Tag: Marseille

  • Le CNM assure l’essentiel et poursuit sa route en Euro Cup

    Le CNM assure l’essentiel et poursuit sa route en Euro Cup

    Malgré quelques petites frayeurs dont ils ont en parfois le secret, les pensionnaires du Cercle des nageurs de Marseille ont assuré le service minimum afin de se qualifier pour les quarts de finale de l’Euro Cup, samedi soir au bassin Pierre-Garsau, face aux Italiens de Savona. Victorieux d’un but décisif lors du match aller en Ligurie (11-12), les poloïstes marseillais devaient a minima conclure ce deuxième acte par un match nul. Ce qui a été chose faite au terme d’une confrontation musclée (13-13). « C’était un match hypertendu », souligne Milos Scepanovic, l’entraîneur du CNM, satisfait du contrôle des émotions de ses protégés face à une équipe reconnue pour son agressivité.

    Avec cinq points d’avance au score à deux minutes de la mi-temps, les Phocéens semblaient se diriger vers un triomphe sans appel. Mais un premier black-out est venu leur jouer des tours. « On était un peu trop détendu », reconnaît Thomas Vernoux, l’emblématique buteur du Cercle, persuadé que le problème est « surtout psychologique ». Alors qu’ils avaient repris du poil de la bête dans le troisième quart-temps avec quatre longueurs d’avance, les locaux ont une nouvelle fois craqué. « Ces moments de creux gâchent le plaisir, mais dans ces matches européens, on sait qu’il faut se battre jusqu’au bout », ajoute l’attaquant marseillais de 23 ans, qui retient avant tout la qualification.

    Un plateau européen ouvert mais coriace

    Ce valeureux succès donne du baume au cœur aux pensionnaires du Cercle des nageurs de Marseille, qui n’ont pas encore pleinement digéré l’élimination prématurée en Ligue des Champions. « On n’a pas montré le meilleur de nous-mêmes cette saison », lance Vernoux, pour qui la différence abyssale de niveau entre le championnat français et les compétitions européennes constitue un désavantage par rapport à leurs concurrents, habitués à une opposition plus accrue. « Mais on a prouvé face à Savona que l’on peut faire de belles choses », rebondit Milos Scepanovic, en rappelant que leurs derniers adversaires sont venus à bout de Brescia, lauréat de la Coupe d’Italie au détriment de l’ogre européen Pro Recco. « À mes yeux, Savona était même le plus dur adversaire que l’on pouvait hériter en huitièmes de finale », lâche le technicien monténégrin, conscient que la suite de la compétition sera un vrai défi.

    Le nouveau format de l’Euro Cup, compétition qui a longtemps été dévalorisée, fait que les équipes éliminées de la première phase de la Ligue des Champions y sont rebasculées. Le CNM va donc se retrouver dans un plateau avec des grandes écuries européennes, à l’instar des Serbes de Radnicki, des Grecs du Panathinaïkos ou encore des formations bien connues des Marseillais comme les Croates de Jadran Split et les Espagnols de Sabadell, leur bête noire de leur dernière campagne en Ligue des Champions.

    « C’est devenu une compétition difficile à remporter », note Thomas Vernoux, déterminé à offrir à son club de toujours un deuxième titre continental, après celui acquis en 2019. « Tout sera difficile jusqu’à la fin », surenchérit Scepanovic, qui attend avec impatience le nom de leur prochain adversaire. Le tirage au sort des quarts de finale, dont les matches auront lieu les mercredi 18 et samedi 28 mars, se tiendra ce lundi.

  • Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Entre musique et cinéma, une partition commune à Marseille

    Au XVIIIe siècle, à Venise, l’Ospedale della Pieta forme de jeunes musiciennes orphelines, parmi lesquelles la prodige Cecilia, dont la « vie va être bouleversée par l’arrivée » d’un certain Antonio Vivaldi, maître du violon. Réalisé par Damiano Michieletto, Vivaldi et moi fait l’ouverture du festival Music & Cinéma à l’Artplexe, en présence du compositeur de la bande originale, Fabio Massimo Capogrosso, augurant des multiples tandems cinéaste-compositeur de musique de film faisant tout le sel de cette manifestation qui a pour centre névralgique le cinéma situé en haut de la Canebière, du 30 mars au 4 avril.

    Seul festival qui interroge à ce point la relation entre l’image et la musique en Europe, Music & Cinéma verra sa 27e édition irriguée par dix films dans la compétition longs-métrages. « Avec 13 pays représentés, majoritairement d’Europe », campe son président Jacques Sapiega. Figure ainsi à ce menu L’étrangère. Filmé par Gaya Jiji et musique signée Valentin Hadjadj, l’histoire d’une femme qui fuit la Syrie, laissant au pays un enfant et un mari « dans les geôles du régime », destination Bordeaux, où elle tombe amoureuse d’un avocat qui lui vient en aide.

    Rencontres et marché

    Cette mouture conviera également la réalisatrice et comédienne Romane Bohringer comme « invitée d’honneur », tout comme le Britannique Steven Price, « l’un des plus grands compositeurs de musiques de films au monde » à l’origine de Gravity, Baby driver ou Suicide squad, précise Anne-Gaëlle Rodeville, déléguée générale d’un festival aussi nourri par des « Accords en duo ». Explorant « comment musique et image se répondent pour donner vie à un film », une section qui invite cette année Cyriel Aris et Anthony Sahyoun pour Un monde fragile et merveilleux ainsi qu’Olivier Masset-Depasse et Frédéric Vercheval pour Duelles, récompensé il y a quelques années par neuf Magritte du cinéma, l’équivalent belge des César.

    Espace de diffusion et de rencontres avec les équipes de films, Music & Cinéma propose par ailleurs de nombreux dispositifs tels que « le marché international de la composition pour l’image » qui permet à des centaines de « producteurs et réalisateurs de présenter un projet de film ou série déjà financé, de trouver des compositeurs. Le seul marché au monde à faire cela », développe Anne-Gaëlle Rodeville. Des projections « coups de cœur » auront aussi droit de cité, un certain nombre de films étant conçus par des artistes marseillais. Parmi ceux-ci, Claude McKay, errances d’un poète révolté de Matthieu Verdeil, qui fait ressurgir l’œuvre de cet écrivain jamaïcain préfigurateur de la négritude, passé par la cité phocéenne dans les années 1920.

    Programme complet sur www.music-cinema.com

  • À l’Estaque, une flottille se prépare pour Gaza

    À l’Estaque, une flottille se prépare pour Gaza

    Depuis plusieurs semaines, une quinzaine de bateaux ont pris place sur le quai dit « sans nom », un quai désaffecté entre le port de l’Estaque et la plage des Corbières. Ils ont été installés par le collectif Thousand Madleens to Gaza (TMTG), né d’un mouvement populaire en 2025.

    Leur projet ? « Mettre fin au blocus illégal de Gaza par Israël en envoyant une flottille assez nombreuse pour inverser le rapport de force », explique Tino, membre du mouvement et coordinateur du pôle navigation. L’enjeu est surtout de « montrer un élan de solidarité international et servir de catalyseur à l’action en forçant à tourner le regard vers ce qui se passe là-bas », continue Esther, coordinatrice de la stratégie du réseau.

    Mouvement de solidarité

    La flottille de TMTG a annoncé prendre la mer au début du mois d’avril, depuis Marseille. Des bateaux de la Global sumud flotilla et de la Freedom flotilla coalition, deux autres mouvements qui militent contre le génocide à Gaza, partiront au même moment de Barcelone et de Tunis.

    En attendant, des bénévoles s’activent à l’Estaque pour préparer le départ, soutenus par les habitants du quartier. « Nous avons senti une responsabilité dans l’accueil de la flottille », confie Fathi Bouaroua, habitant de l’Estaque. Solidaires, plusieurs fournissent nourriture et matériel au collectif. « Nous demandons aux autorités portuaires et aux collectivités d’autoriser à titre exceptionnel et temporaire l’occupation du quai », ajoute Fathi Bouaroua. Avant de conclure : « Marseille doit rester une terre de solidarité et d’ouverture sur la Méditerranée. »

  • Camions bennes et peintres à l’assaut des points de deal

    Camions bennes et peintres à l’assaut des points de deal

    « Voilà un exemple concret de ce qui pourrit la vie des habitants. » Céline Lefléfian, directrice de la police municipale, pointe du doigt les meubles, portes et autres morceaux de tôles qui obligent les voitures à faire du gymkhana pour entrer ou sortir de la cité de la Bricarde (15e). Avec une vingtaine d’agents pour encadrer des peintres, des camions de chantier et la fourrière, elle a organisé une nouvelle opération « grappin ».

    L’idée : améliorer le cadre de vie, apaiser l’espace public là où les réseaux ont installé leurs points de deal tout en jouant un rôle de police de proximité, en complément du volet judiciaire assuré par la police nationale. Un travail de fond entamé en octobre dernier qui s’est accéléré depuis fin 2025, avec des interventions devenues hebdomadaires.

    Un peu plus tôt, à la brigade Nord de la police municipale, instructions ont été données de se positionner sur les trois points de deal recensés. Tandis que les agents à moto tournent pour assurer la sécurisation des lieux, les checks points artisanaux sont démantelés à la main ou avec le fameux « grappin ». Armés de leurs rouleaux, les agents de la Ville et les prestataires fournis par le bailleur, Erilia, enlèvent et repeignent à toute vitesse les tarifs et autres flèches qui emmènent les clients jusqu’à leurs doses. Côté choufs, on ne cache pas son agacement, refusant de répondre à nos questions. Empêchés de poursuivre leur business, les ados, bravaches mais à bonne distance, dégainent les portables et filment.

    Près de 10 tonnes d’encombrants ramassés

    Parpaings, chariots de supermarché, barils, barrières, canapés ou encore frigos : près de 10 tonnes d’encombrants ont été retirées depuis le début de ces opérations et près d’un kilo de produits stupéfiants retrouvés, précise Céline Lefléfian. Et si la fourrière se charge des « véhicules ventouses », c’est aussi parce qu’ils peuvent constituer des caches. « Certains, volés, ont aussi servi à des braquages, mais surtout, ils gênent les gens qui rentrent chez eux », ajoute-t-elle.

    Comme cette habitante, qui vit là depuis 25 ans et a vu la situation se dégrader. « Avant ici, il y avait un champ de lavande, des arbres, des oiseaux, des aires de jeux pour les enfants », se souvient-elle. Et puis il y a eu « plusieurs agressions », et si la police « est souvent là, il faut le reconnaître, ce ne sera jamais assez », estime-t-elle. « On paie notre loyer, mais pour rentrer chez soi, il faut faire des zigzags » et « le soir ici, c’est barbecue, tout brûle », décrit-elle. Désabusée, elle prévient : « Dès que la police sera partie, ils vont revenir. » Un peu plus loin, tout en réparant leur voiture, deux mécanos amateurs commentent l’action de la municipale. « C’est bien, mais ici depuis le biberon, ils crient araaaaah, et après à 14 ans, ils quittent l’école, que voulez-vous, quand vous n’avez connu que ça… », déplore l’un d’entre eux, à la retraite, qui a habité à la Bricarde durant 45 ans.

    Ce jour-là, 350 m2 de tags ont été effacés, 3,5 tonnes d’encombrants retirées, trois voitures mises en fourrière, dont une épave brûlée. Des quantités qui s’amenuisent d’intervention en intervention, assure Céline Lefléfian, signe pour elle que le travail porte ses fruits. « On reviendra autant de fois qu’il le faudra. C’est une guerre psychologique », promet-elle, nullement découragée.

  • Narcotrafic : Erilia veut expulser « pour l’exemple » à Marseille

    Narcotrafic : Erilia veut expulser « pour l’exemple » à Marseille

    Sur injonction du préfet, le bailleur social Erilia a plaidé, vendredi, devant le tribunal de proximité de Marseille, pour la résiliation du bail de deux familles de la cité de la Castellane (16e) en invoquant la condamnation d’un des enfants pour trafic de stupéfiants. Erilia est le premier bailleur social, à Marseille, à activer ce nouveau modèle d’expulsion, instauré par la loi contre le narcotrafic du 13 juin 2025 et laissé à la discrétion des préfets.

    Plusieurs conditions doivent être réunies : des « agissements » en lien avec le trafic de stupéfiants qui troublent l’ordre public de « manière grave ou répétée » et perturbent la jouissance paisible « aux abords du logement ou dans le même ensemble immobilier », ou des « comportements » qui portent « atteinte aux équipements collectifs utilisés par les résidents, à la sécurité des personnes ou à leur liberté d’aller et venir ».

    Partenaires d’expulsions en « circuit court »

    En dialogue avec la préfète de police déléguée, le tribunal judiciaire de Marseille a instauré un « circuit court » pour prioriser et accélérer ces expulsions déjà dérogatoires au droit commun. Erilia demande ainsi l’expulsion d’une mère et de ses enfants de 17 ans, 23 ans et 25 ans pour les agissements de Chamsedine, 21 ans. Le bailleur invoque une décision qu’il ne produit pas, selon laquelle il a été condamné, il y a six mois, à 18 mois de prison dont 9 avec sursis pour trafic de stupéfiants.

    Présent à l’audience, le bailleur social est au garde-à-vous. « Erilia a répondu positivement au préfet car elle est soucieuse de participer activement à la politique publique de la lutte contre les trafics. Cette loi a un côté moralisateur, c’est vrai, mais le législateur l’a voulu ainsi », plaide son avocat, Me Janis Leclanche. Elle rappelle « la violence extrême du narcotrafic avec 85 morts en 2023 dont 49 à Marseille », « le climat insoutenable qu’il fait peser sur les habitants ». Erilia affirme sur la foi d’un compte rendu d’enquête que le jeune a été arrêté avec deux individus déjà condamnés dans un véhicule quittant la cité avec 1,2 kg de résine de cannabis et 630 gr de cocaïne à bord. Que Chamsedine s’était proposé d’aller « travailler en bas » comme « ravitailleur » du réseau pour « rembourser une dette ». Pour Erilia, « le titulaire du bail est responsable des troubles des occupants habituels de son logement ». « Peut-être est-ce sévère, mais il faut des exemples. Peut-être s’agit-il d’une petite main, mais s’il n’y avait pas de petites mains, il n’y aurait plus de trafic. »

    « Vous, magistrats, gardez votre pouvoir d’appréciation ! » insiste Me Marilou Poisot pour la famille menacée qui n’a tiré aucun profit du trafic. Leur logement n’est pas en cause. Ce n’est pas un appartement nourrice. Le fils majeur vit désormais chez un oncle. Il serait disproportionné d’expulser une mère et ses trois enfants scolarisés, dont une mineure, et qui a toujours payé ses loyers. « Cette loi a un caractère moralisateur qui revient à dire qu’elle a mal éduqué son enfant. Cela heurte les principes du droit au logement, du droit au respect de la vie privée, de l’intérêt supérieur des enfants. C’est la porte ouverte à l’expulsion de familles entières. » Assise dans la salle, la maman pleure. Sa santé s’est dégradée. Toute la famille vit dans le stress de se retrouver sans toit.

    Le second dossier, toujours de la cité de la Castellane, vise un couple avec quatre enfants, dont deux mineurs. Erilia invoque, sans en rapporter la preuve, l’existence de trois
    condamnations en 2025 pour trafic de stupéfiants de Mouhamadi, le fils de 22 ans, à une peine de travail d’intérêt général, et pour sa dernière en septembre à deux ans de prison, dont un avec sursis et à l’interdiction de paraître à la Castellane. « Il y a de grandes chances qu’il récidive s’il reste chez ses parents et il semble bien être un acteur à part entière de ce trafic », suppute le bailleur.

    « Erilia est sous la coupe d’un préfet sous pression, dénonce Me Sofien Dridi. Leur fils ne vit plus chez eux depuis octobre 2024 et on vous demande avec une célérité exceptionnelle l’expulsion de gens qui n’ont rien commis, aucun trouble de voisinage, qui ont toujours payé leur loyer. C’est mettre à la rue une famille qui ne vit qu’avec les 1 600 euros du travail du père. » Dénonçant une procédure abusive, il réclame d’Erilia 1 000 euros pour chacun des membres de la famille et autant en préjudice moral.

    Délibéré le 19 mai.

  • Kurdes et communistes marseillais appellent à l’unité

    Kurdes et communistes marseillais appellent à l’unité

    Le Centre démocratique kurde de Marseille (CDKM) a accueilli, samedi, une rencontre publique réunissant des représentants des démocrates kurdes et de la section PCF du 3e arrondissement.

    Un rendez-vous essentiel à quelques jours du 1er tour des municipales pour Salih Azad, porte-parole du Centre démocratique de la communauté kurde : « Il ne s’agit pas d’un scrutin comme les autres car il existe un réel risque RN. C’est le moment de dire “non, pas de pouvoir RN dans ma ville !” ». Il ajoute : « Cette réunion a aussi permis d’évoquer la situation internationale, l’assassinat du droit international en ce moment par les États-Unis et Israël. Cela a commencé par le kidnapping du président vénézuélien et se poursuit en Iran. Le régime des mollahs est sanguinaire, certes, mais la défense des libertés ne doit jamais se faire au détriment des civils. »

    Anthony Gonçalves, chef de file des communistes, en 13e position sur la liste du Printemps marseillais, confie : « Pour nous, communistes, co-organiser cette rencontre est essentiel. Ces élections municipales se déroulent dans un contexte international particulier : la guerre fait rage, le droit international devient fantôme et les impérialismes font rage. Gaza vit sous les bombes, la Cisjordanie subit un colonialisme quotidien et le peuple kurde est encore agressé par le régime syrien radicalisé. Cette situation tendue est le reflet d’une internationale réactionnaire qui trouve aussi une expression ici, à Marseille, avec la progression du RN. »

    Laure Rovera, conseillère d’arrondissements dans les 2-3 et de nouveau candidate, témoigne : « Pendant les six années de la mandature, la représentante du RN n’est venue assister à aucun conseil municipal d’arrondissements. Elle n’a donc pas représenté les électeurs qui avaient pourtant voté pour elle ! »

    Pour contrer l’extrême droite, l’engagement s’impose. « Nous sommes Kurdes, mais aussi Marseillais. Ce qu’il se passe ici nous concerne. » C’est dans ce cadre que plusieurs membres de la communauté kurde sont candidats, sous la bannière du Printemps marseillais : Yahya Güngörmez (67e position), Cigdem Kara (12-13), Berfin Firtina et Amet Yilmaz (13-14).

  • Jean-Luc Mélenchon exhorte Marseille à résister face au RN

    Jean-Luc Mélenchon exhorte Marseille à résister face au RN

    C’est un Jean-Luc Mélenchon comme à la maison qui a investi, ce samedi, la scène de la Cartonnerie, à la Friche Belle de Mai (3e) pour le meeting de Sébastien Delogu, candidat insoumis à la Ville de Marseille. Un soutien de poids pour un « enfant du peuple de Marseille » qui a su rassembler, sur une liste, « des insoumis et des écolos », insiste le leader de LFI.

    « Benoît Payan, inventeur de la pochette-surprise »

    Fort des « immenses meetings de 2012 et 2017 » sur les plages du Prado et au Vieux-Port, de la présence de 2 500 personnes ce samedi, selon les organisateurs, Jean-Luc Mélenchon est venu « participer à la démonstration de force » face à la menace de l’extrême droite. « Marseille ne sera pas emportée par la vague brune », assène-t-il, et « cela sera empêché par et grâce à nous ». Il revient sur la place de la ville dans son parcours politique et celui des insoumis : « Marseille qui m’élit, fait de moi le premier président de la gauche radicale depuis des décennies, Marseille qui a élu au premier tour Manuel Bompard et Sébastien Delogu ! »

    Et de s’en prendre au maire sortant, Benoît Payan (DVG), candidat à sa succession, qui selon lui fait partie de ces « personnages dérisoires, comparables d’une ville à l’autre », sans « un projet sans une idée, armés de mépris ». « Quand je viens ici pour préparer mon discours, je demande “qu’est-ce qu’il a fait ?” On me répond “rien” », ironise Jean-Luc Mélenchon. Il en remet une louche « sur les milliards du Grand Marseille qui devait se déverser ici », puis fait dans la blague : « Cet homme est l’inventeur de la pochette municipale surprise. Vous prenez la pochette, y a marqué dessus pochette Rubirola, vous ouvrez, coucou Payan ! »

    Après une longue digression sur la géopolitique internationale, il revient sur la menace d’une extrême droite violente face à la « division de la gauche, (….) un désastre », s’indigne-t-il, fustigeant le PS qui « met tout le monde en grand danger », en ostracisant les insoumis. Pour barrer la route au RN, il ne faut pas se désister, estime-t-il, rappelant la promesse de Benoît Payan de le faire si Sébastien Delogu arrive en tête. Il prône « un accord de fusion technique » comme un « front anti-fasciste ». Et si LFI venait à arriver derrière le Printemps marseillais ? C’est ce qui est demandé plus tard au député Manuel Bompard, Sébastien Delogu le laissant répondre aux questions de la presse. « Nous ferons la même chose, nous l’avons toujours dit », affirme-t-il.

  • Des nuances politiques parfois trompeuses

    Des nuances politiques parfois trompeuses

    Au moment de sortir de la préfecture, ce jeudi 26 février après-midi, l’adjointe en dissidence Christine Juste soupirait face au temps nécessaire pour déposer sa liste. « On m’a reposé des questions sur chacun de mes colistiers », expliquait-elle à la presse.

    à cette occasion, les services de la préfecture doivent en effet attribuer une nuance politique à chaque candidat pour les communes de plus de 3 500 habitants. « Le nuançage permet une présentation intelligible des résultats électoraux », nous explique le ministère de l’Intérieur.

    De quoi prendre à rebrousse-poil le discours de nombreux candidats. Dans ce scrutin de proximité par excellence où compte souvent davantage l’ancrage local, la tentation est forte d’effacer son appartenance politique et de nombreux candidats insistent pour se présenter « sans étiquette ».

    Le sujet avait même fait l’objet d’un bras de fer à Mimet, le maire sortant Georges Cristiani insistant pour que sa concurrente Sabrina Bourgeois soit présentée comme candidate de LFI après avoir été déléguée par le parti pour le dépouillement des européennes. « Si j’étais membre de LFI ou d’un autre parti, je vous l’aurais déjà indiqué sans équivoque », répondait-elle. La préfecture l’a classée divers gauche, et le maire sortant, divers centre.

    « Faisceau d’indices »

    « L’attribution des nuances politiques est effectuée à partir d’un faisceau d’indices objectifs tels que l’investiture ou le soutien apporté au candidat ou à la liste de candidats par une formation politique disposant d’une nuance propre, la trajectoire politique du candidat ou des membres de la liste, les prises de position publiques, le programme de campagne, ou encore les étiquettes politiques déclarées, l’appartenance à un parti, les manifestations publiques et les idées affichées », énumère le ministère de l’Intérieur. Et de préciser que ce nuançage « s’adapte à l’évolution et à recomposition permanente de l’offre politique ».

    Mais, alors que l’extrême droite s’échine à poursuivre sa normalisation, certaines décisions ne manquent pas d’interpeller. à Fos-sur-Mer, le candidat Philippe Maurizot avait signé pour le label du RN portant sur des éléments programmatiques et reçu le soutien de son délégué départemental, Franck Allisio. Il a été classé divers droite. à Marignane, le maire sortant éric Le Dissès était, lui, suppléant du député RN de la circonscription auquel il s’est allié en recréant un « RPR ». Le nom de sa liste « Marignane aux Marignanais » reprend le slogan nationaliste « la France aux Français », ses positions politiques ont été largement documentées par la presse. La préfecture l’a classé divers droite. Au risque de brouiller les repères républicains.

  • Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Solidarité

    Mireille Faure : Dans votre programme, la solidarité est traitée de façon transversale dans ses aspects généraux. Que pensez-vous des Maisons de la solidarité qui, là où elles sont créées, permettent d’épauler les associations ?

    Benoît Payan : Vous l’avez noté, la solidarité n’est pas qu’un point du programme. C’est l’ADN du Printemps marseillais. En 2020, on récupère une ville qui ne comprend pas ce qu’est une politique sociale et solidaire. Nous, nous pensons que toutes nos politiques publiques doivent être vues sous l’angle de la solidarité. Ce n’est pas notre compétence, mais dans un territoire frappé par d’aussi fortes inégalités, peut-on se contenter de laisser faire ? Il a même fallu que l’État déroge à sa règle pour signer avec la Ville un pacte local des solidarités parce que l’interlocuteur naturel, le Département, est défaillant. Regardez le CCAS : on y faisait des lotos. C’est bien, mais ça ne sert pas qu’à ça. On peut aussi parler du non-recours aux droits. Il faut être proactif, aller vers les Marseillaises et les Marseillais. C’est ce qu’on propose avec l’assurance et la mutuelle municipale. On sait ce que coûte une mutuelle pour une famille avec deux enfants et aussi combien refusent de se soigner. Là, plus on sera nombreux, moins ça coûtera. Donc les Maisons de la solidarité sont essentielles, mais la solidarité c’est toutes les politiques… Les écoles que l’on construit sont des équipements ouverts sur le quartier, pour les habitants, les associations, les clubs, avec des lieux dédiés hors temps scolaire, et ça, ça multiplie les actes de solidarité.

    Education et écoles

    Séverine Vernet : Mes collèguesdu 1er et du 2nd degrés et les parents d’élèves se demandent si vous irez au bout du Plan écoles sur un 2e mandat ?

    Benoît Payan : Il faut toujours regarder d’où on part. Ça n’exonère de rien, mais quand on entre dans une ruine, on n’en sort pas à Versailles, six ans après. On a trouvé une ville où la capacité de penser les services était en déshérence. à l’éducation, en arrivant, on trouve 3 200 agents pour deux cadres A et le service RH n’est pas informatisé : on gère avec un tableau et des fiches T ! Les agents sont laissés à l’abandon et les écoles ne sont plus entretenues. L’idée, avec Marseille en grand, était de créer une société de droit privé pour aller plus vite. Ma seule condition était qu’elle soit 100% publique, avec des normes environnementales et sociales. On a fait 27 écoles. Et en deux ans et demi, en réalité parce que le plan est annoncé en 2021 et la Spem est créée en août 2022. Aujourd’hui, ça continue, il en sort à peu près 15 par an, et oui, on aura fini les 188 écoles en 2036.Après, il y a les autres qui sont aussi en demande très forte de rénovation. Sur l’entretien courant, on a multiplié par 280% l’investissement. On est passé de 15 à 40 millions par an. Il faut encore monter en puissance mais tout sera traité.

    Séverine Vernet : Il y a le sujet des ambiances thermiques…

    Benoît Payan : Toutes les écoles neuves sont autosuffisantes. Elles sont pensées pour les 70 ans qui viennent, bien orientées, auto-ventilées, fabriquées avec des matériaux de la région, réfléchies pour les changements climatiques majeurs. Et quand je dis autosuffisantes, c’est pour qu’il ne fasse pas 12° en hiver s’il y a une panne et 40° en été. C’est dans le cahier des charges des architectes. Et c’est fait en concertation avec les élèves, les parents, les enseignants, le personnel.

    Séverine Vernet : Vous vous êtes engagé à mettre un personnel Atsem par classe. Où en est-on concrètement ?

    Benoît Payan : On part de très loin. Les « tatas », c’était le bas de l’échelle, des gens qu’on embauchait essentiellement sur la base d’un système clientélaire. C’est à peu près tout ce qui comptait. Aujourd’hui, France Travail recrute. Le cousin de la cousine qui veut rentrer… ça ne marche plus. On a embauché 1 150 personnes en plus des départs en retraite et on va continuer. Mais je mentirais si je disais que je vais embaucher 3 000 agents demain. On veut que ceux qui travaillent avec des enfants soient diplômés, s’ils ne le sont pas, on leur fait passer des concours. Il faut les considérer, mieux les payer et elles ont le droit de sortir de leur condition d’Atsem.

    Séverine Vernet : Le savoir nager est une compétence obligatoireet nos collègues d’EPS sont en difficulté pour faire ces séances. Un plan piscines serait-il nécessaire ?

    Benoît Payan : On nous expliquait, avant qu’on arrive, qu’on n’avait pas besoin de piscines parce qu’on a la mer… Vous avez tous entendu ça. On a un vrai sujet et pour le coup, c’est pour moi un irritant du mandat. J’aurais aimé aller plus vite, mais on n’a pas vu à quel point ils ont laissé le parc se dégrader. Car la réalité est peut-être encore pire que celle des écoles. Il faut tout revoir. On a lancé deux grands chantiers pour Luminy et Nord. Elles vont sortir. Après, êtes-vous déjà allés à la piscine de Venelles ? Non ? C’est Versailles. Ailleurs, les piscines, les stades, les gymnases sont payés par la Métropole. Ici, rien, on est seul. Mais on va vivre une révolution. Si on gagne, avec la réforme PLM, la gouvernance actuelle sera finie. Et le but n’est pas de faire les poches des autres communes, c’est de ramener de l’équité.

    Port de Marseille

    Hugo Honde : Comment considérez-vous l’activité portuaire, tant en termes d’emplois directs et indirects que de retombées économiques ?

    Benoît Payan : La révolution industrielle a amené à cette ville le visage qui est le sien aujourd’hui et la construction de ce port autonome a permis une création de richesses et d’emplois comme jamais auparavant. C’est un outil essentiel qui est dans l’identité de la ville et sa question est centrale. Une ville de mer, son passé, son présent et son futur, se fait par la mer, donc son port et ses travailleurs. Il y a eu des incompréhensions avec la direction du port parce que je pense que la santé des gens ne se monnaie pas. Et il y a eu d’ailleurs des avancées phénoménales. Mais notre activité portuaire doit perdurer, on ne peut pas la remplacer par du tertiaire. Le port ne devra jamais devenir une marina…

    Hugo Honde : Ou une plage…

    Benoît Payan : On peut s’accrocher au port pour faire des choses, notamment la digue qui, historiquement, a toujours été ouverte aux Marseillaises et aux Marseillais. Mais une plage à la place du port, ça ne veut rien dire. Considérer que le port est un endroit qui appartient à ses travailleurs et ses entreprises, à partir duquel on réconcilie la ville et les gens, c’est autre chose. Le développement économique du Port est une nécessité, c’est créateur d’emplois directs et indirects, et ça touche des milliers de personnes. Aujourd’hui, ce qui me gêne le plus dans le port autonome, c’est le « autonome ». Il ne s’agit pas que le maire de Marseille dirige le Port, mais que l’État comprenne que le Port n’est pas qu’une machine à faire de la valorisation financière. Il a une histoire avec des travailleurs qui ont un savoir-faire, sur laquelle on a besoin de réfléchir. Il ne faut pas rêver d’un port qui ne soit qu’un port de tourisme. Évidemment, quand je vois un parking de 5 000 voitures, ça m’énerve. Il faut qu’on pousse sur le fer, les camions qui entrent dans la ville pour venir chercher les boîtes, ça n’existe plus. Et puis pourquoi vos métiers sont si peu valorisés ?

    Hugo Honde : Sur la digue du large, quel est le projet ? Une partie est quand même exploitée…

    Annick Karsenty : On pourra revenir s’y promener ?

    Benoît Payan : Le port est un outil de travail, il ne peut pas être une entité de Disneyland. Il se trouve qu’il a été fermé pour des questions de sécurité. Ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent aller pêcher de l’autre côté de la digue, qu’on puisse mettre des barges avec de l’ensablage. Il ne faut pas la détruire, au contraire, il faut lui donner une symbolique forte. Dans ce qu’on a prévu, rien ne gêne et ne doit gêner les activités portuaires. Le vrai sujet, c’est concilier une activité portuaire et d’autres usages. Les Marseillais ne vont pas se promener au milieu des boîtes, ils ne vont pas toucher les grues, ils iront de l’autre côté de la digue pour se baigner, avec la barge qui bouge. Ça existe dans d’autres ports.

    Economie sociale et solidaire

    Nicolas Guglielmacci : Qu’est-ce que la mairie pourrait apporter aux entreprises de l’économie socialeet solidaire ?

    Benoît Payan : Sur la métropole, l’économie sociale et solidaire (ESS), c’est un emploi sur sept. En France, c’est un sur cinq. La marge de progression est de quasiment 45%, en particulier à Marseille. On sait que ces modèles économiques tiennent parce qu’ils sont basés sur des choses qui existent et que ESS France sait les faire fonctionner. Des modèles économiques classiques ne fonctionnent pas sur certains secteurs ou ne fonctionnent plus pour des questions de rentabilité capitalistique. Mais quand ils sont remplacés par des modèles d’ESS où le but n’est pas que de faire du dividende, ça fonctionne et ça permet même de créer plus d’emplois. Tout n’est pas adaptable, mais le patronat devrait comprendre que c’est son intérêt de considérer que l’existence d’une ESS forte à ses côtés est bénéfique à tout le monde. Marseille investit à peu près 290 millions d’euros par an dans l’économie. On met de plus en plus de clauses sociales et on est en capacité de rajouter, aujourd’hui, des clauses spécifiques pour que ceux qui répondent à des appels d’offres incluent avec eux, pour que l’offre soit valable, une entreprise de l’ESS. Ça permet à des entreprises qui existent de se consolider. On a commencé à le faire, mais il faut encore pousser. Aujourd’hui, on est la seule collectivité qui le fait. Demain, à la Métropole, ça va changer.

    Droits des femmes

    Annick Karsenty : Sur les violences faites aux femmes, vous envisageriez une cité des femmes, un lieu d’information, où on pourrait contacter des avocats ? Comment faire pour que les femmes se réapproprient l’espace public, réduire les inégalités, déconstruire les stéréotypes ?

    Benoît Payan : Même si on a avancé sur beaucoup de sujets, y compris en interne, j’aurai aimé qu’on aille plus loin. Après, je peux raconter tout ce que je veux, dire que je suis féministe, je ne serai jamais à la place d’une femme, ni ne comprendrai ce que peut comprendre une femme. Donc ce que doivent faire, à mon sens, celles et ceux qui font de la politique, notamment les hommes, c’est écouter les femmes et se mettre au service de ces causes, sans vouloir les diriger. On a travaillé sur plein de sujets, sur les plages, avec des dispositifs spécifiques, on le fait dans les écoles… Mais cette affaire prendra évidemment beaucoup de temps, non pas parce que la société marseillaise est patriarcale, mais parce que c’est un stéréotype construit, répété, sur des milliers d’années et ancré très fortement, même si, ces dernières années, on connaît l’accélération d’une forme de prise de conscience. D’ailleurs, tout de suite, les mouvements masculinistes sont nés. Évidemment, pour nous, c’est une question de budget et de volonté politique. ça passe par l’éducation dès le plus jeune âge, l’école et les programmes scolaires. C’est aussi la pédagogie des associations, ce que vous faites, les conférences… C’est un combat qui ne doit jamais s’arrêter.

    Narcotrafic

    Annick Karsenty : J’ai signé l’Appel de Marseille contre la spirale de violence liéeau narcotrafic. Drogue et prostitution sont liées et ça touche beaucoup de femmes, des filles de 12 ans parfois… Comment leur montrer qu’il y a autre chose ?

    Benoît Payan : Les filles de 12 ans ne se prostituent pas par choix. Ce sont des petites filles, censées être à l’aide sociale à l’enfance, donc sous la protection du conseil départemental, qui sont seules dans des hôtels et sont prostituées par des réseaux mafieux. Après, j’entends dans le débat municipal, des candidats oser dire qu’ils vont lutter avec la police municipale. Mais j’ai un peu honte pour eux, les Marseillais sont des gens intelligents. Ils comprennent bien que pour des narcotrafiquants qui sont dans un pays où les extraditions sont compliquées, où la collaboration avec Interpol n’est pas faite, ça n’est pas la solution. Il nous faut de la police scientifique, judiciaire, financière, de la police aux frontières, des spécialistes et des moyens d’investigation et de justice énormes pour couper la tête de la pieuvre et pas seulement les tentacules.

    Jeunesse

    Moussa Camara : Avant tout, je veux vous remercier pour ce que vous faites, parce que je suis un rescapé de SOS Méditerranée… Des jeunes du monde entier viennent à Marseille, pour vous, c’est une chance ou un problème ? La municipalité doit-elle agir pour l’accueil des jeunes ?

    Benoît Payan : D’abord, on est la ville qui aide le plus SOS Méditerranée parce que c’est notre devoir. Je suis évidemment fier que son siège soit à Marseille et on continuera à les aider. On est des gens de mer et en mer, les marins s’entraident. Après, dans ma ville, des gens de SOS Méditerranée ont été stigmatisés par la droite et l’extrême droite… Mais en réalité, je n’ai eu qu’une opposition d’extrême droite puisque la droite a repris toutes les lubies et les phobies de l’extrême droite, croyant, en faisant cela, qu’elle gagnerait des suffrages. Elle n’a pas compris qu’elle leur déroule le tapis rouge. Quand la droite, que je combats mais qui a des valeurs républicaines, est la droite républicaine, elle ne perd pas son âme. Quand elle court derrière un parti créé par les héritiers de Pétain, ça donne ça. Ils sont allés jusqu’à dire pour faire peur que nous avions dit que nous voulions être le premier port de migrants de France. Non. On affirme qu’on veut être le premier port solidaire de France. Ces mots péjoratifs utilisés pour faire peur sont une folie. Sur l’accueil, que soit les MNA (mineurs non accompagnés), les réfugiés politiques ou dans conditions plus spécifiques des sans-papiers, je considère qu’il faut un accueil inconditionnel pour les jeunes. Si après il devient un criminel, la question pour moi ne se pose plus. Mais si c’est quelqu’un qui veut juste vivre et s’en sortir, comme nos grands-parents arrivés à Marseille parce qu’ils crevaient de faim ou ne pouvaient plus rester chez eux, eh bien c’est comme ça. Cette ville s’est créée comme ça, c’est notre histoire. La jeunesse ne peut jamais être un problème, elle est toujours une solution, mais il faut lui donner les conditions de sa réussite. On ne peut pas se substituer à l’État, aux règles de l’Union européenne et de droit, par contre, il faut accueillir dignement ceux qui sont là. C’est ce qu’on fait quand on peut et de la meilleure manière possible. Je reste persuadé que la jeunesse est une chance.

    Transports

    Jacques Takeylian : Les transports, ce n’est pas la mairie, mais c’est important quand on voit le déséquilibre. Il va falloir y penser pour demain, relier tous les quartiers, aller d’est en ouest…

    Benoît Payan : En matière de transports, la ville, qui a une géographie et une topographie assez unique, a été pensée après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour ce qui représentait au début du XXe siècle une des plus grandes révolutions : la voiture. Puis à la fin des années 1960, on construit un métro et on inaugure deux lignes en 1977. Mais depuis cinquante ans, dans la deuxième ville de la sixième puissance mondiale, on n’a plus rien fait. Le transport public est un impensé total et des dirigeants politiques considèrent encore que le schéma absolu est celui du déplacement individuel. Il y a eu les navettes maritimes, les navettes « Pellicani », mais c’est à peu près tout. Entre-temps, on a supprimé le réseau de tram et de trolley, puis, comble de la folie, dans les années 2000, on refait un tramway qui suit le tracé du métro… C’est une gabegie. Alors on va s’attaquer à quelque chose d’extrêmement complexe. La première chose sera de revoir la carte des bus, c’est le plus simple, mais ça ne se fera pas en six mois. Il faut associer les usagers, les ingénieurs, les professionnels, imaginer où on va implanter des équipements publics, penser à l’urbanisme. La refonte du réseau est impérative. Après, le président de la République a dit à Mme Vassal, en 2021, qu’il donnerait de l’argent pour les transports, à condition de désenclaver les quartiers Nord et de faire en sorte que les gens qui sont « assignés à résidence », ne le soient plus…

    Jacques Takeylian : … Et on parle d’un tram sur la Corniche alors que le métro jusqu’à l’hôpital Nord est une urgence et qu’il existe des études.

    Benoît Payan : Je l’ai découvert dans le journal, je croyais que c’était un 1er avril. Un maire ne peut pas apprendre dans La Provence que la Métropole a travaillé un projet de tram sur la Corniche. Surtout que personne ne veut du tram des Catalans. On a besoin de pousser le tramway vers la Belle de Mai, tirer à Burel et monter à Château-Gombert. Le métro, à la Rose, on plonge, et à Dromel, on poursuit… c’est beaucoup d’argent, mais on n’est pas la deuxième ville de France ? Quand on réfléchit, on se dit où est passé l’argent ? Je ne suis pas complotiste, alors je lis le compte administratif et je vois qu’il est parti dans des ronds-points, des gymnases et des piscines à gogo… Marseille a juste été laissée-pour-compte.

    Culture

    Farid Tabet : Comment penser l’offre culturelle pour que les populations qui n’en ont pas l’habitude, et qui en sont éloignées, aillent dans les musées ?

    Benoît Payan : C’est une affaire compliquée parce que le capital culturel, c’est quelque chose que l’on a ou que l’on construit. Quand tu n’as pas cette chance, les pouvoirs publics doivent te permettre de le construire. Aujourd’hui, la plupart des grands musées sont au centre et au sud. Je serais favorable à réfléchir à faire avec l’état un musée type Mucem au nord de la ville. Un pays qui continue d’investir sur sa culture est un pays qui n’a pas lâché la rampe de ce à quoi il croit. La culture est le principal vecteur d’émancipation. Il faut avoir la possibilité de créer un objet totem reconnaissable qui valorise ces quartiers, rend ces habitants fiers et qui soit aussi un moyen que des gens d’ailleurs y viennent. Après, la culture, ce n’est pas que les musées. Les pouvoirs publics ont mis énormément d’argent sur les questions de diffusion et de distribution, et très peu sur la création. Or, c’est la genèse de la culture, un acte par essence émancipateur. Les pouvoirs publics ne savent pas, à mon sens, valoriser la création. On met de l’argent pour un spectacle, je le fais, c’est très bien et je suis fier des concerts, des spectacles, des musées gratuits, mais je le suis encore plus de faire des résidences d’artistes. En ce moment, on a des jeunes de la Méditerranée, Palestine, Liban, Sicile, Espagne, Algérie, qui rencontrent des Finlandais et des Suédois. On s’est battu pour la Villa Valmer, vous vous rappelez. Dans l’hôtel, il va y avoir des résidences et des expos de jeunes artistes. Il faut aider la création, or, on perd les financements État, Région, Département, Métropole, parce que la culture est vue comme de l’accessoire.

    Stade Vélodrome

    Nicolas Guglielmacci : Le stade Vélodrome, propriété de la ville, va-t-il être vendu ?

    Benoît Payan : On aurait pu imaginer que le stade devienne un équipement métropolitain, mais au regard de ce qui s’est passé avec la Métropole, j’ai préféré qu’on en reste, nous, Marseillais, propriétaires. Je ne vendrai pas le stade. Et si un jour je le vends, ce ne serait qu’à son club dans la mesure où il sera en capacité de le racheter. Personne ne viendra faire une affaire financière avec. Il ne peut avoir que deux propriétaires : l’OM ou la Ville.

    Nicolas Guglielmacci : Mais il n’y a pas que l’OM qui l’utilise. Il y a d’autres événements sportifs, des concerts…

    Benoît Payan : Celui qui est propriétaire du stade ne le fermera pas. Et l’OM continuerait à faire la même chose.

    Nos lecteurs à Marseille

    Hugo Honde, électricien sur le Grand port maritime de Marseille

    Jacques Takeylian, retraité, vice-président de CIQ, habitant du 13e arrondissement

    Farid Tabet, habitant du 5e arrondissement, ouvrier du bâtiment en reconversion professionnelle

    Mireille Faure, bénévole du Secours populaire, habitante du 4e arrondissement

    Moussa Camara, président fondateur de l’association Guinée à Marseille

    Séverine Vernet, professeure de collège dans le 13e arrondissement

    Annick Karsenty, responsable d’une association féministe

    Nicolas Guglielmacci, responsable transport à la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne

  • À Marseille, la logistique électorale s’active avant le vote

    À Marseille, la logistique électorale s’active avant le vote

    Seul le bruit du papier qu’on remue résonne dans l’immense entrepôt du Parc Chanot où, ce samedi matin, s’activent quelque 1 000 personnes. À une semaine du premier tour des élections municipales, la mise sous plis des professions de foi a commencé dès 7h30, explique Carine Laurent, directrice adjointe de la citoyenneté, de la légalité et de l’environnement à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui supervise les opérations avec son équipe.

    Il y a là 550 fonctionnaires « toute fonction publique confondue », précise-t-elle, qui se sont portés volontaires et ont été autorisés à venir avec un accompagnant. Avec 13 documents de propagande à mettre par enveloppe, chaque binôme ayant une part de 1 000 plis à réaliser, « c’est quand même un travail important, même s’il est un peu plus rapide que d’autres élections nationales que certains ont pu connaître », estime Carine Laurent.

    Pour ces premières municipales organisées après le passage de la loi PLM qui instaure un double scrutin à Marseille, soit 1 094 206 enveloppes à envoyer pour 547 103 inscrits recensés, cette mise sous plis à Chanot concerne uniquement la liste pour la mairie centrale et « trois communes, Allauch, Plan-de-Cuques et Septèmes » précise-t-elle. Le travail pour les listes marseillaises par secteur se faisant à Toulouse, confié à une entreprise privée, la société SMS. Tout comme la propagande destinée aux communes de Barbentane, Châteaurenard, Eyragues, Graveson, Noves et Rognonas indiquait dès décembre le préfet, dans un communiqué. Préfet qui a choisi de faire appel à « un marché régional qui existe, utilisé par beaucoup de préfectures, avec un prestataire qui a l’habitude de travailler sur les élections, qui le fait déjà depuis plusieurs années pour d’autres préfectures », indique la directrice adjointe, de ce côté-là, tout est déjà terminé depuis la veille se félicite-t-elle. Dans le département, la mise sous plis s’organise également par îlots, dans chaque sous-préfecture, complète-t-elle.

    La rémunération motive la plupart des troupes

    À l’intérieur, sur les grandes tables tout en longueur, des tas de feuilles soigneusement ordonnées ou classées dans des casiers en plastique. Chacun y va de sa méthode pour gagner en efficacité : le casque sur les oreilles, les gants fins, la glycérine pour éviter que le papier glisse, jusqu’à cette jeune femme équipée d’une petite boîte hermétique remplie d’eau, d’une éponge, pour mouiller les rabats encollés des enveloppes et mieux les sceller…

    On retrouve là David et Caroline. « Ça avance bien, c’est répétitif, il suffit d’être bien concentré, ne pas perdre le rythme », confient-ils. Un peu plus loin, Frédéric et Céline sont des habitués. « C’est mon mari qui est dans la fonction publique, et c’est comme dans les mariages, on a le droit d’amener un ami, on fait ça depuis dix ans », racontent-ils. Ils ont fait le déplacement aux aurores depuis Salon-de-Provence, râlent car ils n’ont pas eu accès au parking pour cause de salon de l’Étudiant.

    Ce qui les motive, comme la plupart, c’est la rémunération : très exactement 33 centimes par enveloppe. Même si, glisse quand même notre couple, ils ont aussi le sentiment de participer un peu au process démocratique. À 11h du matin, ils ont déjà atteint les 500, remplissant allègrement l’un des bacs à roulettes mis en bout de table. Une fois plein, les équipes de la Poste, positionnées à l’arrière du bâtiment, viendront les récupérer. « C’est fait au fil de l’eau », précise Carine Laurent. Une fois les 22 camions remplis, dont certains vont faire des rotations, « la Poste commence à livrer dans les centres de distribution. Elle n’attend pas », poursuit-elle. De quoi démarrer la distribution dès le lundi, quand tout devait être bouclé le dimanche en début d’après-midi, assurait, sereine, Carine Laurent.

    Sur l’organisation des élections en général, « les services de la préfecture ont l’habitude, on l’a vu même en cas de dissolution en 2024 », rappelle-t-elle. Tout est déjà calé pour les échéances logistiques, prévues les 18 et 19 mars, avant le second tour du 22 mars.

    Au Rove, les procurations s’anticipent

    À l’occasion des municipales, la commune du Rove, en lien avec la gendarmerie, met à disposition un service pour valider ses procurations, préalablement effectuées en ligne (maprocuration.fr). Accueil à l’Hôtel de Ville le lundi de 9h à 10h et le mercredi de 15h à 16h. Se présenter muni de la carte d’identité ou du passeport, le QR Code reçu après votre demande en ligne. Cette vérification, rapide et simplifiée, est assurée par des gendarmes spécialement mobilisés. Pour les personnes en difficulté, un agent municipal peut aider sur rendez-vous (04.91.46.80.00). Se munir de vos identifiants FranceConnect ainsi que des données d’état civil du mandataire.