Tag: Marseille

  • Chez 13 Habitat, l’insalubrité se fiche des arrêtés du Préfet

    Chez 13 Habitat, l’insalubrité se fiche des arrêtés du Préfet

    Le cas est choquant. Depuis octobre 2022, une mère et son fils vivent dans un logement de 13 Habitat colonisé par les moisissures qui couvrent l’intégralité des murs du T3 en façade nord.

    L’arrêté d’insalubrité qui frappe ce logement, cité Louis-Loucheur, 17 bd Baudelaire (4e) n’a rien changé. Ses occupants désespérés s’échinent à nettoyer et mendier le relogement qui leur dû. Ses conditions d’habitat totalement indignes affectent leur santé comme l’attestent leur médecin mais aussi l’inspecteur de salubrité et l’Agence régionale de santé (ARS) qui motivent l’arrêté préfectoral d’insalubrité n° 2025-90 du 5 juin 2025 par le « danger encouru pour les occupants » par la « présence importante d’humidité et de moisissures sur les murs de la salle d’eau, des toilettes, et des deux chambres » et enjoint le propriétaire d’y remédier, avec interdiction d’y habiter sous 3 mois.

    « Dix mois ont passé, aucun travaux, on est toujours là. La moisissure est partout. Je suis en danger, je suis asthmatique, j’ai fait une infection pulmonaire. Les médecins m’ont adjuré de partir. Quand il pleut, ça coule sur les murs », témoigne Assiata qui dort d’un œil dans le salon. « Ça pue la cave, ça pourrit tout. On met nos habits dans des caisses » montre Sven, étudiant de 22 ans qui nourrit un sentiment de honte et se renferme sur lui. Un huissier a osé réclamer plus de 2 000 euros de loyers alors que l’arrêté les suspend.

    Après deux offres inadaptées au besoin de la famille et après avoir faussement fait dire que la locataire ne répondait pas au téléphone, le bailleur a proposé le 23 janvier un logement dans une résidence à La Blancarde qu’Assiatou a aussitôt acceptée. Depuis, pas de nouvelle. Interrogée, 13 Habitat nous répond que sa locataire est bien « positionnée sur ce logement vacant ». Faut-il encore que le 26 février prochain, sa commission d’attribution des logements et d’examen de l’occupation des logements l’entérine. « Deux autres dossiers seront étudiés pour ce même logement, la règle étant trois candidatures par logement à attribuer. D’une manière générale, les relogements peuvent prendre un certain temps en raison du faible nombre de logements libres correspondant aux attentes des locataires concernés, dans les secteurs géographiques souhaités. Sans préjuger la décision de la commission souveraine dans ses actes, 13 Habitat présente à nouveau ses excuses à Mme A. A. pour les conditions de vie qu’elle a subies ces derniers mois », nous écrit le bailleur.

    Des taudis mais

    1 140 logements vides

    13 Habitat gère 33 425 logements dont 1 140 étaient vides fin novembre 2024 selon le rapport de l’ANCOLS. La société n’a déclenché aucun travaux chez Assiata, aucun relogement, étant rappelé que le Préfet notait déjà « l’absence de réponse du propriétaire au courrier du 18 avril 2025 initiant la procédure contradictoire », c’est dire l’incurie, le laxisme de ce bailleur institutionnel qui a pourtant changé de gouvernance suite à l’éviction de Nora Preziosi, son ex-présidente visée par une enquête pour prise illégale d’intérêts : l’attribution en particulier d’un logement à sa mère, refait à neuf lui pour 40 000 euros de travaux surfacturés.

    Depuis 2020, 13 Habitat est visé par 9 arrêtés d’insalubrité dont deux Cité Louis-Loucheur. Pourquoi la Préfecture ne prononce-t-elle pas d’astreinte ou d’exécution d’office comme elle le fait pour les marchands de sommeil ? À quoi bon multiplier les arrêtés, communiquer sur la lutte contre l’habitat indigne si leur violation frontale reste sans conséquence ?

  • À Kalliste, ils ont « sauvé » le Château en Santé

    À Kalliste, ils ont « sauvé » le Château en Santé

    « Ici, on n’est pas des dossiers, on a des professionnels qui nous écoutent, il y a tout sur place ! », avait plaidé Houria, jeune maman de la cité Bourrely lors d’une réunion au Château en Santé. Le 6 février, ils étaient plus d’une cinquantaine de patients, venus de la Granière, de Kalliste ou de la Solidarité, défendre autour de l’équipe de médecins, d’assistantes sociales et de traducteurs, le maintien de cette offre de soins pluridisciplinaire installée depuis 2021 dans une bastide au cœur des quartiers populaires du 15e arrondissement de Marseille.

    Dix jours plus tard, la bonne nouvelle est arrivée. « On a sauvé notre Château ! » Dans la voix d’Houria, la colère a fait place à la joie. « Vendredi, à la réunion, j’avais une boule d’angoisse, s’excuse-t-elle presque, on était tous prêts à monter voir le ministre à Paris. Alors là, c’est un vrai soulagement pour nous tous. Merci aussi aux médias qui nous ont aidés. »

    Énorme soulagement également du côté de l’équipe de professionnels de santé et d’accompagnement social et psychologique. « Vos soutiens, à tous les niveaux, nous ont portés, émus et cela a payé, explique Élisa Francfort, coordinatrice du Château en Santé, nous avons une garantie de financements à l’identique pour 2026, et le dispositif dont nous bénéficions, Secpa, va être inscrit au code de la santé publique. Notre manière de contribuer à réduire les inégalités sociales de santé a été reconnue. »

    Un modèle à défendre

    Menacée par la baisse budgétaire dans la loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2026) l’expérimentation de 26 centres de soins implantés dans les quartiers les plus paupérisés où le public est le plus éloigné de l’offre de soins, touchait à sa fin. Ses financements n’étaient plus garantis et le passage des Secpa dans le droit commun n’avait pas été ficelé pour permettre le maintien des postes hors du corps purement médical. Or c’est une approche globale de la santé qui donne tout son sens à ce dispositif.

    « Le Château en Santé c’est bien plus qu’un cabinet médical, on prend le temps d’écouter, on aide à l’ouverture de droits, on travaille en équipe, on accompagne des situations complexes, on fait de la prévention, on construit des projets avec les habitants de nos quartiers », précise Élisa Francfort. L’expérimentation avait été lancée en août 2021 avec six structures, dont cinq centres de santé et une maison de santé pluriprofessionnelle. Ensemble, fortes d’une évaluation très positive, elles avaient formalisé un cahier des charges, sur la base duquel un appel à candidatures avait vu le jour. En mars 2022, vingt autres centres intègrent l’expérimentation. Principalement porté par la Délégation interministérielle de la prévention et de la lutte contre la pauvreté (DIPLP), en co-pilotage avec la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), le projet prévoyait d’intégrer, à terme, 60 structures au minimum, dans une démarche participative.

    Face à la menace de disparition des Secpa, les habitants des quartiers Nord avaient poussé un cri d’alarme. Le ministère de la Santé les a entendus. Les crédits sont garantis pour 2026 et le passage dans le droit commun fait l’objet d’une étude. Mais l’extension de l’expérience n’est pas à l’ordre du jour. « Nous restons vigilants. Le dispositif restera-t-il le même ? Nous craignons toujours des réductions d’enveloppe. Le dispositif sera-t-il élargi à d’autres quartiers, d’autres territoires, d’autres habitants ? », interroge le Collectif des 26 Secpa.

  • À Marseille, une charte pour les droits des LGBTI+

    À Marseille, une charte pour les droits des LGBTI+

    « On évoque beaucoup les droits des personnes LGBTI+ au niveau national, international, mais c’est au niveau local qu’on mesure leur véritable effectivité », souligne l’élue, investie depuis 6 ans dans une municipalité qui développe « l’aller vers » tous les publics. En particulier, les plus discriminés et éloignés des droits.

    Faire vivre l’égalité des droits, démarre au porche de l’Hôtel de Ville. « Ce foyer républicain doit être la maison de toutes et tous », défend l’élue. Loin du slogan, ce volontarisme s’est notamment concrétisé en 2024 à Marseille avec la création d’une permanence des services de la Ville au sein du centre LGBTQIA+ pour accompagner ces publics dans leurs démarches d’état civil, d’accès aux droits et aux solidarités. Une première en France, forte de retours des associatifs du centre « très positifs », assure-t-elle.

    Clarté et transparence

    Convaincue que la question de l’accès aux droits des personnes LGBTI+ est « une question de société, transversale », l’élue veut aller plus loin « car il reste encore un gros travail à faire en termes d’éducation, de médiation en santé et en santé mentale, d’hébergement d’urgence, d’accueil des réfugiés… ». Et à Sophie Roques de détailler la démarche : « Nous travaillons à la mise en place d’un observatoire des violences sexuelles et sexistes ». Et dans ce combat vers « une société plus égalitaire, plus solidaire, la gauche a son rôle à jouer, estime-t-elle, en particulier dans cette campagne dominée par des séquences d’extrêmisation du débat, il est de notre responsabilité de remettre l’humanité au centre des préoccupations ».

    La présidente de HES se fait forte de 55 propositions « pour des mairies actrices de l’égalité des droits et de l’émancipation ». Le livret blanc publié par HES LBGTI+ se présente comme un outil mis à disposition des candidats pour 2026 résumé en 12 engagements dont « la désignation d’un élu délégué à la lutte contre les discriminations, la nomination d’un référent administratif LGBTI+, la formation des agents, des formulaires qui n’excluent personne…» Pour que les choses soient claires.

  • À Marseille, la balade des gens heureux

    À Marseille, la balade des gens heureux

    À l’angle de la rue du capitaine Dessemond et des Catalans, les voitures sont contraintes de bifurquer vers l’avenue de la Corse (7e). « Hé, mon vier », fait entendre un conducteur au volant avant de tourner les roues devant les barrières de sécurité. Un tumulte routier et une ponctuation de dépit qui laissent place, de l’autre côté de ce balisage, au doux murmure et aux sourires généralisés des passants de la 34e édition de La voie est libre, dimanche 22 février. Et la dernière du mandat du Printemps marseillais, qui avait lancé ce dispositif de piétonisation de la Corniche en 2021, réunissant à chaque reprise des milliers de personnes. Un petit symbole à Marseille, cette ville parmi les plus embouteillées et polluées d’Europe, et dénuée d’un réseau de « transports en commun digne de ce nom », fait remarquer Monique, jeune grand-mère habitant le secteur, venue se dégourdir les jambes en compagnie de son petit-fils. Des Catalans jusqu’au monument de l’Hélice sculpté par César, la Corniche devient le royaume des piétons et des « mobilités douces », présente la Ville, trottinettes et vélos en tête. « La voie est libre, c’est une réussite. Pas besoin de se méfier des scooters en traversant, pas un bruit. Et on profite du panorama », se réjouit, avec les îles du Frioul en toile de fond, Sophie, sexagénaire endimanchée qui confie « avoir souvent voté à droite par le passé ». Au niveau de Malmousque, Tom vient d’achever sa course à pied. Après quelques soupirs de fatigue, ce jeune néo-arrivant aux codes bobos résume son impression : « C’est une carte postale vivante. Si ça pouvait se produire plus souvent… On en est loin mais il faudrait aussi inonder la ville de pistes cyclables. » Autant de postures et considérations qui disent bien des choses de cet autre Marseille, celui d’un 7e arrondissement au vernis bourgeois.

    « Relaxant »

    Le public de La voix est libre « est composé par une majorité de gens qui habitent le 7e arrondissement, entre 50 et 60%. Un bon socle auquel il faut rajouter les habitants des arrondissements alentours ainsi que les touristes et les visiteurs », détaille la maire du premier secteur, Sophie Camard (GRS), devant sa permanence de campagne établie à Malmousque. « C’est un rendez-vous désormais bien inscrit et personne ne voudrait le voir s’arrêter », affirme l’élue, se référant aussi bien à la joie des badauds qu’aux récentes déclarations de Romain Simmarano (Ren), porte-parole de la candidate de la droite aux municipales, Martine Vassal, qui a déclaré il y a quelques jours à La Provence vouloir la poursuite de La voix est libre « avec un tracé jusqu’à l’Escale Borély ».

    Entre des cabanes de restauration et un parcours de trottinettes dédié aux enfants, un groupe s’agite. « 1,2,3, pour Benoît Payan, tous ensemble ! », se motivent des joggeurs militants, un t-shirt blanc floqué du nom de leur favori et du logo du Printemps marseillais sur le dos, avant de cavaler faire circuler une pétition pour préserver La voix est libre. Que signe Nawyr, réalisateur marseillais et tout frais père de famille venu pour la première fois fouler de ses pas le dispositif. « On a l’impression que ce n’est pas le même Marseille. C’est relaxant. Il faudrait même que ça se déploie dans d’autres quartiers, pourquoi pas en centre-ville », fait part cet homme de 39 ans originaire de Belsunce. Corridor de 3,5km de calme pour l’occasion, l’apaisement de la Corniche rejaillirait presque sur les visages de ses promeneurs. Une torpeur contemplative qu’une fanfare de musiques latines ou des rires de minots viennent bousculer de temps à autre. Non loin du monument aux morts de l’armée d’Orient et des terres lointaines, de jeunes chanteurs gospel fredonnent « you don’t have to worry and don’t you be afraid ».

  • [Kalliste] Avec Sixte Ugolini, la mémoire n’a de sens que si elle est partagée et transmise

    [Kalliste] Avec Sixte Ugolini, la mémoire n’a de sens que si elle est partagée et transmise

    Après de longues années où Sixte Ugolini a notamment travaillé avec Bati Fusella et Louis Calisti. Ces personnages d’exception étaient des « ponts » entre Marseille et Bastia en particulier, il a assuré la fonction de président de l’Anacr durant près de deux décennies. Plus qu’une responsabilité, un engagement. Non sans émotion, il a donc décidé de passer le flambeau de cet engagement à Pascal Rossi le 7 février à la Maison du combattant dans la citadelle de Bastia en présence du secrétaire général de la préfecture de Haute-Corse. L’occasion de revenir sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans l’île de beauté.

    La Résistance en Corse concerne, ne l’oublions pas, le premier département français à s’être libéré en septembre 1943. C’est le territoire tout entier, toutes les micro-régions et tous les villages qui peuvent en témoigner.

    Homme d’engagements

    À Solaro c’est le monument qui évoque le sous -marin Casablanca. À Isolacciu c’est le parachutage d’armes sur le plateau de Prati. Il en est de même à l’Inzecca, et bien sûr autour de Bastia, ou un monument, très proche de la mairie, perpétue la mémoire et bien sûr à Ajaccio.

    C’est tout un peuple qui s’est soulevé dès la défaite de Mussolini, et même bien avant. Les victimes furent nombreuses. Transmettre et partager est bien un enjeu pour l’avenir. Le musée de la Résistance de Zonza, inauguré en 2023, incarne une réalité encore bien vivante.

    Et puis il nous faut le rappeler : Sixte Ugolini a été président de notre association Kalliste (Kalliste La Marseillaise durant un quart de siècle) à la suite de Paul Cermolacce puis de Bati Fusella.

    Merci Sixte pour toutes ces actions qui se sont succédé avec fidélité et persévérance.

  • Le chien, atout précieux dans la lutte contre le stup’

    Le chien, atout précieux dans la lutte contre le stup’

    Travaille », « cherche », « personne ». D’une voix ferme, Virginie canalise Cerbère, malinois plein d’énergie de 6 ans. Venue ce vendredi 20 février de Salon-de-Provence, elle fait partie des 7 équipes cynophiles mobilisables par les gendarmes des Bouches-du-Rhône. Il s’agit ce jour-là de mener une opération de détection de stupéfiants à bord du TER entre Aubagne et La Ciotat. Menées dans le cadre de la loi narcotrafic, sur réquisition du procureur de la République, ce type de contrôles a été multiplié par deux depuis le mois de juin dernier, explique le capitaine Aragon, à raison d’une tous les 15 jours. Outre l’équipe de 11 gendarmes et membres de la sûreté ferroviaire qui vont écumer le train jusqu’au soir, une vingtaine d’autres assurent des contrôles anti-stup’ à Auriol et Cuges. Et pour ça, « le chien reste un atout indéniable » convient le capitaine Aragon.

    Impatient sur le quai, la bête se calme instantanément en mode travail. Dans la rame, sa présence surprend. Sans se départir de son sourire, Virginie le guide sur les sacs et les valises sans rencontrer de résistance. « On a l’impression qu’il passe comme ça mais dès qu’il prend une effluve, je le vois. C’est ce qu’on appelle une lecture du chien par le maître, lui, je le laisse faire sa remontée d’odeur tout seul », explique Virginie, en binôme avec Cerbère depuis 4 ans.

    Un jeu toujours gagnant

    Particulièrement doué de la truffe, c’est un chien « Sambi », spécialisé dans la recherche de stup’, armes, munitions et billets de banque. En trouver restant pour lui un jeu auquel il gagnera trois fois lors de cet aller-retour. Comme ce moment où il s’assoie devant un jeune homme et jette un regard à sa maîtresse.

    Il le reconnaît instantanément, c’est un consommateur mais il n’a rien sur lui assure-t-il. Un gendarme finira par trouver « du produit » dans sa sacoche. Un autre a sorti un pochon de résine de cannabis de sa chaussette. « Le chien aide à nous dire la vérité », indique Virginie. Caleçon, soutien-gorge, paquet de cigarettes jeté à la va-vite sous un siège, les cachettes sont multiples racontent le capitaine Aragon. En retrait pour ne pas perturber l’odorat de Cerbère, il stocke les prises dans une pochette hermétique en plastique. « Regardez comme ils sont inventifs », nous interpelle-t-il. Dans ses mains, un emballage siglé d’une célèbre marque de maroquinerie, avec au dos, une kalachnikov à la crosse dorée…

    Les voyageurs majeurs et pris pour la première fois s’en sortiront avec une amende forfaitaire délictuelle à 150 euros. En cas de récidive, « on ramène la personne à la brigade et c’est le Parquet qui décide de la suite à donner », précise-t-il. Depuis la mise en place de ce dispositif, à chaque opération, de 50g à 100g de stupéfiants, pour les deux tiers du cannabis, sont confisqués et une vingtaine de verbalisations par mois dressées. « La drogue est détruite », ajoute le capitaine Aragon.

    Après ces deux heures de travail quotidiennes en moyenne, Cerbère retournera avec son jouet dans la voiture. Une indispensable récompense avant de repartir pour une nouvelle mission.

    « Le chien aide à nous dire
    la vérité »

  • « L’extrême droite veut plonger le pays dans la guerre civile »

    « L’extrême droite veut plonger le pays dans la guerre civile »

    La Marseillaise : Demandez-vous l’interdiction de la marche suite à la mort de Quentin Deranque qui se déroule ce samedi à Lyon ?

    Manuel Bompard : Évidemment que je demande son interdiction. La marche à Lyon n’a rien d’un hommage. Un hommage serait légitime mais il s’agit là de faire une démonstration de force de groupes fascistes, néonazis, violents, racistes et antisémites. La presse fait d’ailleurs état du fait que plus de 1 000 militants d’extrême droite venus de toute l’Europe y sont attendus. C’est un danger pour les habitants, ça serait irresponsable de laisser cette marche s’organiser dans le contexte que l’on connaît. Je constate aussi que même la famille [de Quentin Deranque, Ndlr.] dit qu’elle n’y participera pas et que, quelque part, ça n’a rien à voir avec elle. Qu’on rende hommage à une personne qui vient de mourir, c’est légitime. Mais qu’on en profite pour faire une démonstration de force de l’extrême droite, fasciste, c’est inacceptable. J’appelle le ministre de l’Intérieur à prendre les dispositions nécessaires pour que ça ne puisse pas avoir lieu.

    Il y a des mobilisations antifascistes prévues ce week-end, vous y participerez ? Craignez-vous des menaces contre des militants insoumis ?

    M.B. : Quand on a une quinzaine de permanences parlementaires et locaux de campagne attaqués, une attaque à la bombe, des militants menacés et poursuivis jusqu’à leur domicile personnel… J’appelle d’abord à faire preuve de la plus grande vigilance possible. Et évidemment à ne participer à aucune initiative qui pourrait donner lieu à des scènes de violences. S’il y a des protestations pacifiques, démocratiques, elles sont les bienvenues. Mais je vois bien comment une partie de la classe politique française, de l’extrême droite en particulier, a l’intention de plonger notre pays dans la guerre civile. Il faut faire preuve du plus grand sang froid et ne céder à aucune provocation. Je considère qu’on est dans un contexte qui n’est pas digne d’une démocratie qui fonctionne bien. Les pouvoirs publics, les autorités doivent garantir la capacité de chacun d’exprimer ses idées. Et cesser l’instrumentalisation honteuse et ignoble à laquelle ils participent depuis des jours. Il y a une responsabilité absolue du gouvernement qui a bazardé, en une semaine, tous les principes de l’État de droit : il n’y a plus de séparation des pouvoirs, d’indépendance de la justice, de secret de l’enquête, plus de secret de l’instruction… Il faut qu’ils se ressaisissent et qu’ils fassent en sorte que tout le monde puisse défendre ses idées, faire campagne, sans risquer de se faire agresser, intimider ou tabasser dans la rue.

    Quelles conséquences internes au sein du mouvement ? Raphaël Arnault est-il maintenu à LFI ? Sera-t-il présent sur une liste pour les municipales à Avignon ?

    M.B. : Il est actuellement menacé dans tous le pays et dans toute l’Europe. Il n’est absolument pas question qu’il soit démis de ses fonctions. Pour sa participation à une liste à Avignon, il faudra lui poser la question. Pour l’instant, une enquête est en cours, il faut attendre qu’elle aille à son terme et ne pas faire d’accusations hâtives. Un des deux collaborateurs qui avait soi-disant une responsabilité dans ce drame a été relâché et ne fait l’objet d’aucune poursuite. Et pour le deuxième, si j’en crois les propos du Procureur ce jeudi, il n’est pas accusé d’avoir une responsabilité directe dans la mort de cette personne. C’est à la justice de déterminer les circonstances des uns et des autres. Pas aux groupes d’extrême droite sur les réseaux sociaux, ni aux médias qui en relaient les accusations.

    Vous dénoncez une instrumentalisation, entendez-vous ceux qui demandent une clarification de LFI ?

    M.B. : Absolument pas. Mes propos sont très clairs depuis le début : je condamne absolument le fait qu’on frappe un homme à terre, je suis en désaccord avec ce qu’il s’est passé. De quelle clarification supplémentaire y a-t-il besoin ?

    Vous craignez que ça enterre de possibles unions avec les autres forces de gauche, au second tour des municipales ?

    M.B. : Ça dépend lesquelles. J’ai enregistré avec une grande satisfaction les déclarations du président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, Stéphane Peu. J’ai vu les réactions de Sandrine Rousseau, d’Elsa Faucillon, celle de Marine Tondelier qui est d’une clarté totale. C’est un certain nombre, à mon avis minoritaire, des dirigeants politiques de gauche qui perdent leurs repères quand ils mettent sur le même plan le fascisme et l’antifascisme. Il y a une différence fondamentale qu’il faut rappeler : le jour où il n’y a plus de fascistes, il n’y a plus d’antifascistes mais le jour il n’y aura plus d’antifascistes, malheureusement il y aura encore des fascistes.

  • Un fonctionnaire gérait sa laverie malgré quatre arrêtés de péril

    Un fonctionnaire gérait sa laverie malgré quatre arrêtés de péril

    Un fonctionnaire du conseil départemental qui gérait en parallèle trois sociétés de laverie automatique dans Marseille, a été condamné à un an de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende pour n’avoir jamais cessé d’exploiter son fonds de commerce alors que plusieurs arrêtés de mise en sécurité interdisaient durant 23 mois ce local dangereux.

    Le premier arrêté signé en urgence le 21 avril 2023 interdisait la laverie du 171 boulevard National (3e), son local technique, un logement du rez-de-jardin, le second local commercial et l’ensemble des caves situées sous la laverie du fait de la corrosion des poutres en acier des caves et des poutres en bois. Le prévenu a nié à l’audience en avoir eu connaissance.

    La 6e chambre correctionnelle présidée par Margaux Kennedy a souligné la singulière détermination de ce prévenu de 38 ans à se moquer de « quatre arrêtés de mise en sécurité successivement pris en l’espace de 16 mois et ce jusqu’à l’évacuation totale de l’immeuble, révélant, si besoin était, la gravité de la situation ». « Anthony V., a persévéré à exploiter son commerce et ce en toute mauvaise foi. La succession de mails et de constats d’huissier révèle que l’interdiction qui lui était faite lui a été rappelée à maintes reprises et qu’il en avait parfaitement compris la portée, contrairement à ce qu’il a pu alléguer en audition (…) puisqu’il a cessé le paiement des loyers à compter de cette date », cingle le jugement qui condamne aussi sa société à 20 000 euros d’amende. Il devra verser 1 000 euros de préjudice moral à la Ville.

    « Bah il va s’écrouler »

    Un bureau d’étude technique pour sécuriser les caves avait signalé que l’activité professionnelle au rez-de-chaussée était incompatible avec l’étaiement : « Le poids des lave-linge associés à des masses en mouvement apportent des vibrations dans la structure du plancher [qui] vont à terme déstabiliser l’étaiement. » Les services de sécurité de la ville, le propriétaire des murs du commerce, le syndic, l’administrateur judiciaire de la copropriété n’ont eu de cesse de relancer le gérant jusqu’à l’irruption en avril 2025 de la police. En janvier 2024, la ville avait fait constater par huissier la poursuite d’activité et signalé l’infraction au parquet en octobre. Le tribunal ne manque pas de relever que le prévenu a encore continué à exploiter son commerce « et ce alors qu’une remise des clés au syndic judiciaire avait été effectuée en présence d’un huissier », qu’il n’a évidemment pas averti les clients de sa laverie du danger qu’ils encouraient « mais a à l’inverse tenté, par l’installation de la banderole, de les rassurer, dans une logique encore une fois mercantile ».

    À l’enquêteur qui l’interrogeait sur le danger de mort que représentaient le poids et les vibrations des huit machines à laver et des quatre séchoirs, lui demandant ce qui pourrait se passer pour l’immeuble, le gérant avait répondu : « Bah il va s’écrouler. » Il ajoutait avoir continué « pour la raison que j’ai des frais, des charges, des prélèvements, des crédits ». Gérer des laveries ouvertes 7 jours sur 7 n’est pas sorcier. Leur rideau métallique s’ouvre et se ferme automatiquement et il les observe par caméra de vidéosurveillance.

    Me Jorge Mendes, conseil de la commune, a rappelé combien ce dossier est « emblématique de la désinvolture de certains propriétaires ou occupants qui, par cupidité, ne respectent pas les arrêtés de mise en sécurité ». Ce gérant qui « exploitait trois autres laveries parallèlement à son emploi de fonctionnaire a fait le choix délibéré d’exposer les clients de la laverie et le public à un danger manifeste », a plaidé l’avocat. Chacune des laveries rapporte 3 000 euros par mois. Le gérant a réalisé 78 000 euros de chiffre d’affaires sur la période visée. À l’audience, le fonctionnaire en demi-solde suite à un accident a dit être propriétaire d’un appartement qu’il met en location, préférant vivre dans un logement social au loyer abordable.

  • A Marseille, la posidonie retrouve des couleurs

    A Marseille, la posidonie retrouve des couleurs

    L’initiative de préservation et de sauvegarde des herbiers de posidonie, adoptée il y a deux ans, semble pour l’instant être un succès. Lors du vote du Plan posidonie, fin 2023, douze projets devaient être lancés sur cinq ans. Début 2026, neuf d’entre eux ont déjà été engagés et les observations sont positives.

    Ce plan a pour vocation de préserver ce « poumon de la Méditerranée », menacé par un trafic maritime intense, les activités humaines et la pollution de l’eau. Hervé Menchon, adjoint au maire en charge de la mer et de la biodiversité marine, souligne d’une part l’engagement de la Ville, « seule municipalité à subventionner », et d’autre part celui du GIS posidonie, qui a réalisé les phases d’expérimentation. Le programme est le fruit d’un travail collectif mené avec des scientifiques et des associations, dont « les résultats sont concluants », précise l’élu.

    « Un trésor immergé »

    Les herbiers de posidonie, espèce endémique, « s’étendent sur 107 hectares autour du Frioul, 414 hectares autour de l’archipel de Riou (…) et près de 100 hectares entre l’Estaque et Corbière », détaille la Ville de Marseille. Patrimoine maritime, « c’est un trésor, c’est notre monument immergé. À Paris, ils ont la tour Eiffel, nous, on a une tour Eiffel sous l’eau. Pour moi, on est à ce niveau de valeur », affirme Hervé Menchon.

    Il rappelle aussi le rôle de cette plante dans la relation entre les habitants et la mer : « Grâce à la posidonie, on a réintroduit la culture de la mer à Marseille : on s’est aperçu que cette mer devait être protégée, car elle a des influences directes sur nos modes de vie et notre climat. »

    Pour préserver ces végétaux précieux, l’Alliance posidonia, dont la Ville est membre, mène le programme « Résiliation et restauration de l’herbier de posidonie de la baie du Prado ». La première action, « Reposeed » a permis un taux de survie de 3%. La deuxième, « Transpo-Marseille », a obtenu « après quatre mois, un taux de survie de 90 à 100% ».

    Les effets sont visibles pour les habitants. La plage des Prophètes s’est agrandie grâce à la « technique du mille-feuilles, qui a permis de stabiliser l’érosion du sable. Sur la partie nord, le sable a avancé vers la mer ». Hervé Menchon souligne, avec cet exemple, les « bienfaits immédiats de ce Plan posidonie ». Avec ce bilan, la Ville expose des résultats encourageants.

    Au Frioul, la protection est aussi de la partie, ajoute l’adjoint à la mer : « Des bouées écologiques ont été installées pour que les bateaux ne jettent pas l’ancre. » Malgré ces résultats encourageants, Hervé Menchon rappelle la fragilité de l’écosystème : « La posidonie aujourd’hui se porte mieux, mais ça reste un herbier fragile. Le retour en arrière pourrait être très rapide, il suffirait de cesser d’être vigilant, de laisser les bateaux aller n’importe où. » Quoi qu’il en soit, « le plan se poursuit, et est une avancée formidable pour la ville de Marseille et pour l’écologie », conclut-il.

  • Celya Girgendi, son combat pour la coiffure

    Celya Girgendi, son combat pour la coiffure

    « Prendre soin des gens. » Pour Celya Girgendi, être coiffeuse prend tout son sens lorsqu’il s’agit d’apporter du bien-être à ses clients. Après avoir passée son CAP, cette Phocéenne de 19 ans poursuit avec une mention en apprentissage, « comme une troisième année », compare-t-elle. Sa semaine alterne entre deux jours au lycée professionnel Leau de Bonneveine (8e) à Marseille, puis deux autres au salon de coiffure Mon Showroom Beauté, installé en banlieue marseillaise. Une approche du monde du travail pour « prendre en maturité » avant de passer son bac, l’année prochaine.

    Un chemin semé d’embûches

    Au-delà de la technique, le contact humain prime dans son quotidien. « Parfois, il y a des clients qui passent une mauvaise journée. Nous, on leur transmet de bonnes choses. Donc ils se disent aujourd’hui, elle m’a fait oublier mes problèmes. Aujourd’hui, elle m’a rendu beau ou belle“. C’est le but de mon métier », relate Celya. Pour elle, son travail se résume naturellement : « Je souhaite donner confiance aux gens, à ma petite échelle. »

    Atteinte du syndrome de l’X fragile, Celya doit composer avec son handicap jusqu’au salon de coiffure. Ce syndrome se caractérise par une déficience intellectuelle plus ou moins légère. Cet handicap influence son quotidien sur le déplacement (transports, marche) ou encore la logique mathématique (calcul financier, lecture de l’heure). Suivie par une orthophoniste et soutenue par sa famille, Celya progresse régulièrement : « Au début, je me trompais plein de fois en allant à l’école. Et au final, j’ai réussi à le faire. »

    Entourée par ses trois têtes à coiffer reçues pendant les World Skills, elle confie : « Je ne peux pas enlever mon handicap. Mais si je ne l’avais pas, je n’aurais pas autant de force aujourd’hui. Je suis fière de l’avoir », confie Celya émue, concluant : « Je suis fière de la femme que je suis aujourd’hui. »

    Dès l’école primaire, Celya est déjà fixée sur son avenir : « Maman, je veux être coiffeuse. » Son entourage la soutien, contrairement à ses professeurs, qu’elle juge « pas très compréhensifs ». Pourtant accompagnée au quotidien par son auxiliaire de vie scolaire, elle reçoit des remarques telle que « elle fait exprès ». Le milieu scolaire lui renvoie un sentiment de différence. Aujourd’hui, elle tient un discours éclairé cet épisode : « Ils te mettent dans des cases dès que tu as un peu de difficultés. » Mais la jeune femme persiste : « Coiffeuse, ça va être mon métier ! »

    Le manque de considération lié à son handicap refait surface lors de sa première expérience professionnelle. Après plusieurs années dans un salon de coiffure « où tout se passait bien » décrit-elle, « une nouvelle responsable ne m’a pas acceptée telle que je suis », déplore Celya : « ça m’a fait mal. J’ai ressenti une injustice… » Ces épisodes deviennent moteurs de motivation et d’ambition pour la jeune femme. Sa victoire au World Skills représente donc « une belle revanche ».

    Pour approfondir le contact humain dans son métier, la jeune femme prévoit une carrière de coiffeuse dans l’événementiel. Une manière pour elle d’exprimer sa créativité à travers « ce métier artistique ».