredi, les six associations qui portent les douze France services à Marseille, regroupées dans le collectif Parads (Point d’accueil en réseau pour l’accès aux droits sociaux) tirent ainsi la sonnette d’alarme. « Face à une incertitude majeure et une forte contrainte budgétaire, nous nous interrogeons sur notre capacité à maintenir le dispositif en l’absence d’un soutien renforcé », écrivent-elles. Ensemble, elles réclament un plan de financement pour assurer leur pérennité en 2026, puis un cadre financier pluriannuel dès 2027. Et d’insister : « Si cette situation devait perdurer, c’est l’accès aux droits de milliers d’habitants marseillais qui serait menacé. »

    Déjà le 20 novembre dernier, elles avaient adressé un courrier commun aux services de l’État et aux collectivités du territoire à la suite d’une réunion en préfecture, s’interrogeant ouvertement « sur l’opportunité de continuer à porter ce dispositif qui met en péril l’équilibre financier de nos associations ». Un ton inhabituel pour des structures habituées à ne pas faire de vagues.

    « Le désengagement de certaines collectivités met à mal de nombreuses structures, et le renouvellement des contrats aidés vient prendre en étau les associations », explique le délégué territorial à l’animation de Léo-Lagrange, Reda Debache. « Ce qui semble être annoncé, c’est que la politique de la ville n’a pas à financer ces structures d’accès aux droits », ajoute la coordinatrice du collectif, Elsa Truze. Sans perspective sur de nouveaux financements, alors que le forfait de base de 50 000 euros par structure labellisée reste très insuffisant. Pour la fédération Léo-Lagrange, qui gère deux France Services au Canet et au Panier, la fin des dotations métropolitaines les priverait en plus d’un tiers de leurs fonds. « La seule solution pour l’instant c’est une fermeture. Le budget prévisionnel de 2026 est en déficit, nous ne pouvons pas le boucler », assène Reda Debache.

    « La question de notre existence se pose », affirme aussi le délégué général de l’Ifac en Méditerranée, Ronan Paturaux. Si l’association qui porte les France Services de la Soude et de la vallée de l’Huveaune a accepté de couvrir leurs déficits, « on ne pourra pas compenser des pertes systémiques », souffle-t-il. Et d’appuyer, en saluant l’engagement des professionnels : « Je suis en colère. Nous ne sommes jamais très revendicatifs, mais nous accompagnons un public très paupérisé, et aujourd’hui nous n’avons pas de réponse à leur donner. Je ne comprends pas le silence des pouvoirs publics. »

    Un « repositionnement » de la Métropole

    Cela d’autant plus que l’accroissement de la précarité alimente toujours plus les tensions. « Il y a plus d’agressivité parce que les gens sont à bout, et ça s’accélère », témoigne-t-il. « On constate une grande détresse, une souffrance psychique très importante », acquiesce Elsa Truze.

    Sollicitée, la Métropole explique qu’elle n’a « pas réduit ses financements dédiés à la Politique de la Ville et oriente désormais ses moyens strictement sur ses compétences obligatoires ». « Le repositionnement de la Métropole n’est donc pas une baisse de financement, mais une clarification », insiste-t-elle, soulignant qu’elle l’a annoncé depuis trois ans et soutient « massivement » les France Services. Le Département de son côté annonce qu’il maintiendra bien ses dotations en 2026 « sur la même base que 2025 ».

    « Nous sommes appelés au secours parce que la Métropole se désengage de façon subite sans nous laisser d’autre choix », déplore de son côté l’adjointe (PS) à la politique de la ville, Audrey Gatian. Et d’annoncer : « Nous sommes en train d’étudier au cas par cas pour trouver avec l’État des solutions pour le maintien des France Services existants. » Dans une réponse détaillée, la préfecture indique quant à elle que « la préfète déléguée pour l’égalité des chances s’est déjà engagée à maintenir les financements de l’État dédiés aux France Services au titre de la politique de la ville en 2026 ». Une analyse des coûts des cinq France Services en situation de fragilité est déjà réalisée et les services de l’État travaillent à un plan d’action pour les soutenir. Ainsi le Département réfléchit à une mutualisation dans ses Maisons des solidarités, tandis que l’État travaille avec la municipalité pour de nouveaux locaux. « Le renouvellement des conventions [des contrats aidés, Ndlr.] sera traité en priorité et avec attention dans le respect du cadre de gestion des postes d’adultes-relais », promet aussi la préfecture. Et d’indiquer qu’elle recevra les structures d’ici la fin de l’année.

    EN CHIFFRES

    12

    France Services existent à Marseille, avec une spécificité : ils sont portés par des associations. À Lyon, Rennes, Toulouse ou Lille, se sont les intercommunalités qui les financent. Une 13e structure mobile a été lancée le 17 novembre dans les 14e et 15e arrondissement face à la demande.

    66 305

    visites ont été enregistrées à Marseille en 2024, pour 86 408 accompagnements notamment face à des ruptures de paiement de la CAF ou de l’assurance-maladie, des logements indécents…

    50 000

    euros ont été débloqués en urgence par l’Agence nationale pour la cohésion des territoires cet été à la demande de la préfecture pour éviter le risque de fermeture des six France services les plus exposées. Au total, l’État verse 1,1 million d’euros pour les structures marseillaises.

  • Quand l’insertion se voit couper l’herbe sous le pied

    Quand l’insertion se voit couper l’herbe sous le pied

    « Pour nous 15% de baisse de budget, ça représente une équipe, un encadrant et une accompagnatrice en moins, moins de capacité à répondre aux enjeux de la transition écologique, 40 classes qui ne bénéficieront plus d’intervention… », fait le compte Sandy Lachouette, directrice de Paysan urbain. L’impact de la nouvelle coupe budgétaire sur les ruptures de parcours dans l’insertion risque de s’avérer coûteuse pour le territoire.

    Basés sur les trois piliers, emploi salarié, accompagnement social et professionnel, ainsi que des formations adaptées aux besoins, les ateliers et chantiers d’insertion interviennent dans de nombreux secteurs et répondent au retour à l’emploi des personnes qui en sont le plus éloignées. Cette saignée pour l’Insertion par l’activité économique (IAE), représente à l’échelle nationale, près de 20 000 équivalents temps plein (ETP) supprimés, soit 60 000 personnes accompagnées en moins. Dans le secteur, la décision a fait l’effet d’une douche froide. « Plus de pauvreté et moins d’investissement dans l’insertion ? Le paradoxe est violent », a réagi Pierre Champeix, administrateur pour Chantier école Paca et président du chantier d’insertion Pain et Partage à Marseille.

    Pour Ameli Provence, dont l’État est le plus gros financeur, la Région s’étant complètement désolidarisée en 2025, suite à une baisse de 35% des aides du Département en 2024, ce sont 20 des 121 salariés en parcours d’insertion qui seront laissés au bord de la route et deux postes permanents qui disparaissent. « Cette restriction budgétaire intervient dans un contexte national de chômage, d’isolement, de santé, de pauvreté très inquiétant, souligne Karine Pomar, or nous intervenons dans tous ces domaines. »

    L’effet cascade

    La participation à l’économie des ateliers et chantiers d’insertion est réelle. « Nous travaillons avec 49 acteurs locaux, et pour ces agriculteurs nous représentons jusqu’à 70% de leur chiffre d’affaires », précise Sandy Lachouette. Sans compter le rôle joué par ces acteurs dans « l’alimentation durable, la préservation de la diversité », pour Paysan urbain. Ou encore « la contribution à l’amélioration du cadre de vie des habitants en centre-ville », ajoute pour sa part Héléna Gantzer directrice de la régie de quartier Belsunce Noailles, qui a développé 23 postes de salariés en parcours d’insertion sur 15 activités différentes en à peine plus d’un an. De quoi couper le souffle à une expérience en pleine ascension et qui répond aux besoins urgents du quartier.

    La Cour des comptes a reconnu l’utilité des chantiers d’insertion « et estime que nos activités réduisent les dépenses sociales allouées à la santé », relève Karine Pomar. Ils plaident le maintien des temps plein auprès du Sénat.

  • Les agents de sécurité de Grand Littoral se mobilisent

    Les agents de sécurité de Grand Littoral se mobilisent

    « On fait face à des agressions verbales tous les jours et les agressions physiques sont récurrentes. » Kamel Benmohammed, représentant syndical de la section syndicale de la CGT Prévention Sécurité 13 sur le centre commercial Grand Littoral, dans le 16e arrondissement de Marseille, fait part d’une « insécurité présente et indéniable » sur le site. « On a déjà eu des agents agressés à l’arme blanche, d’autres renversés par des voitures », énumère-t-il, en amont d’un mouvement social qui se déroulera ce vendredi. Son organisation a déposé un préavis de grève de 24 heures et prévoit un rassemblement avec un piquet de grève au niveau de la porte 4. Ils œuvrent pour la société Triomphe Sécurité, en charge de la sécurité du site.

    « Ça décourage les agents »

    « Dernier fait en date : une personne avait volé une veste dans un magasin, la police arrive et constate les faits. Elle lui passe les menottes mais l’a finalement laissée partir… Après, certains voleurs reviennent narguer les agents ! Et ça les décourage », développe Kamel Benmohammed. D’où la demande d’une juste reconnaissance « des risques réels » pris par les petites mains de la sécurité dans ce centre commercial majeur de Marseille avec une « prime de risque à hauteur de 150 euros environ ».

    La CGT Prévention Sécurité 13 met aussi sur la table d’autres revendications salariales. « On veut la revalorisation de la prime de Noël qui n’a pas bougé depuis des années. C’est pareil pour la revalorisation des coefficients de salaire… On ne demande pas la lune », poursuit le syndicaliste.

    Contactée, la société Triomphe Sécurité n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

  • D’abord une question de budget

    D’abord une question de budget

    La lutte contre le narcotrafic sera l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale dans 10 jours, Sébastien Lecornu ayant accédé à la demande du groupe socialiste. Tant mieux, l’ampleur du problème mérite que la représentation nationale en prenne la pleine mesure. Mais pour toutes celles et ceux qui en subissent les conséquences partout en France et singulièrement à Marseille, l’heure n’est plus au débat. Elle est à l’action.

    C’est une des questions prioritaires qui devraient structurer la discussion sur le budget de l’État pour lui permettre de faire face à cette lame de fond.

    Les habitants des quartiers que le narcotrafic a rendu invivables et à qui il a pris des enfants, n’ont pas besoin de déclarations, ils veulent des résultats. Pour en obtenir, il faut un État fort de ses services publics : plus de policiers, mieux formés, plus de douaniers, plus de magistrats, plus de présence humaine, plus de prévention, plus d’accompagnement à la sortie des addictions…

    Répondre aux besoins

    Cela suppose de tourner le dos au dogme de l’austérité qui depuis trop d’années a affaibli l’État en le privant de ses moyens d’actions. C’est à une logique de réponse aux besoins qu’il faut passer. Beaucoup d’argent existe dans notre pays, il doit être mis à contribution pour servir l’intérêt général en reprenant le dessus sur la pègre.

    Oui, le nouveau préfet de région a raison, il faut une « férocité républicaine » face aux criminels assoiffés d’argent pour qui la vie humaine n’a aucune valeur. Cette ambition exige des moyens à la hauteur du défi. Les parlementaires qui se prétendent du camp de l’autorité devraient y songer avec sérieux en remisant leurs obsessions libérales.