Tag: lycées

  • L’Occitanie surprise par les premières chaleurs

    L’Occitanie surprise par les premières chaleurs

    Coincé sur l’Hexagone depuis le week-end de Pentecôte, le « dôme de chaleur », qui agit comme un couvercle en piégeant l’air chaud venant du Maroc, n’épargne pas l’Occitanie. Jeudi 28 mai, dix départements de la région étaient en vigilance jaune canicule. Avec des pics à 37 ou 38 degrés attendus dans les prochains jours, certains pourraient basculer en vigilance orange. Des chaleurs précoces qui surprennent d’autant plus que les températures étaient en dessous des normales saisonnières jusqu’à la mi-mai. Pour l’ingénieur agronome expert en climatologie, Serge Zaka, il s’agit d’une « anomalie statistique qu’on redoutait ».

    La vague de chaleur particulièrement forte à l’ouest du pays a entraîné la vigilance canicule la plus précoce depuis la création du dispositif en 2004, suite à la canicule d’août 2003 qui avait provoqué de nombreux décès chez les personnes vulnérables et éveillé les consciences aux dangers du réchauffement climatique. Tandis que l’été 2026 n’a pas officiellement débuté en France, au moins sept personnes sont décédées de ce premier pic de chaleur. Si bien qu’une réunion de crise se tenait jeudi 28 mai à l’Élysée. Objectif : élaborer un « plan d’endurance dans la durée jusqu’en septembre ».

    Dans le Gard et l’Hérault, les autorités et collectivités (la Ville de Nîmes notamment) ont pris les devants ces derniers jours, multipliant les conseils de prévention. C’est notamment le cas dans l’éducation. Il faut dire qu’on se souvient que certaines écoles (à Nîmes, Sète, Montpellier…) avaient particulièrement souffert de la canicule en juin 2025. Sans aller jusqu’à reporter certaines épreuves du Bac pro prévues ce vendredi 29 mai*, le ministère de l’Éducation nationale s’est fendu d’un courriel. À tous les chefs d’établissement, il est conseillé de « privilégier les salles à l’ombre pour la tenue des épreuves », de « fermer les stores et rideaux des façades exposées au soleil la journée », de « s’assurer que les élèves disposent d’eau potable » et d’apporter une « vigilance particulière aux candidats présentant des pathologies ou en situation de handicap ». Aux enseignants, il est rappelé que « les activités physiques et les sorties doivent être réduites ou supprimées aux heures les plus chaudes ». Enfin, les parents sont invités à « adapter l’habillement des plus jeunes élèves, de prévoir casquettes et lunettes de soleil, et, si nécessaire, d’appliquer de la crème solaire avant l’école ».

    Les droits des salariés

    Pour les travailleurs, la canicule est aussi synonyme de difficultés voire de dangers pour la santé. Rappelons que le Code du travail impose à l’employeur de protéger la santé et la sécurité de ses salariés. S’il n’y a pas de température maximale tolérée, l’employeur a l’obligation de fournir de l’eau potable fraîche, d’assurer une ventilation/aération correcte ou salle climatisée, limiter l’exposition à la chaleur, prévoir des pauses ou espaces de repos. De son côté, le salarié peut faire des propositions (au cas par cas) : aménager les horaires pour finir plus tôt, réorganiser la charge de travail, réduire des tâches physiques, rallonger les pauses, demander du télétravail exceptionnel… En cas de « danger grave et imminent », il est même possible d’exercer son droit de retrait en ayant d’abord prévenu son employeur, le CSE ou la médecine du travail.

    De son côté, l’association Peta vient de rappeler quelques consignes qui concernent les animaux. Ne jamais les laisser enfermés dans une voiture, même quelques minutes. En extérieur, leur « laisser de l’eau et des zones ombragées ». Prendre garde aux sols brûlants, le bitume pouvant provoquer des « brûlures sur les coussinets des chiens » par exemple avec lesquels il est « déconseillé d’aller faire son jogging ».

    Enfin qui dit canicule dit risque incendie. Si aucun départ de feu n’est encore à déplorer, le patron des pompiers de l’Hérault se tient à l’affût. « La stratégie qui fonctionne c’est d’attaquer massivement tous les départs de feux pour éviter qu’ils deviennent incontrôlables », insiste Eric Florès en référence au méga feu de l’Aude en 2025. Il en profite pour rappeler que « tout apport du feu en forêt méditerranéenne est proscrit depuis le 15 mai ». Les travaux agricoles en plein soleil sont déconseillés et le jet de mégots est passible de sanctions pénales.

    * Celles du CAP auront lieu les 8-9 juin, du 11 au 18 juin pour le Bac général et technologique et enfin les 26, 29 et 30 juin pour le brevet des collèges.

  • Le collectif du lycée Nelson Mandela reçu en mairie

    Le collectif du lycée Nelson Mandela reçu en mairie

    « On demande au maire de Marseille de faire en sorte que ça ne soit pas une saignée pour les lycées de la ville. » Ce mercredi, devant la mairie de Marseille, les représentants du collectif qui rassemble une myriade d’organisations syndicales d’enseignants (CGT, FO, Sud et Snes-FSU) et d’associations de parents d’élèves (FCPE, PEEP et PER) du lycée Nelson Mandela sortent satisfaits de l’Hôtel de ville.

    Et pour cause, ils ont été reçus par un conseiller de l’adjointe en charge de l’éducation, Pascaline Lecorché (Place Publique), dans le cadre de leur combat au long cours contre la baisse d’heures à venir pour leur établissement. « On s’est adressés à la mairie de Marseille car ce sont les lycées marseillais qui sont ciblés. Dans le cadre des suppressions de moyens décidées au niveau national, l’académie perd 900 heures et sur celles-ci, 740 sont perdues dans les lycées marseillais », explique Alexis Avril, professeur de philosophie au lycée Nelson Mandela, qui s’exprime en tant que militant de Sud Éducation.

    Concrètement, dans le cadre d’une baisse des dotations horaires qui touchent les lycées pour la prochaine rentrée scolaire, leur établissement perdrait « 80 heures ». « 80 heures en moins, ça peut paraître abstrait mais concrètement c’est la fin des cours en demi-groupes pour les cours de français en 1ère, de philosophie en terminale et pour l’anglais en 1ère et terminale… Ce sont des années où il y a le bac, où ces heures comptent pour ce dernier. Ça veut dire faire des cours d’anglais à 30 cette année-là », poursuit Alexis Avril. Sébastien, professeur de philosophie et syndiqué au Snes-FSU abonde : « On a besoin de ces heures, c’est un moment de travail approfondi : elles servent à faire de la méthodologie, à aider les élèves en difficulté… »

    Un soutien de la mairie

    D’où la demande de soutien auprès de la mairie : « On les a sentis impliqués, à l’écoute. Et normalement, un courrier de la mairie devrait être envoyé en ce sens-là au rectorat », relate Nassima Cuvillier, pour la FCPE 13. Et justement, ils espèrent « que ça bouge » du côté du rectorat : « On devrait recevoir, début juin, une visite de personnels du rectorat pour une rencontre sur nos revendications. » Selon le collectif, la « décision définitive » à propos de la réduction d’heures serait prise le 19 juin prochain. Il reste donc du temps, et de l’espoir, pour faire infléchir la décision. « On a même écrit à Brigitte Macron qui nous a répondu ! », se félicite Vanessa Dorival, pour la PEEP (Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public). Avant d’exhiber la réponse imprimée du directeur de cabinet de l’épouse d’Emmanuel Macron. De quoi faire revenir le rectorat à la raison ?

  • Les ambassadeurs scolaires de Martigues contre le cyberharcèlement récompensés

    Les ambassadeurs scolaires de Martigues contre le cyberharcèlement récompensés

    « Le monde est connecté aujourd’hui, mais faut pas abuser et utiliser les réseaux sociaux de la bonne manière », affirme Méline Cortès. La lycéenne et ses camarades la terminale 4 du lycée Lurçat ont remporté le concours citoyenneté du Pays de Martigues ex æquo avec la terminale 3, lors de l’annonce des résultats vendredi après-midi à l’hôtel de Ville.

    Le thème de cette année était le respect dans un monde connecté. Chaque classe participante a dû y aller de son imagination. « On a fait une intervention à l’école primaire pour présenter les dangers des réseaux sociaux avec des jeux de memory et de pendu », restitue Mona Bertand, de Tle 3, constatant qu’« aujourd’hui tout le monde a un téléphone en primaire ». Leurs homologues de terminale technologique au lycée Lurçat ont fini 3e, mais peu importe, pour leur professeure de mathématiques Béatrice Babel. « Ça nous sort de l’habituel, le sujet les a tout de suite fédérés autour d’une vidéo. À aucun moment je n’ai dû faire de la discipline, ils ont vraiment donné le meilleur d’eux-mêmes, ce sont maintenant de vrais ambassadeurs contre le cyberharcèlement », insiste l’enseignante.

    Onze établissements

    Ce ne sont pas moins de 13 projets qui ont été présentés par onze établissements, collèges et lycées de Martigues, Port-de-Bouc, Châteauneuf-les-Martigues et Saint-Mitre-les-Remparts, de la sixième à la terminale. Les finalistes de chaque catégorie sont récompensés par une somme dédiée à une sortie pédagogique, de 600 et 400 euros pour les premiers et seconds.

  • Pique-nique revendicatif à Lurçat

    Pique-nique revendicatif à Lurçat

    « Rien ne justifie la baisse de moyens dans les lycées Lurçat et Langevin », tance Philippe Sénégas du Snes-FSU, se demandant : « La priorité est-elle un porte-avions à 12 milliards d’euros ou une école publique ayant les moyens d’emmener les élèves à la réussite ? » « Ça veut dire moins d’heures de cours pour les élèves, donc plus de demi-groupes, de dispositifs de soutien ou d’options de langues » avance ce professeur de collège venu en soutien, car ses élèves « subiront ces baisses à leur arrivée au lycée » regrette-t-il.

  • À Miramas, les lycéens sont en mal de transports pour aller étudier

    À Miramas, les lycéens sont en mal de transports pour aller étudier

    « Tout le monde devrait avoir le droit de se déplacer et d’étudier », assène Lilyrose élève de 1ère au lycée Jean Cocteau, avant de franchir les grilles mercredi matin. L’établissement est traversé par un vent d’inquiétude depuis la fin de semaine dernière. En cause, l’absence de transports praticables pour se rendre à Aix-en-Provence depuis Miramas.

    « Ça prend deux heures de train en passant par Salon alors qu’on met que 40 minutes en voiture », illustre Kawtar Kassioui, autre élève de terminale concernée par la poursuite d’études à Aix. Sans compter le retour d’autant plus difficile. « Beaucoup d’autres autour de moi galèrent aussi », souligne-t-elle.

    Les élèves rencontrés à l’entrée du lycée ne donnent pas tord à leur camarade. « J’aimerais bien étudier à Aix mais j’ai pas les moyens de payer un appartement sur place », souligne Lilyrose, actuellement en 1ère. La voiture n’est pas une alternative selon sa camarade de classe Carla : « J’ai l’âge de passer le permis, mais tout le monde n’a pas l’âge ni les moyens », fait-elle remarquer. « L’essence devient chère, les voitures aussi. Il faudra une alternative », renchérit Lilyrose.

    Trois cents élèves concernés

    C’est en abordant le sujet en réunion avec les parents, au lycée, que Kawtar Kassioui a fait la rencontre de Natacha Mallet. « Le sujet me préoccupe aussi en tant que mère d’élève, j’ai mené le même combat quand j’étais lycéenne », explique la communiste et cheminote.

    C’est pour cela qu’avec l’aide des communistes miramasséens, Kawtar Kassioui a pu formuler une proposition politique au problème. À partir d’un sondage réalisé sur les 843 élèves du lycée, 305 ont répondu être intéressés par la création d’une ligne de bus reliant Miramas à Aix-en-Provence, sur 396 répondants.

    « On ne parle que de Cocteau, mais il y a déjà des étudiants de Miramas à Aix. Il faut aussi penser aux travailleurs et aux musées d’Aix qu’on n’a pas », considère la nouvelle militante. « C’est aussi un enjeu écologique, les voitures c’est pas top, un bus dans l’immédiat c’est bien, mais le train c’est mieux ! Il y en avait un jusqu’en 2008, il faut le remettre en route », affirme Kawtar Kassioui. Le conseiller municipal (PS) Christophe Caillault, présent devant le lycée, se dit « épaté » par la mobilisation lycéenne, promettant que le sujet sera soumis au maire Frédéric Vigouroux (DVG), par ailleurs vice-président de la Métropole aux transports. « Il faut d’abord créer une ligne de bus pour répondre à l’urgence, mais il faudra remettre en service la ligne ferroviaire passant par Rognac », considère Natacha Mallet. Le communiqué du PCF miramasséen diffusé au même moment parle d’interconnexion avec le bassin ouest du département, proposant de l’inclure dans le projet de service express régional métropolitain.

  • Au piquet !

    Au piquet !

    Calculette d’un côté, visée pédagogique de l’autre. Le « bon sens » avancé par le ministère de l’Éducation nationale, incarné par un technocrate pur jus, le transparent Édouard Geffray, est d’adapter les moyens aux besoins du terrain. Or, selon ses calculs, une chute de la démographie scolaire justifie les fermetures de classes dantesques prévues dès la rentrée 2026 dans l’académie d’Aix-Marseille et de Nice, dont dépend le département du Var. Quelle aubaine, ces statistiques. C’est imparable : moins d’enfants, moins de classes ! Hourra aux économies budgétaires, aggravées de 6 milliards supplémentaires. Pas d’enfants, pas d’école ! Encore mieux.

    Les syndicats de l’éducation opposent à cette logique comptable la pédagogie, des classes vivables… Ce à quoi le ministère répond qu’ils ont leurs vapeurs : c’est être, en effet, « émotif » que de vouloir enseigner dans de bonnes conditions. Pour eux, pour les enfants.

    Le ministre qui n’annonce rien !

    La baisse des effectifs entraîne donc un renforcement de l’encadrement. Insupportable pour les calculettes du ministère. L’instrumentalisation des projections des effectifs à dix ans permet au gouvernement de réduire les moyens humains dans les services publics de l’éducation nationale. Cet acte dangereux réclame une résistance et des actions communes entre syndicats, parents et élus. Le ministre a annoncé qu’il… n’annoncerait rien pour la rentrée, pour garantir « la sérénité ».

    Avec les cartes scolaires en mode disette, il a mis dans une colère noire la communauté éducative. Au piquet !

  • [Entretien] Pascale Thoirey : « L’école ne fait plus sens, il y a une perte de repères »

    [Entretien] Pascale Thoirey : « L’école ne fait plus sens, il y a une perte de repères »

    La Marseillaise : En quoi la baisse de moyens rapportée à la baisse d’effectifs n’est pas une bonne chose ?

    Pascale Thoirey : On a une logique comptable d’un côté et une logique pédagogique de l’autre, forcément ça coince. Il arrive que des gens en poste au ministère n’aient pas été confrontés à la gestion d’une classe, à ce que c’est qu’enseigner. On a des théoriciens de la pédagogie qui sont déconnectés de la réalité. Nos élèves ont changé, c’est générationnel. Depuis 30 ans, les sollicitations sont différentes. Avant c’était papier/crayon. Les élèves d’aujourd’hui sont sursollicités depuis la naissance par les écrans. C’est la société du zapping. La nuit, les enfants dorment moins, ils arrivent à l’école dans d’autres dispositions. L’école ne fait plus sens comme avant avec son rôle d’ascenseur social. Il y a aussi une perte de repères. Il suffit de regarder ce que certains médias nous donnent à voir. Les gens s’invectivent, lâchent des gros mots en toute tranquillité. Regardez les attaques racistes contre les maires sans que le gouvernement ne réagisse. On accable les familles en disant que les parents sont démissionnaires. Pas du tout, c’est sociétal. Tout cela participe de la perte de statut, de la désacralisation de l’enseignant.

    Quel est votre regard sur l’école inclusive ?

    P.T. : Je suis évidemment pour, tous les enfants ont droit à l’école de la République. Tous sont capables et on va les amener d’un point A à un point B, même s’il ne sera pas le même pour tous. Sauf que l’école inclusive, nous y avons vu une possibilité d’avancer alors que l’État y a vu une possibilité de faire des économies. Tout se fait toujours à moyens constants. Ces enfants porteurs de handicap qui étaient accueillis dans des établissements spécialisés avec un enseignant spécialisé, à 8 par classe, avec des éducateurs, des thérapeutes… sont aujourd’hui en écoles ordinaires sans rien. À charge pour les familles de se débrouiller pour assurer les soins. Les AESH sont aussi un grand mensonge. On oblige ces femmes à travailler à temps partiel sans statut, avec un salaire de misère. Le Code du travail s’applique au privé mais pas ici. Et on leur demande d’être des magiciennes. Avec la mutualisation, elles doivent s’occuper d’enfants, sans formation, dans plusieurs établissements. Certains enfants n’ont certes pas besoin d’être accompagnés toute la journée. Mais si vous avez un handicap reconnu par la Maison départementale des Personnes handicapées (MDPH) qui donne droit à 6h le lundi, il ne disparaît pas par miracle le mardi ni les jours suivants. C’est un mensonge institutionnel, on n’accomplit pas une mission de service public. On a besoin de personnels formés. La santé mentale s’est aussi nettement dégradée depuis le Covid. Avec moins d’élèves dans les écoles, on pourrait garder le même nombre de personnels pour avoir des groupes allégés.

    Les idées reçues sur les enseignants sont tenaces…

    P.T. : On est des nantis ! Quand j’ai commencé il y a 30 ans, un enseignant qui débutait gagnait 2,5 fois le Smic, aujourd’hui c’est 1,2 fois le Smic. Pourtant ceux qui présentent le concours cette année sont plus diplômés qu’avant (Bac+5 au lieu de Bac+3). J’ai préparé le concours avec une licence de droit sauf que j’ai eu ensuite une vraie année de formation avec une réflexion sur le métier et de la pédagogie. Désormais, la formation se vide de plus en plus. Quant aux contractuels, c’est « à la va comme je te pousse ». On est pourtant le métier le plus important pour l’avenir de la République et on recrute sans formation.

    Qu’est-ce qui explique la crise des « vocations » ?

    P.T. : Une multitude choses. Dans l’idée des gens, c’est facile d’être enseignant, on est tous allés à l’école, voyons. On a tellement dévoyé ce métier… Le prof-bashing est réel, plus personne ne nous respecte. Pourquoi les jeunes nous respecteraient ? Pendant le Covid, sur les réseaux sociaux, des gens nous disaient : « Promis je ne critiquerai plus jamais la maîtresse d’école ». Ils s’étaient aperçus qu’on fait un vrai métier. Trois jours après c’était reparti. On est soi-disant des privilégiés avec des vacances tout le temps. Alors que souvent on finance nos formations et même du matériel dans nos classes sur nos propres deniers.

    L’agression au lycée Jules Guesde* à Montpellier est-elle la conséquence du manque de moyens ?

    P.T. : Forcément, c’est une responsabilité collective globale. Je ne connais pas les détails mais c’est le résultat d’un mépris social, d’une perte de sens. Des jeunes ne savent plus pourquoi ils viennent à l’école. Je pose parfois la question à mes élèves de 4e Segpa. Ils répondent : « pour voir mes copains », « sinon ma mère va me punir, me prendre mon téléphone », « parce que je n’ai pas le choix », « parce que je m’ennuie à la maison ». Il y a une forme de désenchantement. Ce n’est pas toujours clair, y compris dans des familles où l’École fait sens. Dans le secondaire, on cumule des problématiques : classes surchargées, élèves allophones et l’adolescence qui s’en mêle. La montée hormonale c’est compliqué à gérer. Dans les écoles, on peut avoir le soutien d’un Rased [réseau d’aides spécialisé pour élèves en difficulté] en éducation prioritaire, en collège, il n’y a rien du tout. Les psychologues et infirmières scolaires sont à temps partiel et sur plusieurs établissements. L’ancien pôle médico-social est réduit à peau de chagrin. Avec le phénomène des réseaux sociaux où on se filme sans arrêt pour devenir le héros du quartier, on en arrive à ce genre d’agressions.

    Y a-t-il une volonté de casser l’École publique ?

    P.T. : Notre analyse c’est qu’effectivement ils veulent faire la part belle à l’école privée. On n’arrête pas de nous dire que les services publics coûtent de l’argent. Il n’y a qu’à voir dans quel état l’Hôpital se trouve. Si vous n’êtes pas contents, on vous encourage à aller voir les cliniques ou les écoles privées. C’est une casse organisée de l’École publique. Les écoles privées perdent aussi des élèves mais moins vite que nous. Le comble c’est que les établissements privés sous contrat sont financés par de l’argent public.

    *Le ministère a ouvert une enquête après les violences entre un groupe d’élèves et un enseignant, le 10 avril

  • Le monde éducatif en lutte pour être entendu

    Le monde éducatif en lutte pour être entendu

    À l’heure où la sonnerie de midi retentit, le parvis du lycée Jean-Lurçat est bien plus rempli qu’à l’accoutumée. L’Union locale CGT, Sud Éducation, FSU, les associations de parents d’élèves, la FCPE et l’Apeep, ainsi que les personnels de Paul Langevin et des écoles de Martigues s’y sont rassemblés pour protester contre la baisse de la dotation globale horaire et le manque de moyens dans l’éducation.

    Au sein de l’établissement des Rayettes, « c’est un phénomène récurrent », affirme la professeure d’espagnol Vanessa Perdu-Ortiz. Tous les ans, l’équipe pédagogique est en lutte contre ces attaques. « L’an dernier on a eu une diminution assez sévère qui se confirme cette année. Les effets qui se font sentir : dans le lycée professionnel, on a un seul prof d’EPS pour des groupes de 30 élèves, sachant que les classes devraient être dédoublées, on a un regroupement de classes en filière technologique, avec des effectifs à plus de 35… » Son collègue Philippe Sénégas appuie : « Comme par hasard, ceux qui souvent subissent les conséquences de ces politiques antisociales, ce sont les plus fragiles de nos élèves. »

    « Il n’y a pas de prise de conscience des pouvoirs publics de ce que ça implique pour nous, ils considèrent que ça continue de tourner avec toujours moins de moyens parce qu’on met en place des stratégies pour continuer d’assurer un service d’éducation auprès des élèves, regrette Vanessa Perdu-Ortiz. Ça ne peut plus durer. La situation devient insoutenable. Les enseignants se retrouvent parfois avec des salles qui ne sont même pas équipées pour installer le nombre de jeunes. »

    Pour la rentrée prochaine, le lycée Paul Langevin est aussi ciblé, avec des spécialités qui risquent de disparaître à l’instar de la Littérature, langues et cultures de l’antiquité, le théâtre, le numérique et sciences informatiques ou encore le brevet d’initiation aéronautique.

    Une vision court-termiste

    « Ce sont des pans d’études entiers vers lesquels les élèves ne pourront pas se diriger, parce qu’ils n’auront pas la spécialité offerte, et c’est inquiétant parce que les autres établissements du bassin martégal ne les auront plus non plus », dénonce la professeure de physique-chimie Laetitia Jenna, qui s’inquiète d’une « école à deux vitesses » avec une inégalité des chances en fonction de son origine géographique. À Langevin, les enseignants s’organisent dans une grève tournante les mardis et les jeudis, ont lancé une pétition et demandé une audience au rectorat, restée pour le moment sans réponse.

    Le premier degré n’est pas épargné, avec environ 150 fermetures de classes recensées dans les écoles du département. « C’est énorme, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu ça, s’alarme Valérie Zika-Dussol de la FSU-SNUipp. À Martigues ça se traduit par une fermeture à Carro et à Louise Michel. C’est inadmissible, ça va dégrader les conditions de travail des collègues et l’apprentissage des élèves. » Si la baisse démographique est une réalité dans les maternelles et les primaires, la syndicaliste dénonce la « vision court-termiste » du gouvernement. « L’école est un investissement et ne doit pas être considérée comme un coût. »

    Philippe Sénégas rappelle : « Ce qu’on subit dans l’Éducation nationale, ce sont tous les services publics qui le subissent : la santé, la justice, la culture… Toute cette richesse qui appartient à ceux qui ne l’ont pas. » Alors que le gouvernement investit 413 milliards d’euros sur sept ans dans le cadre de la Loi de programmation militaire, l’enseignant assène : « Je ne sais pas si on a besoin de porte-avions nucléaires mais on a besoin d’écoles, d’options, de spécialités… »

  • Parents, enseignants et lycéens réclament des moyens décents

    Parents, enseignants et lycéens réclament des moyens décents

    « Plus d’une centaine de classes sont menacées dans le département, principalement à Marseille mais aussi à Aix, à La Bouilladisse ou Salon. Et si nous n’avons pas de chiffres sur les dotations globales horaires, de nombreux établissements, principalement des lycées sont impactés. » Pour Letizia Vignone, administratrice du Mouvement départemental des parents d’élèves des Bouches-du-Rhône (MPE 13) qui se prépare à une audience avec le Dasen (Directeur académique des services de l’Éducation nationale), ce mercredi 8 avril à Aix-en-Provence, la situation au sein de l’Éducation nationale s’est nettement dégradée, au détriment déjà des élèves.

    « Au lycée, cela veut dire concrètement des options en moins, des classes qui peuvent atteindre 30 à 35 élèves lorsqu’ils font des travaux pratiques, en SVT ou physique-chimie. Au collège, les classes dédoublées pour l’apprentissage du français sauteraient avec la coupe budgétaire » illustre-t-elle, espérant « grappiller » un maximum d’heures. Le MPE 13 compte également mettre la pression sur le préfet qui doit valider la carte scolaire et les dotations globales horaires cette semaine.

    À Aubagne, Jadran Svrdlin, professeur des écoles et syndiqué à la CGT Educ’action mesure déjà le manque de postes d’enseignant dans son école. « Depuis janvier, nous approchons les 130 journées non remplacées soit 2,7 à 2,8 absences par jour pour nos 9 classes », explique-t-il.

    « En mode dégradé permanent »

    Les élèves sur le carreau étant répartis sur les classes qui restent, « nous sommes en mode dégradé permanent. Le nombre de remplaçants affectés n’a pas changé depuis des années ». Raison principale pour laquelle il sera présent ce mercredi au rassemblement organisé devant le collège Lou Garlaban à 11h avec la CGT, le syndicat SUD mais aussi les associations de parents d’élèves. Une autre mobilisation étant prévue le vendredi à 16h30 devant l’école de la Tourtelle.

    De la primaire au secondaire, cet enseignement « dégradé » a de terribles conséquences pointe Jadran Svrdlin. Réformes injustes finalement avortées, annonces ministérielles intempestives, « on met en place des échéances couperet comme le brevet dont M. Attal faisait un préalable obligatoire au lycée », analyse-t-il, se souvenant aussi de l’expérience des groupes de niveaux que nombre d’enseignants ont refusé d’appliquer. Un « tri social » où « on élimine » estime-t-il, déplorant que les premières victimes soient les « enfants des classes populaires qui n’ont que l’école publique comme patrimoine ». La CGT Educ’action s’inquiète aussi dans un communiqué de la « mise à mal de l’école inclusive » avec un nombre d’AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap) insuffisant, tout comme celui des personnels de Rased (Réseau d’aide spécialisée aux élèves en difficulté).

    À Marseille, le syndicat SUD Éducation 13 appelle aussi à un rassemblement devant la Chambre de commerce, sur la Canebière, ce mercredi à 17h30 « contre les coupes budgétaires imposées par l’Éducation nationale et la violente répression des lycéens ». Déjà devant l’école Leverrier (4e) ce mardi, après avoir appris la fermeture d’une classe la semaine dernière, les parents d’élèves ont déployé banderoles et mégaphones.

  • [Grève dans l’éducation nationale] À Marseille, les lycéens en force dans la rue

    [Grève dans l’éducation nationale] À Marseille, les lycéens en force dans la rue

    En lutte depuis près de quatre semaines, les lycéens ont répondu présents à l’appel à la grève nationale lancé le 20 mars par la FSU, l’Unsa Éducation, la CFDT Éducation formation et recherche publiques, la CGT Éduc’action et Sud Éducation. Après avoir participé au blocus de leur lycée – les établissements de Montgrand (6e), Saint-Charles (1er), Nelson-Mandela (12e), Perrier (8e) et de César-Badalccini (7e) étaient bloqués mardi matin -, près de 200 élèves militants se sont rendus à la manifestation. Parti à 11h45 des Réformés (1er), le cortège a rassemblé 800 personnes, selon la préfecture.

    Les revendications ne bougent pas : professeurs, élèves et personnels éducatifs sont tous venus dénoncer les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement, impliquant notamment la suppression de 4 000 postes dans l’éducation nationale, à la rentrée 2026. Dans les lycées, c’est d’abord le nombre d’heures d’enseignement qui risque d’être réduit : 22 établissements publics sont concernés dans les Bouches-du-Rhône, dont 11 à Marseille.

    « Dans notre lycée, on devrait perdre 77 heures de cours, s’indigne Joseph, en terminale à Saint-Charles. Plusieurs options de seconde doivent être supprimées, sans doute des heures de soutien, et toutes les heures en demi-groupe qui nous permettent de mieux bosser. » À Montgrand, Camille est tout aussi inquiète : « Comme d’habitude, on nous supprime des heures. Là, ça va être en musique, en théâtre, en langue… On est là pour revendiquer un ras-le-bol général. »

    Marche antimilitariste

    Au milieu des traditionnels chants anticapitalistes, les lycéens n’ont pas manqué d’insister sur leur position antimilitariste. « C’est pas l’éducation qui coûte trop cher, c’est l’armée, c’est la guerre », ont-ils scandé à de nombreuses reprises. Cette revendication se constate aussi sur les tracts revendicatifs des jeunes militants, où sont comparées les évolutions budgétaires de l’Éducation et de la Défense : « De manière continue depuis 2012, le budget par étudiant a baissé de 22%, celui de la défense a augmenté de 60% », lit-on sur le document distribué devant le lycée Perrier.

    « Quand on voit toutes les coupes budgétaires qui se font et tout l’argent que l’armée récupère, avec le déploiement de milliards d’euros, on ne peut que faire le lien. On se bat aussi contre la militarisation et la mise au pas de la jeunesse, insiste Gwendal, membre du Mouvement national lycéen 13. La situation géopolitique nous inquiète, surtout quand on entend des phrases telles que “il faut de la jeunesse pour faire une guerre”, ce qu’un animateur a dit lors de ma journée d’appel. » Une délégation de parents d’élèves, professeurs et d’un représentant lycéen a été reçue à la préfecture. Les jeunes militants projettent de poursuivre les mobilisations, y compris pendant les vacances.