Tag: loi

  • Question de vie ou de mort

    Question de vie ou de mort

    Terrible constat : selon les derniers chiffres officiels publiés jeudi par la Mission interministérielle pour la protection des femmes, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. Alors que l’année 2025 n’est pas encore achevée, les associations féministes ont déjà dénombré 151 femmes ou filles tuées dans un contexte de violence misogyne.

    Ce n’est pas une addition de drames isolés, mais un fait social, le reflet de la violence que notre société laisse s’exprimer à l’égard des femmes.

    2,6 milliards

    C’est dans ce contexte, à la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qu’une proposition de loi transpartisane a été présentée à l’Assemblée nationale. En réponse, la ministre chargée du dossier, Aurore Bergé, a annoncé de son côté un projet de loi-cadre sans être en mesure de préciser une date pour son examen ni de chiffrer son financement.

    Comme toujours, c’est là que le bât blesse. Pourquoi ce qu’il a été possible de faire dans une Espagne profondément marquée par le patriarcat, n’est pas possible en France ? De l’autre côté des Pyrénées, une loi-cadre dotée de financements conséquents a permis de faire reculer de 35% les féminicides.

    Oui, mettre les moyens pour protéger les femmes est une question de vie ou de mort.

    La Fondation des femmes estime à 2,6 milliards par an le budget minimum que l’État devrait consacrer
    à la protection des victimes de violences conjugales, sexistes et sexuelles en France, « soit 0,5% du budget de l’État ». Aux actes !

  • L’exemple qui vient d’en bas

    L’exemple qui vient d’en bas

    Très attendus à Marseille depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci, les ministres de l’Intérieur et de la Justice, Laurent Nuñez et Gérald Darmanin, ont écouté les exigences des élus du territoire sans apporter d’éléments tangibles pour y répondre.

    Peut-être était-ce la seule attitude digne à tenir après tant d’effets d’annonce sans transformation réelle des conditions de vie des habitants des quartiers populaires de Marseille ? Peut-être était-ce aussi le signe que le sommet de l’État est lui-même sonné par cet assassinat d’intimidation qui démontre la dimension incontrôlable prise par les groupes mafieux prospérant sur le trafic de drogue ?

    En tout état de cause, c’est une déception pour celles et ceux qui espéraient des annonces à la hauteur du défi à relever en matière de lutte policière contre le narcotrafic et de moyens judiciaires pour le réprimer.

    Courage et dignité

    À Marseille, malgré l’adversité, comme souvent l’exemple vient d’en bas. En l’espèce, il vient de la famille Kessaci qui appelle à marcher en mémoire de Mehdi, assassiné à l’âge de 20 ans mais aussi des signataires de l’Appel de Marseille « assassinat, trafics, armes, drogue, ça suffit ». Dans nos colonnes, ils disent avec courage et dignité leur refus de voir Marseille mise en coupe réglée par les criminels.

    Ils seront rejoints, samedi, par des responsables nationaux de partis de gauche mais aussi par les premiers élus de notre territoire. C’est le signe que les assassins de Mehdi ont échoué. Ils pensaient faire régner la loi du silence mais la société civile et les élus de la République leur crient « stop ». Une exigence que l’État se doit d’entendre.

  • La législation de régulation des loups s’assouplit

    La législation de régulation des loups s’assouplit

    Le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen ont adopté le 17 juin 2025 une modification du niveau de protection du loup. L’espèce est passée du statut de « protégée » à « espèce animale d’intérêt communautaire dont le prélèvement dans la nature et l’exploitation est susceptible de faire l’objet de mesures de gestion ». Désormais, les États membres ont donc plus de flexibilité pour gérer la population lupine, ce qui signifie qu’en France, le dispositif va évoluer en 2026.

    Les membres du Groupe national loup (GNL), réunis à Lyon le 23 septembre, ont pu définir les grands principes sur lesquels reposera la réglementation nationale dès 2026. L’évolution la plus importante est une simplification significative des conditions d’accès aux tirs de défense, avec la suppression du régime d’autorisations dérogatoires au profit d’un système déclaratif. Aussi, la nouvelle législation devrait permettre une homogénéisation des règles de tir applicables à l’ensemble des ovins-caprins, comme des bovins-équins.

    Une mesure qui fait débat

    Patrick Blanc est éleveur dans le nord-est de l’Hérault et a déjà subi une attaque de loup en 2017. Selon lui, l’assouplissement de la législation sur les tirs de défense est une bonne nouvelle. « Nous voulons seulement défendre nos troupeaux parce qu’on aime nos animaux et que nous sommes là pour les élever, affirme-t-il. Nos chiens de défense ne peuvent pas tout faire. Récemment, des chiens se sont encore fait attaquer. Cela nous permet donc aussi de venir en aide à nos auxiliaires, qui font partie intégrante des troupeaux.  »

    Des obligations demeurent cependant en termes de préservation de lespèce, il existe donc toujours « un plafond de destruction national » qui était fixé en 2025 à 192 individus. Par ailleurs, plusieurs associations comme France nature environnement, la Ligue pour la protection des oiseaux ou WWF se sont déjà exprimées contre ces nouvelles mesures.

  • Hérault : les procédures à l’amiable facilitées par un nouveau décret

    Hérault : les procédures à l’amiable facilitées par un nouveau décret

    Le ministère de la Justice veut encourager le recours à l’amiable dans certaines procédures civiles. C’est la raison pour laquelle, mercredi 24 septembre, Valérie Delnaud, directrice des affaires civiles et du sceau, s’est rendue à Montpellier afin de présenter aux magistrats, aux bâtonniers et aux greffiers, les dernières réformes concernant ce mode de résolution des différends. Pour rappel, les procédures amiables permettent de trouver une solution à un litige en formulant un accord entre les parties par l’intermédiaire d’un tiers, comme un juge ou un conciliateur.

    Lors de cette journée, Valérie Delnaud avait notamment pour mission de présenter le décret du 18 juillet 2025 portant réforme de l’instruction conventionnelle et recodification des modes amiables de résolution des différends, applicable depuis le 1er septembre. « Les procédures à l’amiable présentent de nombreux avantages, affirme Valérie Delnaud. Elles permettent de réduire les délais de certaines affaires, mais aussi de rendre ces délais prévisibles et de ne pas avoir besoin de recourir à des exécutions forcées. » Selon la directrice des affaires civiles et du sceau, ce type de règlement est particulièrement intéressant dans certains litiges concernant des personnes qui ont tout intérêt à rester en bons termes, comme par exemple des voisins ou des membres d’une même famille. « La solution du droit n’est pas toujours la meilleure, poursuit-elle. Par exemple, si une personne attaque un voisin parce qu’il possède dans son jardin un arbre trop grand, la justice peut finir par exiger que ce dernier soit abattu, alors que ce n’est pas forcément la meilleure solution. »

    Le nouveau décret permet alors de simplifier le code de procédure civile. Il introduit également une nouvelle disposition qui permet, à la fin d’une expertise, d’aider les parties à trouver une solution ensemble et à l’expert de formuler un accord, ce qui n’était pas autorisé avant. Le décret permet aussi aux avocats de mettre en état leur dossier entre eux, sous contrôle d’un juge. « Désormais, lorsque nous sommes embarqués dans le contentieux, nous disposons de nouveaux outils pour basculer plus facilement dans l’amiable, continue Valérie Delnaud. Plus le litige a une dimension humaine, plus la procédure à l’amiable a d’intérêt. Par exemple, le juge aux affaires familiale fait parfois appel à des médiateurs familiaux pour les recours à l’amiable. Bien que la médiation familiale soit interdite en cas de violences, évidemment. »

    Un moyen de désengorger les juridictions ?

    Valérie Delnaud a également annoncé lors d’une conférence de presse donnée à la Cour d’appel de Montpellier que les juges sont désormais invités à inciter les procédures à l’amiable en donnant aux avocats qui le souhaitent des dates prioritaires. De son côté, Johanna Elkaim, avocate au barreau de Montpellier et membre du Syndicat des Avocats de France, s’inquiète : « Dans l’idéal ce n’est pas une mauvaise chose de favoriser les procédures amiables, mais nous assistons à une volonté de déjudiciariser les affaires parce que l’État n’arrive pas à faire face aux contentieux qu’il doit gérer. C’est une instrumentalisation du recours à l’amiable avec l’objectif de réduire le nombre de dossiers, ce qui finit par retarder le moment où le juge tranche. »

    Valérie Delnaud se défend cependant de toute instrumentalisation des procédures à l’amiable : « L’idée n’est pas d’en faire un outil de désengagement des juridictions mais plutôt de chercher la voie la plus adaptée à chaque situation, avec l’idée que le juge détermine cela en coopération avec les avocats. » Elle conclut : « C’est une solution pour apaiser les relations humaines : l’amiable a des vertus en soi. »

  • La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    La Ville de Marseille amène la prévention au plus près des jeunes

    « La loi, à quoi ça sert ? » Autour du jeu de l’oie « graine de droit », installé sous un arbre du jardin de la Porte d’Aix (1er), Ahmer et ses petits camarades se grattent la tête. Il trouve la réponse : « Protéger les personnes ! » Ateliers de sécurité routière avec la police municipale, gestes de premier secours avec les marins-pompiers, centre de loisirs de la police nationale, stands de tir à l’arc, de badminton, escalade avec l’Addap 13… Associations et institutions ont investi la place, au cœur de Belsunce, pour la journée phare, ce mercredi 8 octobre, de la semaine de la prévention et de la protection de la jeunesse organisée par la Ville de Marseille et la mairie des 1er et 7e arrondissements. Dans les centres sociaux, les écoles ou les lycées des projections, animations sont aussi au programme.

    Une formule, qui, en tournant dans les quartiers marseillais depuis deux ans, rencontre un franc succès, se félicite Zoubida Meguenni, conseillère municipale (PM) déléguée aux politiques de prévention, protection et de médiation sociale pour les jeunes. Le but : « Amener la prévention sur les territoires dont beaucoup sont isolés, ici c’est le centre-ville mais il y a des problèmes de drogue et de violence », rappelle l’élue. Avec cette journée, il s’agit aussi d’« occuper le terrain », ajoute-t-elle, et d’informer « tout le monde sur les outils à disposition », en créant par la même occasion une synergie entre tous.

    Zoubida Meguenni aimerait faire plus, plus longtemps avec plus de moyens, déplorant le « grand vide » en matière de prévention. Même s’il y a de légers bougés. Manu*, éducateur à la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse), embauché avec cette mission, « une nouveauté cette année depuis septembre », nous indique Pierre Pibarot, directeur territorial de la PJJ des Bouches-du-Rhône, explique : « Ce qui fait tomber les jeunes dans le trafic c’est l’appât du gain, la rupture avec les institutions telles que la police, l’Éducation nationale et la banalisation de la violence et de la criminalité. C’est un travail sur le temps long, on essaie de mettre tous les moyens possibles. Mais quand ils en sortent, c’est par l’amour… Ou la mort. »

    * Le prénom a été changé