Tag: lycées

  • [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    Dans les salles des professeurs comme dans les classes, le malaise était palpable depuis longtemps. Tous dénoncent une dégradation du système éducatif. Alors qu’une nouvelle mobilisation est annoncée pour le mardi 13 octobre, Marion Chopinet revient sur les ressorts d’un ras-le-bol parti pour durer.

    La Marseillaise : Ce mouvement lycéen s’annonce durable, avec un nouveau rendez-vous le 13 octobre, porté par une intersyndicale lycéenne, étudiante et enseignante, ainsi qu’un appel interprofessionnel de la CGT. Est-ce quelque chose à quoi vous vous attendiez ?

    Marion Chopinet : À la fois, on ne l’a pas vu venir et en même temps, ce n’est pas étonnant du tout. Il y a eu le démarrage en région parisienne et des mouvements ponctuels déjà, avant la rentrée, dans les outre-mer. Cette colère lycéenne gronde depuis pas mal de temps. Elle s’est étendue à toutes les académies après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Dans l’académie d’Aix-Marseille, les mobilisations lycéennes commencent autour de cette date, qui a marqué le début des premiers blocus de lycées ici.

    En tant que syndicat enseignant, comment accompagnez-vous les lycéens ? Peut-on parler de convergence des luttes ?

    M.C. : D’une certaine manière oui, car leurs revendications rejoignent les nôtres. Quand on se mobilise, nous, contre les réformes, le choc des savoirs, la réforme Blanquer en fait à l’origine de tout le bazar dans les lycées aujourd’hui, on se mobilise pour nous. Mais nos conditions de travail, ce sont les conditions d’études des élèves. Là, c’est le mouvement lycéen qui a pris le plus d’ampleur et qui continue à grandir et on se rejoint complètement. Après, c’est un équilibre assez difficile à tenir. Car si on a des revendications communes, en dehors des moments où on a nos casquettes syndicales, on est aussi leurs profs. Il ne s’agit pas de confondre les deux et de se servir d’une manière ou d’une autre de l’« autorité » qu’on peut avoir sur eux pour influer sur le mouvement. Cela doit rester le leur, ils doivent pouvoir s’organiser et décider. À nous, éventuellement, de répondre plutôt à leurs sollicitations et à leurs besoins pour avoir un service d’ordre, du matériel pour faire des pancartes, l’accès à un local… Toutes ces manifestations qui associent depuis plusieurs jours personnels de l’Éducation nationale, lycéens, étudiants, d’autres corps de métier et les parents marchent très bien et font la démonstration que le cœur du sujet, ce sont les revendications des lycéens et pas les violences.

    Du côté des enseignants, vous alertez depuis longtemps sur une véritable souffrance…

    M.C. : Nous avons effectivement des enseignants qui sont submergés de tâches annexes, dont les salaires n’ont pas été revalorisés depuis extrêmement longtemps. Ce qui participe aussi de la crise de recrutement et du manque d’enseignants, au-delà des suppressions de postes. Les jeunes ont compris aussi que s’ils veulent avoir plus de profs et plus de candidats au concours, il faut revaloriser le métier. Les revendications autour du statut de la fonction publique pour les AESH sont aussi un enjeu pour nous et les élèves d’avoir des accompagnants pour ceux en situation de handicap. Des personnes recrutées par concours, formées, rémunérées correctement et qui soient présentes dans les établissements pour eux.

    La répression du mouvement lycéen est-elle, selon vous,
    une manière de l’étouffer
     ?

    M.C. : Oui, il y a forcément des consignes pour faire peur le plus possible aux élèves et aux parents. Ces violences policières sont complètement disproportionnées, absolument délirantes. Nous les avons dénoncées dans de nombreux communiqués.

    La réponse apportée par le gouvernement, entre les annonces du Premier ministre sur les prix à la pompe et le déblocage de 3 000 postes d’enseignants, est-elle à la hauteur ?

    M.C. : Ça ne correspond pas du tout à ce qu’on demande, même si pour les enseignants aussi, la question du prix de l’essence et de ce que coûtent les trajets pour se rendre sur leur lieu de travail, ça compte. Pour les 3 000 postes qui seraient débloqués, on attend de voir la réalité. Nous réclamons surtout des postes au concours, une revalorisation, une réflexion aussi sur le bâti scolaire. Rien n’est dit du tout sur ce qui est essentiel pour les élèves : Parcoursup. Et au-delà, la réforme Blanquer, mise en place en 2018, qui touche au lycée et au bac sans laquelle Parcoursup ne peut fonctionner. C’est elle qui permet cette sélection terrible dans l’accès au supérieur et qui accompagne de façon extrêmement efficace les suppressions postes. Après, il y a eu le « choc des savoirs » avec Gabriel Attal. Tout ça, c’est la déclinaison de la même chose : dire que ça coûte trop cher et qu’il faut trier les élèves le plus tôt possible. Ce qui va à l’encontre du projet du Snes et de la FSU entre autres, qui avait cours depuis les années 80, de démocratisation scolaire, de faire en sorte que la majorité des jeunes arrivent jusqu’à un niveau bac.

    Nous sommes aussi dans un contexte d’austérité budgétaire…

    M.C. : C’est catastrophique, pour l’Éducation nationale comme l’ensemble des services publics. C’est à eux que l’on fait payer le prix de l’austérité et de la dette. Il y a aussi un enjeu autour des budgets des collectivités territoriales et du bâti scolaire. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est que ces jeunes ont passé des examens sous canicule, l’an passé. Des élèves qui font leur rentrée dans des salles à plus de 30-35 degrés, des journées de cours épuisantes… Toute une réflexion est à mener sur l’adaptation au changement climatique et les budgets qui devaient y être consacrés ne sont pas à la hauteur ou ont été supprimés.

    D’aucuns tournent la mobilisation lycéenne en dérision, s’offusquent des débordements… Comment voyez-vous la suite ?

    M.C. : Je pense que les élèves ont comme perspective de tenir au moins jusqu’aux vacances. Nous, on annonce déjà une nouvelle date à la rentrée, le 5 novembre, avec l’intersyndicale de la fonction publique, sur les salaires, conditions de travail, etc. La consultation inventée par Sébastien Lecornu est aussi une manière d’étouffer ce mouvement. On a vu comment les gouvernements Macron ont fonctionné avec les Gilets jaunes, les cahiers de doléances qui n’aboutissent à rien. Les jeunes l’ont bien compris. Sur la prise en considération, je fais le lien avec les débats sur la loi intégrale, tout ce travail fait par les associations féministes et enfantistes. Cela dit, vu comment notre société regarde les enfants et les jeunes, se méfie d’eux, considère qu’ils n’ont pas droit à la parole… Ils font la démonstration que la jeunesse, c’est autre chose que de rester collé sur son téléphone et qu’il va falloir compter avec eux. Le monde qu’on est en train de construire, c’est le leur. Ils ont droit au chapitre.

  • À Nîmes, les lycéens bloquent pour leur avenir

    À Nîmes, les lycéens bloquent pour leur avenir

    Eh, les gars, on lâche rien ! » Le cri fuse devant les grilles du lycée Alphonse-Daudet. Ce mardi 6 octobre, il est à peine 8 heures et le boulevard Victor-Hugo a des allures de cour de récréation insurgée. Une centaine de lycéens occupent les abords de l’établissement. Pancartes brandies, slogans repris en chœur, un barrage filtrant tient lieu de blocus. « T’as pas cours, toi ? », lance un garçon à son camarade. « Si justement, mais aujourd’hui c’est à nous de tout leur apprendre ! » Éclats de rire. Sous le regard de la police, l’ambiance est bon enfant : « On veut le bac, pas la BAC », ironisent les lycéens. La détermination, elle, ne faiblit pas.

    Après une semaine de blocages et d’interpellations dans les lycées nîmois, les jeunes entendent reprendre la main sur leur mouvement. « On nous fait passer pour des casseurs, mais vous croyez qu’on se lève à 6h pour venir regarder des poubelles ? », s’agace une élève. « On voudrait juste être écoutés pour une fois. » Dans la foule, une pancarte résume l’état d’esprit : « Dans la rue aujourd’hui pour ne pas y être demain. »

    L’école de la désillusion

    Car derrière la colère, il y a du concret. Les salles transformées en fournaises l’été, les plafonds qui s’effritent, les enseignants absents et jamais remplacés. « Au dernier étage, l’été, c’est un sauna. On n’est pas là pour transpirer, on est là pour apprendre ! », ironise un lycéen. Sa voisine enchaîne : « Et après on vient nous parler de nos téléphones comme si c’était le problème numéro un. C’est du foutage de gueule ! » « Et encore, nous, à Daudet, on est plutôt bien lotis, faut être honnête », reconnaît un lycéen. « Allez voir dans les lycées des quartiers populaires, à Mistral ou Darboux. Là-bas, c’est encore pire. On se bat aussi pour eux. »

    Sans oublier Parcoursup, cette machine à sélectionner qui cristallise les angoisses. « On nous répète de travailler pour réussir. Mais même avec de bonnes notes, t’es pas sûr d’avoir une place après le bac. On fait comment, nous ? » À 17 ans, l’avenir a déjà un goût d’incertitude. « On ne demande pas la lune. Juste des profs, des classes correctes et une chance de s’en sortir. »

    La veille, Carole Delga est venue rencontrer une délégation de lycéens à Philippe-Lamour. La présidente de Région a évoqué les travaux à engager contre la chaleur, sans annonce nouvelle. « C’est bien de discuter, mais nous, on veut du concret », résume un garçon.

    Les heures passent. Des élèves d’autres établissements convergent vers Daudet, les chants reprennent de plus belle. Direction le Carré d’art, où quelque 1 500 manifestants se retrouveront à 14h avant de gagner la préfecture, aux côtés des enseignants et des syndicats. « Bon, on y va ? », lance une voix. Les sacs remontent sur les épaules. Ce 6 octobre, les lycéens ont choisi leur salle de classe : la rue. Et leur leçon du jour ressemble furieusement à un cours de lutte sociale.

  • L’eau, le feu et la rue : la préfète sur tous les fronts

    L’eau, le feu et la rue : la préfète sur tous les fronts

    À peine les établissements rouverts après l’épisode méditerranéen de la veille, les lycées montpelliérains se retrouvaient jeudi 1er octobre devant des barrages. Un télescopage qui résume la rentrée de Chantal Mauchet : dans l’Hérault, les crises s’enchaînent.

    Sur les blocages lycéens, « le phénomène est inquiétant et prend de l’ampleur », a-t-elle reconnu. Elle insiste sur des jeunes « assez déterminés », parfois cagoulés, des jets de pierre et la nécessité de débloquer les établissements « fermement », mais « avec tact, méthode et proportionnalité ». Une prudence dans les mots qui résiste mal aux images et aux chiffres de la répression en cours.

    La « rationalisation »

    qui interroge

    Le climat, lui, ne laisse guère de répit. La veille encore, certains cours d’eau avaient pris deux mètres en une heure, sans faire de blessé. Après des mois de sécheresse et de chaleur, l’été a laissé 1 700 hectares brûlés. Le 4 juillet, trente départs de feu avaient été recensés dans la même journée. « Ce type de canicule va être la norme, nous en prenons acte », résume-t-elle. L’État promet un retour d’expérience sur les incendies, et, pour les écoles, pas seulement de la climatisation, mais « un vrai plan d’adaptation ».

    Sur le front social, le ton change. Le jour même où fermait le centre de nuit Coallia de Montpellier, la préfète a mis en avant 2 600 places d’hébergement d’urgence, dont 900 à l’hôtel. « C’est certainement insuffisant », a-t-elle concédé. Mais la réponse tient en un mot : « Rationalisation. » L’hébergement « ne peut pas être inconditionnel », il faut éviter les « sorties sèches ». Dans le même temps, quelque 180 places vont fermer à l’approche de l’hiver.

    Sur le reste, la représentante de l’État veut se poser en facilitatrice. « L’action ne doit pas se conduire seulement depuis Montpellier », insiste-t-elle, promettant de travailler avec les élus locaux.

  • À Toulon, malgré des revendications partagées, certains lycées peinent encore à se mobiliser

    À Toulon, malgré des revendications partagées, certains lycées peinent encore à se mobiliser

    Au lycée professionnel du Parc Saint-Jean, vendredi matin, de nombreuses pancartes garnissent le portail. Mais ils sont peu nombreux – une dizaine – à les porter, malgré les appels lancés à leurs camarades depuis le début du mouvement. « On essaie de rassembler, mais c’est compliqué », déplore Elizéa, une des meneuses. Pourtant, « tout le monde pense la même chose », assure-t-elle. À savoir que « l’on étudie dans des conditions déplorables », se désole Lilou, l’organisatrice, qui dresse la liste des désagréments matériels : « On a des fuites d’eau. Le plafond tombe quand il pleut, c’est arrivé pendant le bac l’année dernière. Les toilettes dégagent une odeur immonde, on n’a pas de papier, pas de savon, pas de lumière, de la moisissure au plafond. En été il fait vraiment chaud, on a des clims mais elles ne marchent pas ». Des difficultés organisationnelles apparaissent aussi : « L’application pour réserver la cantine ne marche pas non plus, du coup c’est premier arrivé premier servi. Notre professeur d’enseignement professionnel, la plus importante pour le bac, n’est pas là pendant un mois et pas remplacée. Des profs d’espagnol sont aussi absents ».

    « Peur des professeurs,

    des parents, de la police »

    Profitant de la récréation pour essayer de capter d’autres élèves, les jeunes tentent de bloquer, sans violence, l’entrée de l’établissement. Mais malgré quelques fumigènes craqués pour réchauffer l’ambiance, leurs efforts sont vains. « Ce n’est pas un vrai blocus, il ne se passe rien », entend-on çà et là. « Le problème est qu’on fait ça calmement, alors que certains attendent que ça prenne feu, comme ça a été le cas jeudi dernier », pointe Elizéa. Selon elle, beaucoup ont « peur des professeurs ou des parents », mais aussi « de la police. Un élève du lycée a été étranglé, on voit les nombreux jeunes qui subissent des violences ».

    Lilou pointe par ailleurs le fait que, contrairement à d’autres lycées où le dialogue est instauré avec la direction, il n’en est rien au Parc Saint-Jean : « Je vais demander un rendez-vous au proviseur, mais on se sent davantage dans la confrontation ». Il leur est également difficile de trouver des soutiens au sein du corps enseignant. « Je les comprends, je suis au lycée depuis plus de 30 ans et il n’y a jamais eu de travaux, mais beaucoup de problèmes ne me concernent pas directement », résume succinctement l’un d’entre eux. « Il y a des professeurs syndiqués, mais comme dans de nombreux lycées professionnels, c’est calme en salle des profs », regrette un cadre syndical varois. Pour autant, Lilou, Elizéa et les autres élèves mobilisés seront présents mardi aux côtés des autres lycéens toulonnais à l’appel de l’intersyndicale. « S’il faut continuer après, je continuerai, mais je veux qu’il y ait du monde avec moi », espère cette dernière, sans quoi « ça n’avancera pas ».

  • « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    Deux jours après, la colère n’est pas retombée à Toulon. 400 personnes, élèves de différents lycées de la ville, professeurs, syndicalistes, mais aussi simples citoyens, étaient encore mobilisées devant le lycée Bonaparte, jeudi, à partir de 9h. Pour clamer, une fois de plus, leurs revendications, mais aussi et surtout en réaction à la réunion qui s’est déroulée, mardi, avec le préfet du Var et le Directeur académique des services de l’Éducation Nationale (Dasen).

    « On leur a demandé de nous écouter, de nous ouvrir une porte pour discuter avec les institutions. Il n’y a eu que du mépris », regrette Denis Sincu, leader du mouvement de protestation au lycée Bonaparte. Sa camarade Léonine Fouquet, élève au lycée Dumont-d’Urville, ne décolère pas. « Ils étaient tous sur leur téléphone, ils nous ont ri au nez », affirme-t-elle.

    Marc Laugier, enseignant (syndiqué FO) en mathématiques à Bonaparte, partage l’indignation des élèves, qui disent ne pas avoir été écoutés sur des questions telles que celles des sanitaires de l’établissement : « Avoir des toilettes qui fonctionnent, c’est de l’hygiène. Ils n’en tiennent même pas compte. Cela fait 10 ans que j’enseigne ici, rien n’a été fait. » Il demande que chacun assume ses responsabilités : « L’État et la Région se renvoient la balle. Le préfet est représentant de l’État dans le Var. C’est à lui d’assurer la conformité des locaux. »

    « Ils ont raison de ne pas accepter ce qu’on se lasse de demander »

    Pour permettre aux enseignants et à la direction de dialoguer, les cours avaient été banalisés jusqu’à 10h. Tout le monde semble tirer dans le même sens, à en croire Olivier Gérard, secrétaire départemental de la CGT Éduc’Action et enseignant à Bonaparte : « Les collègues se disent qu’ils ont raison de ne pas accepter ce que nous nous lassons de demander. La direction essaye de faire les choses vraiment bien, toujours avec de bonnes intentions. » La proviseure du lycée a en tout cas semblé vouloir joindre la parole aux actes en allant discuter avec les élèves devant l’établissement. « Nous avons fait une assemblée générale lundi, je les entends. On doit essayer de trouver des solutions ensemble, sur les problèmes immédiats, le matériel, les actions santé, la démocratie…, affirme-t-elle. Il y a des choses qui dépendent de moi, mais d’autres pas, donc je reste modestement de leur côté. »

    La mobilisation s’est terminée dans le calme aux alentours de midi. Le dialogue devait se poursuivre dans l’après-midi, puisque les directions des lycées Bonaparte et Dumont-d’Urville devaient recevoir des représentants des élèves, à la veille des élections des conseils de vie lycéens (CVL), qui désigneront les représentants des élèves, du corps enseignant, des parents et du personnel administratif au sein des établissements.

  • À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    Exemplaire, une fois de plus. Deux jours après une mobilisation « historique » ayant réuni près de 30 000 personnes dans les rues de Marseille, le soufflet ne retombe pas. Ils étaient 20 000 selon les organisateurs (3 900 selon la police), jeudi, à s’élancer des Réformés en direction de la préfecture pour l’acte IV de la mobilisation lycéenne. Dans le calme et une bonne humeur revendicative.

    La configuration était différente de mardi, puisque l’intersyndicale n’avait pas lancé d’appel, mais les forces militantes des syndicats de travailleurs, CGT et FSU en tête, étaient encore en première ligne pour assurer la sécurité des jeunes. À leur côté, des retraités, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des élus politiques et des parents d’élèves.

    « Les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire »

    Marion, adhérente du MPE 13, est venue pour « les soutenir, partager leurs revendications qui sont relativement claires et les aider à défendre leurs droits et ceux des travailleurs de l’éducation nationale ». Maman d’une lycéenne à Montgrand, elle porte sur le dos une pancarte « réalisée en mars », alors que le lycée de sa fille était mobilisé, déjà, contre la baisse des dotations horaires liée aux coupes budgétaires. Sébastien Lecornu « dit qu’il faut prendre le temps de dialoguer dans les lycées, mais je crois que les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire ».

    Dans le cortège, sans surprise, l’allocution du Premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Foutage de gueule », répond Ange, élève à Périer (8e). « Il a parlé de nous deux minutes… Avec tout ce qui se passe, ce n’est pas normal et ce qu’il annonce ne suffit pas », poursuit ce membre du Mouvement national des lycéens, comparant la hausse de 1,2 milliard du budget de l’éducation aux 6 milliards dédiés aux armées. « C’est clairement du blabla », abonde Fabio, du lycée des Remparts. « Ces 1,2 milliard, c’est principalement pour les primaires. Nos revendications sur Parcoursup, il n’en a pas dit un mot et il apporte son soutien aux forces de l’ordre alors qu’on a encore vu la répression, mercredi, à Marie-Curie. »

    Jeudi matin, deux interpellations devant le lycée privé de Saint-Joseph de La Madeleine (4e) sont dans les têtes. « Libérez Ryan, libérez Victor », scande une lycéenne au départ de la manifestation. Plusieurs établissements ont été bloqués dans la matinée, dont Jacques-Chirac, Don-Bosco ou Victor-Hugo, et des lycéens se sont réunis à Marseilleveyre (8e), Saint-Charles (1er) ou Chevreul-Blancarde (4e) avant de rejoindre les Réformés.

    « Lecornu fait illusion pour calmer les tensions, mais ça ne nous arrêtera pas, aucune réponse n’est apportée », juge Abel, élève de Saint-Joseph de La Madeleine (4e), justement. « On attend principalement des mesures concrètes, comme l’abrogation de Parcoursup. Les réunions dans les lycées ne régleront rien ». « Il dit vouloir travailler sur cinq points très concrets. On partage ces problématiques, mais il annonce une décision fin octobre… Il se fout de notre gueule », regrette plus loin, Luc*, lycéen à Saint-Charles. « Vouloir réprimer les mobilisations et arrêter les cours, c’est juste une façon de déplacer le problème. »

    « Organiser des réunions entre proviseurs, professeurs et lycéens, c’est bien, mais c’est pour étouffer le mouvement », abonde Lou, lycéenne à Thiers (1er) : « Lecornu est passif. Les professeurs ne peuvent pas tout régler tout seul, c’est au gouvernement et à l’éducation nationale d’apporter des réponses et de prendre leurs responsabilités ».

    « Sa réponse est insuffisante, c’est du foutage de gueule et ça devient répétitif », renchérit Charlie, lycéen à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac… qui n’a pas de prof d’anglais depuis la rentrée : « On est un lycée favorisé, j’imagine pas les autres. C’est pour ça qu’on est là ». Marqué comme tous par la violence policière, Giani, élève en première au lycée Artaud, juge « inhumaine » la sortie du Premier ministre : « Perdre une main, perdre ses dents… Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Il parle d’accidents. Ça me révolte. Nous, on veut parler à l’éducation nationale et l’état, pas à nos professeurs, parce qu’on sait qu’ils nous soutiennent ».

    * le prénom a été changé

    Nouvelle journée de mobilisation

    Présent aux côtés des lycéens dans le cortège, le SNES-FSU, premier syndicat de l’éducation nationale, maintient la pression et appelle les personnels à se mobiliser, le 13 octobre, dans le cadre d’une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale étudiante et professionnelle. « C’est important de continuer le mouvement aux côtés des lycéens, parce qu’on partage les mêmes revendications et les mêmes analyses depuis des années », assure sa co-secrétaire académique, Marion Chopinet. Ne s’imaginant pas « rentrer en cours et encore moins participer à une mascarade de démocratie », le syndicat réclame plus de moyens, l’ouverture de places à l’Université, la rénovation des établissements et une remise à plat de la réforme Blanquer du lycée. Ch.C.

  • Le maire de Manosque veut interdire les aides pour les casseurs

    Le maire de Manosque veut interdire les aides pour les casseurs

    Après avoir annulé la soirée rap du festival gratuit Musiks à Manosque pour punir les lycéens suite aux dégradations de jeudi, le maire Camille Galtier a annoncé, mercredi, vouloir interdire les aides de la commune et de la communauté d’agglomération pour les jeunes qui seront condamnés pour dégradations, dans le cadre de la mobilisation lycéenne, et pour leurs parents.

    « Ça m’apparaît compliqué de récompenser ou d’aider des parents quand on n’est pas capable de garder ses gosses à la maison », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse. « Ceux qui ont manqué à leurs devoirs n’ont pas le droit à avoir des droits supplémentaires. »

    Les aides concernées sont l’aide à l’acquisition d’un vélo, les 5 000 euros donnés aux moins de 40 ans pour acheter un logement, les bons essence, électricité, les bourses sportives pour les enfants, les aides aux entreprises, aux commerçants et aux agriculteurs. « Je proposerai au conseil communautaire et au conseil municipal qu’en fonction de la gravité de la sanction qui aura été donnée aux jeunes condamnés, on fera un panel d’interdictions de ces aides et on verra la durée. C’est les conseils communautaires et municipaux qui décideront la graduation », a précisé Camille Galtier. Concrètement, l’édile souhaite ajouter au règlement et aux critères de ces aides que « telle personne dont l’enfant a été condamné ne puisse pas bénéficier de cette aide pendant telle durée ».

    Le procureur de Digne-les-Bains, Antoine Pesme, a affirmé à La Marseillaise qu’il ne « transmettra pas de liste de condamnés mineurs ». Aucune poursuite pour dégradation n’est engagée, a-t-il précisé, mais seulement pour des faits de violence.

    « Il veut renforcer les difficultés des familles qui sont déjà en grande difficulté. Si sa réponse est celle-là, c’est lamentable », a réagi Patrick Rousset, conseiller municipal d’opposition (PCF) du Regain Manosquin, liste d’union de la gauche. Il demande « une réponse concrète aux problématiques » plutôt que des sanctions, et accuse le maire d’être « toujours dans la provocation, sans contact avec les lycéens ».

    « Punition par procuration »

    Le secrétaire départemental du PCF, Bertrand Perrin, s’est lui aussi dit « opposé à la punition par procuration visant les fratries qui ne sont pas responsables ». Cet « effet d’annonce » est « la marque d’un maire en difficulté après une séquence des sénatoriales catastrophique pour sa candidate, qui cherche à redorer son blason en confondant autoritarisme et responsabilité », a-t-il estimé, doutant de la légalité de la mesure. Le Conseil d’État avait retoqué en 2022 une décision municipale similaire privant les délinquants d’aides versées par la commune de Caudry (Nord).

    « Si j’étais lui, j’essaierais d’apaiser les choses, l’inverse de ce qu’il fait. Il ajoute du mépris et de la répression à la colère des lycéens », déplore de son côté Jean-Claude Cauvin, de la section de Manosque du PCF, tout en condamnant les dégradations.

    « Le maire de Manosque sombre dans l’extrême-droitisation. Coupé de la jeunesse dont il ne comprend pas les motivations, il foule aux pieds l’État de droit en se livrant à une nouvelle opération de communication concernant des mesures dont il sait parfaitement qu’il ne pourra pas les appliquer, ce qui lui permettra de se victimiser », a réagi la FSU.

    « C’est une nouvelle erreur politique prise dans la précipitation. Les actes délictueux doivent être traités dans le cadre de l’état de droit, par la justice et les magistrats, a avancé Claire Henriroux, élue écologiste du Regain Manosquin. Une collectivité ne peut pas sanctionner des familles. Elle n’a pas vocation à infliger une double peine. M. le maire n’est pas un juge et la mairie n’est pas un tribunal. »

    23 gardes à vue ont eu lieu, la semaine dernière, dans le cadre de la mobilisation lycéenne dans le département, avec « un certain nombre de classements sans suite, deux majeurs déferrés et jugés dans le cadre du plaider coupable et cinq mineurs présentés à un juge des enfants qui seront jugés ultérieurement », a indiqué mercredi à La Marseillaise le procureur. Aucune garde à vue n’a eu lieu cette semaine.

    Le groupe RN-UDR-I à la Région Sud avait déjà annoncé, mardi, déposer une motion visant à priver les lycéens sanctionnés en conseil de discipline « de toutes les aides de la Région ».

  • Syndicats et parents d’élèves en soutien aux lycéens

    Syndicats et parents d’élèves en soutien aux lycéens

    « Les revendications lycéennes sont légitimes, nous les soutenons et les partageons, le gouvernement doit y répondre ! ». Voilà le message limpide délivré par l’intersyndicale des personnels de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône, dans un communiqué de presse diffusé ce week-end. Une large intersyndicale (CGT, CNT, FO, FSU, Unsa et Sud) qui appelle même à la grève et « à participer aux rassemblements et manifestations aux côtés des lycéens », ce mardi en partageant le rendez-vous marseillais : 10h aux Réformés. « L’ensemble des syndicats éducation de la FSU 13 appelle à la grève mardi 6 octobre, et sera présent dans la manifestation pour encadrer et protéger la jeunesse », développe de son côté la FSU des Bouches-du-Rhône, principale organisation syndicale chez les enseignants. Même principe en Vaucluse où l’Union Départementale CGT « met à disposition des lycéens toute sa logistique ».

    « Journée noire »

    Autant d’échos locaux à la multitude d’appels lancés au niveau national par différentes organisations syndicales de travailleurs (lire notre article du 03/10). Des appels qui se sont multipliés dans le week-end avec une dimension interprofessionnelle puisque plusieurs fédérations CGT appellent désormais à la grève ce mardi 6 octobre, comme celle de l’énergie ou encore des industries chimiques. De quoi surtout appuyer sur le terrain les mobilisations lycéennes puisque dans le Var, comme dans les Alpes-de-Haute-Provence, les syndicats prévoient concrètement d’être présents sur les blocus et actions prévues. Car le Mouvement national lycéen (MNL) prévoit bien une « journée noire dans les lycées ». Et même les parents d’élèves s’y mettent puisque le Mouvement des Parents d’Élèves des Bouches-du-Rhône (MPE 13) a également apporté son soutien au mouvement social des jeunes : « En tant que représentants de parents d’élèves, nous considérons que les préoccupations exprimées par les lycéennes et les lycéens sont légitimes et doivent être entendues ».

    LES RENDEZ-VOUS

    Marseille, 10h. 7h devant les lycées et manifestation depuis les Réformés.

    Aix, 11h. La Rotonde.

    Arles, 10h. Kiosque à musique.

    Toulon, 7h30. Lycée Bonaparte.

    Draguignan, 8h. Lycée Jean-Moulin.

    Saint-Raphaël, 10h30. Rond-point Kennedy.

    Manosque, 8h. Lycée Félix Esclangon.

    Digne-les-Bains, 8h. Lycées Beau de Rochas et David Néel.

    Gap, 7h. Lycée Paul Eluard.

  • La quasi-totalité des lycées de Nîmes et de Montpellier bloqués par les jeunes

    La quasi-totalité des lycées de Nîmes et de Montpellier bloqués par les jeunes

    À Nîmes, le mouvement touche quasiment tous les lycées ce jeudi 1er octobre. Il y a eu des blocages ou tentatives de blocage à Camus, Daudet, Mistral, Voltaire, Saint-Vincent, Lamour, Hemingway, Raimu ou encore Gaston-Darboux. La situation a été assez tendue par endroits, avec feux de poubelles et de palettes.

    Face à quelques dégradations la police est intervenue, notamment à Camus et Saint-Vincent où il y a eu usage de gaz lacrymogène. À Mistral, le portail a été dégondé et les cours ont été annulés. Mercredi 30 septembre, le maire de Nîmes Vincent Bouget (PCF) est allé à la rencontre des jeunes. « Les lycéens nîmois, comme dans de nombreuses autres villes du pays ont manifesté un profond mal-être sur leurs conditions d’apprentissage et sur les perspectives d’avenir », a déclaré le maire dans un message sur les réseaux sociaux. « Quelques violences, qui relèvent d’une minorité, ont émaillé la mobilisation et je le regrette. Dans le même temps, il faut garantir la liberté de manifestation et l’expression pacifique des revendications », insiste-t-il.

    Soutien de la CGT

    de l’Hérault

    Dans l’Hérault, selon la préfecture une quinzaine de lycées du département étaient concernés ce jeudi matin par le mouvement. La préfète Chantal Mauchet a fait un point de situation jeudi matin. « Le phénomène est inquiétant et prend de l’ampleur. Il y a plusieurs points de blocages, notamment à Montpellier. Des interventions de la police ont eu lieu. C’est une situation très délicate que je suis attentivement. » Dans un communiqué, l’Observatoire des libertés publiques de Montpellier rapporte que dès le mardi 29 septembre, des actes de violences policières ont été constatés.

    Dans un communiqué, l’Union départementale CGT de l’Hérault, dénonce la répression « Ce 1er octobre, alors qu’ils poursuivent leur mobilisation, la répression monte d’un cran. Des nuages de gaz lacrymogènes toxiques flottent sur Montpellier. Cette situation est inacceptable. La colère d’une jeunesse qui revendique. Cette situation est inacceptable. La colère d’une jeunesse qui revendique des moyens pour étudier, se former et construire son avenir doit être entendue, pas réprimée. » Pour la CGT, « un lycéen qui revendique n’est pas une menace. La réponse doit être claire : des moyens pour l’École, des services publics renforcés et un avenir digne pour toutes et tous, pas l’austérité et la répression. » Le gouvernement a mis en place une cellule de crise.

  • À Toulon, une mobilisation itinérante devant les établissements

    À Toulon, une mobilisation itinérante devant les établissements

    Dès 7h jeudi à Toulon, plusieurs centaines de lycéens se sont mobilisés devant leurs établissements. Les lycées du Parc Saint-Jean, Bonaparte, Dumont-Durville et de la Rouvière ont été bloqués pendant environ une heure, mais l’intervention des forces de l’ordre a rapidement dispersé les manifestants, après l’allumage de feux de poubelles. Ces derniers se sont rejoints, bloquant divers axes de circulation, tout en se rendant devant plusieurs lycées de la ville, dont les directions ont confiné leurs élèves dans l’enceinte des bâtiments.

    « On veut une vie normale, pas faire du 8h-18h, métro-boulot-dodo », revendique Enzo, élève de première à Bonaparte. Alexis (nom d’emprunt), parle de « ras-le-bol général de la jeunesse. Ça faisait longtemps qu’elle ne s’était pas mobilisée de la sorte à Toulon, ça peut créer un renouveau. Mais il faut que ça continue ». S’il considère « qu’il n’y a pas de revendication politique extrêmement forte », il parle de « prise de conscience générale » et d’une « violence légitime, qui vient d’en bas. Ce n’est pas un mouvement bourgeois ».

    Lycées ouverts vendredi

    D’autres mobilisations ont eu lieu dans plusieurs communes varoises (Fréjus, La Seyne, Brignoles, Hyères…). On recensait 2 250 manifestants dans l’ensemble du département. 45 d’entre eux (68 depuis mardi) ont été interpellés, tandis que 10 blessés (6 policiers, 3 lycéens et une personne âgée) ont été signalés. Les lycées varois resteront ouverts ce vendredi. Le préfet a toutefois décidé d’interdire toute manifestation non déclarée, ainsi que le transport de carburant, d’engins pyrotechniques et de produits corrosifs aux abords des établissements scolaires, où le dispositif policier sera renforcé.